Le Merveilleux Voyage de Titou l'Escargot Pressé
Par Studio Wonder — Jeunesse
**CHAPITRE 1 : Titou, l'escargot qui voulait courir**
Il était une fois, au cœur d’un jardin secret où les fleurs de pissenlit ressemblaient à des petits soleils ébouriffés, un minuscule habitant nommé Titou.
Titou était un escargot, c’est vrai. Il avait une jolie coquille toute ronde, couleur ca...
Titou, l'escargot qui voulait courir
**CHAPITRE 1 : Titou, l'escargot qui voulait courir**
Il était une fois, au cœur d’un jardin secret où les fleurs de pissenlit ressemblaient à des petits soleils ébouriffés, un minuscule habitant nommé Titou.
Titou était un escargot, c’est vrai. Il avait une jolie coquille toute ronde, couleur caramel au lait, qu’il portait sur son dos comme un sac à dos magique. Il avait deux petites cornes toutes molles qui faisaient « boing-boing » quand il touchait un brin d’herbe, et un petit ventre tout glissant qui faisait « flic-floc » sur la terre mouillée.
Mais Titou n’était pas un escargot comme les autres. Oh que non !
Dans le monde des escargots, la règle d’or était : *« Doucement le matin, et pas trop vite l’après-midi. »* On prenait le temps de goûter chaque goutte de rosée, de faire la sieste sous les feuilles de laitue craquantes et de raconter des histoires qui duraient des jours entiers.
Mais Titou, lui, avait un moteur de voiture de course dans son petit cœur !
— Trop lent ! Trop lent ! s’exclamait-il chaque matin en sortant le bout de son nez de sa maison. Moi, je ne veux pas glisser. Je veux filer ! Je veux foncer ! Je veux faire… VROUM !
Ses amis les autres escargots, comme Papi Lentille qui mettait trois heures pour dire « Bonjour », le regardaient avec de gros yeux ronds.
— Mais enfin, Titou, disait Papi Lentille d’une voix traînante comme du miel, la vie est une jolie promenade, pas une course de Formule 1. Regarde cette belle mousse verte, elle est si douce…
— La mousse, c’est pour les dodos ! répondait Titou en gigotant. Moi, je veux voir ce qu’il y a derrière la grande haie d’épines ! Je veux dépasser le vent !
Pour s’entraîner, Titou avait inventé des exercices rigolos. Il montait en haut d’une petite caillasse brillante et, en fermant très fort ses yeux, il essayait de s’élancer.
— Attention… Prêt… Partez !
Il poussait de toutes ses forces. Il contractait son petit pied musclé. Il transpirait de la poussière d’étoile. Mais… rien ne se passait. Il avançait d’un tout petit millimètre, laissant derrière lui un joli ruban d’argent tout brillant.
— Flûte de zut ! bougonnait-il. C’est encore un pas de limace. Moi, je veux être un éclair !
Un après-midi, alors que le soleil faisait briller le jardin comme s’il était rempli de diamants, une Libellule bleue passa au-dessus de lui. Elle allait si vite qu’elle ne laissait derrière elle qu’un sifflement : *Ziiiiiip !*
Titou en resta tout ébaubi, ses petites cornes tremblantes d’admiration.
— Tu as vu ça ? demanda-t-il à une Coccinelle qui faisait sa toilette sur un pétale de rose. Elle a traversé tout le ciel en un clin d’œil ! C’est ça que je veux faire. Je veux que mes amis disent : « Regardez, c’est Titou l’Éclair ! » au lieu de dire « Ah, voilà le petit Titou, il arrive enfin. »
La Coccinelle, avec ses sept points noirs tout ronds, sourit gentiment :
— Mais Titou, tu as de la chance ! Toi, tu vois des trésors que la Libellule ne voit jamais. Tu vois le dessin secret des veines de la feuille. Tu entends le chant de la terre qui boit la pluie.
Titou soupira un grand coup, ce qui fit une petite bulle de savon au coin de sa bouche.
— Je sais bien, petite amie Coccinelle. C’est très joli tout ça. Mais dans ma tête, je cours déjà. Mes rêves ont des ailes, même si mon ventre colle à la terre. Je sens qu’un grand voyage m’attend. Un voyage où je n'irai pas doucement, mais... intensément !
Ce soir-là, alors que la lune montait dans le ciel comme une grosse veilleuse d’argent, Titou prit une grande décision. Il ne passerait pas sa vie à attendre que le temps passe. Il allait trouver le secret de la vitesse. Il allait découvrir comment transformer sa maison-coquille en un bolide merveilleux.
Il serra son petit doudou-feuille contre lui, ferma ses yeux et murmura à l’oreille de la nuit :
— Demain, je pars. Demain, l’aventure commence. Et vous verrez… je serai plus rapide que mon ombre !
Et dans son sommeil, Titou ne rêvait pas de salades fraîches ou de pluie tiède. Il rêvait de roues de feu, de vent dans ses antennes et d’un chemin magique qui l’emmenait par-delà les collines d'herbe haute, vers l'horizon coloré où les escargots apprennent enfin à voler.
C'était le début du merveilleux voyage de Titou, l'escargot le plus pressé du monde entier.
Le grand départ du potager
**CHAPITRE 1 : Le grand départ du potager**
Le soleil se leva doucement sur le potager, étirant ses longs bras d’or au-dessus des choux frisés et des carottes bien cachées. La rosée du matin brillait sur les herbes comme si des milliers de petits diamants étaient tombés du ciel pendant la nuit. C’était un matin calme, un matin tendre, un matin… parfait pour une grande aventure !
Au milieu d’une feuille de laitue bien verte et bien croquante, une petite coquille se mit à bouger. *Toc, toc, toc !* Titou l’escargot pointa le bout de ses cornes. Il ne bâilla pas. Il ne s’étira pas avec lenteur comme ses cousins les autres escargots. Non, Titou était déjà tout réveillé, le cœur battant à cent à l’heure !
— Aujourd'hui, c’est le grand jour ! chuchota-t-il avec une petite voix pleine de pep’s.
Il enroula précieusement son « doudou-feuille », une feuille de menthe séchée qui sentait bon les bonbons frais, et la cala bien au fond de sa maison-coquille. Il vérifia que ses antennes étaient bien droites, comme les radars d’un avion de chasse.
