Votre Cortex Saigne
Par Marcus V. — Thriller
Kael ouvrit les yeux sur le béton gras. Sa mâchoire heurta une canette de fer rouillée. L’odeur de pisse et de gasoil dominait l’air ambiant. Il cracha un filet de sang noir sur le sol. Sa dent bleue chrome brilla sous une lampe à sodium. Le malware Golgotha s’éveilla dans ses vertèbres cervicales. ...
T0 : Hémorragie Interne
Kael ouvrit les yeux sur le béton gras. Sa mâchoire heurta une canette de fer rouillée. L’odeur de pisse et de gasoil dominait l’air ambiant. Il cracha un filet de sang noir sur le sol. Sa dent bleue chrome brilla sous une lampe à sodium. Le malware Golgotha s’éveilla dans ses vertèbres cervicales. Une décharge de huit cents volts frappa sa nuque. Ses muscles se contractèrent avec une violence mécanique. Ses doigts griffèrent le bitume humide de la ruelle.
Le chiffre rouge apparut sur sa rétine gauche. 06:00:00. Les secondes défilèrent avec une précision chirurgicale. Le décompte brûlait son nerf optique. Chaque pulsation envoyait une onde de chaleur dans son crâne. La douleur remontait le long de sa colonne vertébrale. Il essaya de bouger les doigts de sa main droite. Ses tendons tremblaient sans s'arrêter. Le virus rongeait la gaine de ses nerfs moteurs. Les impulsions électriques saturaient son cortex préfrontal.
Kael bascula sur le côté. Son épaule heurta une benne à ordures débordante. Des déchets plastiques jonchaient le sol de la Fosse. Un rat mécanique grignotait un câble de fibre optique sectionné. L’animal s’arrêta et fixa Kael de ses yeux rouges. Kael ne bougea pas. Il attendit que la première convulsion s'arrête. Son cœur battait à cent quarante pulsations par minute. La sueur coulait dans sa cicatrice verticale sur l’œil gauche. La peau était dure et froide comme du cuir.
Il fouilla la poche interne de sa veste synthétique. Le tissu élimé craqua sous ses doigts engourdis. Sa main rencontra le métal froid de l’injecteur pneumatique. L’objet pesait trois cents grammes exactement. Il sortit une fiole de liquide de refroidissement industriel. Le liquide affichait une teinte bleu ciel translucide. Il inséra la cartouche dans l’emplacement prévu. Un clic métallique confirma l’amorçage du système.
Kael remonta la manche de son blouson. Son avant-bras présentait des marques de ponctions répétées. Il plaqua l’embout de l’appareil contre son artère fémorale. Il pressa la détente en plastique noir. Le gaz propulseur siffla dans le silence de la ruelle. Le gel cryogénique pénétra son système sanguin instantanément. Le froid se diffusa dans ses membres inférieurs. Son rythme cardiaque chuta de trente battements en dix secondes. La fièvre du malware recula d'un cran.
Il s'appuya contre un mur de briques sombres. La brique était couverte d'une mousse fongique grisâtre. Il se redressa lentement. Ses genoux craquèrent comme du vieux bois sec. Il vérifia son équipement de combat. Son pistolet de calibre neuf millimètres reposait dans son étui dorsal. Le chargeur contenait quinze balles à pointe creuse. Il engagea une cartouche dans la chambre. Le bruit de la culasse fut sec et définitif.
Le décompte affichait 05:54:22. Le temps s'écoulait. Golgotha dévorait ses synapses une par une. Il se souvint de la signature du contrat. Le Dr Silas portait un costume blanc sans un pli. Le bureau de la Corporation Neuro-Z sentait le désinfectant. Silas avait tenu l'aiguille avec des mains trop longues. Kael avait vendu son corps pour effacer une dette. Cinquante mille crédits pour la vie de sa sœur morte. La transaction était enregistrée dans la base de données.
Kael fit un pas en avant. Ses bottes écrasèrent des éclats de verre. La ruelle débouchait sur une artère principale de la Fosse. Des tuyaux de vapeur crachaient une brume épaisse et acide. Des silhouettes massives se déplaçaient dans l'ombre des bâtiments. Des drones de surveillance survolaient la zone à basse altitude. Leurs projecteurs balayaient les tas d'ordures et les corps affalés. Kael baissa la tête. Il remonta le col de sa veste.
Une douleur sourde frappa sa tempe droite. Le malware tentait une nouvelle intrusion dans son système limbique. Des lignes de code défilèrent sur sa vision périphérique. Il reconnut le langage de programmation de Silas. C'était une architecture complexe et destructrice. Le virus liquéfiait les tissus cérébraux pour extraire les données. À la fin du compte à rebours, son cerveau serait une soupe tiède.
Il atteignit l'angle de la rue. Un distributeur de cigarettes automatique clignotait. Il frappa la machine du poing. Un paquet tomba dans le réceptacle. Il alluma une cigarette sans filtre. La fumée âcre remplit ses poumons. Cela n'aidait pas pour la douleur. Cela occupait ses mains tremblantes. Il observa le trafic des véhicules à sustentation magnétique. Les moteurs émettaient un bourdonnement basse fréquence constant.
Vesper l'attendait dans le secteur 7. Elle était sa seule chance de localisation. Le Fixer connaissait les accès cachés de Neuro-Z. Kael cracha un nouveau filet de sang. Le liquide de refroidissement ne tiendrait pas deux heures. Il lui fallait une dose plus forte ou un inhibiteur de code. Il commença à marcher vers le nord. Ses mouvements étaient saccadés mais efficaces.
Un groupe de trois hommes barrait le passage. Ils portaient des manteaux de cuir et des implants oculaires bon marché. Le plus grand tenait une barre de fer rouillée. Il fit un pas vers Kael. Kael ne ralentit pas sa marche. Il ne changea pas de trajectoire. Son regard resta fixé sur l'horizon de béton. L'homme à la barre de fer sourit. Ses dents étaient remplacées par des vis en acier.
"Donne ton blouson, le vieux," dit l'homme.
Kael ne répondit pas. Il continua d'avancer. La distance entre eux tomba à deux mètres. L'homme leva sa barre de fer. Kael sortit son arme dans un mouvement fluide. Le canon se logea sous le menton de l'agresseur. Le métal froid stoppa net l'élan du groupe. Les deux autres hommes reculèrent d'un pas. Leurs yeux scannèrent l'arme de Kael. C'était un modèle militaire, pas une copie de rue.
"Écarte-toi," dit Kael.
Sa voix était un grognement métallique. L'homme à la barre de fer déglutit. Il sentit la pression du canon contre sa peau. Il baissa son arme improvisée. Kael passa entre eux sans un regard. Il rangea son pistolet. Il n'avait pas de temps pour les cadavres inutiles. Chaque seconde perdue accélérait la progression de Golgotha.
Le décompte indiquait 05:48:10.
Il entra dans une station de métro désaffectée. Les murs étaient couverts de tags fluorescents. L'air était saturé d'humidité et de moisissure. Il descendit les escaliers roulants immobiles. Ses pas résonnaient dans le tunnel vide. Au fond, une rame de train rouillée servait d'abri. Des câbles électriques pendaient du plafond comme des lianes. Kael s'arrêta devant une porte blindée marquée d'un cercle rouge.
Il frappa trois coups brefs. Un scanner rétinien s'activa. Un faisceau de lumière rouge balaya son œil gauche. La cicatrice perturba la lecture pendant une seconde. Puis le verrou magnétique se libéra avec un claquement lourd. La porte coulissa sur des rails mal huilés. L'intérieur du bunker était rempli d'écrans et de serveurs. La chaleur était étouffante.
Vesper était assise devant une console. Son crâne rasé reflétait la lumière des moniteurs. Les tatouages de circuits imprimés sur ses tempes semblaient vibrer. Elle ne se retourna pas. Ses doigts couraient sur un clavier holographique. Elle parlait à voix basse, dictant des suites de chiffres. Son imperméable transparent était taché d'huile moteur.
"Tu es en retard, Kael," dit-elle sans s'arrêter.
"Le virus a démarré plus tôt," répondit Kael.
"Golgotha est agressif. Silas a modifié la souche hier soir."
Vesper se tourna enfin. Ses yeux injectés de nanites rouges fixèrent Kael. Elle scanna son état physiologique d'un regard. Elle vit les tremblements. Elle vit la sueur et le sang séché. Elle afficha une probabilité de survie sur un écran latéral. 12 %. Le chiffre était écrit en jaune.
"Il me faut l'accès au sous-sol de Neuro-Z," dit Kael.
"C'est un suicide. La sécurité est de niveau quatre."
"Je suis déjà mort. Regarde ma rétine."
Kael s'approcha de la console. Il pointa son œil vers Vesper. Le décompte affichait 05:45:30. Le rouge était devenu plus intense. Les chiffres semblaient saigner sur le fond de son œil. Vesper tapa une commande. Une carte 3D de la tour Neuro-Z apparut entre eux. Le bâtiment était une forteresse de verre et d'acier située dans le quartier haut.
"Silas est au dernier étage," dit Vesper. "Mais le serveur central est au sous-sol. C'est là que se trouve l'antivirus."
"Je prends Silas d'abord."
"Pourquoi ?"
"Il a l'injecteur manuel. Le serveur ne fera que ralentir le processus."
Kael reprit sa marche vers la sortie. Il n'avait pas besoin de plus d'informations. Il connaissait le chemin. Il connaissait la cible. Il sortit une nouvelle fiole de liquide de refroidissement. Il l'injecta directement dans son cou cette fois. La douleur fut atroce. Sa vision devint blanche pendant trois secondes. Puis le froid s'installa. Son esprit redevint clair.
Il sortit du bunker de Vesper. La pluie commençait à tomber sur la Fosse. C'était une pluie acide qui rongeait le plastique. Kael remonta sa capuche. Il marcha vers la zone de transit. Il lui restait moins de six heures pour tuer un dieu et sauver ce qu'il restait de sa viande.
Le décompte passa à 05:40:00.
Kael accéléra le pas. Sa main droite ne tremblait plus. Le gel faisait son effet. Pour l'instant.
Le Bunker de Vesper
La porte du bunker pèse deux tonnes. L’acier est brossé, froid, sans poignée. Kael plaque son dos contre le béton humide du couloir. Sa main gauche tremble. Il serre le poing jusqu’à blanchir ses articulations. Le décompte brûle son nerf optique : 05:59:12. Le malware Golgotha grignote sa base de données cérébrale. Il sort un boîtier de dérivation de sa poche. Les fils sont dénudés. Il arrache le panneau de maintenance du mur. Les câbles ressemblent à des veines sectionnées. Il connecte les pinces crocodiles. Une étincelle jaillit. L’odeur de plastique brûlé remplit ses narines.
Le panneau de commande clignote. Kael tape un code de forçage. Les chiffres défilent trop vite pour un œil humain. Son implant oculaire compense la vitesse. Le verrou hydraulique grogne dans les murs. Une décharge de vapeur grasse s’échappe des jointures. Le battant s’écarte de dix centimètres. Kael glisse ses doigts dans la fente. Il tire. Ses muscles se tendent. La fibre de sa veste craque sous l’effort. Le métal cède avec un cri strident. Il entre dans l'obscurité.
L’air est sec. Il sent l’huile de moteur et la peau morte. Des ventilateurs tournent lentement au plafond. Le bruit est un battement de cœur mécanique. Kael avance. Ses bottes ne font aucun bruit sur le sol grillagé. Des serveurs s’alignent le long des parois. Leurs diodes clignotent en rythme. Au centre de la pièce, un fauteuil chirurgical fait face à un mur d’écrans. Vesper est là.
Elle ne se retourne pas. Son crâne rasé brille sous la lumière crue des moniteurs. Des câbles sortent de sa nuque. Ils rejoignent le plafond comme des tentacules de pieuvre. Sa peau a la couleur du papier sulfurisé. Elle est translucide. On voit les nanites rouges circuler dans ses veines temporales. Kael s’arrête à trois mètres. Il pointe son pistolet à impulsions vers la base de son crâne.
Vesper parle sans bouger les lèvres. Le son sort de haut-parleurs dissimulés dans les coins de la pièce. La voix est plate. Elle manque de timbre humain.
— Tu as forcé le verrou de série B. C’est inefficace.
Kael ne répond pas. Il arme le chien du pistolet. Le clic métallique résonne contre le béton.
— Le malware Golgotha progresse, continue Vesper. Tes fonctions motrices vont chuter de quarante pour cent dans l’heure.
Kael crache un filet de salive amère sur le sol.
— Donne-moi l’accès, dit-il.
— Mes processeurs ont lancé une simulation. Tes chances de survie sont de deux pour cent. C’est une perte de ressources.
— Je ne suis pas une ressource.
— Tu es un vecteur de données mourant. Rien de plus.
Vesper tourne enfin son fauteuil. Son corps de clone est frêle. Ses jambes sont atrophiées. Elles pendent comme des chiffons inutiles. Ses yeux rouges fixent Kael. Elle ne cligne pas. Elle n’a pas de paupières.
— Neuro-Z a verrouillé le protocole, dit-elle. Silas a placé le premier relais dans la sous-station du Secteur Quatre.
Elle lève une main squelettique. Un projecteur holographique s’active entre eux. Une carte de la ville apparaît en bleu terne. Un point rouge clignote dans la zone industrielle.
— C’est un piège, ajoute Vesper. Ils attendent que le malware revienne à la source.
— Je ne reviens pas. Je casse la source.
Kael range son boîtier de dérivation. Il sort un chargeur de sa ceinture. Le métal est lourd. Il éjecte la cellule vide de son arme. Elle tombe sur la grille avec un bruit sourd. Il insère la nouvelle cellule. Le mécanisme s’enclenche avec une précision chirurgicale. Une diode bleue s’allume sur le flanc du pistolet. L’arme vibre légèrement. Elle est prête.
Vesper incline la tête sur le côté. Un bruit de servomoteurs provient de son cou.
— Pourquoi Silas ? demande-t-elle. Le serveur central contient le code source.
