Saigne le Réseau

Par Marcus V.Mafia

Olympiades. Terminus de la ligne 14. Le béton brut absorbe la lumière des tubes fluorescents. Les dalles de verre au plafond laissent passer une lueur grise. Elias se tient près d'un pilier de soutien. Son trench en cuir lourd pèse sur ses épaules. La cicatrice sur sa mâchoire tire. Sa peau a la cou...

Terminus

Olympiades. Terminus de la ligne 14. Le béton brut absorbe la lumière des tubes fluorescents. Les dalles de verre au plafond laissent passer une lueur grise. Elias se tient près d'un pilier de soutien. Son trench en cuir lourd pèse sur ses épaules. La cicatrice sur sa mâchoire tire. Sa peau a la couleur du zinc. Il ne sent pas le froid du sous-sol. Ses doigts gantés de cuir fin touchent la crosse du Colt .45. Le métal est froid. L'arme est une extension de son bras droit. Il regarde le panneau d'affichage. 23h44. Le prochain train arrive dans deux minutes. Le tunnel aspire l'air de la station. Une odeur de ferraille et de gomme brûlée remplit ses poumons. Elias expire lentement. Aucune vapeur ne sort de sa bouche. Son corps reste à la température de la pièce. Il attend. Le Nécromancien occupe la rame de tête. Don Varenne a fourni les détails techniques. Le dealer transporte des fioles de résidu. C'est de l'ectoplasme distillé. La monnaie d'échange du monde d'en bas. Elias vérifie son chargeur une dernière fois. Sept cartouches. Le plomb est chemisé d'argent pur. La culasse claque avec un bruit sec. Le son résonne contre les parois de la voûte. Les rails commencent à chanter. Une vibration basse monte du ballast. Elle traverse les semelles des bottes d'Elias. Le bruit augmente. C'est un grondement mécanique régulier. La rame automatique débouche de l'obscurité du tunnel. Ses phares balayent le quai désert. Elias ne cille pas. Le train ralentit. Les freins grincent sur l'acier. La rame s'immobilise avec une précision informatique. Les portes coulissent. Un sifflement d'air comprimé s'échappe des joints. L'homme sort du wagon. Il est grand. Ses vêtements sont tachés de terre noire. Il porte un sac en bandoulière. Ses mouvements sont saccadés. Il ressemble à une marionnette aux fils emmêlés. C'est le Nécromancien. Ses yeux n'ont pas de pupilles. Juste un voile blanc et opaque. Elias fait trois pas. Ses bottes ne produisent aucun son sur le carrelage. Le dealer lève la tête. Il sent la présence d'Elias. Il ouvre la bouche pour hurler. Aucun son ne sort de sa gorge desséchée. Elias sort le .45 de son holster d'épaule. Le mouvement est fluide. Il est mécanique. Il aligne les organes de visée. Le point de mire se pose sur le sternum du dealer. Elias presse la détente. La première balle de plomb argenté quitte le canon. La flamme de départ éclaire le quai. Le recul secoue le poignet d'Elias. Il absorbe le choc avec son épaule. Le projectile percute la poitrine. Le tissu du manteau explose. L'argent brûle la chair morte. Le Nécromancien est projeté en arrière. Il frappe la paroi du wagon en inox. Elias ne s'arrête pas. Il corrige sa visée. Il tire une seconde fois. La balle traverse la gorge. Elle sectionne les vertèbres cervicales. La tête du dealer bascule. Le corps glisse le long de la carrosserie. Il finit par s'effondrer sur le ballast. Il gît entre le quai et le train. Le sac en toile s'ouvre dans la chute. Des fioles se brisent sur les cailloux. Un liquide visqueux et pâle se répand. L'odeur de soufre remplace celle de la gomme. Le silence revient dans la station. Puis, un craquement sourd résonne dans le tunnel. Une décharge de haute tension parcourt les rails. Des étincelles bleues jaillissent des frotteurs de la rame. Elias observe le phénomène. Le flux de courant vacille. Les tubes fluorescents du plafond grésillent. Ils s'éteignent les uns après les autres. Le ronronnement des moteurs s'arrête. Le système de ventilation meurt. La tension chute à zéro. Le réseau s'enfonce dans l'obscurité totale. Elias range son arme. Il reste immobile dans le noir. Il écoute le silence de la ville souterraine. La Trêve du Rail est terminée. Le sang noir du Nécromancien s'infiltre dans le sol. Les circuits sont coupés. La guerre commence maintenant. Elias se dirige vers la sortie de secours. Ses pas sont les seuls bruits dans la station morte.

La Trêve Rompue

Le noir pèse sur les épaules d'Elias. Le silence sature le tunnel de la ligne 14. Les rails ne vibrent plus. Le flux de haute tension est mort. Elias marche sur le ballast. Les pierres crissent sous ses semelles lourdes. L'air est épais. Une odeur de soufre et de poussière stagne. Elias s'arrête près d'un pilier en béton. Il observe les ténèbres devant lui. Des formes bougent dans l'ombre. Ce ne sont pas des rats. Les spectres sortent des parois. Ils glissent sur le métal froid des rails. La vapeur grise s'échappe des grilles d'aération. Les morts sentent le sang du Nécromancien. La Trêve du Rail est un souvenir. Une forme se détache du mur. Elle ressemble à une silhouette humaine déformée. Ses membres sont trop longs. Elle n'a pas de visage. Le spectre s'approche d'Elias. La température chute brusquement. Elias sent le froid mordre sa peau. Il ne recule pas. Il sort son briquet en métal. La flamme danse un instant. Le spectre recule devant la chaleur. Elias range le briquet. Il doit voir le Don. Le réseau appartient aux morts maintenant. Les vivants sont des intrus dans ce tombeau de béton. Elias cherche la sortie de secours 402. Il trouve la porte en fer. Il tourne la poignée rouillée. Le métal hurle dans le silence. Elias monte les marches en colimaçon. Il débouche dans une cave du treizième arrondissement. L'endroit sert de quartier général à la Famille. L'air sent le tabac froid et la graisse de moteur. Deux gardes surveillent l'entrée. Ils portent des fusils à pompe. Leurs visages sont fermés. Ils s'effacent devant Elias. Il traverse une pièce remplie de moniteurs éteints. Au centre, Don Varenne attend dans son fauteuil roulant. Le vieil homme est immobile. Un tuyau en plastique sort de son cou. Il est relié à une batterie de forte puissance. Le liquide dans le tube est sombre. Varenne tourne la tête lentement. Ses yeux sont vitreux. "Le courant ne passe plus," dit Varenne. Sa voix est un râle mécanique. Elias s'arrête à deux mètres du fauteuil. Il garde les mains dans les poches de son trench. "Le Nécromancien est au tapis," répond Elias. Varenne hoche la tête. Ses doigts jaunis tapotent l'accoudoir. "Les spectres occupent les sous-stations. Ils bloquent les transformateurs de Tolbiac. Le réseau saigne son énergie dans le vide." Varenne crache dans un mouchoir. Le sang est noir comme de l'huile de vidange. "La ville va mourir de froid. La Famille perd des millions par heure." Le vieux pointe un doigt vers Elias. "Purge les tunnels. Reprends le contrôle des câbles." Elias regarde les mains du Don. Elles tremblent. "Ils sont nombreux," dit Elias. Varenne sort une clé de sa poche. Il la pose sur la table en métal. "Ouvre l'armurerie du secteur sud. Prends les munitions spéciales. Pas de quartier. Pas de survivants chez les ombres." Elias prend la clé. Le métal est chaud. Il quitte la pièce sans un mot. Il descend vers le sous-sol technique. L'armurerie est une pièce aveugle derrière une porte blindée. Elias entre et allume une lampe de poche. Les râteliers sont pleins. Il ignore les fusils d'assaut. Il préfère son calibre .45. Il pose l'arme sur un établi. Il démonte le pistolet avec des gestes précis. Il nettoie la culasse avec un chiffon imbibé d'huile. Il vérifie le ressort récupérateur. Chaque mouvement est automatique. Elias ne pense à rien. Il est une extension de la machine. Il ouvre une caisse en bois scellée à la cire. À l'intérieur, les balles brillent. Elles sont coulées dans un alliage d'argent et de plomb. Des runes sont gravées sur les ogives. Elias remplit ses chargeurs. Il en prend huit. Il les glisse dans les poches intérieures de son trench. Il vérifie son cran d'arrêt. La lame de quinze centimètres est parfaitement affûtée. Elias sort une petite fiole de sa poche. Elle contient de l'ectoplasme purifié. Le liquide émet une faible lueur bleutée. Elias boit le contenu d'un trait. Un goût de cuivre envahit sa bouche. Ses sens s'aiguisent instantanément. Ses tremblements s'arrêtent. Il voit mieux dans l'obscurité. Sa peau devient encore plus grise. Il est prêt pour la chasse. Il quitte l'armurerie et retourne vers la trappe du métro. Les gardes ne le regardent pas. Ils craignent l'odeur qui émane de lui. Elias est un prédateur. Il redescend dans les entrailles de Paris. Le tunnel est une gorge noire. Elias marche sur la piste de marchepied. Il évite le ballast pour ne pas faire de bruit. Il arrive à la jonction de la Maison-Blanche. Les spectres sont là. Ils sont des dizaines. Ils s'agglutinent autour d'un sectionneur de voie. Ils aspirent le reste d'énergie des câbles. Elias sort son .45. Il arme le chien. Le clic métallique résonne contre les parois. Les spectres se tournent vers lui. Leurs orbites vides brillent d'une lueur malveillante. Ils poussent un cri inaudible pour l'oreille humaine. Elias ressent une pression dans son crâne. Il presse la détente. La première balle frappe un spectre au centre de la poitrine. L'argent brûle la matière éthérée. L'ombre explose dans une gerbe d'étincelles blanches. Elias tire encore. Deux fois. Trois fois. Le recul de l'arme est sec. Il maîtrise chaque secousse. Les spectres se jettent sur lui. Elias pivote. Il tire dans la tête d'une forme rampante. La cible se dissipe dans l'air. Il range son arme et sort son cran d'arrêt. Un spectre tente de le saisir à la gorge. Elias tranche le bras immatériel. La lame gravée coupe le vide comme de la chair. Le spectre hurle et s'évapore. Elias avance vers la sous-station. Il recharge son arme en marchant. Les douilles vides tintent sur le sol. Il ne s'arrête pas. Le sang noir du Nécromancien a ouvert une brèche. Les morts veulent le monopole du courant. Ils veulent transformer la ville en nécropole. Elias est le verrou. Il arrive devant le transformateur principal. Une masse de brume noire entoure l'appareil. C'est le Sans-Visage. L'entité porte un vieil uniforme de la RATP. Ses mains sont des griffes de fumée. Elias s'arrête à cinq mètres. Il lève son arme. Son bras est stable. "Dégage du rail," dit Elias. Sa voix est plate. Le Sans-Visage ne répond pas. Il lève une main. Une décharge de tension résiduelle frappe le sol près d'Elias. Des éclats de béton volent. Elias tire trois balles. Les projectiles traversent la brume sans effet. Le Sans-Visage rit. Le son ressemble à un court-circuit. Elias range son pistolet. Il sort une grenade à fragmentation chargée de sel et d'argent. Il dégoupille l'engin. Il le lance au cœur de la brume. L'explosion est sourde. Une onde de choc blanche balaie le tunnel. La brume se déchire. Le Sans-Visage recule. Sa forme est instable. Elias profite de l'ouverture. Il court vers le levier de réarmement. Il tire sur la poignée en acier. Le mécanisme résiste. Elias force. Ses muscles se tendent sous son trench. Un craquement retentit. Le levier bascule. Un bourdonnement sourd emplit l'espace. Le courant revient dans les câbles de traction. La haute tension sature l'air. Les spectres hurlent de douleur. La lumière des tubes fluorescents revient par vagues. Elle est crue. Elle est violente. Les ombres brûlent sous l'éclat des lampes. Elias se plaque contre le mur. Le flux d'énergie est trop fort. Des arcs bleus sautent entre les rails. Le Sans-Visage disparaît dans un dernier cri. Le tunnel redevient un couloir de béton et d'acier. Le ronronnement des ventilateurs reprend. Le réseau respire à nouveau. Elias ramasse ses chargeurs vides. Il essuie la sueur sur son front. Sa cicatrice le brûle. La purge ne fait que commencer. Il y a des kilomètres de tunnels à nettoyer. La Famille veut son monopole. Les morts veulent leur dû. Elias marche vers la station suivante. La guerre est déclarée. Le sang coulera sur le ballast jusqu'à l'aube.

