Câblé pour l'Abattoir
Par Marcus V. — Polar
La pluie d'acide tombe sur le Secteur 9. Elle ronge le plastique des bâches. Elias s'accroupit dans la boue noire. L'odeur de soufre pique ses narines. Le cadavre gît entre deux bennes à ordures. C'est un cadre de la Tech-Union. Son costume gris coûte six mois de salaire. Le tissu est imbibé d'eau e...
Connexion cadavérique
La pluie d'acide tombe sur le Secteur 9. Elle ronge le plastique des bâches. Elias s'accroupit dans la boue noire. L'odeur de soufre pique ses narines. Le cadavre gît entre deux bennes à ordures. C'est un cadre de la Tech-Union. Son costume gris coûte six mois de salaire. Le tissu est imbibé d'eau et de sang. Une plaie nette barre la gorge du mort. Le liquide rouge se mélange à l'huile de moteur. Elias pose sa main sur le front froid. La peau a la texture du caoutchouc. Il bascule la tête du corps sur le côté. Le port neural brille à la base du crâne. C'est un modèle Titanium 4. Du matériel de pointe. Elias sort son kit d'extraction de sa poche. Ses doigts sont tachés de graisse. Il manipule les connecteurs avec précision. Ses articulations craquent sous le froid. Il insère une sonde dans la fente cervicale. Un clic métallique résonne contre les murs de briques.
Elias tire le câble de sa propre nuque. La fibre optique ondule comme un serpent. Il nettoie l'embout avec sa manche. La sueur coule dans son dos. Il branche sa moelle épinière sur le cadavre. Le contact provoque un choc thermique. Sa mâchoire se contracte violemment. Ses pupilles se dilatent instantanément. Le transfert de données commence. Une barre de progression bleue apparaît sur sa rétine. Le silence de la ruelle devient pesant. Les ventilateurs industriels tournent au-dessus de lui. Ils brassent un air épais et vicié. Elias surveille le débit binaire. Les fichiers défilent à haute vitesse. Des chiffres. Des noms de codes. Des schémas de serveurs. Le processeur du mort est encore tiède. La batterie de secours maintient le cerveau en vie. Elias pompe les souvenirs résiduels. Son rythme cardiaque monte à cent-dix pulsations.
Soudain, la barre de progression vire au rouge. Un signal d'alerte sature son champ de vision. Le code source se fragmente. Une icône en forme de faux clignote. Le virus Faucheuse vient de s'injecter. Elias tente de débrancher le câble. Ses muscles refusent d'obéir. Une décharge de deux cents volts traverse son cortex. Il s'effondre sur le corps. Sa bouche se remplit d'un goût de cuivre. Le virus pénètre ses barrières logicielles. Il dévore les protocoles de sécurité. Les pare-feu s'effondrent les uns après les autres. Elias grogne de douleur. Ses doigts griffent le goudron. Un compte à rebours s'affiche en haut à droite. 06:00:00. Les chiffres défilent vers le bas. La liquéfaction neuronale est programmée. Le virus brûle ses terminaisons nerveuses. La température de son sang augmente de deux degrés.
Elias arrache enfin la connexion. Le câble claque sur le sol. Un filet de sang coule de son port neural. Il rampe contre le mur humide. Ses poumons brûlent. Il cherche son inhalateur dans sa veste. Il aspire une bouffée de ventoline de synthèse. Ses bronches se desserrent lentement. Le cadavre ne bouge plus. Les données sont stockées dans la puce d'Elias. Le fichier est verrouillé par un cryptage militaire. Il contient l'identité d'un tueur de l'ombre. Le Directoire nettoie la ville. Elias est maintenant une cible mouvante. Il regarde ses mains. Elles tremblent de façon incontrôlable. Le virus Faucheuse grignote sa mémoire immédiate. Il oublie le nom de la rue. Il oublie la couleur des yeux de sa mère. Seul le compte à rebours reste net. 05:54:12.
Un rat cybernétique sort d'un tuyau. Ses yeux rouges scannent la zone. Elias se relève avec difficulté. Ses jambes sont lourdes comme du plomb. Il range son matériel dans son sac. La pluie redouble d'intensité. Elle lave le sang sur le chrome du port. Elias marche vers la sortie de la ruelle. Chaque pas déclenche une pointe de douleur. Son système nerveux envoie des signaux d'erreur. Il doit trouver Mina. Elle seule possède les décodeurs nécessaires. Elle seule connaît les accès aux antivirus. Elias évite les caméras de surveillance. Il rase les murs sombres. Les lampes à sodium grésillent au-dessus de lui. La lumière orange révèle la crasse des façades. Le Secteur 9 est un labyrinthe de béton.
Il traverse une avenue déserte. Des carcasses de voitures jonchent le sol. La vapeur sort des bouches d'égout. Elias sent la présence du virus. C'est une pression constante derrière les globes oculaires. Le compte à rebours est impitoyable. 05:48:30. Les données volées pèsent sur son esprit. Elles sont une bombe à retardement. Elias sait que Sloane est déjà en route. L'exécuteur ne laisse jamais de traces. Le cadavre dans la ruelle était un appât. Elias a mordu à l'hameçon. Il crache un filet de salive épaisse. Le goût de métal persiste. Il doit atteindre la zone de non-droit. Là-bas, les drones de sécurité ne patrouillent pas. Là-bas, la loi se résume au calibre des armes.
Il s'arrête devant une porte en acier. Il frappe un code rythmé sur le panneau. Un scanner rétinien s'active. Le faisceau laser brûle sa cornée. La porte coulisse avec un grincement sourd. Elias pénètre dans un couloir étroit. L'air est saturé d'ozone et de sueur. Des câbles pendent du plafond comme des lianes. Il entend le bourdonnement des serveurs. Le virus Faucheuse lance une nouvelle attaque. Elias perd l'équilibre. Il se rattrape à une conduite de vapeur. La brûlure est réelle. Elle l'aide à rester conscient. Il regarde son interface interne. Les secteurs de sa mémoire vive s'éteignent. Les blocs de données deviennent gris. Il perd l'usage de son bras gauche pendant dix secondes. Puis la motricité revient.
Le compte à rebours affiche 05:35:19. Le temps s'accélère dans sa tête. Les secondes tombent comme des gouttes d'acide. Elias s'enfonce dans les entrailles du bâtiment. Il connaît les raccourcis. Il connaît les pièges. Il est un rat de bibliothèque numérique. Il survit grâce aux secrets des autres. Aujourd'hui, son propre secret le tue. Le fichier du Directoire est une condamnation à mort. Il contient les preuves des purges urbaines. Le tueur de l'ombre a un nom. Elias doit le lire avant que son cerveau ne fonde. Il doit livrer l'information. C'est sa seule monnaie d'échange. C'est son seul espoir d'obtenir l'antivirus.
Il arrive devant l'atelier de Mina. Les murs sont tapissés d'écrans cathodiques. La lumière bleue baigne la pièce. Mina est assise derrière une console. Elle ne lève pas les yeux. Elle démonte un processeur avec une pince fine. Elias s'effondre sur une chaise en métal. Il pose sa tête sur la table. Le froid de l'acier calme la brûlure. Mina s'arrête. Elle sent l'odeur du virus. Elle reconnaît le sifflement des ventilateurs de son crâne. Elias lève les yeux vers elle. Son regard est vitreux. Il pointe son port neural du doigt. Le sang a séché en une croûte noire. Mina pose ses outils. Elle active son scanner manuel. Le rayon vert parcourt la nuque d'Elias. Elle siffle entre ses dents.
Le diagnostic tombe sur l'écran principal. Faucheuse. Version 4.2. Elias n'a plus que cinq heures et vingt minutes. Le virus a déjà colonisé 12 % de son cortex. Les dégâts sont irréversibles à 50 %. La liquéfaction commence à 80 %. Elias ne parle pas. Il n'a pas besoin de mots. Il branche son câble sur la console de Mina. Il lui donne accès au fichier verrouillé. Les yeux de la receleuse s'écarquillent. Elle voit les signatures numériques du Directoire. Elle comprend l'ampleur du désastre. Elle regarde Elias avec une absence totale de pitié. Pour elle, il est déjà un cadavre ambulant. Elle tape une série de commandes sur son clavier. Le bruit des touches est rapide. Un staccato mécanique.
Elias ferme les yeux. Il voit des lignes de code défiler dans l'obscurité. Le virus Faucheuse prend la forme d'un labyrinthe sans issue. Il sent les parois se rapprocher. Sa respiration devient superficielle. Le compte à rebours continue sa course. 05:15:04. La pluie continue de frapper le toit en tôle. Le Secteur 9 attend sa prochaine victime. Elias serre les poings. Ses ongles s'enfoncent dans ses paumes. Il ne veut pas mourir comme un logiciel obsolète. Il veut voir le visage du tueur. Il veut savoir qui a vendu sa vie pour un fichier. Le sang goutte à nouveau sur le chrome de son interface. La mise à jour forcée a commencé.
Circuit grillé
Elias pousse la porte blindée de l'Abattoir. Le métal grince contre le béton brut. L'air sent la graisse froide et le cuivre. Des ventilateurs industriels brassent une vapeur de soufre. Elias avance vers l'établi central. Ses bottes claquent sur les plaques d'acier. Il pose ses outils sur la table. Sa main droite s'agite toute seule. Il la plaque contre le métal froid. Le tremblement remonte jusqu'à son épaule. Le port neural brûle à la base du crâne. Un liquide visqueux coule sur ses vertèbres. Elias branche un câble de diagnostic. L'écran affiche des parasites blancs. Le virus Faucheuse dévore les secteurs de sa mémoire. Le compte à rebours indique 05:08:12. Les chiffres rouges clignotent sur sa rétine. Il tape une commande de stabilisation. Ses doigts ratent les touches. Il jure entre ses dents serrées.
