Combien vaut ton Sang ?
Par Marcus V. — Mafia
Les doubles portes de chêne pivotèrent sur leurs gonds. Le bois massif heurta les butoirs en pierre. Le son résonna sous la voûte de la cathédrale. Marco Volpe franchit le seuil. Ses chaussures en cuir de veau ne produisaient aucun bruit sur le marbre. Il portait un costume gris anthracite. La coupe...
L'Autel de Plomb
Les doubles portes de chêne pivotèrent sur leurs gonds. Le bois massif heurta les butoirs en pierre. Le son résonna sous la voûte de la cathédrale. Marco Volpe franchit le seuil. Ses chaussures en cuir de veau ne produisaient aucun bruit sur le marbre. Il portait un costume gris anthracite. La coupe était ajustée. Ses épaules larges remplissaient l'espace. Ses mains pendaient le long de son corps. Les ongles étaient coupés ras. La cicatrice sur sa mâchoire gauche formait une ligne blanche sous la lumière des vitraux.
L'air sentait le lys et la cire froide. L'encens flottait en nappes grises. Elena Rossini se tenait devant l'autel. Sa robe de mariée possédait une traîne de trois mètres. La dentelle de Calais recouvrait ses bras fins. Elle gardait le dos droit. Ses cheveux noirs étaient coupés au carré. La nuque était pâle. À ses côtés, Fabio attendait. Il portait un smoking noir. Ses mains tremblaient légèrement.
Marco remonta l'allée centrale. Il ne regardait pas les invités. Les têtes se tournèrent. Un murmure parcourut les bancs de bois. Marco atteignit le premier rang. Il ne ralentit pas. Sa main droite glissa sous sa veste. Ses doigts saisirent la crosse du Beretta. Le métal était froid. Le mouvement fut fluide. Il sortit l'arme de son holster d'épaule.
Fabio tourna la tête. Ses pupilles se dilatèrent. Il ouvrit la bouche pour parler. Marco ne lui laissa pas le temps. Il leva le bras. Le canon s'aligna sur le front du marié. Marco pressa la détente. Le percuteur frappa l'amorce. La poudre s'enflamma. La balle de neuf millimètres quitta le canon à trois cent cinquante mètres par seconde.
Le projectile perça l'os frontal. Un trou net apparut entre les sourcils de Fabio. L'arrière de son crâne explosa. Des fragments d'os et de la matière grise s'écrasèrent sur le retable doré. Le sang gicla en éventail. Les gouttelettes rouges marquèrent la dentelle blanche sur l'épaule d'Elena. Fabio bascula en arrière. Son corps heurta les marches de l'autel. Le bruit fut sec. Ses jambes tressaillirent deux fois. Puis ses muscles se relâchèrent.
Le silence dura trois secondes. Puis les cris déchirèrent l'air. Les invités se jetèrent au sol. Les chaises se renversèrent. Marco ne bougea pas. Il gardait son arme basse. La fumée sortait du canon en un filet mince. L'odeur de la poudre brûlée remplaça celle des fleurs.
Elena ne cria pas. Elle resta immobile. Elle regardait le corps à ses pieds. Le sang de Fabio coulait sur le marbre blanc. Le liquide rouge atteignit le bord de sa robe. La dentelle absorba le fluide par capillarité. La tache s'étendait rapidement. Elena leva les yeux vers Marco. Son visage était de la couleur du plâtre. Ses narines battaient au rythme de sa respiration saccadée.
Marco rangea son arme. Le cuir du holster grinça. Il monta les deux marches de l'autel. Il piétina la main droite de Fabio. Les os des doigts craquèrent sous sa semelle. Marco s'arrêta devant Elena. Il mesurait une tête de plus qu'elle. Son regard couleur silex balaya le visage de la femme. Il ne montrait aucune émotion.
Il tendit le bras. Ses doigts calleux se refermèrent sur le poignet d'Elena. La poigne était brutale. Il serra jusqu'à ce que la peau devienne blanche. Elena laissa échapper un souffle court. Elle ne résista pas. Ses muscles étaient de bois.
