Compte les Balles, Tais-toi
Par Marcus V. — Polar
Milanovich sort de l'ascenseur au quatrième étage. La moquette épaisse du Ritz absorbe le choc des semelles. Le couloir est long de quarante mètres. L'air est saturé d'un parfum de cire et de lys. Trois hommes stationnent devant la suite 412. Le premier garde est massif. Il porte un costume sombre. ...
Suite 412
Milanovich sort de l'ascenseur au quatrième étage. La moquette épaisse du Ritz absorbe le choc des semelles. Le couloir est long de quarante mètres. L'air est saturé d'un parfum de cire et de lys. Trois hommes stationnent devant la suite 412. Le premier garde est massif. Il porte un costume sombre. Il s'appuie contre le mur de gauche. Les deux autres discutent à voix basse près du chambranle. Milanovich avance d'un pas régulier. Sa main droite est enfoncée dans la poche de son manteau. Ses doigts serrent la crosse du Glock 17. Le silencieux est déjà vissé.
Le premier garde lève les yeux. Il ne reconnaît pas le visage. Il porte la main à sa ceinture. Milanovich sort l'arme. Il presse la détente une fois. La balle de 9mm perfore le front de l'homme. L'os frontal éclate. Le corps glisse le long de la tapisserie de soie. Une traînée sombre marque le mur. Les deux autres gardes pivotent. Le plus jeune tente de dégainer un Beretta. Milanovich tire deux fois. La première balle brise le sternum. La seconde déchire la carotide. Le sang gicle sur la porte dorée. Le troisième homme plaque ses mains sur son visage. Il s'écroule. Milanovich s'approche. Il tire une balle de sécurité dans la nuque du survivant. Le corps tressaute puis s'immobilise.
Milanovich range son arme. Il saisit la poignée de la suite 412. La porte est déverrouillée. Il entre. La pièce est vaste. Les rideaux de velours sont tirés. Une seule lampe de chevet est allumée. L'odeur de la poudre se mélange à celle du tabac froid. Chiara Lucchese est assise sur le bord du lit king-size. Elle porte une robe en soie blanche. Le tissu est taché de rouge sur l'épaule droite. Elle ne regarde pas Milanovich. Ses yeux sont fixés sur le sol. Elle ramasse une douille de laiton. Elle la dépose sur la table de nuit. Elle en compte sept. Elle aligne les cylindres de métal avec précision.
Milanovich pointe le Glock sur sa tempe gauche. Le métal froid touche la peau mate. Chiara ne tremble pas. Elle ne ferme pas les yeux. Elle lève la tête. Ses yeux noirs sont vides de reflet. Elle observe la cicatrice sur la lèvre de l'homme. Milanovich sent une pulsation derrière son œil gauche. La tumeur presse contre son nerf optique. Sa vision se trouble un instant. Il raffermit sa prise. La main droite compense la paralysie partielle par une tension excessive des muscles de l'avant-bras.
Chiara parle. Sa voix est monocorde. Elle ne demande pas la vie sauve. Elle énonce des faits.
— Mon père est au Panama. Il a vendu le clan aux Russes. Les dix millions étaient un test. Vous êtes efficace.
Milanovich ne répond pas. Il attend le signal pour presser la détente.
— Je propose un nouveau contrat, dit-elle. Vingt millions d'euros. Le double de la mise initiale.
Elle désigne un dossier noir posé sur le drap.
— Les cinq lieutenants sont à Milan. Ils attendent les ordres de mon père. Ils doivent mourir avant six heures. Si un seul survit, je suis morte. Vous aussi.
Milanovich baisse lentement son arme. Il prend le dossier. Il l'ouvre sous la lumière de la lampe. Cinq photographies. Cinq noms. Marco "Le Boucher" Valli. Luca Santino. Pietro Rossi. Giovanni Moretti. Alberto Vitale. Les adresses sont inscrites au verso. Des clubs privés. Des entrepôts. Des villas fortifiées. Milanovich mémorise les visages. Il referme le dossier.
— Le virement, dit Milanovich.
Chiara saisit un ordinateur portable sur le lit. Ses doigts tapent rapidement sur le clavier. Les marques de brûlures de cigarettes sur ses avant-bras sont visibles sous la lumière crue. Elle valide la transaction. Le téléphone de Milanovich vibre dans sa poche. Il le sort de la main gauche. L'écran affiche une notification bancaire. Dix millions d'euros sont crédités sur un compte aux îles Caïmans.
— Le solde à l'aube, dit Chiara. Apportez-moi leurs téléphones.
Milanovich range son téléphone. Il vérifie le chargeur de son Glock. Il reste douze balles. Il sort un chargeur de rechange de sa ceinture. Il l'insère dans le puits de chargeur. Le clic métallique résonne dans la chambre silencieuse. Il regarde Chiara. Elle a repris sa collecte de douilles au sol. Elle semble absente. Milanovich se détourne. Il marche vers la porte. Il enjambe les cadavres dans le couloir. L'ascenseur est toujours au quatrième étage. Il appuie sur le bouton du rez-de-chaussée.
Il sort du Ritz par la porte de service. L'air de Milan est frais. Il est 03h15. Une Alfa Romeo noire attend sur le trottoir d'en face. Milanovich monte côté conducteur. Il pose le dossier sur le siège passager. Il démarre le moteur. Les phares balaient la rue déserte. Il engage la première vitesse. La tumeur lance une nouvelle décharge de douleur dans son crâne. Il serre les dents. Il a trois heures pour tuer cinq hommes. Il accélère. Les pneus crissent sur le pavé humide. La première cible est Marco Valli. Il se trouve dans un club de strip-tease de la Via Torino. Milanovich vérifie l'heure sur le tableau de bord. Le compte à rebours commence.
Il roule vite. Il brûle deux feux rouges. La ville est une grille de cibles potentielles. Il ne pense pas à l'argent. Il ne pense pas à la mort. Il pense à la trajectoire des projectiles. Il pense à la résistance des gilets pare-balles. Il arrive devant le club. Deux gorilles gardent l'entrée. Milanovich coupe le contact. Il vérifie son couteau de combat fixé à sa cheville. Il sort de la voiture. Il marche vers le club. Son pas est lourd. Son regard est fixe. La chasse est ouverte.
La Liste
Milanovich s'arrête devant l'entrée du club. Le videur mesure deux mètres. Il porte un costume noir trop étroit. Milanovich ne ralentit pas. Il sort son Glock 17. Le silencieux est déjà vissé. Il tire deux fois. La première balle brise le sternum. La seconde perfore le larynx. Le colosse s'effondre contre la porte métallique. Le bruit est sourd. Milanovich enjambe le corps. Il entre dans le hall.
L'air est saturé de fumée de tabac. La musique cogne contre ses tempes. Les basses font vibrer sa cage thoracique. Il avance dans le couloir sombre. Un second garde surgit d'un renfoncement. Milanovich pivote sur ses appuis. Il frappe le visage du garde avec la crosse. L'os du nez explose. Le garde tombe. Milanovich l'achève d'une balle dans la nuque. Il vérifie l'angle mort. La voie est libre.
Il atteint la zone VIP. Marco Valli est assis sur un canapé en cuir. Il boit de la vodka. Deux femmes rient à ses côtés. Valli voit Milanovich. Il lâche son verre. Le verre se brise sur le carrelage. Milanovich lève son arme. Sa main droite tressaute. Un spasme secoue son index. La tumeur presse contre son cerveau. Sa vision se trouble sur les bords. Il ferme l'œil gauche. Il stabilise son poignet droit avec sa main gauche.
Il presse la détente. La balle traverse le front de Valli. Le sang éclabousse le dossier en cuir. Les femmes hurlent. Milanovich ne les regarde pas. Il s'approche du cadavre. Il fouille la veste de Valli. Il récupère un smartphone. Il quitte la pièce. Il sort par l'issue de secours. La ruelle est froide. Il monte dans sa voiture.
Il pose le téléphone sur le tableau de bord. Il branche un câble USB. L'écran affiche une carte de Milan. Quatre points rouges clignotent. Chiara a tenu sa promesse. Les coordonnées GPS sont précises. Le deuxième nom apparaît : Silvio Rossi. Localisation : Entrepôt 14, zone industrielle de Via Ripamonti.
Milanovich engage la première. Son bras droit est lourd. Il sent une décharge dans son épaule. La douleur est une ligne droite. Elle part de la base du crâne. Elle finit dans ses doigts. Il serre le volant. Il respire par la bouche. Il doit tenir deux heures. Il regarde le chronomètre de la montre. 03h42.
Il roule vers le sud. Les rues sont vides. Les lampadaires défilent. Il vérifie son chargeur. Quinze balles restantes. Il enclenche un nouveau chargeur. Il place le précédent dans sa poche. Il atteint la zone industrielle. Les hangars ressemblent à des blocs de béton gris. Il coupe les phares à deux cents mètres de l'objectif.
Il descend du véhicule. L'odeur de gasoil est forte. Il contourne l'entrepôt 14. Une caméra de surveillance tourne sur son axe. Milanovich attend le passage du faisceau. Il se plaque contre le mur. Il trouve une fenêtre haute. Il se hisse à la force des bras. Ses muscles brûlent. Sa main droite manque de lâcher. Il bascule à l'intérieur.
Silvio Rossi est là. Il supervise le déchargement de caisses en bois. Trois hommes l'entourent. Ils portent des fusils d'assaut courts. Milanovich observe la scène depuis la passerelle métallique. Il sort une grenade flash de sa ceinture. Il dégoupille. Il compte deux secondes. Il lance l'engin au centre du groupe.
L'explosion blanche sature l'espace. Les hommes crient. Ils se tiennent les yeux. Milanovich saute de la passerelle. Il atterrit souplement. Il tire en marchant. Premier garde : deux balles dans le torse. Deuxième garde : une balle dans la gorge. Le troisième tente de lever son arme. Milanovich lui brise le bras d'un coup de pied. Il lui tire dans le foie.
Silvio Rossi rampe entre les caisses. Milanovich le rattrape. Il le saisit par les cheveux. Il plaque le visage de Rossi contre une caisse.
— Où est Matteo Gatti ? demande Milanovich.
Rossi crache du sang. Il tremble.
— San Siro, bafouille Rossi. La villa avec les cyprès.
Milanovich appuie le canon contre l'oreille de Rossi. Il tire. Le corps s'affaisse.
Il consulte à nouveau le GPS. Troisième cible : Matteo Gatti. Quartier de San Siro. Milanovich remonte dans sa voiture. Son champ de vision rétrécit. Une tache noire stagne au centre de son œil droit. Il frappe le volant de sa main valide. Il refuse de mourir maintenant. Il injecte une dose de morphine dans sa cuisse à travers le tissu du pantalon. Le produit agit en trente secondes. La douleur recule. Le froid revient.
Il arrive à San Siro à 04h15. La villa est entourée de murs hauts. Des fils barbelés couronnent le sommet. Milanovich utilise une pince coupante. Il crée une ouverture. Il se glisse dans le jardin. Deux dobermans courent vers lui. Il ne tire pas. Le bruit alerterait les gardes. Il sort son couteau de combat. Le premier chien saute. Milanovich plonge sur le côté. Il tranche la gorge de l'animal en plein vol. Le second chien arrive. Il lui plante la lame dans la base du crâne. Les bêtes ne font aucun bruit en mourant.
Il atteint la porte-fenêtre du salon. Il utilise un diamant pour rayer le verre. Il presse une ventouse. Le cercle de verre se détache. Il entre. La maison est silencieuse. Il monte l'escalier. Il compte les marches. Douze. Il arrive sur le palier. Une ombre bouge. Un garde sort des toilettes. Milanovich lui brise la trachée du tranchant de la main. Le garde s'étouffe. Milanovich le dépose au sol sans bruit.
Il entre dans la chambre principale. Matteo Gatti dort. Sa respiration est sifflante. Milanovich prend un oreiller. Il le pose sur le visage de Gatti. Gatti se réveille en sursaut. Il se débat. Ses jambes frappent les draps. Milanovich maintient la pression de tout son poids. Il tire trois fois à travers l'oreiller. Les plumes volent dans la pièce. Le mouvement s'arrête.
Il reste deux noms. Luca Moretti et Fabio Costa.
Milanovich sort de la villa. Il marche vers sa voiture. Ses jambes sont de coton. La morphine masque le mal mais pas la paralysie. Sa main droite est désormais inutile. Les doigts sont recroquevillés en griffe. Il utilise sa main gauche pour ouvrir la portière. Il place son Glock sur le siège passager. Il devra tirer de la main gauche. Il n'a jamais pratiqué cet exercice.
Il consulte le téléphone. Luca Moretti est en mouvement. Le point rouge se déplace sur les Navigli. Il est dans une berline noire. Milanovich démarre. Il intercepte la trajectoire sur le Corso Genova. Il voit la berline. Il accélère. Il percute l'arrière du véhicule de Moretti. Les deux voitures dérapent. Elles s'immobilisent contre un muret.
Milanovich sort. Il tient son arme de la main gauche. Le chauffeur de Moretti sort en tirant. Les balles ricochent sur la carrosserie. Milanovich se baisse. Il tire sous la voiture. Il touche la cheville du chauffeur. L'homme tombe. Milanovich l'achève d'une balle dans la tête.