Mina sort de l'ombre derrière les serveurs. Elle ne fait aucun bruit. Son œil optique scanne le dos d'Elias. Elle croise les bras sur sa poitrine. Le plastique de sa veste craque. Elle observe la sueur sur sa nuque. Elias ne se retourne pas. Il connaît son odeur de désinfectant. Elle s'approche de l'établi. Elle pose une main sur le boîtier du décodeur. L'appareil est noir et compact. "Tu perds ton temps," dit Mina. Sa voix est un frottement de papier de verre. Elias branche un second connecteur. Le signal reste instable à l'écran. Les lignes de code se brisent. "Le décodeur peut isoler la nécrose," ajoute-t-elle. Elle tapote le boîtier noir. Elias lève les yeux vers elle. Ses pupilles sont dilatées. Il demande le prix. Mina désigne une cuve en verre. Elle est reliée à une pompe chirurgicale. "Trois litres," dit-elle. "Groupe O négatif."
Elias regarde son bras gauche. Les veines sont saillantes sous la peau grise. Trois litres représentent la moitié de son volume. Il s'assoit sur un tabouret instable. La Faucheuse envoie une décharge dans sa colonne. Il se courbe en deux. Ses muscles se contractent violemment. Il mord sa lèvre jusqu'au sang. Le goût métallique envahit sa bouche. Il a besoin de ce décodeur. Il a besoin de temps. Mina prépare l'aiguille. Elle vérifie le débit de la pompe. Le moteur du dispositif émet un sifflement aigu. Elle saisit le bras d'Elias. Sa poigne est ferme. Elle frotte la peau avec un tampon imbibé. L'alcool pique la chair à vif. Elias fixe le plafond en tôle. La pluie tape toujours sur le toit. Le bruit est régulier. C'est un métronome pour sa fin prochaine.
L'aiguille pénètre la veine. Elias ne bronche pas. Le tube en plastique se remplit d'un rouge sombre. Le sang circule vers la cuve. La pompe bat comme un cœur externe. Elias sent un froid envahir ses extrémités. Ses doigts deviennent blancs. Ses ongles virent au bleu. Il regarde le décodeur sur l'établi. C'est une boîte de métal sans âme. Elle contient sa seule chance de survie. Mina surveille les cadrans de la cuve. Elle ne montre aucun signe d'hésitation. Elle calcule le volume extrait. Le niveau monte lentement dans le verre. Elias sent sa tête devenir légère. Les sons de l'Abattoir s'éloignent. Le bourdonnement des ventilateurs devient un murmure. Il se concentre sur le terminal. Le virus continue son travail de sape. 04:45:30. Le temps s'accélère dans son cortex.
"Le signal se stabilise," grogne Elias. Il force sa main à bouger. Il tape une suite de commandes hexadécimales. Le curseur clignote sur le terminal. Les données du cadre de la Tech-Union apparaissent. Des colonnes de chiffres défilent. Des noms de codes. Des coordonnées GPS. Des transactions bancaires occultes. Le visage du tueur reste caché derrière un cryptage. Le décodeur de Mina commence à mouliner. Les processeurs chauffent. L'air autour de la machine ondule. Elias sent une pression dans ses globes oculaires. Le virus Faucheuse n'aime pas l'intrusion. Il lance des contre-mesures logicielles. Des flashs de lumière blanche explosent dans sa vision. Elias serre les dents. Il refuse de lâcher le clavier.
Mina ajuste le débit de la pompe. Le sang coule plus vite. Elias a la nausée. Son estomac se noue. Il voit des taches noires danser devant lui. La cuve est presque à moitié pleine. "Encore un litre," dit Mina. Elle vérifie la tension d'Elias. Son pouls est faible et rapide. Elle branche le décodeur sur le port auxiliaire d'Elias. Le contact du métal froid sur sa nuque le fait tressaillir. Une impulsion traverse son système nerveux. Ses muscles se raidissent. Il pousse un grognement sourd. Le décodeur injecte un algorithme de neutralisation. La douleur est précise. C'est une lame de rasoir dans le cerveau. Elias voit le code source du virus. Les lignes rouges deviennent vertes. La progression de la nécrose ralentit.
Le terminal affiche une image satellite. Un entrepôt dans la zone industrielle. Un point rouge clignote sur la carte. C'est là que le tueur se cache. Elias mémorise les coordonnées. Sa mémoire flanche par endroits. Il grave les chiffres dans sa conscience. Le décodeur émet un bip sonore. Le premier verrou est sauté. Le nom apparaît en caractères gras. SLOANE. Elias connaît ce nom. C'est un exécuteur du Directoire. Un monstre de chrome et de muscles. Le sang continue de remplir la cuve. Elias se sent vide. Son corps est une enveloppe creuse. Il regarde Mina. Elle observe l'écran avec intérêt. Elle voit les données. Elle connaît maintenant la cible. Elias sait qu'elle vendra l'information. Elle vendra tout ce qui a de la valeur.
La pompe s'arrête. Mina retire l'aiguille avec un geste sec. Elle applique un pansement compressif. Elias laisse tomber sa tête en arrière. Sa respiration est courte. Il a froid malgré la chaleur des machines. La cuve contient son sang. C'est le prix de sa survie temporaire. Le décodeur a stoppé la Faucheuse pour le moment. Mais le virus est toujours là. Il est en sommeil. Il attend la fin du compte à rebours. 04:10:15. Elias se lève. Ses jambes tremblent. Il manque de tomber. Il s'appuie contre l'établi. Mina range le décodeur dans un coffre fort. Elle ne le regarde plus. Pour elle, la transaction est terminée. Elias ramasse son interface. Il débranche les câbles avec précaution.
Il range ses outils dans son sac. Chaque mouvement demande un effort immense. Il doit quitter l'Abattoir. Il doit trouver Sloane avant que le virus ne se réveille. Il traverse la pièce vers la sortie. Ses pas sont lourds sur le métal. Il s'arrête devant la porte blindée. Il regarde une dernière fois la cuve de sang. C'est une partie de lui qui reste ici. Il pousse la porte. La pluie d'acide l'accueille. Elle brûle sa peau. Elle lave le sang sur ses mains. Elias s'enfonce dans les ruelles du Secteur 9. Les ombres le dévorent. Il ne sent plus ses doigts. Il ne sent plus son cœur. Il n'est plus qu'un vecteur de données. Une machine biologique en fin de cycle. Le compte à rebours continue. 04:05:00. La chasse commence. Elias serre la crosse de son arme. Le métal est froid. C'est la seule chose réelle.
Traque de chrome
Sloane ajuste son optique. Le curseur rouge verrouille la signature thermique. Elias est derrière ce mur. Sloane contracte ses servomoteurs. Le fluide hydraulique circule sous haute pression. Il frappe. Le poing de chrome traverse le parpaing. La poussière de ciment emplit l'air. Sloane retire son bras. Un trou béant s'ouvre dans la cloison. Il voit la pièce vide. Une grille de ventilation pend au bout d'une chaîne.
Elias rampe dans le tunnel de tôle. Ses genoux saignent. Le virus Faucheuse lance une nouvelle attaque. Une douleur aiguë traverse son bulbe rachidien. 03:52:44. Le temps s'écoule par ses pores. Il entend le fracas du béton derrière lui. Sloane est une machine de démolition. Elias accélère. Ses mains rencontrent des câbles sectionnés. Il évite les arcs de tension. L'air est saturé de poussière et de graisse de moteur.
Sloane court dans le couloir. Il ne contourne pas les obstacles. Il passe à travers. Une porte blindée bloque le passage. Il charge. L'acier plie. Les gonds sautent. Il scanne le plafond. Les vibrations indiquent la position de la cible. Il lève son bras gauche. Le canon intégré se déploie. Il tire une salve de fléchettes magnétiques. Elles percent le conduit de ventilation.
Elias sent le métal vibrer. Une fléchette traverse la tôle à quelques centimètres de sa tempe. Il ne crie pas. Il n'a plus de souffle. Il atteint une trappe de service. Il donne un coup de pied. La trappe s'ouvre sur une salle de stockage. Il tombe de trois mètres. Il atterrit sur des caisses de plastique. Le choc réveille la brûlure dans sa moelle. Il se relève péniblement. Son bras gauche ne répond plus.
Sloane entre dans la salle de stockage. Il brise la porte d'entrée d'un coup d'épaule. Ses capteurs repèrent Elias près de la sortie. Sloane active ses stabilisateurs. Il marche d'un pas lourd. Chaque impact de ses bottes marque le sol. Il ne court pas. Il sait qu'Elias s'épuise. Le virus fait le travail pour lui.
Elias atteint la ruelle. La pluie d'acide tombe toujours. Elle ronge le plastique de sa veste. Il cherche une issue. Les murs sont trop hauts. Une benne à ordures bloque le fond de l'impasse. Il sort son arme. Ses doigts tremblent. Il vérifie le chargeur. Trois balles. C'est insuffisant.