Zone d'Ombre

Elias tire la poignée de la trappe. Le métal rouillé résiste. Il pèse de tout son poids. Le verrou cède dans un claquement sec. Une bouffée d'air chaud remonte du puits. L'odeur de cuivre brûlé et de soufre agresse ses narines. Il descend l'échelle de fer. Ses bottes de cuir frappent les barreaux. Le son résonne contre les parois de béton. Il atteint le premier palier. La lumière de sa lampe torche découpe l'obscurité. Les murs sont suintants. Des câbles de forte section courent le long de la voûte. Ils vibrent sous la tension. Il descend encore dix mètres. Le sol du tunnel de service est jonché de débris. Des morceaux de ballast. Des isolateurs en céramique brisés. Elias stabilise sa respiration. Sa cicatrice le lance. La brûlure tire sur sa mâchoire. Il sort une fiole de sa poche intérieure. Le liquide translucide brille faiblement. Il avale le contenu d'un trait. Le goût de fer froid envahit sa bouche. Ses tremblements s'arrêtent instantanément. Ses sens s'aiguisent. Il perçoit le ronronnement des transformateurs lointains. Il progresse vers la zone d'ombre. C'est un couloir technique désaffecté. Le plan de la RATP indique une impasse. La Famille sait que c'est un point de passage. Elias sort son Colt .45. Il vérifie la chambre. La balle à pointe d'argent est en place. Il arme le chien. Le clic est le seul bruit dans le tunnel. La température chute brusquement. Sa buée forme un nuage compact devant ses yeux. Le froid n'est pas climatique. Il est métaphysique. Une forme se détache du mur. Elle n'a pas de contour précis. C'est une masse de fumée noire plus dense que la nuit. Elias ne recule pas. Il range sa lampe. Il sort son couteau de combat. La lame est longue de vingt centimètres. L'acier est gravé de runes de contention. Un deuxième spectre apparaît derrière lui. Puis un troisième. La meute se referme. Ils ne respirent pas. Ils ne font aucun bruit de pas. Seul un sifflement basse fréquence sature l'air. Le premier spectre charge. Elias pivote sur sa jambe gauche. Il esquive la main vaporeuse. Il frappe de bas en haut. La lame rencontre une résistance visqueuse. Le spectre pousse un cri inaudible. Une déchirure argentée apparaît dans la brume noire. Du sang métallique gicle sur le béton. Le liquide brille comme du mercure. Elias ne s'arrête pas. Il effectue une rotation complète. Il tranche le bras d'un deuxième assaillant. Le membre se dissipe en particules de cendre froide. Le troisième spectre tente de le saisir à la gorge. Elias sent le froid traverser son trench. Ses muscles s'engourdissent. Il plaque son pistolet contre le torse de l'entité. Il presse la détente. L'amorce explose. La détonation est assourdissante dans l'espace confiné. La balle d'argent traverse le spectre. Elle termine sa course dans le mur de béton. L'entité explose en une pluie de sang argenté. Les gouttes tachent le visage d'Elias. Elles brûlent sa peau comme de l'acide. Il essuie son front d'un revers de manche. Deux autres spectres sortent des conduits de ventilation. Ils sont plus grands. Leurs doigts se terminent par des griffes de fumée solide. Elias change de chargeur. Ses mouvements sont mécaniques. Il insère le nouveau magasin. Il libère la culasse. Il tire deux fois. Les projectiles atteignent leur cible. Les spectres reculent mais ne disparaissent pas. Ils se nourrissent du courant qui circule dans les câbles au-dessus d'eux. Elias repère le boîtier de dérivation. Il tire une balle dans le cadenas. Il arrache le couvercle. Des rangées de fusibles massifs sont alignées. Il sectionne les câbles d'alimentation avec son couteau. Un arc jaunit l'air. Le bruit est celui d'un coup de fouet. La lumière dans le tunnel s'éteint. Le bourdonnement des transformateurs s'arrête. Les spectres poussent un hurlement de douleur. Sans l'énergie du réseau, leurs formes perdent en densité. Ils deviennent translucides. Elias passe à l'offensive. Il utilise son couteau comme un scalpel. Il découpe les ombres. Il vise les noyaux d'énergie au centre de leurs poitrines. Chaque coup libère une gerbe de sang argenté. Le sol du tunnel devient une mare de métal liquide. Les spectres s'effondrent les uns après les autres. Ils se dissolvent dans le ballast. Le silence revient. Elias reste immobile. Il écoute. Ses oreilles sifflent à cause des tirs. Il ramasse les douilles vides. Il ne laisse aucune trace de son passage. Il examine son trench. Le cuir est lacéré à l'épaule. Il sent le froid mordre sa chair. Il ignore la douleur. Il sort un chiffon de sa poche. Il nettoie la lame de son couteau. Le sang argenté est difficile à enlever. Il frotte jusqu'à ce que l'acier brille à nouveau. Il range l'arme dans son fourreau dorsal. Il consulte sa montre. L'opération a duré quatre minutes. La purge est efficace. Il sort un émetteur radio de sa ceinture. Il appuie sur le bouton latéral. Deux pressions brèves. C'est le signal pour la suite. La Famille va envoyer les nettoyeurs pour sceller le secteur. Elias doit rejoindre la station suivante par les voies de service. Il marche sur les rails de traction. Ses bottes écrasent les résidus de spectres. Le mercure craque sous ses pas. Le tunnel s'élargit. Il arrive à une intersection. À gauche, la ligne 14. À droite, les ateliers de maintenance. Il choisit la droite. Il évite les caméras de surveillance. Il connaît les angles morts. Il se déplace comme une ombre parmi les ombres. Il croise un rat mort sur le ballast. L'animal est couvert de givre. Elias ne s'arrête pas. Il atteint une porte blindée. Il tape un code sur le clavier numérique. Le mécanisme s'enclenche. Il entre dans une salle de contrôle secondaire. Les écrans sont éteints. La poussière recouvre les consoles. C'est ici que le Sans-Visage a été vu pour la dernière fois. Elias sent une présence. Ce n'est pas un spectre ordinaire. L'air devient lourd. La pression atmosphérique augmente. Ses tympans lui font mal. Il sort son Colt. Il ne l'épaule pas. Il le garde au niveau de la hanche. Une voix résonne dans les haut-parleurs débranchés. C'est un grincement métallique. Elias ne comprend pas les mots. Il comprend l'intention. C'est une menace. Il tire une balle dans le moniteur principal. L'écran implose. La voix s'arrête. Elias avance vers le fond de la pièce. Une trappe mène aux niveaux inférieurs. Les niveaux interdits. Là où le courant est le plus pur. Là où les morts construisent leur ville. Il descend l'escalier en colimaçon. Les marches sont en fonte. Elles vibrent. Le bruit vient d'en bas. Un martèlement rythmique. Comme un cœur géant. Elias atteint le dernier niveau. La voûte est immense. Des piliers de briques soutiennent le plafond. Au centre de la pièce, une sous-station massive. Des arcs de haute tension sautent entre les bobines. L'air est saturé d'ions. Ses poils se hérissent sur ses bras. Il voit le Sans-Visage. L'entité se tient devant le transformateur principal. Elle porte l'uniforme bleu sombre des anciens agents. Le visage est un trou noir. Pas d'yeux. Pas de bouche. Juste un vide qui aspire la lumière. Le Sans-Visage lève une main. Les câbles au plafond se détachent. Ils tombent comme des serpents de cuivre. Ils fouettent l'air. Elias plonge derrière un pilier. Un câble frappe le béton à quelques centimètres de lui. Des étincelles jaillissent. Elias sort une grenade à fragmentation de sa poche. Il dégoupille. Il attend deux secondes. Il lance l'engin vers le transformateur. L'explosion secoue la structure. L'huile de refroidissement se répand sur le sol. Elle s'enflamme instantanément. Les flammes sont bleues. Le Sans-Visage recule. Le feu perturbe son champ d'énergie. Elias sort de sa cachette. Il vide son chargeur sur l'entité. Chaque balle à pointe d'argent provoque une petite explosion de lumière blanche. Le Sans-Visage s'évapore lentement. Il ne meurt pas. Il se replie dans les profondeurs du réseau. Elias sait qu'il reviendra. La guerre ne se gagne pas en une nuit. Il regarde l'incendie consumer la sous-station. Le secteur va tomber en panne. Des milliers d'usagers vont rester bloqués dans les rames. La Famille s'en moque. Le monopole du courant est à ce prix. Elias remonte vers la surface. Il utilise une sortie de secours débouchant dans une ruelle sombre derrière l'Olympiade. Il referme la porte de fer. Il verrouille le cadenas. La pluie tombe toujours. Elle lave le sang argenté sur ses mains. Il marche vers le boulevard. Il se fond dans la foule des noctambules. Il n'est qu'un homme en trench noir parmi d'autres. Son rapport est prêt. La zone d'ombre est nettoyée. Pour l'instant.