Luca Moretti sort par la portière passager. Il court vers le canal. Milanovich le poursuit. Sa course est irrégulière. Son équilibre est précaire. Il s'arrête. Il prend appui contre un réverbère. Il vise. Moretti est à vingt mètres. Milanovich tire. La première balle rate. La seconde touche l'épaule. Moretti bascule dans l'eau sombre du canal.
Milanovich s'approche du bord. Moretti essaie de nager. Le sang colore l'eau. Milanovich ajuste son tir. Il vise le sommet du crâne. Il tire. L'eau devient calme.
05h10. Il ne reste que Fabio Costa.
Le GPS indique les docks. Costa essaie de fuir par la mer. Milanovich sent un goût de fer dans sa bouche. Il saigne du nez. Il essuie le liquide rouge avec sa manche. Il remonte dans sa voiture. Il conduit avec les genoux pour recharger son arme de la main gauche. Le geste est lent. Il laisse tomber deux balles sur le plancher. Il finit par verrouiller le chargeur.
Il arrive au port. Le vent souffle depuis le large. Il voit un yacht amarré au quai 4. Fabio Costa est sur le pont. Il hurle des ordres à deux marins. Ils larguent les amarres. Milanovich descend de voiture. Il ne se cache plus. Il marche sur le quai.
Les marins le voient. Ils sortent des pistolets-mitrailleurs. Milanovich se jette derrière une pile de palettes. Les balles déchirent le bois. Les éclats lui coupent la joue. Il ne ressent rien. Il sort une dernière grenade de sa veste. Il l'amorce avec les dents. Il la lance sur le pont du yacht.
L'explosion secoue le navire. Un incendie se déclare près du réservoir de carburant. Les marins sont projetés à l'eau. Fabio Costa est au sol, sonné. Milanovich monte sur la passerelle. Le yacht s'éloigne lentement du quai.
Il se tient au-dessus de Costa. Costa lève les mains.
— Je te donne le triple, dit Costa. Chiara est une folle. Elle te tuera aussi.
Milanovich regarde sa main droite morte. Il regarde l'heure. 05h45.
— Le contrat est rempli, dit Milanovich.
Il tire une seule balle dans le cœur de Costa.
Milanovich s'assoit sur le pont brûlant. Il regarde le ciel s'éclaircir à l'est. La tumeur lance une dernière attaque. Une douleur fulgurante traverse son crâne. Sa vision s'éteint totalement. Il pose son arme sur ses genoux. Il attend l'aube. Il ne bouge plus. Sa respiration ralentit. Le yacht dérive dans le bassin. Le silence s'installe.
Sesto San Giovanni
Milanovich gare la Volvo 240 grise à trois blocs de l'entrepôt. Le moteur cliquette en refroidissant. La zone industrielle de Sesto San Giovanni est déserte. Le ciel est une plaque de plomb. La pluie fine lave le goudron gras. Milanovich vérifie son Glock 17. Il engage un chargeur de dix-sept cartouches. Une balle est déjà dans la chambre. Le poids de l'arme équilibre sa main gauche. Sa main droite pend, inutile. Les nerfs sont morts. La tumeur presse contre son lobe temporal. Une pointe de fer rouge traverse son crâne. Il ne cligne pas des yeux.
Il sort du véhicule. Ses bottes tactiques ne font aucun bruit. L'entrepôt de viande Moretti se dresse devant lui. C'est un bloc de béton et de tôle. Les fenêtres sont hautes et grillagées. Une odeur de carcasse froide sature l'air humide. Milanovich contourne le bâtiment par le sud. Il repère la caméra de surveillance. Elle pivote sur un axe de quatre-vingts degrés. Il attend le point mort. Il court sur dix mètres. Il se plaque contre le mur rugueux.
Une porte de service est située près des bennes à ordures. Le verrou est un modèle standard. Milanovich sort un kit de crochetage. Il travaille avec ses doigts valides. Le cylindre cède après trente secondes. Il entre. L'obscurité est presque totale. Seuls les voyants rouges des compresseurs brillent. Le ronronnement des unités de réfrigération vibre dans le sol. Milanovich progresse dans le couloir technique. Il évite les flaques de condensation.
Il débouche dans la salle de découpe principale. Des centaines de quartiers de bœuf pendent à des crochets. Ils glissent sur des rails en acier galvanisé. Les carcasses oscillent lentement. Elles forment un labyrinthe de chair morte. Milanovich perçoit une lueur au fond du hangar. Deux hommes sont assis autour d'une table de chantier. Une lampe de bureau éclaire des liasses de billets. Un fusil à pompe Benelli M4 repose sur la table.
Le premier garde porte un blouson en cuir noir. Il fume une cigarette sans filtre. Le second garde a le crâne rasé. Il nettoie ses ongles avec un cran d'arrêt. Milanovich glisse entre deux rangées de viande. Il se rapproche à cinq mètres. Sa vision se trouble un instant. La tumeur cogne. Il serre les dents. Il range son Glock. Il sort son couteau de combat à lame fixe. L'acier est noirci pour éviter les reflets.
Il surgit derrière le premier garde. Il plaque sa main gauche sur la bouche de l'homme. Il enfonce la lame dans la base du crâne. Le garde se raidit. Ses pieds battent le sol deux fois. Milanovich accompagne la chute du corps. Aucun bruit. Le second garde lève la tête. Il voit l'ombre. Il tend la main vers le Benelli. Milanovich est déjà sur lui. Il saisit le poignet du garde. Il le tord jusqu'au craquement de l'os.
Le garde hurle. Milanovich le projette contre le hachoir industriel Hobart 4146. C'est une machine massive en acier inoxydable. Le moteur est en marche pour le nettoyage de nuit. Les lames circulaires tournent à trois cents tours par minute. Milanovich saisit le garde par la nuque. Il pousse son visage vers l'entonnoir de réception. Le garde griffe le métal. Milanovich appuie de tout son poids.
La machine happe le cuir chevelu. Puis le front. Le bruit ressemble à celui d'une branche que l'on casse. Le hachoir recrache une pulpe épaisse et pourpre par le conduit d'évacuation. Le corps du garde est secoué de spasmes violents. Milanovich maintient la pression jusqu'à l'arrêt des mouvements. Il lâche le cadavre mutilé. Il éteint la machine. Le silence revient, plus lourd.
Il ramasse le Benelli M4. Il vérifie la culasse. Une cartouche de chevrotine est engagée. Il monte l'escalier métallique vers le bureau de Moretti. Les marches grincent sous son poids. Il s'arrête à chaque palier. Il écoute. Au sommet, une porte en chêne massif. Une plaque en cuivre indique : "Direction". Milanovich ne frappe pas. Il enfonce la porte d'un coup de botte.
Moretti est assis derrière un bureau en acajou. Il est massif. Son cou est plus large que sa tête. Il porte une chemise en soie grise. Il tient un verre de grappa. Un Sig Sauer P226 est posé près de son cendrier. Moretti ne bouge pas. Il regarde Milanovich. Il regarde le sang sur ses vêtements.
— Chiara a envoyé un fantôme, dit Moretti.
Sa voix est rauque. Elle sent le tabac et la défaite.
— Le contrat est simple, répond Milanovich.
— Je peux doubler. J'ai les comptes en Suisse.
— L'argent ne soigne pas les tumeurs.
Milanovich lève son Glock. Sa main gauche est stable. Moretti tente de saisir son arme. Milanovich tire une seule fois. La balle de neuf millimètres entre par l'œil gauche. Elle pulvérise le globe oculaire. Elle fragmente l'os sphénoïde. Elle traverse le cerveau de part en part. Moretti est projeté contre le mur. Sa tête rebondit sur le cadre d'une photo de famille. Le sang et la matière grise maculent le verre.
Moretti glisse au sol. Il finit assis, la tête penchée sur l'épaule. Son œil droit reste ouvert. Il regarde le vide. Milanovich s'approche du bureau. Il prend le téléphone portable de Moretti. Il insère une clé USB dans l'ordinateur central. Il lance le transfert des données financières. Les barres de progression défilent sur l'écran. Quatre-vingts pour cent. Quatre-vingt-dix pour cent. Terminé.
Il retire la clé. Il sort un flacon d'essence de sa veste. Il en répand sur les dossiers. Il arrose le corps de Moretti. Il craque un briquet Zippo. Il le jette sur le bureau. Les flammes lèchent immédiatement le papier. Elles montent vers le plafond. Milanovich quitte la pièce. Il descend l'escalier sans courir.
Il traverse la salle de découpe. Il passe devant les carcasses de bœuf. Il passe devant le hachoir. Il sort par la porte de service. L'air extérieur est froid. Il remplit ses poumons. La douleur dans son crâne s'apaise légèrement. Il remonte dans la Volvo. Il démarre. Les phares percent la brume de Sesto San Giovanni. Il consulte sa montre. 03h45. Il reste trois lieutenants. Il engage la première vitesse. La voiture s'éloigne dans la nuit noire.
Vitesse Terminale
Milanovich tient le volant de la Volvo. Ses doigts serrent le cuir noir. Le compteur affiche cent quarante kilomètres-heure. La Tangenziale Nord est déserte. Les lampadaires défilent à intervalles réguliers. La lumière jaune frappe le pare-brise. Il cherche une Alfa Romeo Giulia grise. Romano aime la vitesse. Romano aime les voitures italiennes.
Le GPS indique une position à deux kilomètres. Milanovich écrase l'accélérateur. Le moteur turbo siffle. L'aiguille monte. Cent soixante. La douleur pulse derrière son œil gauche. C'est la tumeur. Elle grignote son nerf optique. Il ignore la sensation. Il se concentre sur la route.
Les feux arrière de l'Alfa apparaissent. Ils brillent dans l'obscurité. Romano roule sur la voie de gauche. Il ne ralentit pas. Milanovich réduit l'écart. Il éteint ses phares. La Volvo devient une ombre. Il se rapproche à dix mètres. Cinq mètres.
Romano regarde dans son rétroviseur. Il voit le reflet de la calandre. Il comprend. L'Alfa Romeo rétrograde. Le moteur hurle. Elle bondit vers l'avant. Milanovich suit la trajectoire. Il reste dans l'aspiration. Le tachymètre indique cent soixante-dix. Le châssis de la Volvo vibre.
Milanovich sort son Glock 17. Il baisse la vitre conducteur. Le vent s'engouffre dans l'habitacle. Le bruit est assourdissant. Il tient le volant de la main gauche. Sa main droite saisit l'arme. Il appuie le canon contre le montant de la portière. Il stabilise sa visée.
L'Alfa Romeo zigzague entre deux camions de livraison. Romano tente de semer son poursuivant. Milanovich ne dévie pas. Il anticipe les mouvements. Il attend la ligne droite. La sortie pour Cinisello Balsamo approche. La route s'élargit.
Milanovich presse la détente. Le premier coup part. La balle percute le coffre de l'Alfa. Un éclat de peinture saute. Il ajuste le tir. Il vise le pneu avant gauche. Deuxième détonation. Le projectile déchire le caoutchouc. L'air s'échappe instantanément.
La jante en alliage frotte le bitume. Des étincelles jaillissent. La voiture de Romano perd son équilibre. Elle pivote sur son axe. Le train arrière décroche. L'Alfa percute la glissière de sécurité. Le métal hurle. Le véhicule s'envole. Il effectue deux tonneaux. Il retombe sur le toit au milieu des voies.
Milanovich freine. Les pneus de la Volvo fument. Il s'arrête à vingt mètres de l'épave. Il coupe le moteur. Le silence revient. Seul le cliquetis du métal chaud résonne. Il descend de voiture. Il recharge son arme. Un nouveau chargeur s'enclenche dans le puits.
Il marche sur le goudron. Des débris de verre craquent sous ses semelles. L'odeur d'essence et d'huile brûlée sature l'air. L'Alfa Romeo est un tas de ferraille informe. Les roues tournent encore dans le vide. Milanovich contourne la carcasse.
Romano est coincé dans l'habitacle. Sa tête repose sur l'airbag dégonflé. Du sang coule de son arcade sourcilière. Il respire avec difficulté. Ses yeux cherchent Milanovich. Il essaie de bouger son bras droit. Il ne peut pas. La colonne de direction écrase son thorax.
Milanovich se penche. Il regarde la cible. Romano crache un liquide sombre. Il tente de parler. Aucun son ne sort. Milanovich ne pose pas de question. Il n'écoute pas les râles. Il lève son bras. Le canon du Glock se pose sur le front de Romano.
Le doigt presse la queue de détente. Le coup part. La tête de Romano bascule en arrière. Le corps se détend. Le travail est terminé. Milanovich range son arme sous sa veste. Il ne vérifie pas le pouls. La trajectoire était parfaite.
Il retourne à la Volvo. Il consulte son téléphone. Le virement de Chiara Lucchese est confirmé. Les chiffres s'affichent sur l'écran crypté. Deux millions supplémentaires. Il reste deux noms sur la liste. La nuit est encore longue.
Il redémarre. Il fait demi-tour sur l'autoroute. Il roule sur la bande d'arrêt d'urgence. Il quitte la zone avant l'arrivée des secours. Les gyrophares apparaissent au loin. Il s'enfonce dans les rues secondaires de la banlieue nord.
La douleur dans son crâne revient. Elle est plus forte. Il sort une boîte de médicaments de la boîte à gants. Il avale deux comprimés sans eau. Il serre les dents. Il doit tenir jusqu'à l'aube. Il doit finir le nettoyage.