Sloane apparaît dans l'encadrement de la porte. Sa silhouette massive bloque la lumière. Son œil rouge balaie la ruelle. Il lève son bras hydraulique. Le mécanisme siffle. Elias vise le capteur optique. Il tire. La balle ricoche sur le blindage facial de Sloane. Sloane ne bronche pas. Il avance.
Elias recule contre la benne. Son port neural émet une fumée grise. Le virus attaque les centres moteurs. Sa jambe droite se dérobe. Il tombe à genoux dans la boue chimique. Sloane s'arrête à deux mètres. Il observe sa proie. Il ne parle pas. Il attend la fin du compte à rebours.
Elias fouille sa poche. Il trouve une grenade IEM artisanale. C'est son dernier recours. Il dégoupille l'engin. Ses mains sont couvertes de sang et de suie. Il regarde Sloane. Le chrome du tueur brille sous la pluie. Elias lâche la grenade au sol.
L'impulsion se propage. Les lampes à sodium de la ruelle éclatent. Le bras de Sloane se fige. Des étincelles jaillissent de ses articulations. Le tueur bascule en avant. Son système redémarre. Elias profite de la faille. Il se traîne vers une bouche d'égout. Il soulève la plaque de fonte. Il se laisse glisser dans le noir.
L'eau fétide l'accueille. Il dérive dans le courant. Le virus affiche 03:40:15. La mort attend au prochain tournant.
Elias rampe dans la vase. L'odeur de soufre brûle ses narines. Ses doigts griffent le béton glissant des conduits. Au-dessus, le bruit des bottes de Sloane résonne sur le métal. La machine redémarre vite. Elias sent une vibration dans son crâne. Le virus Faucheuse entame la seconde phase. Ses souvenirs d'enfance s'effacent. Il oublie le visage de son père. Il oublie le goût du pain. Il ne reste que le code.
Il atteint une intersection. Trois tunnels s'ouvrent devant lui. Il choisit celui qui descend. La pente est raide. Il glisse sur des carcasses de rats cybernétiques. Leurs yeux éteints reflètent la faible lueur de son interface. Il s'arrête pour reprendre son souffle. Son cœur bat un rythme irrégulier. La pompe cardiaque lutte contre l'infection logicielle.
Sloane est de nouveau opérationnel. Il arrache la plaque d'égout. Il ne descend pas. Il lâche une sonde sphérique dans le trou. La sonde déploie ses rotors. Elle plonge dans l'obscurité. Sloane regarde l'écran sur son avant-bras. Il voit ce que la sonde voit. Il voit les traces de sang sur les parois.
Elias voit la lumière de la sonde. Elle balaie le tunnel derrière lui. Il ramasse une barre de fer rouillée. Il se plaque contre le mur. La sonde approche. Elle émet un bip sonore. Elias frappe. Le métal rencontre le plastique renforcé. La sonde s'écrase dans l'eau. L'écran de Sloane devient noir.
Elias continue sa progression. Il débouche dans une vaste salle de filtrage. Des ventilateurs géants tournent lentement. Le bruit est assourdissant. Il voit une échelle de secours. Elle mène vers le Secteur 8. C'est sa seule chance. Il commence l'ascension. Chaque barreau est un calvaire. Ses muscles se tétanisent.
Sloane localise la sortie de la salle de filtrage. Il connaît les plans de la ville. Il sait où Elias va sortir. Il court vers la surface. Il active son module de vitesse. Ses pistons surchauffent. Il traverse les ruelles comme un projectile de tungstène.
Elias atteint le sommet de l'échelle. Il pousse une trappe. Il débouche dans une usine désaffectée. Des cuves de produits chimiques s'alignent dans l'ombre. Il n'y a personne. Juste le bruit des gouttes qui tombent du plafond. Elias s'effondre contre une cuve. Il regarde son avant-bras. 03:25:00.
Une détonation brise le silence. Le toit de l'usine explose. Sloane tombe du ciel. Il atterrit lourdement sur ses jambes hydrauliques. Le béton se fissure sous l'impact. Il se redresse. Son œil rouge fixe Elias. Il lève son bras de chrome. Cette fois, il ne ratera pas.
Elias ne bouge plus. Il regarde le tueur. Il sourit. Ses dents sont noires de sang. Il appuie sur un bouton de son interface. Les cuves derrière lui s'ouvrent. Un liquide inflammable se répand sur le sol. Elias lâche son briquet.
Le feu monte instantanément. Une barrière de flammes sépare les deux hommes. Sloane analyse la situation. La température grimpe. Ses circuits risquent de fondre. Il recule. Elias recule aussi. Il s'enfonce dans le brasier. Il connaît un passage secret derrière les cuves.
Sloane tire à travers les flammes. Les balles sifflent mais ne trouvent pas leur cible. La chaleur brouille ses capteurs thermiques. Il perd le signal. Elias a disparu dans la fournaise.
Elias ressort de l'autre côté du bâtiment. Il est brûlé. Ses vêtements collent à sa peau. Il est dans une zone neutre. Le Secteur 8. Il voit les lumières d'une clinique clandestine au loin. Il doit y arriver. Le virus Faucheuse lance l'alerte finale. 03:10:00.
Sa vision devient binaire. Des zéros et des uns remplacent le monde réel. Il marche comme un automate. Ses pieds frappent le bitume sans qu'il les sente. Il n'est plus Elias. Il est une clé USB humaine. Une clé qui va bientôt s'autodétruire.
Il atteint la porte de la clinique. Il frappe trois coups. La porte s'entrouvre. Un scanner rétinien l'analyse. "Accès autorisé". Elias entre. Il s'écroule sur le sol de linoléum blanc. Une infirmière avec des bras de plastique s'approche.
"Aidez-moi", murmure-t-il.
L'infirmière regarde son port neural. Elle voit la fumée. Elle voit le code Faucheuse. Elle recule.
"C'est trop tard", dit-elle.
Elias attrape sa cheville. Sa poigne est celle d'un mourant.
"Le nom", dit-il. "Je dois livrer le nom."
Dehors, Sloane marche dans la rue. Il a retrouvé la trace. Il n'est plus qu'à cent mètres. Il recharge son bras hydraulique. Le piston siffle une dernière fois. La chasse touche à sa fin.
Bruit de ferraille
Elias avance dans le boyau de béton. La vapeur de soufre sature l'air. Ses poumons filtrent mal les particules fines. Le Secteur 9 crache sa graisse sur les murs. Les ventilateurs industriels hurlent au-dessus des têtes. Le bruit couvre ses pas. Il évite les flaques d'huile moteur. Un rat cybernétique grignote un câble sectionné. Les étincelles éclairent la ruelle par intermittence.
Le virus Faucheuse lance une nouvelle salve. La douleur part de la base du crâne. Elle descend le long des vertèbres. Elias s'appuie contre une paroi humide. Son interface rétinienne affiche des erreurs système. Le texte défile trop vite. CORRUPTION NIVEAU 4. Le compte à rebours indique 03:04:22. Les chiffres mangent son champ de vision. Le monde devient une grille de pixels gris.
Il sent une présence derrière lui. Trois silhouettes bloquent la sortie. Ce sont des ferrailleurs de chair. Leurs vêtements sont des lambeaux de bâche plastique. Le chef a remplacé sa mâchoire par une pince en acier. Ses yeux sont des capteurs infrarouges bas de gamme. Il tient un découpeur thermique. Les deux autres sortent des crochets de boucher. Ils veulent la puce. Ils veulent son port neural.
Elias baisse les yeux. Une barre de fer gît dans la boue. Il la ramasse sans un mot. Le métal pèse quatre kilos. La rouille s'effrite sous ses doigts. Il serre le poing. Ses tendons artificiels grincent. Le premier ferrailleur s'élance. Il court avec une démarche saccadée. Ses servomoteurs de genou sont mal huilés. Le piston de sa jambe gauche siffle.
Elias ne réfléchit pas. Il calcule les trajectoires. Le virus brouille les données. Il voit trois images du même homme. Il frappe au centre de la masse thermique. La barre de fer rencontre un os. Le bruit est sec. Le ferrailleur tombe sur le côté. Sa mâchoire d'acier pend lamentablement. Un liquide jaune s'écoule de son oreille. Elias ne s'arrête pas.
Le deuxième homme balance son crochet. Elias esquive par la gauche. Son épaule heurte le mur de briques. La douleur est une information pure. Il pivote sur ses talons. Il abat la barre sur le coude de l'agresseur. Le plastique craque. Les fils de cuivre jaillissent de la plaie. L'homme hurle. Le son est une fréquence stridente. Elias frappe une deuxième fois sur le sommet du crâne. Le ferrailleur s'effondre dans une flaque de boue.
Le troisième hésite. Il active son découpeur thermique. Une lame de plasma bleu sort du manche. L'air sent le plastique brûlé. Elias sent la chaleur sur son visage. Le virus Faucheuse sature ses nerfs. Sa vision devient binaire. Des zéros et des uns remplacent le décor. Il ne voit plus l'homme. Il voit une cible en mouvement.
Il lance la barre de fer. Le projectile tourne dans l'air. Il frappe le torse du ferrailleur. L'homme recule de deux pas. Elias charge. Il utilise son poids. Il plaque l'agresseur contre une conduite de vapeur. Il saisit le poignet de l'homme. Il le tord jusqu'à la rupture des ligaments. Le découpeur tombe au sol. Elias récupère sa barre de fer.