La Câbleuse

Elias descend l'échelle de service. Le métal froid mord sa paume. Il atteint le palier inférieur. L'air sent le soufre et le plastique calciné. Il marche sur le béton brut. Ses bottes ne font aucun bruit. Il connaît ce chemin. Le poste de redressement se trouve derrière la double porte. Les murs vibrent sous la tension. Un bourdonnement sourd remplit l'espace. C'est le son du réseau. Elias vérifie son arme. Le chargeur est plein. Les balles d'argent pèsent lourd. Il pousse le battant. La pièce est vaste. Des armoires électriques s'alignent contre les parois. Des câbles de forte section pendent du plafond. Ils ressemblent à des entrailles noires. Au centre, un transformateur gît ouvert. Des pièces de cuivre jonchent le sol. Une femme est agenouillée devant la machine. C'est Léa. On l'appelle la Câbleuse. Elle porte un bleu de travail maculé de graisse. Ses lunettes de protection reflètent la lumière des lampes de secours. Elle ne se retourne pas. Elle manipule un fer à souder. Une fumée âcre s'élève. Elias s'arrête à trois mètres. Il observe ses mains. Elles sont couvertes de cicatrices de brûlures. Des marques de court-circuit. Léa dépose son outil. Elle retire ses gants épais. Elle se lève lentement. Elle est petite. Ses cheveux sont rasés sur les côtés. Elle essuie son front avec son avant-bras. Elle voit Elias. Elle ne montre aucune surprise. Elle ne montre aucune peur. Elle regarde la cicatrice sur la mâchoire de l'homme. Elle connaît ce genre de blessure. Elias parle le premier. Sa voix est un râle sec. Il nomme Don Varenne. Il mentionne la panne du secteur Olympiades. Il parle de la rupture de la Trêve. Léa crache par terre. La salive frappe le ciment. Elle ramasse une clé à molette. Elle la serre contre sa cuisse. Elle refuse. Elle ne travaille plus pour la Famille. Elle répare les dégâts des spectres. Elle ne veut pas participer à une purge. Elle veut juste que le courant circule. Elle se tourne vers le transformateur. Elle lui tourne le dos. Elias avance. Son trench en cuir frotte contre ses jambes. Il réduit la distance. Il sent l'odeur de la sueur et de l'étain. Il pose une main sur l'épaule de la femme. Léa se raidit. Elle tente un mouvement circulaire avec sa clé. Elias bloque le coup. Il saisit son poignet. Il exerce une pression sur le nerf. La clé tombe. Le métal résonne sur le sol. Elias plaque Léa contre l'armoire électrique. Le choc fait vibrer les disjoncteurs. Il sort son cran d'arrêt. La lame jaillit avec un déclic mécanique. Il place la pointe sous la mâchoire de Léa. Juste sur la carotide. La peau de la femme est chaude. Son pouls est rapide. Elias ne cille pas. Ses yeux sont des billes de verre gris. Il répète l'ordre. La Famille a besoin d'un guide. Les tunnels sous la station sont piégés par l'énergie noire. Seule une Câbleuse peut voir les flux. Seule une Câbleuse peut ouvrir les vannes. Léa fixe Elias. Elle voit le tremblement léger de ses doigts. Elle comprend. Il est en manque d'ectoplasme. C'est un homme mort qui marche. Elle regarde la lame. L'acier presse la chair. Une goutte de sang perle. Elle coule le long du cou de la femme. Léa ferme les yeux une seconde. Elle inspire l'air chargé d'ions. Elle cède. Elle hoche la tête. Elias retire son couteau. Il ne s'excuse pas. Il range l'arme dans sa poche. Léa ramasse ses outils. Elle range le fer à souder dans une sacoche en toile. Elle enfile une veste renforcée. Elle vérifie ses testeurs de tension. Elle prend une lampe torche de forte puissance. Elle ne regarde plus Elias. Elle se dirige vers la porte du fond. Celle qui mène aux boyaux techniques. Elle déverrouille le loquet de sécurité. Un courant d'air glacé s'engouffre dans la pièce. L'odeur de la mort remonte des profondeurs. Elias ajuste son trench. Il sent le vide dans ses veines. Il a besoin de finir cette mission. Il a besoin de sa dose. Il suit la femme dans le couloir sombre. Les murs sont suintants. L'humidité sature l'atmosphère. Léa allume sa torche. Le faisceau découpe l'obscurité. Des glyphes de sang séché apparaissent sur les briques. Les marques du Sans-Visage. Léa s'arrête devant un boîtier de dérivation. Elle pose sa main sur le couvercle. Elle écoute le passage des électrons. Elle indique une direction. Le tunnel de service numéro douze. Il descend vers la sous-station enterrée. C'est là que le cœur du réseau bat. C'est là que les spectres se nourrissent. Elias sort son calibre .45. Il arme le chien. Le bruit métallique est net. Il fait signe à Léa de marcher devant. Elle obéit. Ses bottes écrasent des débris de verre. Le silence revient dans le poste de redressement. Seul le transformateur éventré continue de grésiller. Ils s'enfoncent dans les entrailles de Paris. Les rails de la ligne 14 sont loin au-dessus. Ici, le courant est brut. Il est dangereux. Léa s'arrête tous les dix mètres. Elle vérifie les champs magnétiques. Elle évite les zones de stagnation. Elias reste dans son ombre. Il surveille les recoins. Il guette le moindre mouvement de brume. Le Sans-Visage n'est jamais loin des sources de haute tension. Léa s'accroupit. Elle pointe sa lampe vers le sol. Le ballast est recouvert d'une substance visqueuse. C'est du résidu ectoplasmique. Elias s'approche. Il observe la traînée. Elle mène vers le répartiteur principal. La Câbleuse sort un multimètre. Elle branche les pointes de touche sur un rail de masse. L'écran s'affole. Les chiffres défilent. La tension monte sans raison physique. Le réseau saigne. Elias serre la crosse de son arme. La sueur coule sur sa cicatrice. Elle le brûle. Il regarde Léa. Elle manipule des câbles avec une précision chirurgicale. Elle tente de dévier le flux. Elle veut protéger les transformateurs de surface. Si le répartiteur explose, le quartier entier sombre dans le noir. La Famille perdrait son monopole. Elias ne peut pas laisser faire ça. Il ordonne à Léa de continuer. Ils atteignent une grille circulaire. Elle donne sur le puits de ventilation. L'air est plus vif ici. On entend le grondement lointain d'une rame automatique. Le métro circule encore. Pour combien de temps. Léa force le verrou avec un tournevis. La grille pivote sur ses gonds rouillés. Ils pénètrent dans la salle des machines. Des turbines massives tournent à plein régime. La chaleur est étouffante. Au centre de la pièce, une forme stagne. Une masse de fumée noire. Elle entoure le sectionneur principal. Le Sans-Visage est là. Il ne possède pas de traits. Juste une silhouette d'uniforme ancien. Il absorbe l'énergie des câbles. Des arcs électriques jaillissent de ses mains immatérielles. Léa recule. Elle range ses outils. Elle a fait son travail. Elle a guidé l'exécuteur. Elias se place devant elle. Il lève son arme. Il vise le centre de la masse sombre. Il ne ressent aucune émotion. Il exécute une procédure. Il appuie sur la détente. Le coup de feu déchire le vacarme des turbines. La balle d'argent traverse la brume. Une décharge de lumière blanche illumine la salle. Le Sans-Visage pousse un cri inaudible. Il se tord. L'énergie noire se dissipe violemment. Léa se plaque contre le mur. Elle protège son visage. Des éclats de porcelaine volent. Un isolateur vient d'éclater. Elias ne bouge pas. Il tire une deuxième fois. Puis une troisième. Il vide son chargeur avec une régularité mécanique. Chaque impact affaiblit l'entité. La brume s'effiloche. Elle s'évapore par les conduits d'aération. Le calme revient. Le bourdonnement des machines reprend un rythme normal. Elias recharge son arme. Ses mains ne tremblent plus. L'adrénaline remplace l'ectoplasme pour un instant. Il regarde Léa. Elle se relève. Elle ramasse sa sacoche. Elle a une coupure sur la joue. Elle ne dit rien. Elle sait que la Trêve est morte. Elle sait que la guerre ne fait que commencer. Elle se dirige vers la sortie de secours. Elias la suit. Le rapport de mission est presque complet. Le réseau est sous contrôle. Le sang sur le ballast est déjà sec.