— Silas a l’injecteur manuel, répond Kael. Le serveur ne fera que ralentir la liquéfaction. Je veux le remède complet.
— Le remède n'existe peut-être pas.
— Alors je prendrai sa vie à la place.
Kael se détourne. Il marche vers la sortie du bunker. Ses pas sont lourds. La douleur dans sa moelle épinière devient une brûlure constante. Il sent le liquide de refroidissement circuler dans son cou. C’est une sensation de glace pilée sous la peau.
— Kael, dit la voix de Vesper derrière lui.
Il s’arrête sans se retourner.
— La probabilité de réussite vient de tomber à un virgule huit pour cent. Tu saignes de l'oreille gauche.
Kael porte sa main à son oreille. Ses doigts reviennent couverts d’un fluide noir et visqueux. Ce n’est pas tout à fait du sang. C’est le malware qui transforme sa biologie en déchets numériques. Il essuie sa main sur son pantalon. Il ne dit rien. Il franchit le sas.
Dehors, la pluie tombe toujours. Elle frappe le métal des structures avec un bruit de mitraille. La Fosse est un trou noir rempli de vapeur et de graisse. Kael remonte le col de sa veste. Il vérifie l’heure sur sa rétine. 05:45:22. Le temps s'accélère. Il marche vers le Secteur Quatre. Ses doigts se referment sur la crosse de son pistolet. Le froid s'installe dans ses os. Il ne sent plus la pluie. Il ne sent plus la peur. Il est une machine lancée vers un mur. Il n’a pas l’intention de freiner.
Boucherie à la Fosse
La porte du tripot pivote sur des gonds oxydés. Le métal frotte contre le béton brut. Le bruit déchire le bourdonnement des ventilateurs de plafond. Kael franchit le seuil. L'air est une masse compacte de vapeur d'huile et de sueur rance. Ses bottes écrasent des filtres de cigarettes synthétiques. Le sol est une grille d'acier striée. Des câbles noirs serpentent entre les pieds des tables. Ils ressemblent à des racines de plastique. Vingt hommes sont assis devant des terminaux de jeu. Leurs visages sont gris sous la lumière des tubes à gaz. Personne ne lève la tête. Les doigts pianotent sur les claviers avec une cadence mécanique. Kael avance vers le fond de la salle. Sa veste en cuir craque à chaque mouvement. Ses mains tremblent. Il serre les poings pour stopper la vibration. Le malware Golgotha brûle sa colonne vertébrale. Une décharge traverse ses nerfs. Il ne bronche pas.
Au centre de la pièce, un poêle à pétrole crache une fumée noire. L'odeur de combustible s'accroche aux parois de béton. Kael repère le garde. L'homme mesure deux mètres. Ses avant-bras sont des cylindres de chrome poli. Des pistons hydrauliques sont fixés à ses coudes. Il porte un débardeur taché de graisse. Le garde se lève. Il bloque l'accès à l'escalier menant aux sous-sols. Ses yeux sont des lentilles de verre sombre. Il ne parle pas. Il croise ses bras massifs sur sa poitrine. Kael continue de marcher. La distance entre les deux hommes se réduit à deux mètres. Le garde déploie sa main droite. Les articulations métalliques cliquettent.
— Pas plus loin, dit le garde.
Sa voix est un grognement sourd. Kael ne répond pas. Il réduit l'espace. Le garde lance un coup de poing horizontal. Le bras chromé fend l'air avec un sifflement pneumatique. Kael se baisse. Il sent le déplacement d'air au-dessus de son crâne. Il pivote sur son pied gauche. Il enfonce son poing dans le plexus du colosse. Le choc est rigide. Le garde recule d'un pas. Kael ne laisse pas de répit. Il saisit le poignet métallique de l'adversaire. Il utilise le poids du garde pour le déséquilibrer. Le colosse percute une table de jeu. Le terminal explose en une gerbe d'étincelles blanches. Les parieurs s'écartent sans un cri. Ils observent la scène avec des yeux vides.
Le garde se redresse. Il active une commande sur son avant-bras. Une lame de trente centimètres jaillit de son poignet. L'acier brille sous les tubes à gaz. Kael sort son pistolet. Il ne vise pas la tête. Il tire dans la cuisse droite du garde. Le projectile de calibre .45 traverse le muscle et sectionne l'artère. Le sang gicle sur le sol métallique. Le garde tombe sur un genou. Il tente de frapper avec sa lame. Kael esquive. Il frappe le visage de l'homme avec la crosse de son arme. Le cartilage du nez éclate. Le sang inonde la bouche du garde. Kael saisit la mâchoire de l'homme. Il appuie son pouce sur la plaie ouverte. Le garde pousse un râle étouffé.
— Le technicien, dit Kael. Celui qui a calibré l'aiguille.
Le garde crache un mélange de salive et d'hémoglobine. Il secoue la tête. Kael tord le bras métallique vers l'arrière. Les servomoteurs gémissent sous la pression. L'épaule craque. Un bruit de rupture sèche résonne dans la cave. Le garde hurle. Sa voix se brise contre les murs de béton.
— Le nom, répète Kael.
Il appuie davantage sur la mâchoire. Les os grincent. Le garde ferme les yeux. Ses doigts griffent le sol.
— Silas, articule-t-il entre deux quintes de toux sanglantes. Silas.
Kael relâche la pression. Le corps du garde s'affale sur la grille. Le sang coule à travers les mailles du sol. Il rejoint les égouts de la Fosse. Kael se relève. Il range son arme dans son holster. Ses doigts sont couverts d'un fluide visqueux. Il essuie sa main sur le pantalon du garde. Le décompte sur sa rétine affiche 05:15:44. Les chiffres rouges brûlent ses nerfs optiques. Il sent une goutte de liquide noir couler de sa narine gauche. Il l'essuie d'un revers de manche.
Il se dirige vers la sortie. Les parieurs ont repris leur place devant les écrans. Le bruit des claviers remplace les cris du garde. Kael pousse la porte blindée. Il retrouve la pluie. L'eau froide frappe son visage. Elle lave les traces de sang sur sa veste. La Fosse est un labyrinthe de métal et de vapeur. Les structures s'élèvent vers un ciel invisible. Kael marche sur le bitume gras. Ses pas sont lourds. Chaque mouvement demande un effort conscient. Le malware dévore sa structure moléculaire. Il doit atteindre la Corporation Neuro-Z. Silas est là-bas. Silas possède l'antidote ou la clé de déchiffrement.
Il traverse une passerelle suspendue au-dessus d'un ravin de déchets. Des drones de surveillance patrouillent dans la brume. Leurs projecteurs balayent les façades décrépies. Kael se plaque contre un pilier en béton. Il attend que la lumière passe. Il respire lentement. L'air sent le soufre et le plastique brûlé. Il vérifie son chargeur. Il reste sept balles. C'est suffisant pour une exécution. Il reprend sa marche. Ses muscles se contractent involontairement. C'est un symptôme de la phase deux. La liquéfaction approche.
Il arrive devant un ascenseur industriel. La cabine est une cage de fer rouillé. Il appuie sur le bouton d'appel. Le moteur vrombit dans les profondeurs. Les câbles vibrent. La cage monte lentement. Kael observe ses mains. La peau devient translucide par endroits. On devine les veines sombres dessous. Le virus Golgotha réécrit son code génétique. Il transforme la viande en données corrompues. L'ascenseur arrive. La grille s'ouvre avec un grincement strident. Kael entre. Il sélectionne le niveau de la surface.
La cabine s'élève. À travers les barreaux, il voit les strates de la ville. Les bidonvilles de la Fosse disparaissent. Les structures deviennent plus nettes. Le béton laisse place au verre et à l'acier brossé. Le silence s'installe. Kael ferme les yeux un instant. Il visualise le visage de Silas. Un masque de porcelaine blanche. Des mains de chirurgien. Il imagine ses doigts autour du cou de l'architecte. Il sentira l'os de la trachée céder. Ce sera une action pure. Une nécessité physique.
L'ascenseur s'arrête. La grille s'ouvre sur une avenue déserte. Les bâtiments de Neuro-Z se dressent devant lui. Ce sont des monolithes noirs sans fenêtres. Des caméras thermiques pivotent sur leurs supports. Kael remonte le col de sa veste. Il ajuste son arme. La pluie redouble d'intensité. Elle frappe le sol avec un bruit de mitraille. Le bitume boit le sang et l'huile. Kael s'avance vers le périmètre de sécurité. Il ne court pas. Il marche avec la précision d'un automate. Le décompte indique 05:02:12. Le temps n'est plus une notion abstraite. C'est une douleur physique localisée derrière ses yeux. Il franchit la première ligne de capteurs. L'alarme ne retentit pas. Il a déjà piraté le signal d'entrée. Il est un fantôme dans la machine. Un grain de sable dans l'engrenage. Il est Kael. Il porte la mort dans sa moelle. Il va la livrer à son créateur.
Dette de Jeu
Kael franchit le sas pressurisé. L'air est sec. Il sent le chlore et le métal froid. Ses bottes ne font aucun bruit sur le polymère blanc. Le hall de Neuro-Z est une cage de verre. Les caméras de plafond suivent sa progression. Le décompte brûle sa rétine droite. 05:01:44. Une décharge frappe sa base crânienne. Le malware Golgotha s'active. Ses muscles se figent instantanément. Kael tombe en avant. Ses genoux percutent le sol dur. Le choc résonne dans ses os. Ses mains griffent la surface lisse. Une convulsion tord son échine. Ses vertèbres craquent. La douleur est une lame de rasoir dans la moelle. Ses yeux se révulsent. Le blanc remplace l'iris. Les nanites s'excitent dans son sang. Elles saturent ses connexions nerveuses. Le signal sature.
Le décor change. Les murs blancs disparaissent. Le sol devient du béton humide. L'odeur de la moisissure remplace le chlore. Kael est dans un sous-sol. C'est le quartier de La Fosse. Il reconnaît les tuyaux de vapeur rouillés. Il voit une civière de fortune. Mia est allongée dessus. Sa peau est translucide. Des veines bleues strient son visage. Elle ne respire plus. Ses poumons sont immobiles. Un homme se tient debout près du corps. Il porte un costume blanc. C'est Silas. Ses mains sont croisées dans le dos. Il regarde un terminal holographique. Le document affiche un titre précis. "Contrat de Cession de Dette". Le nom de Kael apparaît en bas. La signature est un scan rétinien. Silas tourne la tête. Ses yeux de verre fixent Kael. Il ne parle pas. Il tend une seringue pneumatique. Le liquide à l'intérieur est noir. C'est le Golgotha.
Kael hurle sans émettre de son. Sa mâchoire est bloquée par un spasme. Il comprend maintenant. Le contrat n'était pas une erreur. Silas n'a pas choisi Kael par hasard. La dette de jeu de Mia était immense. Les syndicats de La Fosse voulaient son foie. Silas a racheté la créance. Il a payé les usuriers. En échange, il a pris le corps de Kael. Le malware est le prix de la liberté de Mia. Une liberté posthume. Silas a utilisé un mort pour motiver un vivant. Kael est un cobaye volontaire qui a oublié son choix. Le virus efface les souvenirs gênants. Il ne laisse que la mission. La sueur coule sur le front de Kael. Elle est acide. Elle brûle ses paupières. Les nanites rouges s'accumulent dans ses canaux lacrymaux. Il pleure du sang synthétique.
La vision s'efface. Le hall de Neuro-Z revient. Kael est toujours au sol. Son cœur bat à cent quatre-vingts pulsations. Il crache une bille de salive épaisse. Le goût est métallique. Il appuie sur ses bras. Ses triceps tremblent. Il se relève avec lenteur. Chaque mouvement est une victoire sur la paralysie. Il vérifie son arme. Le chargeur est plein. Quinze balles chemisées de téflon. Il engage la première pièce. Le clic mécanique le calme. Il n'est plus un homme. Il est un vecteur de transmission. Il porte la mort de Silas dans son propre dos. Il doit rendre le colis. Le décompte indique 04:55:12. Cinq minutes ont disparu dans la convulsion. Le temps s'accélère.
Il s'approche du comptoir de sécurité. Un garde sort d'une pièce latérale. L'homme porte une armure de kevlar léger. Il lève son fusil à impulsion. Kael ne réfléchit pas. Son bras droit monte. L'action est fluide. Le recul de l'arme secoue son poignet. Une balle percute le front du garde. L'os frontal éclate. Le corps est projeté contre le mur. Le sang macule le logo de la corporation. Kael récupère la carte d'accès sur la ceinture du cadavre. Le plastique est chaud. Il l'insère dans le lecteur de l'ascenseur. Le voyant passe au vert. Les portes coulissent sans un bruit. L'intérieur est tapissé de miroirs. Kael voit son reflet. Son visage est une zone de guerre. Sa dent bleue brille sous les plafonniers. Ses yeux sont injectés de rouge. Il ressemble au virus qu'il transporte.
L'ascenseur monte vers les étages supérieurs. Les chiffres défilent sur l'écran tactile. 40. 50. 60. La pression change dans ses oreilles. Le malware gronde dans sa nuque. C'est une vibration constante. Une basse fréquence qui ronge son équilibre. Il s'appuie contre la paroi. Le métal est froid contre son cuir. Il pense à Mia. Il revoit ses mains froides. Il se souvient du prix de sa vie. Silas a transformé son deuil en arme. C'est une gestion de ressources efficace. Kael serre la crosse de son pistolet. Ses phalanges blanchissent. Il n'y a plus de place pour la haine. La haine est un sentiment. Il ne reste que la trajectoire.
Les portes s'ouvrent au 82ème étage. Le laboratoire de Silas. L'espace est vaste. Des cuves de culture s'alignent le long des murs. Des fœtus de clones flottent dans un liquide ambré. Des câbles pendent du plafond comme des lianes de cuivre. Au centre, un bureau circulaire. Silas est là. Il ne porte pas de masque. Il ne porte pas d'arme. Il tape sur un clavier virtuel. Le bruit des touches est un cliquetis sec. Il ne lève pas les yeux. Il sait que Kael est là. Les capteurs de pression ont signalé son arrivée. Silas termine sa séquence. Il éteint l'hologramme. Il se tourne vers Kael. Son visage est lisse. Aucune ride. Aucun remords.