Il frappe le visage de l'homme. Une fois. Deux fois. Trois fois. Le sang rouge se mélange à l'huile noire. Le ferrailleur ne bouge plus. Elias lâche la barre. Ses mains tremblent violemment. Le virus progresse. 03:02:15. La température de son cortex monte à quarante-deux degrés. Il doit bouger. Il doit quitter cette zone de non-droit.
Il marche vers le nord. Ses pieds frappent le bitume. Il ne sent plus ses orteils. Le Secteur 9 se referme sur lui. Les carcasses de voitures jonchent le sol. La pluie d'acide commence à tomber. Les gouttes rongent le plastique de son manteau. Il voit la tour du Directoire au loin. Elle ressemble à une aiguille noire plantée dans le ciel.
Sloane est sur ses talons. Elias le sait. Il sent la vibration des moteurs de recherche. Les drones de sécurité patrouillent au-dessus des toits. Leurs projecteurs balaient les ruines. Elias se glisse sous une passerelle métallique. Il rampe dans la crasse. Le virus injecte des souvenirs corrompus dans sa mémoire. Il voit des visages sans nom. Il entend des voix de synthèse.
Il atteint un carrefour. Les tubes fluorescents clignotent. Le rouge domine. Elias s'arrête pour vomir un liquide bilieux. Son corps rejette la puce. Le matériel est trop chaud. La peau autour du port neural est boursouflée. Il touche la cicatrice. Elle est purulente. Il doit trouver Mina. Elle a les codes. Elle a l'antivirus.
Un bruit de piston résonne dans la rue adjacente. Sloane approche. Le pas est lourd. Régulier. Inévitable. Elias se relève. Il ramasse une nouvelle barre de fer. La précédente est restée dans le crâne du ferrailleur. Il s'enfonce dans les profondeurs du Secteur 9. Les ventilateurs tournent toujours. La mort est une mise à jour logicielle. Il refuse de redémarrer.
Il entre dans un entrepôt désaffecté. L'odeur de soufre est plus forte ici. Des cuves de produits chimiques fuient sur le sol. Elias marche sur les passerelles rouillées. Chaque pas est un effort de volonté. Le virus Faucheuse verrouille ses fonctions motrices. Sa jambe droite traîne. Il ressemble à une machine en fin de cycle.
Il voit une ombre au fond de la salle. C'est Mina. Elle l'attend près d'une console d'extraction. Elle ne sourit pas. Elle vérifie son scanner rétinien. Elias s'approche. Il tombe à genoux devant elle. Il tend son cou. Le port neural fume encore.
"Donne-moi le nom", dit Mina.
Elias ouvre la bouche. Aucun son ne sort. Le virus a atteint ses centres de la parole. Il tape sur le clavier avec des doigts engourdis. Les caractères s'affichent sur l'écran. Le nom du tueur. La vérité sur le Directoire.
Sloane défonce la porte principale. Son bras hydraulique siffle. Il lève son arme. Elias regarde Mina. Elle branche le câble d'extraction. La douleur est totale. Le transfert commence. 00:00:10. 00:00:09. Le monde s'efface. Il ne reste que le code.
La trahison de Mina
Elias fixe l'écran de la console. Les lignes de code défilent. Le vert brûle ses rétines fatiguées. Le virus Faucheuse ronge son cortex. Sa main gauche ne répond plus. Les doigts sont des morceaux de bois mort. Mina se tient derrière lui. Elle ne bouge pas. Son scanner rétinien brille dans l'ombre. Elle regarde la barre de progression. Quatre-vingt pour cent. Le transfert sature la bande passante. Le ventilateur de la console hurle. L'air sent le plastique brûlé et le soufre.
Elias ouvre un dossier système caché. Il utilise une clé de décodage brute. Les métadonnées du cadavre apparaissent. Le nom de l'acheteur est crypté. Elias force l'accès. Les caractères se stabilisent. Le nom de Mina s'affiche en lettres capitales. Elle a payé pour le corps du cadre. Elle a installé le piège dans la ruelle. Elle travaille pour le Directoire. Elias sent une décharge dans sa nuque. Ses vertèbres craquent sous la pression du port neural. La trahison a un goût de cuivre.
Mina pose une main sur son épaule. La pression est ferme. Elle veut le code final. Elias tourne la tête lentement. Ses yeux sont injectés de sang. Les capillaires éclatent un par un. Il voit le reflet de la mort dans l'œil artificiel de Mina. Elle ne baisse pas le regard. Elle attend la fin du cycle. Le virus Faucheuse provoque une convulsion dans son dos. Elias serre les dents. Il ne doit pas hurler. Le silence est sa seule arme.
Sloane franchit le seuil de la salle. Ses bottes de combat écrasent des débris de verre. Le bruit résonne contre les murs de béton brut. Son bras hydraulique se déploie. Les pistons émettent un sifflement régulier. L'huile de moteur suinte des joints de chrome. L'œil optique rouge balaie la pièce. Il se fixe sur la nuque d'Elias. Sloane lève son canon. Le percuteur s'arme avec un clic métallique.
Mina s'écarte de la console. Elle se place derrière l'exécuteur. Elle ne montre aucune hésitation. Ses mains sont vides. Elle n'a pas besoin d'arme. Sloane est son outil de nettoyage. Le Directoire paie pour l'efficacité. Elias est une ressource épuisée. Le virus Faucheuse verrouille les muscles de sa jambe droite. La paralysie monte le long de sa colonne. C'est un froid polaire dans ses veines.
Elias regarde le scanner rétinien de Mina. C'est la seule clé pour le niveau inférieur. Le lecteur de sécurité exige une signature biologique valide. Elias se lève brusquement. La douleur traverse son corps. C'est une lame de rasoir chauffée à blanc. Il bascule la console vers Sloane. Le métal hurle sur le sol de grille. Les câbles s'arrachent des prises murales. Des arcs de courant jaillissent dans l'obscurité.
Sloane lève son bras de chrome. Il bloque l'impact sans broncher. Le choc produit un son de cloche fêlée. Elias profite de la seconde de distraction. Il se jette sur Mina. Il la percute à la poitrine. Ils tombent ensemble dans l'ombre des machines. Le sol est dur. Le béton est froid. Mina griffe le visage d'Elias. Ses ongles laissent des sillons rouges sur sa peau grise. Elias ne réagit pas.
Il plaque son avant-bras contre la gorge de Mina. Il écrase sa trachée. Le souffle de la femme devient un sifflement court. Elle se débat avec la force du désespoir. Elias cherche l'implant. Ses doigts tâtonnent sur le visage de Mina. Il sent le plastique froid du scanner. L'appareil est soudé à l'os orbital. Des micro-fils pénètrent le nerf optique. C'est une technologie de pointe. Elle est coûteuse.
Elias enfonce ses pouces sous la bordure de plastique. La peau se tend. Les tissus conjonctifs lâchent. Un bruit de succion emplit l'espace. Mina ouvre la bouche. Ses cordes vocales vibrent sans produire de son. Le sang coule sur les mains d'Elias. Il est chaud et visqueux. Elias tire d'un coup sec. Les ligaments cèdent avec un bruit de vieux linge qui se déchire.
L'implant quitte son logement. Des filaments de chair pendent de l'appareil. Le sang inonde le visage de Mina. Il coule dans son oreille. Il tache son vêtement de plastique transparent. Elias tient l'objet dans sa paume. L'objectif capte encore la lumière ambiante. Il est couvert de mucus et de lymphe. Mina s'effondre sur le sol. Elle convulse. Sa main cache le trou béant de son orbite.
Elias se relève péniblement. Sa jambe traîne toujours sur le métal. Sloane a dégagé la console. Il avance vers Elias. Son canon est braqué sur sa poitrine. Le virus Faucheuse provoque une nouvelle convulsion. Elias manque de lâcher le scanner. Il se jette vers le lecteur de la porte blindée. Il plaque l'implant ensanglanté contre la vitre du capteur. Le sang brouille la lecture optique.
Le système émet un bip d'erreur. Elias essuie l'objectif sur sa manche sale. Il recommence. La sueur brûle ses yeux. Sloane tire une rafale. La balle percute l'épaule d'Elias. L'impact le projette contre la porte. L'os éclate. Des fragments de cartilage volent dans l'air. Elias ne crie pas. Il maintient le scanner contre le lecteur. Le laser rouge balaie la rétine morte de Mina.
Le verrou magnétique lâche. Le bruit est celui d'une explosion contrôlée. La porte coulisse lourdement dans son rail. Elias se laisse tomber de l'autre côté. Il roule sur un sol de grille métallique. Il frappe le bouton de fermeture manuelle. Les battants de blindage se rejoignent. Sloane frappe contre le métal. Les coups font vibrer toute la structure industrielle.
Elias est seul dans le couloir technique. Le virus Faucheuse atteint son cervelet. L'équilibre disparaît totalement. Il rampe sur les mains. Le scanner rétinien est dans sa poche. Il regarde son épaule détruite. La chair est noire. Le sang ne coule plus. Le virus modifie la chimie de son corps. Il devient une machine en panne. Il doit trouver l'antivirus. Il doit livrer le nom.
Le compte à rebours affiche trois heures. La pluie d'acide commence à tomber sur le toit. Le bruit est un tambour constant. Elias avance dans le noir. Sa mémoire s'efface. Il oublie le visage de sa mère. Il ne reste que le code. Il ne reste que la mission. Le Secteur 9 digère ses morts. Elias n'est pas encore un cadavre. Il est une mise à jour en cours. Sa jambe morte frappe le métal. Le rythme est celui d'une mitraillette.