Ampérage Mortel

Elias marche sur le ballast. Les pierres crissent sous ses semelles. Léa suit à trois mètres. Elle tient sa sacoche contre elle. L'air sent le fer et la graisse froide. Les murs du tunnel suintent. L'eau noire coule le long des briques. La lampe torche balaie les rails. Le faisceau accroche des rats morts. Leurs yeux brillent une dernière fois. Le silence est lourd. Il pèse sur les tympans. Elias vérifie son arme. Le métal est froid. Le chargeur s'enclenche avec un clic sec. Sept cartouches. Pointes creuses. Noyau d'argent. Il ajuste son trench. Le cuir grince. Léa sort un tournevis testeur. La pointe s'allume instantanément. Le courant circule partout. Les parois sont conductrices. La tension monte dans les câbles de traction. Un bourdonnement sourd monte du sol. Les rails vibrent. Le bruit change de fréquence. Il devient un sifflement aigu. Elias s'arrête. Il pose une main sur la paroi. Le béton tremble. Léa consulte son cadran de contrôle. L'aiguille frappe la butée. Le rouge domine le cadran. Les transformateurs de la sous-station hurlent. La surcharge arrive. Elle remonte le réseau depuis Châtelet. Un isolateur explose au plafond. La porcelaine cingle le visage d'Elias. Il ne cille pas. Une entaille s'ouvre sur sa joue. Le sang coule. Il est visqueux. Un câble de cuivre se détache. Il tombe comme un fouet. Le métal frappe le rail. Un arc bleuté déchire l'obscurité. L'odeur de brûlé sature l'espace. Elias bascule en arrière. Le câble rate sa gorge de deux centimètres. Le cuivre fouette l'air. Il frappe le mur de briques. Des étincelles jaillissent. Elles brûlent le cuir du trench d'Elias. Il roule sur le côté. Il évite un deuxième câble. Le métal siffle à ses oreilles. La chaleur est intense. Elle dessèche la gorge. Léa est plaquée au sol. Elle protège sa tête avec ses mains. Elle rampe vers une niche de sécurité. Les lampes de secours éclatent une par une. Le verre tombe sur le sol. Le noir devient total. Seule la lampe d'Elias perce le vide. Le faisceau est étroit. Il révèle la poussière en suspension. La poussière danse dans la lumière. Le courant cherche une terre. Il parcourt les structures métalliques. Elias sent ses poils se hérisser. Sa cicatrice le brûle. Une forme se dessine dans la fumée. Elle se tient sur la voie opposée. Elle porte l'uniforme de la RATP des années trente. Le tissu est fait de cendres. Le Sans-Visage n'a pas de traits. Sa tête bascule en arrière. La mâchoire s'étire. Les dents sont des ombres. Il rit. Aucun bruit ne franchit ses lèvres. C'est une convulsion visuelle. Ses épaules tressautent. Elias pointe son canon. Il vise le centre de la brume. Le Sans-Visage ne bouge pas. Il observe le chaos. Un troisième câble rompt. Il frappe le ballast entre Elias et l'entité. La pierre vole en éclats. La décharge est massive. Le sol tremble sous l'impact. Elias garde son doigt sur la détente. Il attend une ouverture. Le Sans-Visage pointe un doigt vers le plafond. Le geste est lent. Il est méprisant. Une nouvelle vague de tension traverse les câbles. Les fixations lâchent en série. C'est un jeu de dominos. Le cuivre tombe en cascade. Elias doit bouger. Il sprinte vers la niche de Léa. Ses bottes frappent le métal. Il saute par-dessus un arc de courant. Il s'écrase contre le béton de la niche. Léa se serre contre lui. L'espace est étroit. L'odeur de sueur se mélange à celle de l'ozone interdit. Elias respire par la bouche. Ses poumons brûlent. Dehors, le tunnel est un abattoir de métal et de lumière. Les câbles continuent de fouetter les parois. Ils arrachent des morceaux de briques. Le Sans-Visage avance sur les rails. Il marche au milieu des arcs. Le courant ne le touche pas. Il glisse sur sa surface de brume. Il s'arrête devant la niche. Sa tête se penche sur le côté. Il regarde Elias. Elias voit le vide derrière l'uniforme. Il n'y a rien. Juste une faim ancienne. Une haine pour ceux qui respirent. L'entité ouvre de nouveau la bouche. Le rire silencieux continue. C'est une insulte à la physique. Elias lève son arme. Il tire. La balle d'argent traverse la brume. Elle frappe le mur derrière. Le Sans-Visage ne réagit pas. Il n'est pas totalement là. Il utilise le réseau comme un projecteur. Il est une image alimentée par des milliers de volts. Léa attrape le bras d'Elias. Elle pointe un boîtier de dérivation. Il est à deux mètres. C'est le centre nerveux de la section. Si le boîtier saute, le courant s'arrête. Elias comprend. Il regarde les câbles qui barrent la route. Ils bougent encore. Ils sont des serpents de cuivre en colère. Il doit sortir de la niche. Elias prend une inspiration profonde. Il range son arme. Il a besoin de ses deux mains. Il observe le rythme des câbles. C'est une mécanique. Il y a un intervalle de deux secondes entre chaque battement. Il compte. Un. Deux. Il s'élance. Il glisse sur le ballast humide. Un câble frôle son épaule. Il sent la chaleur sur sa peau. Il atteint le boîtier. Le métal est brûlant. Elias utilise la crosse de son .45. Il frappe le cadenas. Le fer cède au deuxième coup. Il arrache le couvercle. L'intérieur est un nid de fils rouges et noirs. Il cherche le disjoncteur principal. Ses doigts frôlent les composants. Il ne doit pas toucher le cuivre nu. Le Sans-Visage se rapproche. Il lève une main. La brume s'épaissit. Elle devient solide. Elle forme une lame de fumée noire. L'entité frappe. Elias plonge. La lame entaille le boîtier de dérivation. Des étincelles jaillissent. Le système court-circuite. Une explosion de lumière blanche aveugle Elias. Il est projeté contre le rail. Le silence revient brusquement. Les câbles retombent sur le sol. Ils sont inertes. Le bourdonnement a cessé. L'obscurité est totale. Elias crache du sang. Il tâtonne pour retrouver sa lampe. Il l'allume. Le faisceau est faible. Il balaie le tunnel. Le Sans-Visage a disparu. Il ne reste que la fumée et l'odeur de métal fondu. Léa sort de la niche. Elle boîte légèrement. Elle s'approche d'Elias. Elle examine sa joue. La plaie est nette. Elle ne dit rien. Elle ouvre sa sacoche. Elle sort un rouleau de ruban adhésif technique. Elle répare provisoirement un câble sectionné. Le travail est sa seule réponse. Elias se relève. Il ramasse son arme. Il regarde le tunnel sombre. Le réseau est une bête blessée. Elle saigne du courant. Le Sans-Visage est quelque part dans les câbles. Il attend la prochaine surcharge. Il attend que la ville s'endorme pour frapper à nouveau. Elias recharge son .45. Il insère une nouvelle cartouche d'argent. Le clic est le seul son dans le vide. Ils reprennent la marche. Le ballast crisse encore. Les rats sont toujours là. Ils attendent leur tour. Elias ne regarde plus derrière lui. Il connaît le chemin. La ligne 14 est un circuit fermé. La sortie est loin. La guerre est ici. Le sang sur le béton commence à geler. Elias serre la crosse de son arme. Il est prêt pour la suite.

Le Manque

Elias s'arrête. Ses bottes s'enfoncent dans le ballast meuble. Le métal des rails luit sous les lampes de secours. Le silence pèse sur ses épaules. Léa continue de marcher. Elle ne remarque pas l'arrêt. Elle compte les traverses. C’est sa méthode pour garder la raison. Elias lâche son arme. Le .45 percute le béton de la banquette. Le son est sourd. Il résonne contre les parois de la voûte. Le bras gauche d'Elias s'agite. Un spasme sec remonte du poignet au coude. Puis le droit. Les muscles se nouent sous le cuir du trench. La sueur coule sur sa cicatrice. Elle pique la chair brûlée de sa mâchoire. Elias respire par la bouche. L'air est chargé de poussière de frein et de graisse rance. Ses poumons brûlent. Le froid vient de l'intérieur. Ce n'est pas la température du tunnel. C'est le vide. Il fouille sa poche intérieure. Ses doigts heurtent le verre. Il sort la fiole. Elle est légère. Trop légère. Il la porte à ses yeux. Le liquide bleuâtre a disparu. Il reste une trace sèche au fond. Une croûte de lumière morte. Elias serre le flacon. Le verre craque sous la pression. Il ne casse pas encore. Ses dents claquent. Le manque est un étau. Il broie les os. Il tord les nerfs. Elias s'appuie contre la paroi. Le béton suinte une eau noire. Il regarde ses mains. Elles ne lui appartiennent plus. Elles dansent un rythme désordonné. Sa vision se trouble. Les câbles sur les murs deviennent des serpents. Ils ondulent sous la gaine de caoutchouc. Le flux de haute tension ronronne derrière la brique. Elias entend le chant du courant. C’est un appel. Son sang réclame sa dose. Il regarde le tunnel sombre. Les ombres bougent. Elles ne sont pas naturelles. Une forme stagne près d'une armoire de signalisation. C'est un traînard. Un spectre de basse classe. Il se nourrit des fuites de terre. Il lèche le métal oxydé d'un boîtier de dérivation. La créature est translucide. Elle ressemble à de la fumée de cigarette figée dans l'air. Elle n'a pas de visage. Juste une fente verticale qui aspire l'énergie résiduelle. Elias ramasse son arme. Ses mouvements sont hachés. Il ressemble à un automate détraqué. Il avance vers l'ombre. Ses bottes ne font aucun bruit sur le ballast. Il connaît la chasse. C’est une procédure. Il contourne un pilier de soutien. Le spectre ne le voit pas. Il est fasciné par le ronflement d'un transformateur. Elias range le .45 dans son holster de hanche. Il sort son couteau de combat. La lame est gravée de sigles froids. L'acier brille d'un éclat terne. Il bondit. Sa main gauche attrape la gorge immatérielle. Le contact brûle comme de la glace vive. Le spectre s'agite. Il n'a pas de poumons pour crier. Il émet un sifflement de vapeur sous pression. Elias plaque la lame contre le torse de l'entité. Il entaille la brume. La résistance est celle d'une toile d'araignée mouillée. Une substance visqueuse s'échappe de la plaie. C'est de l'ectoplasme brut. Elias plaque sa bouche sur l'ouverture. Il aspire. Le goût est métallique. C'est du plomb fondu et de la bile. La substance descend dans sa gorge. Elle est épaisse. Elle colle aux parois de son œsophage. Le choc est immédiat. Une décharge traverse sa colonne vertébrale. Les vertèbres craquent. Les tremblements s'arrêtent net. Les muscles se détendent. La douleur se retire comme une marée basse. La vision d'Elias devient nette. Les contours du tunnel se figent. Les câbles redeviennent des câbles. La sueur sur son front refroidit. Son cœur ralentit. Quarante battements par minute. Le rythme de croisière. Le spectre s'effiloche sous ses doigts. Il se dissout dans les fissures du ballast. Il ne reste qu'une odeur de soufre et de poussière de cuivre. Elias se redresse. Il essuie ses lèvres avec le revers de son gant. La trace noire disparaît sur le cuir. Il range son couteau. Le clic du cran de sûreté est précis. Il récupère son calme. La machine est réparée. Les rouages sont huilés. Il n'y a plus de place pour le doute. Il n'y a plus de place pour la sensation. Elias ramasse son .45. Il vérifie la chambre. Une cartouche à pointe d'argent est engagée. Il remet l'arme au holster. Léa s'est arrêtée cinquante mètres plus loin. Elle regarde un schéma de câblage sur un panneau de maintenance. Elle n'a pas tourné la tête pendant l'exécution. Elle connaît le prix du silence. Elias la rejoint. Son pas est ferme. Son regard est un laser qui perce l'obscurité. Il ne tremble plus. Il ne transpire plus. "On avance", dit-il. Sa voix est un frottement de métal sur du béton. Elle est dénuée d'inflexion. Léa ferme le panneau de maintenance. Elle ajuste ses lunettes de protection sur son front. Elle regarde Elias. Elle voit le changement dans ses pupilles. Elles sont fixes. Dilatées. Noires comme le tunnel. Ils reprennent la marche vers la sous-station de Tolbiac. Le ballast crisse sous leurs semelles. Chaque pas est calculé. Elias surveille les angles morts. Il analyse les zones d'ombre. Il cherche la prochaine cible. Le réseau saigne toujours. Le Sans-Visage attend dans les circuits. Elias sent la tension monter dans les rails. La guerre continue. Il est de nouveau l'exécuteur. Il est de nouveau un outil. Froid. Clinique. Efficace.