— Attention tout le monde ! Titou l’Éclair arrive ! *Vroum, vroum !*
Titou regarda autour de lui. Le potager était sa maison depuis toujours. Il aimait l’odeur de la terre mouillée et la caresse du vent dans les feuilles de radis. Mais ses yeux se portèrent tout là-bas, tout au bout du jardin, là où les herbes devenaient si hautes qu'elles ressemblaient à une forêt magique. Et au-delà de cette forêt, il y avait elle : la Grande Montagne Bleue.
Pour un petit escargot, la Grande Montagne Bleue était immense, majestueuse, avec des reflets couleur de ciel. En réalité, ce n’était qu’un vieil arrosoir bleu oublié près de la clôture, mais pour Titou, c’était le sommet du monde, le secret de tous les mystères !
— Je vais aller là-haut, déclara Titou en serrant ses petits muscles de gastéropode. Et je vais y aller plus vite que n’importe qui !
Il quitta sa feuille de salade d’un bond (enfin, un bond d’escargot, ce qui ressemble beaucoup à une glissade très décidée). *Splash !* Son petit ventre colla à la terre fraîche.
— Oh là là, Titou ! Où vas-tu comme ça, petit pressé ?
C’était Madame Coccinelle qui venait de se poser sur une fleur de courgette. Elle agitait ses ailes rouges à pois noirs en riant.
— Je pars pour la Grande Montagne Bleue, Madame Coccinelle ! répondit Titou en gonflant son petit thorax. Je n'ai pas une minute à perdre. Le monde m’attend !
— Mais c’est très loin, mon petit bouchon ! Pour un escargot, c’est comme traverser l’océan ! Tu devrais prendre un morceau de carotte et te reposer sous un dahlia.
Titou secoua la tête, faisant danser ses antennes.
— Pas le temps de faire la sieste ! Mon moteur de courage fait *tictic-boum-boum* ! Regardez-moi bien, je vais aller si vite que vous ne verrez qu’un trait de lumière !
Et Titou commença à glisser. Il n’avançait pas tout à fait comme un éclair, bien sûr, mais dans sa tête, il était un bolide de course. Il poussait de toutes ses forces, laissant derrière lui un petit chemin d’argent qui scintillait au soleil.
— *Glisse, glisse, petit pied !* chantait-il pour s’encourager. *Pousse, pousse, vers le sommet ! Le vent chante, le ciel est bleu, Titou est le plus courageux !*
Il traversa la Terre des Fourmis, qui s'arrêtèrent toutes de travailler pour regarder passer ce drôle d'engin qui fonçait (à sa manière). Il évita un redoutable Caillou Gris qui ressemblait à un monstre endormi. Chaque centimètre était une victoire. Chaque brin d'herbe était un défi.
Le soleil montait de plus en plus haut, comme une grosse orange chaude dans le ciel. La Grande Montagne Bleue semblait encore un peu loin, mais Titou ne baissait pas les cornes. Ses petits yeux noirs pétillaient d'émerveillement. Il découvrait des fleurs qu'il n'avait jamais vues, des fleurs jaunes comme des petits soleils et des fleurs mauves qui sentaient le miel.
— C’est merveilleux ! s’exclama-t-il, tout essoufflé mais tellement heureux. Le monde est une tartine de bonheur !
Alors qu’il s'apprêtait à quitter la sécurité du rang de poireaux pour s'aventurer sur la Grande Pelouse, Titou s'arrêta un instant. Il se retourna. Sa feuille de salade n'était plus qu'un tout petit point vert au loin. Il avait réussi ! Il avait quitté sa maison !
— Adieu, petite salade ! cria-t-il en agitant une antenne. Bonjour, l'aventure !
Le voyage ne faisait que commencer. Devant lui, la pelouse s'étendait comme une mer de vagues vertes, et tout au bout, la Montagne Bleue brillait sous la lumière de midi. Titou ferma les yeux un instant, sentit la chaleur du soleil sur sa coquille, et reprit sa route.
Il n'était peut-être qu'un petit escargot, mais dans son cœur, il était déjà un géant qui courait vers l'horizon. Et dans le jardin silencieux, si on écoutait très attentivement, on pouvait entendre le bruit de son rêve :
*Vroum… vroum…*
Vroum ! Lili la Coccinelle
**CHAPITRE 2 : Vroum ! Lili la Coccinelle**
Sur la Grande Pelouse, tout semblait gigantesque. Pour le petit Titou, chaque brin d’herbe était un arbre immense qui chatouillait le ciel. La terre sentait bon la pluie de la veille et le soleil qui se réveille.
— En avant, Titou le Rapide ! lança-t-il à lui-même en bombant le torse.
Il avançait en laissant derrière lui un joli ruban d’argent, une route de paillettes qui brillait comme un trésor. Dans sa tête, il n’était pas un escargot qui glissait tout doucement. Non, non ! Il s’imaginait être un bolide de course, une flèche de feu traversant la jungle verte.
*Slurp, flllippp, slurp…*
Soudain, un bruit étrange fit vibrer ses petites antennes.
*Zon-zon-zon ! VROUUM !*
Une tache rouge et brillante passa juste au-dessus de sa coquille, comme une petite comète tombée du ciel. Ça allait tellement vite que Titou en perdit l’équilibre et fit une petite roulade sur le côté.
— Oh là là ! C’était quoi ça ? Un dragon miniature ? Une étoile filante ?
La tache rouge fit demi-tour dans un looping gracieux et vint se poser, avec la légèreté d’une plume, sur la pointe d’un trèfle à quatre feuilles. C’était une coccinelle. Mais pas n’importe quelle coccinelle ! Elle avait une carapace rouge vernie, sept points noirs parfaitement ronds et des ailes qui frémissaient d’énergie.
— Salut, le rampant ! cria-t-elle avec une voix pétillante comme de la limonade. Moi, c'est Lili ! Tu as vu comme je vais vite ? Je fais le tour du jardin en moins de temps qu’il ne faut pour dire « pissenlit » !
Titou en resta la bouche bée. Ses yeux, au bout de leurs tiges, tournaient dans tous les sens pour admirer la nouvelle venue.
— Enchanté, Lili… Moi, c’est Titou. Je suis… je suis un escargot de course ! Enfin, j’essaie.
Lili éclata d’un rire joyeux qui sonnait comme des clochettes de muguet.
— Un escargot de course ? Amusant ! Allez, suis-moi si tu peux, monsieur le moteur ! On fait la course jusqu’au gros caillou blanc !