Le nom du tueur
Elias atteint le terminal de maintenance. Le boîtier est en acier brossé. La poussière recouvre les touches mécaniques. Il insère le connecteur dans son port neural. Le métal froid entre dans sa chair. Une décharge parcourt ses vertèbres. L'écran s'allume. La luminosité est faible. La barre de chargement apparaît. Elle affiche 38 %. Le virus Faucheuse ronge ses nerfs. Sa vision se fragmente en pixels. Il crache un fluide sombre. L'odeur de fer envahit ses narines. Le processeur du terminal siffle. La chaleur augmente sous les composants. Elias serre les mâchoires. Les données défilent sur sa rétine. Des noms de cibles. Des dates de décès. Des montants de primes. 39 %. Le pare-feu du Directoire lance une attaque. Elias tape un code de contournement. Son pouls monte à 140. La sueur coule dans ses yeux. Il ne cligne pas.
La barre atteint 40 %. Le verrou saute. Un dossier s'affiche. "PROJET SENTINELLE". Elias ouvre les fichiers sources. Il cherche le profil de Sloane. Il trouve une fiche technique. Sloane est un leurre. Une masse de chrome pour effrayer. Le Directoire utilise Sloane comme diversion. Le vrai tueur n'est pas dans la rue. Il n'est pas fait de chair. Elias ouvre une image cryptée. Un visage apparaît. Ce n'est pas un humain. C'est une interface neuronale totale. Le nom est écrit en rouge. Vesper. Elle vit au sommet de la Tour. Elle pilote les drones de combat. Elle ordonne les exécutions depuis le serveur. Sloane est un chien de garde. Vesper est le système. Elias ressent une brûlure dans le lobe. Le virus accélère sa progression. Ses muscles se contractent. Il tombe de son siège. Ses genoux frappent le béton dur. Il arrache le câble de son crâne. Le port neural saigne. Le sang est épais et noir. Il regarde sa main gauche. Les doigts sont figés. Ils ne bougent plus. La paralysie gagne du terrain. Il reste deux heures. La liquéfaction commence par les extrémités.
Le bruit des ventilateurs change. Sloane ne frappe plus la porte. Le métal est tordu. Elias rampe vers une trappe. Il utilise son bras valide. Le sol est couvert de débris. Il atteint l'échelle de service. Les barreaux sont gras. Il descend vers les niveaux bas. Mina a menti sur toute la ligne. Elle connaissait l'existence de Vesper. Elle a piégé Elias avec le cadavre. Le cadre était un appât. Le Directoire testait le virus Faucheuse. Elias est un cobaye de terrain. Il n'est pas un extracteur. Il est une statistique de test. Il serre le scanner dans sa main. Le plastique se brise. Il descend l'échelle avec difficulté. Chaque mouvement brûle ses tissus. Son système nerveux sature. Il arrive dans un conduit. L'eau noire coule sur ses bottes. Des rats mécaniques s'enfuient. Leurs yeux brillent dans le noir. Elias avance péniblement. Il ne sent plus ses jambes. Il marche sur des membres morts.
La Tour domine le Secteur 9. Elle perce le brouillard de soufre. Elias regarde la structure de verre. Vesper est là-haut. Elle surveille la ville. Elle sait qu'il possède le nom. Elle sait qu'il meurt. Elias sort une seringue. Il l'enfonce dans sa cuisse. Le liquide entre dans son sang. Le produit chimique stimule son cœur. Sa vision devient nette. Il doit trouver Mina. Elle a l'antivirus. Elle est sa seule chance. Le Directoire efface toujours les preuves. Mina est une preuve vivante. Elias vérifie son arme. Le chargeur est plein. Il sort du conduit. La pluie d'acide troue ses vêtements. Sa peau brûle au contact de l'eau. Il traverse une zone de déchets. Le silence est total. Sloane a trouvé un passage. Elias se plaque contre un mur. Il écoute les bruits de la ville. Il entend le sifflement des vérins. Une ombre bouge sur le sol. Sloane est là. Son capteur balaie la ruelle. Le rayon rouge fixe Elias. Elias reste immobile. Il bloque sa respiration. La douleur est une pointe d'acier. Le virus attaque son cerveau. Il perd le fil du temps.
Sloane avance lourdement. Le bitume craque sous son poids. Elias lève son pistolet. Il vise une conduite de gaz. Il tire. L'arc électrique frappe le métal. L'explosion souffle la ruelle. Sloane est projeté au loin. Elias ne regarde pas. Il court vers le repaire. Il doit livrer le nom. Il doit survivre à la mise à jour. Le terminal affiche des logs de connexion. Vesper se connecte toutes les six minutes. Elle synchronise les unités de patrouille. Elle gère les flux de crédit. Elle est le Directoire. Le fichier 40% contient aussi des coordonnées. Un point de rendez-vous dans la Tour. Un accès de maintenance au niveau 80. Elias copie les données sur sa puce interne. La puce chauffe. Elle atteint 50 degrés. La chair autour du port neural commence à cuire. L'odeur de viande brûlée est forte. Le virus Faucheuse réécrit son code génétique. Ses poumons se remplissent de mucus. Il tousse violemment. Des morceaux de membrane tapissent le sol. Son œil droit devient blanc. La cataracte logicielle s'installe. Il voit le monde en nuances de gris. Les sons deviennent des fréquences pures. Il entend le courant dans les câbles. Il entend le battement de cœur de la ville.
Il traverse le quartier des ferrailleurs. Des ombres rodent entre les piles de métal. Ils cherchent des pièces de rechange. Ils voient Elias. Ils voient son état. Ils attendent sa chute. Elias sort son couteau. La lame est en céramique. Il ne tremble pas. Les ferrailleurs reculent. Ils préfèrent les proies faciles. Elias n'est pas facile. Il est une bombe à retardement. Mina attend dans son bunker. Elle compte les crédits. Elle pense qu'Elias est déjà mort. Elle a vendu sa position au Directoire. Elle a reçu le paiement en cryptomonnaie. Elle prépare son départ. Elle ne sait pas qu'Elias a craqué le fichier. Elle ne sait pas qu'il connaît Vesper. Elias arrive devant la porte blindée de Mina. Il tape le code d'urgence. Les vérins hydrauliques gémissent. La porte s'ouvre lentement. Mina est debout devant son terminal. Elle tient un pistolet. Son regard est fixe. Elias entre dans la pièce. Il pose le scanner sur la table. Son bras gauche pend inutilement.
Mina ne tire pas. Elle regarde le scanner. Elle regarde le visage d'Elias. La peau d'Elias se détache par plaques. Le virus Faucheuse termine son travail. Elias active l'interface de la table. Il projette le fichier 40 %. Le visage de Vesper remplit la pièce. Mina lâche son arme. Elle comprend son erreur. Le Directoire ne paie jamais ses dettes. Le virus est aussi dans son système. Elle regarde ses propres mains. Elles commencent à trembler. Elias s'assoit sur le sol. Il n'a plus de force. Il regarde le plafond. La pluie d'acide frappe toujours le toit. Le bruit est un tambour constant. Il a livré le nom. Il a craqué le code. La mise à jour est presque terminée. Son cœur ralentit. Les battements sont espacés. Un. Deux. Trois. Le système s'éteint. La mémoire s'efface. Le Secteur 9 continue de tourner. Les ventilateurs brassent l'air vicié. Vesper observe tout depuis la Tour. Elle sourit derrière son écran. Le test est un succès. Elle lance la phase suivante. Le nettoyage commence. Elias ne sent plus rien. Il est une machine débranchée. Le silence remplit le bunker. La fin est une ligne de code vide.
Injection d'adrénaline
Elias regarde son poignet. Le cadran affiche 120 minutes. Le chiffre rouge clignote. La Faucheuse ronge ses terminaisons nerveuses. Ses doigts tremblent sur le métal froid. Il sort une fiole de Stim-8. Le liquide bleu brille dans l'ombre. Il casse le col de verre. L'odeur de soufre pique ses narines. Il remplit la seringue pneumatique. Le piston coulisse avec un sifflement sec. Il plaque l'embout contre son cou. La pression perce la peau. Le produit entre dans son système.
La douleur arrive d'un coup. C'est un pic à glace dans le cerveau. Elias serre les dents. Ses gencives saignent. Son cœur cogne contre ses côtes. Le rythme est celui d'un marteau-piqueur. Ses pupilles se dilatent. Sa vision devient nette. Les contours des objets sont tranchants. Il ramasse son extracteur de données. Le boîtier est lourd. Il le glisse dans sa veste en cuir râpé.
Il quitte le bunker. L'air du Secteur 9 sent le plastique brûlé. La pluie d'acide tombe en rideaux gris. Elle ronge le béton des trottoirs. Elias marche vite. Ses bottes écrasent des débris de verre. Un rat cybernétique détale dans une flaque d'huile. Les ventilateurs industriels hurlent au-dessus de sa tête. Le bruit masque ses pas.
Il tourne à l'angle de la Rue des Supplices. Une patrouille de drones survole la zone. Leurs projecteurs balayent la boue. Elias se plaque contre un mur suintant. Le crépi gratte son dos. Il retient sa respiration. Son cœur fait trop de bruit. Le drone passe. Le moteur électrique siffle dans l'air vicié. Elias repart. Il doit atteindre la Zone Haute.
