Désinstallez les Témoins

Par Marcus V.Polar

La pluie tombe à la verticale. Le capteur sur le poignet de Kovacs indique un pH de 3. L'acide ronge la peinture des barils de stockage. Une vapeur jaune s'élève du bitume. Kovacs descend de son véhicule. Ses bottes écrasent une flaque de boue industrielle. Le cuir grince. Son bras gauche pend contr...

Secteur 4

La pluie tombe à la verticale. Le capteur sur le poignet de Kovacs indique un pH de 3. L'acide ronge la peinture des barils de stockage. Une vapeur jaune s'élève du bitume. Kovacs descend de son véhicule. Ses bottes écrasent une flaque de boue industrielle. Le cuir grince. Son bras gauche pend contre sa hanche. La sangle en cuir retient les soixante kilos de chrome inerte. Les servomoteurs sont muets. La Megacorp a coupé le signal à distance. Kovacs est un homme asymétrique. Le cadavre gît devant l'entrée du bloc 42. C'est un technicien d'Aethelgard. Sa combinaison de travail porte le logo de la firme. Un arbre stylisé dans un cercle d'argent. Le tissu est saturé de liquide. Le sang se mélange au liquide de refroidissement bleu. Le mélange forme une mare violette sous le corps. Kovacs s'accroupit. Ses articulations organiques craquent. Son œil gauche, le rouge, scanne la zone. L'œil droit reste fixe. La lentille est rayée. Le crâne du technicien est ouvert. La fracture est nette. Une pince monseigneur a fait le travail. Le métal a broyé l'os pariétal. Les bords de la plaie sont dentelés. Kovacs approche sa main valide. Il écarte les chairs brûlées par l'acide. L'emplacement de la puce mémorielle est vide. Le connecteur neural a été sectionné proprement. Un travail de chirurgien avec un outil de démolition. Les fils de cuivre dépassent de la colonne vertébrale. Ils étincellent encore faiblement. Kovacs fouille les poches du mort. Il trouve un paquet de cigarettes écrasé. Une carte d'accès magnétique. Un jeton de transport pour la zone pressurisée. Rien d'autre. Le matricule du technicien est gravé sur son col : T-8842. Kovacs mémorise le numéro. Son cerveau organique enregistre l'information. Son disque dur interne est saturé de secteurs défectueux. Il doit faire vite. Il se relève péniblement. Le poids de son bras mort l'entraîne vers la gauche. Il ajuste la sangle. La douleur irradie dans son épaule. C'est une douleur sourde. Une pression constante sur les nerfs. Il sort son calibre .45 de son étui de hanche. Le métal est froid. Le poids de l'arme le rassure. Il vérifie le chargeur. Douze balles à tête creuse. Le percuteur est propre. La pluie redouble d'intensité. Les gouttes frappent le crâne nu du mort avec un bruit de tambour. Kovacs regarde autour de lui. Le Secteur 4 est un désert de béton. Les usines crachent une fumée épaisse. Les ventilateurs géants tournent au ralenti dans la brume. Aucune caméra de surveillance ne fonctionne ici. Les câbles pendent des poteaux comme des lianes mortes. Les nettoyeurs du Mainframe ne vont pas tarder. Ils n'aiment pas les preuves. Kovacs sent une vibration dans sa poitrine. Son cœur artificiel rate un battement. Le cadran interne affiche onze heures et quarante-cinq minutes. Le voltage baisse. La batterie au lithium-soufre arrive en fin de cycle. S'il ne trouve pas une borne de recharge, le muscle mécanique s'arrêtera. La viande suivra. Il examine les traces sur le bitume. Des empreintes de bottes de sécurité. Taille 44. La profondeur de l'empreinte indique un individu de quatre-vingt-dix kilos. L'agresseur est reparti vers les conduits d'évacuation. Kovacs suit la piste. Il marche lentement. Chaque pas est un calcul d'équilibre. La pluie dissout les empreintes. Le temps joue contre lui. Il s'arrête près d'une grille d'égout. Une traînée d'huile synthétique marque le fer. L'huile est fraîche. Elle n'est pas encore émulsionnée par l'eau acide. Kovacs sort une lampe torche de sa poche. Le faisceau traverse la brume. Il éclaire l'intérieur du conduit. Des rats de laboratoire, gros comme des chats, s'enfuient dans l'ombre. Leurs yeux brillent d'un éclat vert chimique. Le technicien possédait les codes du Mainframe. Ces codes sont maintenant dans la nature. Ou dans la poche d'un collecteur de données. Aethelgard ne laissera pas passer ça. La firme préfère raser un bloc entier plutôt que de perdre un octet. Kovacs le sait. Il a vu le Secteur 7 brûler pour moins que ça. Il a perdu son bras là-bas. Il a failli perdre son âme. Il crache un filet de salive amère. Le goût du métal est omniprésent. Il remonte le col de son imperméable. Le tissu est lourd d'eau. Il pèse sur ses épaules. Kovacs avance dans le tunnel. L'obscurité est totale. Son œil optique passe en mode thermique. Le monde devient un dégradé de bleu et de gris. Seules les fuites de chaleur des tuyaux de vapeur apparaissent en orange. Un bruit résonne plus loin. Un frottement de métal contre le béton. Kovacs s'immobilise. Il retient sa respiration. Son cœur mécanique émet un sifflement haute fréquence. Il plaque son dos contre la paroi froide. L'humidité traverse sa chemise. Il arme le chien de son .45. Le clic est sec. Il attend. Une silhouette se découpe dans le lointain. Elle est fine. Elle bouge avec une précision inhumaine. Ce n'est pas un ferrailleur. C'est un professionnel. Le reflet de la lampe de Kovacs tape sur une surface polie. Un masque de titane. Vane. Le nettoyeur est déjà là. La Megacorp a envoyé son meilleur algorithme de suppression. Vane ne porte pas d'arme visible. Ses mains sont ses outils. Ses doigts sont longs. Trop longs pour un humain. Il s'arrête à vingt mètres. Le masque de titane reflète le faisceau de la lampe. Kovacs ne voit pas de visage. Il voit sa propre image déformée. Un homme fatigué. Un homme qui meurt. "Kovacs," dit une voix synthétique. La voix n'a pas d'inflexion. Elle sort d'un haut-parleur dissimulé sous le masque. Elle ne porte aucune menace. Elle énonce un fait. "Le fichier est corrompu. La suppression est nécessaire." Kovacs ne répond pas. Il ajuste sa visée. Il cible le centre du masque. Le calibre .45 peut percer le titane à cette distance. Mais Vane est rapide. Plus rapide que les réflexes d'un inspecteur à moitié en panne. "Je ne suis pas un fichier," grogne Kovacs. Sa voix est un râle de papier de verre. Il sent la sueur couler dans son dos. Elle est froide. Vane incline la tête. Le mouvement est fluide. Trop fluide. "Ton cœur affiche 12 % de charge. Tes chances de survie sont nulles." Kovacs serre la crosse de son arme. Ses doigts tremblent légèrement. Il déteste les statistiques. Il déteste les machines qui parlent. "On verra ça au tribunal," dit Kovacs. Vane fait un pas en avant. La botte ne fait aucun bruit sur le sol jonché de débris. "Il n'y a pas de tribunal. Il n'y a que le Mainframe." Kovacs presse la détente. Le coup de feu déchire le silence du tunnel. La flamme de départ éclaire les parois de béton. La balle file vers le masque. Vane pivote. Le projectile ricoche sur le mur dans une gerbe d'étincelles. Le nettoyeur disparaît dans une trappe latérale. Kovacs ne poursuit pas. Il sait qu'il a perdu l'initiative. Il doit sortir de ce conduit. Il doit trouver Mia. Elle est la seule capable de redémarrer son bras. La seule capable de lire les données si jamais il récupère la puce. Il fait demi-tour. Il court vers la sortie. Ses poumons brûlent. L'air est chargé de vapeurs de chlore. Il débouche à nouveau sous la pluie acide. Le cadavre du technicien est toujours là. Mais quelque chose a changé. Une équipe de nettoyage en combinaisons blanches est déjà sur place. Ils déversent un baril de solvant sur le corps. La viande se dissout. Les os deviennent mous. En quelques minutes, il ne restera rien. Ni sang, ni ADN, ni preuve. Kovacs se dissimule derrière un pilier de soutien. Il observe la scène. Les nettoyeurs travaillent en silence. Ils ne parlent pas. Ils exécutent une routine. L'un d'eux ramasse la pince monseigneur. Il la place dans un sac hermétique. Kovacs regarde sa montre. Onze heures et trente minutes. Il doit quitter le Secteur 4. Il doit s'enfoncer plus bas. Là où le Mainframe n'a pas encore étendu ses capteurs. Là où la ferraille a encore une valeur humaine. Il range son arme. Il marche vers son véhicule. La carrosserie est piquée par l'acide. Le moteur tousse avant de démarrer. Kovacs enclenche la vitesse. Les pneus patinent sur le bitume gras. Il quitte la zone. Dans son rétroviseur, la silhouette de la tour Aethelgard domine l'horizon. Elle brille d'une lumière blanche. Une lumière froide. Une lumière qui ne s'éteint jamais. Kovacs allume une cigarette. La fumée remplit l'habitacle. Elle masque l'odeur de l'ozone et du sang. Il écrase le mégot sur le tableau de bord. La chasse est ouverte. Il est la proie. Mais la proie a encore douze balles. Et onze heures de vie. C'est suffisant pour tout brûler.

Circuit Mort

Kovacs serre le volant de la main droite. Son bras gauche tressaute. Un bruit de pignons broyés résonne dans l'habitacle. Le membre cybernétique se fige à quarante-cinq degrés. Les servomoteurs s'éteignent. Le poids du chrome tire sur son épaule. Kovacs écrase la pédale de frein. Les pneus glissent sur la boue acide. Le véhicule s'immobilise contre un muret de béton. La diode de contrôle du poignet clignote. Elle passe au rouge fixe. Puis elle s'éteint. Aethelgard a coupé le signal à distance. Kovacs utilise sa main valide pour détacher la sangle de cuir. Il place le bras inerte contre son torse. L'odeur de plastique brûlé monte du coude. Le circuit est mort. Il sort son calibre .45 de l'étui. Le métal est froid contre sa paume. Il éjecte le chargeur. Douze cartouches. Il en extrait une avec les dents. Il fait rouler le cuivre entre ses doigts. La balle de plomb est lourde. Il examine l'amorce. La percussion doit être parfaite. Il remet la cartouche en place. Le ressort du chargeur résiste. Il l'enclenche d'un coup de paume. Le percuteur est armé. Kovacs range l'arme sous son aisselle. Le poids du fer compense l'absence de sensation à gauche. La pluie frappe le pare-brise. Le liquide ronge la peinture de la carrosserie. Kovacs descend du véhicule. Ses bottes s'enfoncent dans une flaque visqueuse. Il marche vers le sud. Les tours de verre d'Aethelgard disparaissent derrière les fumées d'usine. Les blocs de béton brut les remplacent. Des conduits de vapeur crachent un gaz grisâtre. Il traverse le pont du canal. L'eau est noire. Des carcasses de drones flottent à la surface. Kovacs ne regarde pas les silhouettes dans les recoins. Ce sont des charognards de données. Ils attendent une panne. Ils attendent un cadavre. Il atteint le Secteur 8. La zone est hors réseau. Les capteurs de la Megacorp saturent ici. L'air sent l'huile de vidange et le soufre. Kovacs s'arrête devant une plaque d'égout marquée d'une croix blanche. Il utilise une barre de fer pour soulever la fonte. Il descend l'échelle métallique. La rouille s'effrite sous ses doigts. En bas, l'obscurité est totale. Son œil optique bascule en mode thermique. Les parois du tunnel apparaissent en nuances de bleu. Une source de chaleur brille au fond du conduit. L'atelier de Mia se trouve derrière une porte de coffre-fort. Kovacs frappe quatre coups secs. Un judas coulisse. Un œil organique scanne son visage. Les verrous grincent. Mia apparaît. Elle porte un tablier de cuir brûlé. Ses mains sont noires de graisse de moteur. Elle regarde le bras mort de Kovacs. Elle ne dit rien. Elle s'écarte. L'atelier est un cimetière de processeurs. Des câbles pendent du plafond comme des lianes de cuivre. Des moniteurs affichent des cascades de chiffres. Mia désigne un fauteuil de dentiste modifié. Kovacs s'assoit. Il pose son bras de chrome sur l'établi. Mia saisit une sonde thermique. Elle examine la jonction de l'épaule. Son visage reste neutre. Elle branche un câble sur le port de diagnostic. L'écran affiche un message d'erreur en boucle. Accès refusé. Protocole de sécurité Aethelgard. Mia prend une pince coupante. Elle sectionne un fil rouge. Kovacs ne sent rien. Ses nerfs synthétiques sont déconnectés. Elle retire une plaque de blindage. Elle expose les engrenages. Ils sont bloqués par un verrou logiciel. Mia saisit un fer à souder. La pointe rougit. Elle fait fondre une soudure sur le processeur local. Une fumée blanche s'élève. Kovacs observe les taches d'humidité au plafond. Mia grogne. Elle insère un tournevis de précision dans l'articulation du coude. Elle force le mécanisme. Un craquement sec retentit. Les doigts de Kovacs s'ouvrent brusquement. La tension revient partiellement. Le mouvement est saccadé. La latence est de deux secondes. Kovacs teste sa prise. Il serre un tube d'acier. Le métal se déforme légèrement. Le bras fonctionne en mode dégradé. C'est suffisant pour tenir un fusil. Mia débranche les câbles. Elle nettoie ses outils avec un chiffon sale. Elle pointe un écran du doigt. Une signature thermique traverse le secteur 4. Une silhouette filiforme. Un costume de soie grise. Vane. Le nettoyeur est déjà sur sa piste. Il suit la trace du signal coupé. Kovacs se lève. Il ajuste son imperméable. Le tissu est lourd d'eau acide. Il pose un crédit de haute valeur sur l'établi. Mia ramasse la puce sans un mot. Elle retourne à ses circuits. Kovacs remonte vers la surface. Il regarde sa montre. Onze heures avant l'arrêt cardiaque. Le temps s'écoule. Les nettoyeurs approchent par les conduits de service. Il doit trouver le prochain témoin avant la suppression globale. Il sort son calibre .45. Il vérifie la sûreté. Il s'enfonce dans la brume.