Et *Zon !* Dans un battement d’ailes invisible, Lili s’envola. Elle zigzaguait entre les herbes, montait, descendait, et dessinait des cœurs dans l’air.
Titou ne voulait pas passer pour un paresseux. Il prit une grande inspiration, gonfla ses petits poumons et décida d’enclencher son « turbo-imaginaire ».
— Attention les yeux, Lili ! La super-vitesse arrive !
Titou poussa de toutes ses forces. Il contracta son petit pied musclé. Il glissait si fort qu’il avait l’impression que sa coquille allait s’envoler.
*Vroum ! Vroum !* faisait-il entre ses dents.
Il passait sous une grande marguerite (ziiip !), contournait une brindille (vrooo !), et traversait une flaque de rosée comme s'il s'agissait d'un océan déchaîné. Il voyait Lili, là-haut, qui faisait des cercles de feu.
— Regarde, Lili ! Je te rattrape ! Je suis comme le vent !
Mais le vent, lui, ne transpire pas. Très vite, Titou sentit son petit cœur faire *boum-boum-boum* contre les parois de sa maison-coquille. Ses antennes fatiguées commençaient à pendouiller un peu. Il avait chaud, et son ruban d’argent devenait tout mince.
Essoufflé, Titou s'arrêta pile au milieu d'une touffe de mousse douce comme un tapis de velours. Il était épuisé. Le gros caillou blanc semblait encore aussi loin que la Lune.
Lili, s’apercevant que son nouvel ami ne suivait plus, redescendit en piqué et se posa juste devant son nez.
— Ouh là là, Titou ! Tu es tout rouge ! On dirait une petite tomate cerise !
Titou soupira, une petite bulle de fatigue au coin des lèvres.
— Je n'y arrive pas, Lili… Je suis trop lent. Mes jambes sont restées au lit ce matin. Le monde est trop grand pour un petit escargot pressé.
Lili s’approcha et tapota doucement la coquille de Titou avec une de ses pattes fines.
— Mais Titou, regarde derrière toi !
L’escargot se retourna. Il vit son long chemin de bave qui scintillait sous le soleil de midi. C’était une ligne magnifique, droite et courageuse, qui traversait une grande partie de la pelouse.
— Tu n’as pas d’ailes, c’est vrai, dit Lili d'un ton plus doux. Mais regarde tout le chemin que tu as fait ! Pour moi, voler c’est facile, c’est comme respirer. Mais pour toi, glisser jusqu’ici, c’est un véritable exploit de géant ! Tu n'as pas besoin d'être une coccinelle pour être rapide, Titou. Tu es rapide… pour un escargot. Et ça, c'est déjà merveilleux !
Titou regarda son ruban d'argent, puis il regarda Lili. Ses yeux se remirent à briller. Elle avait raison. Il n’était peut-être pas une flèche rouge, mais il était un explorateur courageux.
— Merci, Lili, murmura-t-il en retrouvant son sourire. Dis, tu veux bien m'attendre un petit peu ? Je vais faire une micro-sieste de champion, et après, on ira voir la Montagne Bleue ensemble ?
Lili ferma ses ailes et s'installa confortablement sur une feuille de trèfle à côté de lui.
— D'accord, Titou le Rapide. Repose-toi. Le jardin ne va pas s'envoler, et moi non plus.
Et là, bercé par le chant d'un grillon lointain, Titou s'endormit en rêvant qu'il glissait sur un arc-en-ciel, aussi vite que la lumière, mais avec tout le temps du monde pour admirer le paysage.
Le saut de Gribouille la Grenouille
**CHAPITRE : Le saut de Gribouille la Grenouille**
Le soleil jouait à cache-cache derrière les grands tournesols quand Titou ouvrit un petit œil, puis deux. Il s'étira longuement, étirant ses cornes vers le ciel bleu comme deux petites antennes magiques. Sa sieste de champion lui avait donné une énergie de géant ! Lili la coccinelle, fidèle à sa promesse, grignotait un bout de rosée sur son trèfle.
— Coucou Lili ! lança Titou d'une voix flûtée. Regarde, je suis prêt ! En route pour la Montagne Bleue !
Mais alors qu’il s’apprêtait à laisser son premier ruban d’argent de la journée sur la mousse fraîche, un bruit étrange retentit.
*PLOC ! FLOC ! BOING !*
Soudain, une grosse bille verte, brillante comme une émeraude mouillée, atterrit juste devant le nez de Titou. C’était Gribouille la Grenouille. Elle avait de grands yeux dorés qui pétillaient de malice et une bouche si large qu'on aurait dit qu'elle souriait d'une oreille à l'autre.
— Croâ-croâ ! Bonjour les petits amis ! s’exclama Gribouille en faisant vibrer sa gorge toute blanche. J’ai entendu dire qu’un explorateur très pressé voulait traverser le jardin ?
Titou redressa fièrement sa coquille.
— C’est moi ! Je vais à la Montagne Bleue. Mais… c’est un très long voyage pour mes petites jambes invisibles.
Gribouille fit un bond de joie, manquant d’écraser un pissenlit.
— Mais Titou, je suis la reine du ressort ! Mon dos est une véritable voiture de course. Monte sur ma coquille… enfin, sur mon dos ! Je vais t’emmener là-bas en trois bonds et deux pirouettes. Ce sera plus rapide que l’éclair !
Titou regarda Lili. Lili haussa ses petites épaules rouges et noires.
— C’est vrai que Gribouille va très vite, Titou. Si tu veux être un escargot-fusée, c’est le moment !
Titou hésita, puis l’aventure l’emporta. Il glissa doucement sur le dos frais et un peu glissant de la grenouille. Il s’accrocha bien fort, enroulant ses petites cornes pour ne pas qu'elles s'envolent.
— Je suis prêt, Gribouille ! En avant pour la grande vitesse !
— Accroche-toi à ta maison, petit Titou ! Attention… UN, DEUX, TROIS… HOP !
*BOÏNG !*
Le monde disparut brusquement. Pour Titou, ce ne fut pas une glissade, ce fut une explosion de couleurs. Le vert de l’herbe, le jaune des boutons d’or et le bleu du ciel se mélangèrent comme dans un grand bol de soupe magique.
*FLOP !* Gribouille retomba lourdement sur ses pattes avant de repartir aussitôt.
*RE-BOÏNG !*
— Wouhou ! On vole ! cria Gribouille, ravie.