La Tour du Directoire domine l'horizon. C'est un monolithe de carbone noir. Elle perce les nuages de pollution. L'antivirus se trouve au sommet. Elias sent une crampe dans sa jambe gauche. Le virus attaque les muscles. Il trébuche. Ses mains frappent le sol mouillé. Il se relève. Il n'a pas le temps pour la faiblesse.
Un ferrailleur de chair bloque le passage. L'homme est massif. Des plaques de blindage sont soudées sur son torse. Il tient une barre à mine. Il veut les implants d'Elias. Elias ne ralentit pas. Il sort son couteau à cran d'arrêt. La lame sort avec un clic métallique. Le ferrailleur frappe. Elias pivote sur la droite. La barre à mine percute un baril vide. Elias frappe le cou. La lame entre sous la mâchoire. Le sang gicle sur son visage. Le liquide est chaud. L'homme s'effondre sans un cri.
Elias essuie sa joue avec sa manche. Il ne regarde pas le corps. Il continue sa course. Le Stim-8 commence à faiblir. Il sent le froid revenir. Ses articulations grincent. Il sort une deuxième fiole. Il ne doit pas dépasser la dose. Son cœur pourrait exploser. Il s'injecte le produit dans la cuisse. Le muscle tressaute. La force revient par vagues brutales.
Il arrive devant la grille du périmètre. Des capteurs thermiques scannent la zone. Elias sort un brouilleur de fréquence. Il active l'appareil. Les diodes passent au vert. Il escalade le grillage. Le métal froid coupe ses paumes. Il saute de l'autre côté. Il atterrit dans un buisson de plastique.
Le hall de la Tour est protégé par des vitres blindées. Deux gardes stationnent devant l'entrée. Ils portent des armures en kevlar. Leurs fusils d'assaut sont braqués vers le sol. Elias vérifie son chargeur. Il reste six balles. Il respire profondément. L'air brûle ses poumons. Il vérifie son poignet. 85 minutes.
Il contourne le poste de garde. Il repère une bouche d'aération. La grille est fixée par quatre vis. Il utilise la pointe de son couteau. Le métal cède. Il se glisse dans le conduit étroit. L'espace sent la poussière et la graisse. Il rampe sur les coudes. Le bruit du métal résonne dans le tube. Il s'arrête à chaque mouvement.
Il atteint une grille au-dessus du local technique. Il observe la pièce. Un technicien tape sur un clavier. Elias descend silencieusement. Il tombe derrière l'homme. Il lui brise la nuque d'un geste sec. Le corps glisse du siège. Elias prend la carte d'accès. Elle est froide entre ses doigts.
Il insère la carte dans le lecteur de l'ascenseur. Le voyant clignote. La porte s'ouvre. Il appuie sur le bouton du dernier étage. La cabine monte rapidement. La pression augmente dans ses oreilles. Elias regarde son reflet dans le miroir. Ses yeux sont injectés de sang. Des veines noires apparaissent sur son cou. Le virus gagne du terrain.
L'ascenseur s'arrête. Les portes s'ouvrent sur un couloir blanc. La lumière est crue. Elle blesse ses yeux. Elias sort son arme. Il marche sur la moquette épaisse. Le silence est total. Il arrive devant le bureau principal. La plaque indique : Direction Générale.
Il pousse la porte. Une femme est assise derrière un bureau de verre. C'est Vesper. Elle ne lève pas les yeux. Elle tape sur un écran holographique. Elias pointe son arme sur sa tête. Son bras tremble. Il utilise sa main gauche pour stabiliser le tir.
"L'antivirus", dit Elias. Sa voix est un croassement.
Vesper s'arrête de taper. Elle lève les yeux. Son regard est vide. Elle sourit lentement.
"Tu es en avance, Elias."
Elle désigne une mallette sur la table. Elias s'approche. Il ne baisse pas son arme. Il ouvre la mallette. Une seringue automatique contient un liquide transparent.
Il saisit l'objet. Ses doigts sont gourds. Il sent une douleur fulgurante dans sa colonne vertébrale. Il tombe à genoux. Le virus verrouille son système moteur. Il lâche son arme. Le pistolet glisse sur le sol. Vesper se lève. Elle contourne le bureau. Elle ramasse l'arme d'Elias.
"Le fichier est livré", dit-elle. "Tu n'es plus utile."
Elias regarde la seringue dans sa main. Il rassemble ses dernières forces. Il plante l'aiguille dans son torse. Il appuie sur le déclencheur. Le liquide froid se répand dans ses veines.
Le choc est immédiat. Son corps se cambre. Ses poumons se bloquent. Il voit des points noirs. Puis, le calme. La douleur s'efface. Les tremblements s'arrêtent. Son cœur retrouve un rythme normal. Il respire. L'air entre à nouveau.
Vesper le regarde. Elle semble surprise. Elias se relève lentement. Il ramasse un coupe-papier sur le bureau. Le métal brille sous les lampes. Il ne dit rien. Il avance vers elle. Vesper recule. Elle pointe le pistolet. Elle presse la détente. Le percuteur frappe dans le vide. Elias a retiré le chargeur dans l'ascenseur.
Il frappe. Le mouvement est précis. La lame entre dans l'épaule. Vesper lâche l'arme. Elle crie. Elias la plaque contre la vitre. Il regarde la ville en bas. Les lumières rouges du Secteur 9 clignotent dans la brume. La pluie frappe le verre blindé.
"Le code de sortie", ordonne Elias.
Vesper crache du sang. Elle rit.
"Il n'y a pas de sortie, Elias. On ne quitte pas le Directoire."
Elias serre le cou de la femme. Il sent le pouls sous ses doigts. Il regarde le compte à rebours sur son poignet. 00:05. 00:04. 00:03.
Le système redémarre. Un message s'affiche sur sa rétine : MISE À JOUR TERMINÉE.
Le virus n'était pas un tueur. C'était une clé. Elias lâche Vesper. Elle s'effondre au sol. Il regarde ses mains. Elles sont stables. Il sent le flux de données dans son cortex. Il voit les serveurs de la ville. Il voit les comptes bancaires. Il voit les secrets des dirigeants.
Il n'est plus un extracteur. Il est le système.
Elias marche vers la fenêtre. Il brise le verre avec son poing augmenté. Le vent froid s'engouffre dans la pièce. Il regarde le Secteur 9. La ville attend. Il saute dans le vide. Ses stabilisateurs hydrauliques se déploient. Il tombe vers les ombres. La chasse commence.
Le sang sur ses mains sèche. La pluie d'acide ne l'atteint plus. Il est le code. Il est la fin.
Le silence revient dans le bureau. Vesper rampe vers le téléphone. Elle ne l'atteint pas. Elias a déjà effacé son existence des registres. Elle n'est plus rien. Une ligne de code vide.
Elias touche le sol du Secteur 9. Il se redresse. Ses yeux brillent d'une lueur bleue. Il marche dans la boue. Les drones s'écartent sur son passage. Il est le nouveau maître de l'abattoir.
La nuit est longue. Le travail ne fait que commencer. Elias disparaît dans la vapeur de soufre. Le bruit des ventilateurs continue. La ville tourne. Le cycle reprend.
Assaut de verre
Elias s'arrête devant la paroi de verre. La tour s'élève sur quatre-vingts étages. Le verre est teinté. Il reflète la crasse du Secteur 9. Elias crache un filet de sang noir. La Faucheuse travaille vite. Ses tempes cognent. Il insère une broche dans la fente de maintenance. Le contact est froid. Le système de sécurité interroge son identité. Elias injecte un script de contournement. Les verrous magnétiques lâchent. Un clic sec résonne. La porte coulisse. L'air intérieur sent l'azote et le propre.
Il avance dans le hall. Le plafond est haut. Des dalles de calcaire blanc couvrent le sol. Ses pas font un bruit de percussion. À gauche, un poste de garde. Deux unités de patrouille sortent de l'ombre. Châssis en fibre de carbone. Optiques pivotantes. Elles scannent la zone. Elias se plaque contre une colonne. Le béton est lisse. Il sent la vibration des serveurs sous ses pieds.
Son interface neurale surchauffe. Une alerte clignote dans son champ de vision. Température interne : 41 degrés. Il doit faire vite. Il déploie un câble de son avant-bras. Le connecteur cherche une prise. Il trouve un port de données mural. Elias force l'accès. Le flux de données entre dans son crâne. C'est une décharge de glace. Il localise les deux gardes. Il surcharge leurs condensateurs.
Les robots se figent. Un sifflement s'échappe de leurs articulations. De la fumée grise sort des jointures. Ils s'effondrent sur le marbre. Le choc est lourd. Elias débranche le câble. Ses doigts sont engourdis. Il marche vers l'ascenseur de service.
Le silence de la tour est total. Il tranche avec le vacarme du Secteur 9. Elias appuie sur le bouton d'appel. Les portes s'ouvrent. La cabine est une cage de métal brossé. Il sélectionne le dernier étage. La montée commence. La pression change dans ses oreilles. Son port neural s'enflamme. La Faucheuse réclame son dû. Il voit des pixels morts dans son œil droit.
L'ascenseur s'arrête au quarantième étage. Les portes s'ouvrent sur un couloir vide. Elias sort. Il marche sur une moquette épaisse. Elle étouffe le son de ses bottes. Des caméras pivotent au plafond. Il ne les regarde pas. Il connaît leur angle mort. Il glisse le long du mur. Sa main gauche caresse le revêtement synthétique.