La Piste du Silicium

La grille de l'ascenseur grince. Le métal frotte contre le béton brut. Kovacs descend au niveau -12. L'air est épais. Il sent le soufre et la graisse brûlée. L'humidité colle à son imperméable. Son bras gauche pend. C'est un poids mort. La sangle en cuir lui scie l'épaule. Il atteint le palier. Les lampes à sodium crachent une lumière jaune sale. Elles grésillent. Kovacs avance dans le couloir. Ses bottes écrasent des débris de verre. Le sol est une mare d'huile noire. Il s'arrête devant une porte blindée. Un panneau indique "Le Terminal". Il pousse le battant. La fumée de tabac synthétique l'accueille. L'endroit est une cave. Des tuyaux de vapeur courent au plafond. Des hommes en haillons boivent du liquide bleu. Leurs yeux brillent dans l'ombre. Ce sont des optiques bas de gamme. Kovacs scanne la salle. Son œil rouge capte les fréquences. Il cherche une silhouette précise. Il repère sa cible au fond. Un homme maigre. On l'appelle La Fouine. Il vend des données et du vice. Kovacs s'approche. Ses pas résonnent sur les plaques de fer. La Fouine lève les yeux. Il reconnaît l'inspecteur. Il tente de se lever. Kovacs pose sa main droite sur son épaule. La pression est forte. La Fouine se rassoit. Ses dents sont jaunes. Il transpire. "Où est le signal ?" demande Kovacs. Sa voix est un grognement sec. "Je ne sais rien, inspecteur," répond La Fouine. Kovacs serre l'épaule. Les os craquent. La Fouine étouffe un cri. Il regarde autour de lui. "Le Secteur 4 est vaste," bafouille l'indic. "Le technicien d'Aethelgard," dit Kovacs. "Parle." "Ils l'ont vidé. La puce est partie." "Qui ?" "Un type en gris. Un fantôme." Kovacs relâche la pression. Il sort un paquet de cigarettes froissé. Il en allume une. La fumée pique ses poumons. Il regarde l'heure sur son interface interne. Dix heures et quarante minutes. Son cœur artificiel émet un bourdonnement sourd. La batterie faiblit. Il doit avancer. "Mia a laissé une trace," dit Kovacs. "Elle est passée par les conduits," répond La Fouine. L'indic pointe une trappe au sol. Elle est scellée par la rouille. Kovacs jette sa cigarette. Il écrase le mégot. Il sort son calibre .45. Il utilise la crosse. Il frappe le verrou. Le métal cède. Il soulève la plaque. Une odeur de rat mort remonte. Kovacs descend dans le trou. Ses pieds touchent la boue. Le tunnel est étroit. Les murs suintent. Kovacs active sa lentille thermique. Le monde devient bleu. Des filaments de chaleur apparaissent. Ce sont des résidus. Il cherche la signature de Mia. Elle a une empreinte thermique spécifique. Ses mains modifiées dégagent 42 degrés Celsius. Kovacs suit les taches orange sur les parois. Elles sont fraîches. Il marche pendant vingt minutes. Le silence est total. Seul le goutte-à-goutte de l'acide résonne. Le pH de l'eau ronge ses semelles. Il arrive à une intersection. Trois tunnels s'ouvrent. La signature thermique bifurque à gauche. Elle est plus nette ici. Mia a couru. Ses pas sont espacés de deux mètres. Elle fuyait quelque chose. Kovacs accélère. Son bras inerte cogne contre sa hanche. Il ignore la douleur. Il débouche dans une salle de maintenance. Des serveurs informatiques gisent au sol. Ils sont éventrés. Les câbles ressemblent à des entrailles. Au centre, une console clignote encore. Kovacs s'approche. Il voit du sang sur le clavier. Le liquide est rouge vif. C'est du sang humain. Il scanne la zone. La signature thermique de Mia s'arrête ici. Elle s'est cachée sous une pile de tôles. Kovacs pointe son arme. "Sors de là," ordonne-t-il. Un mouvement agite les ferrailles. Une main couverte de graisse apparaît. Puis un visage. Mia. Ses yeux sont larges. Elle tremble. Elle tient une sonde thermique dans sa main droite. "Il arrive," chuchote-t-elle. "Qui ?" demande Kovacs. "Le masque de titane. Vane." Kovacs range son arme. Il attrape Mia par le bras. Il la tire vers le haut. "Qu'est-ce que tu as trouvé ?" Mia sort une petite unité de stockage de sa poche. "Les codes du Mainframe. Ils étaient dans le technicien." "Donne-les moi." "Non. Ils me tueront si je n'ai plus rien." Kovacs regarde l'entrée du tunnel. Un bruit de pas régulier approche. C'est un rythme mécanique. Un claquement de semelles sur le métal. Vane est là. Kovacs vérifie son chargeur. Sept balles. C'est peu. Il regarde Mia. "Reste derrière moi. Ne bouge pas." Il se place dans l'encadrement de la porte. Il ajuste sa visée. La silhouette apparaît au bout du couloir. Le costume de soie grise est impeccable. Le masque de titane reflète la lumière jaune. Vane ne court pas. Il marche. Il n'a pas d'arme visible. Ses mains sont le long du corps. Kovacs tire. Le coup de feu déchire le silence. La balle frappe l'épaule de Vane. Le tissu se déchire. Pas de sang. Juste une étincelle. Vane continue d'avancer. Kovacs tire une deuxième fois. Il vise la tête. Vane incline légèrement le cou. La balle siffle à côté de son oreille. Le nettoyeur est rapide. Trop rapide. "Cible identifiée," dit une voix synthétique. Vane lève la main. Un dard de carbone sort de sa manche. Kovacs bascule sur le côté. Le dard se plante dans le mur. Le béton éclate. Kovacs saisit un tuyau de vapeur. Il tire de toutes ses forces. Le joint lâche. Un jet de vapeur brûlante envahit la pièce. La visibilité tombe à zéro. Kovacs attrape Mia. "On part par le conduit de ventilation. Vite." Ils grimpent sur une armoire. Kovacs défonce la grille du plafond. Il hisse Mia à l'intérieur. Il se hisse à son tour. Son bras mort le gêne. Il utilise ses dents pour serrer la sangle. Il rampe dans le conduit étroit. La tôle vibre sous son poids. Derrière lui, il entend le métal se tordre. Vane déchire la paroi de la salle de maintenance. Le conduit débouche sur un toit. La pluie acide tombe avec force. Kovacs aide Mia à sortir. Ils sont au sommet d'un immeuble de trois étages. En bas, la rue est sombre. Les voitures à sustentation passent en silence. Kovacs regarde sa montre. Neuf heures et vingt minutes. Son cœur rate un battement. Une décharge traverse sa poitrine. Il s'appuie contre un muret. "On doit aller au Secteur 7," dit Mia. "C'est une zone morte," répond Kovacs. "C'est là qu'est le serveur physique. Le seul moyen de stopper la suppression." Kovacs recharge son arme. Il insère un nouveau chargeur. Le cliquetis du métal le calme. Il regarde la ville. Les tours de verre d'Aethelgard dominent l'horizon. Elles ressemblent à des lames de rasoir. "On y va," dit-il. Ils descendent par l'escalier de secours. Les marches tremblent. Kovacs surveille les ombres. Chaque recoin peut cacher un nettoyeur. Ils atteignent le niveau de la rue. Une voiture de patrouille passe. Kovacs se plaque contre le mur. Mia reste dans son ombre. Ils traversent la chaussée. L'eau acide ronge le bitume. Ils entrent dans une ruelle sombre. Au fond, une moto lourde est garée. C'est une vieille machine à combustion. Elle sent l'essence et la sueur. Kovacs monte sur la selle. Il démarre le moteur. Le bruit est un rugissement dans la nuit. Mia grimpe derrière lui. Elle serre sa taille. "Tiens-toi bien," dit Kovacs. Il passe la première. Les pneus crissent sur le sol mouillé. La moto s'élance vers le Secteur 7. Kovacs sent le vent froid sur son visage. Il ne cherche pas la vérité. Il cherche à rester en ligne. Le signal thermique de Vane apparaît sur son radar interne. Le nettoyeur est à deux kilomètres. Il ne lâche jamais. Kovacs accélère. Le compteur grimpe. La ville défile comme un fichier corrompu. Il reste neuf heures. Le compte à rebours continue.