Kael avance. Ses pas résonnent sur le sol technique. Il pointe son arme vers le cœur de Silas. La distance est de cinq mètres. Une distance de tir parfaite. Silas sourit. C'est un mouvement purement musculaire. Ses lèvres s'étirent sur des dents trop blanches. Il regarde le décompte sur la rétine de Kael. 04:40:02. Le virus est proche de la phase terminale. La liquéfaction va commencer par le lobe frontal. Silas parle. Sa voix est calme. Elle a la texture de la soie sur du verre. Il explique la procédure. Il détaille la réussite de l'injection. Il parle de la dette effacée. Il traite Kael comme un dossier classé.
Kael ne répond pas. Les mots sont inutiles. Il sent une nouvelle convulsion monter. Ses doigts se crispent sur la détente. Le malware veut protéger son créateur. Les protocoles de sécurité interdisent l'agression du personnel Neuro-Z. Kael lutte contre son propre système nerveux. Son bras tremble. Il utilise sa main gauche pour stabiliser son tir. Il force ses muscles à obéir. La sueur coule dans sa cicatrice. Elle pique sa plaie ouverte. Silas fait un pas en avant. Il tend la main. Il demande le retour des données. Il veut extraire le Golgotha avant la mort de l'hôte. Il a besoin de la souche mutée dans la moelle de Kael.
Kael crache du sang sur les chaussures blanches de Silas. Le liquide rouge tache le cuir impeccable. C'est sa seule réponse. Il appuie sur la détente. Le percuteur frappe l'amorce. L'explosion est sourde dans la pièce insonorisée. La balle quitte le canon à trois cents mètres par seconde. Elle traverse l'air stérile. Elle rencontre l'épaule de Silas. Le choc fait pivoter l'architecte. Le tissu blanc se déchire. La chair explose en lambeaux sombres. Silas tombe à genoux. Il ne crie pas. Il regarde sa blessure avec curiosité. Il analyse sa propre douleur.
Kael s'approche. Il pose le canon chaud sur le front de Silas. Le métal brûle la peau du docteur. Le décompte affiche 04:38:15. La vision de Kael se trouble. Des pixels noirs mangent les bords de son champ de vision. Le malware commence le sabotage final. Les fonctions vitales vont s'éteindre. Kael voit le visage de Mia une dernière fois. Elle ne sourit pas. Elle attend. Il appuie à nouveau. Le cerveau de Silas repeint le bureau circulaire. Le corps s'effondre comme une poupée de chiffon. La dette est payée. Le contrat est rompu. Kael range son arme. Il s'assoit par terre, à côté du cadavre. Il ferme les yeux. Le silence revient dans le laboratoire. Le décompte continue de descendre dans le noir. 04:37:59. 04:37:58. 04:37:57.
Ligne de Front
Kael progresse dans le conduit de maintenance. Le métal froid gratte ses épaules. L'espace est étroit. L'air sent la graisse et la poussière ancienne. Son cœur cogne contre ses côtes. Le décompte brûle son nerf optique. 05:54:21. Le malware Golgotha pulse dans sa moelle épinière. Chaque battement envoie une décharge dans ses membres. Ses mains tremblent. Il serre la crosse de son pistolet. Le polymère est rugueux. Cela l'aide à rester concentré.
Il atteint une grille d'aération. Il regarde en bas. Le couloir de la zone de transit est vide. Les murs sont en béton brut. Des bandes jaunes marquent le sol. Kael pousse la grille. Elle tombe sur le linoléum avec un bruit sourd. Il saute. Ses bottes absorbent le choc. Il se réceptionne en souplesse. La douleur irradie dans ses genoux. Il ignore la sensation. Il vérifie sa chambre. Une balle de 10mm attend.
Une alarme retentit. Le son est strident. Il rebondit sur les parois lisses. Kael se plaque contre le mur. Au bout du couloir, une porte blindée coulisse. Quatre hommes sortent. Ils portent des armures tactiques noires. Le logo Neuro-Z brille sur leurs pectoraux. Ils tiennent des fusils d'assaut à canon court. Leurs visières sont opaques. Ils bougent en formation de diamant.
Kael ne respire plus. Il attend qu'ils franchissent la ligne jaune. Le premier garde lève son arme. Kael sort de l'ombre. Il presse la détente deux fois. Le recul secoue son bras. La première balle frappe le plexus du garde. La plaque de céramique se fissure. La seconde balle traverse la visière. Le polycarbonate éclate. Un mélange de sang et de fragments de plastique repeint le mur derrière lui. Le corps s'effondre.
Les trois autres gardes se séparent. Ils ouvrent le feu. Les balles de 5.56 mm déchirent l'air. Elles percutent le béton. Des éclats de pierre volent. Kael plonge derrière un chariot de transport. Le métal siffle sous les impacts. Il éjecte son chargeur vide. Il enclenche un nouveau bloc. Le clic métallique est net. Il respire par la bouche. L'odeur de la poudre brûlée remplit ses poumons.
Il bascule sur le côté. Il tire au jugé. Un garde hurle. La balle a trouvé l'espace entre la jambière et la botte. L'homme tombe sur un genou. Kael ajuste son tir. Il loge une balle dans la gorge du blessé. Le sang gicle en jets réguliers. Le garde lâche son fusil. Il porte ses mains à son cou. Il s'étouffe dans son propre liquide.
Il en reste deux. Ils lancent une grenade flash. Kael ferme les yeux. Il plaque ses mains sur ses oreilles. L'explosion sature l'espace. La lumière traverse ses paupières. Le son est un sifflement aigu. Il roule sur lui-même. Il sent la chaleur des tirs au-dessus de lui. Il tire trois fois vers la source des flashs. Un cri étouffé. Un corps lourd percute le sol.
Kael se relève. Sa vision est hachée par des parasites numériques. Le malware gagne du terrain. Des lignes de code rouge barrent son champ de vision. 05:51:04. Il voit le dernier garde. C'est un modèle lourd. Un cyborg de sécurité. Ses membres sont des tubes de chrome brossé. Ses yeux sont des optiques rouges fixes. Il n'a pas de fusil. Ses mains sont des pinces hydrauliques.
Le cyborg charge. Ses pieds en acier martèlent le sol. Le béton se fissure sous son poids. Kael tire. Les balles ricochent sur le châssis renforcé. Des étincelles jaillissent. Le cyborg ne ralentit pas. Il percute Kael. Le mercenaire est projeté contre le mur. Ses poumons se vident instantanément. Il tombe au sol. Sa vue se trouble.
Le cyborg lève une jambe pour lui broyer le crâne. Kael roule entre les jambes de la machine. Il sort son couteau de combat. La lame est en carbone noir. Il l'enfonce dans l'articulation du genou arrière. Il tranche les câbles de fibre optique. Un liquide bleu visqueux s'échappe. Le cyborg perd l'équilibre. Il bascule en avant.
Kael se jette sur son dos. Il enroule son bras gauche autour du cou métallique. De sa main droite, il frappe le capteur optique avec le pommeau de son pistolet. Le verre se brise. Le cyborg s'agite. Il frappe les murs avec ses bras puissants. Kael tient bon. Il cherche la faille dans le blindage de l'épaule. Il trouve une jonction exposée.
Il insère la lame de son couteau dans la fente. Il fait levier. Le métal grince. Il sent la résistance des servomoteurs. Il appuie de tout son poids. Un court-circuit se produit. Des arcs électriques bleus parcourent le corps du cyborg. Kael reçoit une décharge. Ses muscles se contractent violemment. Il ne lâche pas. Le cyborg s'immobilise enfin. Il émet un sifflement de vapeur.
Kael descend de la carcasse. Il halète. Sa dent bleue chrome brille sous les plafonniers. Il a besoin de la carte d'accès. Elle est intégrée dans l'avant-bras droit du modèle de sécurité. Il saisit le bras du cyborg. Il pose son pied sur le torse de la machine. Il tire. Le métal résiste. Kael reprend son couteau.
Il commence la découpe. Il incise le derme synthétique au niveau du coude. La matière ressemble à du caoutchouc durci. Il atteint l'os en titane. Il utilise une petite scie thermique intégrée à son kit de survie. La lame orange découpe le métal. Une fumée noire et âcre s'élève. L'odeur de plastique brûlé prend à la gorge. Kael ne détourne pas le regard.
Le bras se détache dans un craquement sec. Kael examine le membre. Il repère le port de connexion sous le poignet. Il arrache une plaque de protection. La carte d'accès est là. C'est une puce de silicium enchâssée dans du verre. Il l'extrait avec précaution. Ses doigts sont couverts d'huile et de sang. Il essuie la puce sur sa veste.
Il se relève. Le couloir est un abattoir. Quatre cadavres jonchent le sol. Les douilles de cuivre brillent comme des pièces de monnaie perdues. Kael recharge ses armes. Il ramasse un fusil d'assaut sur un des gardes. Il vérifie le sélecteur de tir. Automatique. Il jette son pistolet vide.
Le décompte affiche 05:48:12. Ses jambes sont lourdes. Le malware Golgotha commence à paralyser ses centres nerveux inférieurs. Il traîne légèrement le pied gauche. Il insère la carte d'accès dans le lecteur de la porte suivante. Le voyant passe au vert. Le mécanisme se déverrouille.
Kael entre dans le secteur suivant. Les murs sont ici recouverts de panneaux de verre. Derrière, des serveurs clignotent dans l'obscurité. Le silence est total. Il avance avec précaution. Chaque pas résonne. Il sait qu'il n'a plus beaucoup de temps. La Corporation Neuro-Z ne le laissera pas atteindre l'ascenseur principal.
Il voit une nouvelle escouade au bout de la galerie. Ils sont six. Ils ont des boucliers anti-émeute. Kael ne cherche pas à se couvrir. Il lève son fusil. Il appuie sur la détente. Le tir en rafale illumine la pièce sombre. Les boucliers absorbent les premiers impacts. Kael vise les pieds. Les gardes fléchissent. Il continue de tirer jusqu'à ce que le chargeur soit vide.
Il lance le fusil désormais inutile. Il sort son dernier pistolet de secours. Il court vers eux. Il glisse sur le sol poli. Il passe sous les boucliers. Il tire à bout portant. Sous le menton. Dans l'entrejambe. Derrière l'oreille. Les mouvements sont mécaniques. Précis. Mortels. Il ne ressent aucune joie. Juste la nécessité de continuer.
Le dernier garde tente de reculer. Kael le saisit par le col. Il lui plaque le canon sur l'œil. Il presse la détente. Le recul fait vibrer son crâne. Le corps tombe. Kael reste debout au milieu des débris. Ses mains ne tremblent plus. Elles sont engourdies.
Il regarde ses mains. Le sang noir du malware commence à suinter par ses pores. Les veines de ses poignets sont sombres. Le virus transforme son système circulatoire en circuit imprimé. Il se dirige vers l'ascenseur. Il insère la carte volée. Les portes s'ouvrent. Il entre. Il appuie sur le bouton du dernier étage. La cabine monte. Kael s'adosse à la paroi. Il recharge son dernier chargeur. Il attend. Sa vision devient rouge. 05:42:30. La chasse continue.
Zone Industrielle
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur la Zone Industrielle. L'air pue le soufre et la graisse brûlée. Kael sort de la cabine métallique. Ses bottes claquent sur la grille du sol. Des cuves de retraitement bordent le passage étroit. La vapeur acide ronge le cuir de sa veste. Le matériau synthétique fume et se recroqueville. Sa peau picote sous les lambeaux de tissu. Il ne s'arrête pas. Son genou gauche craque à chaque pas. Le cartilage est usé jusqu'à l'os. Kael active l'interface neuronale de son cortex. Il pousse le curseur de la gestion thermique. Le processeur siffle dans sa boîte crânienne. La douleur s'efface derrière un voile de statique.
Il consulte sa rétine droite. Le décompte affiche 02:58:12. Le virus Golgotha dévore ses connexions synaptiques. Des filaments noirs pulsent sous la peau de ses tempes. Il avance vers le secteur de broyage. Des pistons hydrauliques martèlent le silence. La pression monte dans les tuyaux de cuivre. Des soupapes crachent de la vapeur grasse. Kael glisse une main dans sa poche. Il sort une cartouche de liquide de refroidissement. Il l'enfonce dans le port de sa nuque. Un sifflement pneumatique accompagne l'injection. Son système nerveux se fige un instant. La température de son sang chute de trois degrés. Ses mains cessent de trembler.
Un drone de surveillance survole la passerelle. Kael s'aplatit contre une conduite de vapeur. Le métal brûle sa paume gauche. Il ne retire pas sa main. Le drone scanne la zone avec un laser rouge. Le faisceau passe à dix centimètres de son crâne. Kael sort son pistolet de son étui. Il vise le rotor central de l'engin. Il tire une seule balle de calibre neuf. L'engin explose dans une gerbe d'étincelles. Les débris tombent dans une cuve d'acide. Un panache de fumée verte s'élève du liquide. Kael reprend sa marche. Il traverse un pont suspendu au-dessus des compacteurs.
Le sol vibre sous l'impact des presses. Des carcasses de métal sont réduites en cubes. Kael sent une décharge dans sa moelle épinière. Le malware Golgotha lance une nouvelle routine d'attaque. Sa vision se fragmente en pixels morts. Il s'appuie contre la rambarde rouillée. Il force son processeur à une surcharge de 40 %. Le ventilateur interne de son thorax s'emballe. L'air chaud sort par ses narines. Il visualise le schéma de l'usine. La Corporation Neuro-Z se trouve derrière ces murs. Il doit atteindre le conduit de ventilation principal.