Il s'arrête devant un entrepôt désaffecté. Il vérifie les environs. Personne. Il change de véhicule. Une moto BMW noire l'attend sous une bâche. Il transfère son équipement. Il enfile un casque intégral. Le moteur de la moto démarre au premier tour de clé.
Il quitte l'entrepôt. La moto est plus rapide. Plus agile. Le prochain lieutenant se cache dans un club privé du centre-ville. Milanovich accélère. Le vent frappe sa visière. Il ne ressent rien. Il est une machine. Il exécute un programme.
Acide et Logistique
Chiara Lucchese est assise sur le bord du matelas. Le tissu de soie blanche est rigide. Le sang des gardes a séché. Il forme des croûtes sombres sur ses cuisses. Elle ne regarde pas les cadavres au sol. Elle fixe l'écran d'un ordinateur portable durci. Le ventilateur de la machine tourne à plein régime. L'air de la suite sent le cuivre et la poudre. Elle tape une série de codes alphanumériques. Ses doigts ne tremblent pas. Elle accède au réseau privé virtuel du clan. Le pare-feu demande une empreinte vocale. Elle utilise un enregistrement de son père. Le logiciel valide l'accès. Le grand livre comptable s'affiche à l'écran.
Elle lance un script d'audit automatique. Les colonnes de chiffres défilent rapidement. Elle cherche les comptes de transit. Les actifs immobiliers. Les contrats de transport maritime. Les lignes de crédit s'effacent une à une. Les soldes affichent zéro. Elle fronce les sourcils. Elle tape une nouvelle commande. Elle remonte les transferts sortants. La banque de Lugano a validé les ordres à minuit. Le destinataire est une société écran. "Sokolov Holdings". Le siège est à Limassol. Elle connaît ce nom. Ce sont les Russes. Le cartel de Saint-Pétersbourg. Son père a liquidé les réserves de cash. Il a vendu les ports de Gênes et de Gioia Tauro.
Elle ouvre un fichier compressé. C'est un acte de cession globale. La signature de Don Enzo est en bas. Elle est datée d'hier. Le clan Lucchese est une coquille vide. Les lieutenants ne protègent plus rien. Ils gardent des entrepôts qui appartiennent déjà aux Vory. Elle ferme l'ordinateur. Elle saisit la radio cryptée sur la table de nuit. Elle appuie sur le bouton d'émission. Le voyant rouge s'allume.
Milanovich roule sur la Via Dante. La BMW noire avale le bitume. Il change de rapport à huit mille tours. Le moteur hurle entre les façades des immeubles. La visière de son casque est baissée. Le flux d'air siffle dans les aérations. La douleur dans son crâne est une pointe d'acier. Il ignore la sensation. Il se concentre sur la trajectoire. Le club privé "L'Eclisse" est à deux kilomètres. Le lieutenant Moretti s'y cache. C'est la prochaine cible sur la liste.
La radio grésille dans son oreille droite. La voix de Chiara coupe le bruit du vent. Elle est monocorde. Clinique.
"Milanovich. Arrête-toi."
Il ne ralentit pas. Il incline la moto dans un virage serré.
"Le contrat change," dit-elle. "Mon père a tout vendu."
Milanovich écrase le levier de frein. Le pneu avant hurle. La moto s'arrête en travers de la chaussée. Il pose les deux pieds au sol. Il garde le moteur au ralenti.
"Précise," dit-il.
"Les Russes ont racheté les actifs. Enzo a pris le cash. Il part pour le Panama à l'aube. Moretti n'est plus un lieutenant. C'est un employé des Russes maintenant."
Milanovich regarde sa montre. 03h45. Le temps se contracte.
"La cible reste la même ?" demande-t-il.
"Non. Moretti a les codes des coffres physiques. Il vide les dernières réserves de diamants. Les Russes arrivent pour prendre livraison à 04h30. Si tu frappes maintenant, tu frappes Moscou."
Milanovich retire son gant droit. Il masse sa main partiellement paralysée. Les nerfs sautent sous la peau. Il regarde le bâtiment de "L'Eclisse" au bout de la rue. Deux berlines noires sont garées devant. Des hommes en manteaux longs fument sur le trottoir. Ils portent des fusils d'assaut sous leurs vestes. Ce ne sont pas des soldats de la famille. Leur posture est militaire. Trop droite. Trop calme. Ce sont des mercenaires slaves.
"Le prix double encore," dit Chiara par la radio. "Vingt millions. Je veux la tête de Sokolov avec celle de mon père."
Milanovich remet son gant. Il ajuste la sangle de son casque.
"Vingt millions," répète-t-il. "Confirmé."
"Je transfère les fonds sur ton compte séquestre. Maintenant."
Il entend le cliquetis des touches derrière la voix. Elle manipule les flux financiers. Elle efface les traces de son propre passage. Elle injecte de l'acide numérique dans les serveurs de la banque. Les logs de connexion s'autodétruisent.
Milanovich descend de la moto. Il béquille l'engin dans l'ombre d'un porche. Il ouvre le compartiment latéral. Il sort un silencieux en carbone. Il le visse sur le canon de son Glock 17. Il vérifie le chargeur. Dix-sept balles de neuf millimètres. Une dans la chambre. Il prend deux chargeurs de rechange. Il vérifie son couteau de combat. La lame est noire. Elle ne reflète pas la lumière.
Il marche vers l'arrière du club. Il évite les zones éclairées. Il escalade une grille de fer forgé. Ses mouvements sont fluides. Malgré la tumeur. Malgré la douleur. Il est un automate de chair. Il atteint une porte de service. Elle est verrouillée par un code électronique. Il sort un boîtier de piratage. Il connecte les fils. L'écran affiche les combinaisons. Le loquet claque après dix secondes.
Il entre dans la cuisine. L'odeur de graisse froide et de détergent domine. Il se déplace le long des plans de travail en inox. Il ne fait aucun bruit. Il entend des voix dans la salle principale. L'accent est rude. Russe. Il identifie trois hommes. Il y a un bruit de métal. Des mallettes qu'on pose sur les tables.
"Ils sont là," murmure-t-il dans son micro de gorge.
"Tue-les tous," répond Chiara. "Ne laisse aucune trace bancaire vivante."
Milanovich arrive au cadre de la porte. Il observe la pièce. Moretti est assis à une table. Il transpire. Ses mains tremblent. En face de lui, un homme massif. Cheveux blonds coupés court. Un tatouage de croix sur le dos de la main. Sokolov. Deux gardes du corps encadrent la scène. Ils portent des AK-12 compacts.
Milanovich prend une inspiration lente. Il bloque son diaphragme. Il sort de l'ombre. Son bras droit se lève. Le premier tir atteint le garde de gauche. La balle perfore le crâne derrière l'oreille. L'homme s'effondre sans un cri. Le deuxième garde tourne son arme. Milanovich tire deux fois dans le thorax. Le corps recule sous l'impact. Il percute un buffet. Les verres se brisent.
Sokolov plonge sous la table. Moretti reste pétrifié. Il lève les mains.
"Attendez ! Je n'ai rien fait !" hurle le lieutenant.
Milanovich ne parle pas. Il tire une balle dans le front de Moretti. Le corps bascule en arrière. La chaise se renverse. Le sang gicle sur les mallettes de diamants.
Sokolov sort un pistolet Makarov. Il tire à l'aveugle depuis le sol. Une balle siffle près de l'épaule de Milanovich. Elle s'écrase dans un frigo en inox. Milanovich se décale sur la droite. Il utilise une colonne de marbre comme abri. Il attend. Il entend le clic d'un percuteur sur une chambre vide. Sokolov est à sec.
Milanovich s'approche de la table. Il pointe son arme vers le bas. Sokolov le regarde. Ses yeux sont bleus. Froids. Il sourit.
"Tu es déjà mort, mercenaire," dit le Russe. "Mes hommes sont partout."
Milanovich appuie sur la détente. Le silencieux absorbe le bruit. Le corps de Sokolov tressaute. Une tache rouge s'élargit sur son col.
Milanovich range son arme. Il saisit les deux mallettes. Elles sont lourdes. Il retourne vers la cuisine. Il entend des portières de voiture claquer à l'extérieur. Les renforts arrivent. Il active sa radio.
"Objectifs secondaires éliminés. Je sors avec le matériel."
"Bien," répond Chiara. "La suite 412 est compromise. Je bouge vers le port. Retrouve-moi au hangar 14."
Il sort par la porte de service. Il court vers sa moto. Les phares d'une berline balayent la ruelle. Il saute sur la BMW. Il lance le moteur. Les pneus fument sur le pavé. Il s'élance vers le sud. La ville est un labyrinthe de béton. La chasse continue. La douleur dans sa tête bat au rythme du moteur. Il reste deux heures avant l'aube. Il reste un père à tuer. Il reste une fortune à blanchir. Milanovich accélère encore. Les chiffres de son compteur digital défilent. 140. 160. 180. Il ne regarde plus en arrière. Seule la trajectoire compte. Seule la mission existe. Le reste est de la logistique. De l'acide et du sang.
L'Hôtel de Ville
La BMW refroidit dans l'ombre d'une ruelle. Le métal craque sous l'effet thermique. Milanovich descend de la machine. Il retire son casque. L'air de Milan est lourd. Il sent la poussière et le gasoil. Sa main droite tremble. Il la serre contre sa cuisse. La douleur dans son crâne est une pointe d'acier. Elle part de la nuque. Elle finit derrière l'œil gauche. Il ignore la migraine. Il vérifie son équipement. Glock 17. Silencieux vissé. Deux chargeurs de rechange. Un couteau de combat en polymère.
L'immeuble de Grizzi se dresse au coin de la rue. C'est une structure de verre et de granit. L'enseigne indique "Grizzi & Associés". C'est une façade. Derrière les vitres, on blanchit l'argent du clan Lucchese. Milanovich observe l'entrée. Deux caméras pivotent sur leurs axes. Un garde est assis derrière le comptoir du hall. Il lit un journal de sport. Il porte un uniforme bleu trop large.
Milanovich contourne le bloc. Il repère la rampe du parking souterrain. La grille est fermée. Il attend. Une Mercedes noire approche. Le conducteur présente un badge. La grille s'élève. Milanovich se glisse dans l'ombre de la voiture. Il entre dans le garage. L'odeur de béton humide l'enveloppe. Il se plaque contre un pilier. La Mercedes se gare plus loin. Un homme en sort. Milanovich ne bouge pas. L'homme s'éloigne vers l'ascenseur.
Le tueur cherche l'escalier de service. Il trouve la porte. Elle est verrouillée par un code électronique. Milanovich sort un boîtier de sa poche. Il connecte les fils au boîtier de commande. Les chiffres défilent sur l'écran LCD. Le loquet claque. Il entre. La cage d'escalier est froide. Il monte les marches deux par deux. Son souffle est régulier. Il ne fait aucun bruit. Sixième étage. C'est ici.
Il entrouvre la porte. Le couloir est désert. La moquette grise étouffe ses pas. Il repère le bureau de Grizzi au fond. Une plaque de cuivre brille sur le bois sombre. Milanovich sort son arme. Il vérifie la chambre. Une balle est engagée. Il pose la main sur la poignée. Elle tourne. La pièce est éclairée par une lampe de bureau.
Grizzi est là. Il est petit. Ses cheveux sont rares et gras. Il porte des lunettes à monture d'or. Il examine des dossiers étalés sur un vaste bureau en acajou. Il ne lève pas les yeux. Il annote un document avec un stylo plume. Milanovich referme la porte derrière lui. Le verrou s'enclenche. Grizzi sursaute. Il lève la tête. Ses pupilles se dilatent. Il lâche son stylo. L'encre noire tache le papier.
— Qui êtes-vous ? demande Grizzi.
Sa voix est aiguë. Elle tremble. Milanovich ne répond pas. Il avance de trois pas. Le canon du Glock pointe vers le plexus de l'avocat. Grizzi recule son fauteuil. Les roulettes grincent sur le parquet. Il cherche un bouton sous son bureau.
— Ne fais pas ça, dit Milanovich.
Sa voix est un râpe sur de la pierre. Grizzi immobilise ses mains. Il transpire. Des gouttes perlent sur son front. Elles glissent le long de son nez.
— C'est Chiara ? demande l'avocat. Elle vous envoie ?
Milanovich reste muet. Il observe l'environnement. Un coffre-fort est encastré dans le mur gauche. Un ordinateur portable est ouvert sur le bureau. Des dossiers portent le sceau de la Villa Como. C'est l'objectif.
— Je peux doubler le prix, bafouille Grizzi. J'ai des comptes en Suisse. Des millions.
Milanovich appuie sur la détente. Le silencieux produit un sifflement sec. La balle traverse le dossier en papier. Elle pénètre dans la gorge de Grizzi. L'avocat porte les mains à son cou. Le sang gicle entre ses doigts. Il essaie de respirer. Un gargouillis s'échappe de sa bouche. Il bascule en arrière. Son fauteuil se renverse. Son corps heurte le sol avec un bruit sourd. Ses jambes s'agitent deux secondes. Puis elles s'immobilisent.
Milanovich contourne le bureau. Il enjambe le cadavre. Il regarde les dossiers. Ils contiennent les plans de sécurité de la Villa Como. Les horaires des patrouilles. Les emplacements des capteurs de mouvement. Il prend l'ordinateur portable. Il insère une clé USB. Il lance le programme de décryptage fourni par Chiara. La barre de progression avance lentement. 20%. 40%.