L'Atelier de Mia

La pluie tape sur le toit en tôle. Le bruit ressemble à une rafale de mitrailleuse. Kovacs franchit le seuil de l'atelier. Ses bottes écrasent des copeaux d'aluminium. L'air sature de graisse brûlée et de décapant. Mia est courbée sur un établi encombré. Une loupe binoculaire masque son visage. Ses doigts modifiés s'activent sur un circuit imprimé. Elle manipule une puce mémorielle avec une pince de précision. Le composant porte le logo d'Aethelgard. Des traces de tissu organique adhèrent encore aux broches. Kovacs ne dit rien. Il déplace son poids sur sa jambe valide. Son bras gauche pend dans sa sangle en cuir. Le moteur du coude est mort. Il sent le froid du métal contre ses côtes. Il sort son calibre .45 de l'étui d'épaule. Le mouvement est lent. Le percuteur claque dans le silence de la pièce. Mia se fige. Elle ne retire pas la loupe de ses yeux. Ses mains s'arrêtent à deux centimètres de l'établi. — Pose l'outil, dit Kovacs. Sa voix est un frottement de papier de verre. Mia lâche la pince. L'objet rebondit sur le tapis antistatique. Elle relève la visière de sa loupe. Ses yeux sont injectés de sang. Elle a des cernes noirs jusqu'aux pommettes. Elle essuie ses mains sur un chiffon huileux. — Tu es en retard, Kovacs. — La puce, Mia. Maintenant. Il désigne le composant sur l'établi. Mia hoche la tête. Elle attrape une fiole de solvant neutre. Elle verse trois gouttes sur les connecteurs. Le sang séché se dissout. Elle utilise une brosse à poils de carbone. Elle nettoie le silicium avec des gestes mécaniques. — Je l'ai trouvée sur le technicien, dit-elle. Il était déjà au sol. Le crâne était ouvert. La pince monseigneur a fait du dégât. J'ai juste fini le travail d'extraction. Elle insère la puce dans un lecteur universel. Des lignes de code défilent sur un moniteur cathodique. Le texte est vert. Les colonnes de chiffres s'alignent à une vitesse instable. Kovacs s'approche. Il regarde l'écran. Son œil optique zoome sur les secteurs de boot. — Tu as volé une propriété de la Megacorp, dit Kovacs. — Ils allaient la brûler, répond Mia. Les nettoyeurs étaient déjà dans la zone. J'ai été plus rapide. Elle tape sur un clavier mécanique. Le bruit des touches est sec. Elle force l'accès aux fichiers cryptés. Une barre de progression apparaît. Elle stagne à 12 %. Kovacs sent une vibration dans sa tempe droite. Son interface neuronale envoie un signal d'alerte. Son cœur artificiel rate un battement. Le voltage chute. Il reste moins de douze heures. — Accélère, ordonne Kovacs. — Le cryptage est de niveau militaire. C'est du 2048 bits. Le processeur chauffe. Mia pointe un ventilateur vers l'unité centrale. L'odeur de plastique chaud augmente. Sur l'écran, les secteurs de mémoire s'ouvrent un par un. Des schémas techniques apparaissent. Ce sont les plans du Mainframe. Des codes d'accès prioritaires clignotent en rouge. Mia s'arrête de respirer. Elle comprend la valeur de la donnée. — C'est une condamnation à mort, murmure-t-elle. — C'est ma porte de sortie, corrige Kovacs. Soudain, un signal sonore retentit. C'est un bip court. Régulier. Un terminal de surveillance dans le coin de la pièce s'allume. Une carte du secteur s'affiche. Un point blanc clignote à trois pâtés de maisons. Il se déplace de manière rectiligne. Il ne suit pas les rues. Il traverse les bâtiments. — On a un ping, dit Mia. Sa voix monte d'une octave. Elle pianote sur le clavier pour identifier la source. Le système de défense de l'atelier analyse la signature thermique. Le résultat s'affiche en lettres capitales : UNITÉ DE NETTOYAGE VANE. — Il nous a localisés, dit Kovacs. — Impossible. J'ai activé les brouilleurs de fréquence. — La puce a un traceur passif. Il est intégré dans le substrat. Kovacs range son arme. Il attrape Mia par le col de sa combinaison. Il la tire vers l'arrière. Le point blanc sur l'écran accélère. Il est à deux cents mètres. Le signal passe du blanc au rouge vif. Le terminal émet un sifflement continu. — Prends le disque dur, ordonne Kovacs. — Le transfert n'est pas fini ! — On s'en fout. On bouge. Mia arrache le lecteur de son port. Elle le glisse dans une poche latérale de son sac. Elle attrape un fer à souder et une sacoche d'outils. Kovacs se dirige vers la sortie de secours. C'est une trappe au sol menant aux égouts. Il utilise son bras valide pour soulever la plaque de fonte. Le métal pèse quatre-vingts kilos. Ses muscles se tendent. Une veine bat sur son front. Un bruit sourd résonne au-dessus de leurs têtes. Le toit en tôle se déchire. Une silhouette filiforme descend du plafond. Vane atterrit sur l'établi. Le choc brise le moniteur cathodique. Des débris de verre volent dans la pièce. Le costume de soie grise du nettoyeur est impeccable. Son masque de titane reflète la lumière des lampes halogènes. Il ne respire pas. Il ne bouge pas. Vane tourne la tête vers Kovacs. Le mouvement est fluide. Inhumain. Un scanner laser sort du front du masque. Un rayon rouge balaie la pièce. Il s'arrête sur le sac de Mia. — Restitution des données, dit Vane. Sa voix est une synthèse vocale sans timbre. Elle sort d'un haut-parleur dissimulé sous le masque. Kovacs sort à nouveau son .45. Il tire trois fois. Les balles percutent le torse de Vane. Le tissu de soie absorbe l'impact. Le nettoyeur ne recule pas d'un millimètre. Il lève son bras droit. Une lame de carbone sort de sa manche. — Mia, dans le trou, hurle Kovacs. La ferrailleuse saute dans l'obscurité de la trappe. Kovacs vide son chargeur sur les bouteilles de gaz de soudure derrière l'établi. Il saute à son tour. L'explosion souffle l'intérieur de l'atelier. Une boule de feu orange sature l'espace. La plaque de fonte retombe dans un fracas de tonnerre. Kovacs tombe dans l'eau noire. L'odeur de soufre et de déjections l'agresse. Il se relève. L'eau lui arrive aux genoux. Mia est déjà debout, à dix mètres devant lui. Elle court dans le tunnel de béton. Kovacs la suit. Son bras inerte cogne contre les parois humides. Il consulte son radar interne. Le signal de Vane a disparu de l'écran. — Il est mort ? demande Mia sans s'arrêter. — Non, répond Kovacs. Il recalcule son itinéraire. Ils courent pendant dix minutes. Le tunnel bifurque vers le nord. Le courant devient plus fort. Kovacs s'arrête près d'une échelle de service. Il vérifie son compteur cardiaque. 11 heures 15 minutes. La tension de sa batterie principale chute à 3.2 volts. Ses membres commencent à trembler. — On sort ici, dit Kovacs. — C'est le territoire des gangs de la ferraille, prévient Mia. — C'est mieux que le Mainframe. Ils grimpent l'échelle. Kovacs pousse la grille de sortie. Ils débouchent dans une ruelle encombrée de carcasses de voitures. La pluie acide continue de tomber. Elle ronge la peinture des épaves. Kovacs regarde le ciel. Les drones de surveillance patrouillent au-dessus des nuages de pollution. Mia sort le disque dur de sa poche. Elle vérifie l'intégrité du boîtier. La diode de fonctionnement clignote faiblement. — On a 40 % des données, dit-elle. C'est assez pour localiser le point d'entrée du Mainframe. — On a besoin d'un terminal sécurisé, dit Kovacs. — Je connais un endroit. Mais ça va coûter cher. — Je paierai en plomb. Kovacs recharge son arme. Il insère un nouveau chargeur de balles à pointe creuse. Il regarde sa main droite. Elle tremble. Il serre le poing pour stopper le mouvement. Le froid s'installe dans ses os. La Megacorp ne fait pas d'erreur. Elle efface. Ils s'enfoncent dans le labyrinthe de ferraille. Derrière eux, au fond de la ruelle, une silhouette grise émerge d'une bouche d'égout. Vane ne court pas. Il marche. Sa lame de carbone est propre. Le masque de titane scanne les empreintes thermiques sur le sol mouillé. La chasse continue. Le compte à rebours ne s'arrête jamais.

Protocole de Suppression

L'atelier de Mia occupait un ancien garage sous le viaduc du Secteur 4. L'air sentait la graisse brûlée et le liquide de refroidissement. Des câbles pendaient du plafond comme des lianes de cuivre. Mia travaillait sur le disque dur avec une sonde thermique. Ses doigts modifiés cliquetaient contre le boîtier métallique. Kovacs était assis sur une caisse de munitions vide. Son bras gauche inerte pesait lourd dans sa sangle de cuir. Il observait la porte blindée. Son œil optique affichait des lignes de code rouges. La batterie interne chutait à 12 %. Mia jura entre ses dents. Elle ajusta sa loupe frontale. — Le cryptage est une boucle récursive, dit-elle. Kovacs ne répondit pas. Il sortit son calibre .45. Il vérifia le chargeur. Sept balles à pointe creuse. Le percuteur était propre. Il arma la culasse. Le bruit métallique résonna contre les murs de tôle. Dehors, la pluie frappait le toit avec régularité. Le pH de l'eau rongeait lentement le vernis des épaves. Un sifflement aigu coupa le son de l'averse. Kovacs se leva. Il poussa Mia sous l'établi principal. — Reste en bas, ordonna-t-il. Le premier projectile traversa la paroi nord. C'était un dard en tungstène. Il n'y eut pas d'explosion. Juste le bruit d'un foret pneumatique à haute vitesse. Le dard se logea dans un bloc moteur derrière Kovacs. La fonte éclata en fragments tranchants. Une deuxième salve suivit. Les impacts dessinaient une ligne horizontale sur la tôle. Vane utilisait un fusil à impulsion magnétique. Pas de flamme. Pas de fumée. Kovacs repéra le tireur sur son radar interne fêlé. Une tache thermique se déplaçait à vingt mètres de la façade. Kovacs épaula son arme de la main droite. Il tira trois fois à travers la cloison. Le recul secoua son épaule organique. Les douilles brûlantes tombèrent sur le sol en béton. Il n'y eut aucun cri. Vane ne saignait pas comme un homme. La porte blindée vola en éclats. Les gonds furent sectionnés par une charge de découpe thermique. Vane entra dans la pièce. Son costume de soie grise était impeccable. Le masque de titane reflétait la lumière crue des lampes de travail. Il tenait une lame de carbone dans sa main droite. Un pistolet mitrailleur pendait à sa ceinture par un aimant. Vane avança d'un pas calculé. Ses mouvements étaient fluides. Kovacs tira à nouveau. La balle ricocha sur le masque de titane. Vane ne broncha pas. Il leva son arme à feu. Une rafale de 9 mm cribla l'établi. Le bois vola en éclats de sciure. Mia rampa vers le fond de la pièce. Elle serrait le disque dur contre sa poitrine. Kovacs rangea son .45 dans son holster. Il n'avait plus d'angle de tir. Il fonça vers Vane. Ses 100 kg de viande et de chrome percutèrent le nettoyeur. Le choc fut sourd. Vane recula de deux mètres. Kovacs sentit une douleur vive dans son épaule d'origine. Il utilisa son bras droit pour saisir le cou de Vane. Le titane était froid. Vane planta sa lame de carbone dans le flanc de Kovacs. La pointe traversa l'imperméable et la peau. Elle racla une côte. Kovacs ne lâcha pas prise. Il frappa le masque avec son poing fermé. Le métal se fêla. Vane projeta son genou dans l'estomac de l'inspecteur. Kovacs cracha un mélange de salive et de sang. — Mia, la cloison ! hurla Kovacs. Il désigna du menton une paroi de briques effritées derrière les conduits de vapeur. Mia comprit. Elle ramassa une barre de fer. Elle frappa une valve de sécurité sur le gros tuyau central. La vapeur surchauffée jaillit dans un hurlement strident. Le jet blanc aveugla Vane. La température dans la pièce monta de vingt degrés en une seconde. Kovacs se dégagea. Il saisit Mia par le col de sa veste. Il courut vers la cloison sud. C'était une structure de briques rouges datant du siècle dernier. Le mortier tombait en poussière. Kovacs ne ralentit pas. Il utilisa son épaule gauche, celle du bras inerte, comme un bélier. L'impact fut brutal. Les briques cédèrent sous la masse cinétique. Kovacs et Mia basculèrent dans le vide. Ils tombèrent de trois mètres. Ils atterrirent sur un tas de vieux pneus dans la ruelle inférieure. La pluie acide les cingla immédiatement. Kovacs se releva avec difficulté. Sa blessure au flanc brûlait. — Par ici, dit Mia. Elle désigna une grille d'aération circulaire. La vapeur s'en échappait en volutes épaisses. C'était l'entrée des conduits de maintenance du Secteur 4. Kovacs regarda en haut. La silhouette grise de Vane apparut au bord du trou dans la cloison. Le masque de titane les fixait. Vane ne sauta pas. Il sortit un émetteur de sa poche. — Il appelle des renforts, dit Kovacs. Bouge. Ils s'engouffrèrent dans le conduit. L'espace était étroit. Le métal des parois était glissant de condensation. Kovacs fermait la marche. Il traînait son bras mort derrière lui. Le bruit de leurs bottes résonnait dans le tunnel de fer. Ils progressèrent pendant dix minutes dans l'obscurité. Seul l'œil optique de Kovacs éclairait le chemin. Le faisceau rouge balayait les rats et les débris. Mia respirait bruyamment. Ses poumons n'aimaient pas l'air chargé de soufre. Ils arrivèrent à une intersection. Quatre tunnels se rejoignaient. Un ventilateur géant tournait lentement au-dessus d'eux. Les pales de trois mètres de large brassaient un air vicié. Kovacs s'arrêta. Il posa sa main droite sur le mur. Il sentait les vibrations du Mainframe à travers le métal. — On est sous la zone pressurisée, dit Mia. — Vane connaît ce réseau, répondit Kovacs. Il rechargea son arme. Il ne restait que quatre balles. Il vérifia sa blessure. Le sang était noir sous la lumière rouge de son œil. La lame de carbone avait laissé des toxines dans la plaie. Sa vision commençait à se troubler sur les bords. Un bruit de pas métalliques provint du tunnel de gauche. Puis du tunnel de droite. Vane n'était plus seul. Les nettoyeurs encerclaient la zone. Kovacs regarda le ventilateur. Les pales tournaient à une vitesse constante. — On monte, dit Kovacs. — C'est du suicide, répondit Mia. Les pales vont nous broyer. Kovacs saisit une barre de métal tordue au sol. Il l'inséra dans le mécanisme de rotation du ventilateur. Le métal grinça. Des étincelles jaillirent. Le moteur du ventilateur força, puis se bloqua dans un bruit de déchirement. Une pale s'arrêta juste au-dessus de leurs têtes. Kovacs souleva Mia. Elle grimpa sur le moyeu central. Elle se glissa entre deux pales immobiles. Kovacs suivit. Il dut forcer pour faire passer sa carrure. Son bras gauche se coinça contre un rebord. Il tira violemment. Le cuir de la sangle craqua. Il se hissa au niveau supérieur. Ils débouchèrent dans une salle de contrôle automatisée. Des serveurs alignés clignotaient dans le noir. Le ronronnement des processeurs remplaçait le bruit de la pluie. Kovacs s'appuya contre un rack de données. Son cœur artificiel rata un battement. Le voltage était critique. — Trouve un terminal, dit Kovacs. Mia connecta son interface portative à une prise murale. Ses doigts-outils bougeaient avec une précision chirurgicale. Des lignes de données défilèrent sur son écran de poignet. — Je suis dans le sous-système, dit-elle. Je lance le protocole de masquage. — Fais vite. La porte de la salle de contrôle commença à chauffer. Le métal virait au rouge cerise. Vane utilisait à nouveau sa charge de découpe. Kovacs pointa son .45 vers l'entrée. Il stabilisa son poignet droit avec sa main gauche inerte. Il retint sa respiration. Le centre de la porte fondit. Une main gantée de gris écarta le métal liquide. Kovacs pressa la détente. La balle frappa le poignet de Vane. La main tomba au sol. Aucun cri. Vane franchit l'ouverture. Il tenait son pistolet mitrailleur de la main gauche. Kovacs tira ses trois dernières balles. Deux frappèrent le torse de Vane. La troisième rata la cible. Vane ouvrit le feu. Une pluie de plomb s'abattit sur les serveurs. Les circuits explosèrent dans des gerbes d'étincelles bleues. Kovacs se jeta derrière un bloc de refroidissement. — C'est bon ! cria Mia. Les accès sont ouverts ! Elle débrancha son câble. Elle désigna une trappe d'évacuation pneumatique au fond de la salle. — Saute ! ordonna Kovacs. Mia s'engouffra dans le tube. Kovacs se releva. Vane avançait vers lui. Le nettoyeur ne semblait pas affecté par ses blessures. Du liquide synthétique blanc coulait de son poignet sectionné. Kovacs lança son arme vide au visage de Vane. Le nettoyeur dévia l'objet d'un geste sec. Kovacs atteignit la trappe. Il plongea la tête la première. La succion pneumatique l'aspira dans le vide. Il glissa dans un tube de plastique renforcé à une vitesse vertigineuse. Derrière lui, le bruit des balles de Vane frappant le rebord de la trappe s'estompa. Le tube recracha Kovacs et Mia dans un bassin de rétention d'eau usée, trois kilomètres plus loin. L'eau était tiède et grasse. Ils flottèrent parmi les déchets plastiques. Kovacs aida Mia à atteindre le bord en béton. Ils étaient dans le Secteur 9. La zone industrielle abandonnée. Kovacs s'allongea sur le sol mouillé. Sa batterie affichait 4 %. Il regarda le ciel noir. La pluie continuait de tomber. Mia ouvrit sa main. Elle tenait toujours le disque dur. Le boîtier était intact. — On a les codes, dit-elle. Kovacs ferma son œil organique. Il sentait le froid gagner ses membres. — Ce n'est pas fini, dit-il. Ils vont redémarrer le système. Il cracha un caillot de sang sur le bitume. Le combat changeait de terrain. Les données étaient maintenant une arme.