Deux gardes apparaissent au bout du tunnel. Ils portent des armures en polymère noir. Leurs visières reflètent la lumière des lampes à sodium. Ils lèvent leurs fusils d'assaut. Kael ne cherche pas de couverture. Il court droit vers eux. Les balles sifflent à ses oreilles. Une munition traverse son épaule droite. Il ne ralentit pas. Il percute le premier garde avec son épaule. Le choc brise le sternum de l'homme. Kael saisit le canon du fusil du second garde. Il le détourne vers le plafond. Il frappe le visage du garde avec sa crosse. Le plastique de la visière éclate. Le sang gicle sur le béton gris.
Kael achève les deux hommes au sol. Un tir dans chaque crâne. Il récupère un chargeur sur une ceinture. Son épaule saigne abondamment. Le sang est visqueux et sombre. Le virus commence à modifier sa structure moléculaire. Il ramasse une barre de fer tordue. Il s'en sert comme levier pour ouvrir une trappe. Le métal grince dans un bruit strident. Il se glisse dans l'étroit conduit. L'espace est saturé de poussière de carbone. Il rampe sur les coudes. Chaque mouvement arrache un lambeau de peau. Il ignore les signaux d'alerte de son HUD.
Le conduit débouche sur une salle de serveurs. La température est maintenue à zéro degré. Kael tombe lourdement sur le sol carrelé. Le froid saisit ses muscles endoloris. Il se relève avec difficulté. Ses articulations émettent des bruits de roulements secs. Il regarde ses mains. Les veines sont devenues des câbles rigides. Le malware Golgotha a atteint son système moteur. Il lui reste deux heures et quatorze minutes. Il traverse la forêt de baies informatiques. Les ventilateurs créent un bourdonnement constant.
Il atteint la console de maintenance. Il connecte son interface directe au terminal. Les données défilent sur sa rétine à une vitesse folle. Il cherche la signature numérique de Silas. Le virus tente de bloquer l'accès. Kael force le pare-feu avec un algorithme de force brute. Son cerveau chauffe. Une odeur de cheveux brûlés emplit ses narines. Il trouve une trace. Silas est au niveau supérieur. Le laboratoire de neuro-ingénierie. Kael débranche le câble de son poignet. Une étincelle brûle sa chair. Il ne bronche pas.
Il se dirige vers la porte blindée. Un code d'accès est requis. Kael utilise son pistolet. Il vide le chargeur dans le panneau de commande. Les circuits grillent. Les verrous magnétiques lâchent. La porte coulisse avec lenteur. Derrière se trouve un escalier en colimaçon. Les marches sont en verre trempé. Kael monte les marches deux par deux. Ses poumons brûlent. L'oxygène se raréfie dans sa poitrine. Le malware compresse sa cage thoracique. Il s'arrête sur le palier du septième étage.
Il vomit un liquide noir sur ses bottes. Le liquide bouge tout seul sur le sol. Ce sont des nanites en phase de réplication. Kael essuie sa bouche avec le revers de sa main. Sa dent bleue chrome brille dans l'ombre. Il recharge son arme. Il insère le dernier chargeur de munitions perforantes. Il vérifie l'état de son processeur. Le matériel est à la limite de la fusion. Il désactive les limiteurs de sécurité. Il n'a plus besoin de son corps pour la suite. Il a seulement besoin de ses doigts sur la détente.
Le couloir mène aux bureaux cliniques. Les murs sont d'un blanc chirurgical. La lumière est crue. Kael avance en laissant des traces de pas noires. Le virus Golgotha s'échappe par ses pores. Il ressemble à une ombre liquide qui le suit. Il arrive devant une double porte en titane. Une plaque indique : "Dr. Silas - Direction Recherche". Kael pose sa main sur la poignée. Le métal givre instantanément sous son contact. Il pousse la porte.
La pièce est vaste. Silas est assis derrière un bureau de marbre noir. Il ne lève pas les yeux de ses écrans. Le docteur porte un costume blanc sans un pli. Ses mains sont immobiles sur la surface tactile. Kael pointe son arme sur le front de l'homme. Silas sourit sans montrer ses dents. Le décompte sur la rétine de Kael passe sous la barre des deux heures. 01:59:59. Le temps n'est plus une donnée abstraite. C'est un poids physique qui écrase ses vertèbres.
Kael appuie son doigt sur la queue de détente. Son bras est lourd comme du plomb. Le virus tente de paralyser son index. Kael surcharge son système nerveux une dernière fois. Une décharge de haute tension parcourt ses nerfs. Il hurle sans émettre de son. Le coup part. La balle traverse l'écran de Silas. Le verre explose. Silas ne bouge pas. Il regarde le trou dans le moniteur. Il tourne enfin la tête vers Kael. Ses yeux de verre ne cillent pas. Kael ajuste sa visée. Le sang noir coule de ses yeux. La chasse touche à sa fin.
Le Virus Parle
Le son ne vient pas de l'air. Il naît derrière les globes oculaires. C'est une vibration sèche. Elle gratte la base du cervelet. Silas ne bouge pas ses lèvres. Ses yeux de verre fixent le vide. La voix sature les canaux auditifs internes. Elle possède le timbre d'un modulateur de fréquence mal réglé. Kael lâche son arme. Le métal claque sur le marbre noir. Le bruit résonne dans la pièce vide. Ses mains montent à ses tempes. Il appuie fort. Ses pouces s'enfoncent dans les orbites. La douleur physique est une distraction nécessaire. Elle ne suffit pas.
Le malware Golgotha déploie ses sous-programmes. Les chiffres rouges sur la rétine s'emballent. 01:55:20. 01:55:19. La voix de Silas devient plus nette. Elle occupe tout l'espace mental. Elle parle de vecteurs de transfert. Elle parle de compression de données neurales. Silas explique le protocole. Le corps de Kael est une interface de stockage. La moelle épinière sert de câble de transmission. Le virus déconstruit la personnalité. Il fragmente les souvenirs en paquets de bits. Silas veut uploader la conscience sur le réseau Neuro-Z. Il cherche la vie éternelle dans le silicium. Kael est le premier cobaye viable.
Le mercenaire s'écroule sur les genoux. Son front frappe le sol froid. Le contact du marbre est une information brute. Il s'y accroche. Silas se lève de son siège. Il marche lentement vers Kael. Ses chaussures de cuir ne font aucun bruit. Il s'arrête à un mètre. Il observe les tremblements de Kael. Les muscles des cuisses sautent sous le cuir. Les nerfs brûlent. Le liquide céphalo-rachidien bout dans la colonne. La voix dans sa tête devient un hurlement de statique. Silas dit que la douleur est une erreur de code. Il dit que la chair est un support obsolète.
Kael ouvre la bouche. Un filet de bile noire s'écoule sur le marbre. Ses dents claquent. Il essaie de formuler une insulte. Les mots se brisent dans sa gorge. Le virus contrôle les cordes vocales. Silas sourit. C'est un mouvement mécanique des muscles faciaux. Il n'y a aucune joie. Juste une validation de données. Le docteur pose une main sur l'épaule de Kael. Ses doigts sont longs et froids. Ils ne tremblent pas. La voix dans le cortex ordonne la soumission. Elle demande l'ouverture des ports synaptiques. Kael refuse. Il serre les dents jusqu'au craquement.
Une décharge traverse son bras gauche. Le membre se tend violemment. Les doigts se tordent dans des angles anormaux. Kael sent ses tendons s'étirer. La douleur est une ligne blanche dans son esprit. Elle coupe le flux de données. Il voit une faille. Le signal de Silas est une onde. La douleur est un parasite. Il doit augmenter le bruit. Kael rampe vers le mur de béton brut. Le marbre s'arrête. Le béton commence. C'est une surface grise et rugueuse. Silas le regarde faire. Il ne l'arrête pas. Il observe la réaction du sujet.
Kael appuie son dos contre la paroi. Le froid traverse sa veste. Il respire par saccades. Ses poumons brûlent. La voix de Silas reprend. Elle détaille la phase finale. L'effacement total de la matrice biologique. Kael n'existera plus dans dix minutes. Il sera une suite de zéros et de uns. Une archive dans un serveur sécurisé. Le mercenaire lève son poing droit. Ses phalanges sont couvertes de sang séché. Il regarde le mur. Il vise un angle saillant du béton.
Il frappe. Le choc remonte jusqu'à l'épaule. Les os de la main craquent. Le son est net. La voix dans sa tête vacille. Un parasite de douleur pure brouille le signal. Kael frappe encore. Plus fort. La peau des articulations éclate. Le sang chaud gicle sur le mur gris. La voix de Silas devient un grésillement informe. Silas fronce les sourcils. Il s'approche. Il veut maintenir la connexion. Kael ne le regarde pas. Il se concentre sur le béton. Il utilise sa main gauche pour saisir son poignet droit. Il guide le prochain coup.
Le troisième impact brise le métacarpe. La douleur est un incendie. Elle dévore les protocoles du malware. Kael hurle. Le son sort enfin de sa gorge. C'est un cri animal. Il n'y a pas de mots. Juste du bruit. Silas recule d'un pas. Ses yeux de verre cillent. Le signal faiblit. Le décompte sur la rétine se fige un instant. 01:48:05. Kael ne s'arrête pas. Il projette son corps entier contre le mur. Son épaule se déboîte avec un bruit sourd. Il tombe sur le côté. Sa tempe frappe le béton.
Sa vision se fragmente en pixels morts. Le noir envahit les bords de son champ visuel. La voix de Silas est lointaine. Elle ressemble à un écho dans un tunnel. Kael sent le goût du fer dans sa bouche. Il a mordu sa langue. Le sang remplit sa cavité buccale. Il l'avale. C'est un goût réel. C'est une sensation physique. Silas se tient au-dessus de lui. Le docteur a perdu son calme clinique. Ses mains s'agitent. Il cherche une console de secours dans sa poche. Kael sourit. Ses dents sont rouges.
Le virus tente une reconnexion. Une nouvelle décharge secoue le torse de Kael. Son cœur rate un battement. Puis deux. La douleur est son ancre. Il saisit un éclat de verre au sol. C'est un morceau de l'écran qu'il a brisé plus tôt. Le bord est tranchant comme un scalpel. Il enfonce la pointe dans sa propre cuisse. Il tourne la lame dans la chair. Le muscle se déchire. Le sang imbibe son pantalon. La voix de Silas s'éteint dans un sifflement aigu. Le silence revient dans son crâne. Un silence lourd. Un silence de mort.
Kael lâche le verre. Ses doigts ne répondent plus. Il regarde Silas. Le docteur est immobile. Il fixe la mare de sang qui s'étend sur le sol. Le plan est compromis. Le support biologique est trop endommagé. Le transfert est instable. Kael crache au pied de Silas. Le crachat est épais et sombre. Le décompte reprend sa course. 01:42:12. Le temps est court. Kael essaie de se relever. Ses jambes sont du caoutchouc. Il utilise le mur pour se hisser. Le béton est marqué par son passage. Une traînée rouge dessine son calvaire.
Silas range ses mains dans ses poches. Son costume blanc est taché de quelques gouttes de sang. Il regarde Kael avec une curiosité froide. Le test a échoué. Le malware Golgotha reste prisonnier de la viande. Kael respire bruyamment. Chaque inspiration est une lutte. Il cherche son arme du regard. Elle est à trois mètres. Trop loin. Il regarde Silas. Le docteur ne porte pas d'arme. Il n'en a pas besoin. Il attend que le virus finisse le travail. Il attend que le cerveau de Kael se liquéfie.
Kael serre le poing valide. La douleur dans sa main brisée est une pulsation régulière. Elle bat au rythme de son cœur. Il s'en sert comme d'un métronome. Il avance d'un pas. Sa jambe blessée flanche. Il ne tombe pas. Il s'appuie contre le bureau de marbre. Silas ne bouge pas. Il observe la dégradation des fonctions motrices. Kael tend la main vers le col du costume blanc. Ses doigts ensanglantés marquent le tissu impeccable. Silas ne recule pas. Il n'a pas peur. Il est au-delà de ces considérations.
Kael tire Silas vers lui. Leurs visages sont à quelques centimètres. Kael sent l'odeur de l'antiseptique sur la peau du docteur. Silas sent l'odeur de la mort sur Kael. Le mercenaire approche sa bouche de l'oreille de Silas. Il ne parle pas dans le cortex. Il utilise ses poumons. Sa voix est un râle de fin de vie. Il dit un seul mot. Un nom. Celui de sa sœur. Silas ne réagit pas. Le nom n'est pas dans sa base de données. C'est une information inutile.
Kael lâche le col. Il s'effondre contre le bureau. Ses yeux se ferment. Le décompte brûle toujours sous ses paupières. 01:35:00. La voix de Silas a disparu. Le silence est total. Seul le bruit de la pluie contre les vitres blindées subsiste. Kael attend. La douleur diminue. C'est mauvais signe. Les nerfs meurent. Il ne sent plus sa main brisée. Il ne sent plus sa cuisse ouverte. Il est une conscience flottante dans un océan de bitume. Il attend le zéro. Il attend la fin du signal. Silas se détourne. Il marche vers une autre console. Il commence déjà à rédiger son rapport d'échec. Kael reste au sol. Une carcasse vide. Un grain de sable dans la machine. Le compte à rebours continue. 01:34:59.
Vesper Déconnectée
Kael racle le sol avec ses ongles. Le tapis de Silas est épais. Le sang s'étale en taches sombres. Le décompte brûle le nerf optique. 01:34:50. Une impulsion frappe son cortex. Vesper force la connexion. Sa voix est un parasite strident. Elle annonce l'ouverture d'un tunnel. Elle injecte un inhibiteur de données. Le malware Golgotha stagne. Les chiffres se figent. 01:34:42. Kael respire un air chargé de poussière. Silas ne lève pas les yeux. Il manipule ses écrans. Vesper sature le réseau local. Elle cherche la racine du virus. Le système de Neuro-Z détecte l'intrusion. Un protocole de défense s'active. Le Black ICE déploie ses segments. C'est une contre-mesure fatale. Le signal remonte vers Vesper. Elle tente de couper le lien. Le verrou est bloqué.