Une alarme silencieuse se déclenche sur le moniteur de surveillance. Un garde monte par l'ascenseur. Milanovich regarde l'écran. Le garde baille. Il ne se doute de rien. Le tueur vérifie la barre de progression. 80%. Le curseur atteint 100%. Il retire la clé USB. Il la range dans sa poche intérieure.
L'ascenseur siffle dans le couloir. Les portes s'ouvrent. Milanovich se place derrière la porte du bureau. Il attend. Des pas lourds approchent. La poignée tourne. Le garde entre. Il voit le bureau vide. Il voit le sang sur les dossiers. Il n'a pas le temps de sortir son arme. Milanovich lui saisit le visage. Il plaque sa main sur la bouche de l'homme. Il enfonce la lame de son couteau dans la base du crâne. Le garde s'effondre. Milanovich le dépose sans bruit.
Il fouille les poches du garde. Il trouve un badge magnétique. Il prend le talkie-walkie. Il l'éteint. Il retourne vers le bureau. Il cherche les codes d'accès de la villa. Ils sont inscrits sur un carnet de cuir noir. Il mémorise les chiffres. 4492. 0017. Il range le carnet.
La douleur dans sa tête explose. Une décharge brutale. Il perd l'équilibre. Il s'appuie sur le bureau. Sa vision se trouble. Des taches noires flottent devant ses yeux. Il ferme les paupières. Il respire profondément. Il compte jusqu'à dix. La tumeur réclame son tribut. Il n'a pas le temps. Il doit bouger.
Il sort du bureau. Il utilise le badge du garde pour appeler l'ascenseur. Il descend au sous-sol. Le garage est calme. Il retrouve la BMW. Il enfourche la moto. Il met son casque. Le moteur vrombit. Il sort du parking en trombe. La grille s'ouvre automatiquement.
Il roule dans les rues de Milan. La ville dort. Les lampadaires défilent. Il surveille ses rétroviseurs. Personne ne le suit. Il prend la direction du nord. L'autoroute est libre. Il pousse les rapports. Le vent frappe son torse. Il sent le froid. Cela l'aide à rester concentré.
Il active son micro.
— Grizzi est mort, dit-il.
— Les codes ? demande Chiara.
— Je les ai. La Villa Como est la prochaine étape.
— Bien. Les lieutenants restants sont en alerte. Le Don sait que tu viens.
— Ça ne change rien.
— Rendez-vous au point de chute. Près du lac.
Milanovich coupe la communication. Il regarde sa montre. 04h15. Le temps presse. La fatigue pèse sur ses membres. Ses muscles sont tendus comme des câbles d'acier. Il serre les poignées du guidon. Ses gants en cuir grincent.
Il quitte l'autoroute. Il s'engage sur les routes sinueuses qui bordent le lac de Côme. Les villas de luxe se cachent derrière de hauts murs. Des caméras surveillent chaque mètre de bitume. Il connaît le chemin. Il a étudié les cartes. Il s'arrête dans un bosquet d'arbres à un kilomètre de la cible.
Il descend de la moto. Il cache la machine sous des branches coupées. Il vérifie son arme une dernière fois. Il change le chargeur. Il insère des munitions perforantes. Il ajuste son gilet pare-balles. La Villa Como se dresse sur la colline. Elle ressemble à une forteresse de marbre. Des projecteurs balayent les jardins.
Il commence sa progression à pied. Il évite les zones éclairées. Il se déplace comme une ombre. Il atteint le mur d'enceinte. Il repère le boîtier de contrôle. Il tape le code 4492. Un voyant passe au vert. Une porte dérobée s'ouvre. Il entre dans le domaine.
L'herbe est humide de rosée. L'odeur de l'eau du lac est forte. Il entend le clapotis des vagues contre les pontons. Il voit deux gardes près de la piscine. Ils fument. Ils discutent à voix basse. Milanovich contourne la zone par les buissons. Il vise la porte de service de la cuisine.
Il sent une goutte de sang couler de son nez. Il l'essuie d'un revers de main. La tumeur progresse. Il sent la fin approcher. Ce n'est pas de la peur. C'est une constatation technique. Le mécanisme s'enraye. Il doit finir la mission avant le blocage complet.
Il atteint la porte de la cuisine. Il entre. La pièce est immense. De l'inox partout. Des couteaux de chef sont alignés sur un râtelier magnétique. Il traverse la pièce. Il entre dans le grand salon. Les meubles sont recouverts de housses blanches. On dirait des fantômes.
Il monte l'escalier d'honneur. Ses bottes ne font aucun bruit sur le marbre. Il arrive devant la chambre du Don. Deux hommes en costume noir montent la garde. Ils sont armés de pistolets-mitrailleurs MP5. Milanovich ne s'arrête pas. Il tire en marchant. Deux balles dans chaque tête. Les corps tombent sur le tapis épais.
Il pousse la double porte de la chambre. L'odeur de maladie et de tabac froid le frappe. Don Enzo Lucchese est dans son lit. Il est relié à une bouteille d'oxygène. Un mâtin napolitain dort au pied du lit. Le chien se lève. Il grogne. Ses babines tremblent.
Milanovich pointe son arme sur le chien. Il tire une fois. L'animal s'effondre sans un cri. Le Don ouvre les yeux. Il regarde le tueur. Il ne semble pas surpris. Il prend son masque à oxygène. Il respire bruyamment.
— Chiara a toujours été impatiente, dit le vieil homme.
Sa voix est un souffle rauque. Milanovich s'approche du lit. Il pose le canon du Glock sur le front de l'obèse. La peau est moite. Elle est tachée de brun.
— Les codes de transfert, dit Milanovich.
— Ils sont dans ma tête, répond le Don. Tue-moi et l'argent disparaît.
— Chiara a déjà les accès bancaires. Elle n'a besoin que de ta signature biométrique.
Milanovich sort un scanner portatif. Il saisit la main droite du Don. Il presse l'index sur le capteur. L'appareil émet un bip. Il scanne ensuite la rétine du vieil homme. Le transfert est validé.
— C'est fini, dit Milanovich.
Il appuie sur la détente. Le corps du Don tressaille. Un trou net apparaît entre ses sourcils. Milanovich range son arme. Il regarde par la fenêtre. L'aube commence à blanchir l'horizon. Le ciel est gris.
Il sort de la villa. Il rejoint sa moto. Il démarre. Il roule vers le hangar 14. La mission est accomplie. La douleur dans sa tête s'apaise. Le silence revient. Il ne reste que la route.
Syncope
Le moteur de la Kawasaki ronfle entre ses cuisses. Milanovich serre les poignées en caoutchouc. Le vent frappe son casque intégral. La route est une bande de bitume gris. Les lampadaires découpent l'obscurité à intervalles réguliers. La vitesse est de cent vingt kilomètres par heure. Soudain, le champ de vision se rétracte. Un voile noir mange les bords de l'image. Le centre devient flou. Une pointe de fer rouge traverse son lobe temporal. La tumeur s'active. La douleur est une décharge de haute tension. Il perd le contact avec sa main droite. Les doigts se figent sur l'accélérateur. La moto bondit vers l'avant. Elle fonce vers un muret de pierre. Milanovich tire sur le guidon avec sa main gauche. Il dévie la trajectoire par pur réflexe moteur. Il s'engouffre dans une ruelle étroite. Les murs de briques sont proches. Il coupe le contact. La machine s'arrête net. Il ne déploie pas la béquille. Il bascule sur le côté gauche. Le choc est sourd. L'épaule percute le sol. Le casque tape le pavé.
Le silence revient. Il est lourd. Milanovich reste immobile sur le flanc. La moto pèse sur sa jambe gauche. Il ne sent plus son pied. Ses poumons sont bloqués. Il force une inspiration. L'air entre avec un sifflement sec. Une substance chaude coule sur sa lèvre supérieure. Il goûte le fer. C'est du sang. Il sort de sa narine droite. Le liquide est épais. Il tache le bitume. La vision est une bouillie de pixels gris. Milanovich ferme les yeux. Il compte ses battements cardiaques. Le rythme est irrégulier. Son cœur cogne contre sa cage thoracique. C'est un marteau-piqueur dans un coffre-fort. Il doit bouger. Il pousse sur ses bras. Ses muscles tremblent. La paralysie de la main droite remonte vers le coude. Il utilise son bras gauche comme un levier. Il dégage sa jambe de sous la carrosserie. Le métal a griffé le cuir de sa botte.
Il rampe sur deux mètres. Ses ongles grattent le ciment. Il atteint le mur d'un entrepôt. Il s'adosse à la brique froide. La température extérieure est de quatre degrés. La sueur glace son front. Il cherche sa poche intérieure. Le mouvement est lent. Ses doigts sont des morceaux de bois mort. Il trouve la boîte en métal brossé. Il l'ouvre. La charnière grince. À l'intérieur, une seringue auto-injectable. Adrénaline pure. Un milligramme. Il retire le capuchon de sécurité avec les dents. Il crache le plastique. Il plante l'aiguille dans son quadriceps droit. Le dard traverse le jean. Il appuie sur le piston. Le liquide entre dans le tissu musculaire. Il compte jusqu'à cinq. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Il retire la pointe. Il jette la seringue dans le caniveau. Elle tinte contre une grille en fonte.
Le produit atteint le système sanguin. Les parois des artères se contractent. Le cœur s'emballe. La pression monte. Le voile noir se déchire. Les contours des objets redeviennent nets. Les briques. Les poubelles. Les taches d'huile. Tout est précis. Milanovich expire un long jet de vapeur blanche. La douleur dans son crâne recule. Elle devient une sourde vibration. Il essuie son nez avec le revers de son gant. Le sang est déjà sec. Il se lève. Ses genoux craquent. Il verrouille ses articulations. Il marche vers la moto. Il saisit le guidon. Il redresse les deux cents kilos de métal. Il déploie la béquille. Il vérifie l'état du réservoir. Une rayure profonde marque la peinture noire. Aucune fuite de carburant. Le radiateur est intact.
Il sort son Glock 17. Il retire le chargeur. Il vérifie la pile de munitions. Les étuis en laiton brillent. Quinze cartouches. Il réinsère le bloc. Le clic métallique est sec. Il tire la culasse. Une balle est engagée dans la chambre. Il remet l'arme dans le holster d'épaule. Son corps est une machine en surrégime. Ses pupilles sont dilatées. Il perçoit chaque son. Le goutte-à-goutte d'une gouttière. Le moteur d'une voiture au loin. Le frottement de ses propres vêtements. Il regarde sa montre. 04h22. Le temps est compté. Chiara attend le signal. Les lieutenants du clan Lucchese dorment encore. Ils ne savent pas qu'ils sont déjà morts.
Milanovich remonte en selle. Il tourne la clé. Les voyants du tableau de bord s'allument. Il appuie sur le démarreur. Le moteur explose. Les vibrations remontent dans ses bras. Sa main droite a retrouvé sa mobilité. Il serre la poignée. Il teste la réponse des gaz. Le régime monte. Il passe la première. Il quitte la ruelle. La roue arrière chasse légèrement sur les pavés humides. Il redresse la trajectoire. Il prend la direction du quartier des abattoirs. La mission reprend. La mort attendra encore deux heures. Il a des contrats à honorer. Il a des trajectoires à tracer. Le sang sur son visage est froid. Le vent recommence à hurler contre son casque. Il accélère. La ville est un plan de tir. Chaque carrefour est une embuscade potentielle. Il ne regarde plus le rétroviseur. Le passé est une douille vide. Seule la prochaine cible compte.
Il traverse le pont Garibaldi. Les eaux du Naviglio sont noires. Il ne ralentit pas pour les virages. Il penche la machine. Le repose-pied frotte le sol. Des étincelles jaillissent dans la nuit. Il redresse d'un coup de rein. Son corps obéit à nouveau. L'adrénaline brûle ses nerfs. Il sent la tumeur comme un passager clandestin. Elle est là. Elle attend son heure. Mais pas maintenant. Pas avant le dernier virement. Pas avant que le clan Lucchese soit rayé de la carte. Il arrive devant un portail en fer forgé. C'est la demeure de l'oncle Pietro. Le premier lieutenant. Milanovich coupe les phares. Il laisse rouler la moto sur son élan. Il s'arrête à cinquante mètres de l'entrée. Il descend. Il ne fait aucun bruit. Ses bottes ne produisent aucun son sur le gravier. Il sort un silencieux de sa poche. Il le visse sur le canon du Glock. Le filetage est parfait. Il arme le percuteur. La maison est sombre. Une seule fenêtre est éclairée au premier étage. C'est la chambre. Milanovich avance. Il est une ombre parmi les ombres. Il franchit le mur d'enceinte. Il est dans le périmètre. Le compte à rebours continue. La mort est en marche. Elle porte un blouson de cuir et un calibre neuf millimètres.
Le Cercle de Sang
Milanovich gare la moto à deux rues du club. Le moteur claque en refroidissant. La chaleur s'échappe du bloc cylindre. Il retire son casque. L'air de Milan est lourd. Il sent la pluie proche. Il vérifie son équipement. Le Glock 17 est à sa place. Le couteau de combat est fixé à sa cuisse droite. La lame mesure quinze centimètres. L'acier est traité au carbone. Pas de reflet. Milanovich marche vers l'objectif. Ses bottes ne font aucun bruit sur le bitume.