Basse Tension

Kovacs racle le bitume avec ses semelles. Son bras gauche pèse trente kilos. C'est un poids mort. Une ancre de chrome et de polymère. L'épaule est une plaie ouverte. Les câbles sectionnés pendent comme des entrailles. Mia marche devant. Elle évite les flaques d'huile irisée. Le Secteur 9 pue le soufre. Les usines mortes ressemblent à des squelettes de baleines. La pluie tape sur le cuir de son imperméable. Le bruit est régulier. Un métronome de plomb. Ils s'arrêtent devant une porte blindée. Une inscription à la peinture rouge : Low-Voltage. Mia frappe trois coups brefs. Puis deux longs. Un judas coulisse. Un œil artificiel scanne leurs rétines. Le rayon laser est une ligne rouge dans la brume. Le verrou pneumatique siffle. La porte s'ouvre sur une cave saturée de vapeur. L'air est épais. Il sent la graisse de moteur. Il sent le tabac de contrebande. Kovacs entre. Ses articulations grincent. Il cherche une table au fond. La lumière vient de tubes de gaz blafards. Ils clignotent à cinquante hertz. Les clients ne lèvent pas les yeux. Ce sont des ombres en sursis. Des types avec des puces grillées. Des types avec des foies en plastique. Mia désigne un établi dans un coin sombre. Elle pousse des pièces détachées au sol. Des engrenages tombent avec un bruit métallique. Kovacs s'assoit. Son bras inerte heurte le métal de la table. Le choc résonne dans son épaule organique. Il ne sent rien. Juste une absence de signal. — Pose ça là, dit Mia. Elle sort un boîtier de sa veste. C'est une batterie de camion de chantier. Le plastique est fêlé. Les bornes sont couvertes de vert-de-gris. Elle fouille dans ses poches. Elle sort deux câbles de démarrage. Les pinces sont rouillées. Elle utilise un couteau pour dénuder les fils. Le cuivre brille sous la poussière. Kovacs déboutonne son imperméable. Il écarte sa chemise trempée. L'interface de son épaule apparaît. C'est une prise circulaire à huit broches. La peau autour est rouge. L'inflammation est chronique. Le derme synthétique est décollé. Mia nettoie les contacts avec une brosse métallique. Elle frotte fort. Kovacs serre les dents. Il regarde le plafond. La peinture s'écaille en lambeaux gris. — Je branche, prévient Mia. Elle fixe la pince positive sur la borne. Elle approche la pince négative du port de Kovacs. Une étincelle bleue jaillit. L'arc traverse l'air. L'odeur de chair brûlée remplit ses narines. Kovacs ne bouge pas. Ses pupilles se rétractent. Son œil optique passe en mode diagnostic. Le contact est établi. Le flux traverse le circuit. Kovacs se cambre brusquement. Sa colonne vertébrale claque contre le dossier de la chaise. Ses muscles se contractent. C'est une convulsion contrôlée. Le courant force les servomoteurs. Les engrenages de son coude tournent à vide. Un sifflement aigu sort de son épaule. C'est le cri des condensateurs qui saturent. La tension monte. Le voltmètre de la batterie chute. Kovacs a la mâchoire verrouillée. Il voit des points blancs. Son affichage interne sature. "SYSTEM REBOOT". "LOW POWER". "CRITICAL ERROR". Les lettres défilent à une vitesse folle. La sueur coule sur son front. Elle est noire de suie. Elle brûle ses yeux. Mia surveille les cadrans. Elle ne tremble pas. Ses doigts manipulent les câbles avec précision. Elle ajuste le potentiomètre du boîtier. Le transformateur ronronne. Le bruit remplit la pièce. Les autres clients s'éloignent. Ils connaissent ce son. C'est le bruit de la résurrection forcée. C'est le bruit de la douleur pure. Soudain, le bras de Kovacs se lève. Les doigts se déploient. Ils se referment sur le bord de l'établi. Le métal plie sous la pression. La force hydraulique revient. Les voyants passent du rouge à l'orange. Puis au vert fixe. La charge atteint 20 %. C'est assez pour fonctionner. C'est assez pour tuer. Mia arrache les câbles. L'arc final claque comme un coup de feu. Kovacs retombe en avant. Il pose son front sur la table froide. Il respire bruyamment. L'air entre dans ses poumons comme du verre pilé. Il tousse. Une quinte de toux violente secoue son torse. Il crache sur le sol. C'est un mélange de salive et de suie noire. Le dépôt s'étale sur le béton crasseux. Il essuie sa bouche avec son revers de manche. Son bras gauche fonctionne. Il ferme le poing. Le bruit des moteurs est fluide. Le chrome brille sous la lumière crue. — Merci, dit Kovacs. Sa voix est un râle de papier de verre. Il se redresse. Il sent la chaleur du courant dans ses veines synthétiques. La douleur est là. Elle est le signe qu'il est encore en ligne. Il vérifie son calibre .45 sous son aisselle. Le métal est froid. Le chargeur est plein. La culasse glisse sans effort. Mia range ses outils. Elle regarde la porte blindée. Elle pose une main sur le sol. — Vane arrive, dit-elle. Je sens les vibrations dans le béton. Kovacs se lève. Il ajuste son imperméable. Il ne court pas. Il marche vers la sortie. Son bras gauche balance normalement. Il est de nouveau une machine de guerre. Il est de nouveau un prédateur. Il sort une cigarette froissée de sa poche. Il l'allume avec une étincelle de son interface. La fumée est âcre. Elle lui brûle la gorge. Il aime cette brûlure. Il regarde la rue sombre. La pluie acide continue de ronger la ville. Elle ronge tout. Les hommes et les machines. — On bouge, dit Kovacs. Il vérifie l'heure sur son affichage interne. Onze heures avant l'arrêt cardiaque. Le compte à rebours clignote en bas de son champ de vision. Le temps est une donnée qui s'épuise. Il marche vers le centre du Secteur 9. Ses bottes écrasent les débris de verre. Il est prêt pour la suite. La chasse reprend.

Le Contenu de la Puce

Mia branche le câble coaxial. La prise femelle accepte le connecteur. Un clic métallique résonne dans la cave. L'écran s'allume. La lumière blanche frappe le visage de Mia. Elle a des cernes noirs. Ses doigts pianotent sur le clavier mécanique. Le bruit ressemble à une rafale. Kovacs reste debout. Son dos touche le mur froid. L'humidité traverse son imperméable. Il sent le poids du .45 contre sa hanche. Le logiciel de décryptage se lance. Une barre de progression apparaît. Elle stagne à quatre pour cent. Mia jure entre ses dents. Elle ajuste une fréquence sur son modulateur. La puce chauffe. Une odeur de plastique brûlé remplit la pièce. Kovacs regarde le plafond. Des tuyaux suintent. L'eau tombe goutte à goutte. Le rythme est régulier. — C'est du lourd, dit Mia. — Combien de temps ? demande Kovacs. — Le pare-feu est une architecture en nid d'abeille. Elle tape une commande. La barre de progression saute à vingt pour cent. Les ventilateurs du terminal hurlent. L'air devient sec. Kovacs vérifie son bras gauche. Les servomoteurs ronronnent. La puissance revient doucement. Le fluide hydraulique circule dans les pistons. Il serre le poing. Les articulations en titane grincent. L'écran clignote en rouge. Accès refusé. Mia ne s'arrête pas. Elle sort une sonde thermique. Elle l'applique directement sur la puce. La température monte. Les données forcent le passage. Le code défile à une vitesse illisible. Des colonnes de chiffres. Des noms de fichiers cryptés. Mia intercepte un flux. — J'y suis, murmure-t-elle. Elle ouvre le dossier "Secteur 7". La date s'affiche. Six mois plus tôt. Kovacs s'approche de l'écran. Ses yeux scannent les lignes. Ce n'est pas un rapport d'accident. C'est un journal d'exécution. Le mot "Protocole" revient partout. Protocole d'Obsolescence Humaine. Version 4.2. Kovacs lit les logs techniques. 02h14 : Fermeture des valves de sécurité. 02h16 : Injection de gaz neurotoxique dans les conduits de ventilation. 02h22 : Arrêt des fonctions vitales pour 98% de la population. 02h30 : Nettoyage par incinération automatique. Aethelgard n'a pas fait d'erreur. La Megacorp a testé un produit. Le produit est le remplacement total de la main-d'œuvre. Les humains sont des variables obsolètes. Ils coûtent en nourriture. Ils coûtent en soins. Les machines sont plus rentables. Le Secteur 7 était un laboratoire à ciel ouvert. — Ils ont tué tout le monde pour des statistiques, dit Mia. Sa voix est blanche. Elle retire ses mains du clavier. Kovacs ne répond pas. Il regarde la liste des victimes. Quatre mille noms. Des numéros de matricule. Des dates de naissance. Tout est archivé. La Megacorp garde une trace de ses déchets. Kovacs sort son chargeur. Il appuie sur le bouton d'éjection. Le bloc de métal tombe dans sa main. Il sort une boîte de munitions de sa poche. Les balles sont lourdes. Il insère la première. Le ressort s'écrase. Il insère la deuxième. Le métal frotte contre le métal. Il répète le geste douze fois. Il remet le chargeur dans la crosse. Le bruit est sec. Il arme la culasse. Une balle monte dans la chambre. Le percuteur est prêt. Kovacs range l'arme. Il regarde son affichage interne. Dix heures et quarante minutes. Le temps diminue. Son cœur artificiel bat avec un bruit de pompe mal huilée. Mia télécharge les données sur une unité externe. Elle débranche les câbles. Ses mains sont couvertes de sueur. Elle range la puce dans une boîte en plomb. — Vane est à moins de deux cents mètres, dit-elle. Elle regarde son détecteur de mouvement. Un point rouge avance sur la grille. Il suit une ligne droite. Il ne contourne pas les obstacles. Il les traverse. Vane est un prédateur algorithmique. Il connaît la position de la puce. Il connaît la position de Kovacs. Kovacs ramasse son manteau. Il vérifie la sangle de son bras. Tout est en place. Il marche vers la porte de service. Ses bottes font un bruit sourd sur le béton. Il s'arrête devant le panneau de contrôle. Il tape un code. La porte coulisse. L'air extérieur est acide. La pluie tombe toujours. Elle dessine des traînées grises sur les murs. Kovacs allume une cigarette. Le tabac est sec. La fumée entre dans ses poumons. Il expire lentement. Le nuage gris se mélange à la brume de la ville. — On va où ? demande Mia. — Au centre, répond Kovacs. — C'est un suicide. — C'est une mise à jour. Il marche dans la ruelle. Ses yeux scannent les toits. Il cherche une silhouette. Il cherche le reflet du titane. Vane est là. Quelque part dans l'ombre. Kovacs sent la présence du nettoyeur. C'est une pression dans l'air. Une variation de la densité. Il tourne au coin de la rue. Un drone de surveillance passe au-dessus d'eux. Son projecteur balaie le sol. Kovacs s'aplatit contre un conteneur. Le faisceau lumineux passe à quelques centimètres. Le drone s'éloigne. Le bruit de ses rotors s'estompe. Kovacs reprend sa marche. Il ne court pas. Courir est un aveu de faiblesse. Il économise son énergie. Chaque mouvement consomme du voltage. Son cœur pompe le sang et le lubrifiant. La douleur est une donnée constante. Il l'ignore. Il arrive devant une bouche de métro désaffectée. Les rails sont rouillés. L'obscurité est totale. C'est le chemin le plus court vers la tour Aethelgard. Mia le suit. Elle tient son unité de stockage contre sa poitrine. C'est sa seule assurance vie. C'est son arrêt de mort. Kovacs descend les marches. Il active sa vision nocturne. Le monde devient vert et granuleux. Il voit les signatures thermiques des rats. Il voit les câbles haute tension qui pendent du plafond. Il avance sur le ballast. Les pierres crissent sous ses pas. Un bruit résonne derrière eux. Un choc métallique. Vane vient de sauter sur le quai. Il est rapide. Il ne respire pas. Il n'a pas besoin d'oxygène. Il a besoin d'une cible. Kovacs s'arrête. Il se retourne. Il sort son .45. Il ne vise pas encore. Il attend que la cible soit nette. Il attend que le nettoyeur entre dans la zone de tir. — Continue de marcher, dit Kovacs à Mia. — Et toi ? — Je désinstalle le témoin. Mia s'enfonce dans le tunnel. Kovacs reste seul sur les rails. Il sent le vent froid du métro. Il sent l'odeur de la graisse ancienne. Il lève son arme. Son bras cybernétique est stable. Le viseur laser dessine un point rouge sur le mur du fond. L'ombre de Vane s'allonge sur le quai. Elle est immense. Elle est déformée par l'angle de la lumière. Le nettoyeur apparaît. Son masque de titane brille. Il ne porte pas d'arme visible. Ses mains sont ses outils de suppression. Ses doigts sont des scalpels. Kovacs appuie sur la détente. Le coup de feu déchire le silence du tunnel. La flamme de départ illumine la scène pendant une fraction de seconde. La balle de .45 file vers le masque. Vane incline la tête. Le projectile ricoche sur le titane. Une étincelle jaillit. Vane continue d'avancer. Il ne ralentit pas. Il n'a pas de système nerveux pour ressentir le choc. Il a une mission. Kovacs tire une deuxième fois. Puis une troisième. Il vise les articulations. Il vise les points faibles de l'armure. Le nettoyeur saute. Il s'accroche à une poutre au plafond. Il bouge comme un insecte. Il est au-dessus de Kovacs. Kovacs change d'angle. Il vide son chargeur. Les douilles tombent sur le sol. Elles tintent sur le métal des rails. Le tunnel tremble. Un train fantôme approche. Les vibrations font tomber de la poussière du plafond. Kovacs recharge. Ses mains bougent par réflexe. Il n'a pas besoin de regarder. Il connaît son arme par cœur. Vane se laisse tomber. Il atterrit à deux mètres. Il se redresse. Son masque est rayé. Une fente laisse apparaître un capteur optique bleu. Le capteur fixe Kovacs. Le processus de suppression est engagé. Kovacs sourit. C'est un mouvement mécanique des lèvres. Il n'y a pas de joie. Il y a juste la reconnaissance du combat. Il pose son doigt sur la détente. Il reste huit balles. Il reste dix heures. La chasse est ouverte. Il tire. Le plomb percute le torse de Vane. Le tissu de soie se déchire. Le liquide de refroidissement gicle sur le sol. C'est un liquide bleu et visqueux. Vane ne s'arrête pas. Il tend le bras. Ses doigts se déploient. Des lames de carbone sortent de ses phalanges. Kovacs recule. Il utilise les rails comme protection. Il tire encore. Il vise les jambes. Une balle sectionne un câble hydraulique. Vane trébuche. Son genou gauche cède. Il tombe au sol. Il se relève immédiatement en utilisant ses bras. Le train arrive. Les phares percent l'obscurité. C'est un convoi de marchandises automatisé. Il n'y a pas de conducteur. Il n'y a que des conteneurs scellés. Le bruit est assourdissant. Le vent soulève l'imperméable de Kovacs. Vane saute sur le flanc du train. Il s'accroche au métal. Il regarde Kovacs. Le capteur bleu clignote. C'est un signal. Kovacs comprend. Le nettoyeur ne fuit pas. Il se repositionne. Kovacs court vers le dernier wagon. Il attrape une échelle. Il grimpe sur le toit. Le train prend de la vitesse. Les tunnels défilent. Les lumières de service créent un effet stroboscopique. Vane est sur le toit, trois wagons plus loin. Il court sur le métal. Il est rapide. Il est agile. Kovacs se met à genoux. Il stabilise son tir. Il prend en compte la vitesse du train. Il prend en compte le vent. Il tire. La balle traverse l'épaule de Vane. Le nettoyeur bascule mais ne tombe pas. Il continue d'avancer. Il est à dix mètres. Neuf mètres. Huit mètres. Kovacs range son arme. Il sort un couteau de combat de sa botte. La lame est en céramique. Elle ne reflète pas la lumière. Il attend le contact. Il attend le choc. Vane saute. Il est en l'air. Ses lames de carbone sont prêtes. Kovacs plonge en avant. Il passe sous l'attaque. Il plante son couteau dans l'articulation de la hanche de Vane. Le