Mais pour Titou, ce n’était pas tout à fait un rêve. À chaque bond, sa petite coquille faisait *cloc-cloc* contre le dos de la grenouille. Son petit estomac, d’ordinaire si calme, commença à faire des galipettes. Le jardin tournait, tournait, tournait comme une toupie folle.
— Gri... Gribouille... murmura-t-il, la voix un peu tremblotante.
*BOÏNG !* La grenouille fit un saut immense au-dessus du ruisseau. Titou eut l’impression que son cœur restait en haut pendant que son corps redescendait trop vite. Les fleurs ne ressemblaient plus à des fleurs, mais à des taches de peinture qui dansaient la samba.
— Ça va, Titou le Rapide ? demanda Gribouille en plein vol. On va bientôt arriver !
Titou ne voyait plus la Montagne Bleue. Il voyait des étoiles, des ronds, et des carrés. Son petit ventre se serrait comme s'il avait mangé trop de salade frisée. Le mal de mer, ou plutôt le « mal de terre bondissante », l’avait attrapé !
— S’il te plaît… Gribouille… arrête la machine… couina-t-il, les yeux tout tourbillonnants.
La grenouille, comprenant que son passager n'avait plus la forme d'un champion, freina brusquement dans un buisson de menthe poivrée.
*SCRITCH !*
Titou se laissa glisser du dos de Gribouille et s’affala sur une feuille de menthe fraîche. La feuille sentait bon, elle était stable, elle ne bougeait pas. Elle était merveilleuse.
— Oh là là, pauvre Titou, dit Gribouille en changeant de couleur de regret. J’ai été trop vite ?
Titou attendit que le jardin arrête de danser autour de lui. Il prit une grande inspiration d'air parfumé.
— Tu es très gentille, Gribouille, dit-il avec un petit sourire pâle. Tes bonds sont de vrais miracles. Mais… je crois que mon ventre préfère le plancher des vaches. La vitesse, c’est rigolo dans les rêves, mais dans la réalité, ça donne un peu envie de transformer son petit-déjeuner en fontaine.
Lili la coccinelle atterrit doucement à côté d'eux, l'air soulagé.
— Tu vois, Titou ? Glisser, c’est peut-être lent, mais au moins, tes yeux ont le temps d’admirer les jolies choses sans qu’elles deviennent de la purée de couleurs.
Titou regarda le chemin parcouru. Gribouille l’avait déposé bien plus loin qu’il ne l’aurait fait seul. Mais il préférait mille fois sentir la douceur de la terre sous son pied musclé.
— Merci Gribouille, dit Titou en reprenant ses esprits. Tu m’as montré que je n’étais pas fait pour être un oiseau vert. Je vais continuer à mon rythme. Un petit glissement après l’autre.
Gribouille fit un clin d'œil doré.
— Pas de souci, l’explorateur ! Je reste dans le coin si tu as besoin d’un coup de ressort… mais promis, la prochaine fois, je ferai des sauts de puce !
Et c'est ainsi que Titou, le cœur à nouveau léger et l'estomac bien en place, retrouva son ruban d'argent. Il avançait lentement, très lentement, mais il voyait chaque pétale, chaque goutte de rosée, et chaque fourmi qui passait. Et pour un petit escargot, c’était bien là le plus beau des voyages.
Le gros caillou qui barre la route
# Chapitre : Le gros caillou qui barre la route
Le soleil brillait comme une grosse orange juteuse dans le ciel de début d’après-midi. Titou, notre petit escargot au cœur de champion, avançait avec une grâce retrouvée. *Gliss-gliss, gliss-gliss…* Son corps tout mou laissait derrière lui un ruban d’argent qui scintillait comme une guirlande de Noël oubliée dans l’herbe.
— Regarde-moi ça, murmura Titou en s’arrêtant devant une marguerite. Elle a des pétales blancs comme du sucre glace et un cœur jaune comme un petit soleil. C’est beau, quand même !
Il était fier de lui. Il ne courait pas (enfin, pas trop). Il ne sautait pas (Gribouille la sauterelle lui avait bien montré que ce n’était pas pour lui). Il savourait la fraîcheur de la rosée sous son ventre musclé. Mais voilà, dans la tête de Titou, il y avait toujours une petite voix, une petite voix pressée qui lui chuchotait :
*« Dis donc, Titou, c’est très joli tout ça, mais le bout du chemin est encore loin ! Si on accélérait un tout petit peu, juste pour voir ? »*
Titou secoua ses cornes-antennes.
— Non, petite voix ! Je prends mon temps. Je suis un escargot zen. Un escargot-bouddha.
Mais soudain, au détour d’un brin de lavande géant, le monde s’arrêta.
Devant lui, se dressait une montagne. Une muraille immense, grise, avec des reflets argentés et des petites paillettes de roche qui brillaient au soleil. Pour nous, c’était un simple caillou, de la taille d’une pomme. Pour Titou, c’était l’Himalaya !
— Oh là là… souffla Titou, ses yeux tournant dans tous les sens au bout de leurs tiges. C’est un monstre de pierre ! Il barre tout le passage.
Titou regarda à gauche : des herbes hautes et emmêlées comme une jungle impénétrable.
Il regarda à droite : une flaque d'eau profonde comme un océan bleu.
Il n'y avait qu'une solution : contourner le rocher en suivant la petite corniche de terre mouillée juste au pied de la pierre.
La petite voix pressée revint à la charge :
*« Allez Titou ! C’est le moment de montrer ce que tu as dans le ventre ! Si tu fonces maintenant, tu seras de l’autre côté avant que le soleil n’ait eu le temps de cligner de l’œil ! »*
Titou, oubliant ses bonnes résolutions, gonfla son petit torse.
— Tu as raison ! À fond les antennes !
Il commença à ramper le plus vite possible. *Zioum ! Vroum !* (Enfin, pour un escargot). Il poussait sur son pied de toutes ses forces. Il transpirait de la bave étoilée. Il se sentait comme un bolide de course sur la piste grise du caillou.
— Je suis un éclair ! Je suis une flèche ! Je suis…
**ZLIP !**
Le drame arriva en un millième de seconde. Le pied de Titou rencontra une plaque de mousse verte, très jolie, mais terriblement glissante. C’était comme marcher sur une peau de banane avec des patins à glace.
— Ouh là… ouh là là là ! À l’aide ! glapit Titou.
Ses antennes s’affolèrent. Son corps perdit l’équilibre. Il essaya de se rattraper à une petite branche, mais ses mains (enfin, ses côtés tout mous) glissèrent.