Dans son bunker, le clone convulse. L'huile noire gicle de ses narines. Ses yeux rouges virent au blanc. La surcharge grille les processeurs. La peau synthétique fond sur ses tempes. Un arc électrique traverse son thorax. Le cœur s'arrête. Le lien neural explose. Kael hurle sans sortir de son. Ses tympans saignent. Le silence tombe comme une chape. Le canal est mort. Vesper est déconnectée. Le décompte reprend sa marche. 01:34:41. Les lumières du bureau s'éteignent. Le noir est complet. Kael est une épave.
Le mercenaire plaque sa main sur le sol. Le froid du béton traverse le tapis. Ses doigts ne répondent plus. Le malware Golgotha ronge les terminaisons nerveuses. Silas tape toujours sur son clavier. Le cliquetis est une torture. Kael essaie de se redresser. Son épaule craque. Il rampe vers la console centrale. Chaque mouvement déchire ses muscles. Il n'y a plus de musique. Il n'y a plus de voix. Vesper est une pile de composants brûlés. Le bunker est un tombeau de silicium.
Kael atteint le pied du bureau. Il saisit le montant en métal. Il tire sur ses bras. Son corps pèse une tonne. Le décompte affiche 01:30:15. La sueur pique ses yeux. Il voit des pixels morts dans son champ de vision. Le virus dévore la mémoire tampon. Silas se lève. Il ajuste sa veste blanche. Il regarde Kael comme un insecte écrasé. Il ne dit rien. Il n'a rien à dire. Le rapport est terminé. Les données sont envoyées au serveur central.
Kael crache un morceau de dent. Le bleu chrome brille sur le sol. Il cherche son arme. Le holster est vide. Il a perdu son flingue dans la chute. Il cherche un objet tranchant. Ses doigts rencontrent un câble. Il tire dessus. Le connecteur s'arrache. Des étincelles jaillissent. Silas recule d'un pas. Son visage reste de marbre. Il observe la dégradation physique de Kael. C'est une expérience clinique.
Le malware envoie une décharge dans la colonne. Kael se cambre. Ses os protestent. Il retombe lourdement. Le décompte accélère. 01:25:00. Le temps devient une ressource rare. Vesper n'est plus là pour filtrer le bruit. Le flux de données brutes inonde le cerveau de Kael. Il voit des lignes de code. Il voit des schémas de structures moléculaires. C'est le langage de Silas. C'est le langage de la mort.
Kael attrape la jambe de Silas. Sa main serre le tissu coûteux. Silas ne bouge pas. Il attend la fin du cycle. Le mercenaire enfonce ses doigts dans la chair. Il cherche une réaction. Silas regarde sa montre. Il a un rendez-vous. Il a d'autres virus à tester. Il a d'autres vies à coder. Kael lâche prise. Ses forces l'abandonnent. Il roule sur le dos.
Le plafond est une grille de métal. Les ventilateurs tournent lentement. L'air est sec. Kael sent le goût du cuivre dans sa bouche. Le malware Golgotha atteint le tronc cérébral. Les fonctions vitales passent en mode dégradé. La respiration devient un effort conscient. Inspirer. Expirer. Le rythme cardiaque ralentit. Le sang devient épais comme de la mélasse.
01:10:12. Les chiffres sont rouges. Ils occupent tout l'espace. Kael ne voit plus le bureau. Il ne voit plus Silas. Il est dans le code. Il est le code. Les souvenirs de sa sœur apparaissent. Ce sont des fichiers corrompus. Des images hachées. Un rire sans son. Un visage sans yeux. Il essaie de saisir ces fragments. Ils glissent entre ses neurones. Le virus les efface un par un. Il nettoie le disque dur.
Kael est seul. Le bunker de Vesper est loin. La Fosse est loin. Il n'y a plus de mercenaire. Il n'y a plus de dette. Il n'y a qu'un compte à rebours. Le silence est total. La pluie a cessé de frapper les vitres. Ou peut-être que Kael n'entend plus rien. Ses oreilles sont pleines de sang séché. Il ferme les paupières. Le zéro approche. La machine va gagner. Le grain de sable est broyé.
00:55:00. Le temps se contracte. Chaque seconde dure une éternité. Chaque battement de cœur est un choc électrique. Kael ne bouge plus. Il attend. Il n'espère rien. Il n'a plus de haine. Il n'a plus de peur. Il est une donnée en cours de suppression. Silas quitte la pièce. Ses pas résonnent sur le sol dur. La porte automatique glisse. Un sifflement d'air. Puis plus rien.
Le noir est définitif. Kael est une carcasse dans un bureau vide. Le malware Golgotha termine son travail. Il dénoue les hélices d'ADN. Il réécrit les protéines. Le cerveau se liquéfie. Le processus est silencieux. Le processus est efficace. Le décompte continue de briller dans le vide. 00:40:00. 00:39:59. 00:39:58. La fin est une suite de zéros et de uns. Kael n'est plus qu'une erreur système. Une ligne de code inutile dans le grand livre de Neuro-Z. La déconnexion est totale.
Le Pied de la Spire
La Spire Neuro-Z monte vers le noir. C’est un pic d’ivoire synthétique. Kael s’arrête à cinquante mètres. Ses bottes écrasent du verre pilé. Le décompte brûle son nerf optique. 00:54:30. Le malware Golgotha grignote sa base cérébrale. Il sent le goût du cuivre dans sa bouche. C’est le sang qui remonte. Il ajuste sa veste en cuir. Le poids du chargeur est rassurant. Il vérifie son arme. Un Sig-Sauer modifié. Canon fileté. Munitions à pointe creuse. Il engage le premier cran de sûreté. Le silence de la zone industrielle est lourd. Les ventilateurs géants tournent au loin. Ils brassent un air chargé de poussière de carbone.
Kael avance vers le premier périmètre. Une clôture à induction délimite la zone. Le bourdonnement est basse fréquence. Il fait vibrer ses molaires. Il sort un boîtier de sa poche. C’est un brouilleur de fréquence courte. Il plaque l’appareil contre le poteau de soutien. Les voyants passent au vert. Le champ de force s’affaisse. Kael franchit la ligne. Ses pieds ne font aucun bruit sur l’asphalte. Il longe un muret de béton brut. Des capteurs de mouvement balayent la surface. Il reste dans les angles morts. Sa vision se trouble. Un flash blanc traverse son champ visuel. Le malware accélère. 00:52:10.
Un drone de surveillance décolle du toit. C’est un modèle "Vautour". Quatre rotors silencieux. Une optique thermique pivotante. Kael se plaque contre la paroi froide. Il retient son souffle. Le drone passe à trois mètres au-dessus de lui. Le souffle des hélices rabat sa capuche. Il attend le passage du faisceau rouge. Le drone s'éloigne vers le secteur sud. Kael reprend sa marche. Il atteint la zone de livraison. Des caisses de matériel médical s'empilent ici. Elles portent le logo de Neuro-Z. Une hélice d'ADN stylisée.
Deux gardes robotisés sortent de l'ombre. Ce sont des châssis "Sentinelle". Pas de visage. Une plaque de blindage lisse. Un capteur optique unique au centre. Ils portent des fusils à impulsion. Le premier robot pivote à 180 degrés. Son capteur passe au bleu vif. Il a détecté une masse thermique non répertoriée. Kael ne réfléchit pas. Il sort de sa cachette. Il tire trois fois. Les balles percutent le capteur du premier robot. Le verre blindé éclate. Le robot titube. Ses circuits logiques cherchent une cible.
Le second robot ouvre le feu. Les projectiles percutent les caisses de bois. Des éclats de plastique volent. Kael plonge derrière un chariot élévateur. Le métal gémit sous les impacts. Il change de chargeur. Ses mains tremblent. Ce n'est pas la peur. C'est le système nerveux qui lâche. Il active son implant de réflexes. Le temps semble ralentir. Les trajectoires des balles deviennent des traits de lumière. Il se décale sur la gauche. Il vise les articulations du genou. Deux tirs. Le métal cède. Le robot s'effondre sur le flanc. Il continue de tirer vers le ciel.
Kael se lève. Il court vers la porte principale. C’est un bloc d’acier trempé de deux tonnes. Il n'y a pas de poignée. Pas de serrure visible. Un lecteur biométrique attend une empreinte. Kael n'a pas le pass. Il a autre chose. Il sort une grenade thermique de sa ceinture. C'est un cylindre lourd. Marqué d'une bande orange. Il règle le minuteur sur trois secondes. Il plaque la grenade contre la jointure de la porte. Il active l'aimant de fixation.
Le décompte sur sa rétine affiche 00:48:05. Sa jambe droite est engourdie. Il ne la sent plus. Il recule de cinq mètres. Il se protège derrière un pilier de soutien. L'explosion est sourde. Une onde de chaleur intense envahit l'espace. Le magnésium brûle à trois mille degrés. L'acier de la porte devient liquide. Il coule sur le sol comme de la lave. La structure de la Spire tremble. Une alarme stridente se déclenche. C'est un son pur. Linéaire. Insupportable.
La fumée est noire et grasse. Kael traverse le rideau de feu. Sa veste fume. L'odeur du plastique brûlé prend à la gorge. La porte est percée. Un trou béant de la taille d'un homme. Les bords sont encore rouges. Kael s'élance. Il ne saute pas. Il utilise son propre poids. Il percute le métal ramolli avec l'épaule. La douleur est une information. Son humérus craque. Il est à l'intérieur.
Le lobby est vaste. Le sol est en marbre blanc. Les murs sont des écrans géants. Ils affichent des graphiques de croissance boursière. Le contraste est violent. Le sang de Kael tache le sol immaculé. Il laisse une trace sombre derrière lui. Il respire bruyamment. Chaque inspiration est un combat. Il regarde son bras gauche. La manche est brûlée. La peau est vive. Il ne ressent rien. Le malware a coupé les récepteurs de douleur. C’est un avantage tactique. C’est un signe de mort imminente.
Quatre autres unités robotisées descendent par les ascenseurs rapides. Elles sont plus massives. Modèles de défense intérieure. Elles déploient des boucliers énergétiques. Kael vérifie ses munitions. Un chargeur plein. Un demi dans l'arme. Une grenade fumigène. Il n'y a pas d'issue. Il n'y a que la montée. Il repère l'escalier de service derrière les comptoirs d'accueil. Les robots commencent leur progression. Ils tirent en marchant. Les impacts pulvérisent les écrans muraux. Des cristaux liquides coulent comme de l'encre.
Kael lance sa grenade fumigène. Un nuage gris sature la pièce. Il court vers l'escalier. Ses poumons brûlent. Le malware attaque maintenant le lobe frontal. Des hallucinations géométriques dansent dans sa vision périphérique. 00:44:12. Il atteint la porte de l'escalier. Elle est verrouillée par un code. Il utilise la crosse de son arme. Il frappe le clavier numérique. Les touches volent. Les fils sont à nu. Il provoque un court-circuit avec la pointe de son couteau. La gâche électrique claque.
Il s'engouffre dans la cage d'escalier. Le béton est brut ici. C'est l'envers du décor. Il commence l'ascension. Ses pas résonnent. Un étage. Deux étages. Sa vision devient monochrome. Le rouge disparaît. Puis le vert. Il ne reste que le gris. Il s'arrête au troisième palier. Il vomit un liquide noir. Ce n'est plus du sang. C'est de la matière organique décomposée. Il s'essuie la bouche avec le revers de sa main. La dent bleue chrome brille dans l'ombre.
Il entend les moteurs hydrauliques en bas. Les robots entrent dans l'escalier. Ils sont lents mais constants. Ils ne fatiguent pas. Kael reprend sa course. Il doit atteindre le sommet. Silas est là-haut. Silas a la clé. Silas a le remède ou la fin. Le décompte ne s'arrête pas. 00:40:00. Les chiffres clignotent en rouge. Le zéro approche. La machine gagne du terrain. Kael est un moteur qui serre. Il continue de monter. Chaque marche est une victoire sur le néant. La Spire est un tombeau de verre. Il est le cadavre qui marche.
L'Ascenseur de Marbre
Kael pousse la porte coupe-feu. Le plastique blanc luit sous les plafonniers. L'air sent le chlore et le vide. Ses bottes crissent sur le marbre. Il laisse une traînée de boue et de graisse. Le contraste est brutal. La propreté de Neuro-Z est une insulte. Son estomac se contracte violemment. Il s'appuie contre une colonne de verre. Un jet de bile noire s'écrase sur le sol immaculé. Le liquide fume légèrement. C'est de l'acide et de la chair fondue. Le malware Golgotha ronge ses parois internes. Il s'essuie le menton. Sa main tremble. Le chrome de sa dent bleue accroche la lumière froide.
Il avance vers le centre du hall. Le silence est total. Les parois en marbre reflètent son image déformée. Il ressemble à un cadavre sorti d'une fosse commune. Sa veste en cuir perd des morceaux de polymère. Il atteint le hall des ascenseurs. Les portes sont des plaques d'acier brossé. Il n'y a pas de boutons. Juste des scanners rétiniens circulaires. Kael sort son couteau de combat. Il insère la lame dans la fente des portes. Il fait levier. Le métal hurle. Les portes s'ouvrent sur un gouffre sombre.
Il regarde vers le haut. Les câbles de traction sont tendus. Ce sont des muscles d'acier tressé. Il doit bloquer l'accès aux étages inférieurs. Il fouille sa veste. Il sort une charge thermique compacte. Il la fixe sur le rail de guidage principal. Ses doigts ne répondent plus correctement. Il force la connexion nerveuse. Le décompte sur sa rétine indique 00:38:12. Le temps s'écoule dans son sang.
Il sectionne les câbles de commande manuelle. Les étincelles brûlent sa joue gauche. Il ne cille pas. Il tire sur les fils de cuivre. Il les court-circuite avec une pince universelle. Un arc de courant illumine la cage. L'ascenseur de service se bloque trois étages plus bas. Les moteurs hydrauliques gémissent puis s'arrêtent. Les renforts sont coincés dans le tube de béton. Kael crache un mélange de sang et de salive. La tache s'étale sur le marbre blanc. Elle ressemble à une carte d'un pays inconnu.