Douze Heures

métal grince contre la céramique. Le pivot de la hanche de Vane explose. Des fragments de polymère noir volent. Le nettoyeur ne manifeste aucune réaction physique. Il frappe Kovacs avec son coude. Le choc brise la lentille optique gauche. Le monde devient flou. Une alerte système s'affiche en rouge. VOLTAGE CRITIQUE : 7.2%. Le cœur artificiel rate un cycle complet. Kovacs s'effondre sur le toit du train. Ses muscles se contractent violemment. Vane se dégage avec une froideur clinique. Il se tient sur sa jambe droite. L'autre pend, sectionnée au niveau du joint. Le train entre en gare centrale. Les freins hurlent contre les rails d'acier. Kovacs roule vers le bord du wagon. Il tombe sur le quai en béton. L'impact résonne dans sa cage thoracique. Il rampe vers un pilier de soutien. Le sang coule de son arcade sourcilière. Il essuie la poisse rouge d'un geste sec. Vane est toujours sur le toit. Le train s'arrête dans un nuage de vapeur. Kovacs se lève avec une lenteur calculée. Son bras gauche pend comme un poids mort. Il consulte son chronomètre interne. 11 heures 52 minutes. Le temps s'écoule inexorablement. Il traverse le hall de la gare. Les haut-parleurs diffusent des messages de sécurité. Secteur 4 en quarantaine totale. Protocole de nettoyage activé par Aethelgard. Les portes automatiques se verrouillent. Des plaques de blindage descendent des plafonds. Kovacs court vers la sortie de service. Il connaît les plans de la structure. Il glisse dans un conduit de ventilation. L'air est saturé de poussière de carbone. Il progresse à quatre pattes dans le tube. Son cœur émet un sifflement mécanique aigu. La pompe force contre l'obstruction interne. La tension chute à 6.8%. Il doit trouver une source d'énergie. Il sort du conduit dans une ruelle. La pluie acide tombe verticalement. Elle ronge le bitume et le plastique. Il voit une silhouette au bout de la rue. Vane bloque l'issue avec calme. Le nettoyeur tient un fusil à impulsion. Kovacs sort son calibre .45 de l'étui. Il reste deux balles dans le chargeur. Il vise la tête de Vane. Le nettoyeur tire le premier. Le projectile frôle l'épaule de Kovacs. Le mur de briques derrière lui explose. Kovacs plonge derrière une benne à ordures. Il respire par saccades courtes. Sa poitrine brûle sous l'imperméable. Le voltage descend à 6.5%. Il regarde sa main droite. Elle tremble sous l'effet du manque. Il serre le poing pour stabiliser le tir. Il doit atteindre l'atelier de Mia. Elle possède des batteries au lithium. Il contourne la benne par la gauche. Il tire une fois vers le masque. La balle percute le titane poli. Le métal dévie le projectile. Vane recule d'un pas sec. Kovacs en profite pour fuir. Il s'engouffre dans un escalier de secours. Il grimpe les marches en fer. Chaque mouvement est un effort physique. Son cœur cogne contre ses côtes. Le bruit est métallique et irrégulier. Il atteint le toit de l'immeuble. La ville s'étend sous lui. Des drones patrouillent dans le ciel gris. Leurs projecteurs balaient les toits sombres. Kovacs s'allonge sur le gravier humide. Il vérifie son interface de diagnostic. 10 heures 30 minutes restantes. La batterie affiche 6.0%. Il doit traverser le pont suspendu. Le pont relie le Secteur 4 au Secteur 5. C'est le seul chemin vers la ferrailleuse. Il voit des barrages de police. Des hommes en armure tactique noire. Ils portent le logo d'Aethelgard. Le Mainframe a mobilisé les troupes. Kovacs rampe vers le bord du toit. Il fixe un câble de rappel. Il descend le long de la façade. Ses pieds touchent le sol mouillé. Il est dans une zone d'ombre. Il avance prudemment entre les caisses. Une patrouille passe à dix mètres. Kovacs retient sa respiration. Le sifflement de son cœur s'arrête. Puis il reprend plus fort. Voltage : 5.5%. Il sent une odeur de plastique brûlé. Ses circuits internes surchauffent. Il atteint la base du pont. Les câbles d'acier vibrent sous le vent. Le vent souffle fort ici. Il voit Vane sur une moto. Le nettoyeur remonte la rampe d'accès. Kovacs se cache derrière un pilier. Il attend le passage de la moto. Il saute sur le siège arrière. Il plante son couteau dans le dos. La lame traverse la soie grise. Elle rencontre une résistance métallique. Vane perd le contrôle du véhicule. La moto percute la barrière de sécurité. Kovacs est projeté sur le bitume. Il roule sur plusieurs mètres. Sa peau est râpée par le sol. Il se relève avec difficulté. Vane est au sol, immobile. Kovacs s'approche du corps. Il pointe son .45 sur le masque. Il presse la détente. Le percuteur frappe dans le vide. Plus de munitions. Il jette l'arme dans le fleuve. Vane bouge un bras mécanique. Kovacs s'enfuit vers le Secteur 5. Il court malgré la douleur thoracique. Son cœur émet un bip continu. Voltage : 4.0%. Il reste huit heures. La vision devient rouge. Il voit l'enseigne de Mia. FERRAILLE ET COMPOSANTS. Il frappe à la porte blindée. Il s'écroule sur le seuil. La porte s'ouvre avec un grincement. Mia apparaît dans l'entrebâillement. Elle tient une lampe torche. Kovacs la regarde avec intensité. Il montre sa poitrine ouverte. Charge-moi, dit-il. Sa voix est un râle sec. Mia le tire à l'intérieur. Elle verrouille la porte. Le silence revient dans l'atelier. Kovacs ferme les yeux. Le compte à rebours clignote. 7 heures 59 minutes.