**PATATRAS !**
Dans un bruit de coquille qui s’entrechoque contre le sol — *cloc !* — Titou bascula en arrière. Il roula sur le côté, fit un demi-tour malencontreux, et finit sa course… sur le dos.
Le silence retomba sur le jardin.
Titou cligna des yeux. Au lieu de voir la terre brune et les fourmis laborieuses, il voyait… le ciel. Un ciel immense, bleu comme une piscine, avec des nuages cotonneux qui ressemblaient à des moutons de poussière géants.
Il essaya de bouger, mais rien ne se passait comme prévu. Ses petits muscles s'agitaient dans le vide. Il était là, la coquille contre le sol, le ventre offert au vent, les « quatre fers en l'air » (ou plutôt, son unique pied tout fripé pointé vers les nuages).
— Oh non… gémit Titou en gigotant frénétiquement. Je suis un escargot à l'envers ! C’est une catastrophe ! Je vais rester ici jusqu’à ce que je devienne un fossile !
Il agitait ses antennes comme des petits drapeaux de détresse.
— Hé ! Quelqu’un ? Monsieur le Caillou ? Vous pourriez me donner un petit coup de pouce ?
Mais le gros caillou restait silencieux et fier, étincelant sous le soleil.
Titou s'arrêta de s'agiter. Il était épuisé. Son petit cœur battait *boum-boum, boum-boum* contre sa coquille. Et c’est là, alors qu’il était coincé dans cette position très rigolote et un peu humiliante, qu’il remarqua quelque chose de magique.
Juste au-dessus de lui, une libellule aux ailes de dentelle bleue s’était arrêtée en vol stationnaire. Elle brillait comme un bijou vivant. Plus haut encore, il vit un avion laisser un long trait de craie blanche dans l’azur. Il vit aussi la danse des feuilles d’un grand chêne, qui faisaient « frou-frou » en se racontant des secrets.
— Tiens, dit-il, la voix plus calme. C’est drôle… Je n’avais jamais regardé le ciel de si près. C’est… c’est immense.
Être pressé l’avait fait tomber, c’est vrai. Mais être à l’envers lui offrait le plus beau spectacle du monde. Cependant, il ne pouvait pas rester là éternellement, car le soleil commençait à chauffer un peu trop son ventre fragile…
— Bon, c’est très beau, le ciel, mais comment je vais faire pour remettre mes antennes sur terre ?
Il essaya de se balancer de gauche à droite. *Balan-çoire, balan-chette…* Mais sa coquille était bien ronde et il n’arrivait pas à trouver d’appui. Il se sentait comme un petit bateau perdu au milieu d’un océan d’herbe.
C’est alors qu’il entendit un petit rire discret, un bruit qui ressemblait à des clochettes de muguet qui tintent…
La leçon de Mamie Tortue
Voici le chapitre de Titou l’Escargot, écrit avec tendresse et magie pour les petites oreilles.
***
# Chapitre : La leçon de Mamie Tortue
*Ting, ting, ting...*
Le son était aussi léger qu’une bulle de savon qui éclate. Titou, toujours coincé sur sa coquille ronde, écarquilla ses petits yeux noirs. Entre les brins d’herbe qui lui semblaient aussi grands que des arbres, il vit apparaître une drôle de montagne mouvante.
C’était une montagne de couleur mousse et terre cuite, toute cabossée, qui avançait très, très tranquillement. *Chut... Chut... Chut...* faisait le ventre de la montagne en frôlant les pâquerettes. Puis, une petite tête ridée, avec des yeux brillants comme deux jolis cailloux polis, sortit d’un long cou tout mou.
— Oh ! Un petit bateau à l’envers sur une mer de trèfles ! s’exclama une voix douce et traînante, chaude comme un rayon de soleil d’automne.
— Je ne suis pas un bateau, répondit Titou en agitant ses quatre cornes avec désespoir. Je suis Titou ! Et je suis très pressé, mais mes pieds ne touchent plus le tapis vert !
La montagne s’arrêta. C’était Mamie Tortue. Elle portait sur son dos une carapace gravée de mille motifs, comme une carte aux trésors. Elle s’approcha de Titou, et son rire de clochette résonna à nouveau.
— Ne gigote pas tant, petit pressé. Tu vas effrayer les coccinelles qui font la sieste.
Mamie Tortue avança une patte robuste, toute recouverte d’écailles d’argent. Avec une délicatesse infinie, comme si elle manipulait une perle de rosée, elle glissa le bout de son nez sous la coquille de Titou.
— Attention... *Hisse !* Une pincée de courage, une goutte de patience... et *HOP !*
Dans un petit bruit de vent chaud — *Frouf !* — Titou se retrouva les deux antennes bien droites, le pied collé au sol. Oh, que la terre était douce ! Oh, que l’herbe était fraîche sous son ventre ! Il fit quelques glissades pour se dégourdir, laissant derrière lui un petit chemin d’argent brillant.
— Merci, Madame la Montagne ! dit Titou en s’apprêtant déjà à repartir comme une flèche. Allez, vite, je dois aller... je dois aller là-bas, très loin !
Mais Mamie Tortue posa doucement sa grosse patte devant lui. Pas pour l’arrêter méchamment, mais pour l’inviter à regarder.
— Dis-moi, Titou... Quand tu courais tout à l’heure, as-tu vu la robe de bal du coquelicot ?
Titou s’arrêta net. Ses antennes s’agitèrent.
— La robe du... quoi ? Non, je n’ai vu que du rouge qui passait très vite, comme une tache de peinture.
Mamie Tortue sourit, et ses rides dessinèrent des vagues de gentillesse sur son visage.
— Approche ton petit nez, Titou. Regarde cette fleur juste à côté de toi.
Titou s’approcha. Le coquelicot était d’un rouge si éclatant qu’on aurait dit un petit morceau de feu magique. Ses pétales étaient fins comme du papier de soie, et au centre, il y avait un cœur de velours noir tout saupoudré de poussière d’étoiles.
— C’est... c’est beau, murmura Titou. On dirait qu’elle danse.
— Elle danse pour ceux qui savent s’arrêter, chuchota Mamie Tortue. Si on court trop vite, Titou, le monde devient un grand flou. On ne voit plus le bleu des clochettes, on n’entend plus le secret du ruisseau, et on ne sent plus le parfum de vanille de l’herbe coupée.