Le club s'appelle "Il Cerchio". Une enseigne discrète sur une porte en chêne. Deux hommes surveillent l'entrée. Ils portent des costumes sombres. Leurs mains sont croisées devant eux. Ils scannent la rue. Milanovich ne passe pas par devant. Il contourne le bloc. Il entre dans la ruelle technique. L'odeur de détritus est forte. Des caisses de bouteilles vides sont empilées contre le mur. Il repère le boîtier électrique principal. Il est protégé par une grille en acier.
Milanovich sort une pince coupante. Il sectionne le cadenas. Le métal cède avec un bruit sec. Il ouvre le capot. Les disjoncteurs sont alignés. Il cherche le commutateur général. Il saisit le levier. Il tire d'un coup sec. Le ronronnement des climatiseurs s'arrête. Les lumières de la ruelle s'éteignent. Le club devient un bloc noir. Milanovich attend trois secondes. Il enfile ses lunettes de vision nocturne. Le monde devient vert et granuleux.
Il escalade la conduite d'aération. Il atteint une fenêtre haute. Le loquet est fragile. Il exerce une pression constante. Le bois craque. Il se glisse à l'intérieur. Il est dans les cuisines. Les surfaces en inox brillent sous le spectre vert. Des casseroles pendent au plafond. L'odeur de graisse froide domine. Milanovich avance. Il évite les obstacles au sol. Il atteint la porte battante. Il l'entrouvre de deux centimètres.
La salle principale est en plein chaos. Les clients crient. Les serveurs bousculent les tables. Le verre se brise sur le carrelage. Les gardes de l'entrée sont entrés. Ils utilisent des lampes torches. Les faisceaux balayent la fumée des cigares. Milanovich repère sa cible. D'Agostino est au fond. Le carré VIP est surélevé. Il est entouré de trois hommes. Ils forment un cercle autour de lui. D'Agostino tient un verre de cristal. Sa main tremble. Le liquide se renverse sur son pantalon.
Milanovich rampe derrière le bar. Le zinc est froid sous ses doigts. Il sent l'odeur de la grappa renversée. Il se déplace comme une ombre. Il atteint le bord du carré VIP. Le premier garde est à un mètre. Il tourne le dos. Milanovich se lève. Il saisit la mâchoire de l'homme. Il tire la tête vers l'arrière. La lame pénètre la base du crâne. Le corps se raidit. Milanovich accompagne la chute. Aucun bruit.
Le deuxième garde tourne sa lampe. Le faisceau frôle la botte de Milanovich. Milanovich lance un éclat de verre vers la droite. Le garde pivote. Milanovich surgit de la gauche. Il frappe le plexus. L'homme perd son souffle. Milanovich enfonce le couteau dans la carotide. Le sang gicle. Il est chaud. Il tache le revers de la veste de Milanovich. Le garde s'effondre sur une table basse. Les bouteilles de champagne basculent.
Le troisième garde panique. Il sort un Beretta. Il tire au hasard dans le noir. La détonation est assourdissante dans l'espace clos. La balle frappe un miroir. Les éclats volent. Milanovich plonge au sol. Il glisse sur le sang. Il se rétablit d'un coup de rein. Il attrape le poignet du tireur. Il le tord vers le haut. L'os craque. Le pistolet tombe. Milanovich frappe le visage avec le pommeau du couteau. Le nez explose. L'homme tombe à la renverse.
D'Agostino est seul. Il recule vers le canapé en cuir. Il trébuche. Il s'assoit lourdement. Ses yeux sont écarquillés. Il ne voit rien dans l'obscurité. Milanovich retire ses lunettes de vision nocturne. Ses yeux s'adaptent. Il voit la silhouette massive du lieutenant. D'Agostino cherche une arme dans sa veste. Milanovich est plus rapide. Il plaque sa main gauche sur la bouche de la cible. Il appuie son genou sur le sternum.
D'Agostino se débat. Ses jambes frappent le cuir du canapé. Le bruit est sourd. Milanovich maintient la pression. Il sent les battements du cœur de D'Agostino à travers ses vêtements. Le rythme est rapide. Trop rapide. Milanovich approche la lame de la gorge. Le métal touche la peau. D'Agostino émet un gémissement étouffé. Ses doigts griffent l'avant-bras de Milanovich. Milanovich ne ressent rien. La tumeur envoie une décharge de douleur derrière son orbite. Il ignore le signal.
Il tire la tête de D'Agostino vers l'arrière. La peau du cou se tend. Milanovich tranche. Le mouvement est latéral. Précis. La lame coupe les muscles et les vaisseaux. Le sang inonde le canapé en cuir. Le liquide coule dans les rainures du meuble. D'Agostino a un spasme final. Ses yeux se révulsent. Ses mains retombent. Milanovich maintient la pression jusqu'au dernier tressaillement. Le silence revient dans le carré VIP.
Milanovich se relève. Il essuie sa lame sur la cravate en soie de la victime. Il range le couteau dans son fourreau. Il vérifie son pouls. Il est calme. Il sort un téléphone crypté. Il tape un code court. Le message est envoyé. Le virement de Chiara Lucchese doit être déclenché. Il reste deux noms sur la liste. Le temps presse. L'aube approche.
Il traverse la salle principale. Les clients sont regroupés près de la sortie. Ils ne le voient pas. Il sort par la porte de service. L'air frais de la ruelle frappe son visage. Il retire sa veste tachée de sang. Il la jette dans la benne à ordures. Il récupère la moto. Il démarre. Le moteur rugit. Il quitte la zone. Les gyrophares de la police apparaissent au bout de la rue. Milanovich prend la direction opposée. Il roule vite. Les trajectoires sont nettes. Le quatrième lieutenant est mort. Le clan Lucchese s'effondre. Milanovich n'est qu'un outil. Un outil qui fonctionne encore. Pour l'instant.
Point de Rupture
Chiara quitte le lit. La soie blanche de sa robe colle à ses cuisses. Le sang de Moretti est sec. Elle ramasse son sac à main sur le tapis persan. Le Beretta 21A Bobcat pèse cent quatre-vingts grammes. Elle le glisse dans sa jarretière. Le métal est froid contre sa peau mate. Elle marche vers la porte de la suite 412. Ses talons claquent sur le marbre de l'entrée. Le silence est total dans le couloir du Ritz. Elle appelle l'ascenseur. Les chiffres défilent sur l'écran à cristaux liquides. 4. 3. 2. 1. 0. Les portes coulissent. Elle entre dans la cabine. Le miroir reflète son visage. Ses yeux noirs ne montrent rien. Elle lisse sa robe. La tache de sang ressemble à une carte géographique. La cabine s'arrête au rez-de-chaussée. Les portes s'ouvrent sur le hall principal. L'éclairage est réduit pour la nuit. Les lustres en cristal sont éteints. Seules les lampes de secours diffusent une lumière blafarde.
Deux silhouettes barrent la sortie. Ce sont les lieutenants de son père. Luca et Pietro. Ils portent des manteaux longs en laine sombre. Leurs mains restent enfoncées dans les poches. Chiara ne ralentit pas son allure. Elle ajuste sa trajectoire. Luca s'avance au centre du tapis rouge. Il bloque le passage vers la porte tambour. Il sent le tabac froid et l'eau de Cologne bon marché. Il observe les taches rouges sur la soie blanche. Il sourit. Ses dents sont jaunies par la nicotine. Il sort un revolver de sa poche droite. C'est un Smith & Wesson à canon court. Chiara plonge la main sous sa robe. Elle saisit la crosse quadrillée du Beretta. Elle bascule le canon vers le haut. Elle tire deux fois. Le calibre .22 est discret. Les détonations ressemblent à des claquements de mains. Les balles perforent la gorge de Luca. Le cartilage craque. Il lâche son arme. Il porte ses mains à son cou. Le sang gicle entre ses doigts. Il s'effondre sur le tapis.
Pietro dégaine son Glock 17. Il est lent. Son manteau entrave son mouvement. Chiara tire trois fois. Elle vise le centre de la masse. Le thorax. Le foie. Le cœur. Les projectiles de plomb pénètrent le tissu du costume. Pietro bascule en arrière. Il percute une console en bois doré. Un vase en porcelaine tombe et se brise. Les éclats volent sur le sol. Pietro reste immobile. Ses jambes tressautent une dernière fois. Chiara range son arme dans sa jarretière. Elle ne regarde pas les cadavres. Elle ramasse les clés de voiture tombées près de Luca. Elle sort du Ritz. L'air extérieur est frais. Il sent le gasoil et la pluie récente. Elle marche vers le parking réservé. Elle repère l'Alfa Romeo Giulia grise. Elle déverrouille les portières. Les feux clignotent deux fois. Elle s'installe au volant. Le siège en cuir est encore chaud. Elle insère la clé. Elle démarre le moteur. Le quatre cylindres turbo gronde sous le capot. Elle engage la première vitesse. Elle quitte la place de la Scala.
Elle roule vers le sud de Milan. Les rues sont désertes à cette heure. Les feux de signalisation passent au orange clignotant. Elle surveille son rétroviseur central. Aucun phare ne la suit. Elle prend la Via Torino. Les façades des magasins de luxe défilent. Elle accélère. Le compteur affiche quatre-vingts kilomètres par heure. Elle tourne à gauche sur la Via Molino delle Armi. Elle se dirige vers les anciens entrepôts du canal. C'est le point de rendez-vous fixé avec Milanovich. Elle vérifie l'heure sur le tableau de bord. 04h15. Le timing est respecté. Elle rétrograde. Les freins grincent légèrement. Elle s'engage dans une ruelle sombre. Les murs sont couverts de graffitis. Elle s'arrête devant un portail métallique rouillé. Elle éteint les phares. Elle attend. Le portail s'ouvre lentement sur ses gonds. Elle avance la voiture à l'intérieur du hangar.
Le bâtiment est une carcasse de béton et d'acier. Le toit est partiellement effondré par endroits. Chiara gare l'Alfa Romeo derrière une pile de palettes en bois. Elle coupe le contact. Le silence revient. Elle sort du véhicule. Elle marche vers le centre de la structure. Ses talons résonnent sur le ciment froid. Une ombre se détache d'un pilier porteur. C'est Milanovich. Il est assis sur une caisse de munitions en bois vert. Il nettoie le canon de son Glock avec un chiffon imprégné d'huile. Sa moto est garée à côté. Le moteur claque encore en refroidissant. Milanovich lève les yeux. Il observe la robe de Chiara. Il voit les nouvelles taches de sang sur la soie. Il ne pose aucune question. Il range son matériel de nettoyage dans une sacoche en cuir. Il se lève. Sa haute stature domine l'espace. Sa main droite tremble légèrement. Il la serre dans son poing gauche. La tumeur presse contre son nerf optique. Sa vision périphérique se brouille par intermittence. Il ignore la douleur physique. Il attend les faits.
Chiara s'arrête à deux mètres de lui. Elle sort un téléphone satellite de son sac. Elle tape une commande courte. L'écran affiche une confirmation de virement bancaire. Cinq millions d'euros ont quitté son compte offshore. Ils sont maintenant crédités sur le compte de Milanovich. Elle lui montre l'écran. Milanovich hoche la tête. Il ne sourit pas. L'argent n'est qu'une donnée numérique. Une ressource pour la suite des opérations. Chiara range le téléphone. Elle sort une carte topographique de Milan. Elle la déplie sur le capot de l'Alfa Romeo. Trois noms sont entourés au feutre rouge. Les derniers lieutenants du clan Lucchese. Valenti. Russo. Gatti. Ils sont retranchés dans une villa fortifiée à la périphérie de la ville. Ils savent que le nettoyage a commencé. Ils ont doublé la garde armée. Milanovich regarde la carte. Il mémorise les points d'accès. Il connaît cette villa. Il y a effectué une reconnaissance deux ans plus tôt. Il connaît l'emplacement des caméras thermiques. Il connaît les angles morts des projecteurs.
Il prend son casque intégral. Il l'enfile. La visière fumée cache son regard froid. Il monte sur la moto. Chiara le regarde. Elle n'éprouve aucune crainte. Elle a déjà planifié la suite. Milanovich n'est qu'un outil balistique. Il démarre le moteur. Le bruit de l'échappement sature l'espace clos du hangar. Il engage la première vitesse. Il part sans prononcer un mot. Chiara reste seule dans l'obscurité. Elle sort une cigarette de son sac. Elle l'allume avec un briquet en or. La fumée monte vers les poutres rouillées du plafond. Elle attend l'aube. Elle attend la fin de sa lignée biologique. Le clan Lucchese meurt ce soir. Elle en sera l'unique héritière. Elle écrase sa cigarette sur le sol de béton. Elle remonte dans l'Alfa Romeo. Elle vérifie le chargeur de son Beretta. Il reste deux balles. Elle insère un chargeur plein. Le ressort claque. Elle engage une cartouche. Elle attend le signal radio. La ville de Milan est calme. Les trajectoires sont tracées. Le sang coulera encore avant le lever du soleil. Elle ferme les yeux. Elle compte les secondes. Le temps est une variable fixe. La mort est une certitude mathématique. Elle attend.
9 Grammes
Le moteur du SUV ronfle à bas régime. Milanovich surveille le cadran numérique. Trois heures quarante-deux. La route SS340 longe le lac de Côme. Le bitume est gras. La pluie fine sature l'air. Les essuie-glaces battent un rythme régulier. Gauche. Droite. Milanovich serre le volant de sa main gauche. Sa main droite repose sur sa cuisse. Elle est engourdie. Les doigts ne répondent plus. Il les frotte contre le tissu rugueux de son pantalon tactique. La tumeur presse contre son nerf optique. Une tache noire mange le bord gauche de sa vision. Il ignore le phénomène. Il se concentre sur la ligne blanche.