Le Sanctuaire des Machines

La porte en acier pèse deux cents kilos. Elias pousse le battant. Les charnières hurlent. L'air frappe leurs visages. Le thermomètre affiche cinquante degrés. La chaleur est une masse solide. Elle bloque les poumons. Léa essuie son front avec sa manche. Elias ne bouge pas. Sa peau grise reste sèche. Ils entrent dans la salle des machines. Le plafond disparaît dans les ténèbres. Des rangées de turbines occupent le sol. Le métal vibre sous leurs pieds. Le ronflement est constant. C'est le cœur du réseau. Léa avance vers la première console. Ses bottes claquent sur la grille métallique. Elle vérifie les cadrans de pression. Les aiguilles oscillent dans la zone rouge. La vapeur siffle par les joints usés. Elias sécurise le périmètre. Il tient son .45 à deux mains. Le canon pointe vers les zones d'ombre. Il ne voit aucun mouvement. Il sent l'énergie circuler dans les murs. Le courant traverse le béton. Les câbles de haute tension pendent comme des lianes. Ils sont tressés avec du fil de cuivre neuf. Au centre de la pièce, le sol change. Le béton est gravé. Des cercles concentriques entourent la turbine principale. Elias s'approche du premier autel. C'est un bloc de cuivre massif. Sa surface est polie. Des symboles sont incisés dans le métal. Ils brillent d'une lueur interne. Elias passe un doigt sur une rainure. Le métal est froid malgré la chaleur ambiante. Il retire sa main. Une pellicule de givre couvre son gant. Le contraste thermique défie la physique. Léa s'agenouille près d'un injecteur d'huile. Elle pointe sa lampe de poche vers le mécanisme. Elle ne parle pas. Elle montre le carter à Elias. Des cheveux humains dépassent de la fente. Ils sont longs et noirs. Ils s'enroulent autour de l'axe de rotation. Elias se penche. Il voit des fragments d'os broyés. La graisse des machines est mélangée à du sang coagulé. Les turbines ne consomment pas que du carburant. Elles digèrent de la matière organique. Le bruit change de fréquence. Le bourdonnement devient un chant guttural. Elias sent une vibration dans ses dents. Il sort une fiole de sa poche. Il avale le contenu d'un trait. L'ectoplasme pur brûle sa gorge. Ses tremblements s'arrêtent instantanément. Ses sens s'aiguisent. Il voit les flux d'énergie. Des filaments bleus relient les autels aux turbines. Le réseau est une toile d'araignée. Chaque nœud est un sacrifice. Léa ouvre un panneau de contrôle latéral. Elle utilise un tournevis pour forcer le verrou. L'intérieur est un chaos de câbles. Des nerfs humains remplacent les fils de cuivre. Ils sont connectés aux bornes en laiton. Les nerfs tressaillent à chaque impulsion. Léa ne recule pas. Elle analyse le branchement. Elle cherche le point de rupture. Ses mains brûlées manipulent les tissus vivants. Elle cherche la fréquence de résonance. Elias surveille la passerelle supérieure. Une forme se découpe contre les cuves de refroidissement. C'est une silhouette mince. Elle porte un uniforme de la RATP. Le tissu est gris et rigide. La silhouette ne possède pas de visage. Une brume noire occupe l'espace entre le col et la casquette. Elias ne tire pas. Il attend une cible nette. Le Sans-Visage observe ses intrus. Il ne fait aucun geste. Il fait partie de la machine. La chaleur augmente encore. Le mercure atteint cinquante-cinq degrés. La sueur de Léa s'évapore avant de couler. Elias sent l'odeur de la viande grillée. Elle provient des turbines. Le rituel atteint sa phase critique. Les autels de cuivre commencent à vibrer. Ils tournent sur eux-mêmes. Le frottement produit des étincelles blanches. Le sol tremble violemment. Des boulons sautent des fixations. Ils ricochent contre les murs comme des balles de fusil. Elias épaule son arme. Il vise la turbine centrale. Il sait où frapper. Il cherche le régulateur de flux. C'est une sphère de verre noir. Elle contient l'essence du Nécromancien. La sphère pulse au rythme du réseau. Elias presse la détente. Le coup de feu déchire le vacarme. La balle à pointe d'argent percute le verre. La sphère ne se brise pas. Elle absorbe l'impact. L'énergie cinétique est dissipée dans les câbles. Léa crie pour couvrir le bruit. Elle a trouvé le commutateur principal. Il est scellé par une cage de côtes humaines. Les os sont entrelacés. Ils forment une protection solide. Elle sort une pince coupante de sa ceinture. Elle sectionne le premier os. Un liquide noir gicle sur ses lunettes. Elle ne s'arrête pas. Elle coupe la deuxième côte. La cage s'ouvre lentement. Le commutateur est un levier en fer pur. Le Sans-Visage descend de la passerelle. Il ne marche pas. Il glisse sur les rails de guidage. La brume noire s'étend dans la pièce. Elle éteint les lampes de poche. Elias bascule en vision thermique. Il voit la masse de froid approcher. Il tire trois fois. Les projectiles traversent la brume. Ils ne rencontrent aucune résistance. Le Sans-Visage est une absence de matière. Il est un vide dans le système. Elias change de chargeur. Il utilise des munitions à charge ionique. Il tire dans le sol, devant la silhouette. L'impact crée un arc de tension. La brume recule. Le Sans-Visage émet un son de friture. Elias gagne du temps. Il recharge son arme. Il surveille Léa. Elle a saisi le levier. Ses muscles sont tendus. Le fer pur brûle sa peau. Elle hurle de douleur. Elle tire le levier vers le bas. Le contact se rompt. Un éclair blanc aveugle Elias. Le bruit s'arrête net. Les turbines ralentissent. Le silence est plus lourd que le vacarme. La chaleur tombe brusquement. La brume noire se dissipe. Le Sans-Visage a disparu. Il ne reste que l'odeur du métal brûlé. Léa s'effondre au pied de la console. Ses mains fument. Elle respire bruyamment. Elias s'approche de la turbine centrale. Il regarde à l'intérieur du carter. Les restes humains sont immobiles. Le sang ne coule plus. Les autels de cuivre sont ternes. Le givre a disparu. Il ramasse une douille vide. Elle est brûlante. Il la range dans sa poche. Il regarde le levier. Il est resté en position basse. Le secteur est coupé. La sous-station de Tolbiac est morte. Léa se relève avec difficulté. Elle ajuste ses lunettes de protection. Elle regarde ses paumes. La chair est noire. Elle ne tremble pas. Elle range ses outils dans sa sacoche. Elle regarde Elias. Elias range son .45 sous son trench. Il ne l'aide pas à se lever. Il vérifie sa montre. L'opération a duré douze minutes. Le calendrier de la Famille est respecté. Ils marchent vers la sortie. Leurs pas résonnent dans la salle vide. Le réseau est silencieux. Elias sent le vide dans les murs. La tension a quitté les câbles. Il sait que ce n'est qu'une pause. Les morts ne renoncent jamais à l'énergie. Ils attendent dans les zones d'ombre. Ils cherchent un autre point d'entrée. Elias pousse la porte en acier. Ils retrouvent l'obscurité du tunnel. Le ballast crisse sous leurs semelles. La mission continue. Le sang sur le cuivre est déjà sec.

Trahison Optique

Léa s'arrête devant le boîtier de dérivation. Elle dévisse la plaque de protection. Le métal grince contre le béton humide. Elle pose les vis sur le ballast. Elle sort une pince à dénuder. Ses doigts brûlés agissent avec précision. Elle retire la gaine noire. Les fibres optiques apparaissent. Elles ressemblent à des cheveux de verre. Elle utilise un raccord rapide. Le terminal portable s'allume. L'écran projette une lumière blanche sur son visage. Elle entre ses codes d'accès. Le curseur clignote. Elle tape une série de coordonnées. Ce sont les points faibles du secteur. Les zones où la protection est mince. Elle valide l'envoi. Les données circulent dans le verre. Elias observe la scène depuis le tunnel. Il est immobile contre la paroi. Il ne respire presque pas. Sa main droite serre la crosse du .45. Il sent le froid de l'acier contre sa paume. Il sort un boîtier de capture. L'antenne capte les ondes de fuite. Le signal est dirigé vers le bas. Il descend vers les niveaux inférieurs. Là où les morts s'entassent. Léa vend les clés de la ville. Elle livre les passages secrets. Elias avance d'un pas. Ses bottes ne font aucun bruit. Il est une ombre parmi les ombres. Il arrive derrière elle. Il voit les chiffres défiler sur l'écran. Le transfert atteint la moitié. Léa ne se retourne pas. Elle manipule les brins avec soin. Elle ajuste la fréquence du signal. Elle murmure des chiffres entre ses dents. Elias lève son arme. Le canon touche la base de son crâne. Léa se fige. Ses épaules se contractent. Elle ne lâche pas son terminal. Le silence s'installe dans la galerie. On entend seulement le bourdonnement des transformateurs. Elias regarde l'écran par-dessus son épaule. La destination du signal s'affiche en clair. C'est un serveur fantôme. Une adresse IP qui n'existe plus. Le Sans-Visage reçoit les plans. Elias appuie sur la touche de suppression. Le transfert s'arrête net. L'écran affiche une erreur système. Léa laisse tomber sa pince. L'outil rebondit sur le rail. Le son est sec. Elias saisit Léa par les cheveux. Il la tire en arrière. Elle bascule sur les genoux. Ses mains cherchent un appui sur le ballast tranchant. Elias ne desserre pas sa prise. Il regarde les lunettes de protection. Elles sont soudées à son front. Elles cachent son regard. Il tend sa main libre. Il saisit la monture en plastique. Il tire d'un coup sec. Les sangles en caoutchouc claquent. Léa pousse un cri sourd. Elias jette les lunettes au sol. Il lève sa botte lourde. Il écrase le verre trempé. Les cristaux se brisent en mille morceaux. Ils brillent comme des diamants sales. Léa a les yeux grands ouverts. Ses pupilles sont dilatées. Elle regarde le vide. Sans ses lunettes, elle est aveugle au flux. Elle ne voit plus les spectres. Elle ne voit plus l'énergie. Elle est seule dans le noir. Elias la relève par le col de sa veste. Il la plaque contre le mur. Le béton est froid. L'humidité traverse le tissu. Elias approche son visage du sien. Sa peau grise semble de pierre. Sa cicatrice brille sous la lampe torche. Il ne pose pas de questions. Il connaît déjà les réponses. Léa a besoin d'argent pour ses circuits. Elle a vendu la Famille pour des composants. Elle a ouvert la porte aux morts. Elias sort une fiole de sa poche. Le liquide à l'intérieur est laiteux. C'est de l'ectoplasme pur. Il en boit une gorgée. Ses tremblements s'arrêtent. Ses sens deviennent plus aigus. Il entend le mouvement de l'air. Le Sans-Visage approche. Il suit le signal interrompu. Il vient chercher sa marchandise. Elias range la fiole. Il ramasse le terminal de Léa. Il le glisse dans sa besace. Il pointe le tunnel avec son arme. Le noir est total au-delà de dix mètres. Les rails s'enfoncent dans le néant. Elias pousse Léa vers l'obscurité. Elle trébuche sur une traverse. Elle manque de tomber. Elias la rattrape par le bras. Il serre jusqu'à sentir l'os. Il la force à marcher. Elle est son bouclier. Elle connaît les pièges du réseau. Elle a installé les capteurs. Elle sait où le courant est mortel. Elias reste à trois pas derrière. Il garde son .45 levé. Le chien est armé. La première balle est chargée à l'argent. Elle est destinée au premier spectre qui sortira du mur. Ils avancent lentement. Leurs pas résonnent sur les parois de la voûte. L'odeur de la poussière est forte. C'est l'odeur des tombes ouvertes. Léa tend les mains devant elle. Elle cherche les obstacles. Ses doigts effleurent les câbles haute tension. Elle frissonne. Sans ses filtres, elle perçoit les vibrations. Le réseau gémit sous la pression des morts. Ils veulent entrer. Ils veulent le monopole de la tension. Ils veulent transformer Paris en circuit fermé. Elias surveille les ombres. Il voit des formes bouger dans les recoins. Ce sont des résidus. Des lambeaux de conscience qui flottent. Il ne tire pas. Il économise ses munitions. Ils arrivent à une intersection. Trois tunnels s'ouvrent devant eux. Le courant d'air change de direction. Léa s'arrête. Elle hésite. Elias pousse le canon de son arme dans son dos. Il appuie fort. Léa choisit le tunnel de gauche. C'est celui qui mène à la sous-station Tolbiac. C'est là que le Sans-Visage a établi son nid. Les parois sont couvertes de suie. Les isolateurs en porcelaine sont brisés. Le sol est jonché de vieux uniformes. Elias sent la présence. Elle est froide. Elle est immense. Léa s'arrête de nouveau. Elle tombe à genoux. Elle ne peut plus avancer. La pression est trop forte. Elle se prend la tête entre les mains. Elle gémit. Elias regarde au-dessus d'elle. Une brume noire se condense. Elle prend la forme d'un homme en uniforme. Le Sans-Visage n'a pas de traits. Il a juste un vide à la place du cœur. Il tend une main vaporeuse vers Léa. Il veut les coordonnées. Il veut la fin du monde vivant. Elias lève son .45. Il vise le centre de la brume. Il presse la détente. Le coup de feu déchire le silence. La flamme de départ illumine le tunnel. La balle d'argent traverse la forme noire. Le spectre pousse un cri inaudible. Il se dissipe un instant. Elias ne s'arrête pas. Il tire une deuxième fois. Puis une troisième. Il vide son chargeur sur le vide. La fumée de la poudre embaume l'air. Léa rampe sur le ballast. Elle essaie de s'enfuir. Elias la rattrape par la cheville. Il la ramène vers lui. Il recharge son arme avec un geste mécanique. Le Sans-Visage se reforme. Il est plus dense. Il est plus en colère. Il n'a pas besoin de chair pour souffrir. Il a besoin de courant. Il se jette sur Elias. Elias ne recule pas. Il sort un couteau de sa ceinture. La lame est gravée de runes de sang. Il frappe l'air. Le métal rencontre la brume. Une décharge parcourt le bras d'Elias. Il serre les dents. Il ne lâche pas son arme. Il attrape Léa par le cou. Il la force à regarder le monstre. La trahison est consommée. Le réseau saigne. Elias pousse Léa vers le spectre. Il l'utilise comme une offrande. Le Sans-Visage s'arrête. Il hésite devant la proie vivante. Elias profite de la seconde de répit. Il lance une grenade flash. La lumière blanche inonde le tunnel. Le spectre hurle. Il disparaît dans les fissures du béton. Elias saisit Léa par la taille. Il la jette sur son épaule. Il court vers la sortie de secours. Il n'a plus besoin de sa coopération. Il a besoin de son silence. Ils atteignent l'échelle métallique. Elias grimpe avec son fardeau. Il pousse la trappe de rue. L'air frais de Paris entre dans le tunnel. Il jette Léa sur le trottoir. La ville est calme. Les voitures passent au loin. Elias sort du trou. Il referme la plaque d'égout. Il regarde Léa. Elle est brisée. Elle ne vendra plus rien. Il range son arme sous son trench. Il sort son téléphone. Il appelle Don Varenne. Le rapport sera court. La trahison est gérée. La purge continue. Le sang sur le cuivre est déjà sec.