Titou resta silencieux. Il regarda autour de lui. Il y avait une petite fourmi qui transportait un grain de sucre comme un trésor, et une goutte de rosée qui jouait au miroir avec le soleil. C’était un spectacle magnifique, un vrai jardin aux merveilles.
— Mais... si je ne cours pas, je ne vais pas arriver au bout du voyage ? demanda l’escargot.
Mamie Tortue ferma les yeux à demi, savourant la tiédeur de l’air.
— Le voyage, petit Titou, ce n’est pas seulement d’arriver. Le voyage, c’est chaque petit pas que tu fais sur cette terre parfumée. Prends le temps de dire bonjour aux fleurs. Prends le temps de respirer le parfum du matin. Tu verras, ton cœur sera bien plus léger que ta coquille.
Elle se remit en route, *dou-ce-ment*, un pas après l’autre.
— La vie est un grand goûter, Titou. Ne le mange pas tout d’un coup, sinon tu n’en sentiras pas le sucre.
Titou regarda la vieille tortue s’éloigner. Il ne se mit pas à courir. Il avança d’un petit centimètre, puis d’un autre. Il s’arrêta pour admirer une marguerite qui lui faisait un clin d’œil avec son cœur d’or.
— Tu as raison, Mamie Tortue, chuchota-t-il. C’est drôlement joli, le monde, quand on le regarde pour de vrai.
Et ce jour-là, pour la toute première fois, Titou l’Escargot Pressé décida qu’il préférait être Titou l’Escargot Curieux. Il continua son chemin, le nez en l’air, prêt à collectionner tous les petits bonheurs cachés dans l’herbe.
Le secret des petites choses
**CHAPITRE : Le secret des petites choses**
Titou ne courait plus. Il ne sprintait plus. Il ne transpirait plus sous sa petite maison ronde. Au lieu de cela, il glissait. *Glisss... glisss...* C’était un bruit doux, comme un secret murmuré à l’oreille de la terre.
L’herbe, qu’il voyait d’habitude comme un grand flou vert qu’il fallait traverser très vite, changea soudain d’apparence. Pour Titou l’Escargot Curieux, chaque brin d’herbe devint un immense gratte-ciel de velours.
— Oh ! s’exclama-t-il en s'arrêtant net. Qu’est-ce que c’est que ce trésor ?
Juste devant son nez, une goutte de rosée était accrochée à une feuille de trèfle. Mais ce n’était pas une simple goutte d’eau. Le soleil du matin venait de poser un rayon dessus, et la goutte s’était transformée en un diamant étincelant. Elle brillait de mille feux : du bleu, du rose, de l’or et même un petit peu de violet.
Titou s’approcha tout près, si près que son petit nez humide faillit toucher la perle liquide.
— Bonjour, petit miroir ! chuchota-t-il.
Dans la goutte, il vit son propre reflet. Il vit ses deux grandes antennes qui dansaient de joie et son petit sourire timide. Avant, il n'avait jamais pris le temps de se regarder. Il était trop pressé d’arriver « là-bas ». Mais « là-bas », c’était moins joli qu’ici.
Soudain, un bruit étrange attira son attention.
*Clic-clic... Frou-frou... Un, deux ! Un, deux !*
Titou baissa les yeux vers le sol, là où la terre sentait bon le chocolat et la pluie. Une file de fourmis passait par là. D’habitude, Titou les trouvait agaçantes parce qu’elles allaient toujours trop vite. Mais aujourd'hui, il regarda vraiment.
Ce n'était pas une simple marche. C'était une véritable fête ! Les fourmis ne se contentaient pas de transporter des miettes de pain. Elles dansaient ! Elles se faisaient des petits signes avec leurs antennes, comme si elles se racontaient des blagues très rigolotes.
— Hop ! s’écria une petite fourmi avec un chapeau de pétale de coquelicot. Attention, ça va secouer !
Elle portait une graine de tournesol trois fois plus grosse qu’elle, et pour se donner du courage, elle faisait des petits pas de chassé. *Chassé à gauche, chassé à droite !* Ses sœurs la suivaient en rythme, créant une chenille vivante et joyeuse sous les grandes feuilles de pissenlit.
— Vous dansez ? demanda Titou, émerveillé.
La fourmi au chapeau s’arrêta une seconde, essuyant son front minuscule.
— Bien sûr, Monsieur l’Escargot ! Si on ne danse pas, le travail est trop lourd. Si on chante, le chemin est un tapis de fleurs. Tu veux essayer ?
Titou rit. Il ne pouvait pas vraiment danser comme une fourmi, mais il commença à balancer ses antennes en rythme. *Gauche, droite. Gauche, droite.*
— C’est magique ! pensa-t-il. Tout ce monde qui bouge, qui brille et qui chante... Et moi qui passais devant sans rien voir !
Il continua sa route, mais cette fois, il s’arrêta tous les trois centimètres. Il découvrit que l’écorce du vieux chêne ressemblait à des montagnes de géants avec des vallées profondes. Il sentit le parfum d’une violette cachée qui sentait bon le bonbon. Il écouta le vent faire de la musique dans les feuilles, un son qui ressemblait à des applaudissements tout doux.
Le secret était là, juste sous ses yeux. Le secret, c’était que le monde est rempli de petits cadeaux, mais ces cadeaux sont très timides : ils ne se montrent qu’à ceux qui savent marcher doucement.
Titou sentit quelque chose de nouveau dans sa poitrine. Ce n'était pas de la fatigue, c'était de la chaleur. Sa coquille, qu’il trouvait autrefois si lourde, lui semblait maintenant légère comme une plume, comme si elle était remplie de bulles de savon.
— Merci, Mamie Tortue, dit-il en regardant le ciel bleu.
Il n’était plus Titou l’Escargot Pressé qui voulait toujours arriver le premier. Il était Titou, le petit explorateur du minuscule, le roi des gouttes de diamants et l’ami des fourmis danseuses.
Et alors qu'il s'apprêtait à contourner un gros caillou gris, il vit quelque chose de plus incroyable encore. Une petite chenille à poils doux était en train de faire une sieste sur un duvet de mousse. Elle ronflait comme une minuscule trompette. *Piii-shuuu... Piii-shuuu...*
Titou sourit. Il ne fit pas de bruit pour ne pas la réveiller. Il passa sur la pointe de son pied d'escargot, le cœur rempli de toutes ces merveilles. Il comprit enfin que le plus beau voyage, ce n'est pas la destination, c'est toute la magie qu'on trouve en chemin.