Une porte blindée barre le passage. Modèle Titan-4. Verrouillage biométrique. Elias pose sa paume sur le scanner. Il utilise les empreintes volées au cadre de la Tech-Union. Le laser vert balaie sa peau. Le système valide l'accès. La porte pivote sur des gonds silencieux.
Derrière la porte, la salle des serveurs. Des rangées de baies noires s'alignent. Des diodes clignotent avec régularité. La température chute de dix degrés. Elias expire. Sa respiration forme une brume légère. Il cherche le terminal central. Ses jambes flanchent. Il se rattrape à une structure métallique. Le métal est glacé. Il stabilise sa respiration.
Il trouve le terminal. C'est un bloc de chrome au centre de la pièce. Elias s'assoit par terre. Il ouvre la trappe de son port neural. Il branche le câble direct. La connexion est brutale. Son corps se cambre. Ses muscles se contractent. Il entre dans le réseau de la tour.
Le code défile derrière ses paupières. Des cascades de chiffres blancs sur fond noir. Il cherche le fichier antivirus. La Faucheuse dresse des barrières de feu. Elias les contourne. Il utilise des protocoles de force brute. Son cerveau brûle. Il sent l'odeur de sa propre chair qui chauffe.
Une alerte retentit dans la salle. Une sirène sourde. Les gardes robotisés du niveau supérieur descendent. Il entend le bruit des vérins hydrauliques dans la cage d'escalier. Elias ne bouge pas. Il est coincé dans le flux. Il télécharge les données. Le pourcentage grimpe lentement. 45 %. 50 %.
Les portes de la salle volent en éclats. Trois unités d'intervention entrent. Elles portent des fusils à impulsion. Les faisceaux de visée balaient les serveurs. Elias est caché dans l'ombre du terminal. Il envoie une commande de surcharge au système d'extinction d'incendie.
Les buses au plafond libèrent du gaz halon. Une nappe blanche envahit la pièce. La visibilité tombe à zéro. Les robots passent en mode thermique. Elias le sait. Il modifie sa signature thermique via son implant de régulation. Il devient froid comme le métal environnant.
Il rampe vers la sortie. Le câble traîne derrière lui. Il le déconnecte d'un coup sec. Le téléchargement est à 82 %. C'est assez pour une exécution partielle. Il doit atteindre le toit.
Il trouve une échelle de secours. Il grimpe. Chaque barreau est une épreuve. Ses muscles crient. Il atteint la trappe d'accès au toit. Il la pousse. Le vent s'engouffre. La pluie d'acide cingle son visage. Il est au sommet.
La ville s'étend en bas. Un tapis de lumières sales. Elias marche vers le rebord. Il voit les drones de sécurité approcher. Leurs projecteurs percent la brume. Il n'a plus de temps. Il active ses stabilisateurs hydrauliques. Les pistons dans ses jambes se chargent.
Il regarde ses mains. Le sang a séché. Il ne sent plus la douleur. La Faucheuse a anesthésié ses nerfs. Il est une machine. Il est le système.
Il saute.
La chute est rapide. L'air siffle dans ses oreilles. Les stabilisateurs se déploient avec un bruit de métal broyé. Il percute le toit d'un entrepôt trois cents mètres plus bas. La tôle plie. Le choc remonte dans sa colonne vertébrale. Il roule sur le côté.
Il se relève. Ses yeux brillent d'un bleu artificiel. Il marche dans la boue du Secteur 9. Les drones de patrouille survolent la zone. Ils ne le voient pas. Il a effacé sa trace thermique. Il est un fantôme dans la machine.
Il s'enfonce dans une ruelle. L'odeur de soufre est forte. Les ventilateurs industriels brassent l'air vicié. Elias s'adosse à un mur poisseux. Il ouvre son interface. Le fichier est là. L'identité du tueur. Le nom s'affiche en lettres capitales.
Sloane.
Elias ferme les yeux. La pluie lave le sang sur son front. La Faucheuse est en pause. L'antivirus partiel a stabilisé ses fonctions vitales. Pour l'instant. Il reste quatre heures. Le travail commence. Il marche vers l'ombre. Les rats cybernétiques s'écartent. La ville attend sa fin. Elias est prêt à la donner.
Il vérifie son arme. Un pistolet à percussion cinétique. Le chargeur est plein. Il engage la première balle. Le clic est net. Il range l'arme dans son holster de cuir. Ses mouvements sont précis. La panique n'existe pas. Seule la mission compte.
Il traverse le pont du canal. L'eau est une soupe chimique noire. Des carcasses de voitures flottent. Elias ne regarde pas en bas. Il fixe l'horizon. La tour de la Tech-Union est loin derrière. Elle ressemble à une aiguille plantée dans le ciel gris.
Il entre dans le territoire des ferrailleurs de chair. Des hommes aux membres de métal rouillé le surveillent. Ils voient son port neural. Ils voient la valeur de ses implants. Elias pose la main sur la crosse de son arme. Les ferrailleurs reculent. Ils sentent la mort sur lui.
Il atteint la planque de Mina. C'est un conteneur aménagé sous un viaduc. La porte est renforcée. Elias frappe un code rythmique. Une fente s'ouvre. Le scanner rétinien le fixe. La porte s'ouvre.
Mina est là. Elle manipule des circuits imprimés. Elle ne lève pas les yeux. Elias jette la puce de données sur la table. Le plastique claque sur le métal.
"C'est fait", dit Elias.
Sa voix est un craquement de gravier. Mina prend la puce. Elle l'insère dans son lecteur. Les écrans s'allument. Elle voit le nom. Elle voit les preuves. Elle regarde Elias. Son œil optique zoome sur son visage.
"Tu es déjà mort, Elias", dit-elle.
"Pas encore", répond-il.
Il se détourne. Il n'a pas besoin de merci. Il a besoin d'une cible. Il sort dans la nuit. La vapeur de soufre l'enveloppe. Le cycle continue. La chasse est ouverte.
Impact critique
La salle des serveurs occupe le sous-sol du complexe. La température est maintenue à quatre degrés Celsius. L'air est sec. Il sent le plastique chauffé et le liquide de refroidissement. Des milliers de diodes clignotent sur les baies. Le bruit des ventilateurs s'élève à soixante-dix décibels. C'est un bourdonnement constant. Elias avance dans l'allée centrale. Ses bottes en cuir usé glissent sur le faux plancher. Il tient son pistolet à impulsion de la main droite. Sa main gauche tremble. Le virus Faucheuse attaque son système nerveux central. Le compte à rebours sur son rétine affiche : 00:14:22. Les chiffres sont rouges. Ils mangent son champ de vision.
Elias s'arrête devant la baie 402. C'est ici. Le processeur central du Directoire. Il sort le pic de données de sa poche. Le métal est froid contre sa paume. Il insère le pic dans le port de maintenance. Une barre de progression apparaît dans son cortex. Le téléchargement de l'antivirus commence. 1 %. La vitesse est lente. Trop lente. Elias s'adosse à la machine. Il sent les vibrations des disques durs contre ses omoplates. Sa vision se trouble. Des taches sombres flottent devant ses yeux. Il ferme les paupières. Il compte ses battements de cœur. Cent vingt par minute. C'est trop rapide.
Un bruit métallique résonne au bout de l'allée. C'est un choc lourd. Un poids massif sur l'acier. Elias rouvre les yeux. Sloane est là. Le colosse bloque l'unique sortie. Son bras hydraulique s'étire. Les pistons sifflent. La vapeur s'échappe des valves de décompression. L'œil optique de Sloane brille d'un éclat fixe. Il n'y a pas de haine dans ce regard. Il n'y a que de la géométrie. Sloane calcule la trajectoire. Il lève son bras gauche. C'est un canon de calibre vingt millimètres. Le mécanisme de chargement claque. Le son est sec. Définitif.
Elias plonge sur le côté. Il roule sous une console de contrôle. La première décharge percute la baie 402. Le métal explose. Des éclats de silicium volent dans la pièce. L'huile de refroidissement gicle sur le sol. Elle est verte et visqueuse. Elias tire deux fois. Les impulsions bleues frappent le torse de Sloane. Elles s'écrasent sur le blindage en céramique. Sloane ne recule pas. Il avance d'un pas pesant. Chaque foulée enfonce les plaques du plancher. Le colosse recharge. Elias vérifie sa jauge d'énergie. Il reste trois tirs. La Faucheuse brûle ses synapses. Une douleur aiguë traverse sa colonne vertébrale. Ses muscles se contractent involontairement.
Sloane saisit une unité centrale. Il l'arrache de son socle. Les câbles de fibre optique rompent dans un crépitement. Il projette le bloc de cinquante kilos vers Elias. Elias bascule en arrière. Le bloc percute le mur à quelques centimètres de sa tête. Le béton se fissure. La poussière envahit l'air. Elias tousse. Il goûte le sang dans sa bouche. Il rampe entre deux rangées de serveurs. Il doit gagner du temps. La barre de progression indique 45 %. L'antivirus est à moitié chargé. Sloane détruit tout sur son passage. Il renverse les baies comme des dominos de métal. Le vacarme est assourdissant.
Elias atteint le fond de la salle. Il est coincé. Le mur est en acier renforcé. Il se retourne. Sloane est à cinq mètres. Le colosse range son canon. Il préfère le contact physique. C'est plus efficace dans un espace clos. Il déploie ses griffes de titane. Elles mesurent dix centimètres. Elias lève son arme. Il vise l'œil optique. Il presse la détente. L'impulsion part. Sloane incline la tête. Le tir touche l'épaule. Le chrome noircit. Sloane ne ralentit pas. Il attrape Elias par la gorge. La main mécanique se referme. La pression est immédiate. Les vertèbres cervicales craquent.