— On y va, dit Marco.
Sa voix était monocorde. Elle n'exprimait ni colère ni hâte. Il fit demi-tour. Il entraîna Elena derrière lui. Elle trébucha sur sa traîne. Elle retrouva son équilibre. Ses talons claquaient sur le sol. Ils marchaient sur les douilles de cuivre éparpillées. Le métal roulait sous leurs pieds avec un bruit de ferraille.
La traîne de la robe balayait le sang sur le marbre. Elle dessinait une ligne rouge sombre sur toute la longueur de la nef. Marco marchait d'un pas régulier. Il ne regardait pas les gens prostrés sous les bancs. Un homme tenta de se lever. Marco posa sa main libre sur la crosse de son arme. L'homme se rassit immédiatement.
Ils atteignirent le porche. La lumière du jour frappa le visage d'Elena. Elle plissa les paupières. Le vent de la côte fit voler ses cheveux courts. Une berline noire attendait au pied des marches. Le moteur tournait. Un chauffeur en costume noir tenait la portière arrière ouverte.
Marco poussa Elena vers l'habitacle. Elle s'engouffra sur la banquette en cuir. Le tissu de sa robe se coinça dans la portière. Marco tira sur la dentelle. Le tissu se déchira avec un bruit sec. Il monta à son tour. Il s'installa sur le siège opposé. La portière claqua. Le bruit du verrouillage centralisé mit fin aux rumeurs de la foule.
Le chauffeur engagea la première. Les pneus crissèrent sur le gravier. La voiture quitta le parvis de la cathédrale. Elena regardait par la vitre teintée. Elle ne pleurait pas. Ses mains étaient posées sur ses genoux. Elles étaient tachées de sang séché.
Marco sortit un mouchoir en tissu de sa poche. Il le tendit à Elena. Elle ne le prit pas. Il reposa le mouchoir sur ses propres genoux. Il sortit un téléphone portable. Ses doigts tapèrent un message court. Il rangea l'appareil.
La voiture accéléra sur la route côtière. Les falaises de calcaire défilaient à droite. La mer était grise. Le ciel était bas. Elena finit par tourner la tête vers Marco. Elle observait la cicatrice sur sa mâchoire.
— Mon père est mort pour ça ? demanda-t-elle.
Sa voix était rauque. Elle ne tremblait pas. Marco ne tourna pas la tête. Il fixait la route devant lui.
— Ton père est mort parce qu'il ne savait pas compter, répondit Marco.
Il sortit un chargeur de rechange de sa poche intérieure. Il vérifia l'alignement des cartouches. Le métal brillait. Il remit le chargeur en place.
— Vingt millions, ajouta-t-il. C'est le prix de ton sang.
Elena serra les poings. Ses ongles s'enfoncèrent dans ses paumes. Elle sentit la douleur. C'était la seule chose réelle dans l'habitacle. La voiture vira à gauche. Elle s'engagea sur un chemin privé. Une grille en fer forgé s'ouvrit lentement. Deux hommes armés de fusils à pompe montaient la garde. Ils saluèrent au passage du véhicule.
La villa Volpe apparut au sommet de la falaise. C'était une structure de verre et d'acier. Les angles étaient vifs. Les parois reflétaient le ciel terne. La voiture s'arrêta devant l'entrée principale. Le chauffeur coupa le moteur. Le silence revint.
Marco ouvrit sa portière. Il descendit et fit le tour de la voiture. Il ouvrit la portière d'Elena. Il ne lui tendit pas la main. Il attendit qu'elle sorte. Elle posa un pied sur le béton. Sa robe était ruinée. Le bas de la dentelle était noir de poussière et de sang.
Elle se tint debout face à la villa. Le vent marin cinglait son visage. Marco se plaça derrière elle. Il posa une main sur sa nuque. Le contact était froid.
— C'est ta nouvelle cage, dit-il.
Il la poussa vers l'entrée. Elena marcha. Elle ne regarda pas en arrière. La cathédrale était loin. Fabio était un cadavre sur un tapis de marbre. La dette venait de commencer.