Le soleil caressait son dos, et Titou, pour la première fois de sa vie, ne voulait surtout pas que la journée se termine. Car chaque petite chose avait une histoire à lui raconter.
Enfin en haut de la montagne
Voici le chapitre final du voyage de Titou.
***
# CHAPITRE : Enfin en haut de la montagne
Le petit chemin de terre s’élevait de plus en plus. Pour nous, c’était juste un petit tas de terre oublié près du potager, mais pour Titou, c’était la Montagne Magique, le Sommet du Monde, là où les nuages viennent se reposer.
Titou ne courait plus. Il ne regardait plus sa petite montre imaginaire en criant : « Vite ! Vite ! ». Non, maintenant, il glissait avec une douceur de plume. À chaque pas — ou plutôt à chaque petit glissement de son pied musclé — il laissait derrière lui un sillage d’argent qui brillait comme un ruban de fée.
— Allez, mes petites antennes, murmura-t-il en les agitant comme des baguettes magiques. Encore un tout petit effort !
Le sol changeait sous lui. La terre était devenue d’un brun chaud, avec des petits grains de sable qui ressemblaient à des pépites d’or sous les rayons du soleil. Il y avait aussi des racines de pissenlits qui sortaient du sol, comme des bras de géants bienveillants pour l’aider à grimper.
Soudain, le sol devint tout plat. Titou ne montait plus. Il tourna ses antennes-télescopes vers la gauche, puis vers la droite. Puis, il poussa un grand « Ooooh ! » d’admiration.
Il était arrivé. Il était tout en haut !
Le sommet de la montagne était une petite plate-forme de terre lisse, couronnée par une seule fleur de trèfle rose qui sentait bon le miel et le dodo. Titou s’approcha du bord et regarda en bas.
— C’est... c’est incroyable ! s’exclama-t-il, les yeux tout ronds.
De là-haut, le jardin n’était plus seulement un jardin. C’était un royaume enchanté.
Le vieil arrosoir bleu, oublié près de la cabane, ressemblait à un château étincelant. Les feuilles des salades semblaient être des vagues de velours vert sur une mer de terre. Au loin, il reconnut le buisson de lavande : on aurait dit un gros nuage de barbe à papa violette qui parfumait tout le ciel.
Et le plus étrange, c’est que Titou n’était pas fatigué du tout. Pas même un petit peu !
— C'est bizarre, pensa-t-il en tapotant sa coquille. D’habitude, quand je cours, j’ai le cœur qui fait *boum-boum* et je suis tout essoufflé. Mais aujourd'hui, j'ai l'impression d'avoir des ailes dans le dos !
C’était vrai. En prenant le temps de regarder les bulles de savon de Mamie Tortue, en écoutant le ronflement de la chenille et en admirant les gouttes de rosée, Titou avait rempli sa coquille de trésors invisibles. Et ces trésors-là ne pèsent rien ; au contraire, ils rendent le cœur aussi léger qu’un ballon de baudruche.
Une petite brise vint lui chatouiller les cornes. Elle apportait avec elle le chant des oiseaux et le murmure des abeilles qui rentraient à la ruche.
— Bonjour, Monsieur le Vent ! lança Titou en rigolant. Regarde comme je suis haut ! Je touche presque le bleu du ciel !
Le soleil commençait à descendre doucement, habillant le jardin d'une robe d'orange et de rose. Les ombres s'étiraient comme si les plantes voulaient se faire des câlins avant de dormir.
Titou s’installa confortablement contre la tige du trèfle rose. Il se sentait fier. Pas la fierté qui veut dire « je suis le meilleur », mais la fierté qui dit « j’ai réussi quelque chose de merveilleux ».
— Tu vois, Titou, se dit-il à lui-même d’une voix douce, la montagne était haute, mais le chemin était encore plus beau que le sommet.
Il se souvint alors de tout ce qu'il avait vu : les fourmis qui dansaient, la mousse qui ressemblait à un tapis de plumes, et le sourire de la vieille tortue. Il comprit que même s'il était un tout petit escargot dans un très grand jardin, il était le roi de son propre voyage.
Il sortit un petit morceau de feuille de trèfle qu'il avait gardé pour son goûter. Ça goûtait le sucre et la victoire.
La nuit commençait à montrer le bout de son nez étoilé. Les premières lucioles allumaient leurs petites lanternes dans l'herbe, tout en bas. On aurait dit que le ciel était tombé dans le jardin pour lui dire bonne nuit.
Titou ne se pressa pas pour rentrer. Il n'avait plus besoin de courir. Il ferma doucement ses petits yeux, rentra sa tête dans sa maison de nacre, et s’endormit au sommet de sa montagne de terre, le cœur bercé par la chanson du silence.
Ce soir-là, Titou l'Escargot ne rêva pas de courses ou de médailles. Il rêva de gouttes de pluie qui jouent de la musique et de chemins qui ne s'arrêtent jamais, parce qu'avec lui, chaque petit pas était devenu une grande aventure.
**FIN**
Le goûter avec les copains
**Le goûter avec les copains**
Le soleil se leva doucement sur le jardin, étirant ses longs bras d’or pour chatouiller les herbes hautes. Sur le sommet de sa petite montagne de terre, Titou l’escargot s’éveilla. Il ne fit pas un bond, il ne bouscula pas sa coquille. Au contraire, il sortit ses cornes très lentement, comme deux petites antennes magiques, pour humer l’air frais du matin.
Soudain, un petit bruit de brindilles qui craquent se fit entendre. *Cric, crac, pouf !*
— Titou ! Titou ! Tu es là-haut ?
C’était la voix haut perchée de Mimi la Fourmi. Derrière elle, on entendait le bourdonnement joyeux de Lulu la Coccinelle et les pas lourds, mais gentils, de Barnabé le Scarabée. Ils grimpaient tous vers le sommet, les bras chargés de trésors.
— Regardez notre champion ! s'exclama Lulu en se posant délicatement sur une feuille de pissenlit. Il a réussi ! Il a grimpé tout en haut du monde !
Titou sourit. Ses amis étaient là, les yeux brillants d'admiration. Mais ce qui fit briller les yeux de Titou encore plus fort, c’était ce que Barnabé et Mimi transportaient : trois magnifiques fraises des bois, rouges comme des petits cœurs, toutes brillantes de rosée.