L'Armée de Brume

Le Sans-Visage descend dans la fosse. Ses pieds ne touchent pas le ballast. La brume noire s'échappe de ses manches. Elle rampe sur les rails de sécurité. Le silence pèse trois tonnes. Le spectre lève un bras vaporeux. Il désigne les parois de béton brut. Les fissures crachent une vapeur grise. L'odeur de terre humide sature l'espace. Des formes s'extraient de la roche. Ce sont des hommes en bleu de travail. Leurs vestes portent le sigle de 1930. Ils tiennent des pioches rouillées. Leurs visages sont des plaques de goudron lisse. Ils sont cent. Puis deux cents. Les bottes cloutées frappent le sol en cadence. Le bruit est un marteau-pilon. Ils marchent vers la station Olympiades. À cinq cents mètres, la Famille attend. Don Varenne a envoyé les Nettoyeurs. Vingt hommes en kevlar noir. Ils portent des masques à gaz filtrants. Leurs fusils à pompe brillent sous les lampes. Les cartouches contiennent du sel d'argent. Le chef de groupe lève la main. Les hommes s'accroupissent derrière les piliers. Ils installent des trépieds pour les mitrailleuses. Le métal claque contre le béton. Les Nettoyeurs ne parlent pas. Ils vérifient les culasses. Ils ajustent les visées laser. Le point rouge danse sur la brume. La tension monte dans les câbles haute tension. Le ronflement des transformateurs couvre les respirations. Le Sans-Visage accélère le mouvement. Ses ouvriers fantômes ne courent pas. Ils avancent avec une régularité mécanique. Les pioches raclent les parois. Des étincelles jaillissent du fer contre la pierre. Le premier rang entre dans la zone de tir. Le chef de groupe abaisse son bras. Le tunnel explose. Les détonations se succèdent sans interruption. Le son rebondit sur les murs circulaires. Les Nettoyeurs tirent par salves de trois. Les grains d'argent déchirent les uniformes de coton. La brume se dissipe sous l'impact. Les spectres tombent. Ils se relèvent aussitôt. Leurs corps se reforment par aspiration. La fumée des tirs stagne au plafond. Une pioche vole dans l'air sombre. Elle percute un casque en polymère. Le Nettoyeur bascule en arrière. Son crâne se fend comme une bûche. Le sang gicle sur le gilet pare-balles. Les ouvriers de 1930 atteignent la première ligne. Ils frappent avec une force hydraulique. Les pelles tranchent les membres charnus. Un tueur de la Famille hurle. Sa jambe est sectionnée au niveau du tibia. Il vide son chargeur dans le vide. Le Sans-Visage observe la scène. Il reste immobile au milieu du chaos. Les balles passent à travers son torse. Il n'a pas de substance. Il est une idée noire. Don Varenne regarde l'écran dans son bureau. Son cœur artificiel pompe un liquide visqueux. Il appuie sur un bouton rouge. Dans le tunnel, des trappes s'ouvrent. Des lances-flammes automatiques sortent du plafond. Le napalm jaillit en jets pressurisés. Le feu est d'un bleu chimique. Il consume l'oxygène en trois secondes. La chaleur fait fondre le plastique des câbles. Les spectres brûlent. Ils émettent un sifflement de vapeur d'eau. L'armée de brume recule devant le mur de feu. L'odeur de viande grillée remplace celle de la terre. Les Nettoyeurs survivants reculent vers la sortie. Ils traînent leurs blessés sur le ballast. Le Sans-Visage ouvre la bouche. Un cri inaudible sort de sa gorge. La pression atmosphérique chute brutalement. Les flammes bleues s'écrasent au sol. Elles s'éteignent comme des bougies. L'obscurité revient en force. Elle est plus dense qu'avant. Les ouvriers sacrifiés reprennent leur marche. Ils piétinent les cadavres des Nettoyeurs. Les outils de terrassement s'abattent sur les survivants. C'est un travail de démolition systématique. Les os se brisent. Les articulations sautent. La chair est broyée contre les rails. Le sang coule dans la goulotte d'évacuation. Il rejoint les égouts inférieurs. Elias observe le massacre depuis une passerelle. Il ne bouge pas. Il vérifie le poids de son .45. Il insère un chargeur de calibre supérieur. Les douilles sont gravées de signes anciens. Il voit le Sans-Visage s'approcher de la sous-station. Le spectre veut le contrôle du flux. S'il touche les barres de cuivre, Paris s'éteint. Elias saute de la passerelle. Il atterrit souplement sur un tas de gravats. Il marche à contre-courant des fuyards. Un Nettoyeur rampe vers lui. Elias l'enjambe sans un regard. Son objectif est la silhouette en uniforme RATP. Le Sans-Visage se retourne. Ses yeux sont des trous vers le néant. Elias lève son arme. Il tire deux fois. Les balles à pointe d'argent percutent le spectre. Une réaction chimique se produit. La brume s'illumine violemment. Le Sans-Visage recule d'un pas. Il semble souffrir. Les ouvriers fantômes s'arrêtent net. Ils se tournent vers Elias. Ils lèvent leurs pelles comme des haches. Elias ne cille pas. Il change de chargeur. Il sait que le temps est compté. Le réseau siffle sous la charge. Les transformateurs vibrent jusqu'à la rupture. Le tunnel devient un abattoir mécanique. Les machines de chantier s'activent toutes seules. Des foreuses percent le béton. Des scies circulaires découpent les rails. Elias évite une lame de métal. Il tire à nouveau. Le Sans-Visage se fragmente. Des morceaux de brume tombent au sol. Ils s'évaporent avant de toucher le ballast. L'armée de 1930 se jette sur Elias. Il utilise son couteau de combat. La lame est trempée dans l'eau bénite. Il tranche une gorge de fumée. Le spectre s'effondre en poussière grise. Elias frappe, tire, esquive. Ses mouvements sont fluides. Il est une machine de guerre. Don Varenne siffle dans son micro. Il ordonne le repli total. Il veut faire sauter le tunnel. Les charges de C4 sont déjà en place. Elias entend le bip des détonateurs. Il a soixante secondes. Il regarde le Sans-Visage. Le spectre se reforme lentement. Il est épuisé mais tenace. Elias range son arme. Il court vers l'échelle de secours. Il grimpe les échelons quatre par quatre. Derrière lui, le Sans-Visage hurle de rage. La brume envahit tout l'espace. Elle monte dans le puits d'aération. L'explosion secoue le quartier. Le sol tremble sous les pieds des passants. Une colonne de fumée sort de la bouche de métro. Le tunnel s'effondre sur deux cents mètres. Les ouvriers de 1930 sont enterrés une seconde fois. Le Sans-Visage est prisonnier des décombres. Elias sort sur le trottoir. Il époussette son trench en cuir. Ses mains tremblent légèrement. Il sort une fiole de sa poche. Il avale le liquide bleu d'un trait. Les tremblements cessent. Il regarde la fumée noire s'élever vers le ciel de Paris. La Trêve du Rail est morte. La guerre ne fait que commencer. Le sang sur le cuivre est déjà sec.