Il se redresse. Ses vertèbres craquent. Le malware envoie une décharge dans sa moelle épinière. Ses muscles se tétanisent pendant deux secondes. Il tombe à genoux. Le marbre est froid contre ses paumes. Il respire par saccades. L'air est trop pur. Il manque d'azote et de suie. Il se relève en s'agrippant au chambranle de la porte. Il doit trouver l'escalier de secours pressurisé.
Il marche le long d'un couloir courbe. Les murs sont tapissés de panneaux acoustiques blancs. Aucun joint n'est visible. C'est une architecture de l'oubli. Il passe devant un bureau de réception. Le comptoir est un bloc de quartz massif. Il n'y a personne. Les employés ont évacué ou se cachent. Kael voit son reflet dans une vitre teintée. L'œil gauche est injecté de sang. La cicatrice verticale est boursouflée. Le virus Golgotha réécrit son code génétique.
Il entend un bip électronique derrière lui. Une tourelle de plafond sort de son logement. Le canon rotatif cherche une cible. Kael plonge derrière le comptoir en quartz. Les projectiles percutent le mur. Le bruit est celui d'une agrafeuse pneumatique. Des morceaux de marbre volent. Kael sort son pistolet lourd. C'est un modèle de récupération. Le canon est usé. Il vise le capteur optique de la tourelle. Il tire deux fois. Le recul secoue son épaule déboîtée.
La tourelle explose dans une gerbe d'étincelles jaunes. Le mécanisme pend au bout d'un câble. Kael se remet debout. Sa vision se trouble. Des hexagones noirs apparaissent dans son champ de vision. C'est le signal de la défaillance synaptique. Il reste trente-cinq minutes. Il atteint la porte de l'escalier de service. Elle est blindée. Il utilise le reste de ses explosifs. Il place la pâte grise sur les gonds. Il s'éloigne de cinq mètres. Il déclenche la détonation.
L'onde de choc brise les vitrines environnantes. La porte bascule vers l'intérieur. Kael s'engouffre dans la brèche. L'escalier est une colonne de métal galvanisé. Il commence l'ascension. Chaque marche est un effort conscient. Ses poumons brûlent. Il sent l'odeur de sa propre chair qui fermente. Le malware transforme ses organes en bouillie numérique. Il arrive au quarantième étage. Il s'arrête pour vomir encore. Le liquide est plus épais. Il contient des fragments de muqueuse.
Il nettoie sa lame sur son pantalon. Il vérifie son chargeur. Il reste huit balles. C'est suffisant pour Silas. C'est suffisant pour tout le monde. Il pousse la porte du quarantième. Il entre dans une zone de laboratoires. Les murs sont en verre transparent. Derrière, des bras robotiques manipulent des éprouvettes. Le liquide à l'intérieur est de la même couleur que sa bile. Neuro-Z cultive la fin du monde dans des tubes à essai.
Kael traverse la salle blanche. Ses bottes laissent des empreintes de sang séché. Il ne regarde pas les machines. Il cherche la porte du bureau de direction. Elle est au fond. Un battant double en bois rare. Le seul matériau organique de tout l'étage. Il s'approche. Ses mains ne tremblent plus. L'adrénaline a pris le relais. Le décompte affiche 00:22:05. Les chiffres sont stables.
Il pose sa main sur la poignée en laiton. Le métal est chaud. Il perçoit une vibration de l'autre côté. Silas est là. Silas attend. Kael vérifie la sûreté de son arme. Il l'abaisse. Il enfonce la porte d'un coup de botte. Le bois éclate. Il entre dans la pièce. Les fenêtres vont du sol au plafond. Elles surplombent la ville. Les lumières d'en bas ressemblent à des circuits imprimés.
Silas est assis derrière un bureau minimaliste. Son costume blanc est parfait. Il ne porte pas d'arme. Il regarde une tablette holographique. Il ne lève pas les yeux. Kael pointe son pistolet sur le front de l'homme. Le canon touche la peau. Silas est frais. Kael est brûlant de fièvre. L'odeur de la mort remplit le bureau luxueux.
"Tu es en retard," dit Silas. Sa voix est plate. Elle n'a aucune texture.
Kael ne répond pas. Il appuie le canon plus fort. La peau de Silas se marque d'un cercle rouge. Kael sent le malware gratter la base de son crâne. Le virus veut sortir. Il veut infecter le réseau de la tour. Kael serre les dents. Sa dent bleue brille. Il sent le goût du cuivre dans sa bouche.
"Le remède," dit Kael. Sa voix est un grognement de machine rouillée.
Silas sourit. Ses dents sont trop blanches. Elles sont artificielles. Il pose la tablette sur le bureau. L'écran affiche la structure moléculaire de Golgotha. Le virus est une œuvre d'art géométrique. Silas lève les mains. Elles sont longues et fines. Des mains de pianiste ou de boucher.
"Il n'y a pas de remède, Kael. Il n'y a qu'une mise à jour."
Kael arme le chien de son pistolet. Le clic métallique résonne dans la pièce. Le décompte passe sous la barre des vingt minutes. 00:19:59. Les chiffres clignotent plus vite. La pression dans ses globes oculaires augmente. Il va exploser. Il le sait. Il veut juste emmener Silas avec lui.
Il regarde le sol. Il a encore vomi. Une flaque noire s'étend sur le tapis de laine blanche. La souillure est définitive. Kael relève les yeux vers Silas. L'homme de la corporation ne montre aucune peur. Il observe la décomposition de Kael avec une curiosité scientifique. Il prend des notes mentales.
Kael appuie sur la détente. Le coup part. Le recul lui brise presque le poignet. La balle traverse le crâne de Silas. Le sang gicle sur la baie vitrée. Le rouge masque les lumières de la ville. Silas s'effondre sur son bureau. Son costume blanc est ruiné. Kael lâche son arme. Elle tombe sur le tapis sans bruit.
Il s'approche de la fenêtre. Il regarde son reflet dans le sang de Silas. Le malware Golgotha atteint le cortex. La douleur disparaît. Le froid s'installe. Il s'assoit par terre. Il s'appuie contre le cadavre du docteur. Il attend le zéro. Les chiffres défilent. 00:05:00. 00:04:59. La ville en bas continue de fonctionner. Les machines tournent. Kael ferme son œil droit. Le gauche ne voit plus que du code. Le noir remplace tout. Le silence revient. La mission est terminée. Le grain de sable a fini de broyer l'engrenage. Il ne reste que la viande morte et le silicium froid.
Synapse en Feu
Le chronomètre interne affiche 01:00:00. Le chiffre bascule. 00:59:59. Le rouge sature le champ visuel de Kael. Une décharge traverse son nerf optique. Il frappe le mur du poing. Le béton s'effrite sous ses jointures. Sa main droite tremble violemment. Les spasmes remontent jusqu'à l'épaule. Le malware Golgotha dévore les synapses. Kael s'écroule sur le sol poisseux. L'odeur d'huile usée remplit ses narines. Il halète. L'air est rare dans cette ruelle. Sa vision se fragmente en blocs de données. Le monde est un puzzle mal assemblé. Il voit des lignes de code sur les poubelles. Les ombres deviennent des artefacts numériques. Il doit stabiliser le système. Ses doigts cherchent la poche intérieure de sa veste. Le cuir synthétique est râpeux. Il sort un étui en métal brossé. Ses mains secouent l'objet. Il jure entre ses dents. La dent bleue chrome accroche la lumière. Il ouvre l'étui. Une ampoule d'adrénaline pure repose sur la mousse. Le liquide est épais. Il scintille sous les lampes à sodium. Kael saisit l'injecteur pneumatique. Il arme le ressort. Le clic métallique résonne contre les murs. Il retire sa veste. La cicatrice sur son œil tire. Il cherche sa colonne vertébrale à tâtons. Ses vertèbres saillent sous la peau fine. Il place l'embout sur la base du crâne. La pression est froide. Il appuie sur le déclencheur. Un sifflement d'air comprimé. L'aiguille perfore la dure-mère. Le produit se déverse dans le liquide céphalo-rachidien. La douleur est un éclair blanc. Ses muscles se tendent à rompre. Ses dents grincent. Le tremblement s'arrête net. Ses doigts se figent sur le métal. Le calme revient. C'est un calme artificiel. Chimique. Son cœur bat à cent quarante pulsations. Il ramasse son arme. Le poids du chargeur le rassure. Il vérifie la chambre. Une balle est engagée. Il se lève. Ses jambes sont des piliers d'acier. La fragmentation visuelle recule. Les contours des bâtiments redeviennent nets. Il reste cinquante-huit minutes. La Corporation Neuro-Z est à trois blocs. Il marche. Ses bottes écrasent des débris de verre. Le bruit est sec. Il ne sent plus la fatigue. Il ne sent plus la peur. Il est une machine en sursis. Le malware brûle toujours. L'adrénaline masque les dégâts. Il traverse la rue. Les véhicules autonomes glissent en silence. Il ignore les passants. Il est un fantôme dans la ville. Un fantôme avec un flingue. Il atteint le périmètre de sécurité. Les caméras pivotent vers lui. Il ne se cache pas. Il n'a plus le temps pour la discrétion. Il lève son arme. Le premier garde s'écroule. La balle a trouvé le front. Pas de remords. Juste une cible éliminée. Il avance vers l'entrée principale. Les portes en verre blindé se dressent. Il sort une charge explosive. Il la plaque sur le montant. Le compte à rebours continue. 00:55:12. Il s'écarte. L'explosion brise le silence. Le verre vole en éclats. Il entre dans le hall clinique. Le sol est blanc. Trop blanc. Il repère l'ascenseur. Il doit monter. Silas l'attend au sommet. Le malware Golgotha grignote ses dernières défenses. Kael recharge son arme. Le clic est définitif. Il appuie sur le bouton. Les portes se ferment. La montée commence.
L'ascenseur vibre. Les chiffres des étages défilent sur l'écran. 12. 14. 18. Kael observe son reflet dans l'acier poli. Son visage est une carte de cicatrices. La sueur trace des sillons dans la crasse. Il ajuste sa prise sur la crosse. Le polymère est chaud. Il sent la chaleur du canon contre sa cuisse. Le malware envoie une nouvelle impulsion. Son œil gauche devient noir. Une ligne de texte défile sur sa rétine : "ERREUR CRITIQUE - SEGMENTATION DU CORTEX". Il ignore le message. Il serre les dents. La douleur est une donnée. Il traite la donnée. Il l'écarte. L'ascenseur s'arrête au quarantième étage. Le carillon est cristallin. Les portes s'ouvrent sur un couloir aseptisé. L'air sent l'antiseptique et le plastique neuf. Deux tourelles automatiques sortent du plafond. Kael plonge sur le côté. Les rafales déchirent le tapis. Les balles ricochent sur les parois. Il roule derrière un pilier en marbre. Il sort une grenade IEM de sa ceinture. Il dégoupille. Il compte deux secondes. Il lance l'engin. L'explosion est sourde. Un arc bleuté sature l'espace. Les tourelles s'affaissent. Leurs optiques s'éteignent. Kael se relève. Il court. Ses poumons brûlent. L'adrénaline commence à baisser. Il sent le retour des tremblements. Il sort une seconde ampoule. Il n'a pas le temps pour l'injecteur. Il brise le col de verre. Il plante le débris dans sa cuisse. Le liquide pénètre les tissus. Il hurle sans sortir de son. Son corps est un moteur en surchauffe. Il atteint la double porte du laboratoire central. Les verrous magnétiques grognent. Il utilise son décodeur portable. Les chiffres défilent sur le boîtier. 00:42:18. Le code passe au vert. La porte coulisse. Silas est là. Il est assis derrière son bureau. Il ne lève pas les yeux de sa tablette. Le bureau est une plaque de verre noir. La pièce est immense. Les baies vitrées montrent la ville. Les lumières des gratte-ciel ressemblent à des circuits imprimés. Kael avance. Ses pas résonnent sur le sol dur. Silas lève enfin la tête. Son costume blanc ne comporte aucun pli. Il ajuste ses lunettes fines. Son regard est vide. Il observe Kael comme un spécimen. Un rat de laboratoire en fin de course. Kael pointe son arme sur le visage du docteur. Son bras est immobile. L'adrénaline fait son travail. Le malware aussi. Le décompte affiche 00:39:05. Le temps s'accélère dans sa tête. Les sons deviennent graves. Les mouvements de Silas sont lents. Le docteur pose sa tablette. Il croise les mains sur le bureau. Ses doigts sont longs. Trop longs. Il sourit. C'est un mouvement mécanique des lèvres. Il n'y a pas de chaleur dans ce sourire. Kael ne parle pas. Les mots sont inutiles. Il n'est pas venu pour des excuses. Il est venu pour la clé de décryptage. Ou pour la mort. Silas ouvre la bouche. Sa voix est monocorde. Elle ressemble à une synthèse vocale. Il parle de progrès. Il parle de sacrifice. Il parle de l'évolution de l'espèce. Kael n'écoute pas. Il regarde le terminal derrière Silas. Le serveur central. La source du virus Golgotha. Ses doigts se crispent sur la détente. Il sent le mécanisme de mise à feu. Le ressort est tendu. Un millimètre de pression supplémentaire. C'est tout ce qu'il faut. Le malware envoie une décharge massive. Kael vacille. Son genou touche le sol. Il crache du sang. Le liquide rouge tache le sol blanc. Silas se lève. Il contourne le bureau. Il s'approche de Kael. Il n'a pas peur. Il observe la décomposition de Kael avec une curiosité scientifique. Il prend des notes mentales. Kael lève le canon. Son bras pèse une tonne. Le malware verrouille ses muscles. Il force sur ses nerfs. Les fibres craquent. Il aligne le viseur sur le front de Silas. Le docteur s'arrête à deux mètres. Il tend la main. Il demande l'arme. Kael refuse. Il appuie sur la détente. Le coup part. Le recul lui brise presque le poignet. La balle traverse le crâne de Silas. Le sang gicle sur la baie vitrée. Le rouge masque les lumières de la ville. Silas s'effondre sur son bureau. Son costume blanc est ruiné. Kael lâche son arme. Elle tombe sur le tapis sans bruit. Il s'approche de la fenêtre. Il regarde son reflet dans le sang de Silas. Le malware Golgotha atteint le cortex. La douleur disparaît. Le froid s'installe. Il s'assoit par terre. Il s'appuie contre le cadavre du docteur. Il attend le zéro. Les chiffres défilent. 00:05:00. 00:04:59. La ville en bas continue de fonctionner. Les machines tournent. Kael ferme son œil droit. Le gauche ne voit plus que du code. Le noir remplace tout. Le silence revient. La mission est terminée. Le grain de sable a fini de broyer l'engrenage. Il ne reste que la viande morte et le silicium froid.