Le GPS indique une zone de travaux dans deux kilomètres. Valenti possède une villa dans les hauteurs. C'est le cinquième lieutenant. Le plus prudent. Le plus riche. Il voyage dans une Maserati Levante blindée. Milanovich vérifie son équipement. Un Glock 17 sur la console centrale. Trois chargeurs de réserve. Un fusil à pompe Remington 870 sous le siège passager. Il porte un gilet pare-balles de niveau III-A. Le poids du Kevlar compresse sa poitrine.
Il aperçoit des gyrophares orange au loin. Le chantier bloque la voie de droite. Des cônes de signalisation délimitent une chicane étroite. Milanovich ralentit. Il rétrograde en deuxième. Ses yeux balayent les talus. Trop d'ombre. Trop de recoins. Il voit la Maserati. Elle est arrêtée devant une barrière de chantier. Un homme en gilet orange fait signe de stopper. Milanovich freine à cinquante mètres. Il observe l'homme au gilet. Ses chaussures sont des richelieus en cuir brillant. Un ouvrier ne porte pas de chaussures à huit cents euros.
Milanovich engage la marche arrière. Trop tard. Une camionnette blanche débouche d'un chemin de terre derrière lui. Elle bloque la retraite. Les portes arrière s'ouvrent. Deux hommes sortent. Ils portent des fusils d'assaut HK416. Le premier tire. Une rafale de 5.56 mm percute la lunette arrière du SUV. Le verre de sécurité explose en mille morceaux. Les impacts martèlent la carrosserie. Le bruit est celui d'une grêle métallique.
Milanovich se baisse. Il lâche le volant. Il attrape le levier de vitesse. Il passe la première. Il écrase l'accélérateur. Le moteur hurle. Le SUV bondit en avant. Une balle traverse le pare-brise. Elle frappe le tableau de bord. Des débris de plastique volent. Une deuxième balle pénètre dans l'habitacle. Elle entre par l'épaule gauche de Milanovich. Le projectile traverse le muscle deltoïde. Il ressort par l'omoplate. Le choc projette Milanovich contre son siège.
Son bras gauche devient inutile. Il pend le long du corps. Le sang chaud coule sous sa chemise. Il imbibe le gilet pare-balles. Milanovich ne lâche pas l'accélérateur. Il utilise sa main droite. Il force ses doigts à se refermer sur le cuir du volant. La douleur est une brûlure chimique. Il respire par petites bouffées. Il vise l'homme au gilet orange. L'homme sort un pistolet-mitrailleur de sous sa veste. Milanovich percute la barrière de chantier. Les tubes d'acier volent.
Le SUV frappe l'homme au gilet à soixante kilomètres-heure. Le corps rebondit sur le capot. Il percute le pare-brise. Le verre se fissure en toile d'araignée. Le corps est projeté dans le fossé. Milanovich ne regarde pas. Il braque vers la Maserati. Valenti est à l'intérieur. Le chauffeur de la Maserati tente une manœuvre. Il monte sur le trottoir. Milanovich redresse le SUV. Il vise la portière conducteur.
L'impact est frontal. L'acier se tord. Les airbags de la Maserati se déploient. Un nuage de poudre blanche envahit l'habitacle de la berline. Milanovich recule. Il change d'angle. Il percute à nouveau. Il pousse la Maserati vers le parapet qui surplombe le lac. Les roues de la berline patinent. Le métal hurle contre le béton.
Valenti sort par la portière passager. Il rampe sur le bitume. Il a perdu son arme. Il saigne du nez. Il porte un costume en soie grise. Milanovich arrête le SUV à trois mètres. Il ouvre sa portière avec l'épaule. Il tombe presque sur la route. Ses jambes sont lourdes. Il récupère le Glock 17 avec sa main droite. Il doit utiliser ses dents pour armer la culasse. Le métal a un goût d'huile et de fer.
Valenti se relève. Il court vers la pente boisée. Il trébuche. Il glisse dans la boue. Milanovich marche vers lui. Chaque pas déclenche une décharge électrique dans son dos. Il voit Valenti essayer de remonter le talus. Le lieutenant halète. Il appelle à l'aide. Sa voix est aiguë. Milanovich lève son arme. Il aligne les organes de visée sur le bas du dos de Valenti. Il presse la détente.
La balle de 9 mm frappe la colonne vertébrale. Valenti s'effondre. Il ne bouge plus ses jambes. Il se retourne sur le dos. Ses yeux sont grands ouverts. Il regarde Milanovich. Il essaie de parler. Des bulles de sang éclatent sur ses lèvres. Milanovich s'approche. Il se tient au-dessus de lui. Il ne dit rien. Il regarde l'heure sur sa montre. Trois heures cinquante-cinq.
Il range le Glock. Il retourne au SUV. Il monte à bord. Il place le levier sur "Drive". Il utilise son pied gauche pour maintenir le frein. Il appuie sur l'accélérateur avec le pied droit. Le moteur monte en régime. Il lâche le frein. Le SUV avance. Les pneus avant montent sur le torse de Valenti. Milanovich sent une secousse. Il continue. Les pneus arrière passent à leur tour. Il y a un bruit de craquement sec. Comme du bois mort.
Milanovich s'arrête dix mètres plus loin. Il regarde dans le rétroviseur. Valenti est une forme sombre et aplatie sur le bitume. La pluie lave la route. Le sang se dilue dans l'eau sale. Il coule vers les égouts. Milanovich prend son téléphone. Il compose le numéro de Chiara. Il attend trois tonalités.
— Valenti est mort, dit Milanovich.
— Ton état ? demande la voix de Chiara.
— Une balle dans l'épaule. Perte de sang modérée. Je continue.
— Le sixième est à la marina. Il prépare son bateau.
— Je serai là dans vingt minutes.
Milanovich raccroche. Il déchire sa manche avec ses dents. Il fait un nœud serré autour de son bras pour stopper l'hémorragie. Son visage est livide. La tache noire dans son champ de vision s'agrandit. Il voit des points lumineux. Il engage la première vitesse. Le SUV quitte la zone de travaux. Il laisse derrière lui les camions, les douilles et le cadavre.
La route vers la marina est sinueuse. Milanovich conduit avec un seul bras. Il utilise son genou pour stabiliser le volant dans les virages. La douleur devient sourde. C'est un signal lointain. Son corps entre en mode survie. Les fonctions non essentielles s'éteignent. Il ne sent plus le froid. Il ne sent plus la faim. Il n'est plus qu'un vecteur. Une trajectoire balistique.
Il croise une patrouille de police. Les gyrophares bleus illuminent l'habitacle pendant une seconde. Milanovich ne ralentit pas. Il ne tourne pas la tête. Les policiers ne font pas demi-tour. Ils ont d'autres problèmes. La ville de Milan brûle par les deux bouts. Les lieutenants tombent les uns après les autres. Le clan Lucchese se vide de sa substance.
Il arrive à la marina à quatre heures quinze. Les mâts des voiliers tintent sous le vent. L'odeur de gasoil et d'eau stagnante est forte. Milanovich coupe les phares. Il laisse rouler le SUV jusqu'au quai numéro quatre. Il voit un yacht de luxe. Les moteurs tournent déjà. De la fumée blanche s'échappe des échappements à fleur d'eau.
Il sort du véhicule. Il prend le fusil à pompe. Il vérifie le tube magasin. Cinq cartouches de chevrotine. Il glisse le Glock dans sa ceinture. Il marche sur le ponton en bois. Le bois grince sous ses bottes. Il ne cherche pas à se cacher. Il n'a plus le temps pour la discrétion. La tumeur gagne du terrain. Sa main droite tremble à nouveau. Il la serre sur la crosse du Remington.
Un garde apparaît sur le pont du yacht. Il tient une lampe torche. Le faisceau balaie le quai. Il s'arrête sur Milanovich. Le garde porte la main à son holster. Milanovich épaule le fusil. Il tire. Le recul percute son épaule blessée. Il ne bronche pas. La gerbe de plomb frappe le garde en plein thorax. L'homme est projeté en arrière. Il tombe à l'eau. Le plouf est étouffé par le bruit des moteurs.
Milanovich monte sur la passerelle. Il entre dans le carré. Le luxe est partout. Cuir blanc. Bois précieux. Alcool cher. Le sixième lieutenant est là. Il s'appelle Moretti. Il tient une mallette en aluminium. Il essaie d'ouvrir une fenêtre latérale. Il voit Milanovich. Il lâche la mallette. Les billets de banque s'éparpillent sur le tapis.
— Combien ? demande Moretti. Je te donne le triple.
Milanovich ne répond pas. Il lève le fusil.
— Attends ! Je sais où est le Don ! Il t'a trahi !
Milanovich presse la détente. Le coup de feu déchire le silence de la cabine. Moretti est projeté contre la baie vitrée. Le verre blindé se fissure mais ne rompt pas. Moretti glisse lentement le long de la paroi. Il laisse une traînée rouge sur le verre. Milanovich s'approche. Il vérifie le pouls carotidien. Rien.
Il ressort sur le pont. Il regarde l'horizon. Une lueur grise apparaît à l'est. L'aube approche. Il reste un nom sur la liste. Le Don. Milanovich descend du bateau. Il marche vers son SUV. Son pas est lourd. Il laisse des empreintes de sang sur le bois du ponton. Il monte dans la voiture. Il démarre. La radio crache des parasites. Il l'éteint. Il n'y a plus de musique. Uniquement le bruit mécanique du monde qui s'effondre. Il prend la direction de Milan. Le contrat touche à sa fin. Neuf grammes de plomb pour conclure l'affaire.
Villa Como
Le SUV s'arrête à cinq cents mètres de la grille. Milanovich coupe le contact. Le moteur craque en refroidissant. Le silence revient sur la route côtière. Il vérifie son équipement sur le siège passager. Un Glock 17. Quatre chargeurs de dix-sept balles. Deux grenades fumigènes de type M18. Un couteau de combat à lame fixe. Il enfile ses gants en cuir fin. La cicatrice sur sa lèvre le démange. Il ne se gratte pas.
Il sort du véhicule. L'air du lac est humide. Il contourne la propriété par le bois de pins. Ses bottes ne font aucun bruit sur les aiguilles mortes. Il s'arrête à la lisière. La Villa Como se dresse devant lui. C'est une structure de marbre blanc et de verre. Des projecteurs balayent la pelouse rase. Milanovich sort ses jumelles thermiques. Il scanne le périmètre.
Trois signatures de chaleur sur le toit. Des snipers. Ils portent des fusils de précision à verrou. Deux autres gardes patrouillent près de la piscine. Un homme seul se tient près de la fontaine monumentale. Les caméras de surveillance pivotent tous les vingt secondes. Le cycle est régulier. Milanovich compte les battements de son cœur. Soixante par minute. Sa main droite reste immobile. La tumeur ne s'est pas encore manifestée ce soir.
Il rampe jusqu'au mur d'enceinte. Le béton est froid. Il lance un grappin magnétique. Le crochet se fixe sur le rebord supérieur. Il grimpe à la force des bras. Ses muscles se tendent sous sa veste technique. Il bascule de l'autre côté. Il retombe en souplesse sur le gravier. Il reste accroupi derrière un buisson de buis. Un garde passe à trois mètres. Milanovich voit la fumée de sa cigarette. Il attend que l'homme s'éloigne.
Il dégoupille la première grenade fumigène. Il la lance vers le centre de la cour. Le cylindre métallique tinte sur le marbre. Un sifflement sourd s'élève. Un nuage gris opaque sature l'espace en quelques secondes. Les capteurs thermiques du toit sont saturés. Milanovich se lève. Il court vers la façade principale. Il utilise la fumée comme un linceul.
Un garde surgit du brouillard. Il tient un MP5. Milanovich ne tire pas. Il saisit le canon de l'arme et le dévie. Il frappe la gorge du garde avec la base de sa paume. Le cartilage craque. L'homme s'effondre en étouffant. Milanovich récupère le MP5. Il vérifie la chambre. Une balle est engagée. Il continue sa progression.
Il atteint le premier escalier de marbre. Les statues de la Renaissance bordent le chemin. Il se plaque contre le socle d'un Neptune en colère. Un sniper sur le toit tire une fois. La balle percute le marbre à dix centimètres de sa tête. Des éclats de pierre lui coupent la joue. Il ne cille pas. Il localise la source du tir. Il lève son Glock. Il presse la détente deux fois. Le corps du sniper bascule par-dessus la balustrade. Il s'écrase sur une table de jardin en verre. Le fracas résonne dans toute la propriété.
L'alarme hurle. Des gyrophares rouges s'allument sur les murs. Milanovich lance sa deuxième grenade fumigène vers l'entrée de service. Il change de direction. Il sprinte vers les grandes baies vitrées du salon. Deux gardes sortent en courant. Ils tirent au jugé dans la fumée. Milanovich s'arrête. Il s'accroupit. Il ajuste ses tirs. Trois balles dans le premier thorax. Deux dans le second. Les hommes tombent de manière asymétrique.
Il entre dans le salon. L'odeur de la cire et du tabac froid domine. Le sol est en damier noir et blanc. Il recharge son arme. Le chargeur vide tape le sol. Le plein s'enclenche avec un clic sec. Un mâtin napolitain de soixante kilos surgit de l'ombre des rideaux. La bête grogne. Ses crocs brillent sous les lumières d'urgence. Le chien bondit. Milanovich tire une seule fois. La balle entre par la gueule ouverte. L'animal s'affale à ses pieds. Ses pattes tressautent une dernière fois.