Cœur de Secteur

Varenne débranche la prise murale. Son cœur mécanique rate un cycle. Un voyant rouge pulse sur son thorax. Le plastique du boîtier est rayé. Elias reste immobile contre le chambranle. Il sent le poids du .45 dans son holster. Varenne ne se retourne pas. Le fauteuil pivote sur lui-même. Les pneus marquent le linoléum. Le moteur émet un sifflement aigu. Le vieil homme dirige l'engin vers l'ascenseur de service. Les portes en métal s'ouvrent avec un fracas sourd. Elias entre après lui. L'espace est restreint. L'odeur de Varenne est celle de la pharmacie et de la poussière. L'ascenseur descend dans les entrailles de la station. Les câbles grincent dans la gaine. Le compteur d'étages reste éteint. Ils dépassent les niveaux publics. Ils s'enfoncent vers les sous-stations de transformation. Les murs de béton brut défilent derrière la grille. Elias observe la nuque de Varenne. Des fils de cuivre sortent de sa peau. Ils rejoignent le boîtier de contrôle du fauteuil. Le vieillard respire par saccades. Ses poumons font un bruit de soufflet percé. Les portes s'ouvrent sur le niveau -4. La chaleur augmente de dix degrés. Le bourdonnement des transformateurs sature l'air. C'est une vibration basse. Elle fait vibrer les dents. Varenne avance sur la passerelle métallique. Ses roues font un bruit de tonnerre sur les plaques de fer. En bas, les voies de la ligne 14 brillent. Les rails de roulement sont secs. Le troisième rail est différent. Il est surélevé sur des isolateurs en céramique. Il transporte le flux de traction. Varenne s'arrête au bord du vide. Il n'y a pas de garde-corps. Il manipule un commutateur sur son accoudoir. Un bras articulé se déploie sous le siège. La pince est en alliage de tungstène. Elias fait un pas en avant. Il voit le cadran sur la poitrine du vieux. L'aiguille est dans la zone critique. La batterie interne meurt. Le cœur de Varenne va s'arrêter. Le vieillard ne regarde pas Elias. Il regarde le rail de puissance. La pince descend lentement. Elle cherche le contact. Un arc de lumière bleue déchire l'ombre. Le bruit ressemble à un coup de fouet. L'air se charge de particules métalliques. Varenne se cambre dans son fauteuil. Ses doigts se crispent sur le cuir des accoudoirs. Ses yeux se révulsent. Elias voit le flux monter. Ce n'est pas du courant ordinaire. Le liquide dans les câbles est noir. C'est l'énergie des spectres. Elle circule dans le cuivre comme un poison. Le corps de Varenne subit une transformation physique. Sa peau grise devient translucide. Les veines virent au charbon. Le boîtier sur son thorax émet un sifflement de vapeur. Le voyant passe au vert sombre. Elias comprend la manœuvre. Varenne ne veut pas juste survivre. Il veut fusionner avec le réseau. Il devient une extension de la ligne 14. Un organe de fer et de tension. Elias pose la main sur la crosse de son arme. Le métal est froid. Il sent la faim de Varenne. Le vieux absorbe tout. Les lampes de la sous-station faiblissent. Les ventilateurs ralentissent. Le réseau saigne pour nourrir le Don. Elias voit la cicatrice sur sa propre mâchoire brûler. Il connaît cette sensation. C'est le goût de la mort transformée en ampères. Varenne lâche un cri. C'est un son métallique. Sa bouche crache une fumée épaisse. L'odeur de viande brûlée remplit la pièce. La pince se détache du rail. Elle remonte dans un nuage d'étincelles. Le fauteuil recule brusquement. Varenne se redresse. Il n'a plus besoin du dossier. Son dos est droit. Ses yeux brillent d'une lueur fixe. Il regarde Elias. Ses pupilles sont des fentes verticales. Le vieillard lève une main. Des arcs de tension dansent entre ses doigts. Il n'a plus besoin de batterie. Il est relié à la sous-station par induction. Elias ne bouge pas. Il analyse la menace. Varenne est devenu un conducteur vivant. Une erreur de manipulation et il explose. Elias serre les dents. Il sent le besoin de consommer sa fiole. Ses mains commencent à trembler. Varenne parle. Sa voix est un grésillement de radio mal réglée. Il dit que la Trêve était une cage. Il dit que le courant noir est la liberté. Elias ne répond pas. Il regarde les câbles haute tension au plafond. Ils vibrent sous la demande d'énergie. La sous-station surchauffe. Les disjoncteurs de sécurité fument. Varenne ignore les alarmes. Il veut plus. Il veut tout le secteur. Elias sort sa fiole de liquide bleu. Il la vide d'un trait. Le froid envahit son système nerveux. Ses tremblements s'arrêtent. Sa vision devient nette. Il voit les lignes de force autour de Varenne. Le vieillard est entouré d'un halo de particules sombres. Elias dégaine son .45. Il arme le chien. Le clic mécanique est dérisoire face au bourdonnement des machines. Varenne rit. Le son est une distorsion sonore. Il pointe son doigt vers Elias. Un arc jaillit. Elias plonge derrière un transformateur en fonte. L'impact pulvérise le béton derrière lui. Des éclats de pierre frappent son trench. Elias roule sur le côté. Il tire deux fois. Les balles en argent traversent le halo. Elles s'écrasent sur le blindage du fauteuil. Varenne ne sent rien. Il avance. Les pneus du fauteuil fondent sur le métal de la passerelle. Elias court vers le panneau de contrôle manuel. Il doit couper l'alimentation. Il brise la vitre de protection avec la crosse de son arme. Il saisit le levier de sectionnement. Le métal est brûlant. Varenne hurle. Il envoie une décharge massive. Le tableau de bord explose. Elias est projeté contre le mur. Son épaule craque. Il retombe lourdement. Sa vue se trouble. Varenne est au-dessus de lui. Le vieillard n'a plus de visage humain. Ses traits sont lissés par la tension. Il tend la main pour saisir le cou d'Elias. Elias voit les arcs bleus se rapprocher. Il sort son cran d'arrêt. La lame est gravée de runes de décharge. Il frappe au centre du boîtier thoracique. L'acier pénètre le plastique. Il atteint le cœur de batterie. Le court-circuit est immédiat. Un flash blanc aveugle Elias. Le corps de Varenne est secoué par des convulsions violentes. L'énergie noire reflue vers le rail. Le vieillard hurle une dernière fois. Son corps s'embrase de l'intérieur. Les câbles de cuivre fondent. Elias se protège le visage. Le fauteuil bascule dans le vide. Il chute de la passerelle. Le choc en bas est sourd. Elias rampe vers le bord. Il regarde dans la fosse. Le fauteuil est un amas de métal calciné sur le ballast. Le corps de Varenne est une silhouette noire immobile. Le troisième rail continue de grésiller. Le silence revient lentement dans la sous-station. Seul le bruit des ventilateurs de secours persiste. Elias se relève. Son trench est en lambeaux. Il ramasse son arme. Son épaule le fait souffrir. Il regarde le cadran de sa montre. La purge continue. Varenne était une étape. Le réseau est toujours sous tension. Elias se dirige vers l'escalier de secours. Il ne regarde pas en arrière. Le sang sur son visage est froid. La guerre a changé de forme. Le Don est mort. Le courant reste. Elias marche dans le tunnel sombre. Ses pas résonnent sur le métal. La ville attend sa dose.

Point de Rupture

Elias vérifie le chargeur de son Colt .45. Sept cartouches à pointe d’argent. Le métal est froid contre sa paume. La sous-station 42 vibre sous ses semelles en caoutchouc. Les transformateurs ronronnent à cinquante hertz. L’air sent le cuivre chauffé et la poussière de béton. Don Varenne attend dans son fauteuil roulant. Des câbles de forte section relient sa poitrine au rack de batteries. Le liquide noir circule dans les tubes transparents. Varenne respire bruyamment. Ses poumons imitent un soufflet de forge usé. Une ombre glisse sur le sol poisseux. Elle sort d'une armoire de distribution. La silhouette porte une veste de serge boutonnée. Un képi de la RATP cache l'absence de visage. Le Sans-Visage avance sans bruit de pas. La température chute brusquement. Elias sent la cicatrice sur sa mâchoire se crisper. Il ne bouge pas. Son index caresse la détente. Le Sans-Visage lève une main vaporeuse. Il saisit le col de Varenne. Le contact produit un claquement sec. Un arc de lumière blanche traverse le corps du vieillard. Les muscles de Varenne se contractent violemment. Ses os craquent sous la pression interne. L'énergie noire remonte le long des câbles de cuivre. Elle pénètre le système nerveux par les électrodes thoraciques. Varenne ouvre la bouche. Aucun son ne sort. Ses yeux injectés de sang fixent les isolateurs en céramique du plafond. La batterie sous le fauteuil commence à fumer. Le cadran de tension s'affole. L'aiguille tape contre la butée métallique. Le Sans-Visage absorbe le flux. Sa forme devient plus dense. La brume noire se transforme en goudron visqueux. Elias analyse la scène. Varenne est une charge morte. Le Sans-Visage utilise le Don comme un transformateur humain. Le spectre pompe l'énergie du réseau pour se stabiliser. Elias décale son pied gauche de dix centimètres. Il stabilise sa position de tir. Il aligne les organes de visée sur le boîtier en polymère sous l'assise du fauteuil. Le boîtier contient les accumulateurs au plomb. C'est le point faible. Le percuteur frappe l'amorce. La détonation déchire le ronronnement des machines. Le recul secoue l'avant-bras d'Elias. La balle de .45 traverse le carter de la batterie. Le plomb et l'argent déchirent les plaques internes. L'acide sulfurique gicle sur le ballast. Le court-circuit est immédiat. Une boule de feu bleue enveloppe le fauteuil et son occupant. L'hydrogène accumulé dans les cellules explose. L'onde de choc projette Elias contre un pupitre de commande. Le métal lui laboure les omoplates. Les vitres des cadrans volent en éclats. Les tubes fluorescents éclatent un par un. L'obscurité tombe sur la sous-station. Seules les flammes chimiques éclairent la fosse. Le Sans-Visage est rejeté en arrière par la décharge. Sa forme se fragmente en lambeaux de fumée. Il se dissipe dans les conduits de ventilation haute. Varenne ne bouge plus. Son corps est une masse carbonisée fixée au métal fondu du fauteuil. L'odeur de chair brûlée sature l'espace confiné. Elias se relève avec lenteur. Il crache un mélange de sang et de poussière de silice. Sa montre indique 03h14. La purge doit continuer. Il éjecte le chargeur vide. Il en insère un neuf. Le clic mécanique est net. Il marche vers l'escalier de secours. Ses bottes écrasent le verre brisé. Le vieillard hurle une dernière fois dans le souvenir acoustique de la pièce. Son corps s'embrase de l'intérieur. Les câbles de cuivre fondent. Elias se protège le visage contre la chaleur résiduelle. Le fauteuil bascule dans le vide de la fosse technique. Il chute de la passerelle. Le choc en bas est sourd. Elias rampe vers le bord de la structure métallique. Il regarde dans la fosse. Le fauteuil est un amas de métal calciné sur le ballast. Le corps de Varenne est une silhouette noire immobile. Le troisième rail continue de grésiller à proximité. Le silence revient lentement dans la sous-station. Seul le bruit des ventilateurs de secours persiste en fond sonore. Elias se relève. Son trench en cuir est en lambeaux sur l'épaule gauche. Il ramasse son arme tombée au sol. Son épaule gauche est engourdie. Il regarde le cadran de sa montre. La purge continue. Varenne était une étape nécessaire. Le réseau est toujours sous tension. Elias se dirige vers l'escalier de secours en fer forgé. Il ne regarde pas en arrière. Le sang sur son visage est froid. La guerre a changé de forme. Le Don est mort. Le courant reste. Elias marche dans le tunnel sombre. Ses pas résonnent sur le métal des traverses. La ville attend sa dose. Elias s'enfonce dans le noir. La mission prime sur le reste. Le secteur 4 est sécurisé. Le reste du réseau saigne encore.