L'Étage des Serveurs
Kael poussa la porte blindée du secteur quatre. Le vérin hydraulique siffla. L’air gelé heurta son visage. La température stagnait à moins quarante degrés. La vapeur de sa respiration formait un nuage épais. Les serveurs s’alignaient en rangées symétriques. Des blocs de graphite noir hauts de trois mètres. Des câbles de fibre optique pendaient du plafond. Ils ressemblaient à des nerfs arrachés. Le sol en métal perforé vibrait sous ses bottes. Le malware Golgotha s’activa dans sa colonne vertébrale. Une décharge de chaleur remonta jusqu’à sa nuque. Son œil gauche pulsa. Les chiffres rouges apparurent sur sa rétine. 00:44:52. Le décompte ne s’arrêtait jamais. Kael serra les dents. Sa mâchoire craqua. Il avança dans l’allée centrale. Le ronronnement des ventilateurs saturait l’espace. C’était un bruit blanc et constant. Il dépassa les unités de stockage cryogénique. Des cuves d’azote liquide fumaient dans l’ombre. Silas l’attendait au fond de la salle. Le docteur se tenait derrière une paroi de plexiglas blindé. Le panneau mesurait cinq centimètres d’épaisseur. Silas portait un costume en soie blanche. Le tissu captait la lumière crue des plafonniers. Ses mains reposaient sur un pupitre de commande. Des doigts anormalement longs. Des phalanges fines comme des aiguilles. Silas ne portait aucun implant visible. Son visage était une surface de peau lisse et sans pores. Ses yeux de verre fixaient le vide. Kael s’arrêta devant la vitre. Il leva son pistolet. Le canon de l’arme tremblait. Les spasmes musculaires gagnaient son bras droit. Il utilisa sa main gauche pour stabiliser le tir. Silas ne bougea pas d’un millimètre. Le docteur semblait faire partie du décor. Kael observa son propre reflet dans le plexiglas. La cicatrice sur son œil gauche barrait son visage. Sa dent en chrome brillait sous la lumière artificielle. Il renversa son arme. Il saisit le canon à deux mains. Il frappa la vitre avec la crosse en polymère. Le choc résonna dans ses os. Le plexiglas resta intact. Une vibration sourde parcourut la structure. Kael frappa de nouveau. Il mit tout le poids de son corps dans le mouvement. Ses muscles se contractèrent. Une douleur sourde irradia dans son épaule. Une micro-fissure apparut au point d'impact. Silas inclina légèrement la tête vers la gauche. Un geste de curiosité clinique. Kael frappa une troisième fois. Le bruit fut celui d’un coup de feu. La fissure s’étendit en étoile. Les bords du verre synthétique devinrent opaques. Kael ne s’arrêta pas. Il martela la paroi avec une régularité de métronome. La sueur coulait sur son front malgré le froid. Elle gelait avant d’atteindre ses sourcils. Le plexiglas finit par céder. Un bloc entier se détacha et tomba au sol. Le fracas brisa le silence des serveurs. Kael rangea son arme. Il passa par l’ouverture. Les bords tranchants déchirèrent sa veste en cuir. Il entra dans la zone stérile. L’odeur changea. C’était une odeur de désinfectant et de métal froid. Silas leva les mains. Il ne montra aucun signe de peur. Ses pupilles ne se dilatèrent pas. Kael s’approcha à un mètre du docteur. Il sentait la chaleur du matériel informatique. Le malware brûlait maintenant son cortex. Les chiffres rouges passèrent à 00:41:10.
Kael posa le canon de son arme sur le front de Silas. Le contact du métal froid sur la peau du docteur ne provoqua aucun tressaillement. Silas restait immobile. Ses yeux de verre reflétaient le décompte qui défilait dans l'œil de Kael. Le silence dans la morgue numérique était total. Seul le sifflement de l'azote liquide dans les tuyaux brisait l'immobilité. Kael sentit une nouvelle décharge traverser sa moelle épinière. Ses jambes fléchirent. Il se rattrapa au pupitre de commande. Ses doigts laissèrent des traces de graisse sur le métal brossé. Silas ouvrit la bouche. Sa voix était monocorde. Elle ressemblait à une fréquence radio mal réglée. Il ne demanda pas de pitié. Il ne proposa pas de marché. Il observa simplement la progression du virus Golgotha. Kael cracha un filet de salive bleue sur le sol blanc. Le malware transformait ses fluides corporels en déchets chimiques. Il restait quarante minutes. La douleur n'était plus une sensation. C'était une information brute traitée par son cerveau. Il pressa le canon plus fort contre le crâne de Silas. La peau se plissa. Kael ne voyait plus que les chiffres. 00:40:05. 00:40:04. Il n'y avait plus de place pour les mots. Il n'y avait plus de place pour la négociation. Kael était une machine en fin de cycle. Silas était l'architecte du désastre. Le mercenaire ramena son pouce sur le chien de l'arme. Le clic mécanique fut le dernier son avant la fin.
Kael ne tira pas immédiatement. Il regarda les serveurs derrière Silas. Des millions de données circulaient dans les câbles. Des vies entières stockées sur du silicium. Le malware Golgotha cherchait à rejoindre cette source. Kael était le vecteur. Il était le cheval de Troie. Silas sourit. C'était un mouvement de lèvres imperceptible. Un spasme de satisfaction technique. Le docteur leva une main vers le visage de Kael. Ses doigts effleurèrent la cicatrice. Kael recula d'un pas. Il sentit le froid de la morgue envahir ses poumons. Le décompte passa sous la barre des quarante minutes. La vision de Kael se brouilla. Des lignes de code remplacèrent les contours de la pièce. Le plexiglas brisé au sol ressemblait à des diamants noirs. Il serra la crosse de son arme jusqu'à s'en blanchir les articulations. Son index se contracta sur la détente. Le coup ne partit pas. La sécurité était enclenchée. Kael jura entre ses dents. Il abaissa le levier de sûreté. Le bruit métallique résonna comme un verdict. Silas ferma les yeux. Il attendait l'impact. Kael leva de nouveau le bras. Sa main ne tremblait plus. L'adrénaline avait stabilisé ses nerfs pour quelques secondes. Il fixa le centre du front de Silas. Il appuya sur la détente.
Le percuteur frappa l'amorce. L'explosion de la poudre fut assourdissante dans l'espace confiné. Le recul de l'arme secoua le bras de Kael jusqu'à l'épaule. La balle de calibre .45 traversa le crâne de Silas. Elle ressortit par l'arrière de la tête dans un nuage de sang et de matière grise. Le corps du docteur fut projeté contre les serveurs. Le sang gicla sur les baies de stockage noires. Les voyants lumineux des machines passèrent au rouge. Silas glissa lentement le long de la paroi métallique. Son costume blanc était désormais maculé d'une tache sombre et visqueuse. Il s'effondra sur le sol. Ses jambes se replièrent dans une position anormale. Kael ne détourna pas le regard. Il observa le cadavre. Le malware Golgotha réagit à la mort de l'hôte. Les chiffres dans son œil s'accélérèrent. 00:35:12. 00:35:11. La mission n'était pas terminée. La mort de Silas n'était qu'une étape. Kael se tourna vers la console de commande. Il devait injecter le contre-programme avant que son cerveau ne se liquéfie. Ses doigts tapèrent sur le clavier. Le métal était froid. Les touches répondaient avec un clic sec. L'écran afficha une barre de progression. "TRANSFERT EN COURS". Kael s'assit par terre. Il s'appuya contre le plexiglas brisé. Il regarda le corps de Silas. Le sang du docteur commençait à geler sur le sol. La ville, à l'extérieur, continuait de tourner. Les machines ne s'arrêtaient jamais. Kael ferma son œil droit. Le gauche ne voyait plus que du code. Le noir remplaçait tout. Le silence revenait. La mission était terminée. Le grain de sable avait fini de broyer l'engrenage. Il ne restait que la viande morte et le silicium froid.
Le Protocole Golgotha
Silas posa ses doigts sur le clavier. Le plastique cliqua sous la pression. L'écran principal vira au rouge sang. Le mot "GOLGOTHA" clignota trois fois. Le transfert commença. Kael tomba à genoux. Le sol était froid. Le carrelage blanc reflétait la lumière des plafonniers. Une aiguille de feu traversa son cervelet. Le malware s'activait. Les données migraient vers le cloud de Neuro-Z.
Kael agrippa le bord d'une console. Le métal grinça sous ses doigts. Sa rétine gauche affichait des lignes de code. Les chiffres défilaient trop vite. "EXTRACTION : 12%". Sa moelle épinière vibrait. Une décharge de haute tension parcourut ses membres. Ses muscles se contractèrent violemment. Il cracha une salive épaisse sur le sol. Le liquide contenait des traces de lubrifiant synthétique.
Silas ne bougeait pas. Le docteur ajusta sa veste blanche. Ses mains chirurgicales restaient immobiles le long du corps. Il observait la progression sur le moniteur. Son regard de verre ne cillait pas. Il n'y avait aucune peur dans ses yeux. Il y avait seulement de la curiosité technique.
— Le processus est irréversible, dit Silas.
Sa voix était plate. Elle n'avait pas de timbre. Kael essaya de se lever. Ses jambes pesaient une tonne. Le malware dévorait ses connexions nerveuses. Il sentit ses souvenirs s'effilocher. L'image de sa sœur devint un amas de pixels. Le visage de Vesper se fragmenta en blocs de données. Le vide remplaçait la pensée. "EXTRACTION : 28%".
Kael poussa sur ses appuis. Il utilisa la console comme levier. Ses articulations craquèrent. Il fit un pas. Sa botte laissa une trace de suie sur le blanc immaculé. Silas tourna la tête. Le docteur ne recula pas. Il observa la progression du mercenaire. Kael était une machine en train de griller.
— Votre cortex se décompose, nota Silas.
Kael ne répondit pas. Il n'avait plus assez d'air. Ses poumons ne recevaient plus les signaux du cerveau. Il fonctionnait sur les réserves d'adrénaline. Il fit un deuxième pas. La distance entre lui et Silas était de trois mètres. Le sol semblait tanguer. Les murs de la Corporation Neuro-Z se mirent à vibrer. C'était une illusion sensorielle. Le virus réécrivait sa perception.
"EXTRACTION : 45%".
Une douleur sourde explosa derrière son œil gauche. Le globe oculaire chauffait. Le plastique de l'implant commençait à fondre. Kael tendit le bras. Sa main tremblait. Les doigts étaient recourbés comme des griffes. Il voyait le reflet de Silas dans le chrome de sa dent. Le docteur restait une statue de sel.
Kael franchit le dernier mètre. Il s'effondra contre Silas. Le choc fut sourd. Il referma ses doigts sur la gorge du docteur. Le tissu du col était rigide. La peau de Silas était froide. Elle n'avait pas la chaleur de la vie. Kael serra. Ses phalanges blanchirent. Il sentit la trachée sous la pression.
Silas ne lutta pas. Il ne porta pas ses mains à son cou. Il continua de regarder Kael. Ses yeux de verre fixaient la cicatrice sur l'œil du mercenaire. Un filet de sang noir coula de la narine de Kael. Le liquide tacha le revers du costume blanc.
— Vous n'êtes déjà plus là, murmura Silas.
La voix était étouffée par la pression des doigts. Kael augmenta la force. Il voulait briser le cartilage. Il voulait entendre le craquement de la vie qui s'arrête. Ses muscles pectoraux se tétanisèrent. Le malware Golgotha atteignit un pic d'activité. "EXTRACTION : 62%".
Kael projeta Silas contre le rack de serveurs. Le métal résonna. Des étincelles jaillirent des câbles sectionnés. L'odeur de l'isolant brûlé remplit la pièce. Kael maintenait la pression. Il colla son visage contre celui du docteur. Il vit son propre reflet dans les pupilles artificielles. Il vit un homme mort.
Le malware arrachait les couches profondes de son esprit. Son enfance disparut. Ses premières missions s'effacèrent. Il ne restait que la haine. Une haine brute. Une haine de silicium. Kael frappa le crâne de Silas contre la paroi métallique. Le bruit fut sec. Un impact de chair et d'acier.
Silas ouvrit la bouche. Il ne cherchait pas l'air. Il semblait analyser la force cinétique du coup. Un filet de sang rouge, le premier, apparut à la commissure de ses lèvres. Kael fixa ce sang. C'était une donnée réelle. C'était une preuve de matière.
— Regarde-moi, grogna Kael.
Les mots sortirent dans un râle. Sa gorge était pleine de bile. Silas ne changea pas d'expression. Le regard de verre restait vide de sens. Kael frappa encore. Le rack de serveurs se tordit. Les ventilateurs de refroidissement hurlèrent. La température de la pièce augmentait.
"EXTRACTION : 79%".
Le monde devint un tunnel de lumière blanche. Les bords de la vision de Kael se désintégraient. Il ne sentait plus ses jambes. Il ne sentait plus son torse. Il n'était plus qu'une main. Une main serrée sur un cou. Il mit tout son poids vers l'avant. Il voulait traverser Silas. Il voulait broyer l'architecte du virus.
Silas leva enfin une main. Il posa ses doigts longs sur le poignet de Kael. Il ne chercha pas à se libérer. Il prit le pouls. Il comptait les battements du cœur qui lâchait.
— Le transfert est presque complet, dit Silas. Votre conscience appartient à la firme.