Il monte l'escalier d'honneur. Ses pas sont lourds sur les marches. Il ne cherche plus à se cacher. La diversion a fonctionné. Les lieutenants sont occupés à l'extérieur. Il arrive sur le palier du premier étage. Deux portes massives en chêne barrent le passage. Il pose une charge de rupture sur les gonds. Il recule de trois pas. Il déclenche l'explosif. Les portes volent en éclats.
La chambre de Don Enzo est vaste. Une odeur d'hôpital sature l'air. Des moniteurs cardiaques bipent avec régularité. Le vieil homme est assis dans un fauteuil roulant face à la fenêtre. Des tubes d'oxygène relient son nez à une bouteille métallique. Il ne se retourne pas. Son reflet dans la vitre montre un visage gris. Des taches de vieillesse couvrent son crâne chauve.
Milanovich s'approche. Il s'arrête à deux mètres. Il lève son arme à hauteur d'œil.
— Chiara envoie ses salutations, dit Milanovich.
La voix est monocorde. Sans haine. Sans plaisir. Don Enzo ferme les yeux. Ses lèvres tremblent. Il essaie de lever une main décharnée. Milanovich ne lui laisse pas le temps de parler. Il presse la détente. Le recul de l'arme remonte dans son bras. Une tache rouge apparaît instantanément sur la vitre devant le Don. Le corps s'affaisse vers l'avant. Le moniteur cardiaque émet un son continu.
Milanovich range son arme. Il sort son téléphone. Il compose un numéro. Il ne porte pas l'appareil à son oreille. Il envoie un message court. "Cible éliminée. Villa compromise."
Il se dirige vers la sortie. Il ne regarde pas le cadavre. Il descend les escaliers. Dehors, les sirènes de police se rapprochent. Les gyrophares bleus se mêlent au rouge de la villa. Il traverse le jardin de marbre. Il évite les corps des gardes. Il retrouve son SUV. Il démarre. Il tourne le volant vers le nord. La route est libre. L'aube pointe sur le lac de Côme. Le ciel est de la couleur du plomb.
Le Mâtin Napolitain
Milanovich progresse dans le couloir. Ses bottes tactiques ne font aucun bruit. Le sol est en marbre blanc. Des veines grises strient la pierre. Il tient son Glock 17 à deux mains. Le silencieux rallonge l'arme de quinze centimètres. Le poids est équilibré. Sa main droite reste stable. La tumeur ne siffle pas encore dans son crâne.
Une ombre se détache du mur. Le mâtin napolitain pèse quatre-vingts kilos. Ses babines pendent. De la salive coule sur le tapis. Le chien ne boie pas. Il charge. C'est une masse de muscles sombres. Les griffes crissent sur le marbre. Milanovich pivote sur son pied gauche. Il abaisse son centre de gravité. Il aligne les organes de visée.
Le chien saute. La gueule est grande ouverte. Les crocs sont jaunes. Milanovich presse la détente. Deux fois. Les détonations sont étouffées. Le silencieux absorbe la flamme. Les balles de 9mm perforent le poitrail. L'animal s'écrase au sol. L'inertie le fait glisser sur trois mètres. Le sang tache le tapis persan. Le mâtin tressaute une fois. Ses pattes grattent le vide. Puis il s'immobilise.
Milanovich change de chargeur par réflexe. Il range le plein dans sa poche. Il vérifie la chambre de l'arme. Il reprend sa progression. La porte du salon est en chêne massif. Les gonds sont graissés. Il pousse le battant du bout du canon.
L'odeur frappe en premier. Ce n'est plus la poudre. C'est l'hôpital. L'oxygène pur pique les narines. Un sifflement régulier remplit la pièce. Le concentrateur ronronne dans un coin. Milanovich entre. Ses yeux scannent les angles morts. Il vérifie derrière les rideaux de velours.
Don Enzo est là. Il est assis dans un fauteuil médicalisé. Le cuir est vert bouteille. L'homme est une ruine. Sa peau ressemble à du parchemin mouillé. Des tubes en plastique entrent dans son nez. Ils sont fixés par du ruban adhésif. Ses mains reposent sur ses genoux. Elles sont couvertes de taches brunes.
Le salon est vaste. La lumière vient des moniteurs. Des chiffres verts défilent sur les écrans. Le pouls est lent. Soixante battements par minute. Enzo ne tourne pas la tête. Il regarde le mur en face. Il y a un tableau de maître. Une scène de chasse en forêt.
Milanovich s'approche. Il contourne une table basse. Il y a des flacons de pilules. Des verres d'eau troubles. Une cloche en argent. Il s'arrête à deux mètres. Il pointe le Glock vers le front de l'homme.
Le vieillard respire avec difficulté. Sa poitrine se soulève par saccades. Le plastique des tubes siffle. L'air entre dans ses poumons flétris. Il n'y a aucune peur dans ses yeux. Il y a seulement de la fatigue. La cataracte voile ses pupilles.
Milanovich observe la cible. Il note la position de la carotide. Il voit le battement faible sous la peau. La pièce est silencieuse. Seul le concentrateur d'oxygène travaille. Le bruit est mécanique. Il est monotone.
Enzo finit par bouger la tête. Le mouvement est lent. Ses vertèbres craquent. Il fixe Milanovich. Ses lèvres sont bleues. Il essaie de parler. Un sifflement sort de sa gorge. Il n'y a pas de mots. Juste de la vapeur.
Milanovich ne répond pas. Il n'est pas là pour discuter. Il vérifie sa montre. Il est 04h12. Le timing est respecté. Il ajuste sa prise sur la crosse. Le polymère est chaud. La sueur ne glisse pas.
Le Don lève une main décharnée. Ses doigts tremblent. Il désigne le tiroir du bureau. Milanovich ne quitte pas la cible des yeux. Il recule d'un pas. Il garde l'arme à hauteur d'homme.
Il ouvre le tiroir avec la main gauche. Il y a un carnet. La couverture est en cuir noir. Il y a aussi un revolver de collection. Un Smith & Wesson chromé. Milanovich ignore l'arme. Il prend le carnet. Il le glisse sous sa veste.
Enzo ferme les yeux. Il semble s'assoupir. Le moniteur cardiaque bipe. Le rythme chute à cinquante-cinq. L'oxygène continue de couler. Le gaz est incolore. Il est inodore. Il remplit l'espace entre les deux hommes.
Milanovich sent une pointe dans sa tempe. La tumeur se réveille. Sa vision se trouble sur les bords. Il cligne des yeux. Il doit finir le travail. Il avance d'un pas. Le canon du Glock touche presque la peau.
Le vieillard rouvre les yeux. Il regarde le silencieux noir. Il ne supplie pas. Il a dirigé un empire. Il connaît le prix du sang. Il sait que le contrat est signé.
Milanovich raffermit son index. La queue de détente arrive au point de rupture. Le mécanisme interne s'enclenche. Le percuteur est armé. Le ressort est tendu.
Le sifflement de l'oxygène s'arrête. Une alarme retentit sur le moniteur. Le son est strident. Enzo a un spasme. Sa main retombe lourdement.
Milanovich ne bouge pas. Il attend la fin du cycle. Il observe la vie quitter le corps. La machine indique une ligne plate. Le bip est continu.
Il range son arme dans le holster. Il vérifie le pouls manuellement. La peau est froide. Le Don est mort avant la balle.
Milanovich se détourne. Il traverse le salon. Il évite le corps du chien dans le couloir. Il sort par la porte-fenêtre. L'air de la nuit est frais. Il sent l'humidité du jardin.
Il marche vers le portail. Ses pas sont réguliers. Il ne court pas. Il n'a aucune raison de fuir. Le travail est terminé. La suite 412 n'est plus qu'un souvenir.
Il atteint sa voiture. Il monte à bord. Il pose le carnet sur le siège passager. Il démarre le moteur. Le bruit est sourd. Il engage la première vitesse.
Le SUV quitte la propriété. Les phares balayent les cyprès. La route serpente vers la ville. Milanovich regarde le rétroviseur. La villa Lucchese disparaît dans le noir.
Il prend une inspiration profonde. Ses poumons sont propres. L'odeur de l'oxygène a disparu. Il reste seulement l'odeur du cuir et du tabac froid.
Il roule vers le nord. Le compteur affiche quatre-vingts kilomètres par heure. Il respecte les limitations. Il ne veut pas attirer l'attention.
Le ciel change de teinte. Le noir devient gris. Les premières lueurs apparaissent derrière les montagnes. C'est une lumière sale.
Milanovich sent la fatigue. Sa main droite s'engourdit. Il la serre sur le volant. Il doit tenir jusqu'à la planque. Il doit livrer le carnet.
Chiara attendra. Elle a payé pour ce résultat. Elle a obtenu ce qu'elle voulait. Le clan est décapité. Elle est la seule héritière.
Le téléphone vibre dans sa poche. Il ne répond pas. Il connaît le message. Il connaît la suite. Les trajectoires sont tracées.
La route est déserte. Les arbres défilent comme des spectres. Le moteur tourne sans faiblir. Milanovich regarde l'horizon. L'aube est là. Elle est de la couleur du plomb.
Oxygène
Milanovich gare la voiture. Le moteur s'arrête. Le silence revient. Il vérifie son Glock 17. Le chargeur est plein. Quinze balles de neuf millimètres. Une se trouve dans la chambre. Il sort du véhicule. Ses bottes écrasent le gravier de l'allée. Le bruit est sec. La villa Lucchese se dresse devant lui. C'est une forteresse de pierre grise. Les fenêtres sont sombres. La porte principale est entrouverte. Il entre.
Le hall sent la cire et le vieux papier. Milanovich avance contre le mur. Sa main droite tremble. Il la plaque contre sa cuisse. Il monte l'escalier. Les marches en marbre ne craquent pas. Il connaît le plan. Deuxième étage. Dernière porte à droite. Un ronronnement mécanique filtre à travers le bois. C'est le concentrateur d'oxygène. Le rythme est régulier.
Il pousse la porte avec le canon de son arme. La pièce est vaste. Les rideaux de velours sont tirés. Don Enzo Lucchese occupe le centre du lit médicalisé. Son corps est une masse flasque. Des tuyaux en plastique sortent de ses narines. Sa peau a la couleur de la cendre. Ses yeux s'ouvrent. Ils sont injectés de sang. Il reconnaît le tueur.
Enzo ne bouge pas. Il regarde Milanovich. Il sourit. Ses dents sont jaunes et rares. Le vieil homme appuie sur un bouton. Le lit se redresse. L'oxygène siffle dans les canules. Enzo pointe une main tremblante vers la fenêtre. Il parle avec difficulté. Sa voix est un râle métallique.
"Tu arrives tard, Milanovich."
Le tueur ne répond pas. Il garde le Glock aligné sur le front du Don. Son doigt repose sur la détente. La pression est de deux kilos.
"Les Russes sont en route," dit Enzo. "Ils ont les codes. Ils ont les titres."
Enzo rit. C'est un bruit de verre brisé. Sa poitrine se soulève avec effort. Il crache un filet de mucus sur son pyjama en soie.
"Le clan n'existe plus. Tu tues un cadavre."
Une ombre traverse le seuil. Chiara Lucchese entre dans la chambre. Sa robe blanche est froissée. Des taches brunes marquent l'ourlet. Elle porte un sac en cuir noir. Elle ne regarde pas Milanovich. Ses yeux sont fixés sur son père. Elle s'approche du lit. Le mâtin napolitain est absent. Le silence est lourd.
Chiara pose sa main sur la machine. Le voyant vert clignote. Enzo cesse de rire. Ses yeux s'écarquillent. Il essaie de parler. Seul un sifflement sort de sa gorge. Chiara regarde le cadran de pression. Elle tourne une molette noire. Le débit diminue. Elle débranche le tuyau principal. Le sifflement s'arrête net.
Enzo se cambre. Ses mains griffent les draps en lin. Ses poumons cherchent l'air. Il n'y a plus rien. Son visage devient violet. Ses yeux roulent vers l'arrière. Il retombe sur l'oreiller. Le silence remplit la pièce. Chiara se tourne vers Milanovich. Elle sort un téléphone satellite. Elle valide un transfert.
"C'est fini," dit-elle.
Milanovich range son arme dans le holster. Il sent la tumeur presser contre son nerf optique. Une tache noire danse dans son champ de vision. Il quitte la pièce. Il descend l'escalier. Il sort dans l'aube.
L'air du matin est acide. Il contourne le bassin central. L'eau est stagnante. Des feuilles mortes flottent à la surface. Il atteint sa voiture. Les phares de trois SUV noirs apparaissent au bas de la colline. Les Russes arrivent. Ils ne sont plus son problème.
Il monte dans la Mercedes. Il démarre. Le moteur tourne sans faiblir. Il quitte la propriété Lucchese. Il roule vers le nord. La route est déserte. Les arbres défilent comme des spectres. Milanovich regarde l'horizon. L'aube est là. Elle est de la couleur du plomb.
Il sent un engourdissement dans son bras gauche. La paralysie gagne du terrain. Il serre le volant de sa main valide. Il reste quatre heures de route. Il connaît la destination. Une clinique privée dans les Alpes. Une sortie propre. Sans bruit. Sans témoin. Uniquement le silence de la neige.