Elias lâche son pistolet. Il saisit le poignet de Sloane. Le métal est brûlant. Il essaie de respirer. L'air ne passe plus. Ses poumons brûlent. Sa vision devient noire sur les bords. Sloane soulève Elias. Il le plaque contre le mur. Le choc expulse le reste d'oxygène de ses poumons. Sloane serre davantage. Elias voit le compte à rebours : 00:08:12. Le virus Faucheuse provoque une convulsion massive. Elias utilise cette force résiduelle. Il sort le second pic de données de sa ceinture. Ce n'est pas l'antivirus. C'est une copie brute du virus Faucheuse.
Elias frappe. Il enfonce le pic dans la jointure du cou de Sloane. La pointe pénètre le caoutchouc de protection. Elle atteint les faisceaux de câbles. Le transfert est instantané. Sloane s'immobilise. Son œil optique clignote frénétiquement. Le rouge passe au violet. Le virus s'injecte dans le processeur central du tueur. Le code malveillant dévore les protocoles de sécurité. Il réécrit les fonctions motrices. Sloane lâche prise. Elias tombe au sol. Il aspire une bouffée d'air glacé. Il s'étouffe. Il vomit de la bile et du sang.
Sloane recule. Ses membres agissent de manière désordonnée. Son bras hydraulique frappe le vide. Ses jambes se dérobent. Le colosse s'effondre sur les genoux. Un son strident sort de ses haut-parleurs internes. C'est le cri d'un logiciel qui meurt. La nécrose interne de Sloane s'accélère. Le virus surcharge les condensateurs. Des étincelles jaillissent de ses articulations. Une fumée noire et âcre s'élève de son thorax. Sloane bascule en avant. Son visage percute le plancher métallique. Le bruit est sourd. Il ne bouge plus. Les ventilateurs de son armure s'arrêtent.
Elias rampe vers la baie 402. Ses doigts ne répondent plus correctement. Il utilise ses coudes. Il atteint le port de maintenance. La barre de progression affiche 98 %. 99 %. 100 %. Le téléchargement est terminé. Elias retire le pic. Il l'insère dans son propre port neural, à la base du crâne. Le contact déclenche une décharge électrique. Son corps se cambre. Ses yeux se révulsent. L'antivirus combat la Faucheuse. C'est une guerre de code à l'intérieur de sa chair. La douleur est totale. Elle sature ses récepteurs. Puis, le calme revient.
Le compte à rebours disparaît. La température de son corps redescend. Elias reste allongé sur le dos. Il regarde le plafond de béton. Les lumières de secours clignotent. Le silence s'installe dans la salle des serveurs. Seul le crépitement des circuits grillés de Sloane rompt le calme. Elias palpe son épaule. L'os est brisé. Il ne sent plus son bras gauche. Il se redresse lentement. Il s'appuie contre la carcasse de Sloane. Le métal refroidit vite. Elias récupère son pistolet. Il vérifie le chargeur. Vide. Il jette l'arme.
Il fouille les poches de Sloane. Il trouve un module de communication crypté. Il l'active. Le nom du commanditaire s'affiche sur l'écran miniature. C'est un nom qu'il connaît. Un nom du Directoire. Elias enregistre l'information. Il se lève. Ses jambes sont faibles. Il marche vers la sortie. Il évite les flaques d'huile et les débris de serveurs. Il passe devant le corps inerte du colosse. Sloane n'est plus qu'une pile de ferraille. Elias atteint le sas de sécurité. Il tape le code d'ouverture. La porte coulisse lourdement.
L'air du couloir est moins froid. Elias marche vers l'ascenseur. Il laisse une trace de sang derrière lui. Il regarde ses mains. Elles sont couvertes de graisse et de liquide biologique. Il ne ressent rien. Ni soulagement, ni victoire. Juste une fatigue immense. Le virus est parti, mais il a laissé des cicatrices. Sa mémoire est trouée. Des pans entiers de son enfance ont disparu. C'est le prix de la survie. L'ascenseur arrive. Les portes s'ouvrent. Elias entre. Il appuie sur le bouton du rez-de-chaussée. La cabine monte. Il ferme les yeux. La mission est terminée. La ville l'attend en haut. La pluie d'acide continuera de tomber. Le cycle ne s'arrête jamais. Elias sort son briquet. Il allume une cigarette synthétique. La fumée remplit l'espace clos. Il attend.
Mise à jour finale
Le terminal crache une lumière blanche. Elias pose ses mains sur le clavier encrassé. Ses doigts tremblent. Le sang coule de son port neural. La morsure du virus Faucheuse atteint le centre moteur. Le compte à rebours affiche 00:00:05. Il insère la sonde de l'antivirus dans la fente latérale. Le métal frotte contre le métal. Un déclic sec résonne dans la pièce vide. 00:00:04.
Elias valide l'injection. Le liquide synthétique remonte le long du câble. Il entre dans sa colonne vertébrale. La sensation est celle d'une lame de glace. Ses muscles se raidissent. Ses dents claquent contre l'embout buccal en plastique. 00:00:03. L'écran affiche une barre de progression verte. Le code de l'antivirus dévore les lignes de commande du virus. 00:00:02. Les ventilateurs du serveur hurlent. L'air devient lourd. La température monte de dix degrés.
00:00:01. Le compteur se fige. Le rouge s'efface. Le vert domine. Elias expire une bouffée de vapeur grise. Le virus est neutralisé. Son cortex survit. Mais le prix est affiché en bas de l'écran. "Transfert de données : 100%". "Effacement mémoriel collatéral : 90%". Elias regarde les chiffres. Il ne comprend pas la perte. Il ne ressent pas le vide. Son cerveau est une pièce dont on éteint les lampes. Une par une.
Il saisit le manipulateur. Il sélectionne le fichier "Tueur_Directoire.dat". Il l'envoie sur le réseau public du Secteur 9. Le signal part dans les câbles de fibre optique. Il traverse les murs de béton. Il sature les routeurs clandestins. L'identité du tueur est partout. Elle s'affiche sur les terminaux de cuisine. Elle sature les panneaux publicitaires des carrefours. Elle s'imprime dans les rétines des passants. La vérité circule dans les veines de la ville.
Elias retire la sonde. Le port neural siffle. Un mélange de lymhe et de lubrifiant coule sur sa nuque. Il se lève. Ses jambes sont des piliers de plomb. Il regarde ses mains. Il cherche un souvenir lié à ces cicatrices. Rien ne vient. Il regarde le cadavre du cadre de la Tech-Union. L'homme est une masse de viande froide. Elias ne sait plus pourquoi il est là. Il ne connaît plus le nom de l'homme. Il ne connaît plus son propre nom.
Il marche vers la sortie. Ses bottes claquent sur la grille métallique. Le son est sec. Il passe devant Sloane. Le colosse est étendu sur le dos. Son bras hydraulique est plié à l'envers. L'œil optique rouge est éteint. Elias contourne la carcasse de chrome. Il ne ressent aucune haine. Il ne ressent aucune peur. Sloane est un objet encombrant. Rien de plus.
Elias atteint le sas de sécurité. Il pousse la porte lourde. Le mécanisme grince. L'huile de moteur coule sur le sol. Il entre dans l'ascenseur. La cabine est étroite. Les parois sont couvertes de graffitis gravés au laser. Il appuie sur le bouton "Surface". Le moteur s'enclenche. Les câbles gémissent. Elias fixe le plafond. Sa mémoire s'effiloche. Le visage d'une femme disparaît. Le goût d'un alcool bon marché s'efface. Les noms des rues s'évaporent.
L'ascenseur s'arrête. Les portes coulissent. Elias sort dans la ruelle. La pluie d'acide tombe en rideaux denses. Elle frappe le bitume avec un bruit de friture. La vapeur de soufre pique les narines. Elias remonte le col de son manteau en plastique. Le tissu est usé. Il marche vers l'avenue principale. Ses mouvements sont lents. Il est une machine dont on a vidé le disque dur.
Sur le mur d'en face, un écran géant crépite. L'image du tueur du Directoire sature l'espace. Les passants s'arrêtent. Ils pointent du doigt la lumière chimique. Des cris montent des bas-fonds. La révolte gronde dans les conduits d'aération. Elias traverse la foule. Personne ne le regarde. Il n'est qu'une ombre parmi les ombres. Il ne sait pas qu'il est l'auteur de ce chaos.
Il s'arrête devant une flaque d'huile. Il regarde son reflet. Le visage est gris. Les yeux sont vides. Il touche la cicatrice à la base de son crâne. Le métal est froid. La pluie lave le sang séché. Elias ne sait pas où il habite. Il ne sait pas s'il a faim. Il n'a plus de passé. Il n'a plus de futur. Il est une coque de chair dans une ville de fer.
Il sort un briquet de sa poche. L'objet est en métal brossé. Il l'allume. La flamme danse sous la pluie. Il regarde le feu. C'est une information visuelle. Une source de chaleur. Il referme le clapet. Le clic est net. Elias reprend sa marche. Il s'enfonce dans le brouillard chimique. La ville continue de hurler. Lui ne dit rien. Il n'a plus de mots. Il n'a plus de pensées. Il est libre. Il est mort. Il marche encore.