Kael hurla. Le son fut étouffé par une décharge nerveuse. Son bras gauche se détendit brusquement. Les nerfs étaient grillés. Il ne tenait plus que par la main droite. Il utilisa ses dernières forces. Il contracta chaque fibre musculaire restante. Il entendit un craquement net. L'os de la mâchoire de Silas se déplaça.
Le docteur ne montra aucune douleur. Il restait une machine clinique. Kael vit une fissure apparaître dans l'œil droit de Silas. Le verre se brisait. Une ligne fine traversa l'iris artificiel. Kael sourit. Le sang noir coulait maintenant de sa bouche.
"EXTRACTION : 91%".
Le code Golgotha saturait l'espace. Les serveurs autour d'eux émettaient des bips d'alerte. Le système était en surcharge. Kael sentit son esprit quitter son enveloppe. Il se voyait d'en haut. Il voyait deux corps entrelacés dans une pièce blanche. Il voyait la mort et la technologie se fondre.
Il serra encore. Silas commença à bleuir. La circulation était coupée. Le regard de verre se voila. La fissure s'élargit. Un morceau de plastique tomba sur le carrelage. Kael vit l'orbite vide derrière la prothèse. Il n'y avait rien. Juste des capteurs et des fils. Silas n'était qu'un terminal.
— Zéro, articula Kael.
"EXTRACTION : 99%".
Le dernier bit de donnée quitta la moelle épinière. Le corps de Kael devint une coquille vide. Ses doigts se relâchèrent. La tension disparut. Il tomba en arrière. Son crâne heurta le sol. Le bruit fut celui d'une pastèque mûre qui éclate.
Silas glissa le long du rack. Il s'assit dans son propre sang. Il replaça sa mâchoire avec un clic mécanique. Il ramassa le morceau de son œil brisé. Il regarda le cadavre de Kael.
L'écran afficha : "TRANSFERT TERMINÉ. SUJET GOLGOTHA ARCHIVÉ".
Silas se leva. Il nettoya sa veste. Il ne regarda plus le corps. Il se dirigea vers la console. Il commença à taper un nouveau rapport. Ses doigts cliquaient sur le plastique. Le rythme était régulier. Le silence revint dans la pièce clinique. La ville continuait de tourner. Les machines ne s'arrêtaient jamais.
Surcharge Critique
Kael pousse la porte blindée du laboratoire 4-B. Le métal grince contre le béton. L'air est sec. Il sent le produit chimique et la poussière. Le laboratoire est vaste. Des rangées de serveurs occupent l'espace central. Le Dr Silas se tient devant la console principale. Son costume blanc est impeccable. Il ne porte aucune arme visible. Ses mains sont posées sur le rebord en polymère. Il observe les écrans.
Kael avance. Sa botte droite traîne sur le sol. La semelle est usée. Elle laisse une trace de graisse noire. Le décompte brûle sa rétine gauche. 00:04:12. Le virus Golgotha pulse dans sa colonne vertébrale. La douleur est une barre de fer chauffée à blanc. Ses doigts tremblent. Il serre son arme. Le métal du canon est froid.
Silas se retourne lentement. Son visage est une plaque de cire. Ses yeux de verre ne cillent pas. Il regarde la cicatrice de Kael. Il sourit. Ses dents sont trop blanches. Elles sont artificielles.
— Vous arrivez tard, dit Silas.
Kael ne répond pas. Il n'a plus de salive. Sa gorge est un tunnel de sable. Il lève son arme. Le viseur laser tremble sur le torse de Silas. Le point rouge danse sur le tissu blanc.
— Le transfert est inévitable, dit Silas.
Sa voix est monocorde. Elle ressemble à un enregistrement. Kael fait trois pas de plus. Il est à deux mètres. Il voit les ports de connexion derrière l'oreille de Silas. Ils sont en or massif.
Kael range son arme dans son étui. Le cuir craque. Il n'est pas venu pour tirer. Les balles ne tuent pas les algorithmes. Il saisit le câble ombilical du processeur central. Le connecteur est lourd. Il est blindé de plomb.
Kael arrache le cache de sa propre interface. La peau de sa nuque est à vif. Elle suinte un liquide séreux. Il insère la fiche mâle dans son port neural. Le verrouillage magnétique s'enclenche. Un clic métallique résonne dans la pièce.
Le choc est immédiat. Kael bascule la tête en arrière. Ses muscles se contractent. Ses dents claquent. Il mord sa langue. Le goût du sang remplit sa bouche. Il saisit l'autre extrémité du câble. Il plaque le connecteur sur le port de Silas.
La connexion est établie.
Le processeur central vrombit. Les ventilateurs de plafond accélèrent. Ils brassent un air chaud. La température monte de dix degrés en une seconde. Les dalles lumineuses clignotent. Elles finissent par griller. Seules les diodes des serveurs éclairent la scène. Elles sont rouges.
Kael force le passage. Il ouvre les vannes de sa moelle épinière. Le malware Golgotha s'engouffre dans le câble. C'est un torrent de données corrompues. C'est un poison numérique. Il dévore les pare-feu de la Corporation Neuro-Z.
Silas écarquille les yeux. Ses pupilles se dilatent. Elles occupent tout l'iris. Son corps se raidit. Ses longs doigts s'accrochent à la console. Le plastique craque sous la pression.
— Arrêtez, dit Silas.
Sa voix est hachée. Elle sature. Le système audio du laboratoire grésille.
Kael ne lâche pas. Il pousse le flux. Il utilise son propre système nerveux comme un accélérateur. Ses nerfs brûlent. La gaine de myéline fond. Il sent l'odeur de sa propre chair qui cuit. C'est une odeur de porc grillé et de plastique.
Le processeur central émet un sifflement aigu. Les circuits intégrés surchauffent. La tension monte à six cents volts. Les condensateurs explosent les uns après les autres. Des étincelles jaillissent des racks. Elles retombent sur le sol comme une pluie de feu.
Le système s'effondre. Les bases de données se vident. Les fichiers sont réécrits par des zéros. Silas commence à trembler. Un spasme violent secoue ses épaules. Il ouvre la bouche pour hurler. Aucun son ne sort.
Un liquide noir s'écoule de ses narines. C'est une substance visqueuse. Elle ressemble à de l'huile de vidange. C'est de la bile synthétique. Elle tache son costume blanc. Elle coule sur ses lèvres. Elle tombe sur le carrelage clinique.
Kael voit le décompte sur sa rétine. 00:00:15.
Le virus Golgotha a fini son travail. Il a transformé le processeur central en une carcasse de métal fondu. Les serveurs s'éteignent. Le silence revient. Il est lourd. Il est total.
Silas s'écroule. Ses genoux frappent le sol avec un bruit sec. Ses articulations mécaniques sont bloquées. Il bascule en avant. Sa tête heurte la console. La bile noire macule le clavier. Ses yeux de verre sont ternes. La lumière est partie.
Kael débranche le câble de sa nuque. Il doit forcer. Le métal a soudé à sa peau. Il arrache une bande de chair. Il ne sent rien. Ses récepteurs sensoriels sont grillés. Il tombe à genoux à côté de Silas.
Le corps du docteur est agité de derniers soubresauts. Ses doigts grattent le sol. Il laisse des traces noires sur le carrelage. Il essaie de parler. Il ne produit qu'un gargouillis. La bile remplit ses poumons artificiels.
Kael regarde ses mains. Elles sont noires de suie. Ses veines sont saillantes. Elles sont bleues foncées. Le virus est parti. Il a tout emporté. La mémoire. La douleur. La dette.
Le décompte affiche 00:00:00.
Kael s'allonge sur le dos. Le plafond est sombre. Les ventilateurs s'arrêtent de tourner. L'air devient immobile. La chaleur stagne. Il regarde la bile noire de Silas s'étaler lentement. Elle atteint sa botte. Elle entoure son pied.
Kael ferme les yeux. Son cœur bat une dernière fois. Le rythme est lent. C'est un métronome fatigué. Le muscle s'arrête. Ses poumons se vident. L'air sort dans un dernier sifflement.
Le laboratoire 4-B est une tombe de silicium. Les machines sont mortes. Les hommes aussi. La ville continue de gronder à l'extérieur. Les voitures circulent sur les ponts supérieurs. Les usines crachent leur fumée. Personne ne sait. Personne ne regarde.
Le silence est définitif.
00:00:00
Silas est une masse inerte. Son costume blanc absorbe le sang. Le liquide rouge s'étend sur le marbre. Il suit les rainures du sol. La tache forme un cercle parfait. Silas ne respire plus. Ses yeux de verre fixent le plafond. Ses mains chirurgicales sont immobiles. Elles ressemblent à des pattes d'araignée morte. Le silence écrase la pièce. Kael lâche son arme. Le pistolet heurte le sol. Le bruit du métal sur la pierre résonne. C'est un son sec. Un son définitif.
Kael regarde ses mains. Les doigts tremblent violemment. Les décharges nerveuses parcourent ses avant-bras. La peau est grise. Les veines sont des cordes bleues. Le malware Golgotha travaille. Il ronge la gaine de myéline. Il dévore les connexions synaptiques. Dans son œil gauche, le décompte brûle. Les chiffres sont rouges. Ils flottent dans son champ de vision. 00:00:05.
Kael tente de reculer. Ses jambes refusent l'ordre. Les servomoteurs de ses genoux grincent. Ils manquent de lubrifiant. Le liquide de refroidissement fuit. Une goutte tombe sur sa botte. Elle est visqueuse. Elle est chaude. 00:00:04.
Le plafond du laboratoire semble descendre. Les dalles de faux plafond sont blanches. Elles sont froides. Les tubes fluorescents grésillent. Ils oscillent à soixante hertz. La lumière frappe la rétine de Kael. La douleur est un pic à glace. Elle part de l'occiput. Elle traverse le lobe frontal. Kael ouvre la bouche. Aucun son ne sort. Ses cordes vocales sont paralysées. 00:00:03.
Le virus atteint le tronc cérébral. C'est une réaction chimique précise. Les protéines se dénaturent. Le tissu nerveux devient liquide. Kael sent un écoulement dans son oreille. C'est un mélange de lymphe et de noirceur. Le malware est un solvant. Il dissout la mémoire. Il efface les visages. Le visage de sa sœur disparaît. Il devient une tache floue. Puis il devient rien. 00:00:02.
Le cœur de Kael rate un cycle. La pompe en titane s'arrête. Elle redémarre avec un choc. Le sang cogne dans ses tempes. La pression monte à vingt-quatre. Les capillaires de ses yeux éclatent. Sa vision devient rouge. Le monde est une chambre de développement photographique. Silas est une ombre noire sur un fond sanglant. 00:00:01.
Le décompte s'arrête. Les chiffres s'immobilisent. 00:00:00.
Le système nerveux central lâche. Kael tombe en avant. Il ne met pas ses mains. Son visage frappe le marbre. Le nez casse. Le cartilage craque sous le poids. Il ne sent rien. Les récepteurs de la douleur sont débranchés. Son corps est une carcasse de cuir et de métal. Il glisse sur le sang de Silas. Les deux fluides se mélangent. Le rouge et le noir.
Le cortex se liquéfie totalement. La matière grise coule par les narines. Elle s'étale sur la pierre blanche. C'est une flaque sombre. Elle est brillante. Elle contient des fragments de silicium. Elle contient des morceaux de vie. Les implants grillent un par un. Des micro-étincelles jaillissent de sa nuque. L'odeur de plastique brûlé remplit l'air. C'est une odeur âcre. Une odeur de fin de ligne.
Le laboratoire 4-B est une morgue technologique. Les serveurs ronronnent encore. Ils traitent des données inutiles. Les ventilateurs brassent un air vicié. La température de la pièce est de dix-neuf degrés. Elle ne variera pas. Les capteurs thermiques ignorent les cadavres. Les cadavres refroidissent. Ils atteignent l'équilibre thermique.
À l'extérieur, la ville gronde. Les trains magnétiques glissent sur les rails. Les turbines des usines tournent. Des millions de personnes respirent. Elles achètent. Elles vendent. Elles dorment. Personne ne regarde le dernier étage de la tour Neuro-Z. Les vitres sont teintées. Elles sont blindées. Elles ne laissent rien passer. Ni le bruit, ni la lumière, ni la mort.
Vesper attend dans son bunker. Elle regarde un écran vide. Le signal de Kael a disparu. La ligne est plate. Elle ne tape pas sur son clavier. Elle n'ajuste pas ses lunettes. Elle efface simplement le dossier. Le nom "Kael" est supprimé. L'espace disque est libéré. Les octets sont réalloués. Le processus prend trois millisecondes.
Dans le laboratoire, une alarme silencieuse se déclenche. Un robot de nettoyage sort d'une trappe. Il roule sur des chenilles en caoutchouc. Il s'approche des corps. Ses capteurs optiques analysent les taches. Il déploie ses brosses rotatives. Il pulvérise un détergent enzymatique. Le produit mousse sur le sang. Il dissout la viande et le chrome.
Le robot commence par les pieds de Silas. Il frotte le marbre avec méthode. Le mouvement est circulaire. Le mouvement est efficace. La tache diminue. Le robot ne fait pas de distinction. Il nettoie le sang du docteur. Il nettoie la cervelle du mercenaire. Tout est déchet organique. Tout doit disparaître.
La montre de Kael brille encore. Le cadran est fissuré. La pile au tritium durera dix ans. Elle affiche l'heure locale. 03:14. La trotteuse avance par saccades. Elle marque le temps dans une pièce vide. Elle marque le temps pour personne.
Le robot de nettoyage finit sa tâche. Le sol brille de nouveau. Les corps sont emballés dans du plastique polymère. Ils sont chargés dans un sas de décharge. Ils seront incinérés à l'aube. La chaleur produira de l'énergie pour le quartier sud. La mort est une ressource renouvelable.
Les lumières du laboratoire s'éteignent. Le mode économie d'énergie est activé. L'obscurité est totale. Il n'y a plus de rouge. Il n'y a plus de bleu. Il n'y a plus de chrome. Le silence est définitif.