Le paysage défile. Les arbres sont des traits noirs sur fond gris. Milanovich inspire profondément. Ses poumons sont propres. L'odeur de l'oxygène a disparu. Il reste seulement l'odeur du cuir et du tabac froid. Il appuie sur l'accélérateur. La voiture s'enfonce dans la brume. La mission est accomplie.
Double Détente
L'ascenseur émet un signal sonore. Les portes coulissent. Trois hommes occupent l'espace. Ils portent des gilets pare-balles noirs. Ils tiennent des pistolets-mitrailleurs HK MP5. Milanovich est accroupi derrière un guéridon en acajou. Il lève son Glock 17. Il presse la détente deux fois. La première balle frappe le Russe de gauche au sternum. Le kevlar absorbe l'impact. L'homme recule. La deuxième balle atteint le visage. Le nez explose. Le corps bascule en arrière. Les portes de l'ascenseur tentent de se refermer. Elles butent contre les bottes du cadavre.
Les deux autres Russes ouvrent le feu. Le bruit est assourdissant dans le couloir étroit. Les cloisons en plâtre volent en éclats. La poussière blanche sature l'air. Milanovich rampe vers la porte de la suite 412. Il sent le froid du sol sur ses paumes. Son bras droit est lourd. Les doigts de sa main paralysée restent figés. Il utilise son pouce gauche pour éjecter le chargeur vide. Il en insère un neuf. Le ressort claque.
Un Russe lance une grenade aveuglante. Milanovich ferme les yeux. Il plaque ses mains sur ses oreilles. L'explosion secoue les murs. Le lustre du couloir s'effondre. Milanovich roule sur le côté. Il tire à l'aveugle à hauteur d'homme. Un cri court. Un corps heurte le sol. Il reste un tireur.
À l'intérieur de la suite, Chiara Lucchese ne bouge pas. Elle est debout près du lit king-size. Elle observe son père. Don Enzo Lucchese halète sous son masque à oxygène. Ses yeux roulent dans leurs orbites. Il essaie de lever une main. Ses doigts tremblent. Chiara sort un Beretta 21A de sa poche de robe. Le métal est froid contre sa cuisse. Elle vérifie la sûreté. Elle l'efface d'un mouvement du pouce.
Milanovich entre dans la pièce à reculons. Il surveille le couloir. Le dernier Russe recharge son arme derrière un pilier. Milanovich jette un coup d'œil à Chiara. Elle ignore le mercenaire. Elle se penche sur le vieillard. L'odeur de la maladie remplit l'espace. C'est une odeur de viande rance et d'éther.
Chiara place le canon du Beretta contre la gorge de son père. Le métal s'enfonce dans les plis de la peau grasse. Enzo émet un gargouillis. Il reconnaît sa fille. Il n'y a pas de pardon dans ses yeux. Uniquement de la terreur. Chiara presse la détente. Le coup est étouffé par la chair. La balle de calibre .22 traverse la trachée. Elle sectionne l'artère carotide. Le sang jaillit en un jet régulier. Il macule la robe blanche de Chiara. Elle ne cille pas. Elle regarde le liquide rouge imbiber les draps en satin.
Le sifflement de la machine à oxygène change de tonalité. Le réservoir est vide. Don Enzo tressaute deux fois. Ses talons frappent le matelas. Puis ses muscles se relâchent. Ses sphincters cèdent. L'odeur change. La mort est là.
Milanovich se tourne vers le couloir. Le Russe surgit. Il tire une rafale courte. Les balles percutent le cadre de la porte. Milanovich ajuste son tir. Il vise le bassin. La balle brise la hanche du Russe. L'homme tombe en hurlant. Milanovich s'approche. Il pose le canon du Glock sur le front de l'homme. Il tire. Le cri s'arrête.
Le silence revient dans la suite 412. Il est entrecoupé par le crépitement d'un incendie déclenché par la grenade. Chiara pose son pistolet sur la table de chevet. Elle prend son téléphone portable. Ses doigts sont tachés de sang. Elle tape un code complexe.
Milanovich sent une vibration dans sa poche de veste. Il sort son terminal. L'écran s'allume. Une barre de progression atteint cent pour cent. Le message apparaît en lettres vertes : TRANSFERT CONFIRMÉ. VINGT MILLIONS D'EUROS. COMPTE NUMÉRO 09-X.
Il range l'appareil. Il regarde Chiara. Elle s'essuie les mains avec un mouchoir en soie. Elle ramasse son sac à main. Elle ne regarde pas le cadavre de son père. Elle marche vers la porte. Ses talons claquent sur le parquet.
Milanovich vérifie son arme. Il reste quatre balles. Il change de chargeur par réflexe. Il suit la fille. Ils empruntent l'escalier de service. Les marches en béton sont froides. L'air extérieur est piquant.
Au bas de l'immeuble, la Mercedes attend. Le moteur tourne au ralenti. La fumée d'échappement forme des volutes grises. Milanovich ouvre la portière arrière pour Chiara. Elle s'installe. Il prend place au volant. Son bras gauche est désormais totalement inerte. Il utilise sa main droite pour engager la première vitesse.
La voiture quitte le trottoir. Elle passe devant les SUV des Russes. Les moteurs sont encore chauds. Les conducteurs sont morts à l'intérieur. Milanovich accélère. Il traverse Milan. Les rues sont vides. Les feux de signalisation passent au orange clignotant.
Il regarde le rétroviseur. Chiara regarde par la fenêtre. Son visage est de marbre. Elle a gagné. Il a été payé. La tumeur dans son cerveau lui accorde un répit. La douleur diminue.
Ils atteignent la périphérie. Les immeubles laissent place à des entrepôts. Puis à des champs. Le ciel devient gris clair. C'est l'heure entre le chien et le loup. Milanovich maintient une vitesse constante. Cent-vingt kilomètres par heure.
Il sent le poids du virement bancaire. C'est un chiffre dans une machine. Cela ne soigne pas le cancer. Cela achète du temps. Il regarde ses mains sur le volant. La peau est parcheminée. Les jointures sont blanches.
La route monte vers les Alpes. Les premiers sapins apparaissent. Ils sont sombres. Ils bordent le bitume comme des sentinelles. Milanovich inspire. L'air est chargé d'humidité. Il ne reste plus de balles à compter. Uniquement les kilomètres.
La Mercedes s'enfonce dans la forêt. Les phares percent la brume matinale. Le trajet continue. Le silence est total. La mission est terminée.
Trajectoire Finale
Les pneus broyèrent le gravier humide. La Mercedes s'arrêta à dix mètres du ponton. Milanovich coupa le contact. Le moteur émit des cliquetis métalliques en refroidissant. Le silence tomba sur le lac de Côme. La brume flottait à la surface de l'eau. Elle ressemblait à de la gaze sale. Chiara ouvrit la portière. Le cuir grinça. Elle descendit sans un mot. Sa robe en soie blanche était grise au bas de l'ourlet. Elle portait un sac de sport en nylon noir. Le poids du sac déformait sa démarche. Milanovich sortit à son tour. Il sentit l'humidité pénétrer son manteau de laine. Son bras droit était lourd. La douleur pulsait derrière son orbite gauche. C'était une pointe de fer chauffée au rouge.
Le ponton de bois craquait sous leurs pas. Les planches étaient glissantes de rosée. Au bout, un hors-bord Riva attendait. L'acajou verni brillait sous la lumière grise de l'aube. Chiara monta à bord. Le bateau oscilla. Elle posa le sac sur le siège passager en cuir crème. Elle ne regarda pas Milanovich. Elle inséra la clé dans le tableau de bord chromé. Les cadrans s'allumèrent. Le moteur V8 s'ébroua. Une odeur d'essence mal brûlée envahit l'air. L'échappement cracha une fumée bleue. Chiara lâcha les amarres. Elle poussa la manette des gaz. Le Riva s'éloigna lentement du quai. Elle ne fit pas de signe de la main. Elle regardait droit devant elle. Vers la rive suisse. Vers sa nouvelle vie.
Milanovich resta sur le quai. Il regarda le sillage blanc se refermer. Le bruit du moteur diminua. Il devint un bourdonnement lointain. Le tueur sortit son Glock 17. Il vérifia le chargeur. Quinze balles. Une seizième dans la chambre. Il engagea la sûreté. Il se retourna vers la route d'accès.
Deux SUV noirs apparurent au sommet de la colline. Ils descendaient vite. Les moteurs hurlaient dans les rapports courts. Les véhicules pilèrent devant la Mercedes. La poussière et le gravier volèrent. Huit hommes sortirent. Ils portaient des vestes tactiques sombres. Ils tenaient des fusils d'assaut AK-74. Les crosses étaient dépliées. Les canons étaient noirs. Les Russes se déployèrent en éventail. Ils utilisaient les portières des voitures comme boucliers.
Milanovich s'accroupit derrière une borne en pierre. Le froid du granit traversa son pantalon. Il retira la sûreté du Glock. Le premier Russe avança. Il portait une barbe rousse. Il fit signe aux autres. Milanovich visa le plexus. Il pressa la détente. Le coup de feu déchira le silence du matin. La détonation résonna contre les parois de la montagne. Le Russe bascula en arrière. Ses talons frappèrent le sol. Il ne bougea plus.
Les autres ouvrirent le feu. Les balles de 5.45 mm percutèrent la borne de pierre. Des éclats de granit frappèrent le visage de Milanovich. Une coupure s'ouvrit sur sa joue. Le sang coula. Il ne cilla pas. Il attendit une pause dans les tirs. Il pivota sur la gauche. Il tira trois fois. Un deuxième homme s'effondra près d'une roue de SUV. Le sang tacha le gravier. Il était sombre, presque noir.
La douleur dans le crâne de Milanovich augmenta. Sa vision devint trouble sur les bords. Il voyait des taches sombres danser. Il cligna des yeux. Il devait finir le travail. Un Russe tenta de contourner par les bois. Milanovich anticipa le mouvement. Il ajusta sa visée. Il compensa la paralysie de sa main droite avec sa main gauche. Il tira. Le Russe tomba dans les ronces. Son fusil s'accrocha dans les branches.
Il restait cinq hommes. Ils avançaient avec méthode. Ils utilisaient des tirs de couverture. Les balles sifflaient près des oreilles de Milanovich. Le bruit était celui d'insectes métalliques. Il changea de position. Il rampa vers un tas de bois de chauffage. L'odeur du pin coupé était forte. Il tira deux nouvelles balles. Un homme fut touché à l'épaule. Il lâcha son arme. Il hurla. Un autre Russe l'acheva d'une balle dans la nuque. Pas de blessés. Uniquement des morts.
Milanovich compta les tirs. Il lui restait six balles. Le chargeur était presque vide. La tumeur pressait contre son nerf optique. Son œil gauche ne voyait plus qu'une brume blanche. Il se leva brusquement. Il courut vers la Mercedes. Les Russes tirèrent en rafales. Les vitres de la voiture explosèrent. Les éclats de verre tombèrent comme de la pluie. Milanovich atteignit le coffre. Il se plaqua contre la carrosserie.
Il respira lentement. L'air était froid dans ses poumons. Il entendit les pas des Russes sur le gravier. Ils étaient proches. Moins de dix mètres. Il sortit de sa cachette. Il tira ses cinq dernières balles en cadence rapide. Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Trois hommes tombèrent. Les deux derniers s'arrêtèrent. Ils étaient surpris par la précision.
La culasse du Glock resta en arrière. Le chargeur était vide. Milanovich pressa le bouton d'éjection. Le rectangle de métal tomba sur le sol. Il n'en avait pas d'autre. Il rangea l'arme dans son holster. Il ne chercha pas à fuir. Il marcha vers le bord du quai. Les deux Russes survivants épaulèrent leurs fusils. Ils ne tirèrent pas immédiatement. Ils regardaient cet homme qui ne se protégeait plus.
Milanovich s'assit sur le bord du ponton. Ses jambes pendaient au-dessus de l'eau noire. Il sentit le bois mouillé sous ses paumes. La douleur dans sa tête disparut soudainement. Elle fut remplacée par un grand vide. Un froid calme. Il regarda le lac. Le bateau de Chiara n'était plus qu'un point minuscule. Elle était en sécurité. Le virement était effectué. Le contrat était rempli.
Il ferma les yeux. Le soleil commençait à percer la couche de nuages. La lumière était pâle. Elle chauffait à peine sa peau. Il entendit le clic des sélecteurs de tir des Russes. Le bruit était sec. Métallique. Précis. Il n'éprouva rien. Son cœur battait lentement. Soixante battements par minute. Cinquante-huit. Cinquante-six.
Il inspira une dernière fois. L'air sentait la vase et la poudre. Il expira. Ses muscles se relâchèrent. Il ne sentait plus sa main paralysée. Il ne sentait plus la tumeur. Il n'était plus qu'une masse de chair et d'os sur un quai en bois. Le premier coup de feu partit. Puis le second. Les projectiles déchirèrent le tissu de son manteau. Ils brisèrent les côtes. Ils traversèrent les poumons. Milanovich ne bougea pas. Il bascula lentement vers l'avant. Son corps frappa la surface de l'eau. Le choc fut sourd. L'eau était glacée. Elle l'enveloppa comme un linceul. Il coula rapidement. Le poids de son arme et de ses bottes l'entraînait vers le fond. Les bulles d'air s'échappèrent de sa bouche. Elles remontèrent vers la surface. Puis plus rien. Le lac redevint lisse. Le silence reprit sa place.