Piège de Chrome

La table d’opération est une plaque de zinc rouillée. Mia branche les pinces crocodiles sur les valves du cœur artificiel. Le générateur diesel tousse dans un coin de l’atelier. Kovacs fixe le plafond. La peinture s’écaille en lamelles grises. Le courant traverse son thorax. Ses muscles se contractent violemment. Sa mâchoire claque contre le métal. Le cadran de charge indique 10 %. La douleur est une fréquence radio continue dans son crâne. Mia soude un fil de cuivre sur le servomoteur de son bras gauche. L’odeur de la résine brûlée remplit la pièce. Le bras tressaute. Les doigts en chrome se referment sur le bord de la table. Kovacs broie le zinc. Le voltage grimpe à 25 %. Son œil optique se réinitialise. Des lignes de code rouges défilent sur sa rétine. Mia dépose un revolver lourd sur son ventre. C’est un modèle de surplus, calibre .45. La crosse est en polymère noir. Kovacs sent le poids froid de l’acier. Il vérifie le barillet. Six chambres. Six ogives à tête creuse. Mia ne parle pas. Elle injecte de la graisse industrielle dans les articulations de son coude. Le mécanisme siffle. La mobilité revient à 80 %. Un capteur de mouvement bipe sur l’établi. Quelqu’un a franchi le périmètre extérieur. Kovacs roule sur le côté. Il tombe lourdement au sol. Ses bottes écrasent des douilles vides. La porte blindée subit un choc thermique. Le métal devient blanc. Il fond. Une charge de thermite découpe le verrou. Kovacs rampe derrière un bloc moteur de camion. Mia disparaît dans une trappe sous le plancher. La porte explose vers l’intérieur. La fumée de combustion sature l’air. Deux silhouettes entrent dans l’atelier. Elles portent des combinaisons en fibre d’aramide grise. Les masques de titane de la Megacorp reflètent la lumière des lampes à sodium. Ils tiennent des pistolets-mitrailleurs compacts. Kovacs ne respire plus. Il attend que les nettoyeurs dépassent l’établi. Le premier homme avance. Ses bottes ne font aucun bruit sur le béton. Kovacs surgit de l’ombre. Il pointe le .45. Le premier coup de feu déchire le silence. La balle frappe le nettoyeur au sternum. Le tissu pare-balle n’arrête pas la force cinétique à cette distance. L’homme est projeté contre un râtelier d’outils. Kovacs tire une deuxième fois. Le plomb traverse la gorge, juste sous le masque de titane. Le sang noir gicle sur les murs. Le deuxième nettoyeur pivote. Il arrose le bloc moteur de rafales de 9mm. Les étincelles jaillissent. Kovacs se baisse. Il glisse sur le sol huileux. Il tire son troisième coup. La balle percute l’épaule du tireur. Le bras du nettoyeur pend inutilement. Kovacs se lève. Il ajuste sa visée. Quatrième coup. La balle entre par l’orbite gauche du masque. Le titane se brise. Le corps s’effondre comme une marionnette dont on coupe les fils. Kovacs court vers l’issue de secours. Il pousse la barre anti-panique. Il débouche dans une ruelle aveugle. La pluie acide tombe en rideaux épais. Elle ronge le cuir de son imperméable. Le pH est bas. La peau de son visage brûle. Deux autres nettoyeurs bloquent la sortie vers l’avenue. Ils déploient des boucliers tactiques transparents. Kovacs s’adosse au mur de briques. Son cœur artificiel émet un signal d’alerte. Voltage : 18 %. La charge chute trop vite. Il sort de son abri. Il tire son cinquième coup. La balle ricoche sur un bouclier. Les nettoyeurs avancent en formation serrée. Ils ne tirent pas encore. Ils veulent la puce mémorielle intacte. Kovacs vise le sol, entre leurs jambes. Sixième coup. La balle percute une conduite de gaz qui court le long du trottoir. L’explosion soulève les plaques d’égout. La flamme bleue aveugle les capteurs des masques. Kovacs fonce dans la fumée. Il percute le premier homme avec son épaule cybernétique. Cent kilos de viande et de chrome lancés à pleine vitesse. Le bouclier vole en éclats. Kovacs saisit le cou du nettoyeur. Il serre. Les servomoteurs de sa main gauche grincent à leur maximum. Les vertèbres cèdent avec un bruit de bois sec. Le deuxième nettoyeur lève son arme. Kovacs utilise le cadavre comme bouclier humain. Les balles de 9mm s’écrasent dans le dos du mort. Kovacs lâche le corps. Il frappe le dernier homme au visage avec la crosse de son revolver. Le masque de titane se fissure. Le nettoyeur tombe à genoux. Kovacs lui assène un coup de botte dans les côtes. Il entend le craquement des poumons. L’homme s’écroule dans la boue acide. Il ne bouge plus. Kovacs s’agenouille près du cadavre. Ses mains tremblent. Le manque de voltage affecte ses nerfs. Il saisit le masque à oxygène fixé à la ceinture du nettoyeur. C’est un modèle militaire avec filtre à charbon actif. Il arrache les sangles du casque. Il plaque l’appareil sur sa bouche. Il aspire une bouffée d’air filtré. Le goût est chimique, mais l’oxygène stabilise son rythme cardiaque. Il récupère deux chargeurs de 9mm sur le gilet tactique. Il les glisse dans sa poche. Il regarde le ciel noir. Les tours de la Megacorp percent les nuages de pollution. Elles ressemblent à des aiguilles de verre. Le compte à rebours sur sa rétine clignote. Six heures et douze minutes. Son bras gauche émet un sifflement hydraulique. La fuite d’huile marque son passage sur le bitume. Kovacs recharge son .45. Le clic du barillet est le seul son dans la ruelle. Il marche vers le fond de l’impasse. Il escalade une grille rouillée. Ses doigts laissent des traces de sang et de graisse sur le métal. Il retombe de l’autre côté, dans une zone de décharge. Des vieux serveurs informatiques pourrissent sous la pluie. Kovacs s’enfonce dans l’obscurité. Les chasseurs sont proches. Il est la proie. Il est aussi le piège. Sa vision devient grise. Il doit trouver une source d’énergie haute tension. Il doit survivre jusqu’à l’aube. Le signal de son cœur ralentit. Bip. Bip. Bip.

L'Ascension de Verre

La base de la tour Aethelgard bloque l’horizon. Le béton laisse place au verre trempé. Kovacs écrase son mégot sur une plaque d’égout. La pluie acide ronge le cuir de ses bottes. Mia s’accroupit devant le panneau de maintenance. Elle déploie ses doigts-sondes. Les connecteurs s'insèrent dans le port de sécurité. Un voyant orange passe au vert. Le sas hydraulique s’ouvre sans bruit. L’air à l’intérieur est sec. Il sent le silicium et le froid. Ils entrent dans le conduit de service. La porte se verrouille derrière eux. Un sifflement aigu emplit l’espace. Les pompes à vide s’activent. La Megacorp protège ses processeurs. L’oxygène est évacué pour prévenir tout incendie. Kovacs plaque son masque respiratoire sur son visage. Il serre la sangle derrière son crâne. Mia fait de même. Ses gestes sont mécaniques. Elle vérifie la pression sur son poignet. Le manomètre indique zéro. Kovacs soulève son bras gauche inerte. Il le coince dans la sangle de poitrine. Le poids du chrome le tire vers le bas. Il commence l’ascension. L’échelle en titane est glacée. Ses gants en kevlar accrochent le métal. Chaque mouvement demande un effort conscient. Sans air, la résistance physique change. Le sang cogne contre ses tempes. Son œil optique affiche des données rouges. Rythme cardiaque : 110 battements par minute. Tension artérielle : 15/9. Mia grimpe au-dessus de lui. Ses jambes modifiées se déplient comme des compas. Elle ne fait aucun bruit. Ils atteignent le cinquantième étage. Une paroi de verre sépare le conduit des bureaux. À l’intérieur, des robots de nettoyage glissent sur la moquette. Les humains sont absents. La lumière provient des dalles de plafond. Elle est blanche et clinique. Kovacs voit son reflet dans la vitre. Son visage est une zone de guerre. La cicatrice sur sa joue brille sous les tubes à gaz. Un faisceau laser balaie le conduit. Kovacs s’immobilise. Le rayon rouge frôle son épaule. Il attend cinq secondes. Le laser repart vers le bas. Il reprend sa progression. Ses muscles brûlent. L’absence d’air rend le silence absolu. Il n’entend que sa propre respiration dans le masque. Un son de métal contre métal. Mia s’arrête. Elle pointe son doigt vers le haut. Une grille laser complexe barre le passage. Les fils de lumière s'entrecroisent tous les dix centimètres. Kovacs sort une bombe aérosol de sa poche. Il pulvérise une fine poussière de carbone. Les particules flottent dans le vide. Le réseau de sécurité apparaît. C’est un mur infranchissable. Mia sort un boîtier de sa ceinture. Elle cherche le boîtier de dérivation sur la paroi latérale. Elle dévisse la plaque avec son index modifié. Les fils colorés apparaissent. Elle sectionne le câble bleu. Les lasers s’éteignent. Ils continuent. Le centième étage est proche. La température chute. Les parois du conduit se couvrent de givre. Kovacs sent le froid traverser son imperméable. Son cœur artificiel émet un signal d’alerte. La batterie est à 12 %. Il doit trouver une source de tension. Il repère un transformateur de zone derrière une trappe. Il l’ouvre d’un coup de botte. Les bobines de cuivre luisent. Kovacs saisit un câble de dérivation. Il connecte l’embout à la prise située à la base de son cou. L’arc de haute tension illumine le conduit. Son corps se cambre. Ses muscles se contractent violemment. Une odeur de chair brûlée emplit son masque. L’énergie afflue dans ses circuits. Son œil optique sature. Le compteur remonte à 80 %. Il débranche le câble. Ses mains tremblent. Il fait un signe de tête à Mia. Ils reprennent la montée. Le sommet de la tour approche. Les serveurs du Mainframe occupent les dix derniers étages. Le verre est remplacé par du chrome poli. Les lasers de sécurité sont ici plus denses. Ils forment un tunnel de lumière mortelle. Kovacs observe le mouvement des capteurs. Ils pivotent selon un cycle de trois secondes. Il doit synchroniser ses mouvements. Il s’élance. Il glisse sur la paroi chromée. Son dos frôle un rayon. La chaleur du laser vaporise une couche de son manteau. Il retombe sur une plateforme étroite. Mia le suit. Elle est plus agile. Elle se déplace comme une araignée de métal. Ils atteignent la porte pressurisée du noyau central. Mia connecte son interface neuronale au terminal. Ses yeux se révulsent. Elle accède aux couches profondes du système. Les codes de sécurité défilent sur l’écran mural. Kovacs sort son .45. Il vérifie la chambre. Une balle est engagée. Il surveille le couloir. Le chrome reflète les lasers rouges. L’endroit ressemble à une cage de lumière. Un bruit de succion retentit. L’air est réinjecté dans la pièce. La pression remonte brutalement. Les oreilles de Kovacs claquent. Il retire son masque. L’air est saturé d’ions. Mia déconnecte ses câbles. Elle transpire. Ses mains tremblent sur le clavier. « Ils savent qu'on est là », dit-elle. Sa voix est rauque. Kovacs ne répond pas. Il regarde l’ascenseur au bout du couloir. Le compteur d’étages défile. 138. 139. 140. Les portes s’ouvrent. Vane sort de la cabine. Son costume gris est impeccable. Son masque de titane ne reflète rien. Il tient un pistolet à impulsion. Kovacs lève son .45. Il vise le centre du masque. Vane ne bouge pas. Le silence revient dans la salle des serveurs. Seul le ronronnement des ventilateurs brise le calme. Les lasers s’éteignent. La Megacorp a verrouillé la zone. Le combat ne sera pas virtuel. Kovacs appuie sur la détente. Le coup de feu déchire l’air pressurisé. La balle de gros calibre percute le masque de titane. Une étincelle jaillit. Vane bascule en arrière mais ne tombe pas. Il stabilise sa position. Il lève son arme. Un arc bleu traverse la pièce. Kovacs plonge derrière un rack de serveurs. Le métal fond sous l’impact. Mia s'est glissée sous une console. Elle tape frénétiquement sur un clavier de secours. Elle cherche à couper l’alimentation de Vane. Kovacs rampe entre les rangées de processeurs. L’huile de son bras gauche coule sur le sol stérile. Il laisse une trace noire sur le chrome. Vane avance. Ses pas sont lourds. Il tire une deuxième fois. Un serveur explose. Des milliers de données sont détruites instantanément. Kovacs se redresse. Il tire trois fois. Les balles logent dans le torse de Vane. Le tissu de soie se déchire. Pas de sang. Juste du liquide hydraulique transparent. Vane est une machine biologique. Kovacs change de chargeur. Il lui reste huit balles. Son bras gauche siffle. La pression hydraulique remonte. Il arrache la sangle de cuir. Le bras pend, mais les doigts bougent. Il saisit un câble d’alimentation sectionné au sol. Il attend que Vane approche. Le nettoyeur contourne le rack. Kovacs se jette sur lui. Il entoure le cou de Vane avec le câble haute tension. L’énergie sature le clone. Vane convulse. Son masque de titane émet des arcs bleus. Kovacs serre de toutes ses forces. Son bras cybernétique gémit sous l’effort. Le métal broie le cou biologique. Vane s’effondre. Son corps fume sur la moquette. Mia sort de sa cachette. Elle tient une clé USB. « J'ai les fichiers », dit-elle. Kovacs ramasse son arme. Il regarde le cadavre de Vane. Le masque est fêlé. En dessous, il n’y a pas de visage. Juste une masse de capteurs et de chair synthétique. Kovacs crache au sol. « On s'en va », dit-il. Ils se dirigent vers la baie vitrée. Kovacs utilise la crosse de son pistolet pour briser le verre. Le vent de la ville s’engouffre dans la pièce. La pluie acide fouette son visage. Il regarde le vide. Il n’y a pas d’autre issue. Il saisit Mia par la taille. Il active le treuil de secours de son bras gauche. Ils sautent dans le noir.