— C’est pour fêter ton voyage, souffla Mimi la Fourmi en s’essuyant le front. On les a trouvées près du ruisseau. Elles sont sucrées comme des bisous de maman.
Le goûter commença. C’était un festin de rois. Ils s’installèrent en rond sur un tapis de mousse toute douce qui ressemblait à un gros coussin vert.
*Slurp ! Miam !*
Quand on croquait dans la fraise, un jus de rubis coulait sur les babines. Ça sentait bon l'été, le sucre et la forêt. Chaque bouchée était une explosion de bonheur dans la bouche de Titou. Avant, il aurait mangé en toute hâte pour courir vers une autre aventure. Mais aujourd'hui, il savourait chaque petit grain, chaque goutte parfumée.
— Alors, Titou ? demanda Barnabé le Scarabée en s'essuyant les moustaches avec sa patte. Raconte-nous ! Est-ce que c'était terrifiant là-bas ? Est-ce que tu as vu des géants ?
Les copains se serrèrent les uns contre les autres. Le silence se fit dans le jardin. Même le vent s'arrêta de souffler dans les tulipes pour écouter.
Titou prit une grande inspiration. Il ne parla pas vite. Il laissa ses mots s'envoler comme des petits papillons.
— J’ai vu le monde changer de couleur, commença-t-il d’une voix douce. J’ai touché des plumes qui ressemblaient à des nuages tombés du ciel. J’ai rencontré une tortue qui avait le temps dans ses yeux… Elle m’a appris que le chemin est aussi beau que l’arrivée.
Il raconta le tapis de plumes, la montagne de terre qui semblait toucher les étoiles, et les lucioles qui faisaient danser la lumière dans le noir. Il décrivit la sensation de la pluie qui fait de la musique sur sa coquille, comme un petit tambour de cristal.
— Et tu n’as pas eu peur ? demanda la petite Lulu en faisant bouger ses points noirs.
— Parfois, un tout petit peu, répondit Titou. Mais mon cœur battait comme un petit tambour courageux. Et à chaque pas, je découvrais que le jardin est un palais de merveilles quand on prend le temps de le regarder.
Mimi la Fourmi soupira de bonheur :
— Oh, Titou… On dirait que tu es devenu un magicien !
— Non, dit Titou en partageant le dernier morceau de fraise. Je suis juste un escargot qui a appris à marcher avec son cœur plutôt qu’avec ses pieds.
Le goûter dura longtemps. Ils rirent, ils partagèrent des miettes de trèfle et regardèrent les nuages dessiner des formes de dragons et de lapins dans le ciel bleu. Titou n’avait plus envie de courir. Il était exactement là où il devait être : entouré d’amis, le ventre plein de fraises sucrées, sur sa montagne de terre qui n’était plus seulement un sommet, mais le plus bel endroit de l’univers.
Car au bout du voyage, Titou avait trouvé le plus grand des trésors : le bonheur de prendre son temps. Et ce soir-là, dans le jardin endormi, on aurait pu jurer que la coquille de Titou brillait d'une lueur dorée, comme une petite étoile de nacre posée sur la terre.
Doucement, c'est géant !
Voici le dernier chapitre de l'histoire de Titou.
***
# CHAPITRE : Doucement, c'est géant !
Le soleil commençait à descendre tout doucement derrière les grands tournesols, colorant le ciel de rose bonbon et d'orange abricot. Sur sa petite montagne de terre, Titou l’escargot ne bougeait plus. Il n'avait plus besoin de se dépêcher. Il n'avait plus besoin de dépasser les abeilles ou de faire la course avec les scarabées.
Il se sentait grand. Aussi grand qu’un chêne, aussi fort qu’un lion.
Mimi la Fourmi, installée sur un brin de mousse juste à côté de lui, agitait ses petites antennes avec curiosité.
— Titou ? À quoi tu penses ? Tu as l’air de regarder le vide, mais tes yeux brillent comme des billes de cristal.
Titou sourit. Un sourire lent, un sourire de pur velours.
— Je ne regarde pas le vide, Mimi. Je regarde le « Géant ».
Mimi fronça ses petits sourils, intriguée.
— Le Géant ? Mais où est-il ? Je ne vois pas de géant, moi ! Il n'y a que de l'herbe, des cailloux et des fleurs.
Titou tendit une corne vers une simple goutte de rosée qui tremblait au bout d’une feuille de trèfle. La goutte reflétait tout le jardin, les nuages et même le reflet des amis.
— Regarde bien, Mimi. Pour ceux qui courent, ce n'est qu'une petite goutte d'eau qui mouille les pattes. Mais pour nous, aujourd'hui, c'est un océan de lumière. On y voit tout un univers caché.
Il désigna ensuite un petit caillou gris, à moitié enterré.
— Regarde ce rocher. Si on va vite, il est ennuyeux. Mais si on s'approche tout près, tout doucement… on voit qu'il a des paillettes d'argent, des crevasses comme des montagnes enneigées et de la mousse douce comme un tapis de roi.
Mimi s'approcha, posa sa patte sur le caillou et s'exclama :
— Oh ! C’est vrai ! On dirait un château de poussière d’étoiles !
Titou hocha la tête. Il comprenait enfin le secret de son voyage. Il n’était pas allé jusqu’au bout du monde, mais il avait découvert que le monde entier tenait dans son petit jardin, pourvu qu’on sache le regarder avec amour.
— Tu sais, Mimi, dit-il d'une voix douce comme un murmure de vent, avant, je croyais qu'être « pressé », c'était être important. Je croyais que pour vivre une grande aventure, il fallait courir très loin, très vite, jusqu'à perdre le souffle. Mais je me trompais.
Une libellule passa au-dessus d'eux dans un froissement d'ailes bleues. Titou ne chercha pas à la suivre des yeux avec envie. Il apprécia juste la petite brise que ses ailes avaient créée sur ses joues.
— La plus grande des aventures, c’est d’ouvrir les yeux, continua Titou. Quand on va doucement, tout devient géant. Un pétale de rose devient une couverture de soie. Une miette de pain devient un festin de prince. Et une amie comme toi… elle devient le plus beau des trésors.
Mimi, émue, se serra contre la coquille dorée de Titou.
— Tu es devenu un vrai sage, Titou. Un escargot-explorateur !
Le silence retomba sur le jardin, mais c’était un silence joyeux, rempli du chant des grillons qui commençaient leur concert du soir. Titou rentra doucement la tête dans sa coquille de nacre. Il s’y sentait bien. