Liquidez les Héritiers

Par Marcus V.Mafia

Vittorio descend de la Mercedes noire. Ses bottes en cuir crissent sur le gravier gelé. L’air de la Forêt-Noire affiche moins quatre degrés. Le bunker de Wolfsburg se dresse devant lui. C’est un bloc de béton et d’acier. Aucune fenêtre ne brise la façade. Des projecteurs halogènes balayent la zone. ...

Minuit pile

Vittorio descend de la Mercedes noire. Ses bottes en cuir crissent sur le gravier gelé. L’air de la Forêt-Noire affiche moins quatre degrés. Le bunker de Wolfsburg se dresse devant lui. C’est un bloc de béton et d’acier. Aucune fenêtre ne brise la façade. Des projecteurs halogènes balayent la zone. Klaus attend déjà près de l’entrée principale. Il se tient droit. Ses mains sont croisées dans le dos. La prothèse en titane de sa mâchoire reflète la lumière crue. Il ne salue pas. Vittorio s’arrête à deux mètres. Il ajuste les revers de son pardessus. Ses phalanges sont rouges. Le sang de son père a séché sous ses ongles. Elena sort de l'ombre d'un pilier. Elle porte une combinaison tactique noire. Ses cheveux rasés accentuent la ligne de sa cicatrice. Elle manipule un couteau papillon. La lame de céramique ne fait aucun bruit. Liam arrive en dernier. Il traîne les pieds. Ses yeux sont injectés de sang. Il dégage une odeur de tabac froid et de poudre noire. Il porte un sac de sport en bandoulière. Le métal s'entrechoque à l'intérieur. Les quatre autres héritiers se tiennent en retrait. Ils forment un demi-cercle prudent. Personne ne parle. Le vent siffle entre les structures de béton. La porte principale coulisse. C’est une plaque de tungstène de vingt centimètres d’épaisseur. Le mécanisme hydraulique grogne dans le sol. Une lumière blanche inonde le perron. Le groupe entre dans le hall. Le sol est en marbre de Carrare. Les murs sont recouverts de panneaux d'acier brossé. L'espace mesure quarante mètres de long. Au centre, huit socles en métal attendent. Vittorio choisit le premier à gauche. Klaus se place à sa droite. Elena glisse vers le fond de la pièce. Elle garde le mur dans son dos. Liam s'assoit par terre. Il sort une flasque de sa poche. Le chronomètre numérique au-dessus de l'entrée affiche 23:59:50. Les chiffres rouges pulsent. 23:59:55. Un signal sonore retentit. Le son est sec. Il frappe les tympans. À minuit pile, les compresseurs s'activent. La porte de tungstène remonte. Elle s'encastre dans le linteau avec un choc sourd. Les verrous pneumatiques s'engagent. Le bruit ressemble à une décharge de fusil à pompe. Wolfsburg est scellé. Les sorties de secours sont soudées. Les conduits d'aération sont protégés par des grilles électrifiées. Vittorio sort son smartphone. L'écran affiche "Recherche de réseau". Les barres de signal disparaissent. Le logo "Aucun service" apparaît. Les brouilleurs de fréquence sont opérationnels. Liam jette son appareil contre le mur. Le plastique explose. Les composants électroniques jonchent le marbre. Elena range son couteau. Elle observe les caméras de surveillance. Elles pivotent lentement sur leurs axes. Elles enregistrent chaque mouvement. Seize écrans plasma s'allument simultanément sur les murs. L'image est nette. Un bureau en chêne apparaît. Un homme est assis dans l'ombre. On ne voit que ses mains. Elles sont ridées. Elles portent des chevalières massives. Une voix synthétique sort des haut-parleurs dissimulés. Le timbre est métallique. Il n'a aucune inflexion humaine. "Héritiers. Le conseil a statué. La lignée est trop nombreuse. La faiblesse est une maladie. Wolfsburg est votre remède. Vous avez vingt-quatre heures. Les râteliers d'armes sont débloqués dans les salles adjacentes. Il n'y a pas de règles. Il n'y a pas de pitié. À l'aube, le survivant recevra les codes d'accès des comptes offshores. Les autres seront incinérés dans le sous-sol. La purge commence maintenant." Les écrans s'éteignent. Le silence revient. Il est lourd. Il pèse sur les poitrines. L'air devient sec. Le système de climatisation recycle l'oxygène en circuit fermé. Vittorio déboutonne sa veste. Il vérifie son Beretta 92FS. Il engage une cartouche dans la chambre. Le clic métallique résonne dans le hall. Klaus retire sa veste de costume. Ses muscles tendent sa chemise blanche. Il ramasse une barre de fer posée près d'un socle. Il la soupèse. Elena disparaît dans le couloir nord. Elle se déplace sans un bruit. Ses semelles en gomme ne marquent pas le sol. Liam ouvre son sac de sport. Il en sort des cylindres de dynamite reliés par des fils électriques. Il sourit. Ses dents sont jaunes. Il fixe un détonateur à distance. Les quatre autres héritiers se regardent. L'un d'eux panique. Il court vers la porte blindée. Il frappe le tungstène avec ses poings. Il hurle. Ses cris saturent l'acoustique de la pièce. Klaus se déplace. Il est rapide pour sa taille. Il attrape l'homme par la nuque. Il projette sa tête contre le mur en acier. Le bruit est celui d'une pastèque qui éclate. Le corps glisse au sol. Une traînée rouge marque le panneau brossé. Le premier cadavre est là. Il reste sept héritiers. Vittorio ne regarde pas le corps. Il observe les issues. Le hall possède trois sorties. Le couloir nord mène aux cuisines. Le couloir sud mène aux chambres. L'escalier central descend vers l'armorerie. Liam allume une cigarette. La fumée stagne dans l'air froid. Il lance un petit boîtier noir vers le centre du hall. C'est un capteur de mouvement. Il émet un bip court. Vittorio pointe son arme vers Liam. Liam lève les mains. Il rit encore. Son rire se transforme en quinte de toux. Il crache un glaire sanglant sur le marbre blanc. "On ne va pas se presser, l'Italien," dit Liam. Sa voix est éraillée. "Le béton est épais. On a tout le temps de s'étriper." Vittorio ne répond pas. Il recule vers l'escalier. Il garde son angle de tir sur Klaus. Klaus reste immobile près du cadavre. Il nettoie ses mains avec un mouchoir en soie. Il plie le tissu soigneusement. Il le pose sur le visage du mort. C'est un geste méthodique. Un geste de soldat. Elena a déjà atteint le premier étage. On entend le grincement d'une porte au-dessus. Un néon vacille dans le couloir sud. Il produit un cliquetis régulier. L'odeur du sang frais se mélange à celle de l'huile de moteur. Les lumières du hall baissent d'intensité. Le mode combat est activé. Les éclairages de secours rouges prennent le relais. Les ombres s'allongent sur les murs. Elles ressemblent à des griffes. Vittorio descend la première marche. Ses yeux s'habituent à la pénombre rouge. Il sent le poids de son arme. Quinze munitions dans le chargeur. Une dans la chambre. Il doit économiser ses tirs. Les murs de Wolfsburg sont conçus pour faire ricocher les balles. Chaque erreur sera fatale. Il atteint le palier inférieur. Une odeur de graisse de stockage lui pique le nez. L'armorerie est là. Les râteliers sont éclairés par des diodes électroluminescentes. Des fusils d'assaut HK416. Des pistolets-mitrailleurs MP5. Des grenades à fragmentation. Il entend un bruit de pas derrière lui. C'est un rythme lourd. Klaus. Vittorio se plaque contre le chambranle de la porte. Il retient sa respiration. Son cœur bat à soixante pulsations par minute. Il est calme. Il attend que la silhouette dépasse l'angle du mur. Il voit l'ombre de Klaus se projeter sur le sol. Elle est massive. Klaus tient la barre de fer. Il avance avec une lenteur calculée. En haut, une explosion secoue le bâtiment. La déflagration fait vibrer les dalles de béton. Liam a commencé son travail. Des débris de verre tombent dans la cage d'escalier. Un cri strident déchire l'air. C'est une femme. L'une des héritières. Le cri s'arrête brusquement. Un silence de mort retombe. Vittorio sort de sa cachette. Il braque son Beretta sur la poitrine de Klaus. Klaus s'arrête. Il ne lève pas sa barre de fer. Il regarde Vittorio. Ses yeux bleus sont vides de toute émotion. La prothèse de sa mâchoire bouge légèrement quand il respire. "Pas encore, Vittorio," dit Klaus. Sa voix est basse. "Attendons qu'ils s'entretuent. C'est plus efficace." Vittorio ne baisse pas son arme. Il maintient la pression sur la détente. Il sent le point de rupture du mécanisme. Un millimètre de plus et le percuteur frappe l'amorce. Il observe la carotide de Klaus. Elle bat régulièrement. Klaus n'a pas peur. "On prend le matériel," ordonne Vittorio. "Chacun son côté. Si tu approches à moins de trois mètres, je t'ouvre le buffet." Klaus hoche la tête. Il entre dans l'armorerie. Il se dirige vers les armes lourdes. Vittorio prend un gilet pare-balles léger. Il l'enfile sous sa veste. Il saisit deux chargeurs supplémentaires. Il ramasse une lampe tactique. Il l'enclenche sous le canon de son pistolet. Le chronomètre affiche 23:42:15 restants. Le décompte continue. Wolfsburg digère ses occupants. Le béton attend la suite. Le sang commence à couler dans les rigoles d'évacuation du hall. La chasse est ouverte.

Ouverture des râteliers

Le sifflement de l’air comprimé déchire le silence du hall. Les moteurs électriques s’activent derrière les cloisons. Les panneaux de chêne massif glissent dans les murs. L’acier apparaît. Les râteliers pivotent sur des axes graissés à l’huile fine. L’odeur de stockage sature l’air froid. C’est une odeur de graisse minérale et de solvant. Les spots halogènes frappent les surfaces métalliques. Des fusils d’assaut HK416 sont alignés comme des soldats. Des pistolets-mitrailleurs MP5 attendent sur des supports en polymère. Les chargeurs sont empilés dans des bacs en plastique noir. Liam O’Shea entre dans la zone de lumière. Ses yeux injectés de sang fixent les étagères inférieures. Il ignore les armes à feu. Il cherche les boîtes vertes en métal. Il en saisit une. Il brise le sceau de cire. À l’intérieur, des pains de C4 reposent dans du papier sulfurisé. Liam sort un bloc. La texture ressemble à de la pâte à modeler grise. Il approche le bloc de son visage. Il inhale l’odeur chimique. Ses lèvres bougent sans produire de son. Il parle aux explosifs. Il sort des détonateurs électriques de sa poche. Ses doigts tremblent légèrement. Il insère une amorce dans la masse plastique. Il range le tout dans son sac en toile. Jean-Luc de Varennes se tient près du pilier central. L’héritier français porte un costume en soie grise à trois mille euros. Il tient un Beretta 92FS par le pontet. Il semble dégoûté par le poids de l’objet. Il regarde le plafond de verre. La forêt noire est invisible derrière l’acier des volets. Jean-Luc fait un pas vers le centre du hall. Ses chaussures de cuir ciré claquent sur le marbre blanc. Il cherche une issue du regard. Il ne voit que des angles morts. Vittorio est accroupi derrière un buffet en acajou. Il observe Jean-Luc à travers l’interstice des pieds sculptés. Il lève son Sig Sauer. Il aligne le guidon et le cran de mire. La cible est à quinze mètres. Vittorio bloque sa respiration. Il contracte l’index. Le mécanisme interne s’enclenche. Le percuteur frappe l’amorce de la cartouche de 9mm. L’explosion de la poudre propulse l’ogive dans le canon rayé. La balle traverse l’espace en une fraction de seconde. Elle percute le côté droit du cou de Jean-Luc. Le projectile déchire la peau. Il sectionne l’artère carotide. Il brise la troisième vertèbre cervicale. L’impact projette une nappe de sang rouge vif sur le pilier de marbre. Le liquide est chaud. Il fume au contact de l’air ambiant. Jean-Luc lâche son arme. Le Beretta rebondit sur le sol avec un bruit métallique sec. L’héritier porte ses mains à sa gorge. Le sang gicle entre ses doigts. Il ne peut pas crier. Ses poumons se remplissent de liquide. Jean-Luc tombe à genoux. Ses yeux roulent vers le haut. Il s’affale sur le côté gauche. Son corps tressaute trois fois. Les nerfs lâchent. Le marbre blanc boit le premier litre de sang. La tache s’étend de manière circulaire. Elle suit les veines naturelles de la pierre. Klaus Hoffman sort de l’ombre de l’armorerie. Il tient un fusil à pompe Benelli M4 à bout de bras. La crosse est calée contre son épaule massive. Sa prothèse de mâchoire en titane luit sous les spots. Il ne regarde pas le cadavre de Jean-Luc. Il scanne les balcons supérieurs. Il vérifie les angles de tir. Il se déplace avec la souplesse d’un prédateur de cent dix kilos. Ses bottes tactiques ne font aucun bruit. Il s’arrête à trois mètres de Vittorio. « Cible éliminée », dit Klaus. Sa voix est un grognement mécanique. Vittorio se relève. Il ne range pas son arme. Il garde le canon dirigé vers le sol. Il observe la mare de sang qui s’élargit. « Un de moins », répond Vittorio. « Sept restants. » Elena Volkov apparaît en haut du grand escalier. Elle est maigre. Ses cheveux rasés accentuent la pâleur de son crâne. Elle tient une lame courte dans chaque main. Les lames sont noires. Elles ne reflètent pas la lumière. Elle observe le corps de Jean-Luc depuis la balustrade. Elle incline la tête sur le côté. Elle ne montre aucune émotion. Elle descend les marches lentement. Ses mouvements sont fluides. Elle s’arrête à la limite de la tache de sang. Elle regarde Vittorio. Elle sourit. La cicatrice sur sa lèvre se tend. « Trop rapide », dit Elena. « Il n’a rien senti. C’est un gaspillage. » Liam O’Shea ricane dans son coin. Il a fini de préparer ses charges. Il porte son sac sur l’épaule. Il tient un déclencheur à distance dans la main droite. Son pouce caresse l’interrupteur de sécurité. « Tout va sauter », murmure Liam. « Tout va brûler. » Il lance un regard circulaire. Il cherche les caméras de surveillance. Il sait que les patriarches regardent. Il veut qu’ils voient la fin de leur lignée. Il crache sur le sol. La salive est mêlée de sang. Ses gencives saignent à cause de la tension. Vittorio change son chargeur. Il appuie sur le bouton d’éjection. Le chargeur vide tombe au sol. Il en insère un neuf. Il tire la culasse vers l’arrière. Une nouvelle cartouche monte dans la chambre. Le bruit du métal est net. C’est le seul langage que le bunker comprend. Le système de ventilation s’active. L’air est aspiré par les grilles au plafond. L’odeur de la poudre et du sang se mélange. Le froid revient. Les radiateurs sont coupés. Le domaine de Wolfsburg devient une chambre froide. Klaus prend position derrière un pilier. Il couvre l’accès aux cuisines. Il sait que l’héritier espagnol et la fille des suédois sont là-bas. Il attend un mouvement. Il ne cligne pas des yeux. Sa prothèse de mâchoire émet un léger clic quand il serre les dents. Elena s’accroupit près du cadavre de Jean-Luc. Elle trempe l’index dans le sang chaud. Elle porte le doigt à ses lèvres. Elle goûte le fer. Elle ferme les yeux un instant. Elle se relève. Elle regarde vers les cuisines. « Je vais chercher les autres », dit-elle. Elle disparaît dans l’ombre du couloir ouest. Elle ne fait aucun bruit. Elle est une ombre parmi les ombres. Vittorio regarde sa montre. 23:38:10. Le temps s’écoule lentement. Chaque seconde pèse le poids du plomb. Il sent la sueur couler dans son dos. Le gilet pare-balles est lourd. Il ajuste sa veste. Il vérifie la position de Klaus. Le colosse est immobile. C’est un mur de muscle et d’acier. Un bruit de verre brisé résonne au premier étage. Liam lève la tête. Il sourit. Il commence à courir vers l’escalier de service. Il veut poser ses charges sur les conduites de gaz. Il veut transformer le bunker en four crématoire. Vittorio ne l’arrête pas. Liam est une diversion utile. Il attire l’attention. Il fait du bruit. Vittorio préfère le silence. Il préfère la précision. Il regarde le corps de Jean-Luc une dernière fois. Le visage du Français est livide. La soie grise de son costume est maintenant noire de sang. Le mécanisme des râteliers se verrouille. Les panneaux ne se refermeront pas. Les armes restantes sont à la disposition de quiconque aura le courage de les prendre. Vittorio ramasse le Beretta de Jean-Luc. Il vérifie la sûreté. Il le glisse dans sa ceinture, à l’arrière. Une arme de secours est une assurance vie. Il fait un signe de tête à Klaus. Klaus hoche la tête. Ils se séparent. Vittorio part vers l’est. Klaus reste au centre. La chasse entre dans sa phase active. Le béton de Wolfsburg absorbe les vibrations des pas. Le premier litre est versé. Les autres suivront. C’est une question de mathématiques. C’est une question de survie. Le sang continue de couler dans les rigoles d’évacuation. Il rejoint les cuves de traitement en sous-sol. La machine est en marche. Rien ne l’arrêtera avant l’aube.

Tactique de retrait

Vittorio marche dans l'ombre de Klaus. Ses semelles en caoutchouc ne produisent aucun son. Le béton du couloir Ouest est brut. Les murs portent des traces de coffrage. Klaus tient son fusil d'assaut HK416 à hauteur d'épaule. La crosse en polymère est calée contre son gilet pare-balles. Son index repose sur le pontet. Il ne touche pas encore la détente. C’est la règle. Vittorio suit à deux mètres. Il tient son Beretta 92FS à deux mains. Les bras sont tendus. Les coudes sont souples. Ils arrivent à une intersection en T. Klaus s'arrête. Il lève la main gauche. Le poing est fermé. Vittorio se plaque contre le mur de droite. Le froid du béton traverse sa veste en laine. Klaus pivote lentement. Il utilise la technique du "couper la tarte". Il gagne chaque centimètre d'angle de vue avec précision. Le canon du fusil balaie l'espace. Le viseur point rouge projette une lueur infime sur son œil. Klaus hoche la tête. Le couloir est vide. Vittorio sort un marqueur à craie grasse de sa poche. Il trace une croix sur le chambranle de la porte 304. C'est une salle de serveurs. Les ventilateurs ronronnent derrière le métal. Il n'y a qu'une seule entrée. Il marque la porte suivante. Une buanderie. Il note "X" sur le panneau. La zone est identifiée. Ils avancent vers le couloir de service. C’est un boyau technique étroit. Des tuyaux de cuivre courent au plafond. Ils sont fixés par des colliers en acier galvanisé. Klaus s'accroupit. Sa prothèse de mâchoire en titane reflète la lumière des plafonniers. Le métal est mat. Il ne brille pas. Klaus observe le sol. Il cherche des traces de pas dans la poussière fine. Il ne trouve rien. Il pointe le doigt vers un renfoncement. C'est une niche pour les bouches d'incendie. L'espace est suffisant pour un homme. Vittorio comprend. Il se glisse dans l'alcôve. Il vérifie son angle de tir. Il voit l'intégralité du couloir jusqu'à l'ascenseur de charge. Klaus se place de l'autre côté. Il déplace un chariot de linge en inox. Les roues grincent une fraction de seconde. Il immobilise le chariot avec un morceau de caoutchouc. Il s'installe derrière. Le métal de l'inox offre une protection relative contre les petits calibres. Klaus déploie le bipied de son HK416. Il pose l'arme sur le rebord du chariot. Le secteur est verrouillé. Ils créent une zone de mort. Tout ce qui entre dans ce couloir sera pris entre deux feux. Vittorio sort une bobine de fil de pêche de sa veste. Il rampe jusqu'au milieu du passage. Il fixe le fil à la base d'un tuyau de vidange. Il tire le fil jusqu'à une pile de caisses en plastique. Il attache une clé plate au bout du fil. La clé est en équilibre sur le rebord d'une caisse. Si quelqu'un coupe le fil, la clé tombe. Le choc sur le plastique signalera l'intrusion. Vittorio retourne dans sa niche. Il vérifie l'heure sur sa montre. 01h22. Le silence s'installe. Il est lourd. Il est physique. Vittorio entend sa propre respiration. Elle est lente. Régulière. Il sent l'odeur de l'huile pour arme. C'est une odeur de garage et de mort propre. Klaus est une statue de muscle et de kevlar. Il ne bouge pas. Ses yeux ne cillent pas. Il regarde droit devant lui. Sa concentration est totale. Il n'y a pas de place pour le doute. Il n'y a que la balistique. Un bruit de moteur hydraulique résonne au loin. L'ascenseur de charge s'active. Les câbles grincent dans la gaine. Vittorio resserre sa prise sur la crosse du Beretta. Ses paumes sont sèches. Klaus ajuste sa position de tir. Il appuie sa joue contre l'appui-joue de la crosse. Le voyant de l'ascenseur passe au vert. Le ding métallique est une détonation dans le calme du bunker. Les portes coulissent avec un frottement de métal usé. Une ombre se projette sur le sol du couloir. Elle est longue. Déformée. Une silhouette sort de la cabine. C'est Liam. L'Irlandais tient un fusil à pompe Remington 870. Il avance avec hésitation. Ses yeux injectés de sang scannent le plafond. Il cherche des caméras. Il ne regarde pas ses pieds. Liam franchit la ligne invisible. Ses bottes accrochent le fil de pêche. La clé plate tombe de la caisse. Le "clac" résonne contre les murs en béton. Liam se fige. Il pivote vers la source du bruit. Il est trop tard. Klaus presse la détente. Le HK416 crache trois balles de 5.56 mm. Le bruit est assourdissant dans l'espace clos. Les douilles brûlantes sautent de la culasse. Elles tintent sur le sol. Les projectiles percutent le torse de Liam. Le tissu de sa veste explose. Des fibres de coton flottent dans l'air. Liam est projeté en arrière par l'impact. Il heurte le mur. Vittorio sort de sa niche. Il tire deux fois. Les balles de 9 mm frappent les genoux de l'Irlandais. C'est une sécurité. Un homme qui ne peut pas marcher ne peut pas riposter. Liam hurle. Le son est aigu. Il gratte le béton avec ses ongles. Le Remington est tombé à deux mètres de lui. Vittorio avance. Il garde son arme pointée sur la tête de la cible. Klaus reste en couverture. Il ne quitte pas l'ascenseur des yeux. Une deuxième menace peut surgir. Vittorio arrive à la hauteur de Liam. L'Irlandais crache du sang. Sa respiration est un sifflement humide. Une balle a perforé un poumon. Vittorio ne dit rien. Il n'y a pas de discours. Il n'y a pas de pardon. Il observe la blessure. Le sang est rouge clair. Artériel. Vittorio pose le canon de son Beretta contre le front de Liam. Le métal est chaud. Liam ferme les yeux. Vittorio presse la détente. Le corps de l'Irlandais sursaute une dernière fois. Puis il se détend. Vittorio ramasse le Remington 870. Il vérifie le magasin tubulaire. Plein. Il glisse l'arme dans la sangle de son sac à dos. Klaus quitte sa position derrière le chariot. Il s'approche. Il regarde le cadavre sans expression. Il vérifie les poches de Liam. Il trouve deux grenades offensives et un détonateur à distance. Il tend les grenades à Vittorio. Vittorio les range dans sa ceinture. Klaus désigne l'ascenseur. Il fait un geste vers le haut. Ils doivent changer de niveau. La zone de mort est compromise par l'odeur de la poudre et du sang. Les autres héritiers vont converger vers le bruit. Vittorio hoche la tête. Il recharge son Beretta. Il insère un chargeur neuf. Il frappe le talon du chargeur avec la paume de sa main. Le clic est sec. Ils entrent dans la cabine de l'ascenseur. Klaus appuie sur le bouton du quatrième étage. Les portes se referment. Le mécanisme s'enclenche. La cabine monte. Vittorio regarde le reflet de Klaus dans l'inox des parois. Klaus a une tache de sang sur la joue. Vittorio ne dit rien. Il ne l'essuie pas. Ils ne sont pas des amis. Ils sont des vecteurs de force. L'ascenseur s'arrête. Les portes s'ouvrent sur le secteur des bureaux. Le couloir est plongé dans une pénombre bleutée. Les ordinateurs sont en veille. Les écrans clignotent. Klaus sort en premier. Il pivote à gauche. Vittorio pivote à droite. Ils reprennent la formation. Le protocole est le même. Sécuriser. Marquer. Éliminer. Le béton de Wolfsburg est une éponge. Il attend la suite. Vittorio sent le poids des grenades à sa taille. Le décompte continue. Il reste six héritiers. La mathématique est simple. La survie est une soustraction. Ils s'enfoncent dans la pénombre des bureaux. Leurs ombres s'étirent sur la moquette rase. Le silence revient. Il est plus profond qu'avant. Chaque craquement de la structure est une cible potentielle. Vittorio contrôle sa transpiration. Il serre la crosse de son arme. Ses phalanges sont blanches. Klaus avance. Il est le bouclier. Vittorio est la lame. Ils sont le binôme parfait pour une fin du monde.

Acier et vapeur

Elena franchit le seuil des cuisines industrielles. Les doubles portes en Inox oscillent derrière elle. Le métal grince sur ses charnières. L'air est saturé d'une odeur de graisse froide. Des rangées de tables de découpe s'alignent dans la pénombre. Le carrelage blanc reflète la lueur des blocs de secours. Elena sort sa lame courte de son fourreau. L'acier est mat. Il ne brille pas. Elle tient le manche en polymère avec fermeté. Ses doigts sont secs. Son rythme cardiaque est stable. Soixante battements par minute. Elle avance vers le premier îlot de cuisson. Ses bottes de combat ne produisent aucun son. Elle observe les ombres. Une silhouette bouge près des fours à convection. C'est l'héritière espagnole. Isabella. Elle respire bruyamment. Le son trahit sa position exacte. Isabella tient un hachoir de boucher. Le poids de l'outil fait pencher son épaule droite. Elle n'a pas l'habitude du métal lourd. Elena repère la trajectoire possible du coup. Elle calcule les angles de fuite. Le secteur est vaste. Cinquante mètres de long. Trente mètres de large. Des tuyaux de vapeur courent au plafond. Ils sont marqués de bandes jaunes. Elena repère une vanne de purge manuelle. Elle se glisse le long d'une plonge en acier. L'eau stagne dans le bac. Une pellicule d'huile flotte à la surface. Elena atteint la vanne. Elle pose sa main libre sur la roue en fonte. Le métal est froid. Elle tourne lentement. Le filetage gémit. Un premier jet de vapeur s'échappe. Le sifflement couvre le bruit de ses pas. Isabella se retourne brusquement. Elle lève son hachoir. Ses yeux sont écarquillés. Les pupilles sont dilatées au maximum. Elle ne voit rien à travers le nuage blanc. Elena ouvre la vanne à fond. La pression monte. Un hurlement de gaz envahit la pièce. La visibilité tombe à zéro. La vapeur brûlante sature l'espace. Elena se déplace latéralement. Elle connaît la configuration du sol. Elle évite les grilles d'évacuation. Un bruit de métal contre métal résonne. Isabella a frappé une table de travail. Elle panique. Elle frappe dans le vide. Elena se rapproche. Elle est à trois mètres. Elle voit l'ombre de l'Espagnole. Isabella pivote. Elle renverse une friteuse industrielle. L'huile de friture est encore à haute température. Le liquide ambré gicle sur le sol. Une large gerbe atteint le bras gauche d'Elena. Le liquide brûle le tissu de sa manche. L'huile touche la peau. La température est de cent quatre-vingts degrés. Les terminaisons nerveuses sont détruites instantanément. La peau cloque. Elle devient rouge vif, puis blanche. Elena regarde son bras. Elle voit la chair se boursoufler. Elle ne ressent aucune douleur. Son visage reste de marbre. Ses sourcils ne bougent pas. Elle observe la réaction chimique du corps humain. C'est une donnée technique. Rien de plus. Elle change sa lame de main. Elle utilise maintenant sa main droite. Isabella recule vers les chambres froides. Elle glisse sur l'huile. Son hachoir heurte le carrelage. Le choc produit une étincelle. Isabella tente de se relever. Ses mains glissent sur le gras. Elle gémit. C'est un son guttural. Elena est sur elle. Elle pose un genou sur le sternum de l'Espagnole. Le poids écrase la cage thoracique. L'air sort des poumons d'Isabella dans un sifflement. Elena saisit la mâchoire de sa cible. Elle incline la tête d'Isabella vers l'arrière. L'Espagnole essaie de griffer le visage d'Elena. Ses ongles marquent la joue de la Russe. Elena ne cille pas. Elle place la pointe de sa lame sous le menton. Elle cherche l'angle d'insertion optimal. La lame doit traverser le plancher buccal. Elle doit atteindre le cerveau par la base du crâne. C'est la méthode la plus propre. Isabella secoue la tête. Elle essaie de mordre. Elena appuie plus fort avec son genou. Les côtes craquent. Un bruit de bois sec. Isabella ouvre la bouche pour hurler. Aucun son ne sort. Elena enfonce la lame. Le métal pénètre sans résistance. Il traverse les tissus mous. Il rencontre l'os. Elena applique une torsion du poignet. Un craquement sec résonne dans la cuisine. Le corps d'Isabella se raidit. Ses jambes tressautent sur le carrelage huileux. Puis les muscles se relâchent. Les sphincters lâchent. Une odeur d'excréments se mélange à celle de la graisse. Elena retire la lame. Elle l'essuie sur la veste en soie de l'Espagnole. Le sang est sombre. Il sature les fibres du vêtement. Elena se relève. Elle examine son bras brûlé. La peau pend en lambeaux blanchâtres. Elle prend un torchon propre sur un crochet. Elle enroule le tissu autour de la plaie. Elle serre le nœud avec ses dents. Le pansement de fortune sature de sérum physiologique en quelques secondes. Elle ramasse le hachoir d'Isabella. Elle le soupèse. Trop lourd. Pas assez équilibré. Elle le jette dans un bac de plonge. Le bruit du métal contre l'Inox est assourdissant. Elena se dirige vers la sortie de secours. Elle marche avec la même régularité qu'à son arrivée. Elle ne regarde pas le cadavre derrière elle. Le travail est terminé. La comptabilité progresse. Elle pousse la barre de sécurité de la porte. L'air frais du couloir entre dans la cuisine. La vapeur s'évacue lentement vers le plafond. Elena vérifie l'état de sa lame courte. Elle la remet dans son fourreau. Le clic du verrouillage est net. Elle consulte sa montre. L'opération a duré sept minutes. Elle ajuste sa position. Elle reprend sa traque. Le prochain objectif est au niveau supérieur. Elle monte les escaliers de service. Ses pas sont cadencés. Elle est une machine en mouvement. Le béton de Wolfsburg absorbe le bruit de sa progression. Il reste cinq héritiers. La soustraction continue. Ses yeux balayent l'angle mort du palier. Elle ne cligne pas des paupières. Elle attend la suite.

Le centre nerveux

Liam descend les marches. Le béton est brut. Ses bottes de combat frappent le sol. Le bruit résonne dans la cage d'escalier. Il porte un sac en toile épaisse. Les sangles scient ses épaules. Il s'arrête au niveau -2. La porte est blindée. Il sort un pass magnétique. Le voyant passe au vert. Le verrou claque. L'air du sous-sol est saturé de graisse. Il avance dans le couloir technique. Les tuyaux courent au plafond comme des veines. Il cherche le local de ventilation. Le plan est gravé dans sa tête. Il tourne à gauche. La porte indique Zone 4. Il entre. Les turbines font un boucan d'enfer. Les pales brassent l'air de tout le bunker. Liam pose son sac sur l'établi. Il sort un tournevis plat. Il dévisse la plaque du panneau de contrôle. Les fils sont colorés. Il cherche le bus de données. Il parle tout bas. Il s'adresse à l'allumeur dans sa poche. Il l'appelle Ma Jolie. Il branche un shunt sur le circuit. Les ventilateurs ralentissent. Il modifie le cycle d'admission. L'air ne sera plus renouvelé. Le gaz carbonique va stagner. Il sort une bouteille de sa veste. Le liquide est incolore. C'est un dérivé chimique lourd. Il le verse dans le bac de condensation. L'évaporation fera le reste. Les poumons des héritiers vont brûler. Liam sourit. Ses dents sont tachées de tabac. Il referme le panneau de contrôle. Il ramasse son sac. Il se dirige vers le centre nerveux. Les serveurs ronronnent derrière des vitres. La température grimpe de dix degrés. C'est le cerveau de Wolfsburg. Liam veut le griller. Il sort quatre mines antipersonnel. Ce sont des modèles directionnels. Il les fixe sur les montants métalliques. Il règle les capteurs de mouvement. Le faisceau laser est invisible. Il connecte les détonateurs à distance. Il vérifie la charge. Les batteries sont pleines. Il caresse le boîtier en plastique. Il murmure des mots doux au détonateur. Il lui promet un grand final. Il recule prudemment. Il ne doit pas couper le faisceau lui-même. Il sort du local. Il verrouille la porte derrière lui. Le couloir est désert. Liam sent la sueur couler dans son dos. Ses yeux injectés de sang balayent l'espace. Il vérifie son arme de poing. Un Sig Sauer chargé à bloc. Il remonte vers le rez-de-chaussée. Il marche près du mur. Il évite les zones de lumière. Il entend un bruit à l'étage. Un choc métallique. Il s'immobilise. Il retient son souffle. Son cœur cogne contre ses côtes. Il attend dix secondes. Rien ne bouge. Il reprend sa progression. Il arrive devant l'ascenseur de service. Il ne l'utilisera pas. C'est un piège mortel. Il préfère les escaliers dérobés. Il connaît les angles morts des caméras. Il a étudié les plans pendant des mois. Il arrive au niveau du Grand Hall. Il observe par l'entrebâillement de la porte. Le marbre brille sous les projecteurs. Le silence est total. Il sait que les autres sont là. Ils se cachent dans l'ombre. Ils attendent le premier faux pas. Liam n'a pas peur. Il est venu pour tout raser. Il serre le détonateur dans sa main droite. Le métal est froid. C'est son seul ami. Il se glisse dans le hall. Il longe les colonnes de pierre. Il atteint le râtelier d'armes central. Il est vide. Les autres se sont déjà servis. Liam s'en moque. Il a ses propres jouets. Il sort un pain de C4 de son sac. Il le malaxe entre ses doigts. La texture ressemble à de la pâte à modeler. Il le plaque sous la table de conférence. Il insère une amorce. Il règle la fréquence radio. Il veut une explosion synchronisée. Le centre nerveux et le hall. Le bunker deviendra un tombeau. Il entend un pas feutré derrière lui. Il pivote sur ses talons. Il pointe son Sig Sauer. L'ombre s'arrête net. C'est un mouvement rapide. Liam ne tire pas. Il économise ses munitions. Il recule vers la sortie sud. Il garde son arme levée. Ses mains ne tremblent pas. Il sent l'adrénaline monter. C'est une drogue pure. Il atteint le vestibule. Il se plaque contre le chambranle. Il vérifie l'heure sur sa montre. Minuit trente. Le temps presse. La ventilation commence à diffuser le poison. Les premiers effets seront subtils. Une migraine. Une fatigue soudaine. Puis la paralysie. Liam sort un paquet de cigarettes. Il en allume une. La fumée est âcre. Il rejette une bouffée lente. Il regarde le plafond. Il imagine les molécules de gaz grimper. Elles s'infiltrent partout. Dans les chambres. Dans les cuisines. Dans les conduits de secours. Personne n'est à l'abri. Il parle à nouveau à son détonateur. Il lui explique le plan. Il lui dit que tout sera fini bientôt. Il range le briquet dans sa poche. Il écrase sa cigarette au sol. La cendre grise souille le marbre blanc. Il reprend sa marche. Il se dirige vers la bibliothèque. C'est un point stratégique. Les étagères montent jusqu'au plafond. Des milliers de livres anciens. Du papier sec. Un combustible parfait. Liam sort une bouteille d'essence de son sac. Il arrose les reliures en cuir. L'odeur de l'hydrocarbure masque celle de la cire. Il vide la bouteille entière. Il prépare une mèche lente. Il veut que le feu se déclare après son départ. Il veut voir le bâtiment brûler de l'extérieur. Il entend un cri étouffé. Ça vient des étages supérieurs. Le gaz fait son effet. Quelqu'un s'étouffe. Liam sourit encore. Il aime ce son. C'est la musique de la fin. Il range ses outils. Son sac est presque vide. Il ne lui reste que le détonateur principal. Il traverse la bibliothèque. Il sort par une porte dérobée. Il se retrouve dans un petit salon. Les meubles sont recouverts de draps blancs. On dirait des fantômes. Liam ne croit pas aux fantômes. Il croit à la chimie et à la physique. Il s'assoit dans un fauteuil. Il pose ses pieds sur une table basse. Il attend. Il écoute les bruits du bunker. Le ronronnement des machines a changé de ton. Les turbines forcent. Le système de sécurité essaie de compenser. C'est inutile. Liam a court-circuité les capteurs thermiques. L'ordinateur central est aveugle. Il regarde le détonateur. Le voyant rouge clignote. Il est prêt. Liam pose son doigt sur le bouton. Il ne presse pas encore. Il veut savourer l'instant. Il pense à son père. Il pense à la lignée des O’Shea. Une lignée de fous et de poseurs de bombes. Il est le dernier. Il sera le plus grand. Il fermera le livre avec fracas. Il entend des pas rapides dans le couloir. Quelqu'un court. La respiration est sifflante. C'est Klaus ou Vittorio. Ils ont compris. Trop tard. Liam se lève. Il range le détonateur dans sa ceinture. Il sort son couteau de combat. La lame est noire. Elle ne reflète pas la lumière. Il se poste derrière la porte du salon. Il attend que la proie approche. L'ombre passe devant la fente. Liam bondit. Il attrape l'individu par la gorge. Il plaque sa main sur la bouche. Il enfonce la lame sous les côtes. Il sent le métal percer le tissu. Il sent la résistance de la chair. Il tourne le poignet. Le corps se raidit. Puis il s'affaisse. Liam accompagne la chute. Il ne veut pas de bruit. Il retire la lame. Elle est poisseuse. Il l'essuie sur le drap blanc d'un fauteuil. Une tache rouge s'étend sur le tissu. Il regarde le visage du mort. C'est un garde du corps. Pas un héritier. Un simple pion. Liam s'en fout. Un mort est un mort. Il fouille les poches du cadavre. Il trouve une radio. Il la branche sur son oreille. Il entend des voix paniquées. "Le système d'air est mort." "On ne peut plus ouvrir les vannes." Liam coupe la radio. Il a entendu ce qu'il voulait. Le chaos s'installe. Les héritiers vont s'entre-tuer pour atteindre les sorties. Ils vont tomber sur ses mines. Il retourne vers l'escalier central. Il veut voir le spectacle. Il se cache sur la mezzanine. Il a une vue plongeante sur le hall. Vittorio est là. Il tient un fusil d'assaut. Il a l'air nerveux. Il regarde le plafond. Il sent que l'air s'épaissit. Elena apparaît de l'autre côté. Elle tient ses lames courtes. Ils se font face. Ils ne tirent pas encore. Ils se jaugent. Liam sort le détonateur. Il le lève au-dessus de sa tête. Il veut qu'ils le voient. Il veut qu'ils sachent qui a gagné. Vittorio lève les yeux. Il voit Liam. Il épaule son fusil. Liam n'attend pas. Il presse le premier bouton. Une explosion sourde secoue le sol. C'est le centre nerveux. Les lumières vacillent. Elles s'éteignent. Le bunker est plongé dans le noir. Seuls les éclairages de secours rouges s'allument. L'ambiance devient infernale. Liam rit. Son rire est rauque. Il presse le deuxième bouton. Le C4 sous la table de conférence explose. Le marbre vole en éclats. Le souffle projette Vittorio contre le mur. Elena se plaque au sol. Elle rampe vers l'ombre. Liam descend les marches quatre à quatre. Il tire au jugé avec son Sig Sauer. Il ne cherche pas la précision. Il cherche le volume. Il veut saturer l'espace. Il atteint le bas de l'escalier. La fumée est épaisse. Elle pique les yeux. L'odeur de la poudre se mélange à celle du gaz. C'est un cocktail parfait. Liam se dirige vers la sortie principale. Il sait que les verrous sont bloqués par l'explosion des serveurs. Personne ne sortira. Il arrive devant les portes de bronze. Elles sont massives. Inébranlables. Liam s'adosse au métal. Il regarde le hall dévasté. Il voit une silhouette bouger dans les débris. C'est Klaus. Le colosse se relève péniblement. Sa prothèse en titane brille sous la lumière rouge. Il a du sang sur le visage. Il cherche son arme. Liam le regarde faire. Il ne tire pas. Il veut que Klaus comprenne. Il veut que tout le monde comprenne. Wolfsburg est devenu un incinérateur. Liam sort sa dernière charge. Une grenade incendiaire. Il dégoupille. Il la lance au milieu du hall. La pièce s'embrase. Les flammes montent à trois mètres de haut. Le liquide inflammable de la bibliothèque prend le relais. Le feu se propage aux rideaux. Aux tapis. Aux boiseries. La chaleur devient insupportable. Liam sent sa peau chauffer. Il retire sa veste. Il reste en débardeur. Ses muscles saillissent sous la sueur. Il est au centre de son œuvre. Il regarde sa montre. Une minute avant la saturation totale en CO2. Ses propres poumons commencent à brûler. Il s'en moque. Il a réussi. Les héritiers sont piégés. Les empires vont s'effondrer. La lignée est brisée. Liam s'assoit par terre. Il ferme les yeux. Il écoute le crépitement des flammes. Il écoute les cris lointains qui s'éteignent un à un. Il caresse une dernière fois son détonateur. Il le pose sur le sol. Il n'en a plus besoin. Il attend l'aube. Elle ne viendra pas pour lui. Elle ne viendra pour personne. Le béton boit le sang. Le feu dévore le reste. Le silence revient.

L'aveu du bunker

Le béton transpire. L’air est lourd. Vittorio démonte sa Beretta. Les pièces s’alignent sur la table en inox. Le ressort. Le canon. La culasse. Il utilise un chiffon gras. L’odeur de l’huile remplit ses narines. Klaus est debout près de la porte blindée. Il surveille les moniteurs de sécurité. Les écrans crachent une lumière crue. Le silence pèse dix tonnes. Vittorio regarde ses mains. Elles ne tremblent pas. Ses phalanges sont blanches. Il remonte l’arme. Le clic du métal est sec. Il engage le chargeur. Quinze balles de neuf millimètres. Klaus tourne la tête. Sa mâchoire en titane brille sous les tubes fluorescents. Il fixe Vittorio. Ses yeux sont des billes d’acier. « Ton père est mort », dit Klaus. Vittorio ne bouge pas. Il pose le pistolet sur la table. Son index caresse le pontet. « Le vieil homme était fatigué », répond Vittorio. « Deux balles dans la nuque. Ce n’est pas de la fatigue. » Klaus s’écarte du mur. Il pèse cent dix kilos. Ses bottes militaires grincent sur le sol. Il s’approche de la table. Vittorio sent la chaleur du colosse. Il ne recule pas. « J’ai vu les images », reprend Klaus. « Avant la coupure du réseau. » Vittorio serre la crosse. Le cuir de son gant craque. Il calcule l’angle de tir. La carotide de Klaus est exposée. Un mouvement rapide. Une pression. Le sang giclerait sur le béton gris. « Et alors ? » demande Vittorio. Klaus s’arrête à un mètre. Il croise ses bras massifs. Ses muscles tendent sa chemise tactique. « Il te freinait », dit Klaus. « C’était nécessaire. » La tension chute d’un cran. Vittorio relâche la pression. Son doigt quitte la détente. Il regarde le colosse. Klaus ne montre rien. Pas de colère. Pas de jugement. Juste une logique froide. « Tu es mon bouclier, Klaus. » « Je suis ton ombre. » Un bruit résonne dans les conduits d’aération. Un frottement métallique. Klaus pivote instantanément. Il épaule son fusil d’assaut HK416. Le mouvement est fluide. Professionnel. Il se place devant Vittorio. Son dos est une muraille de muscles. Vittorio se lève. Il range la Beretta dans son holster d’épaule. Il ramasse son veston sur mesure. Il ajuste sa cravate devant un miroir fêlé. Le bunker est un tombeau. Mais ils sont encore vivants. « On bouge », ordonne Vittorio. Klaus déverrouille la porte blindée. Le mécanisme hydraulique siffle. Le couloir est sombre. L’air sent la poudre et le plastique brûlé. Ils avancent en formation serrée. Klaus devant. Vittorio derrière. Le béton boit le silence. Ils atteignent le niveau inférieur. Les lampes de secours clignotent en rouge. Klaus s’arrête à chaque angle. Il vérifie les angles morts. Son fusil balaie l’espace. Vittorio garde la main sur sa crosse. Ses yeux scrutent les ombres. « Elena est proche », murmure Klaus. « Je sens son odeur. » « Son odeur ? » « Le sang frais. Elle ne nettoie jamais ses lames. » Vittorio hoche la tête. Elena Volkov est une bouchère. Elle aime le contact. Klaus préfère la distance. Vittorio préfère le résultat. Ils arrivent devant l’ascenseur de service. Les câbles ont été sectionnés. La cabine gît au fond de la fosse. Klaus examine la cage. Il vérifie les fixations. Il sort une corde de rappel de son sac. Il l’attache à une poutre en acier. « Je descends en premier », dit Klaus. « Je te couvre. » Klaus glisse dans le noir. Vittorio s’accroupit au bord du vide. Il pointe son arme vers le bas. Le silence revient. Puis, deux coups brefs sur la corde. Le signal. Vittorio descend à son tour. Ses mains brûlent sur la corde. Il touche le toit de la cabine. Klaus l’aide à descendre au sol. Ils sont dans les fondations du manoir. Ici, les murs sont plus épais. Le réseau de tuyauterie ressemble à des intestins. L’eau coule sur le sol. « Pourquoi m’as-tu protégé dans le hall ? » demande Vittorio. Klaus ne se retourne pas. Il vérifie la pression de son arme. « Les ordres du patriarche Hoffman étaient clairs. » « Ton père est mort aussi, Klaus. Les ordres n’existent plus. » Klaus s’arrête. Il se tourne vers Vittorio. La lumière rouge souligne les cicatrices de son visage. « Tu es le seul capable de tenir l’Europe », dit Klaus. « Les autres sont des chiens fous. » Vittorio observe le géant. Il cherche une faille. Une émotion. Il ne trouve que du métal et de la discipline. Klaus est une machine de guerre. Une machine qui a choisi son maître. « Si je tente de te tuer ? » demande Vittorio. « Tu échoueras. » Vittorio esquisse un sourire sans dents. Il range son arme. « Continuons. » Ils progressent dans les tunnels techniques. Klaus repère un piège. Un fil de détente à dix centimètres du sol. Il s’agenouille. Il sort une pince coupante. Le fil claque. Une mine antipersonnel est fixée au mur. Klaus la désamorce en vingt secondes. Ses doigts sont précis malgré leur taille. « Liam », dit Klaus. « Son travail est bâclé. » « Mais efficace », ajoute Vittorio. Ils débouchent dans une salle de contrôle secondaire. Les serveurs ronronnent. La chaleur est étouffante. Sur un écran, une silhouette bouge. C’est Elena. Elle traîne un corps. Celui de la petite héritière française. La gorge est ouverte. Vittorio regarde l’heure. Trois heures avant l’aube. « Elle se dirige vers les cuisines », observe Vittorio. « On la prend en tenaille », propose Klaus. Vittorio vérifie ses munitions. Il lui reste trois chargeurs. Klaus a encore deux cents cartouches. Ils sont en position de force. Mais le bunker est vaste. Les pièges sont partout. Klaus ouvre une armoire. Il y trouve des grenades flash. Il en prend quatre. Il en tend deux à Vittorio. « Ne vise pas la tête », conseille Klaus. « Elle porte un insert en kevlar sous sa perruque. » Vittorio range les grenades. Il se sent calme. Le parricide était le début. Le bunker est la suite logique. Il n’y a pas de place pour les remords. Seulement pour la trajectoire des balles. Ils quittent la salle de contrôle. Le couloir mène aux cuisines industrielles. L’odeur change. Graisse froide et détergent. Klaus fait un signe de la main. Il passe en mode infiltration. Ses pas ne font aucun bruit. C’est un prédateur de cent dix kilos. Vittorio reste dans son sillage. Il fait confiance au dos de Klaus. C’est son meilleur atout. Son seul bouclier. Si Klaus tombe, Vittorio meurt. Si Vittorio meurt, Klaus n’a plus de raison d’être. Ils arrivent devant les doubles portes en inox. Klaus se plaque contre le mur gauche. Vittorio prend le droit. Klaus lève trois doigts. Deux. Un. Il enfonce la porte d’un coup de botte. Vittorio entre en premier. Il roule au sol. Il se rétablit derrière un plan de travail. Klaus entre debout. Il arrose la pièce. Les balles percutent les casseroles. Le vacarme est assourdissant. Personne. La cuisine est vide. Sur la table centrale, un message est écrit avec du sang. *VITTORIO. JE SAIS POUR TON PÈRE.* Vittorio regarde le message. Il regarde Klaus. Le géant ne bronche pas. Il surveille les sorties. « Elle veut nous diviser », dit Klaus. « Elle est en retard », répond Vittorio. Il sort un briquet. Il brûle le message. L’odeur du sang brûlé est âcre. Vittorio se redresse. Il ajuste ses manches. La chasse continue. Le béton boit le sang. Le bunker attend son maître.

Obscurité totale

Liam manipule les fils de cuivre. Ses mains sont sales. La sueur pique ses yeux. Il ne s'essuie pas. Il fixe le boîtier de dérivation. C’est le cœur du bunker. Il place la charge de C4 sur le transformateur principal. La pâte grise colle au métal froid. Il insère le détonateur. Le petit écran LCD s'allume. Les chiffres rouges défilent. Liam recule dans l'ombre. Il s'assoit contre un mur de béton. Il attend. Le compte à rebours atteint zéro. Une détonation sourde secoue les fondations. Le sol vibre sous les pieds de Liam. Le transformateur crache des gerbes d'étincelles. Le métal fond. Une odeur de brûlé remplit la pièce. Les turbines ralentissent. Le sifflement des machines s'arrête. Les tubes fluorescents clignotent trois fois. Ils s'éteignent. Le silence tombe. L'obscurité est absolue. Dans la cuisine, Vittorio ne bouge pas. Il retient sa respiration. Ses yeux cherchent un repère. Rien. Le noir est une masse solide. Il tend le bras gauche. Il touche le plan de travail en inox. Le métal est glacé. À sa droite, Klaus grogne. Le géant manipule son casque. Un bip sonore résonne. Deux lentilles s'allument d'une lueur verte. Klaus bascule l'appareil sur ses yeux. Vittorio fait de même. Il ajuste les sangles de son monoculaire thermique. Il presse le bouton d'activation. L'image apparaît. Le monde est une nuance de gris et de bleu. Les objets froids sont sombres. Klaus est une silhouette orange vif. La chaleur de son corps irradie. Vittorio voit les veines battre dans le cou du colosse. « Liam a réussi », dit Klaus. Sa voix est basse. Elle ne porte pas. Vittorio vérifie son arme. Un Beretta 92. Il engage une cartouche dans la chambre. Le clic métallique est net. Il vérifie le silencieux. Il est bien vissé. « On bouge », ordonne Vittorio. Ils quittent la cuisine. Leurs pas sont étouffés par les semelles en caoutchouc. Elena est dans le conduit de ventilation. Elle est allongée sur le ventre. L'espace fait quarante centimètres de large. Ses coudes sont écorchés. Elle ne ressent pas la brûlure. Elle rampe. Ses mouvements sont saccadés. Elle ressemble à un insecte géant. Elle porte des lunettes de vision nocturne. Le conduit est un tunnel vert. La poussière danse dans le faisceau infrarouge. Elle s'arrête. Elle pose l'oreille contre la paroi en tôle. Un bruit vient d'en bas. Un frottement de tissu. Une respiration rapide. Elena avance de deux mètres. Elle arrive au-dessus d'une grille. Elle regarde à travers les fentes. Kostas est là. L'héritier grec. Il est assis dans un coin du bureau. Il tient son pistolet à deux mains. Il tremble. Sa signature thermique est instable. Le rouge de son visage vire au jaune. Il a froid. Il a peur. Elena sort un tournevis de sa ceinture. Elle dévisse la première attache. Elle ne fait aucun bruit. Elle dévisse la deuxième. La grille pend. Elle la retient avec sa main gauche. Elle dévisse les deux dernières. Elle pose la grille sur le rebord interne du conduit. Elle glisse ses jambes dans l'ouverture. Elle se laisse descendre. Elle pend par les bras. Ses muscles se tendent. Elle lâche prise. Elle atterrit sur la moquette. Le choc est absorbé. Kostas ne s'est pas retourné. Il fixe la porte blindée. Elena sort sa lame. C'est un couteau de combat à lame fixe. L'acier est noirci pour éviter les reflets. Elle s'approche. Elle marche sur la pointe des pieds. Elle est à un mètre. Kostas entend un craquement. Il pivote. Ses yeux s'écarquillent. Il voit la silhouette maigre d'Elena. Il lève son arme. Elena est plus rapide. Elle attrape le poignet de Kostas. Elle le tord vers l'extérieur. L'os craque. Le pistolet tombe. Kostas ouvre la bouche pour hurler. Elena plaque sa main libre sur sa bouche. Elle enfonce la lame dans sa gorge. Elle tranche la carotide. Le sang gicle. Il est chaud. Il coule sur les doigts d'Elena. Elle maintient la pression. Elle regarde Kostas dans les yeux. La lumière quitte son regard. Son corps devient mou. Il s'affaisse sur le sol. Elena retire sa lame. Elle l'essuie sur la cravate en soie de Kostas. Elle ramasse le pistolet du Grec. Un Sig Sauer P226. Elle vérifie le chargeur. Plein. Elle le glisse dans sa ceinture. Elle regarde le cadavre. La chaleur s'évapore déjà. La silhouette thermique devient bleue. Elena remonte dans le conduit. Elle disparaît dans le noir. Au rez-de-chaussée, Vittorio et Klaus progressent dans le couloir principal. Les murs de béton sont couverts de givre. Le système de climatisation est mort. La température chute. Klaus s'arrête brusquement. Il lève la main. Vittorio se plaque contre le mur. À travers son optique thermique, il voit une forme au bout du couloir. Une tache de chaleur. C'est un homme. Il est accroupi derrière une statue de marbre. « C'est Liam ? » chuchote Klaus. « Trop grand », répond Vittorio. L'inconnu tient un fusil d'assaut. Le canon dépasse de la statue. Vittorio ajuste sa visée. Il vise la tête. Le point rouge de son viseur se stabilise sur la tempe de la cible. Il presse la détente. Le silencieux étouffe le départ. Un sifflement d'air. La balle percute le marbre. Des éclats volent. La cible plonge au sol. L'inconnu riposte. Une rafale de 5.56 déchire l'obscurité. Les flammes de départ illuminent brièvement le couloir. Les balles ricochent sur le béton. Klaus tire à son tour. Son HK MP5 crache des rafales courtes. L'échange de tirs dure dix secondes. Puis le silence revient. Vittorio regarde à nouveau. La tache de chaleur ne bouge plus. Elle s'étale sur le sol. Le sang forme une flaque thermique large. « Cible éliminée », dit Klaus. Ils s'approchent du corps. C'est un garde du corps. Un mercenaire engagé par l'un des héritiers. Vittorio lui prend ses munitions. Il ne dit rien. Le bunker est devenu un tombeau. Sans électricité, les serrures électroniques sont bloquées. Personne ne sortira. Personne n'entrera. Liam est toujours dans la salle du générateur. Il allume une cigarette. La lueur de la braise est le seul point chaud dans la pièce. Il écoute les bruits de la chasse. Les détonations lointaines. Les cris étouffés. Il sait que le temps est compté. L'oxygène va s'épuiser. Les ventilateurs ne tournent plus. Il s'en fiche. Il sort un autre bloc de C4. Il commence à préparer la suite. Elena rampe à nouveau. Elle est dans les conduits du deuxième étage. Elle cherche sa prochaine proie. Elle sent l'odeur de la poudre. Elle entend le métal qui travaille. Elle s'arrête devant une autre grille. Elle voit deux silhouettes thermiques. Vittorio et Klaus. Elle observe. Elle ne bouge pas. Elle attend le moment opportun. Elle n'a pas de sentiments. Elle a une mission. Le béton boit le sang. Le bunker attend son maître. Vittorio s'arrête devant l'ascenseur. Les portes sont closes. Il regarde le plafond. Il sait qu'elle est là. Quelque part. Il ajuste son veston. Le tissu est taché de sang. « Klaus », dit-il. « Oui. » « Surveille les conduits. » Klaus lève son arme vers les grilles d'aération. La chasse continue. L'obscurité est totale. Le froid s'installe. Les héritiers meurent un par un. Le profit est à ce prix. Vittorio avance vers le grand hall. Ses chaussures grincent sur le marbre. Il ne se cache plus. Il attend le contact. Il sent le poids de son arme. Il sent le froid de l'acier. Il est prêt.

Piège de béton

Axel court. Ses semelles en cuir claquent sur le béton brut. Le couloir technique est étroit. Les murs suintent d'humidité. Axel respire mal. L'air est chargé de poussière de chantier. Il atteint la zone de service. Les lampes industrielles grésillent au plafond. Il cherche l'ascenseur de fret. C'est sa seule issue. Le reste du bunker est verrouillé. Liam est posté trois étages plus haut. Il est assis sur une caisse de munitions vide. Il tient un boîtier de commande à distance. Ses doigts sont tachés de graisse noire. Il a installé les charges il y a une heure. Quatre blocs de C4. Ils entourent les câbles de traction principaux. Les détonateurs sont armés. La diode clignote. Un point rouge dans l'obscurité. Axel arrive devant les portes métalliques. Il appuie sur le bouton d'appel. Le mécanisme s'enclenche. Un grondement sourd monte des profondeurs. Les poulies tournent. Le métal frotte contre le métal. Axel regarde derrière lui. Il ne voit rien. Les ombres sont épaisses. Il sort son arme. Un Glock 17. Sa main tremble. Il essuie la sueur sur son front. La cabine arrive. Les portes coulissent avec un bruit de ferraille. Axel entre. L'intérieur sent l'huile de moteur et le renfermé. Il appuie sur le bouton du sous-sol. Le niveau -7. La zone technique. Il espère y trouver une sortie de secours. L'ascenseur tressaute. Il commence sa descente. Liam sent la vibration dans le sol. Il pose son pouce sur l'interrupteur de sécurité. Il ne sourit pas. Il n'éprouve rien. Il attend le bon moment. Il compte les secondes. La cabine passe le quatrième étage. Puis le troisième. Liam bascule le levier. L'explosion déchire le silence du puits. Les charges sectionnent les câbles d'acier. Les poulies volent en éclats. La cabine s'arrête net pendant une fraction de seconde. Puis la gravité prend le relais. Les freins d'urgence ne répondent pas. Liam a aussi saboté les rails de guidage. Axel est projeté contre le plafond de la cabine. La chute est verticale. Sept étages de vide. Le vent siffle dans la cage d'ascenseur. Axel ne crie pas. Il n'a pas le temps. La cabine percute le fond de la fosse à cent vingt kilomètres heure. Le choc est total. L'acier se plie comme du papier. Le béton de la fosse se fissure. Une colonne de poussière remonte dans le puits. Liam se lève. Il range le détonateur dans sa poche. Il marche vers le bord du vide. Il regarde en bas. Il ne voit que de la fumée et des débris. L'odeur de brûlé remplit ses narines. Liam sort un carnet de sa veste. Il cherche le nom d'Axel. Il tire un trait horizontal sur les lettres. Le suédois est rayé de la liste. Liam referme le carnet. Il reste quatre noms. Vittorio. Klaus. Elena. Lui-même. Au deuxième étage, Vittorio s'arrête. Il a entendu la détonation. Le sol a tremblé sous ses pieds. Il regarde Klaus. Le colosse allemand ne bouge pas. Il garde son MP5 pointé vers le couloir. « Un de moins », dit Vittorio. Klaus hoche la tête. Il ne pose pas de questions. Il attend les ordres. Vittorio vérifie le chargeur de son Beretta. Quinze balles. Il a aussi un chargeur de rechange. Il ajuste son veston. Le tissu est impeccable malgré le sang séché sur sa manche. Elena est toujours dans les conduits. Elle a senti le souffle de l'explosion. Elle ne bronche pas. Elle rampe avec la précision d'un insecte. Ses coudes sont écorchés. Elle ne ressent aucune douleur. Elle cherche une grille de sortie proche de la zone de l'explosion. Elle veut voir les restes. Elle veut confirmer la mort. Liam descend par l'escalier de secours. Il avance sans bruit. Ses bottes ne font aucun son sur les marches métalliques. Il atteint le niveau -7. La porte est bloquée par les débris. Il force le passage. La zone est plongée dans le noir. Seule la lumière de secours clignote. Un rouge intermittent. La carcasse de l'ascenseur est un tas de ferraille informe. Le sang coule sous la porte tordue. Il forme une flaque sombre sur le béton gris. Liam s'approche. Il observe le liquide. Il est visqueux. Liam ramasse une douille de Glock au sol. Elle est chaude. Axel a dû tirer dans le vide avant l'impact. Un geste inutile. Liam se retire dans l'ombre. Il sait que les autres vont converger vers le bruit. C'est une règle de base. Le prédateur est attiré par le fracas. Il trouve un angle de tir favorable derrière un pilier de soutien. Il arme son fusil à pompe. Le clic de la culasse est sec. Il attend. Vittorio et Klaus avancent dans le couloir principal. Ils utilisent les angles. Klaus couvre la gauche. Vittorio couvre la droite. Ils arrivent à l'entrée de la zone de service. « Liam est derrière ça », murmure Vittorio. Klaus ne répond pas. Il observe les traces de poussière au sol. Il voit des empreintes de bottes. Elles mènent vers la cage d'ascenseur. Soudain, une grille d'aération tombe au plafond. Elena se laisse glisser au sol. Elle atterrit sans un bruit. Elle est à dix mètres derrière Vittorio et Klaus. Elle tient une lame courte dans chaque main. Elle ne respire presque pas. Elle attend que les deux hommes s'engagent dans la zone sombre. Le bunker est un estomac de béton. Il digère ses occupants. La température baisse. Le système de ventilation tourne à vide. L'air devient rare. Vittorio fait un signe de la main. Klaus avance le premier. Il entre dans la zone de l'ascenseur. Liam retient son souffle derrière son pilier. Il voit la silhouette massive de Klaus. Il voit le canon du MP5. Il attend que Vittorio apparaisse. Il veut les deux d'un coup. Un bruit de métal vient de la fosse. Un débris s'est déplacé. Klaus pivote vers la source du bruit. Liam profite de l'ouverture. Il sort de sa cachette. Il épaule son fusil. Elena bondit au même moment. Elle ne vise pas Klaus. Elle vise Vittorio. Elle sait que Klaus est le bouclier. Si le bouclier tombe, Vittorio est vulnérable. Mais si Vittorio meurt, Klaus perd sa raison d'être. Vittorio perçoit un mouvement dans son dos. Il se jette de côté. La lame d'Elena déchire le tissu de son veston. Elle ne touche pas la chair. Vittorio roule sur le sol. Il tire deux fois vers la silhouette maigre. Elena disparaît derrière une pile de caisses. Liam presse la détente. Le coup de fusil à pompe illumine la pièce. La gerbe de plomb frappe l'épaule de Klaus. Le colosse recule sous l'impact. Sa prothèse en titane à la mâchoire grince. Il ne tombe pas. Il riposte avec une rafale courte. Le béton éclate près de la tête de Liam. Liam se plaque contre le pilier. Il recharge. La cartouche vide tinte sur le sol. « Liam ! » hurle Vittorio. « Tu ne sortiras pas d'ici ! » Liam ne répond pas. Il parle uniquement aux munitions. Il caresse la prochaine cartouche. Il murmure des mots sans suite. Le silence revient. Il est lourd. Il est épais. Les quatre survivants sont dans la même pièce. Ils sont séparés par quelques mètres de béton et d'acier. Personne ne bouge. Personne ne veut mourir en premier. Klaus saigne. Le sang coule le long de son bras gauche. Il ne lâche pas son arme. Il regarde Vittorio. Vittorio lui fait signe de rester bas. Elena est invisible. Elle est quelque part dans les rayonnages. Elle attend l'obscurité totale. Vittorio sort une grenade de sa poche. Il retire la goupille. Il compte jusqu'à trois. Il lance l'engin vers le pilier de Liam. L'explosion sature l'espace. Les tympans saignent. La poussière aveugle tout le monde. Liam est projeté en arrière. Son fusil lui échappe. Il rampe vers l'obscurité. Il rit doucement. Le rire est rauque. Il a ce qu'il voulait. Le chaos est total. Le béton boit le sang. Le bunker attend son maître. Il n'en restera qu'un. Les autres iront au crématorium. La règle est gravée dans le marbre. La nuit n'est pas finie. L'aube est encore loin. Les héritiers continuent de mourir. Le profit est à ce prix.

Le syndrome de la proie

La poussière de l'explosion retombe lentement. Klaus crache un mélange de salive et de plâtre. Il ajuste sa prise sur son Sig Sauer. Son bras gauche est une masse inerte. Le sang imbibe la laine de son pull. Il sent la chaleur du liquide contre sa peau. Vittorio se tient derrière un pilier en béton. Il vérifie son chargeur. Le clic du métal est sec. Les deux hommes progressent vers le gymnase. Les portes à double battant sont entrouvertes. L'odeur de caoutchouc brûlé laisse place à celle de la sueur rance. Le gymnase est vaste. Des rangées de bancs de musculation s'alignent dans l'ombre. Les miroirs couvrent les murs. Ils multiplient les angles morts. Klaus entre le premier. Il déplace son centre de gravité. Ses bottes de combat ne font aucun bruit sur le tapis de sol. Vittorio reste sur le seuil. Il balaie la pièce avec le canon de son MP5. Le faisceau de sa lampe tactique découpe l'obscurité. Il éclaire des haltères chromés. Des sacs de frappe pendent au plafond comme des pendus. Un froissement de nylon résonne à gauche. Klaus pivote. Sa mâchoire en titane accroche la lumière. Elena surgit d'un rack à squats. Elle est une tache grise dans le noir. Elle ne court pas. Elle glisse. Elle tient un couteau de combat à lame fixe. La pointe est dirigée vers le haut. Klaus presse la détente. Le coup de feu déchire le silence. La balle percute un disque de fonte de vingt kilos. L'étincelle illumine le visage d'Elena. Elle est déjà sur lui. Klaus tente de l'intercepter avec son épaule droite. Il pèse cent dix kilos. Elena en pèse cinquante. Elle utilise l'inertie du colosse. Elle pivote sur son pied d'appui. Sa lame décrit un arc de cercle précis. Le métal rencontre la chair du bras gauche de Klaus. Le couteau s'enfonce au-dessus du coude. Il sectionne le muscle brachial. Il racle l'humérus. Klaus ne crie pas. Il lâche son arme. Le pistolet rebondit sur le sol caoutchouté. Elena retire sa lame avec une torsion du poignet. Le sang gicle sur le miroir derrière eux. Klaus frappe avec son poing droit. Son coup est puissant. Il vise le plexus. Elena absorbe le choc en reculant. Elle roule sur un banc de presse. Elle se rétablit instantanément. Ses mouvements sont fluides. Elle n'a pas de rythme cardiaque visible. Klaus regarde son bras gauche. Les doigts de sa main ne répondent plus. Les nerfs sont coupés. Le membre pend comme un poids mort. Vittorio avance dans la pièce. Il ne tire pas encore. Klaus est dans sa ligne de mire. Il contourne une machine à tractions. Elena se cache derrière un tapis de chute vertical. Elle attend. Elle connaît la portée des armes à feu. Elle préfère la distance d'une poignée de main. Klaus ramasse son Sig Sauer avec sa main droite. Il tremble. La perte de sang fait chuter sa tension. Ses yeux peinent à faire la mise au point. Elena bondit à nouveau. Elle vise la gorge. Elle passe par-dessus une barre d'haltérophilie. Klaus lève son bras valide pour protéger sa carotide. La lame entaille son avant-bras. Le cuir de sa veste est tranché net. Il saisit le poignet d'Elena. Il serre. Les os craquent. Elena ne montre aucune douleur. Elle utilise sa main libre pour frapper Klaus au foie. Le colosse plie les genoux. Il lâche prise. Vittorio voit l'ouverture. Il épaule son MP5. Il tire une rafale de trois coups. Les balles percutent le sac de frappe juste derrière Elena. Le sable s'écoule du cuir déchiré. Elena plonge au sol. Elle rampe entre les machines de cardio. Elle disparaît derrière une rangée de vélos elliptiques. Vittorio continue de tirer. Il arrose la zone de gauche à droite. Les douilles de 9mm tintent sur le béton. Elles fument dans l'air froid. Klaus s'adosse à une presse à cuisses. Il respire bruyamment. Il sort un garrot de sa poche tactique. Il utilise ses dents pour serrer la sangle autour de son bras gauche. Le sang s'arrête de couler. Sa peau est grise. Vittorio s'approche de lui. Il garde son arme pointée vers les vélos. Il ne quitte pas les ombres du regard. Elena est quelque part sous les structures métalliques. Elle se déplace sans bruit. Elle ramasse un disque de fonte de cinq kilos. Elle le lance vers le fond de la salle. Le disque percute un casier métallique. Le fracas résonne dans tout le gymnase. Vittorio tourne la tête par réflexe. C'est l'erreur. Elena surgit de l'autre côté. Elle vise les jambes de Vittorio. Vittorio réagit par instinct. Il lâche une rafale de couverture. Le feu de bouche éclaire la pièce par saccades. Les balles pulvérisent les miroirs. Des éclats de verre tombent comme de la pluie. Elena doit s'arrêter. Elle se plaque contre le socle d'une machine à ramer. Les projectiles ricochent sur l'acier. L'odeur de la poudre sature l'espace. Klaus se relève péniblement. Il tient son pistolet de la main droite. Il appuie son dos contre celui de Vittorio. Les deux hommes forment un bloc. Ils couvrent les 360 degrés. Elena est coincée dans le périmètre des machines. Elle ne peut plus approcher sans s'exposer au feu automatique. Elle range sa lame dans son fourreau dorsal. Elle observe les sorties. Vittorio change de chargeur. Le mouvement est mécanique. Il insère le nouveau bloc de munitions. Il arme la culasse. Le bruit est un avertissement. Elena sait qu'elle a perdu l'avantage de la surprise. Elle recule vers la sortie de secours. Elle reste basse. Elle utilise les structures des machines pour masquer sa silhouette. Klaus crache du sang. Sa mâchoire en titane est douloureuse. Il regarde Vittorio. Vittorio hoche la tête. Ils avancent ensemble vers la zone où Elena a disparu. Leurs pas sont synchronisés. Ils ne cherchent plus à être silencieux. Ils cherchent à saturer l'espace. Vittorio tire de courtes rafales dès qu'une ombre bouge. Les impacts de balles marquent le cuir des bancs. La mousse de rembourrage vole dans l'air. Elena atteint la porte de secours. Elle débloque le loquet sans un bruit. Elle jette un dernier regard vers les deux hommes. Son visage est vide de toute émotion. Elle franchit le seuil. La porte se referme lourdement. Le verrou s'enclenche. Vittorio s'arrête de tirer. Le silence revient brusquement. On n'entend plus que le sifflement des oreilles. Klaus s'effondre sur un banc. Son bras gauche est inutile. Il regarde le plafond. Les néons brisés pendent par leurs fils. Vittorio examine la pièce. Le gymnase est dévasté. Le sang de Klaus marque le sol sur dix mètres. Vittorio range son MP5. Il sort un paquet de pansements compressifs. Il s'approche de Klaus. Il ne dit rien. Il commence à soigner la plaie profonde du colosse. Klaus ferme les yeux. La douleur arrive enfin. Elle est sourde. Elle est réelle. Elena est toujours dans le bunker. Elle est blessée ou non. Cela n'a pas d'importance. Elle reviendra. Le béton boit le sang. Le gymnase est un tombeau de métal. Vittorio finit le bandage. Il aide Klaus à se lever. Le colosse pèse lourd. Ils quittent la pièce. Leurs ombres s'étirent sur les tapis de sol. La chasse continue. La règle reste la même. Un seul survivant. Les autres pour le crématorium. L'aube n'est toujours pas là.

Sacrifice tactique

Vittorio descend l'escalier en colimaçon. Le métal vibre sous ses semelles. L'air est saturé de vapeur d'huile. Les générateurs grondent dans les profondeurs du bunker. Le bruit est constant. Il masque les bruits de pas. Vittorio tient son Beretta. Le canon pointe vers le sol. Il longe une conduite de haute pression. La peinture s'écaille sur l'acier. Il voit une tache sombre sur le béton. C'est du sang. Il est visqueux. Liam est passé par ici. Vittorio tourne à l'angle d'un transformateur. Des câbles pendent du plafond. Des arcs de courant jaillissent d'un boîtier brisé. Liam est là. Il est assis contre une cuve de fioul. Sa jambe gauche est tordue. Il a perdu sa chaussure. Son visage est une masse de chair rouge. Il rit sans bruit. Il tient un détonateur à distance. Des fils de cuivre entourent sa taille. Ils sont reliés à des blocs de C4. La charge est suffisante pour percer la coque du bunker. Vittorio s'arrête. Il garde une distance de sécurité. Il ne parle pas. Il observe les mains de l'Irlandais. Liam a le pouce sur le déclencheur. Ses doigts tremblent. La sueur coule dans ses yeux. Il regarde Vittorio. Il montre ses dents jaunes. Il veut finir le travail. Il veut emmener le Moretti avec lui. Klaus apparaît dans l'encadrement de la porte. Il ne fait aucun bruit malgré sa masse. Il voit la situation. Il voit le C4. Il voit Vittorio. Son regard reste fixe. La prothèse en titane de sa mâchoire brille sous les lampes de secours. Il ne ralentit pas. Il ne cherche pas de couverture. Il court vers Liam. Ses bottes frappent le métal de la passerelle. Le bruit est comme un coup de marteau. Liam appuie sur le bouton. Le mécanisme s'enclenche. Klaus saute. Il plaque Liam contre la cuve de fioul. Il entoure l'Irlandais de ses bras massifs. Il verrouille ses mains derrière le dos de Liam. Il plaque son torse contre les explosifs. Il ferme les yeux. L'explosion se produit. C'est une onde de pression brutale. Le son déchire les tympans de Vittorio. La lumière est blanche. Elle brûle les rétines. La chaleur est instantanée. Elle consume l'oxygène de la pièce. Klaus est le centre de l'impact. Son corps encaisse le choc initial. Les blocs de C4 se dilatent. La chair se vaporise. Les os se brisent en mille morceaux. Le titane de sa mâchoire est projeté contre le mur. Il s'incruste dans le béton. Vittorio est soulevé de terre. Il percute une armoire de contrôle. Son dos craque. Il tombe lourdement. La poussière envahit ses poumons. Il tousse. Il ne sent plus ses jambes pendant quelques secondes. Il regarde vers la cuve. La cuve est déformée. Elle fuit. Le fioul se répand sur le sol. Il se mélange au sang. Il ne reste rien de Liam. Il ne reste presque rien de Klaus. Des lambeaux de tissu brûlé flottent dans l'air. Une botte gît près d'un générateur. Elle est encore fumante. Vittorio se redresse avec peine. Son épaule gauche est déboîtée. Il la remet en place contre le mur. Le craquement est sec. Il ne bronche pas. Il ramasse son arme. Elle est couverte de suie. Il l'essuie sur sa manche. Il regarde l'endroit où Klaus se tenait. Le sol est noirci. Le sacrifice est total. Vittorio vérifie son chargeur. Il reste douze balles. Il quitte la salle des machines. Ses pas sont lourds. L'odeur de chair brûlée le suit. Il ne se retourne pas. La chasse continue. Vittorio remonte vers le niveau supérieur. Il utilise la rampe pour se hisser. Chaque mouvement tire sur ses muscles froissés. Le bunker est silencieux. Le ronflement des générateurs a changé de fréquence. Une alarme muette clignote sur un panneau mural. Le rouge inonde le couloir. Vittorio ne s'arrête pas. Il cherche Elena. Il entre dans la cuisine industrielle. L'acier inoxydable reflète la lumière rouge. Les couteaux sont encore dans leurs blocs. Vittorio en saisit un. Une lame de vingt centimètres. Il la glisse dans sa ceinture. Il vérifie l'angle mort derrière les frigos. Rien. Juste le bruit des compresseurs. Le sol est jonché de douilles. Des 9mm. Vittorio les identifie au passage. Il arrive devant l'ascenseur de service. Les portes sont bloquées à mi-course. Il voit un morceau de tissu coincé dans le mécanisme. C'est du cuir noir. Le vêtement d'Elena. Elle est passée par ici. Elle monte vers les appartements privés. Vittorio prend l'escalier de secours. Il monte les marches deux par deux. Son souffle est court. Ses côtes le font souffrir. Il atteint le dernier étage. Le couloir est tapissé de moquette épaisse. Le son est étouffé. Il avance prudemment. Il ne regarde pas les tableaux aux murs. Il regarde les ombres. Une porte s'ouvre au fond du couloir. Elena sort de la suite présidentielle. Elle tient une lame courte dans chaque main. Elle est couverte de poussière blanche. Elle sourit. Sa cicatrice sur la lèvre se tend. Elle voit Vittorio. Elle voit qu'il est seul. Elle comprend que Klaus est mort. Elle ne dit rien. Elle se met en garde. Vittorio lève son Beretta. Il vise le centre de sa poitrine. Il n'y a pas de dialogue. Il n'y a pas de pitié. Il appuie sur la détente. Le coup de feu claque dans le couloir étroit. Elena bascule sur le côté. Elle est rapide. La balle percute le bois de la porte. Elle se jette en avant. Vittorio tire une deuxième fois. Il rate encore. Elena est au sol. Elle glisse sur la moquette. Elle vise les chevilles de Vittorio. Il saute en arrière. Il frappe le mur. Elena se relève d'un bond. Elle est à deux mètres. Vittorio n'a pas le temps de viser. Il utilise son arme comme un club. Il frappe Elena à la tempe. Le choc est sourd. Elena titube. Elle ne lâche pas ses lames. Elle revient à la charge. Elle entaille le bras de Vittorio. Le sang imbibe sa manche. Il ne ressent pas la douleur immédiatement. Il saisit le poignet d'Elena. Il le tord. Il entend l'os craquer. Elena ne crie pas. Elle utilise sa deuxième main pour poignarder la cuisse de Vittorio. La lame s'enfonce de cinq centimètres. Vittorio grogne. Il lâche son arme. Il attrape le cou d'Elena avec ses deux mains. Il la plaque contre le mur. Il serre. Ses pouces s'enfoncent dans la trachée. Elena frappe le visage de Vittorio avec ses poings. Elle lui casse le nez. Le sang gicle sur leurs visages mêlés. Vittorio ne lâche pas. Il utilise tout son poids. Il écrase le larynx d'Elena. Ses yeux s'injectent de sang. Elle griffe les avant-bras de Vittorio. Ses mouvements deviennent erratiques. Elle manque d'air. Ses jambes flanchent. Vittorio la maintient debout pour finir le travail. Elena s'arrête de bouger. Ses bras retombent le long de son corps. Vittorio maintient la pression pendant trente secondes supplémentaires. Il lâche enfin. Le corps d'Elena glisse sur le sol. Elle est morte. Vittorio s'assoit contre le mur opposé. Il retire la lame de sa cuisse. Il déchire sa chemise pour faire un garrot. Il est le dernier. Il regarde sa montre. Il est cinq heures du matin. L'aube approche. Les portes du bunker vont s'ouvrir. Il ramasse son Beretta. Il insère un nouveau chargeur. Il se lève avec difficulté. Il marche vers le grand hall. Ses traces de pas sont rouges sur le marbre blanc. Il arrive devant les grandes portes en acier. Le mécanisme s'enclenche. Les verrous tournent. La lumière du jour entre dans le hall. Elle est grise. Elle est froide. Vittorio sort sur le perron. Il regarde la forêt. Les arbres sont immobiles. Un hélicoptère approche au loin. Il sort un cigare de sa poche intérieure. Il l'allume. La fumée est épaisse. Il attend les patriarches. Il a les clés de l'empire. Il a payé le prix. Il regarde ses mains. Elles tremblent légèrement. Il les glisse dans ses poches. Il reste droit. Il est le survivant. Les autres sont au crématorium.

Le dernier carré

Vittorio plaque son dos contre le pilier de béton brut. La poussière de gypse recouvre son costume sombre. Il expire lentement par le nez. Ses poumons brûlent. L'air du bunker est saturé de particules fines. Le silence pèse dans le hall dévasté. Il retire le chargeur de son Beretta 92FS. Trois cartouches de 9mm Parabellum brillent sous la lampe de secours. Le cuivre est terne. Il réinsère le bloc de métal dans la crosse. Le clic mécanique est sec. Il arme la glissière. Le ressort oppose une résistance familière. Elena est là. Quelque part derrière les débris du bar en acajou. Il entend le frottement d'une semelle sur le marbre. C'est un bruit de papier de verre. Elle ne se cache pas. Elle chasse. Vittorio vérifie sa cuisse gauche. Le tissu de laine est noir de sang. Une entaille de dix centimètres divise le quadriceps. Le muscle tressaille de manière incontrôlée. Il serre les dents. Il ne sent pas la douleur. Il sent le froid qui gagne ses extrémités. Une ombre bascule sur la gauche. Vittorio pivote sur ses appuis. Il aligne les organes de visée. Le guidon couvre la silhouette mouvante. Il presse la détente. Le coup de feu déchire l'air confiné. La détonation résonne contre les parois d'acier. Une douille chaude rebondit sur le sol. Elle tinte trois fois. Le projectile s'écrase dans un panneau de chêne. Le bois éclate en échardes blanchâtres. Raté. Il reste deux balles. Elena rit. Le son est court. Il est métallique. Elle surgit de derrière une colonne renversée. Elle court bas. Son centre de gravité est proche du sol. Ses bras balancent les lames courtes. L'acier carbone reflète la lumière rouge des alarmes de sécurité. Elle ne porte plus ses chaussures. Ses pieds nus ne font aucun bruit sur le marbre. Vittorio recule. Son talon heurte un obstacle mou. Il ne baisse pas les yeux. Il sait que c'est le cadavre de Liam. Le crâne de l'Irlandais est ouvert. La cervelle grise s'étale sur le sol blanc. Vittorio garde les yeux fixés sur la trajectoire d'Elena. Elle zigzague entre les fauteuils renversés. Elle lance la première lame. Le couteau tourne sur lui-même. Vittorio plonge sur le côté droit. L'acier siffle à quelques centimètres de son oreille. La lame se fiche dans le mur de béton. Le manche en polymère vibre encore. Vittorio se réceptionne sur l'épaule. La douleur irradie dans son bras gauche. Il roule sur le dos. Il se remet à genoux. Elena est déjà sur lui. Elle tient la seconde lame. Une pointe de combat à double tranchant. Elle saute. Vittorio lève son arme. Elle frappe le canon avec sa main libre. Le Beretta dévie. Le deuxième coup de feu part dans le plafond. Un morceau de plâtre de la taille d'une assiette s'écrase au sol. Une balle. Elena plante sa lame vers le bas. Vittorio pivote le buste. L'acier déchire la veste de costume. Il sent la pointe rayer ses côtes. Le froid du métal précède la chaleur du sang. Il saisit le poignet d'Elena. Sa peau est moite. Elle est brûlante. Vittorio utilise son poids pour basculer l'héritière Volkov. Ils tombent ensemble sur le marbre. Vittorio frappe le visage d'Elena avec la crosse de son arme. Le choc est sourd. L'os nasal craque. Le sang gicle sur la chemise blanche de Vittorio. Elle ne recule pas. Elle ne crie pas. Elle sourit. Ses dents sont rouges. Elle donne un coup de genou violent dans la blessure de la cuisse de Vittorio. Sa vision se trouble. Ses doigts lâchent le poignet. Elena pivote au sol. Elle cherche la carotide. Vittorio plaque le canon du Beretta sous le menton de la Russe. Il sent la chaleur du métal contre sa propre paume. Il presse la détente une dernière fois. Le percuteur frappe l'amorce. La poudre déflagre. Le cerveau d'Elena repeint le plafond du hall. Son corps s'effondre sur le torse de Vittorio. Elle pèse quarante-cinq kilos. Elle semble plus lourde. Ses yeux restent ouverts. Ils fixent le vide. La pupille est dilatée au maximum. Vittorio reste immobile sous le cadavre. Il attend que son cœur ralentisse. Les battements cognent contre ses tympans. Il pousse le corps d'Elena sur le côté. Il regarde ses mains. Le sang poisseux colle à ses phalanges. Il lâche l'arme vide. Elle sonne creux sur le marbre. Le silence revient dans le bunker de Wolfsburg. Il est plus dense qu'avant. Vittorio s'assoit contre le mur opposé. Il retire la lame de sa cuisse. Le métal sort avec un bruit de succion. Il déchire sa chemise pour faire un garrot. Il serre le nœud avec ses dents. Il est le dernier. Il regarde sa montre. Il est cinq heures du matin. L'aube approche derrière les blindages. Vittorio se lève avec difficulté. Sa jambe gauche est de bois. Il marche vers le grand hall. Ses traces de pas sont des taches sombres sur le marbre blanc. Il passe devant les corps de ses cousins. Il ne s'arrête pas. Il arrive devant les grandes portes en acier. Le mécanisme hydraulique s'enclenche. Les verrous de trente centimètres tournent. La lumière du jour entre dans le hall. Elle est grise. Elle est froide. Elle pique ses yeux habitués à l'obscurité. Vittorio sort sur le perron de pierre. Il regarde la Forêt-Noire. Les arbres sont immobiles sous la brume. Un hélicoptère noir approche au loin. Le bruit des pales bat l'air. Vittorio sort un cigare de sa poche intérieure. Il l'allume avec un briquet en argent. La fumée est épaisse. Elle a un goût de terre. Il attend les patriarches. Il a les clés de l'empire. Il a payé le prix en viande. Il regarde ses mains. Elles tremblent légèrement. Il les glisse dans ses poches. Il reste droit. Il est le survivant. Les autres sont au crématorium.

Le duel des ombres

Vittorio pousse les battants de chêne massif. Le Grand Hall s'ouvre devant lui. Le marbre blanc brille sous les plafonniers. L'air sent la cire et l'huile de moteur. Le silence est total. Elena se tient près de la fontaine centrale. Elle est immobile. Ses cheveux rasés captent la lumière crue. Elle porte une combinaison de saut noire. Deux lames courtes sont fixées à ses cuisses. Elle ne sourit pas. Ses yeux sont des billes de verre sombre. Vittorio lève son Beretta 92FS. L'arme pèse 950 grammes. Son index trouve la détente. Il ne tremble pas. Il vise le centre du thorax. Elena bascule le buste. Elle bouge avant le coup. Vittorio presse la détente. Le coup tonne. L'écho frappe les murs de pierre. La balle percute une colonne de marbre. Des éclats de calcaire volent dans l'air. Elena court. Elle utilise l'inertie de son corps. Elle zigzague entre les piliers. Vittorio tire une deuxième fois. La douille chaude saute de la culasse. Elle tinte sur le sol. Elena plonge. Elle roule sur l'épaule droite. Elle se rétablit en un mouvement fluide. Elle sort ses couteaux. L'acier carbone brille. Elle réduit la distance. Elle est rapide. Trop rapide. Vittorio ajuste sa visée. Il tire deux coups rapides. Les projectiles s'écrasent dans le bassin vide de la fontaine. Elena est déjà à trois mètres. Elle lance son premier couteau. Vittorio pivote. La lame siffle près de son oreille. Elle se plante dans une porte en bois derrière lui. Le bruit est sec. Vittorio tire encore. Le percuteur frappe l'amorce. La poudre brûle. Elena glisse au sol. Elle passe sous la ligne de tir. Elle frappe de bas en haut. La pointe de sa seconde lame entre dans la cuisse gauche de Vittorio. Le pantalon sur mesure se déchire. L'acier coupe le muscle. Vittorio grogne. Il recule de deux pas. Sa jambe flanche. La douleur est une décharge thermique. Le sang gicle. Il est rouge sombre. Il s'étale sur le marbre blanc. La flaque s'agrandit rapidement. Elena se relève. Elle n'a pas d'expression. Elle lèche une goutte de sang sur sa lèvre. Elle ne ressent rien. Elle avance lentement. Elle sait que Vittorio est cloué au sol. Vittorio regarde sa blessure. Le sang coule en rythme. Il perd de la pression. Il regarde le sol poli. Le marbre est devenu un miroir glissant. Il change sa prise sur le Beretta. Il ne vise plus Elena. Il vise la zone devant ses pieds. Il tire trois fois. Les balles creusent des cratères dans la pierre. La poussière se mélange au sang. Elena charge. Elle veut finir le travail. Elle bondit. Elle pose son pied droit dans la flaque rouge. La semelle en caoutchouc perd toute adhérence. Le sang agit comme un lubrifiant industriel. Son pied part vers l'avant. Son centre de gravité bascule. Son dos frappe le marbre avec un bruit sourd. L'air sort de ses poumons dans un sifflement. Vittorio se jette sur elle. Il ignore la douleur dans sa jambe. Il utilise son poids pour l'écraser. Il plaque sa main gauche sur la gorge d'Elena. Il serre. Les veines de son avant-bras gonflent. Elena frappe le visage de Vittorio avec ses poings. Elle ne cherche pas les points vitaux. Elle frappe mécaniquement. Vittorio encaisse. Son nez craque. Le sang coule dans sa bouche. Il a un goût de fer et de sel. Il appuie le canon du Beretta contre le front d'Elena. Le métal est brûlant. Elena s'arrête de bouger. Elle regarde le canon noir. Ses pupilles sont dilatées. Elle ne demande pas de grâce. Elle attend la conclusion logique. Vittorio presse la détente. Le coup est étouffé par le contact. La tête d'Elena rebondit sur le sol. Son corps a un dernier spasme. Puis plus rien. Les muscles se relâchent. Les yeux restent ouverts. Vittorio reste sur elle pendant dix secondes. Il respire bruyamment. La sueur brûle ses yeux. Il lâche la gorge d'Elena. Il s'assoit sur le marbre. Sa jambe gauche est une masse de douleur sourde. Il déchire sa cravate en soie. Il fait un nœud serré au-dessus de la plaie. Il utilise un stylo en acier pour faire un garrot. Il tourne jusqu'à ce que le sang s'arrête. Sa peau devient pâle. Il ramasse son arme. Il éjecte le chargeur vide. Il en insère un neuf. Le clic métallique confirme le verrouillage. Il se relève en s'appuyant sur la fontaine. Le hall est silencieux. L'odeur de la poudre masque celle de la cire. Il marche vers les grandes portes. Il boite. Chaque pas laisse une empreinte rouge. Il passe devant le corps de Liam. Le rouquin est affalé contre un mur. Ses yeux sont vides. Vittorio arrive au panneau de commande. Il tape le code de sécurité. Les verrous de trente centimètres tournent dans les gonds. Le mécanisme hydraulique siffle. Les portes s'ouvrent. La lumière du jour entre. Elle est grise et froide. Elle pique ses yeux. Vittorio sort sur le perron de pierre. La brume de la Forêt-Noire stagne entre les arbres. Un hélicoptère noir approche. Le bruit des pales bat l'air lourd. Vittorio sort un cigare de sa poche intérieure. Il l'allume avec un briquet en argent. La fumée est épaisse. Elle a un goût de terre. Il attend les patriarches. Il a les clés de l'empire. Il a payé le prix en viande. Il regarde ses mains. Elles tremblent légèrement. Il les glisse dans ses poches. Il reste droit. Il est le survivant. Les autres sont au crématorium.

L'impact final

Le marbre blanc du hall est une patinoire de sang. Les douilles de neuf millimètres jonchent le sol. Elles tintent sous les semelles de Vittorio. L’air sent la cordite et le fer. Klaus est étendu près de la fontaine centrale. Ses cent dix kilos de muscles ne sont plus qu’une masse inerte. Sa respiration est un râle humide. La prothèse en titane de sa mâchoire luit sous les spots. Elle est tordue. Le métal a déchiré la joue gauche. Elena se tient à cinq mètres. Elle essuie une lame sur sa manche. Ses yeux sont fixes. Elle ne cligne pas des paupières. Elle avance avec la précision d’un automate. Vittorio recule d’un pas. Son genou gauche craque. Il a une entaille profonde à l’épaule. Le tissu de son costume est imbibé. Elena pivote sur ses talons. Elle lance une première attaque. Le couteau fend l’air à un centimètre du cou de Vittorio. Il pare avec son avant-bras. La lame entame le cuir de sa montre. Il frappe du droit. Son poing rencontre le front d’Elena. Le choc est sourd. Elena ne bronche pas. Elle ne ressent rien. Elle revient à la charge. Ses mouvements sont fluides. Elle vise les artères. Elle cherche la carotide ou la fémorale. Vittorio trébuche contre le corps de Klaus. Le colosse allemand ouvre les yeux. Il regarde Vittorio. Il n'y a aucune haine dans son regard. Il y a seulement une fin de service. Elena saute. Elle retombe en position accroupie. Elle s’apprête à bondir pour le coup de grâce. Vittorio n’a plus d’arme. Son Beretta est vide. Il est au sol. Ses mains cherchent un appui. Elles rencontrent le visage de Klaus. Le titane est froid. Les vis de fixation sont desserrées par l'impact précédent. Vittorio empoigne la prothèse. Il cale son pied sur le poitrail de l’Allemand. Il tire d’un coup sec. Le bruit est celui d’une portière que l’on arrache. Les tendons cèdent. Les os de la face craquent. Klaus ne hurle pas. Il expire une dernière fois. Vittorio tient maintenant un morceau de métal de quinze centimètres. Les bords sont dentelés. Le titane est lourd. C’est un outil de coupe industriel. Elena s’élance. Elle est une ombre grise sur le marbre blanc. Elle lève son poignard pour une frappe descendante. Vittorio roule sur le côté. Il évite la lame de quelques millimètres. Le couteau d’Elena s’ébrèche contre la pierre. Vittorio se redresse sur un genou. Il frappe avec la mâchoire de titane. Le métal pénètre dans la cuisse d'Elena. Elle ne ralentit pas. Elle se retourne pour une nouvelle estocade. Vittorio saisit son poignet. Il utilise tout son poids pour la basculer. Ils tombent ensemble. Le choc sur le marbre résonne dans tout le hall. Vittorio est au-dessus. Il plaque le bras d’Elena au sol. Elle tente de lui crever les yeux avec sa main libre. Ses doigts cherchent les orbites. Vittorio baisse la tête. Il serre les dents. Il lève la prothèse de Klaus. Il vise la gorge. Elena le regarde faire. Elle n’a pas peur. Elle observe la trajectoire du métal. Vittorio abat le titane. La pointe déchire la trachée. Le sang jaillit en un jet régulier. Il macule le visage de Vittorio. Il est chaud. Il a un goût de cuivre. Elena essaie de respirer. L’air siffle par l’ouverture béante. Ses poumons se remplissent de liquide. Elle ne se débat pas. Ses muscles se détendent progressivement. Ses mains retombent sur le marbre. Ses pupilles se dilatent. La vie quitte son corps sans une plainte. Le silence revient dans le domaine de Wolfsburg. Vittorio reste sur elle quelques secondes. Il sent le cœur de la Russe s’arrêter sous sa poitrine. Il se relève avec difficulté. Ses articulations hurlent. Il lâche la mâchoire de titane. Le morceau de métal rebondit sur le sol avec un bruit cristallin. Vittorio regarde ses mains. Elles sont rouges jusqu’aux poignets. Il ramasse une serviette de table sur une desserte renversée. Il s’essuie le visage. Il ne reste que lui. Les sept autres héritiers sont des cadavres. Il marche vers le centre du hall. Il évite les flaques. Il s’arrête devant le grand miroir du vestibule. Son reflet est celui d’un boucher. Il ajuste la chemise sous sa veste déchirée. Il ramasse son briquet en argent tombé près d'un pilier. Il se dirige vers les râteliers d'armes. Il choisit un fusil à pompe Remington. Il vérifie la chambre. Elle est vide. Il insère quatre cartouches de calibre douze. Le claquement du mécanisme est net. Il marche vers les grandes portes de bronze. L’horloge du hall indique minuit une. Le verrouillage automatique se désactive. Les moteurs électriques ronronnent derrière les murs. Les battants s'écartent lentement. L’air frais de la Forêt-Noire s’engouffre dans la pièce. Il chasse l’odeur de la mort. Vittorio sort sur le perron. La brume est épaisse. Elle cache la base des sapins. Il descend les marches de pierre. Ses pas sont lourds. Il boite légèrement de la jambe droite. Il atteint l’allée de gravier. Une berline noire attend au bout du chemin. Les phares s’allument. La lumière perce le brouillard. Vittorio ne presse pas le pas. Il tire une cigarette de son étui. Il l’allume. La fumée grise se mélange à la brume. Il arrive à la hauteur de la voiture. La vitre arrière descend. Un homme âgé est assis dans l’ombre. Il porte un manteau de laine sombre. C’est son oncle. Le patriarche de la famille Moretti. L’homme regarde Vittorio. Il regarde le sang sur ses vêtements. Il ne sourit pas. Il fait un signe de tête imperceptible. Vittorio ouvre la portière avant. Il s’installe sur le siège en cuir. L’odeur du neuf est agressive. Il pose le fusil sur ses genoux. Le chauffeur démarre. Les pneus crissent sur le gravier. Vittorio regarde le manoir de Wolfsburg disparaître dans le rétroviseur. Les lumières du bunker s’éteignent une à une. Le domaine redevient une tombe de verre. Il ferme les yeux. Il sent la fatigue envahir ses membres. La douleur de ses blessures devient sourde. Il pense à la mâchoire de Klaus. Il pense au regard vide d’Elena. Il n'éprouve rien. Le contrat est rempli. La lignée est purgée. L’empire a un nouveau maître. La voiture s’enfonce dans la forêt. Les arbres défilent comme des barreaux noirs. Vittorio écrase sa cigarette dans le cendrier en cristal. Il est le survivant. Les autres sont au crématorium.

L'aube sur le plomb

Six heures pile. Le cadran numérique du hall affiche des zéros rouges. Le silence pèse dans le bunker de Wolfsburg. L’air sent la poudre brûlée et la viande froide. Vittorio est assis contre une colonne de marbre blanc. Son épaule gauche est une masse de douleur sourde. Le sang a traversé la laine de sa veste. Il a séché en une croûte sombre et rigide. Vittorio respire lentement. Chaque inspiration tire sur ses côtes fêlées. Il vérifie son Beretta. La culasse reste en arrière. Le chargeur est vide. Il lâche l’arme sur le sol. Le métal tinte contre la pierre. Un grondement sourd vibre dans les fondations. Le mécanisme des portes s’enclenche. Les verrous hydrauliques glissent dans leurs fourreaux d’acier. Le bruit est sec. Clinique. La porte blindée de l’entrée principale pivote sur ses gonds massifs. Un trait de lumière grise coupe l’obscurité du hall. L’air extérieur s’engouffre dans le bâtiment. Il apporte l’odeur de l’humus et des sapins mouillés. Vittorio ferme les yeux une seconde. Le froid pique sa peau brûlante. Il se lève. Ses articulations craquent comme du bois mort. Il utilise la colonne pour stabiliser son poids. Sa jambe droite est engourdie. Il traîne le pied sur le dallage jonché de douilles de calibre 9 mm. Le corps de Klaus bloque le passage vers la sortie. Le colosse allemand est étendu sur le ventre. Une mare noire entoure son crâne. La prothèse en titane de sa mâchoire brille sous les spots de secours. Vittorio enjambe le cadavre. Il ne regarde pas le visage. Il avance vers la lumière. Le hall est un abattoir de luxe. Elena gît près du râtelier d’armes central. Ses doigts fins serrent encore le manche d’un surin de combat. Elle a reçu trois balles dans le thorax. Son regard vide fixe le plafond de béton. Plus loin, les restes de Liam marquent l’entrée des cuisines. L’expert en explosifs a mal calculé sa dernière charge. Les murs sont recouverts d’une suie grasse. Vittorio franchit le seuil. Ses talons claquent sur le bitume du tarmac. Le jour se lève sur la Forêt-Noire. Le ciel a la couleur du plomb fondu. Le brouillard rampe entre les troncs des arbres. Huit limousines noires sont garées en demi-cercle devant le manoir. Les moteurs tournent au ralenti. La fumée des pots d’échappement monte droit dans l’air calme. Les phares percent la brume. Les patriarches attendent devant les calandres chromées. Ils portent des manteaux longs en cachemire sombre. Leurs visages sont des masques de cuir tanné. Ils ne parlent pas. Ils observent. Vittorio s’arrête à dix mètres du groupe. Il est couvert de poussière de plâtre et de sang séché. Sa chemise blanche est ruinée. Il garde les bras le long du corps. Ses mains tremblent légèrement à cause de la fatigue nerveuse. Il regarde l’homme au centre. C’est son oncle. Le patriarche de la famille Moretti. Le vieil homme tient une canne à pommeau d’argent. Ses yeux gris détaillent les blessures de son neveu. Il cherche une trace de faiblesse. Il n'en trouve aucune. Moretti fait un pas en avant. Le gravier crisse sous ses chaussures de ville. Il s’arrête devant Vittorio. L’odeur du tabac froid et de l’eau de Cologne coûteuse remplace celle de la mort. Le vieil homme sort un mouchoir en soie de sa poche. Il essuie une tache de sang sur la joue de Vittorio. Le geste est précis. Dénué d'affection. C’est une inspection technique. Moretti range le mouchoir. Il hoche la tête une seule fois. Le signal est donné. Les gardes du corps s’écartent. Ils ouvrent la portière arrière de la première limousine. Vittorio marche vers le véhicule. Chaque pas est un effort conscient. Il monte à l’intérieur. L’odeur du cuir neuf est agressive. Le silence de l’habitacle est absolu. Les vitres teintées filtrent la lumière grise du matin. Moretti s’installe à côté de lui. Le vieil homme ne dit rien. Il regarde droit devant lui. Le chauffeur enclenche la marche avant. Les pneus crissent sur le gravier. Le convoi s’ébranle. Vittorio regarde par la lunette arrière. Le domaine de Wolfsburg diminue. Le bunker de verre et d’acier redevient une tombe silencieuse. Les sept autres héritiers restent à l’intérieur. Ils attendent les équipes de nettoyage et les sacs mortuaires. Les crématoriums de la Forêt-Noire fonctionneront toute la journée. La voiture s’enfonce sous le couvert des arbres. Les sapins défilent comme les barreaux d’une cage. Vittorio pose sa main droite sur l’accoudoir en ronce de noyer. Ses ongles sont bordés de noir. Il sent le poids de la fatigue envahir ses muscles. La douleur de son épaule devient une pulsation régulière. Il ne pense pas à Klaus. Il ne pense pas à la cicatrice d’Elena. Il n'éprouve aucun regret. Les sentiments sont des variables inutiles. Moretti sort un téléphone crypté de sa poche intérieure. Il tape un code court. Il porte l’appareil à son oreille. Sa voix est un murmure rauque. Il donne un ordre simple. Les marchés financiers de Londres et de Francfort vont réagir dans une heure. Les actifs des sept familles déchues seront absorbés avant midi. La restructuration commence maintenant. L’Europe change de propriétaire dans le silence d’une berline de luxe. Vittorio appuie sa tête contre l’appui-tête. Il regarde ses mains. Elles sont les outils du nouveau règne. Il a tué ses cousins. Il a tué ses alliés d’un soir. Il a survécu à la purge. Le contrat est rempli. La lignée Moretti est la seule qui compte désormais. Il ferme les yeux. Le ronronnement du moteur est le seul bruit dans l'habitacle. La voiture accélère sur la route sinueuse. Le convoi quitte la forêt. Vittorio est le maître de l'empire. Les autres sont des cendres.
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Vittorio descend de la Mercedes noire. Ses bottes en cuir crissent sur le gravier gelé. L’air de la Forêt-Noire affiche moins quatre degrés. Le bunker de Wolfsburg se dresse devant lui. C’est un bloc de béton et d’acier. Aucune fenêtre ne brise la façade. Des projecteurs halogènes balayent la zone. ...

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