Haute Tension

Elias descend l'échelle métallique. Ses mains serrent les barreaux froids. La fosse de maintenance s'ouvre sous lui. L'obscurité est totale. Il allume sa lampe torche. Le faisceau balaie le béton brut. Des flaques d'huile stagnent entre les rails. L'air est saturé de particules métalliques. Elias atteint le sol. Ses bottes s'enfoncent dans le ballast humide. Le silence est lourd. Une masse sombre bouge au fond de la galerie. Elias braque sa lampe. La lumière traverse une brume épaisse. Le Sans-Visage se tient là. L'uniforme de la RATP est impeccable. Les boutons dorés brillent sous le faisceau. L'entité n'a pas de traits. Un vide noir remplace le visage. Elias sort son Colt .45. Le métal est froid contre sa paume. Il arme le chien. Le clic résonne contre les parois. L'entité avance. Ses pieds ne touchent pas le sol. La température chute brusquement. Elias expire une buée épaisse. Il vise le plexus de la forme. Il presse la détente. Le coup de feu déchire le silence. La balle à pointe d'argent traverse la brume. Elle s'écrase contre le mur de béton derrière. Aucun impact sur le spectre. Elias tire encore deux fois. Les douilles chaudes tintent sur le métal. Le Sans-Visage ne ralentit pas. Une main vaporeuse se lève. Elias sent une pression sur ses poumons. L'air devient rare. Ses genoux flanchent. Il recule vers le mur de la sous-station. Son dos heurte un boîtier de dérivation. Un câble de forte section pend du plafond. Il vibre sous la charge. La gaine isolante est sectionnée. Des arcs bleutés jaillissent du cuivre nu. Elias range son arme. Il saisit le câble avec sa main droite. Le cuir épais de son gant fume instantanément. La tension fait vibrer son bras jusqu'à l'épaule. Ses muscles se tétanisent. Il utilise le câble comme un fouet. Le métal siffle dans l'air. L'arc frappe le Sans-Visage à l'épaule. Une détonation sourde secoue la fosse. La brume noire se déchire. L'entité recule. Un cri inaudible fait vibrer les structures métalliques. Elias frappe une deuxième fois. Le fouet de cuivre trace un sillon de lumière. Le Sans-Visage tente de se reformer. Elias ne lui laisse aucun répit. Il fait tournoyer le câble au-dessus de sa tête. Le bruit du courant ressemble à un essaim de frelons. Il abat le conducteur sur le torse du spectre. L'impact génère une onde de choc. Les isolateurs en céramique sur les murs éclatent. Des éclats volent partout. Elias a la joue coupée. Le sang coule. Il ne cille pas. L'entité se disloque. Les membres de fumée se séparent du tronc. Le Sans-Visage perd sa cohérence physique. L'uniforme de 1930 tombe en lambeaux de suie. Elias lâche le câble. Le métal brûlant marque le sol. Il reprend son Colt .45. Il insère un nouveau chargeur. Le ressort claque. Il vise les fragments de brume qui s'agitent encore. Il vide son chargeur de manière méthodique. Sept coups. Chaque balle d'argent fragmente un peu plus le vide. Les impacts créent des trous de lumière dans l'obscurité. La brume s'effiloche. Elle devient grise, puis translucide. Le Sans-Visage s'évapore totalement. Il ne reste que l'odeur du soufre et du métal brûlé. Elias range son arme. Son bras droit tremble violemment. Il regarde sa main. Le gant en cuir est soudé à sa peau. Il arrache le morceau de cuir. La chair est rouge. Il ne montre aucune douleur. Il ramasse sa lampe torche. Le faisceau est plus faible. Les piles s'épuisent. Il examine la fosse. Le ballast est noirci à l'endroit de l'affrontement. Il n'y a plus de trace de l'ingénieur. Le réseau grésille doucement. La tension se stabilise dans les câbles supérieurs. Elias remonte l'échelle. Ses mouvements sont lents. Il atteint le quai supérieur. Le tunnel est vide. Les rames automatiques sont à l'arrêt plus loin. Elias marche vers la sortie de secours. Ses pas résonnent sur le béton. Il sort un flacon de sa poche intérieure. Il boit une gorgée d'ectoplasme pur. Le liquide est froid comme de la glace. Ses tremblements cessent immédiatement. Ses yeux deviennent vitreux pendant quelques secondes. Il reprend sa marche. La sous-station 4 est silencieuse. La menace est neutralisée. Elias pousse la porte blindée. Il débouche dans une rue déserte. La pluie tombe sur Paris. Il remonte le col de son trench. La mission continue. Le courant circule de nouveau. Le sang sur son visage sèche. Elias disparaît dans l'ombre des immeubles. La ville ne sait rien. Le réseau est propre. Pour l'instant.

Retour à la Normale

Le disjoncteur principal s'enclenche. Le bruit ressemble à un coup de feu. La haute tension frappe les rails de traction. Un arc bleuté danse sur le métal. Elias ferme les paupières. Le bourdonnement remplit l'espace confiné du tunnel. Les lampes de secours s'éteignent. Les tubes à décharge s'allument un par un. La lumière est blanche. Elle est crue. Elle ne pardonne rien. Elias regarde ses mains. Elles sont couvertes de suie et de sang séché. Il essuie la lame de son couteau sur son pantalon. Le cuir grince. Le silence revient. Il est entrecoupé par le ronronnement des transformateurs. Le réseau reprend vie. La Famille a gagné cette manche. Elias descend du quai. Ses bottes écrasent le ballast. Le gravier est gras. Il est imprégné d'huile et de poussière de frein. Il marche vers le centre de la voie. À dix mètres, une tache sombre macule le sol. C'est là que le Nécromancien est tombé. Il ne reste plus de corps. La tension a tout vaporisé. Seule l'odeur de viande brûlée persiste. Elias ramasse un fragment de verre noir. C'est un débris de l'amulette du dealer. Il le broie sous son talon. Le verre craque. Le son est sec. Il résonne contre les parois de béton. Elias continue sa progression. Il suit les câbles de cuivre. Ils courent le long des murs comme des veines. Un signal sonore retentit. C'est un bip court et répétitif. La rame automatique approche. Elias se plaque contre la paroi. Il entre dans une niche de sécurité. Le vent se lève. Il est chaud. Il apporte l'odeur de la ville d'en haut. Le train arrive sans bruit de moteur. Seul le frottement des roues sur le rail chante. La masse de métal passe devant lui. Les vitres défilent. Elles reflètent son visage gris. Elias ne bouge pas. Il attend que le dernier wagon disparaisse. Les feux rouges s'éloignent dans l'obscurité. Le tunnel redevient une gorge vide. Il sort de la niche. Ses mouvements sont précis. Il vérifie son arme. Le chargeur est plein. La sécurité est engagée. Il range le calibre .45 sous son bras. Le poids du métal le rassure. Il sent la batterie de son téléphone vibrer. Il ne répond pas. Don Varenne attendra. Le vieil homme est branché sur le secteur. Il a tout le temps du monde. Elias sent la fatigue. Elle pèse sur ses épaules. Elle tire sur ses paupières. Il sort le flacon d'ectoplasme. Le bouchon de liège résiste. Il tire avec les dents. Le liquide coule dans sa gorge. C'est un goût de métal et de menthe. Le froid se propage dans sa poitrine. Ses nerfs se détendent. Les tremblements s'arrêtent. Il atteint la sous-station 4. Les armoires de commande sont intactes. Les voyants sont au vert. Tout est normal. Le flux circule. Les pompes d'exhaure rejettent l'eau d'infiltration. Le bruit de l'eau est régulier. Elias observe une flaque sur le sol. Le sang s'y mélange. Cela forme des arabesques rouges. Il prend un chiffon dans une caisse à outils. Il nettoie la semelle de ses bottes. Il ne veut pas laisser de traces. La discrétion est la règle. La Trêve du Rail est brisée. L'ordre doit régner. La Famille n'aime pas le désordre. Le désordre attire l'attention de la police. Il remonte vers la station Olympiades. Les escaliers mécaniques se sont remis en marche. Ils grincent dans le vide. Les marches montent vers la surface. Elias ne les utilise pas. Il préfère l'échelle de service. Elle est en fer rouillé. Elle est solide. Il grimpe barreau après barreau. Ses muscles sont raides. Il atteint la trappe de visite. Il l'ouvre doucement. L'air extérieur s'engouffre. Il est humide. Il pleut sur Paris. La pluie lave les trottoirs. Elias sort dans une ruelle sombre. Il referme la trappe. Il verrouille le cadenas. La ville respire. Le ronronnement du métro sous ses pieds est un battement de cœur. Un cœur de métal et de tension. Elias marche vers le boulevard. Les lampadaires projettent des ombres allongées. Il évite les zones éclairées. Il reste dans le gris. Un taxi passe. Le chauffeur ne le regarde pas. Personne ne regarde Elias. Il est un spectre parmi les vivants. Il est l'exécuteur. Le sang sur son trench a séché. Il ressemble à de la boue. C'est mieux ainsi. Il s'arrête devant une vitrine. Il regarde son reflet. La cicatrice sur sa mâchoire luit. Elle est blanche. Elle est le souvenir d'une décharge de dix mille volts. Il touche la peau morte. Il ne sent rien. Les nerfs sont détruits. Il est comme le réseau. Il est un conducteur. Il transmet la mort. Il reçoit les ordres. Il n'y a pas de place pour le reste. Pas de place pour les remords. Le remords est un luxe pour les gens d'en haut. Le courant est revenu. La ligne 14 fonctionne. Les premiers usagers vont arriver. Ils auront leurs écouteurs. Ils liront leurs journaux. Ils ne verront pas les marques sur le ballast. Ils ne sentiront pas l'odeur du Nécromancien. Le monde est propre. Elias a fait son travail. Il marche vers sa planque. Il a besoin de recharger ses propres batteries. Il a besoin de silence. Le bruit des machines est trop fort. Il résonne dans son crâne. Il veut dormir. Le vide l'attend. Il boit une dernière goutte du flacon. Le monde devient flou. La douleur s'efface. La mission est accomplie. Le réseau saigne. Il tourne encore. Il traverse le pont de Tolbiac. La Seine est noire en dessous. L'eau charrie des débris. Elias jette le flacon vide dans le fleuve. Le verre disparaît sans un bruit. Il vérifie l'heure sur sa montre. Quatre heures du matin. Le premier convoi commercial partira dans une heure. Les techniciens de la RATP ont repris leurs postes. Ils voient des chiffres sur des écrans. Ils ne voient pas les ombres. Ils ne voient pas le Sans-Visage. Elias sait que l'ingénieur reviendra. On ne tue pas un spectre définitivement. On le repousse. On gagne du temps. Il entre dans son immeuble. L'ascenseur est en panne. Il monte les six étages à pied. Chaque marche est un effort. Il arrive devant sa porte. Il insère la clé. Le mécanisme est bien huilé. Il entre dans l'appartement. L'odeur est celle de la poussière et du tabac froid. Il ne retire pas son trench. Il s'assoit sur une chaise en bois. Il regarde le mur. Le mur est nu. Il attend le lever du jour. Le soleil ne change rien. Pour Elias, la nuit est permanente. Le courant circule. La ville est alimentée. Le contrat est rempli. Le sang est sec.
Fusianima
Saigne le Réseau
★ HOT
Marcus V

Saigne le Réseau

NOTE
0 avis
PAGES
56
≈ 5h de lecture
CHAPITRES
13
progression inline
LECTURES
0
cette année

Olympiades. Terminus de la ligne 14. Le béton brut absorbe la lumière des tubes fluorescents. Les dalles de verre au plafond laissent passer une lueur grise. Elias se tient près d'un pilier de soutien. Son trench en cuir lourd pèse sur ses épaules. La cicatrice sur sa mâchoire tire. Sa peau a la cou...

Dans le même univers