Vider les Systèmes

Par Marcus V.Mafia

Le caisson de Don Varo émet un sifflement constant. L’oxygène liquide bouillonne autour de son corps nu. Sa peau ressemble à du parchemin mouillé. Ses yeux injectés de sang fixent les moniteurs. Les chiffres défilent en colonnes verticales. Le système Orion est en retard de paiement. Le solde affich...

La Colonne

Le caisson de Don Varo émet un sifflement constant. L’oxygène liquide bouillonne autour de son corps nu. Sa peau ressemble à du parchemin mouillé. Ses yeux injectés de sang fixent les moniteurs. Les chiffres défilent en colonnes verticales. Le système Orion est en retard de paiement. Le solde affiche un zéro net. Les Portails de Saut consomment de l’énergie. Le Syndicat ne travaille pas gratuitement. Varo déplace un doigt squelettique. L’interface tactile réagit à sa chaleur corporelle. Les graphiques de production chutent vers le bas. La courbe est une falaise de pixels. Lana se tient devant la console principale. Ses doigts se terminent par des fiches en cuivre. Elle branche ses interfaces dans les ports neuraux. Ses pupilles se dilatent sous l’effet des stimulants. Elle voit les flux de données brutes. Le minerai reste bloqué dans les silos d’Orion. Les cargos ne décollent plus. Le blocus est une insulte au Patriarche. Lana ne sourit pas. Elle ajuste la fréquence de réception. Le signal est faible. Les rebelles coupent les communications. Le silence coûte cher. Elias attend dans l’angle mort de la pièce. Sa combinaison mate ne renvoie aucun éclat. Il reste immobile comme une statue de plomb. La cicatrice barre sa glotte d’un trait sombre. Ses mains sont lourdes. Le titane recouvre ses jointures. Il sent le poids de son équipement. L’air recyclé a un goût de fer. Il ne regarde pas les écrans. Il attend l’ordre de mission. Son cerveau calcule déjà les trajectoires. Il connaît la structure des croiseurs d’Orion. Il sait où frapper pour briser la coque. Varo appuie sur un bouton de communication. Sa voix sort des haut-parleurs. Le son est métallique et sec. « Orion refuse la taxe. » Lana déconnecte ses doigts. Elle se tourne vers le caisson. « Ils stockent le deutérium », dit-elle. « Ils pensent pouvoir tenir un siège. » Varo ferme les yeux. Le liquide s’agite dans le réservoir. « Le siège est une perte de temps », répond le vieillard. « La dette exige un impact immédiat. » Elias s’avance dans la lumière crue. Ses bottes magnétiques claquent sur la grille. Le bruit résonne dans la salle des commandes. Il s’arrête devant le caisson de Varo. Le Patriarche le regarde à travers le verre. Il n’y a pas de pitié dans ses yeux rouges. Il n’y a que de l’arithmétique. La loyauté se mesure en résultats. Elias hoche la tête. Il comprend le verdict. Il doit vider les systèmes. Lana tend une puce de données à l’exécuteur. Elias la saisit entre deux doigts massifs. Il l’insère dans le port de son poignet. Les plans de la station d’Orion s’affichent sur sa rétine. Il repère la Singularité Artificielle. C’est le cœur du système. S’il s’effondre, le soleil suit. Soixante minutes pour tout détruire. C’est un délai suffisant. Elias vérifie la pression de ses gants. Il serre les poings. Le titane grince légèrement. Il quitte la salle de commandement. Le couloir est long et étroit. Les parois en acier brut sont froides. Des gardes s’écartent sur son passage. Ils ne croisent pas son regard. Elias est une arme de gros calibre. On ne regarde pas le canon d’un fusil. Il arrive au sas du hangar de lancement. L’air est plus rare ici. Les pompes à vide travaillent bruyamment. Le croiseur d’interception attend sur les rails. Sa coque est noire comme le vide. Elias monte l’échelle de coupée. Il entre dans le cockpit étroit. L’odeur de graisse et de plastique domine. Il s’installe dans le siège de pilotage. Les sangles se verrouillent automatiquement. Il branche son interface neurale au vaisseau. Le croiseur devient une extension de son corps. Il sent les moteurs à fusion vibrer. Il vérifie les réserves d’oxygène. Les jauges sont au maximum. Il active les systèmes d’armement. Les charges de démolition sont en place. Le hangar s’ouvre sur l’espace. Les étoiles sont des points fixes. Le Portail de Saut brille au loin. C’est une structure circulaire immense. Les anneaux tournent à une vitesse folle. Elias pousse la manette des gaz. La poussée le plaque contre le dossier. Son sang descend vers ses jambes. Il respire par saccades courtes. Le vaisseau quitte la station du Verrou. Il fonce vers le premier Portail. La trajectoire est précise. Lana surveille le départ depuis sa console. Elle voit le point bleu s’éloigner. Le saut vers Orion prendra quelques secondes. Elias prépare son esprit au choc. Le passage dans le trou de ver déchire les sens. Il ferme les yeux. Il pense aux enregistrements de décompression. Le son de l’air qui s’échappe le calme. C’est le bruit de son travail. C’est le bruit de la dette qui s’efface. Le croiseur entre dans le Portail. La réalité se tord. Elias ne bouge pas. Il attend l’impact. Le saut se termine brutalement. Le système Orion apparaît sur les radars. Trois croiseurs de défense barrent la route. Ils sont lents et mal entretenus. Elias ne ralentit pas. Il ajuste sa visée sur le navire de tête. Les calculs de Lana sont exacts. Le point d'impact est situé sous la passerelle. Elias active les propulseurs latéraux. Le vaisseau pivote sur son axe. Il devient une flèche de métal noir. Les tirs de défense illuminent l'obscurité. Les projectiles ricochent sur le blindage d'Elias. Il ne dévie pas de sa course. La distance diminue rapidement. Dix kilomètres. Cinq kilomètres. Un kilomètre. Elias coupe les moteurs principaux. Il se prépare au choc physique. Il contracte ses muscles. Ses dents se serrent contre son protège-dents en caoutchouc. L'impact déchire le silence du vide. Le nez du croiseur d'Elias pénètre la coque adverse. L'acier se tord comme du papier. La décompression est immédiate. L'air de la passerelle ennemie s'échappe violemment. Elias voit des corps aspirés vers l'extérieur. Les poumons des gardes explosent sous la pression. Ils ne crient pas. Le vide ne transmet pas le son. Elias détache ses sangles. Il saisit son fusil à impulsion. Le sas de son vaisseau s'ouvre sur les débris. Il pénètre dans le croiseur ennemi. L'apesanteur modifie ses mouvements. Il progresse en utilisant les parois. Des morceaux d'os et de métal flottent autour de lui. Le sang forme des sphères rouges en suspension. Elias les traverse sans ralentir. Il a une mission. Il a soixante minutes. Il consulte sa carte interne. La Singularité Artificielle se trouve au niveau inférieur. Il descend par une cage d'ascenseur éventrée. Ses bottes magnétiques se fixent sur le métal brûlant. Il avance dans les coursives sombres. Les lumières de secours clignotent. Elles dessinent des ombres mouvantes sur les murs. Elias ne s'arrête pas. Il vérifie le compteur sur son poignet. Cinquante-cinq minutes. Un garde surgit d'un angle mort. Il tient un pistolet laser. Elias ne tire pas. Il utilise sa main gauche. Le titane de ses jointures percute le casque du garde. Le plexiglas vole en éclats. Le crâne se brise sous l'impact. Elias laisse le corps dériver. Il continue sa marche. Il n'éprouve rien. Il exécute une tâche mécanique. La dette d'Orion est une variable. Il est la solution de l'équation. Il arrive devant la porte blindée du réacteur. Elle est verrouillée par un code de sécurité. Elias ne cherche pas à le deviner. Il pose une charge thermique sur les gonds. Il s'écarte de quelques mètres. L'explosion est brève et contenue. La porte bascule vers l'intérieur. La chaleur du réacteur irradie la pièce. La Singularité Artificielle flotte au centre d'un champ magnétique. Elle ressemble à une perle noire entourée de feu. Elias sort les charges de démolition de son sac. Il les fixe sur les générateurs de confinement. Ses mouvements sont précis. Il connecte les détonateurs au minuteur central. Il règle le compte à rebours. Quarante minutes. Le soleil local commencera son effondrement dès l'explosion. Le système Orion deviendra un cimetière de glace. Il active le signal de fin de mission. Le message parvient à Lana sur la station du Verrou. Elle valide la réception. Elias fait demi-tour. Il doit regagner son vaisseau avant la fin du temps. Il repasse par les mêmes coursives. Il ne regarde pas les morts. Il ne regarde pas les dégâts. Il se concentre sur sa respiration. L'oxygène diminue dans son réservoir. Il doit économiser ses efforts. Il atteint le point d'impact. Son vaisseau est toujours encastré dans la coque. Il remonte à bord et ferme le sas. Il active les moteurs de recul. Le métal hurle lors de la séparation. Le croiseur noir se dégage de l'épave. Elias oriente le nez vers le Portail de Saut. Il ne regarde pas derrière lui. L'obscurité totale va bientôt recouvrir Orion. La dette sera payée. Le Syndicat a gagné. Elias ferme les yeux. Il lance l'enregistrement audio de la décompression. Le sifflement de l'air l'accompagne dans le saut. Il s'endort avant d'atteindre le Verrou. Sa mission est terminée. Sa glotte ne bouge plus. Le titane de ses mains repose sur ses genoux. Le vide est son seul témoin.

L'Acheron

Le sas de l'Acheron s'ouvre. Elias franchit le seuil. Ses bottes frappent le métal. Le son est sec. L'air est recyclé. Il sent l'huile chaude. Il sent le liquide de refroidissement. La porte se verrouille derrière lui. Les vérins hydrauliques sifflent. Le silence revient. Elias retire ses gants de titane. Ses mains sont lourdes. Ses jointures sont rouges. Il pose son casque sur le râtelier. La cicatrice sur sa glotte palpite. Elle suit le rythme de son cœur. Le thermomètre de la coursive affiche douze degrés. La condensation perle sur les parois. Les plaques d'acier sont nues. Aucun revêtement. Aucun confort. L'Acheron est un outil de travail. Elias avance vers le centre du navire. Ses pas résonnent dans le couloir étroit. Il ne croise personne. Le navire est une carcasse froide. Les lumières de secours projettent des ombres fixes. Elles sont d'un blanc chirurgical. Lana est dans la salle des machines. Elle est accroupie devant le bloc d'injection. Son crâne rasé reflète la lumière des écrans. Des câbles sortent de ses tempes. Ils rejoignent la console principale. Ses doigts longs bougent seuls. Ils ajustent les valves de pression. Elle ne regarde pas Elias. Elle ne parle pas. Ses pupilles sont dilatées. Les stimulants de navigation coulent dans ses veines. Elle voit les flux de données. Elle ignore la présence humaine. Elias s'arrête à deux mètres. Il observe les injecteurs. Le métal vibre. Le moteur à fusion commence sa rotation. Le bruit est sourd. Il vient des profondeurs de la coque. C'est un grognement de bête enchaînée. Lana manipule une interface neurale. Elle force le débit du deutérium. Le moteur hurle. Le son déchire l'air. Les parois de la salle tremblent. Elias sent la vibration dans ses dents. Il ne bronche pas. Il attend. Le moteur stabilise son régime. Le hurlement devient un sifflement aigu. Lana déconnecte les câbles de son crâne. Elle retire les interfaces avec lenteur. Ses mains tremblent légèrement. Elle essuie une goutte de sang sur sa tempe. Elle se lève. Elle regarde Elias. Ses yeux sont vides. Elle vérifie les cadrans de contrôle. La pression est optimale. La température du cœur monte. Le confinement magnétique tient. Elias désigne le moniteur principal. Les chiffres défilent en vert. Lana hoche la tête. Elle active les pompes à vide. L'air de la salle s'assèche encore. Elle vérifie les injecteurs de secours. Tout est en ordre. Le croiseur est prêt pour le transit. Le Syndicat attend les résultats. Don Varo attend le profit. Elias pense à la mission précédente. Il pense au vide d'Orion. Il ne ressent rien. Son esprit est une feuille de calcul. Il quitte la salle des machines. Il remonte vers le pont de commandement. L'Acheron est un labyrinthe de tuyaux. Les câbles pendent du plafond comme des lianes de cuivre. Elias évite une fuite de vapeur. La chaleur du moteur commence à se diffuser. Elle lutte contre le froid des parois. La température monte à quatorze degrés. Elias sent la sueur sous sa combinaison. Il ne l'essuie pas. Le pont est une bulle d'acier. Les vitres en polycarbonate sont épaisses de dix centimètres. Elles donnent sur le noir absolu. Le Verrou est loin derrière. Elias s'installe dans le siège de pilotage. Le cuir est usé. Il saisit les commandes manuelles. Le métal est froid sous ses paumes. Il vérifie les réservoirs d'oxygène. Le niveau est à quatre-vingt-dix pour cent. C'est suffisant pour le trajet. C'est suffisant pour tuer. Lana arrive sur le pont. Elle s'assoit devant la console de navigation. Elle ne dit pas un mot. Elle tape une séquence de codes. Les moteurs de manœuvre s'allument. L'Acheron pivote sur son axe. Les propulseurs crachent du gaz ionisé. Le vaisseau s'aligne sur le vecteur de saut. Elias regarde les étoiles. Ce sont des points fixes. Ce sont des cibles potentielles. Il active le système de visée. Les capteurs balaient le secteur. Le moteur à fusion atteint sa puissance nominale. Le sol vibre violemment. Lana engage les injecteurs de transition. La lumière du tableau de bord change. Elle devient bleue. Une alarme retentit deux fois. C'est le signal de départ. Elias serre les manettes. Ses muscles se tendent. La poussée écrase son thorax. Ses poumons se compriment. Il expire lentement. Il économise son air. Il gère la douleur physique. L'Acheron s'élance dans le vide. La structure du navire gémit sous la contrainte. Les rivets travaillent. L'acier se tord de quelques millimètres. Elias surveille les jauges de contrainte. Elles restent dans le jaune. Le vaisseau tient le choc. La vitesse augmente de façon exponentielle. Les étoiles s'étirent sur les écrans. Elles deviennent des lignes blanches. Le saut est imminent. Le moteur hurle une dernière fois. Le silence tombe d'un coup. L'Acheron est entré dans le tunnel de saut. La pesanteur artificielle se stabilise. Elias relâche la pression sur les commandes. Ses mains marquent le métal. Il regarde Lana. Elle a les yeux fermés. Elle récupère de la charge neurale. Son visage est livide. Elias se lève. Il se dirige vers le distributeur d'eau. Le liquide est tiède. Il a un goût de fer. Il boit trois gorgées. Il retourne dans sa cabine. C'est un placard de deux mètres carrés. Un lit de camp. Un casier. Elias s'assoit sur le matelas. Il sort son lecteur audio. Il branche ses écouteurs. Il lance le fichier de la décompression d'Orion. Le sifflement de l'air qui s'échappe remplit ses oreilles. C'est un son pur. C'est un son mathématique. Il ferme les yeux. La cicatrice sur sa glotte s'arrête de bouger. Le moteur à fusion continue son travail dans le noir. Il propulse le croiseur vers la prochaine dette. Lana surveille les injecteurs depuis son sommeil. L'Acheron est un projectile lancé à travers le vide. Il ne transporte pas d'espoir. Il transporte des ordres. Il transporte Elias. Le froid de la coque est sa seule certitude. La température redescend à douze degrés. Elias s'endort. Son rythme cardiaque ralentit. Il attend le prochain impact. Le croiseur fend l'espace. Les injecteurs pulsent régulièrement. Le deutérium brûle. La fusion crée la vie du navire. Les systèmes automatiques gèrent les fuites. Les robots de maintenance parcourent les coursives. Ils soudent les fissures. Ils remplacent les joints usés. L'Acheron est une machine qui se répare elle-même. Elias est une pièce de cette machine. Il est le bras armé. Il est l'exécuteur. Dans soixante minutes, le saut prendra fin. Elias devra sortir. Il devra frapper. Il devra vider les systèmes. Le Syndicat ne tolère pas les retards. Don Varo ne tolère pas l'échec. Elias le sait. Il connaît le prix de la désobéissance. Il a vu les corps flotter dans le Verrou. Il a vu les traîtres sans air. Il n'a pas peur. La peur est un sentiment. Elias n'a pas de sentiments. Il a des instructions. Le moteur à fusion baisse de ton. La phase de décélération commence. Lana se réveille. Elle reconnecte ses interfaces. Elle vérifie la trajectoire. L'Acheron sortira bientôt du tunnel. Elias sent le changement de pression. Il ouvre les yeux. Il retire ses écouteurs. Le silence du vaisseau est plus lourd que le bruit. Il se lève. Il remet ses gants de titane. Il ajuste sa combinaison. Il retourne sur le pont. Lana ne le regarde pas. Elle pointe un écran tactile. La cible est là. Un cargo de transport indépendant. Il a sauté le péage du Verrou. Il a volé le Syndicat. Elias s'assoit. Il arme les tubes lance-torpilles. Le métal des commandes est toujours froid. La température est stable. Douze degrés. L'Acheron approche de sa proie. Le moteur à fusion gronde à nouveau. La chasse commence.

Le Verrou

L’anneau du Verrou pivote sur son axe. Les vérins hydrauliques crachent de la vapeur. Le métal frotte contre le métal. Le bruit résonne dans la coque de l’Acheron. Lana pousse la manette de poussée. Les moteurs à fusion hurlent. La structure vibre. Elias serre les accoudoirs. Ses jointures en titane marquent le cuir. La pression atmosphérique grimpe. Les tympans claquent. Le liquide céphalo-rachidien pèse dans le crâne. Le portail s’illumine. Une déchirure blanche fend le noir. Le vaisseau s’engouffre dans la brèche. La gravité s’inverse. L’estomac remonte dans la gorge. Elias ferme la bouche. Il ne vomit pas. Lana garde les yeux fixés sur les moniteurs. Ses pupilles sont des trous noirs. Les interfaces neurales brillent sous sa peau. Le tunnel de saut est étroit. Les parois de réalité s’effritent. Le chronomètre affiche zéro. L’Acheron sort du vide. Le choc thermique fait craquer la coque. Le givre recouvre les hublots. Les réchauffeurs s’activent. La glace fond en gouttes grises. Orion Prime est devant. Une sphère de roche morte. Des nuages de soufre cachent les cratères. Les stations orbitales encerclent la planète. Elles ressemblent à des tiques sur un cadavre. Les tubes à gaz clignotent sur les docks. La lumière chimique brûle dans les conduits de signalisation. Elias se lève du siège de combat. Ses bottes magnétiques claquent sur le pont. Il marche vers l’armurerie. Il ouvre le casier blindé. Il saisit le fusil à impulsion. Le canon est froid. Il vérifie la chambre. La munition est en place. Il fixe le chargeur. Le clic métallique confirme le verrouillage. Il ajuste son harnais. Le poids de l’équipement stabilise son centre de gravité. Lana manipule les capteurs longue portée. Les ondes rebondissent sur les débris. Le cargo cible apparaît sur le radar. Un modèle industriel lourd. Il dérive près du troisième anneau. Ses moteurs sont éteints. Il tente de se cacher dans l’ombre thermique de la station. Lana sourit sans dents. Elle modifie la trajectoire d’approche. Les propulseurs latéraux corrigent l’angle. L’Acheron glisse sans bruit. La distance diminue. Cinq mille kilomètres. Quatre mille. Elias regarde l’écran tactique. Il analyse les points faibles du cargo. Les sas de décompression sont anciens. Les charnières sont rouillées. Un impact direct suffira. Il prépare les charges de rupture. Il vérifie les détonateurs. Les piles sont pleines. Le voyant est vert. Elias ne pense pas à l’équipage. Il pense à la trajectoire. Le système Orion est une décharge. Les épaves flottent entre les astéroïdes. Le Syndicat veut nettoyer la zone. Le non-paiement est un virus. Elias est le remède. Il enfile son casque. Le joint d’étanchéité siffle. L’oxygène recyclé arrive. Il sent le goût du métal et du plastique. Sa respiration est régulière. Soixante battements par minute. Le calme avant l’impact. Lana verrouille les pinces d’amarrage. Le cargo est à portée de tir. Les tourelles de l’Acheron pivotent. Les servomoteurs gémissent. La cible ne bouge pas. Ils ignorent la menace. Ils croient au silence. Elias se place devant le sas de sortie. Il attend le contact. Le vaisseau tremble. Les freins magnétiques s’enclenchent. Le choc est violent. Le métal se tord. L’alarme de proximité hurle dans le cargo. Elias ne l’entend pas. Il sent la vibration sous ses pieds. Il active la perceuse thermique. La mèche tourne à haute vitesse. Les étincelles jaillissent sur son armure. Le blindage du cargo cède. L’air s’échappe par le trou. La décompression commence. Elias entre dans le tunnel de transfert. Il avance dans l’obscurité. Le couloir est vide. Les lumières de secours tournent. Elias lève son arme. Il voit un garde. L’homme ne porte pas de casque. Ses yeux sortent de leurs orbites. Ses poumons explosent. Il agite les bras. Elias ne tire pas. Il économise les munitions. Il passe à côté du corps. Le sang flotte en sphères rouges. Elias les traverse. Il cherche la salle des machines. La Singularité Artificielle est au centre. Elle pulse une lumière bleue. Elias pose les charges sur le noyau. Il règle le compte à rebours. Soixante minutes. Il active le signal. Lana reçoit la confirmation sur le pont. Elle prépare le saut de retour. Elias fait demi-tour. Il marche sur les parois. La gravité est absente. Il utilise les poignées de secours. Il revient au sas. L’Acheron se détache. Les crochets se libèrent. Le cargo s’éloigne. Il ressemble à un jouet cassé. Orion Prime brille derrière lui. Le soleil local est pâle. Dans une heure, il n’y aura plus rien. Elias retire son casque. Il s’assoit. Il regarde ses mains. Elles ne tremblent pas. Il attend l’explosion. La dette sera payée. Le vide reprendra ses droits. L'Acheron s'éloigne à pleine poussée. Lana surveille les vecteurs de sortie. Le moteur à fusion sature les capteurs. La chaleur monte dans l'habitacle. Elias vérifie son interface de poignet. Le décompte affiche quarante minutes. Il nettoie la lentille de son casque. La sueur pique ses yeux. Il ne s'essuie pas. Il observe les données de télémétrie. Le cargo dérive vers le puits de gravité. La structure se fragmente sous la pression. Des morceaux de coque se détachent. Ils ressemblent à des écailles de poisson mort. Le silence règne dans le poste de pilotage. Lana ajuste les filtres d'air. L'odeur de brûlé persiste. C'est l'odeur du travail fini. Le soleil d'Orion change de couleur. Le bleu vire au blanc intense. La Singularité Artificielle commence à s'effondrer. Elle aspire la matière environnante. Les stations orbitales vacillent. Les communications du système saturent. Des appels de détresse remplissent le spectre radio. Lana coupe le son. Elias regarde les signaux visuels. Les explosions secondaires illuminent la face sombre de la planète. Les cités souterraines perdent leur énergie. Les lumières s'éteignent une par une. L'obscurité gagne du terrain. C'est une marée noire. Elle avale tout. Les crédits. Les vies. Les contrats. Elias ouvre une poche de nutriments. Il boit le liquide tiède. Le goût est neutre. Il a besoin de calories pour le prochain saut. Le Syndicat attend le rapport. Don Varo veut des chiffres précis. Elias tape le code de confirmation. Mission accomplie. Cible neutralisée. Zone de saut dégagée. Lana prépare les calculs pour le retour au Verrou. Ses doigts courent sur les interfaces. Elle ne parle pas. Elle n'a rien à dire. Le profit ne nécessite pas de mots. Le vide est la seule vérité. L'Acheron entame sa rotation. Les propulseurs crachent du gaz froid. Le vaisseau pointe vers le néant. Le décompte atteint zéro. Une onde de choc invisible traverse l'espace. Le cargo disparaît dans un flash aveugle. La Singularité a mangé le noyau. Le soleil local se contracte. Il implose. La lumière est aspirée vers l'intérieur. Puis, l'expansion commence. Une sphère de feu déchire le système. Orion Prime se brise en mille morceaux. Les débris sont vaporisés instantanément. Elias regarde le spectacle sur l'écran arrière. Son visage reste de marbre. La cicatrice sur sa glotte ne bouge pas. Il ne cligne pas des yeux. La destruction est propre. Elle est arithmétique. L'Acheron active son moteur de saut. L'espace se courbe à nouveau. Le vaisseau disparaît avant que l'onde de choc ne l'atteigne. Le tunnel de transit s'ouvre. La pression revient. Elias ferme les yeux. Il écoute le bruit de la décompression enregistrée dans ses écouteurs. Le son de l'air qui quitte les corps. C'est sa berceuse. Le voyage sera long jusqu'à la prochaine station. Il a le temps de dormir. Il a le temps d'oublier. Le Syndicat paiera la prime demain. La galaxie est un peu plus vide. C'est ainsi que le profit augmente. La mission est terminée.

Collision

L'Acheron fonce dans le noir absolu. Elias fixe l'écran de visée. Le croiseur de tête occupe tout l'espace. C'est une masse d'acier et de titane. Le nom est peint sur la proue : *Orion-1*. Elias pousse la manette de poussée. Les moteurs hurlent derrière la cloison. Le siège vibre contre sa colonne vertébrale. Il ne porte pas de gants. Ses mains sont sèches. Ses jointures en titane brillent sous la lumière rouge. Le radar bipe une fois. Puis le silence revient. La distance tombe à zéro. L'impact est un choc sourd. Le nez de l'Acheron perce la coque ennemie. Le métal se déchire avec un bruit de broyeuse. Elias est projeté contre ses sangles. Ses poumons se compriment. La structure du croiseur plie. Les plaques de blindage sautent comme des écailles. L'acier hurle. La coque du croiseur s'ouvre sur dix mètres. La brèche est nette. L'Acheron est encastré dans le flanc du monstre. Elias détache ses sangles. Il récupère son fusil à impulsion. Le chargeur s'enclenche avec un clic métallique. La décompression commence. L'air du croiseur s'échappe vers le vide. C'est un sifflement violent. La pression chute dans les coursives d'Orion-1. Dans le couloir principal, trois gardes courent. Ils n'ont pas de casque. Le vent les aspire vers la déchirure. Leurs visages deviennent violets. Les capillaires de leurs yeux éclatent. Le sang coule sur leurs joues. Il gèle instantanément. Les cristaux rouges flottent dans l'air. Un garde s'accroche à une rampe. Ses doigts glissent. Ses ongles s'arrachent sur le métal froid. Il part dans le noir. Ses poumons explosent à l'intérieur de sa poitrine. Il ne crie pas. Le vide ne transporte pas le son. Elias ouvre le sas de l'Acheron. Il entre dans le croiseur. Ses bottes magnétiques claquent sur le pont. Le bruit résonne dans son casque. Il active sa lampe de poignet. Le faisceau traverse le brouillard de gaz gelé. Des débris flottent partout. Des morceaux de plastique. Des feuilles de papier. Des gouttes de sueur transformées en glace. Elias avance. Son pas est lourd. Il ne regarde pas les corps. Un cadavre de garde dérive devant lui. Elias le repousse du canon de son arme. Le corps tourne sur lui-même. Il cogne contre le plafond. Le couloir B-12 est sombre. Les lumières de secours clignotent. Elles sont rouges. Elias vérifie son compteur Geiger. Le niveau est stable. Il tourne à gauche. Un sas de sécurité se ferme automatiquement. Elias sort une charge thermique. Il la plaque contre le verrou. La thermite brûle le métal. Les étincelles jaillissent dans le vide. Elles ressemblent à des étoiles mourantes. Le verrou fond. Elias donne un coup de botte. La porte bascule dans la pièce suivante. Deux gardes attendent derrière. Ils portent des masques à oxygène d'urgence. Leurs mains tremblent sur leurs pistolets. Elias ne s'arrête pas. Il tire deux fois. La première balle traverse le masque du premier homme. Le plastique vole en éclats. Le visage s'effondre. Le deuxième garde tire. La balle ricoche sur l'épaule d'Elias. Le titane de la combinaison tient bon. Elias ajuste son tir. La balle percute la gorge du garde. Le sang gicle en sphères parfaites. Elles flottent autour du mourant. Elias marche dans le sang. Il ne glisse pas. Les aimants le fixent au sol. Il atteint la section centrale. La Singularité Artificielle est là. C'est une sphère de confinement magnétique. Le noyau brille d'une lumière blanche. C'est le cœur du système Orion. Elias sort les charges de son sac. Ce sont des blocs de plastic noir. Il les fixe sur les stabilisateurs de flux. Ses mouvements sont précis. Il branche les détonateurs. Les fils sont fins. Il les manipule avec ses doigts lourds. Le minuteur affiche soixante minutes. Les chiffres rouges défilent. Elias active la liaison radio. La voix de Lana grésille dans son oreille. Elle est calme. Elle donne les coordonnées de sortie. Elias ne répond pas. Il n'a rien à dire. Il vérifie la pression de son réservoir d'oxygène. Il reste quatre-vingts pour cent. C'est suffisant. Il fait demi-tour. Il doit retourner à l'Acheron. Le croiseur tremble. Les structures internes cèdent sous la torsion du métal. Un pilier de soutien s'effondre derrière lui. La poussière de métal remplit l'air. Il croise un officier dans la salle des cartes. L'homme est vieux. Il n'a pas de masque. Il est assis contre un pupitre. Ses mains serrent son ventre. Ses intestins sortent par une plaie large. Le froid les a déjà figés. L'officier regarde Elias. Ses lèvres bougent. Aucun son ne sort. Elias lève son fusil. Il vise le front. Il presse la détente. Le recul secoue son bras. La tête de l'officier bascule en arrière. Le problème est réglé. La pitié n'est pas au programme. Elias arrive au point d'impact. L'Acheron est toujours là. Sa proue est enfoncée dans le flanc du croiseur. Les moteurs de manœuvre crachent du gaz froid. Elias grimpe par la brèche. Il rentre dans son cockpit. Il scelle le sas. La pression remonte dans la cabine. L'air siffle dans les conduits. Elias retire son casque. Sa peau grise est couverte de sueur. La cicatrice sur sa glotte palpite. Il s'assoit dans son siège. Il active les propulseurs de recul. L'Acheron s'arrache de la carcasse du croiseur. Le métal frotte contre le métal. Les étincelles illuminent le vide. Le vaisseau se dégage enfin. Il flotte à quelques mètres de la cible. Le croiseur Orion-1 est une épave. Il dérive lentement vers la planète morte en dessous. Des corps continuent de sortir par la brèche. Ils ressemblent à des insectes minuscules. Elias regarde le chronomètre. Cinquante-deux minutes. Il engage les moteurs principaux. L'Acheron s'éloigne. Le croiseur devient un point sur le radar. Elias ouvre un compartiment dans le tableau de bord. Il sort un lecteur audio. Il branche ses écouteurs. Il appuie sur lecture. Le son de la décompression remplit ses oreilles. Le sifflement de l'air. Le craquement des os. Le silence final. Il ferme les yeux. Son rythme cardiaque ralentit. Le profit demande de la précision. Le Syndicat veut des résultats. Orion a cessé de payer. Orion va cesser d'exister. La Singularité va s'effondrer. Le soleil local suivra. C'est une réaction en chaîne. C'est de la physique pure. Elias respire lentement. L'air de la cabine a un goût de métal recyclé. Il aime cette odeur. C'est l'odeur du travail terminé. L'Acheron vire de bord. Il se dirige vers le Portail de Saut. Les lumières du tableau de bord sont les seules étoiles dans la cabine. Elias ne regarde pas en arrière. Le passé est une donnée inutile. Le futur est une colonne de chiffres. Il attend l'explosion. Elle sera silencieuse. Elle sera totale. La dette sera payée. Le système sera vide. Elias dort debout, les yeux ouverts sur le vide.

Zéro Gravité

La brèche est une plaie ouverte dans le flanc du croiseur. L'acier est tordu vers l'extérieur. Le métal a fondu sous l'impact du percuteur. Elias franchit le seuil. Ses bottes quittent le sas de l'Acheron. Il flotte un instant. L'obscurité du vaisseau Orion l'avale. Il active ses semelles. L'aimant percute la paroi. *Clac.* Le son se propage par ses os. Le vide ne transporte pas les ondes. Sa combinaison retransmet les vibrations. C'est un langage de chocs. Le couloir est une galerie de débris. Des feuilles de plastique flottent. Des manuels de bord tournent sur eux-mêmes. Elias avance. Il place un pied devant l'autre. *Clac. Clac.* Le rythme est régulier. Son cœur bat à cinquante pulsations. L'affichage tête haute indique une absence totale de pression. La température est de moins cent-quatre-vingts degrés. Un premier corps dérive dans la coursive. C'est un technicien. Sa combinaison est déchirée au niveau du cou. Le sang a gelé instantanément. Il forme des grappes de perles sombres autour de la plaie. Elias ne ralentit pas. Il écarte le cadavre d'un revers de main. Le corps pivote lentement. Il va frapper la cloison opposée. Il n'y aura pas de bruit. Le silence est une masse physique. Elias entend sa propre respiration. Le ventilateur de son pack dorsal ronronne. C'est un bruit de fond nécessaire. Sans lui, le silence rendrait fou. Il atteint le premier carrefour. Les parois sont marquées par des impacts de shrapnels. Le croiseur a encaissé le choc de plein fouet. Les systèmes de survie sont pulvérisés. Il consulte la carte neurale. La Singularité se trouve trois ponts plus bas. Il repère la cage d'ascenseur. Les câbles sont sectionnés. Ils pendent comme des entrailles d'acier. Elias se laisse tomber dans le puits. Il désactive ses bottes. La chute est une illusion. Il descend sans poids. Il utilise ses mains pour corriger sa trajectoire. Les gants en kevlar glissent sur les rails. Au deuxième niveau, il croise une section entière de l'équipage. Ils sont six. Ils se tenaient par la main au moment de la décompression. Leurs visages sont boursouflés. Les capillaires ont éclaté sous la peau. Ils ressemblent à des masques de cire violette. Leurs bouches sont ouvertes sur un cri figé. Elias passe au milieu d'eux. Ses genoux heurtent un torse. La sensation est celle d'un bloc de glace. Il ne demande pas pardon. Les morts ne reçoivent pas de chèques. Il réactive ses aimants à l'approche du pont technique. *Clac.* L'arrêt est brutal. Ses articulations encaissent la charge. Il sort son pistolet à impulsions. La sécurité est effacée. Le couloir mène à la salle des machines. La porte blindée est scellée. Les verrous magnétiques sont encore alimentés par les batteries de secours. Elias sort un boîtier de dérivation. Il connecte les câbles aux bornes de la porte. Ses doigts sont précis. Il ne tremble pas. L'interface de Lana apparaît sur son écran. Elle a pré-programmé le virus. Les chiffres défilent. Le rouge devient vert. Les verrous s'effacent. La porte coulisse avec une lenteur mécanique. Elle racle contre des débris coincés dans le rail. La salle de la Singularité est vaste. Le réacteur occupe le centre. C'est une sphère de confinement en titane. À l'intérieur, un point noir dévore la lumière. C'est le cœur d'Orion. C'est ce qui permet les sauts. C'est ce qui va causer leur perte. Le rayonnement Cherenkov baigne la pièce d'une lueur bleue. C'est la seule couleur dans ce monde de gris. Elias s'approche de la console de contrôle. Le sol est jonché d'outils. Un ingénieur gît près du pupitre. Il a une clé à chocs plantée dans l'abdomen. Il a tenté de saboter le réacteur avant de mourir. Elias retire la clé. Il la laisse flotter. Il ouvre son sac de transport. Il en sort quatre charges de compression. Il place la première charge sur le pilier nord. L'aimant se verrouille. *Clac.* Il arme le détonateur. Une diode rouge clignote. Il passe au pilier suivant. Ses mouvements sont économes. Chaque geste a été répété en simulateur. Il ne regarde pas le réacteur. Il regarde les points d'ancrage. Le troisième pilier est endommagé. Elias doit utiliser une soudure à froid pour fixer la charge. La résine durcit en trois secondes. Il vérifie la solidité. C'est conforme. Il se dirige vers le dernier pilier. Un mouvement attire son regard. Une main agrippe sa cheville. Elias pivote. Son arme est déjà braquée. L'ingénieur n'est pas mort. Il a une réserve d'oxygène d'urgence. Un masque plastique couvre son nez. Ses yeux sont injectés de sang. Il serre la botte d'Elias. Il ne peut pas parler. Il n'y a pas d'air pour porter sa voix. Il secoue la tête. Ses lèvres bougent. Il supplie. Elias regarde l'homme. Il regarde la blessure au ventre. Les intestins dépassent de la déchirure. Ils sont gelés. L'homme est déjà un cadavre. Il ne le sait pas encore. Elias lève son pied. Il écrase la main de l'ingénieur contre le pont métallique. Les os des doigts craquent. L'homme lâche prise. Il se tord en silence. Sa bouche forme un O parfait. Elias fixe la quatrième charge. Il l'arme. Le réseau est synchronisé. Le compte à rebours s'affiche sur son HUD. Soixante minutes. Le temps nécessaire pour rejoindre l'Acheron et s'éloigner de la zone d'effet. Il retourne vers la sortie. Il ne court pas. La précipitation est une erreur tactique. Il repasse devant les six cadavres du puits. Ils n'ont pas bougé. Il remonte le long des câbles. Ses muscles travaillent sous la combinaison. La sueur pique ses yeux. Il ne peut pas s'essuyer. Il ignore la douleur. Il atteint le pont supérieur. La brèche est toujours là. Les étoiles brillent au-delà du métal déchiré. Elles sont fixes. Elles sont froides. Elias voit la silhouette de l'Acheron. Le vaisseau attend à cinq cents mètres. Lana maintient la position. Il active son propulseur dorsal. Des jets d'azote propulsent son corps dans le vide. Il quitte le croiseur Orion. Le vaisseau ressemble à une carcasse évidée. Il dérive lentement vers le soleil du système. Elias ajuste sa trajectoire. Il vise le sas de son navire. La distance diminue. Il voit les lumières de position de l'Acheron. Elles sont vertes. Le signal de récupération est actif. Il freine sa course avec les tuyères avant. L'impact avec le sas est amorti par les vérins de sa combinaison. Il entre dans le sas. La porte se referme. L'air siffle. La pression remonte. Elias sent le poids de son corps revenir. La gravité artificielle s'ajuste. Il retire son casque. L'air sent le métal et le recyclage. C'est une bonne odeur. Il pose son casque sur le rack. Ses cheveux sont trempés. La cicatrice à sa gorge est rouge vif. Il active l'intercom. — C'est fait, dit Elias. Sa voix est rauque. Elle n'a pas servi depuis des heures. — Bien reçu, répond Lana. On décroche. L'Acheron vire de bord. Les moteurs à ions s'allument. Le vaisseau s'éloigne du croiseur Orion. Elias s'assoit sur son banc de transfert. Il regarde l'écran de contrôle. Le compte à rebours affiche quarante-deux minutes. Il sort son lecteur audio. Il branche les écouteurs. Il cherche le fichier de la décompression d'Orion. Il appuie sur lecture. Le son du métal qui se déchire remplit son crâne. Le sifflement de l'air qui s'échappe. Le silence qui suit. Elias ferme les yeux. Son pouls descend à quarante-huit. Il attend l'effondrement. Le travail est propre. La dette sera effacée. Le système sera vide. Il n'y a plus rien à dire.

Nettoyage

Elias tourne à l'angle de la coursive 4-B. Ses bottes magnétiques percutent le sol en alliage. Le bruit résonne dans son casque. La gravité artificielle oscille à 0,4 G. Les lumières de secours clignotent à intervalles de deux secondes. Le rouge sature l'espace. Elias vérifie son compteur de munitions. Douze cartouches de calibre .45 dans le chargeur. Une dans la chambre. Trois gardes barrent le passage. Ils portent des combinaisons de sécurité bleues. Le sigle d'Orion est visible sur leurs épaules. Ils tiennent des fusils à impulsion. Le premier garde lève son arme. Ses mains tremblent. Elias ne s'arrête pas. Il réduit la distance. Il marche à un rythme constant. Le premier garde hurle un ordre. Le son est étouffé par le vide partiel. Elias lève son bras droit. Il aligne le viseur laser sur le plexus du garde central. Il presse la détente. Le recul secoue son épaule. La détonation est un choc sourd dans l'air raréfié. Le projectile traverse la combinaison pressurisée. Le tissu se déchire. La chair cède. Le garde est projeté en arrière par l'impact. Il heurte la cloison métallique. Un jet de sang s'échappe de la blessure. Le liquide ne coule pas. Il forme des sphères rouges et chaudes. Elles flottent devant la visière d'Elias. Le deuxième garde tire. Un faisceau d'énergie frappe l'épaule gauche d'Elias. Le polymère de sa combinaison brûle. Elias pivote. Il tire deux fois. La première balle brise la visière du tireur. Le verre éclate en mille fragments. La pression interne du casque expulse les débris. La deuxième balle pénètre dans la gorge. Le garde lâche son arme. Il porte ses mains à son cou. Ses doigts s'enfoncent dans la plaie béante. Il n'y a plus d'air pour crier. Le troisième garde recule. Il cherche un abri derrière une caisse de ravitaillement. Elias avance. Il change de chargeur. Le clic du métal est net. Il engage le nouveau bloc. Il arme la culasse. Le mouvement est fluide. Mécanique. Le garde tente de viser. Elias tire dans le genou droit. L'os explose. Le garde bascule sur le côté. Sa jambe pend par un lambeau de muscle. Elias arrive à sa hauteur. Il regarde l'homme à travers son filtre teinté. Le garde ouvre la bouche. Ses yeux sont dilatés. Elias place le canon contre le front du garde. Il presse la détente. Le crâne se fracasse contre le sol. La cervelle se mélange aux sphères de sang qui saturent la coursive. Elias baisse son arme. Il observe les corps. Ils flottent légèrement au-dessus du sol. La gravité chute encore. Les globes de sang s'agglutinent. Ils forment des masses informes dans l'air. Elias traverse ce nuage visqueux. Des gouttes rouges tachent son plastron mat. Il ne les essuie pas. Il progresse vers la porte blindée du secteur 5. Les parois sont couvertes de givre. La température baisse de trois degrés par minute. Elias active son interface neurale. Un schéma de la station s'affiche sur sa rétine. La Singularité Artificielle est à cinquante mètres. Il enjambe le premier cadavre. Il récupère une carte d'accès sur la ceinture du garde. Le plastique est froid. Elias insère la carte dans le lecteur de la porte. Le voyant passe au vert. Les vérins hydrauliques gémissent. La porte coulisse avec lenteur. L'air s'engouffre dans la pièce suivante. Elias stabilise sa position. Il vérifie ses angles. La pièce est vide. Des consoles de contrôle bordent les murs. Au centre, le noyau de la Singularité pulse. C'est une sphère de confinement magnétique. Elle contient un point noir absolu. Elias ouvre son sac de transport. Il sort les charges de démolition. Ce sont des blocs de C-14. Il fixe la première charge sur le pilier de soutien nord. Il connecte les détonateurs. Ses doigts bougent avec précision. Il ne tremble pas. Il règle la minuterie. Soixante minutes. Il se déplace vers le pilier sud. Il répète l'opération. Le métal du pilier est couvert de condensation. Elias essuie la surface avec son gant avant de coller l'explosif. Il vérifie la liaison radio avec l'Acheron. Le signal est faible mais stable. Lana parle dans son oreille. Sa voix est saturée de parasites. — Elias. Rapport. — Charges posées, répond Elias. — Temps restant ? — Cinquante-huit minutes. — Le croiseur Orion déploie des drones de combat. Dépêche-toi. — Je sors. Elias quitte la salle du noyau. Il repasse par la coursive 4-B. Les corps des gardes ont dérivé. L'un d'eux bloque le passage. Elias le saisit par l'épaule. Il le pousse contre le mur. Le cadavre rebondit mollement. Les sphères de sang se sont déposées sur les parois. Elles forment des taches sombres. Il atteint le sas de sortie. Il vérifie l'étanchéité de son casque. Il verrouille les fixations. Il active la pompe de décompression du sas. L'air est aspiré. Le silence devient total. Elias ouvre l'écoutille extérieure. Le vide s'étend devant lui. Le soleil d'Orion brille avec une intensité stérile. Les débris du croiseur percuté flottent en orbite. Elias accroche son câble de sécurité au rail de guidage. Il se propulse vers son navire de transport. Ses mouvements sont calculés. Chaque impulsion des propulseurs de sa combinaison est brève. Il économise le gaz. Il regarde derrière lui. La station Orion ressemble à une aiguille d'acier plantée dans le noir. Dans moins d'une heure, elle ne sera plus qu'un nuage de particules. Il atteint le sas de l'Acheron. La porte s'ouvre. Il entre. La pressurisation commence. Le sifflement de l'oxygène remplit ses oreilles. Il retire son casque. L'air sent le métal et le recyclage. C'est une bonne odeur. Il pose son casque sur le rack. Ses cheveux sont trempés. La cicatrice à sa gorge est rouge vif. Il active l'intercom. — C'est fait, dit Elias. Sa voix est rauque. Elle n'a pas servi depuis des heures. — Bien reçu, répond Lana. On décroche. L'Acheron vire de bord. Les moteurs à ions s'allument. Le vaisseau s'éloigne du croiseur Orion. Elias s'assoit sur son banc de transfert. Il regarde l'écran de contrôle. Le compte à rebours affiche quarante-deux minutes. Il sort son lecteur audio. Il branche les écouteurs. Il cherche le fichier de la décompression d'Orion. Il appuie sur lecture. Le son du métal qui se déchire remplit son crâne. Le sifflement de l'air qui s'échappe. Le silence qui suit. Elias ferme les yeux. Son pouls descend à quarante-huit. Il attend l'effondrement. Le travail est propre. La dette sera effacée. Le système sera vide. Il n'y a plus rien à dire.

L'Interface

Lana enfonce les aiguilles de titane dans ses avant-bras. Les ports neuronaux acceptent la connexion. Un liquide de refroidissement circule dans les tubes. Sa température corporelle chute de deux degrés. Ses pupilles se dilatent. Le réseau local d'Orion apparaît derrière ses paupières. C'est une architecture de lignes blanches sur fond noir. Elle voit tout. Elle est partout. Elias attend dans le sas de maintenance. Il vérifie la culasse de son fusil. Le métal est froid. L'huile d'armement sent le solvant. Il ajuste ses gants de cuir. Les jointures en titane grincent légèrement. Son cardiofréquencemètre indique cinquante-deux battements par minute. Il respire par le nez. L'air recyclé a un goût de ferraille. — Je suis dedans, dit Lana. Sa voix arrive par l'implant cochléaire d'Elias. Elle est plate. Dénuée de vibration humaine. — Ouvre la porte, répond Elias. Lana exécute une commande. Elle brise le cryptage de la porte 4-G. Les verrous hydrauliques se rétractent. Le bruit est sec. Elias entre dans le couloir. Les parois sont en acier brossé. Des câbles courent le long du plafond. Ils ressemblent à des veines. — Trois gardes au prochain angle, dit Lana. Ils ont des armures légères. Des pistolets à impulsion. Elias ne ralentit pas. Il marche sur la pointe des pieds. Ses bottes magnétiques sont en mode passif. Il atteint l'angle. Il bascule son fusil en mode automatique. Il pivote. Le premier garde lève son arme. Elias tire une rafale de trois coups. La poitrine du garde explose. Le sang tache le mur gris. Le deuxième garde tente de reculer. Elias lui loge une balle dans la gorge. L'homme s'effondre en gargouillant. Le troisième garde lève les mains. Elias lui tire entre les deux yeux. Le corps tombe lourdement. Pas de cris. Juste le choc de la viande contre le sol. Lana observe la scène via les caméras de surveillance. Elle voit les trajectoires des balles. Elle calcule les angles de rebond. Elle ne ressent rien. Elle efface les cinq dernières secondes d'enregistrement. Elle remplace l'image par une boucle de couloir vide. — Secteur dégagé, dit Lana. Prends à gauche. Ascenseur de service. Elias enjambe les cadavres. Il ne regarde pas les visages. Les visages ne sont que des cibles neutralisées. Il appelle l'ascenseur. La cabine arrive. Elle vibre. Il entre. Lana prend le contrôle de la cabine. Elle court-circuite le panneau de commande. Elle propulse l'ascenseur vers le niveau inférieur. Le centre de données. Le cœur de la station. — Je coupe les lumières du bloc B, annonce Lana. Elle injecte un virus dans le réseau électrique. Les disjoncteurs sautent les uns après les autres. L'obscurité gagne les coursives. Les alarmes de secours ne s'allument pas. Elle a verrouillé les relais. Le noir est total. Elias active sa vision thermique. Le monde devient une nuance de bleu et de orange. Il sort de l'ascenseur. Le centre de données est une vaste salle. Des rangées de serveurs montent jusqu'au plafond. Le bruit des ventilateurs est un bourdonnement constant. L'air est sec. Il pique les narines. — La Singularité est au centre, dit Lana. Sous le dôme de verre. Elias progresse entre les machines. Il voit les signatures thermiques des processeurs. Ils dégagent une chaleur intense. Il arrive devant le dôme. La Singularité Artificielle flotte dans un champ magnétique. C'est une sphère de lumière blanche. Elle ne produit aucun son. Elle est la source de toute la puissance d'Orion. Elle est la raison de la dette. Elias pose son sac au sol. Il sort les charges de thermite. Elles sont lourdes. Le plastique est mat. Il fixe la première charge sur le socle du générateur. Il branche les détonateurs. Les fils sont fins. Il travaille avec la précision d'un horloger. Ses mains sont stables. Lana surveille les niveaux d'énergie. Elle voit une équipe d'intervention approcher par le conduit de ventilation. Six hommes. Équipement lourd. — Tu as de la visite par le haut, Elias. Six cibles. Trente secondes. Elias ne s'arrête pas. Il fixe la deuxième charge. Il active le minuteur. Les chiffres rouges s'allument. 10:00. — Bloque-les, dit Elias. Lana pirate le système anti-incendie. Elle libère le gaz halon dans les conduits de ventilation. Le gaz remplace l'oxygène. Elle entend les hommes suffoquer dans leurs micros. Ils grattent les parois de métal. Leurs mouvements ralentissent. Leurs cœurs s'arrêtent. Les signatures thermiques s'éteignent sur l'écran de Lana. — Cibles neutralisées, dit Lana. Elias finit de poser la quatrième charge. Le compte à rebours affiche 08:45. Il se redresse. Il range ses outils. Il regarde la sphère de lumière. Elle est belle comme un crash de voiture. — Je sors par où ? demande Elias. — Conduit d'évacuation 12. À ta droite. Il mène directement au hangar 4. Ta navette est prête. Elias court. Ses bottes frappent le sol avec un rythme de métronome. Il grimpe dans le conduit. Le métal est chaud. Il rampe rapidement. Ses muscles brûlent sous sa combinaison. Il ne ralentit pas. Lana déverrouille les portes du hangar. Elle préchauffe les moteurs de la navette. Elle télécharge les coordonnées de saut. Elle efface les protocoles de lancement. Elle crée un vide administratif autour du départ d'Elias. Elias saute du conduit. Il atterrit souplement sur le pont du hangar. La navette l'attend. La rampe est abaissée. Il monte à bord. Il jette son fusil sur le siège passager. Il s'installe aux commandes. — Je décolle, dit Elias. — Je ferme les portes derrière toi, répond Lana. La navette quitte le hangar. Les propulseurs crachent une flamme bleue. Elias s'éloigne de la station. Il regarde le chronomètre sur son tableau de bord. 02:15. Lana retire les aiguilles de ses bras. Elle déconnecte les ports. Elle ressent une douleur vive dans les tempes. Elle ignore la sensation. Elle regarde l'écran principal de l'Acheron. La station Orion est un point minuscule dans le vide. — C'est fini, dit Lana. Elias ne répond pas. Il regarde par le hublot. Le compte à rebours atteint zéro. Les charges de thermite explosent. Le champ magnétique de la Singularité se brise. La sphère de lumière s'étend violemment. Elle déchire le dôme de verre. Elle consume les serveurs. Elle se propage dans les couloirs. La station Orion se disloque. Les sections de métal se tordent. Elles fondent. Puis, la Singularité s'effondre sur elle-même. Elle crée un puits de gravité artificiel. La station est aspirée vers l'intérieur. Les débris disparaissent dans un point noir. Le soleil local vacille. Sa couronne s'étire vers le vide laissé par la station. L'équilibre gravitationnel du système est rompu. L'étoile commence sa contraction. Elle devient rouge sombre. Elle va exploser. Puis elle deviendra un trou noir. Elias active le moteur de saut. L'espace se courbe devant la navette. — Travail propre, dit Elias. Il sort son lecteur audio. Il cherche le fichier de la mission. Il appuie sur lecture. Il entend le bruit des portes qui cèdent. Le son du gaz halon dans les poumons des gardes. Le sifflement de la Singularité qui s'effondre. Lana s'assoit dans son fauteuil. Elle regarde ses mains. Elles tremblent légèrement. Elle les serre. Elle pense aux crédits qui s'accumulent. Elle pense au silence de sa future planète. L'Acheron disparaît dans le saut. Le système Orion est mort. La dette est effacée. Le vide a gagné.

Pluie Acide

Elias observe la place centrale. La vitre est épaisse de dix centimètres. Le polymère résiste à la pression atmosphérique. En bas, la foule ressemble à une marée sombre. Cinquante mille têtes. Elles bougent par saccades. Les gens attendent les navettes de secours. Les navettes ne viendront pas. Elias pose sa main sur le montant en acier. Le métal est froid. Les vibrations des générateurs montent dans son bras. Lana tape sur son clavier. Ses doigts sont des tiges de métal fin. Elle coupe les circuits d'alimentation des hangars. Les vérins hydrauliques se bloquent. Le liquide de pression fuit dans les caniveaux. Le métal hurle dans les coursives. Les portes de docking restent closes. Les boulons explosifs sont désactivés. Lana ne regarde pas l'écran principal. Elle surveille les courbes de consommation. Le ciel change de teinte. Le jaune devient ocre. Puis un rouge sale. La Singularité Artificielle travaille au cœur du système. Elle dévore la masse de l'étoile. La gravité augmente de 0,2 G par minute. Les corps deviennent plus lourds. Les genoux fléchissent sur le béton. Elias vérifie son arme. Un calibre douze à impulsion. Le poids est rassurant. Il ne l'utilisera pas. La physique fera le travail. Il regarde sa montre. Soixante minutes. La pluie commence. Elle tombe en gouttes lourdes. Elle n'est pas faite d'eau. C'est un mélange de soufre et de nitrates. Le liquide ronge la peinture des bâtiments. Une fumée blanche s'élève des toits. L'odeur de l'acide traverse les filtres de la station. C'est une odeur de métal brûlé. Les gens sur la place lèvent les mains. Le liquide brûle la peau. Les premiers rangs tombent. Ils se tordent sur le sol. Les autres marchent dessus. Elias ne détourne pas les yeux. Il compte les respirations. Son cœur bat à quarante pulsations par minute. C'est le rythme de l'attente. Il voit un homme frapper contre la porte du terminal. L'homme utilise une barre de fer. Le fer plie. La porte de trois tonnes ne bouge pas. L'homme s'effondre. L'acide dissout ses vêtements. La peau devient rouge. Puis blanche. Lana parle dans l'intercom. Sa voix est monocorde. — Verrouillage total effectué. Les systèmes de survie passent à dix pour cent. Elias hoche la tête. Il regarde le port de docking numéro quatre. Une navette privée tente de forcer le passage. Les moteurs crachent des flammes bleues. Les pinces magnétiques tiennent bon. La coque de la navette se tord sous l'effort. Les rivets sautent comme des balles de fusil. Le cockpit explose. Le carburant s'enflamme. La boule de feu dure trois secondes. La pluie acide éteint l'incendie. Le Syndicat a envoyé les ordres par canal crypté. Le message tenait en trois mots. "Vider les systèmes". Orion Prime est une erreur comptable. La dette dépasse la valeur des ressources. L'extermination est la seule solution rentable. Elias est le comptable. Son outil est le vide. La gravité monte encore. Elias sent ses bottes s'écraser contre le sol. Ses articulations en titane grincent. Il ajuste les réglages de sa combinaison. La pression interne augmente pour compenser. Dehors, la foule ne bouge plus beaucoup. Les gens sont plaqués au sol par leur propre poids. La pluie continue de tomber. Elle creuse des trous dans le bitume. Elle ronge les os de ceux qui ne respirent plus. Lana se lève. Elle débranche ses interfaces. Ses yeux sont rouges. Elle sort une fiole de stimulants. Elle avale le contenu. — La Singularité atteint le point critique, dit-elle. Elias regarde l'horizon. Le soleil d'Orion n'est plus un cercle. C'est un ovale étiré. La lumière est violette. Les ombres s'allongent de manière anormale. Les bâtiments de la ville commencent à se fissurer. Les structures ne sont pas conçues pour cette charge. Le béton éclate. La poussière s'élève mais retombe aussitôt. Un enfant rampe vers la vitre du terminal. Il laisse une trace de sang sur le sol. Ses doigts grattent le polymère. Elias regarde les doigts. Ils sont usés jusqu'à l'os. L'enfant lève les yeux. Elias ne bouge pas. Il ne cligne pas des paupières. L'enfant s'arrête de bouger. La pluie finit de dissoudre son visage. Le calcul est simple. Orion Prime possède douze millions d'habitants. Le coût du transport est de mille crédits par tête. Le coût de la Singularité est de deux millions. Le profit est immédiat. Le Syndicat récupérera les métaux lourds après l'effondrement. Les cadavres seront du carbone pur. Lana ramasse son sac. Elle vérifie son pistolet de service. — On bouge, Elias. La navette de saut est prête. Elias se détourne de la vitre. Il marche vers le tunnel de transfert. Ses pas résonnent dans le couloir vide. La station est un désert d'acier. Le personnel a été évacué hier. Seuls les exécuteurs restent jusqu'à la fin. C'est la procédure. Ils arrivent au hangar de secours. L'Acheron attend sur ses vérins. La coque est noire. Elle absorbe la lumière. Elias monte la rampe. L'air à l'intérieur sent le propre. C'est une odeur de laboratoire. Il s'installe dans le siège de pilotage. Il attache les sangles. Les boucles cliquent. Lana prend les commandes. Ses mains courent sur les écrans tactiles. — Séquence de pré-allumage. Les moteurs grondent. La vibration est différente de celle de la station. C'est une vibration de départ. Elias regarde l'écran de contrôle. Les ports de docking de la station Orion sont toujours verrouillés. Les capteurs indiquent zéro mouvement dans les hangars civils. La mission est un succès. La station tremble violemment. Une poutre de soutien cède dans le hangar. Elle s'écrase à quelques mètres de la navette. La poussière envahit l'espace. Lana ne réagit pas. Elle pousse les manettes de poussée. L'Acheron s'arrache de ses fixations. Le métal se déchire. La navette glisse dans le vide. Elias regarde par le hublot latéral. La station Orion Prime s'éloigne. Elle ressemble à un insecte mort flottant dans l'espace. En dessous, la planète est une boule de boue rouge. La pluie acide recouvre tout. Les villes ne sont plus que des taches sombres. L'atmosphère s'évapore. Le soleil explose silencieusement. Il n'y a pas de son dans le vide. Il n'y a qu'une lumière aveuglante. Puis la lumière se rétracte. Elle est aspirée vers le centre. Un point noir apparaît. Il grandit. Les débris de la station sont attirés vers lui. Ils tournent en spirale. Ils disparaissent. Elias active son lecteur audio. Il met son casque. Il entend le bruit des poumons qui se vident. C'est l'enregistrement de la décompression du croiseur de tête. Le son est régulier. C'est un sifflement long. Elias ferme les yeux. Son rythme cardiaque descend encore. Trente-cinq pulsations. Lana entre les coordonnées du saut. — Destination : Secteur Vega. Elias ne répond pas. Il écoute le sifflement. Il pense aux chiffres dans les colonnes du Patriarche. Les chiffres sont alignés. Les dettes sont payées. La galaxie est propre. L'Acheron bascule dans l'hyperespace. Les étoiles deviennent des lignes blanches. Le système Orion n'existe plus sur les cartes. La pluie acide a fini son travail. Le vide a pris le relais. Elias s'endort. Son visage est de pierre. La cicatrice sur sa glotte ne bouge pas. Le silence est total.

Le Cœur

Elias franchit le dernier sas de sécurité. La porte coulisse avec un grognement hydraulique. L'air dans la salle est saturé de particules fines. Une odeur de cuivre chaud lui brûle les sinus. La salle de la Singularité est une cathédrale de métal brut. Au centre, la machine trône dans un puits de béton. C'est une sphère de confinement en alliage lourd. Des arcs de lumière blanche frappent les parois internes. Le bruit est un grondement de moteur de cargo. Le sol vibre sous ses bottes de combat. Les vibrations montent dans ses chevilles. Elles s'arrêtent à ses genoux. Elias avance vers le socle principal. Chaque pas demande un effort physique. La gravité fluctue près du noyau. Son indicateur de pression clignote sur son poignet. Il ignore le signal rouge. Il atteint la console de maintenance. Les écrans affichent des flux de données binaires. Des lignes de code défilent à une vitesse inhumaine. Il ne cherche pas à comprendre les chiffres. Il cherche les points d'ancrage structurels. Il pose son sac tactique sur le sol. Le métal du plancher est brûlant. La peinture grise cloque sous la chaleur. Elias ouvre la fermeture éclair renforcée. Il sort la première charge nucléaire. C'est un bloc rectangulaire de composite noir. L'objet pèse huit kilos. La surface est mate et froide. Il retire la goupille de sécurité en titane. Un voyant orange s'allume sur le détonateur. Elias plaque l'unité contre la base du réacteur. Les aimants de fixation s'enclenchent. Le choc se propage dans son bras droit. Le métal de la Singularité émet un sifflement. La chaleur traverse l'isolation de ses gants. Ses paumes chauffent rapidement. Il ne retire pas ses mains. Il vérifie la stabilité de l'aimant. Le bloc ne bouge plus. Il passe à la deuxième charge. Ses doigts manipulent les cadrans numériques. Il règle le délai sur soixante minutes. Le compte à rebours s'affiche en chiffres rouges. Il fixe la charge à l'opposé de la première. Il crée un angle de cent-vingt degrés. La précision est nécessaire pour l'effondrement du noyau. Une erreur de positionnement gâcherait l'implosion. Le Syndicat n'accepte pas le gaspillage. La machine vibre plus fort. Les boulons du sol se desserrent sous l'effet des ondes. Un panneau de contrôle explose à sa gauche. Des étincelles tombent en pluie sur le sol. Elias ne tourne pas la tête. Il sort la troisième charge. Ses mouvements sont mécaniques. Il répète les gestes appris au centre d'entraînement. Retirer la goupille. Régler le minuteur. Enclencher les aimants. Le triangle est complet. Le circuit de destruction est fermé. Elias se redresse. Sa combinaison évacue la chaleur par les évents dorsaux. De la vapeur s'échappe de ses épaules. L'air ionisé pique ses yeux derrière sa visière. La lumière du noyau devient insupportable. Elle est d'un blanc pur. Elle dévore les ombres de la pièce. Elias baisse le filtre de son casque. Le monde devient vert sombre. Les contours de la machine se durcissent. La Singularité émet une fréquence basse. Le son fait vibrer ses dents dans ses gencives. C'est une pression physique sur son thorax. Elias vérifie son moniteur de survie. Son rythme cardiaque est à quarante pulsations. Son oxygène est à quatre-vingts pour cent. Il a le temps. Il observe le noyau une dernière fois. La machine déchire l'espace-temps pour produire de l'énergie. Elle va maintenant déchirer le système Orion. Il fait demi-tour. Ses bottes frappent le métal avec un bruit mat. Il s'éloigne du centre de la salle. La gravité redevient normale après dix mètres. Il sent son poids peser sur ses talons. Il atteint le sas de sortie. Il tape le code de verrouillage sur le clavier mural. Les touches sont chaudes sous ses doigts. Le mécanisme s'active. Les verrous tournent. Elias entre dans le couloir de service. Les lumières de secours clignotent. Le rouge colore les parois de métal strié. Il marche d'un pas régulier. Il ne court pas. La panique est une perte d'énergie. Il croise un technicien au sol. L'homme a les yeux ouverts. Ses pupilles sont dilatées par la terreur. Du sang coule de ses oreilles. Elias enjambe le corps sans ralentir. Le technicien est un dommage collatéral. Un chiffre de plus dans le grand livre de Don Varo. Il atteint l'ascenseur de charge. La cabine monte vers les hangars. Le mouvement est lent. Elias appuie son dos contre la paroi froide. Il ferme les yeux. Il écoute le bruit des câbles qui grincent. Dans sa tête, il revoit le schéma des charges. Le triangle est parfait. L'explosion sera symétrique. Le soleil local ne résistera pas à l'onde de choc. L'ascenseur s'arrête. Les portes s'ouvrent sur le hangar principal. Le vide aspire les dernières poches d'air. Des débris flottent dans l'espace. Elias active ses bottes magnétiques. Il marche sur le plafond du hangar. Il voit son vaisseau de transport. L'Acheron est amarré au quai numéro quatre. La coque est noire. Elle absorbe la lumière des alarmes. Lana l'attend dans le cockpit. Elle ne pose pas de questions. Ses doigts courent sur les interfaces neurales. Elias s'installe dans le siège du copilote. Il boucle sa sangle de sécurité. Le métal de la boucle claque contre son armure. Il branche son câble de données à la console. — Les charges sont en place, dit Elias. — Soixante minutes, répond Lana. — Soixante minutes. Lana pousse les manettes de poussée. Les moteurs de manœuvre crachent du gaz froid. L'Acheron se détache de la station. Le vaisseau pivote sur son axe. Elias regarde par le hublot renforcé. La station Orion ressemble à un insecte d'acier. Elle est minuscule face à l'immensité du vide. À l'intérieur, le cœur bat ses derniers coups. Elias active son lecteur audio. Il met son casque. Il entend le bruit des poumons qui se vident. C'est l'enregistrement de la décompression du croiseur de tête. Le son est régulier. C'est un sifflement long. Elias ferme les yeux. Son rythme cardiaque descend encore. Trente-cinq pulsations. Lana entre les coordonnées du saut. — Destination : Secteur Vega. Elias ne répond pas. Il écoute le sifflement. Il pense aux chiffres dans les colonnes du Patriarche. Les chiffres sont alignés. Les dettes sont payées. La galaxie est propre. L'Acheron bascule dans l'hyperespace. Les étoiles deviennent des lignes blanches. Le système Orion n'existe plus sur les cartes. La pluie acide a fini son travail. Le vide a pris le relais. Elias s'endort. Son visage est de pierre. La cicatrice sur sa glotte ne bouge pas. Le silence est total.

La Sentinelle

Elias marche dans le conduit de maintenance 4-C. Les parois sont étroites. Les câbles pendent comme des entrailles. Sa lampe frontale découpe le noir. Le faisceau est blanc. Il révèle la poussière en suspension. Ses bottes écrasent des débris de verre. Le bruit est cristallin. Il atteint la porte pressurisée. Le panneau de commande est arraché. Les fils sont à nu. Elias connecte son interface. Le code défile sur sa rétine. Vert. La porte glisse dans son logement. Le mécanisme manque de lubrifiant. Le grincement est aigu. La Sentinelle attend derrière. Elle occupe tout l'espace. C'est un modèle de sécurité lourd. Son armure est une carapace de composite noir. Elle n'a pas de visage. Juste une fente lumineuse rouge. La Sentinelle lève son bras droit. Un servomoteur siffle. Elias analyse la menace. Le garde possède un exosquelette de classe 5. Puissance de frappe : trois tonnes. Vitesse de réaction : 0.12 seconde. Elias resserre ses poings. Le titane de ses jointures s'enclenche. Le mécanisme de verrouillage fait un clic sec. Le garde attaque. Il utilise une masse cinétique. L'arme fend l'air avec un bourdonnement. Elias plonge sur le côté. La masse percute la paroi. L'acier se tord. Des étincelles jaillissent. Elias se redresse. Il est dans la zone morte du garde. Il frappe le flanc gauche. Le titane rencontre le composite. La plaque se fissure. Le garde pivote. Il est lourd mais précis. Son revers de main percute le torse d'Elias. Le choc propulse l'exécuteur contre le mur. L'armure mate absorbe l'énergie. Les amortisseurs hydrauliques gémissent. Elias crache un filet de sang. Le goût est métallique. Il se remet en garde. La Sentinelle avance. Ses pas font trembler les plaques de sol. Elle lève à nouveau sa masse. Elias ne recule pas. Il attend l'extension maximale du bras. Le coup part. Elias s'abaisse. Il glisse sous l'arc de cercle. Il saisit le poignet du garde. Ses doigts de titane broient le connecteur hydraulique. L'huile de pression gicle sur sa visière. Le bras du garde retombe. Il est inerte. Elias frappe le genou. L'articulation de l'exosquelette cède. La Sentinelle bascule vers l'avant. Elias saisit le casque à deux mains. Il utilise son poids. Il projette la tête du garde contre un montant en acier. Le bruit est sourd. Le montant est marqué. Le garde tente de se relever. Il est tenace. Ses systèmes de survie injectent des stimulants. Elias voit les injecteurs bouger dans le cou de l'armure. Il ne laisse pas de temps. Il monte sur le dos de la Sentinelle. Il frappe la base du crâne. Un coup. Le composite résiste. Deux coups. La structure se fragilise. Trois coups. Le titane traverse la protection. Elias sent la résistance de l'os. Il frappe une quatrième fois. Le crâne se rompt. La pression interne de la combinaison du garde s'échappe. C'est un sifflement bref. Le corps de la Sentinelle se détend. Les servomoteurs s'éteignent. Le silence revient. Elias se relève. Il essuie sa visière avec le revers de son gant. Le sang du garde est sombre. Il vérifie l'état de ses mains. Les jointures sont marquées par l'impact. Le titane a tenu. Il n'y a pas de jeu dans les articulations. Il consulte son chronomètre interne. Cinquante-deux minutes avant l'effondrement. Le temps est une ressource rare. Il enjambe le cadavre. La Sentinelle est une carcasse inutile. Elias ne regarde pas en arrière. Il traverse la salle des serveurs. Les unités de stockage clignotent. Le froid est intense ici. Les ventilateurs tournent à plein régime. Elias cherche le terminal central. Il doit insérer le virus de Lana. Ses pas résonnent sur la grille métallique. Il repère la console. Elle est protégée par un champ de force de basse fréquence. Elias sort un perturbateur. Il le pose sur l'émetteur. Le champ vacille. Il s'éteint. Elias insère la clé de données. Le transfert commence. La barre de progression avance lentement. 10%. 20%. Il surveille les accès. Son radar indique deux signatures thermiques en approche. Ils sont rapides. Ils utilisent des propulseurs de coursive. Elias sort son arme de poing. Un calibre .50 à accélération magnétique. Il vérifie la charge. Pleine. Il se met à couvert derrière un pilier. Le métal est froid contre son dos. Il attend. Les signatures se rapprochent. Trente mètres. Vingt mètres. Elias respire lentement. Son cœur bat à trente-huit pulsations. Il est calme. Il est une machine de calcul. Le premier garde apparaît. Elias tire. Le projectile traverse le plastron. Le garde est projeté en arrière. Le second garde ouvre le feu. Les balles ricochent sur le pilier. Elias reste immobile. Il attend une ouverture. Le tir cesse. Le garde recharge. Elias sort de sa cachette. Il tire deux fois. La première balle touche l'épaule. La seconde traverse la visière. Le garde s'effondre. Le transfert est terminé. 100%. Elias récupère la clé. Il active la séquence d'autodestruction des serveurs. Les circuits grillent. Une odeur de silicone brûlé remplit la pièce. La mission progresse. Il quitte la salle. Il doit atteindre le réacteur. La Singularité Artificielle est le cœur de la station. C'est là que tout finit. Il court maintenant. Ses mouvements sont fluides. L'armure ne le gêne pas. Il arrive au niveau du pont principal. La vue sur le soleil d'Orion est directe. L'étoile est instable. Elle change de couleur. Le jaune devient violet. La gravité commence à fluctuer. Elias sent son poids varier. Il entre dans la chambre du réacteur. La Singularité est suspendue au centre. C'est une sphère de lumière noire. Elle déforme l'espace autour d'elle. Les charges sont dans son sac. Il les sort une par une. Il les fixe sur les stabilisateurs magnétiques. Quatre charges. Une par quadrant. Il règle les détonateurs. Synchronisation complète. Le sol tremble. La station gémit. Les contraintes structurelles sont trop fortes. Elias active son transmetteur. — Charges posées. La voix de Lana grésille dans l'oreille. — Reçu. Extraction au point Delta. Dépêche-toi, Elias. La courbure augmente. Elias se dirige vers les hangars. Il croise des techniciens en fuite. Ils ne sont pas armés. Il ne tire pas. Ils ne sont pas sur sa liste. Ils ne sont que du bruit statistique. Il atteint le sas de sortie. Son vaisseau de transport est amarré. Il entre. L'air est pressurisé. Il retire son casque. La cicatrice sur sa glotte est rouge. Il prend une inspiration profonde. Le vaisseau s'éloigne de la station. Elias regarde par le hublot. La station Orion est une silhouette sombre. Les charges explosent. Le silence du vide dévore le son. Les stabilisateurs lâchent. La Singularité n'est plus contenue. Elle s'étend. Elle absorbe la station. Le métal se tord comme du papier. Puis, elle s'effondre sur elle-même. Un flash blanc illumine la cabine. Elias ferme les yeux. Il active son lecteur audio. Le sifflement de la décompression remplit ses oreilles. Le rythme est parfait. La dette est payée. Le système Orion est effacé. Le vaisseau passe en vitesse lumière. Les étoiles s'étirent. Elias s'assoit dans le siège de pilotage. Ses mains de titane reposent sur ses genoux. Elles sont immobiles. Le travail est fini.

Amorçage

Elias entre dans la chambre du noyau. Ses bottes magnétiques frappent le sol. Le son est sec. La Singularité Artificielle tourne au centre. Elle est contenue par des anneaux de tungstène. Le champ de force émet un bourdonnement basse fréquence. Elias ne ressent rien. Il ouvre son sac tactique. Il sort la première charge. Le boîtier est en composite noir mat. Il pèse cinq kilos. Elias le plaque contre le premier pilier. Les aimants se verrouillent. Un clic métallique résonne dans son casque. Il passe au deuxième pilier. Ses mouvements sont lents. L'apesanteur modifie les trajectoires. Il stabilise son corps avec sa main gauche. Ses jointures en titane raclent l'acier. Il fixe la deuxième charge. La diode de contrôle clignote. Le signal est vert. Elias vérifie l'alignement laser. La précision est indispensable pour l'implosion. Le système Orion doit s'effondrer proprement. Le troisième pilier est à dix mètres. Elias utilise ses propulseurs dorsaux. Une brève impulsion de gaz inerte. Il traverse le vide de la salle. Il évite un câble sectionné. Le câble fouette l'air sans bruit. Elias saisit le montant d'acier. Il positionne la troisième charge. Ses doigts longs manipulent les détonateurs. Il connecte les fils de dérivation. Le circuit est fermé. Il consulte son affichage tête haute. Le niveau d'oxygène affiche neuf pour cent. Le chiffre clignote en rouge. Ses poumons réclament plus de pression. L'air dans la combinaison devient lourd. Il contient trop de dioxyde de carbone. Elias ralentit son rythme cardiaque. Il inspire par le nez. Il expire par la bouche. Il ne panique pas. La panique consomme du carburant. Il atteint le quatrième pilier. La structure de la station vibre. Les générateurs de confinement perdent leur cycle. La Singularité oscille dans sa cage. Elle cherche à s'étendre. Elias pose la quatrième charge. Ses mains sont stables. Il verrouille le mécanisme de sécurité. Il reste une charge dans le sac. Le pilier central est la cible finale. Il se propulse vers le centre. La température chute. Le système de chauffage de la combinaison faiblit. Elias sent le froid sur sa peau grise. Il ignore la sensation. Il atteint la base de la sphère. Il place la dernière charge. Il active le détonateur principal. Il synchronise les cinq boîtiers par liaison radio. Le compte à rebours s'affiche sur son poignet. 60:00. Les chiffres défilent. Le temps est une donnée comptable. Elias valide la séquence. Le verrouillage est définitif. Il ne peut plus revenir en arrière. La dette d'Orion sera payée dans une heure. L'obscurité totale remplacera les chiffres. Elias se détourne du noyau. Il cherche le sas de sortie. Sa vision se trouble légèrement. L'hypoxie commence son travail. Il augmente le débit d'urgence. Le sifflement de l'oxygène pur emplit son casque. Le niveau tombe à six pour cent. Le calcul est simple. Il a dix minutes pour atteindre son vaisseau. Le trajet en demande douze. Il court sur les parois. Ses bottes magnétiques s'activent et se désactivent. Le rythme est celui d'une machine. Il entre dans le couloir de maintenance. Des débris flottent partout. Il écarte un morceau de blindage. Il passe devant le corps d'un technicien. L'homme a les yeux ouverts. Le sang a gelé sur ses joues. Elias ne ralentit pas. Le couloir est long de deux cents mètres. Les lumières de secours faiblissent. Elles virent au rouge sombre. Elias utilise sa lampe de poignet. Le faisceau découpe l'obscurité. Il voit le sas de transition. La porte est bloquée à mi-course. Un chariot de transport obstrue le passage. Elias sort son pied-de-biche thermique. Il coupe le métal. Les étincelles rebondissent sur sa visière. Il pousse le chariot. L'effort physique brûle ses dernières réserves. Son rythme cardiaque monte à cent vingt. L'oxygène chute à quatre pour cent. Ses muscles crient. Il ignore la douleur. Il franchit l'ouverture. Il est dans le secteur quatre. Le hangar est proche. Il entend le gémissement de la station. La structure se tord sous la pression gravitationnelle. La Singularité tire sur les murs. Les boulons sautent comme des balles. Elias évite un projectile. Le métal percute une conduite de vapeur. Un jet blanc masque la vue. Il progresse au toucher. Sa main de titane rencontre la paroi du hangar. Il trouve la commande manuelle du sas. Il tire sur le levier. Les vérins hydrauliques forcent. La porte s'ouvre lentement. Son vaisseau est là. Le transporteur est amarré au tube de transfert. Elias s'engouffre dans le tube. Il rampe. Ses genoux frappent le plastique renforcé. Il atteint l'écoutille de son appareil. Il entre le code de sécurité. Le sas du vaisseau s'ouvre. Il bascule à l'intérieur. Il frappe la commande de fermeture. Le verrouillage pneumatique s'enclenche. L'air pressurisé envahit la cabine. Elias arrache son casque. Il aspire une grande bouffée. Ses poumons lui font mal. L'air est froid et sec. Il rampe jusqu'au siège de pilotage. Ses mains tremblent légèrement. C'est une réaction chimique. Ce n'est pas de la peur. Il active les moteurs de manœuvre. Les propulseurs chimiques s'allument. Le vaisseau se détache de la station. Elias pousse les manettes. La poussée le plaque au siège. Il s'éloigne du Verrou. Il regarde l'écran radar. Le compte à rebours affiche 45:12. Il est en sécurité relative. La zone d'exclusion est à dix mille kilomètres. Il stabilise la trajectoire. Il vérifie les systèmes de bord. Tout est nominal. Il prend une cartouche de stimulants. Il l'injecte dans son bras. Le produit brûle dans ses veines. Sa vision devient nette. Son esprit redevient froid. Il observe la station Orion sur les moniteurs externes. Elle ressemble à un insecte mort dans le vide. Elias ouvre son journal de mission. Il tape le code de confirmation. "Charges posées. Amorçage terminé. Extraction réussie." Il envoie le message via le relais subspatial. Le Patriarche recevra l'information dans quelques secondes. Don Varo apprécie la ponctualité. Le profit n'attend pas. Il règle les scanners sur le noyau de la station. Les capteurs enregistrent l'augmentation de la masse. La Singularité dévore la matière environnante. Les charges exploseront au moment critique. Elles briseront les champs de confinement. La réaction en chaîne est inévitable. Le soleil local sera aspiré. Le système entier deviendra un cimetière silencieux. Elias s'adosse. Il regarde ses mains. Le titane est rayé. Il y a des traces de sang séché sur ses gants. Ce n'est pas son sang. Il ne se souvient pas du visage du propriétaire. Les gardes étaient nombreux. Ils étaient des obstacles. Il les a supprimés. C'est sa fonction. Il est l'outil du Syndicat. Un outil ne pose pas de questions. Le silence remplit la cabine. Elias active son lecteur audio. Il choisit un fichier. Le son de la décompression du secteur sept commence. C'est un sifflement aigu. Puis un bruit de succion. Puis le silence absolu. Elias ferme les yeux. Le rythme l'apaise. Il attend la fin du compte à rebours. 30:00. La station Orion brille une dernière fois. Les reflets sur le blindage sont ternes. Elias ne ressent aucune satisfaction. Le travail est une suite d'actions physiques. La morale est une variable inutile. Seul le résultat compte. Le résultat est une colonne de chiffres à zéro. La dette est effacée. Il ajuste son harnais. Le vaisseau continue sa course. Les étoiles sont des points fixes. Elles ne jugent pas. Elias non plus. Il attend l'implosion. Il attend le flash. Il attend la prochaine mission. Le vide est son seul foyer. Il s'y sent à sa place. Le compte à rebours continue de descendre. 15:00. Elias prépare le saut en vitesse lumière. Il entre les coordonnées du Verrou central. Le Patriarche l'attend. Il y aura une nouvelle dette. Il y aura un nouveau système. Elias sera là. Il posera les charges. Il vérifiera son oxygène. Il partira avant l'explosion. C'est le cycle. C'est la loi du Syndicat. 05:00. Le vaisseau est à distance de sécurité. Elias regarde le chronomètre. Les secondes s'effacent. Il pose ses mains sur les commandes. Elles sont immobiles. Le métal contre le métal. Le travail est presque fini. 00:01. Le noir devient total.

Extraction

Elias propulse son corps en avant. Ses bottes magnétiques claquent sur le métal. L'alarme de proximité hurle dans son casque. Le son est une ligne continue. Le croiseur Orion tremble. Les soudures lâchent une à une. Une conduite de vapeur explose à gauche. Elias ne ralentit pas. Il traverse le nuage blanc. La visière de son casque se couvre de condensation. Il essuie le polycarbonate d'un geste sec. Son oxygène affiche trois pour cent. Les chiffres rouges clignotent sur son poignet. Il tourne à l'angle du couloir B-14. Une section de la coque se déchire. Le vide aspire les débris. Elias plante ses doigts en titane dans la paroi. Le métal se tord sous la pression. Il attend la fin de la décompression. Le silence revient. Il lâche prise. Il court à nouveau. Le pont principal s'affaisse. Les plaques d'acier hurlent comme des bêtes. Elias saute par-dessus une crevasse de deux mètres. Il atterrit lourdement. Ses genoux hydrauliques absorbent le choc. Le hangar de l'Acheron est à cinquante mètres. Les portes blindées se ferment lentement. C'est une procédure automatique de confinement. Elias accélère. Ses poumons brûlent. L'air recyclé a un goût de fer. Il glisse sous le battant d'acier. Le métal frôle son armure. Il est dans le hangar. L'Acheron attend au centre de la zone. Le vaisseau noir est une ombre. Les moteurs de manœuvre crachent des jets de gaz. Lana est aux commandes. Elias voit le reflet des écrans à travers le cockpit. Il grimpe l'échelle d'accès. Ses mains marquent le métal froid. Il entre dans le sas de décompression. La porte se verrouille derrière lui. La pression remonte. Ses oreilles claquent. Il retire son casque. L'air de la cabine sent l'huile chaude. Elias entre dans le cockpit. Il s'attache sur le siège de droite. Les sangles serrent sa poitrine. Lana ne tourne pas la tête. Ses doigts longs courent sur les interfaces. Ses pupilles sont dilatées au maximum. Les stimulants font battre sa carotide. Elle pousse les manettes de poussée. L'Acheron s'arrache des griffes du croiseur. Les fixations magnétiques cèdent dans un bruit sourd. Le vaisseau bascule en arrière. Le croiseur d'Orion meurt. La singularité artificielle s'active au cœur des machines. Le centre du navire se comprime. Les ponts supérieurs s'enroulent sur eux-mêmes. L'acier se froisse comme du papier. La lumière du soleil local est aspirée. Un disque noir se forme. Il dévore la matière. Les débris de la station de saut disparaissent dans le puits. La gravité devient folle. L'Acheron vibre violemment. Les alarmes de structure saturent l'espace. Lana ajuste les compensateurs. Ses mains sont immobiles sur les leviers. Elle calcule la trajectoire de sortie. Le vide autour d'eux se tord. L'espace-temps devient une surface courbe. Elias regarde l'écran radar. Le point représentant le croiseur s'efface. Il ne reste qu'une signature gravitationnelle instable. La dette d'Orion est payée. Le système n'existe plus sur les cartes. Le moteur de saut gronde sous leurs pieds. C'est une vibration basse. Elle remonte dans la colonne vertébrale. Lana active les bobines de préchauffage. Le flux d'énergie stabilise le champ. Les cadrans indiquent une surcharge imminente. Elle ignore les alertes rouges. Son regard est fixé sur le point de saut. Le Verrou est à des années-lumière. Elias vérifie son arme. Il vide le chargeur. Il compte les cartouches. Quinze balles à pointe creuse. Il les remet en place. Le clic du métal est net. Il range le pistolet dans son étui de cuisse. Son corps est lourd de fatigue. Ses muscles tremblent sous l'effet de l'adrénaline. Il ne ferme pas les yeux. Il observe le vide sur l'écran principal. L'implosion finale se produit. Une onde de choc invisible frappe l'Acheron. Le vaisseau est projeté en avant. Lana stabilise la dérive. Elle engage le levier de transition. L'espace devant eux se déchire. Les étoiles s'étirent en lignes blanches. Le noir absolu remplace le décor. Le silence tombe sur la cabine. Le saut est réussi. Lana relâche la pression sur les commandes. Ses doigts tremblent légèrement. Elle sort les interfaces de ses veines. Une goutte de sang perle sur son avant-bras. Elle l'essuie avec sa manche. Elle ne regarde toujours pas Elias. Elle consulte les journaux de bord. Le trajet durera quatre heures. Le Verrou les attend à la sortie. Elias détache ses sangles. Il se lève avec difficulté. Il marche vers la couchette étroite. Il s'assoit sur le bord du matelas. Il sort un petit enregistreur de sa poche. Il appuie sur lecture. Le son d'une décompression remplit la pièce. C'est un sifflement violent suivi d'un silence total. Elias écoute. Son rythme cardiaque ralentit. Il fixe le mur en métal brut. Le vaisseau glisse dans le sous-espace. Les parois vibrent doucement. C'est le seul bruit. Lana tape sur son clavier. Elle efface les traces de leur passage. Les signatures thermiques sont brouillées. Les codes d'identification sont changés. L'Acheron devient un fantôme. Le Syndicat récupérera les bénéfices. Le Patriarche recevra le rapport. Elias retire ses bottes. Le titane cogne contre le sol. Il examine la cicatrice sur sa glotte dans le miroir sale. Elle est rouge. La peau est tendue. Il ne ressent rien. Il pense à la prochaine cible. Il pense au prochain système. La liste est longue. Le profit est infini. Lana parle enfin. Sa voix est monocorde. Elle annonce le temps restant. Trois heures quarante. Elias ne répond pas. Il s'allonge sur le dos. Il garde ses mains sur son ventre. Ses jointures en titane brillent sous la lampe de secours. Il ferme les yeux. Le son du vide dans ses oreilles est parfait. Le croiseur Orion n'est plus qu'une poussière de neutrons. Les familles des mineurs sont mortes. Les administrateurs sont morts. Les gardes sont morts. Les chiffres sont à zéro. La mission est un succès technique. Le Syndicat contrôle la route. Le saut continue. L'obscurité est totale derrière la coque. L'Acheron avance vers le centre de la galaxie. Elias dort sans rêver. Le cycle reprendra au réveil. La loi du plus fort est une équation simple. Elias est la solution.

L'Impact Solaire

Elias ouvre les yeux. L'alarme de proximité vibre dans ses tempes. Le chronomètre interne de la cabine affiche dix minutes. Il se lève d'un bloc. Ses bottes magnétiques claquent sur le sol métallique. Le bruit est sec. Il ne ressent aucune fatigue. Son corps est une machine froide. Il vérifie la fixation de ses gants. Le titane sur ses jointures brille sous la lampe de secours. Il marche vers le sas. Le couloir de l'Acheron est étroit. Les parois sont nues. Elias progresse vers le pont de commandement. Ses mouvements sont précis. Il évite les câbles qui pendent du plafond. L'air est recyclé. Il a un goût de fer et de poussière. Elias respire lentement. Son diaphragme monte et descend avec régularité. Il atteint la porte blindée. Le scanner rétinien projette une ligne rouge sur son visage. Le verrou s'efface. Lana est assise devant la console principale. Son crâne rasé reflète les données des écrans. Des interfaces neurales sortent de sa nuque. Elles ressemblent à des tentacules d'acier. Ses doigts longs frappent les touches. Le rythme est rapide. Elle ne regarde pas Elias. Ses pupilles sont dilatées par les stimulants. Elle est branchée directement sur le cœur du vaisseau. Elias s'arrête derrière elle. Il regarde par la baie vitrée. Le soleil d'Orion occupe tout l'espace. C'est une sphère de feu jaune. Des boucles de plasma s'élèvent de la surface. Elles retombent en arcs parfaits. La chaleur est contenue par les boucliers thermiques. La coque de l'Acheron gémit sous la pression radiative. Le métal se dilate. Elias sent les vibrations sous ses pieds. Lana parle. Sa voix est un murmure mécanique. Elle annonce la contraction. Le noyau du soleil faiblit. Le Syndicat a injecté les catalyseurs de masse. La Singularité Artificielle est en place. Elle attend le signal. Elias regarde les compteurs. La gravité augmente. Son poids passe de quatre-vingts à quatre-vingt-cinq kilos. Il contracte les muscles de ses jambes. Il reste stable. Le soleil change de couleur. Le jaune vire au blanc éclatant. Puis le blanc devient bleu. La lumière est trop forte pour l'œil humain. Les filtres de la baie vitrée s'obscurcissent. Le disque solaire commence à rétrécir. Il ne s'éteint pas. Il s'effondre sur lui-même. La masse se concentre en un point unique. La Singularité s'active au centre. Elias observe le phénomène. Le bord du soleil se courbe. L'espace autour de l'étoile se déforme. Les étoiles lointaines deviennent des lignes courbes. C'est l'effet de lentille gravitationnelle. La Singularité dévore la matière. Le gaz solaire est aspiré dans un entonnoir invisible. Le mouvement est fluide. Il est implacable. Lana presse une commande finale. Le signal de déclenchement part. La Singularité s'ouvre totalement. Un flash noir frappe le centre de l'étoile. Ce n'est pas une absence de lumière. C'est une présence d'obscurité. Le noir est dense. Il est solide. Il mange les photons. Le soleil d'Orion disparaît dans le puits. Le système plonge dans l'ombre. Elias tourne la tête vers l'écran latéral. Il affiche Orion-4. La planète minière est en orbite proche. Elle tremble. La perte de l'équilibre gravitationnel la déchire. La croûte terrestre se fissure. Des failles de mille kilomètres s'ouvrent. Le magma jaillit dans le vide. Il refroidit instantanément en cristaux noirs. L'atmosphère s'arrache du sol. Elle forme une traînée de gaz vers la Singularité. Les villes souterraines s'effondrent. Les galeries de minage sont broyées. Des millions de tonnes de roche flottent dans l'espace. Elles sont attirées par le centre du système. Les stations orbitales tournent sur elles-mêmes. Elles se brisent contre les débris. Elias voit des fragments de métal briller. Ce sont les restes des flottes de défense. Ils ne sont plus que des chiffres morts. La planète Orion-4 est aspirée. Elle s'étire comme une goutte de liquide. Elle entre dans l'horizon des événements. Elle disparaît sans bruit. Le vide ne transmet pas le son. Elias imagine le craquement des os. Il imagine le métal qui se tord. Il touche la cicatrice sur sa glotte. La peau est tendue. Son pouls est de soixante battements par minute. L'obscurité est maintenant totale. La Singularité a tout consommé. Le soleil, la planète, les lunes. Il ne reste qu'un point de gravité infinie. Le système Orion n'existe plus sur les cartes. La dette est effacée. Les registres du Syndicat sont à jour. Le profit est sécurisé par le néant. Lana déconnecte ses interfaces. Elle retire les câbles de sa nuque. Elle tremble légèrement. C'est une réaction nerveuse. Elle prend une fiole de sédatif. Elle boit le liquide bleu. Ses mains s'immobilisent. Elle regarde Elias. Ses yeux sont vides. Elle ne dit rien. Elle n'a rien à dire. La mission est terminée. Elias se détourne de la baie. Il marche vers le casier de rangement. Il sort une trousse d'entretien. Il s'assoit sur un banc de métal. Il commence à nettoyer ses jointures en titane. Il utilise un chiffon imbibé d'huile fine. Il frotte chaque plaque. Il élimine la poussière microscopique. Le geste est répétitif. Il est calme. L'Acheron change de trajectoire. Les moteurs de manœuvre s'allument. Le vaisseau s'éloigne du puits gravitationnel. Il se dirige vers le prochain Portail de Saut. Le trajet durera douze heures. Elias range sa trousse. Il se lève. Il retourne vers sa cabine. Il s'allonge sur sa couchette. Il active l'enregistrement audio de la mission. Il entend le sifflement de la décompression initiale. Il entend le silence qui suit. Le son est pur. Il ferme les yeux. La peau de son visage se détend. Ses muscles se relâchent. Il ne pense pas aux morts. Il ne pense pas au soleil disparu. Il pense à la prochaine cible. La liste est encore longue. Le Syndicat attend. Elias dort. Sa respiration est lente. Son sommeil est sans rêve. Le vide est son seul maître.

Bilan

L'Acheron percute les amortisseurs du Verrou. Le choc résonne dans la carlingue. Les aimants de stabilisation s'enclenchent. Le métal hurle contre le métal. Elias détache ses sangles. Ses articulations craquent. Il vérifie l'étanchéité de ses gants. L'air de la cabine est vicié. Il sent le recyclage chimique et la sueur froide. L'écran de contrôle affiche un voyant vert. La pression est égalisée. Le sas s'ouvre avec un sifflement hydraulique. Elias sort du vaisseau. Ses bottes frappent la grille d'acier du quai. Le bruit est sec. Il ne regarde pas derrière lui. La coque de l'Acheron est piquée par les débris orbitaux. Des traînées de carbone marquent les propulseurs. Le quai 42 est désert. Deux gardes attendent près de l'ascenseur. Ils portent des fusils à impulsion. Leurs visages sont cachés par des visières opaques. Ils ne bougent pas. Ils ne saluent pas. Elias passe entre eux. L'ascenseur monte vers les niveaux supérieurs. La station vibre. Les générateurs à fusion tournent à plein régime. Elias observe les chiffres défiler sur le cadran. Niveau 10. Niveau 20. Niveau 80. Les portes s'ouvrent sur le secteur privé. L'air est plus frais ici. Il est filtré deux fois. L'odeur de l'acier est remplacée par celle du désinfectant. Elias marche sur un tapis de caoutchouc noir. Ses pas ne font plus de bruit. Il arrive devant une porte blindée. Un scanner rétinal balaie son œil gauche. Le verrou tourne. La pièce est plongée dans la pénombre. Seuls les écrans muraux diffusent une lumière bleutée. Au centre, le caisson d'oxygène liquide ronronne. Des tuyaux souples relient la cuve au plafond. Don Varo flotte à l'intérieur. Sa peau ressemble à du papier mouillé. Ses yeux injectés de sang fixent le vide. Il ne bouge pas les lèvres. Un synthétiseur vocal traduit ses impulsions nerveuses. Le son est monotone. Il est dénué de timbre. Elias s'arrête à trois mètres du caisson. Il reste debout. Ses mains pendent le long de son corps. Il attend. Don Varo tourne lentement la tête. Ses pupilles se dilatent. Il regarde le grand écran central. La carte du système Orion est affichée. Les trajectoires commerciales sont tracées en rouge. Au centre, là où se trouvait le soleil, il n'y a plus rien. Un cercle noir remplace l'étoile. Les coordonnées indiquent un vide absolu. Le synthétiseur émet un clic. La voix mécanique résonne dans la salle. Le rapport est arrivé. Elias ne répond pas. Il regarde les graphiques boursiers sur l'écran adjacent. Les courbes chutent verticalement. Les actifs d'Orion valent zéro. Les dettes ont été effacées par la destruction physique des débiteurs. Le profit net du Syndicat s'affiche en bas à droite. Le chiffre possède douze zéros. Don Varo lève une main décharnée. Ses doigts tremblent dans le liquide. Il pointe l'écran. La peur est une monnaie stable. La voix synthétique marque une pause. Elle reprend. Le système Orion servira d'exemple. Les autres secteurs ont déjà repris les versements. Le transit a augmenté de vingt pour cent. Elias observe une bulle d'air remonter le long du visage du vieillard. Lana est assise dans un coin de la pièce. Elle tape sur un clavier virtuel. Ses doigts longs bougent avec une précision chirurgicale. Elle ne regarde pas Elias. Elle surveille les flux de données. Elle confirme les chiffres. Les Portails de Saut sont de nouveau sous contrôle total. Les rebelles ont cessé d'émettre. Le silence radio est complet dans tout le quadrant. Elle ferme les fenêtres de calcul. Elle se tourne vers Elias. Ses yeux sont vides de sommeil. Elias sent le poids de sa combinaison. Le titane de ses jointures pèse sur ses phalanges. Il a rempli sa mission. Il attend le prochain ordre. Don Varo ferme les yeux. Le liquide dans le caisson s'agite légèrement. Le vieillard s'endort. La session est terminée. Lana fait un signe de tête vers la sortie. Elias fait demi-tour. Il quitte la pièce sans un mot. Il redescend vers les niveaux techniques. La station est une ruche de métal. Des ouvriers en combinaison orange réparent des conduits de plasma. Ils s'écartent sur son passage. Ils connaissent sa silhouette. Ils connaissent sa fonction. Elias arrive à la cafétéria du secteur 4. L'endroit est sale. Les tables sont boulonnées au sol. Il commande une ration de protéines synthétiques. Le distributeur recrache un bloc gris dans un plateau en plastique. Elias s'assoit seul. Il mange lentement. La texture est granuleuse. Le goût est métallique. Il mâche chaque bouchée vingt fois. C'est une habitude mécanique. Il regarde par la baie vitrée renforcée. Le Verrou flotte au milieu du vide. Les étoiles sont des points fixes. Des cargos attendent leur tour devant le Portail de Saut. Les anneaux du Portail tournent lentement. Ils brillent d'une lueur résiduelle. Un homme s'approche de sa table. Il porte l'uniforme des douanes du Syndicat. Il pose un dossier numérique devant Elias. L'homme transpire. Une goutte coule le long de sa tempe. Il ne regarde pas Elias dans les yeux. Il parle d'une voix basse. Le secteur Vega refuse de payer la taxe de passage. Ils prétendent que les filtres sont défectueux. Ils demandent un délai de grâce. Elias pose sa fourchette. Il prend le dossier. Il l'active. Les photos des dirigeants de Vega apparaissent. Des hommes gras. Des visages satisfaits. Elias fait défiler les données techniques de leur station orbitale. Il repère les points faibles. Les réservoirs d'oxygène. Les attaches des modules d'habitation. Les générateurs de secours. Il mémorise les plans. Il éteint le dossier. L'agent des douanes attend une réaction. Il se frotte les mains. Elias se lève. Il laisse son plateau à moitié plein. Il n'a plus faim. Il se dirige vers les hangars de maintenance. Il doit préparer l'Acheron. Il doit vérifier les réserves de carburant. Il doit inspecter les charges de démolition. Le travail ne s'arrête jamais. Le Syndicat ne tolère pas les délais. Il entre dans le hangar. Les techniciens s'activent autour de son vaisseau. Ils soudent des plaques de blindage. Les étincelles tombent sur le sol en béton. Elias monte la rampe d'accès. Il entre dans le sas. Il ferme la porte derrière lui. Le silence revient. Il s'assoit dans le siège du pilote. Il pose ses mains sur les commandes froides. Il active l'écran de navigation. Il entre les coordonnées du secteur Vega. L'ordinateur calcule la trajectoire de saut. Le temps estimé est de dix-huit heures. Elias ferme les yeux. Il entend le bourdonnement des systèmes de survie. Il se remémore le son de la décompression d'Orion. C'était un son net. Un son définitif. Le Verrou est une machine de guerre. Don Varo est le cerveau. Lana est le système nerveux. Elias est le bras. L'équilibre est rétabli. La galaxie est une équation simple. Le profit doit être supérieur aux pertes. Si une variable pose problème, on l'efface. Elias appuie sur le bouton de préchauffage des moteurs. Les turbines commencent à siffler. La vibration monte dans son dos. Elle traverse son siège. Elle se propage dans ses os. Elias ne ressent rien. Il n'est pas en colère. Il n'est pas satisfait. Il est fonctionnel. L'Acheron se détache des pinces magnétiques. Le vaisseau pivote sur son axe. Il s'aligne avec le Portail de Saut. Les anneaux s'accélèrent. La lumière devient blanche. Elias pousse la manette de poussée. Le vaisseau plonge dans la singularité. L'espace se tord. Le temps se contracte. Le Verrou disparaît derrière lui. Le secteur Vega est devant. La liste est encore longue. Les chiffres doivent rester à zéro. La peur doit rester constante. Elias pilote dans l'obscurité. Sa respiration est régulière. Son regard est fixe. La dette est soldée.

Sommeil Noir

L'Acheron vibre dans le vide. Elias entre dans sa cabine. La porte coulisse. Le verrou s'enclenche. L'espace fait trois mètres sur deux. Les murs sont en acier brut. Elias se tient au centre. Il ne bouge pas. Il attend que le silence s'installe. Le ronronnement du réacteur est une note basse. Elle traverse ses talons. Elle remonte dans ses jambes. Elias lève les mains. Ses doigts touchent le joint du cou. Le titane des jointures brille sous la lampe de secours. Il tourne la bague de verrouillage. Un sifflement sec éclate. La pression s'équilibre. L'air de la cabine sent le métal froid. Elias retire son casque. Il le pose sur le support magnétique. Le casque reste immobile. Il dégrafe les plaques de poitrine. Le composite céramique est lourd. Il le dépose au sol. Le choc produit un bruit mat. Elias détache les protections des avant-bras. Il vérifie les fixations. Une rainure profonde barre le bras gauche. Un éclat de shrapnel. Elias ne regarde pas la marque. Il range les pièces sur le râtelier. Ses mouvements sont mécaniques. Il ne gaspille aucun geste. Il retire la combinaison pressurisée. Le tissu technique colle à sa peau. Elias est nu. Sa peau est grise. Elle a la couleur du plomb. Une cicatrice blanche barre sa glotte. Elle est nette. Elle est ancienne. Ses muscles sont des cordes sèches. Il n'a pas de graisse. Il n'a que de la fonction. Il s'approche du terminal mural. L'écran affiche des lignes de code vertes. Elias n'utilise pas le clavier. Il connecte une interface neurale à la base de son crâne. Le lien est immédiat. Il accède aux archives privées. Le dossier est nommé "SORTIES". Il contient des milliers de fichiers. Ce sont des ondes sonores. Elias sélectionne le fichier "ORION-CRUISEUR-PONT-4". Il s'assoit sur la couchette. Le matelas est une plaque de mousse dense. Il n'y a pas de draps. Il n'y a pas d'oreiller. Elias active les haut-parleurs de la cabine. Le son commence. C'est un grondement sourd. La coque du croiseur Orion subit l'impact. Puis vient le déchirement. Le métal hurle. C'est un cri de torsion. Elias ferme les yeux. Le bruit change. L'air s'échappe. C'est un sifflement de haute pression. C'est le son d'un poumon qui se vide dans une paille. Le sifflement devient un rugissement. Le vide aspire tout. Elias écoute la décompression. Il entend les objets percuter les parois. Il entend le craquement des structures internes. Le gaz se raréfie. Le son devient plus aigu. Puis il s'étouffe. Elias respire lentement. Son rythme cardiaque descend. Il est à cinquante battements par minute. Il change de fichier. "STATION-VERROU-SECTEUR-B". Le son est différent ici. La brèche était plus large. L'explosion a été instantanée. Le bruit ressemble à un coup de tonnerre dans une boîte de conserve. C'est bref. C'est définitif. Il lance une boucle. Dix fichiers s'enchaînent. C'est une symphonie de destruction physique. Elias ne cherche pas de souvenir. Il cherche la fréquence. Le bruit du vide est une constante. C'est la seule vérité de la galaxie. La pression contre le néant. Le néant gagne toujours. Ses mains reposent sur ses genoux. Les jointures en titane sont froides. Il sent le froid de la cabine sur sa peau nue. Dix-huit degrés. C'est la température optimale pour la conservation des systèmes. Elias est un système. Il doit durer. Le son d'une valve qui lâche remplit la pièce. C'est un bruit de succion. Elias imagine la scène. La membrane claque. Le sang bout dans les veines. Les tissus se gonflent. Les alvéoles éclatent. C'est de la physique pure. Il n'y a pas de morale dans une différence de pression. Il n'y a que des vecteurs. Il s'allonge sur le dos. Ses yeux restent ouverts. Il fixe le plafond. Il compte les rivets. Il y en a quarante-deux. Il connaît chaque irrégularité de l'acier. Le son de la décompression continue. C'est un bruit blanc. Il couvre les battements de son propre cœur. Il couvre ses pensées. Elias ne pense pas à la dette. Il ne pense pas à Don Varo. Il ne pense pas à la Singularité d'Orion. Il écoute le gaz qui s'enfuit. C'est le son de l'équilibre qui revient. L'univers déteste le plein. Il préfère le vide. Elias aide l'univers. Un nouveau fichier démarre. "TRANSPORT-CIVIL-E-9". Le sifflement est long. Il dure quatre minutes. C'est une fuite lente. Elias se détend. Ses muscles lâchent prise. Sa mâchoire se desserre. Le bruit est une caresse de glace. Il ferme les paupières. L'obscurité est totale. Le son du gaz est maintenant un murmure. C'est le bruit d'un dernier souffle. Elias synchronise sa respiration sur le sifflement. Il inspire quand le gaz sort. Il expire quand le silence revient. La cabine est un tombeau d'acier. L'Acheron glisse dans le noir. Elias est immobile. Il ne rêve pas. Il n'imagine rien. Il attend le prochain ordre. Il attend la prochaine brèche. Le son de la mort thermique est son berceau. Le fichier se termine. Le silence revient. Elias appuie sur la touche de répétition. Le rugissement du croiseur Orion reprend. Le métal se déchire à nouveau. La coque cède. L'air s'en va. Elias sombre. Le sommeil est noir. Le sommeil est vide. La dette est payée. Elias dort.
Fusianima
Vider les Systèmes
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Marcus V

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Le caisson de Don Varo émet un sifflement constant. L’oxygène liquide bouillonne autour de son corps nu. Sa peau ressemble à du parchemin mouillé. Ses yeux injectés de sang fixent les moniteurs. Les chiffres défilent en colonnes verticales. Le système Orion est en retard de paiement. Le solde affich...

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