Le Miroir de Titane

La vitre du quatre-vingtième étage explose vers l'intérieur. Kovacs roule sur la moquette grise. Le verre crisse sous ses bottes. Mia tombe lourdement à ses côtés. Elle crache un mélange de salive et de sang. Le treuil de secours fume. Le câble d'acier s'enroule avec un bruit de fouet. Kovacs se redresse péniblement. Son genou droit émet un craquement sec. L'air de la suite est pressurisé. Il sent le produit de polissage et le tabac froid. Une silhouette bloque la sortie du salon. Vane attend devant les portes de l'ascenseur. Son costume de soie grise est impeccable. Aucune ride ne marque le tissu. Le masque de titane poli reflète la pièce. Kovacs voit son propre reflet déformé. Il ressemble à un cadavre ambulant. Son imperméable est couvert de suie noire. Son bras gauche pend comme un poids mort. La sangle de cuir est saturée d'huile hydraulique. Vane ne bouge pas. Il observe ses cibles. Ses capteurs optiques analysent les points faibles. Kovacs sort son calibre .45 de son étui. Le métal est froid contre sa paume. Il arme le chien. Le clic résonne dans le silence. Mia rampe vers le mur latéral. Elle cherche une trappe de service. Ses doigts-sondes sortent de leurs logements. Elle a besoin d'un accès au réseau local. Kovacs tire le premier. La détonation déchire l'air. La balle de gros calibre frappe le masque de Vane. Le titane dévie le projectile vers le plafond. Un luminaire fluorescent explose. Le gaz s'échappe dans un sifflement. Vane incline la tête sur le côté. Il n'a pas reculé d'un millimètre. Il lève sa main droite. Un dard de carbone sort de sa manche. Le nettoyeur charge. Sa vitesse est inhumaine. Ses articulations hydrauliques ne font aucun bruit. Kovacs tente de pivoter. Son bras inerte le déséquilibre. Vane frappe le premier. Le dard de carbone traverse l'épaule organique de Kovacs. La pointe ressort dans son dos. Kovacs ne crie pas. Il serre les dents. Il frappe le masque de Vane avec la crosse du pistolet. Le choc fait vibrer son bras valide. Le titane est intact. Vane retire son dard. Le sang gicle sur la soie grise. Le nettoyeur saisit le bras cybernétique de Kovacs. Il verrouille ses doigts de métal sur le chrome. Kovacs sent la pression augmenter. Les servos de Vane forcent sur les fixations. Le cuir de la sangle craque. Les boulons de l'épaule gémissent. Mia atteint le panneau de commande de l'ascenseur. Elle arrache la plaque de protection. Les fils colorés apparaissent. Elle insère son index modifié dans le port de maintenance. Son processeur interne sature. Elle doit contourner le cryptage de la Megacorp. Les diodes du panneau clignotent rapidement. Le rouge passe à l'orange. Vane tire sur le bras de Kovacs. Il utilise son poids pour faire levier. Kovacs frappe le visage de titane avec son genou. Le choc est sourd. Vane ne lâche pas prise. Un bruit de métal déchiré emplit la pièce. Les câbles de liaison neuronale se rompent un par un. Kovacs ressent une décharge dans sa colonne vertébrale. Sa vision se brouille. Des lignes de code d'erreur défilent dans son œil optique. Le bras cybernétique se détache enfin. Vane le jette au sol comme un déchet. Kovacs bascule en arrière. Il pèse vingt kilos de moins. L'équilibre est rompu. Il s'écrase contre un bureau en chêne synthétique. Le bois éclate sous l'impact. Vane avance pour porter le coup de grâce. Il déploie une lame de titane de trente centimètres. Mia tape sur le clavier virtuel de son avant-bras. Ses yeux sont révulsés. Elle est en immersion totale dans le Mainframe. La cage descend. Sa voix est monocorde. La sueur coule sur son crâne rasé. Elle force les protocoles de sécurité. L'ascenseur quitte le quatre-vingt-cinquième étage. Il chute à grande vitesse. Kovacs ramasse un éclat de verre sur le sol. Il se relève. Son épaule gauche n'est plus qu'un trou béant. L'huile et le sang se mélangent sur son imperméable. Vane pointe sa lame vers le cœur de l'inspecteur. Le nettoyeur calcule la trajectoire optimale. Il ignore Mia. Elle n'est qu'une variable secondaire. Kovacs lance l'éclat de verre. Vane le pare d'un geste sec. C'était une diversion. Kovacs se jette sur le nettoyeur. Il utilise son épaule valide comme un bélier. Les deux corps percutent les portes de l'ascenseur. Le métal se tord sous le choc. Vane tente de planter sa lame dans le flanc de Kovacs. L'inspecteur saisit le poignet de titane. Les portes de l'ascenseur s'ouvrent brusquement. Le vide apparaît derrière elles. La cabine n'est pas encore là. Mia tire Kovacs par l'arrière de son col. Kovacs lâche Vane. Il bascule dans la cage d'ascenseur. Il tombe de deux mètres. Il atterrit sur le toit de la cabine en mouvement. Vane saute à sa suite. Il atterrit avec la souplesse d'un félin mécanique. Le toit de la cabine vibre. Les câbles de traction oscillent. Mia est déjà à l'intérieur de la trappe de secours. Elle tend la main à Kovacs. L'inspecteur rampe vers l'ouverture. Vane lève sa lame. Il est à un mètre de sa cible. Mia active une commande sur son terminal. Les freins d'urgence de la cabine s'enclenchent. Le choc est brutal. La cabine s'arrête net. Vane est projeté vers l'avant par l'inertie. Il glisse sur le métal lisse du toit. Kovacs saisit le bord de la trappe. Il bascule à l'intérieur de la cabine. Vane se rattrape au câble de traction. Il reste suspendu au-dessus du vide. Son masque de titane fixe Kovacs à travers la trappe. Mia referme le panneau de sécurité. Elle verrouille le loquet magnétique. Elle relance la descente. La cabine plonge vers les bas-fonds. Kovacs s'effondre sur le sol de la cabine. Il regarde son moignon d'épaule. Les fils pendent. Le sang sature le tissu de sa chemise. Il n'a plus de bras gauche. Il n'a plus de sangle en cuir. Il a perdu son arme. Il regarde Mia. La ferrailleuse vérifie ses connexions. Ses mains tremblent. L'ascenseur descend rapidement. Les chiffres défilent sur l'écran de contrôle. Soixante. Cinquante. Quarante. Kovacs ferme son œil organique. Il active le mode économie d'énergie de son œil optique. La batterie interne affiche huit pour cent. Son cœur artificiel bat avec un bruit métallique. Le voltage baisse. On a les codes. La voix de Kovacs est un râle. Mia hoche la tête. Elle tapote la clé USB fixée à son poignet. Le Mainframe sait tout. Kovacs regarde le plafond de la cabine. Il entend des bruits de pas sur le métal. Vane est toujours là-haut. Le nettoyeur ne lâche jamais sa proie. L'ascenseur ralentit. Il approche du niveau de la rue. Kovacs se relève. Il s'appuie contre la paroi en miroir. Il voit son visage. Il est pâle. Ses yeux sont enfoncés. Il ressemble aux dossiers qu'il traite. Un fichier corrompu en attente de suppression. Il serre son unique poing. Le combat n'est pas fini. La pluie acide l'attend en bas.

Interface Mainframe

Les portes de l'ascenseur coulissent avec un sifflement pneumatique. Un mur de froid frappe le visage de Kovacs. La température affiche moins vingt degrés Celsius. La vapeur de son haleine forme un nuage gris. Mia sort la première. Ses bottes claquent sur la grille métallique du sol. Kovacs suit. Son bras gauche pend comme un poids mort. La sangle en cuir tire sur son épaule. Le couloir est une gorge de béton et d'acier. Des rangées de serveurs s'alignent jusqu'à l'obscurité. Les ventilateurs produisent un bourdonnement basse fréquence. Le sol vibre sous les pieds de l'inspecteur. Kovacs consulte son œil optique. La batterie affiche six pour cent. Le monde clignote en nuances de gris sale. Son cœur artificiel rate une pulsation. Une décharge de douleur traverse sa poitrine. Il serre les dents. Il ne s'arrête pas. Le Datacenter ressemble à une cathédrale de silicium. Des câbles noirs pendent du plafond comme des lianes. Ils sont épais comme des cuisses humaines. De la glace recouvre les tuyaux de refroidissement. Le givre craque sous leurs pas. Mia s'arrête devant une console circulaire. Le terminal central brille d'une lumière bleue terne. Elle pose ses outils sur le rebord en métal. Ses doigts modifiés cliquètent contre l'acier. Elle retire la puce mémorielle de son poignet. Le composant est taché de sang séché. C'est le sang du technicien d'Aethelgard. Kovacs surveille le couloir derrière eux. Son calibre .45 est lourd dans sa main droite. Son index caresse la détente froide. Il écoute le silence. Le silence est trop dense. Branche-la, dit Kovacs. Sa voix est un râle sec. Mia insère la puce dans la fente d'interface. Un déclic mécanique résonne dans la pièce. L'écran s'illumine. Des lignes de code défilent à une vitesse inhumaine. Le système analyse les données. Le ventilateur du terminal accélère. L'air devient plus sec. Kovacs sent la sueur geler sur sa nuque. Son œil optique affiche une alerte de basse tension. Il ignore le signal. Il regarde les colonnes de chiffres. Accès en cours, murmure Mia. Ses mains tremblent sur le clavier. Le curseur clignote. Le Mainframe interroge la puce. Une barre de progression apparaît sur l'écran. Dix pour cent. Vingt pour cent. Le bourdonnement des serveurs change de tonalité. Le son devient plus aigu. Kovacs tourne la tête. Il voit des capteurs de mouvement s'activer au plafond. Les lentilles rouges pivotent lentement. Elles scannent la zone. Le système rejette l'intrus, dit Mia. Sa voix monte d'un ton. Les codes sont périmés. Kovacs s'approche de la console. Il regarde l'écran. Un message d'erreur rouge barre l'interface. "ERREUR 403 : ACCÈS REFUSÉ". La barre de progression s'arrête à quarante pour cent. Le Mainframe a détecté la signature de la puce volée. Les ventilateurs s'arrêtent brusquement. Le silence revient. Il est plus lourd qu'avant. Un bruit de métal contre métal résonne au-dessus d'eux. Des trappes s'ouvrent dans le plafond. Les tourelles thermiques descendent sur leurs rails. Leurs canons rotatifs cherchent une cible. Kovacs attrape Mia par le col de sa veste. Il la tire derrière le bloc de serveurs numéro 402. Une rafale déchire l'air. Les balles percutent le sol en grille. Des étincelles jaillissent. L'odeur de l'ozone est absente. Seule l'odeur du métal brûlé subsiste. Kovacs vérifie son chargeur. Il reste huit balles. Son cœur artificiel cogne contre ses côtes. Le voltage chute à quatre pour cent. Sa vision se trouble. Il voit des taches noires. Il secoue la tête. Il doit tenir. Les tourelles pivotent vers leur position. Le laser de visée balaie le flanc du serveur. Le point rouge s'arrête sur la botte de Kovacs. Il retire sa jambe juste à temps. Une nouvelle salve pulvérise le boîtier de l'unité centrale. Des morceaux de plastique volent dans la pièce. Force l'entrée, ordonne Kovacs. Mia tape frénétiquement sur son terminal portable. Elle a relié son bras directement à la console. Ses yeux roulent vers l'arrière. Elle est en mode interface directe. Son corps est secoué de spasmes. Elle court-circuite les protocoles de sécurité. Le Mainframe lutte contre l'intrusion. Les serveurs autour d'eux montent en température. La glace fond et s'évapore. Un brouillard épais envahit le Datacenter. La tourelle de gauche ajuste son angle. Kovacs se lève brusquement. Il tire deux fois. Les projectiles de .45 percutent l'optique de la machine. La tourelle explose dans un nuage de débris. Kovacs retombe au sol. Son bras droit tremble. L'effort a drainé ses dernières réserves. Son œil optique s'éteint. Il est maintenant aveugle d'un côté. Il ne voit plus que par son œil organique rouge. La pièce est sombre. Mia pousse un cri étouffé. Elle débranche violemment son bras. Du sang coule de ses ports neuronaux. J'ai ouvert une brèche, dit-elle. Elle tend une petite unité de stockage à Kovacs. Les codes sont là-dedans. Le système va redémarrer dans trente secondes. Les tourelles vont se réinitialiser. Kovacs prend l'unité. Il la glisse dans sa poche intérieure. Il sent le poids des données. C'est leur seule chance de survie. Le sol tremble. Un bruit sourd vient de l'ascenseur. Les portes ont été forcées. Kovacs sait qui arrive. Vane est là. Le nettoyeur a trouvé le sous-sol. Kovacs regarde Mia. Elle est livide. Ses mains sont couvertes de graisse et de sang. Il vérifie son arme. Six balles. Le voltage de son cœur est à deux pour cent. Chaque mouvement est une agonie. Le froid ne l'engourdit plus. Il le brûle. Les tourelles restantes se figent. Leurs lumières passent du rouge au vert. Le redémarrage commence. Kovacs se lève péniblement. Il s'appuie contre le serveur calciné. Il voit une silhouette au bout du couloir. Vane avance sans bruit. Son masque de titane reflète les lumières de secours. Il ne court pas. Il sait qu'ils n'ont nulle part où aller. Le nettoyeur lève son bras droit. Une lame de carbone sort de son avant-bras. Kovacs pointe son calibre. Il ne vise pas Vane. Il vise la conduite de liquide de refroidissement au-dessus du nettoyeur. Il presse la détente. Le tuyau explose. Un jet d'azote liquide se déverse sur le sol. Le gaz se répand instantanément. Vane s'arrête. Le froid extrême attaque ses joints hydrauliques. Le nettoyeur recule d'un pas. Kovacs saisit le bras de Mia. Ils se dirigent vers la sortie de secours. L'escalier est étroit. Kovacs monte les marches une à une. Ses jambes sont du plomb. Son cœur artificiel émet un sifflement strident. Le signal de batterie critique clignote dans son esprit. Un pour cent. Il atteint le palier. Il pousse la porte blindée. La pluie acide tombe toujours sur le Secteur 4. Elle crépite sur son imperméable. Kovacs s'effondre contre un mur de briques. Il regarde le ciel noir. Mia s'agenouille à ses côtés. Elle prend l'unité de stockage. On a réussi, dit-elle. Kovacs ne répond pas. Il ferme son œil organique. Il entend le bruit de la pluie. Il entend le moteur d'un véhicule qui approche. Les nettoyeurs ne s'arrêtent jamais. Il serre son poing inerte. Le métal est froid. La puce est en sécurité. Le reste n'est que de la viande. Son cœur s'arrête. Le voltage tombe à zéro. La pluie continue de tomber.

Désinstallation Manuelle

La pluie acide ronge le vernis de la porte blindée. Le pH descend à 2.8. La fumée s'élève des briques rouges. Kovacs est assis contre le mur. Son dos gratte contre la pierre rugueuse. Son bras gauche pend comme un poids mort. Le cuir de la sangle grince. Dans son champ de vision, une icône rouge clignote. Batterie critique. Zéro pour cent. Le sifflement de son cœur artificiel s'arrête. Le silence pèse plus lourd que le plomb. Ses poumons brûlent. L'air manque de pression. Vane apparaît en haut de l'escalier. Ses bottes en cuir synthétique ne font aucun bruit. Le costume gris repousse les gouttes d'acide. Le liquide perle sur la soie. Le masque de titane est une surface lisse. Il ne reflète que le ciel noir. Vane lève un bras. Une lame de carbone sort de son avant-bras. Le mécanisme fait un bruit de clic métallique. Le nettoyeur avance avec une précision millimétrée. Ses mouvements sont des lignes droites. Il n'y a aucune hésitation dans sa démarche. Mia est accroupie derrière une conduite d'aération. Ses mains tremblent. Elle sort une console de diagnostic de sa ceinture. Ses doigts modifiés manipulent les connecteurs. Elle insère une sonde thermique dans un boîtier de dérivation. Le boîtier appartient au relais de communication du toit. Elle cherche le signal du Mainframe. Ses yeux bougent rapidement sous ses paupières. Elle tape sur un clavier holographique. Le code défile sur ses rétines. Elle transmet un paquet de données corrompues. Vane s'arrête à deux mètres de Kovacs. La lame de carbone brille sous la lumière des lampes à sodium. Le nettoyeur incline la tête. Le masque de titane vibre. Un son strident sort des filtres vocaux. C'est un signal de synchronisation. Mia valide l'envoi. Le virus injecte une boucle de rétroaction dans le lien neural. Le masque de Vane émet un flash blanc. Le corps du nettoyeur se raidit. Ses articulations hydrauliques se bloquent. Un arc de tension parcourt son cou. Le lien avec le Mainframe sature. Les protocoles de sécurité de Vane s'effondrent. Le clone biologique convulse sous le costume de soie. Ses muscles se contractent violemment. La lame de carbone rentre et sort de son logement. Le mécanisme est fou. Vane tombe à genoux. Le masque de titane frappe le bitume avec un bruit sourd. Mia retire la sonde. Elle respire bruyamment. Elle regarde Kovacs. L'inspecteur ne bouge pas. Ses yeux sont fixes. L'œil organique est vitreux. L'œil optique est éteint. Mia rampe vers lui. Elle ouvre une trappe dans le torse de Kovacs. Elle voit les circuits imprimés. Elle voit la pompe cardiaque. Elle branche une batterie de secours portable. Elle force le passage du courant. Les condensateurs se chargent. Un bruit de turbine remplit l'air. Kovacs inspire brusquement. Ses poumons se gonflent d'air acide. Il tousse. Un mélange de sang et de lubrifiant sort de sa bouche. Kovacs regarde Vane. Le nettoyeur essaie de se relever. Ses mouvements sont saccadés. Il est déconnecté. Il est seul dans sa boîte de chair. Kovacs prend appui sur le mur. Il se lève lentement. Ses genoux craquent. Il pèse cent kilos. Il avance vers Vane. Ses bottes écrasent les flaques d'acide. Il n'utilise pas son bras cybernétique. Il lève sa main droite. C'est de la viande et de l'os. Ses articulations sont noueuses. Ses ongles sont noirs de suie. Il saisit le bord du masque de titane. Le métal est froid. Il enfonce ses doigts dans les fentes de ventilation. Vane ne résiste pas. Le clone est en état de choc systémique. Kovacs contracte ses muscles. Les tendons de son avant-bras saillent sous la peau. Il serre. Le titane commence à se déformer. Le métal gémit. Une fissure apparaît sur la surface polie. Kovacs grogne. Il met tout son poids dans l'effort. Le masque cède. Le titane se brise en plusieurs morceaux. Les débris tombent sur le bitume. Le visage de Vane est exposé. C'est une surface de chair lisse. Il n'y a pas de nez. Il n'y a pas de bouche. Juste des orifices pour les sondes. Les yeux sont des globes blancs sans pupilles. Kovacs place sa main sur le crâne du clone. Il broie les os frontaux. Il appuie avec le pouce sur l'orbite gauche. Un liquide s'écoule des plaies. Ce n'est pas du sang rouge. Le liquide est incolore. Il ressemble à de l'eau distillée. Il a une odeur de chlore et de formol. Le liquide coule sur les doigts de Kovacs. Il tache le bitume. Vane s'effondre totalement. Son corps devient mou. La vie artificielle quitte les cellules. Le clone n'est plus qu'un sac de protéines inutiles. Le Mainframe a perdu son outil. Kovacs retire sa main. Il essuie le liquide incolore sur son imperméable. La pluie lave les restes de Vane. Mia se tient debout derrière lui. Elle tient l'unité de stockage contre sa poitrine. Elle regarde le cadavre sans visage. Ses doigts de ferrailleuse bougent encore par réflexe. Elle regarde Kovacs. L'inspecteur vérifie son bras gauche. Il est toujours inerte. Il regarde son œil optique dans le reflet d'une flaque. La lentille est morte. Il sort un paquet de cigarettes de sa poche. Le carton est mouillé. Il en prend une. Il l'allume avec un briquet en métal. La fumée est grise. Elle se mélange à la vapeur d'acide. Kovacs recrache la fumée vers le ciel. Il ne ressent rien. Ses nerfs sont saturés. Son cœur artificiel bat avec un rythme régulier. Quatre-vingts battements par minute. La batterie de secours affiche dix pour cent. C'est assez pour marcher. Il regarde Mia. Il ne sourit pas. Il ne dit pas merci. Il désigne la porte de sortie avec le menton. Les nettoyeurs reviendront. Le Mainframe fabrique d'autres clones. Les fichiers corrompus sont toujours dans la nature. Kovacs ramasse son calibre .45 sur le sol. Le métal est piqué par l'acide. Il vérifie le chargeur. Huit cartouches. Il range l'arme dans son holster d'épaule. La pluie redouble d'intensité. Le pH tombe encore. La peau de Kovacs commence à piquer. Il remonte le col de son imperméable. Il marche vers l'escalier. Ses pas sont lourds. Chaque mouvement coûte de l'énergie. Il ne regarde pas en arrière. Le corps de Vane se dissout lentement sous l'effet de la pluie. Le liquide incolore se mélange à l'eau noire. La scène de crime s'efface d'elle-même. Kovacs descend les marches. Mia le suit de près. Leurs ombres s'étirent sur les murs de béton. Le sifflement de la pompe cardiaque est le seul son dans la cage d'escalier. Le Secteur 4 est une fosse. Ils sont au fond. Kovacs serre les dents. Il a besoin de nicotine. Il a besoin de courant. Il a besoin de silence. La mission continue. Les témoins sont morts. Les données sont là. Le reste n'est que de la viande.

Court-Circuit Final

Le feu dévore les processeurs de l'unité centrale. Les câbles pendent comme des lianes calcinées. Une fumée noire sature l'air de la salle pressurisée. Kovacs crache un glaire sombre sur le sol carrelé. Ses poumons brûlent à chaque inspiration. Mia tire sur sa manche de cuir. Elle pointe la sortie de secours. Les serveurs s'effondrent dans un fracas métallique. Les données s'évaporent en nuages de silicium fondu. Les témoins n'existent plus. Le feu nettoie les dernières traces du massacre. Kovacs avance vers le couloir. Son bras gauche pend contre sa hanche. Le cuir de la sangle grince. Le servomoteur de son coude est mort. Il sent le poids de l'acier inerte. Sa botte droite accroche un débris de verre. Il manque de tomber. Mia le rattrape par la ceinture. Elle ne dit rien. Ses mains sont noires de suie. Elle sent l'huile de moteur et la sueur. Le couloir de la tour Aethelgard est un tunnel de fumée. Les gicleurs d'incendie crachent un liquide chimique. La mousse blanche recouvre les cadavres des gardes. Kovacs ne regarde pas les visages. Il connaît le travail des balles de gros calibre. Les impacts sur les murs dessinent des fleurs de béton éclaté. Il vérifie son holster. Le .45 est là. Le métal est chaud contre sa cuisse. Sa pompe cardiaque émet un sifflement aigu. Le son résonne dans sa cage thoracique. Kovacs consulte l'affichage interne de sa lentille fêlée. Le chiffre clignote en rouge. 8 %. La tension chute. Son cœur artificiel peine à pousser le sang. Chaque battement est un coup de marteau fatigué. Il serre les dents. La douleur est une donnée technique. Il l'ignore. Ils atteignent la cage d'escalier. L'ascenseur est bloqué au quarantième étage. Kovacs pose sa main valide sur la rampe. Le métal est froid. Il descend les marches une par une. Ses 100 kg de viande et de chrome pèsent sur ses articulations. Mia descend devant lui. Elle surveille les angles morts. Elle tient une pince coupante dans sa main droite. Au trentième étage, Kovacs s'arrête. Sa vision se brouille. Des pixels morts envahissent son champ visuel. Il frappe le côté de son crâne avec sa paume. L'image se stabilise. 7 %. Le temps se contracte. Il entend le bourdonnement des ventilateurs de secours. L'air est rare. Il sent l'odeur du plastique qui pyrolyse. C'est l'odeur de la défaite de la Megacorp. Ils continuent la descente. Les étages défilent dans un flou gris. Vingt-cinq. Vingt. Quinze. Le bruit de la ville monte vers eux. C'est un grondement sourd. Le tonnerre de la zone industrielle. Kovacs sent une vibration dans son bras valide. Ses nerfs organiques protestent. Il a besoin d'une dose de courant. Il a besoin de nicotine. Le hall d'entrée est vaste. Les baies vitrées sont brisées. Le vent s'engouffre dans le bâtiment. Il apporte l'odeur de la pluie acide. Kovacs voit les silhouettes des nettoyeurs sur le parvis. Ils portent des combinaisons étanches. Ils ramassent les douilles. Ils effacent les taches de sang au laser. Le Mainframe veut un monde propre. Kovacs est une tache de graisse sur leur tapis. Il s'accroupit derrière un comptoir en marbre. Mia se plaque contre lui. Elle sort un petit boîtier de sa poche. Elle pirate le système de verrouillage de la porte latérale. Ses doigts bougent avec une précision chirurgicale. Un déclic retentit. La porte s'entrouvre. Kovacs dégaine son .45. Il vérifie la chambre. Une cartouche est engagée. Il sort dans la ruelle. La pluie le frappe instantanément. Le pH est bas. Il sent l'acide ronger le tissu de son imperméable. La peau de son visage pique. Des volutes de vapeur s'élèvent du bitume brûlant. Kovacs marche dans l'ombre des bennes à ordures. Il évite les faisceaux des projecteurs de surveillance. Sa lentille affiche 6 %. Le sifflement de sa pompe devient un râle. Son bras gauche frotte contre un mur de briques. Le bruit du métal sur la pierre est trop fort. Il s'immobilise. Une patrouille de drones survole la zone. Les capteurs thermiques balayent la rue. Kovacs retient sa respiration. Il se plaque dans une flaque d'eau noire. Le froid de l'asphalte pénètre ses os. Les drones s'éloignent vers le nord. Kovacs se relève. Ses mouvements sont lents. Il ressemble à un automate rouillé. Mia le guide vers une bouche d'égout. Elle soulève la plaque avec un levier. L'odeur de soufre est insupportable. Ils descendent dans les entrailles du Secteur 4. L'eau acide ruisselle sur les parois de béton. Kovacs s'adosse à un tuyau de vapeur. Il glisse jusqu'au sol. Sa main tremble. Il sort un paquet de cigarettes froissé. Il en allume une avec un briquet jetable. La fumée est âcre. Elle calme les spasmes de son diaphragme. Il regarde Mia. Elle vérifie l'état de ses sondes thermiques. Elle est intacte. Le chiffre sur sa lentille passe à 5 %. Le rouge est fixe. La pompe cardiaque ne siffle plus. Elle gémit. Kovacs ferme son œil organique. Il ne reste que la vision numérique fêlée. Le monde est une grille de données corrompues. Il a les codes. Il a survécu à la tour. Les témoins sont des cendres dans le vent acide. Il tire une dernière bouffée. La cendre tombe dans l'eau sale. Il sent le courant faiblir dans ses membres. Ses muscles ne répondent plus. Il est une carcasse de chrome dans une fosse de béton. Mais il respire encore. La pluie continue de tomber sur la ville. Elle ronge tout. Elle nettoie tout. Kovacs range son arme. Le métal piqué par l'acide brille faiblement. Il attend le prochain cycle. Il est encore en vie.
Fusianima
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Marcus V

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La pluie tombe à la verticale. Le capteur sur le poignet de Kovacs indique un pH de 3. L'acide ronge la peinture des barils de stockage. Une vapeur jaune s'élève du bitume. Kovacs descend de son véhicule. Ses bottes écrasent une flaque de boue industrielle. Le cuir grince. Son bras gauche pend contr...

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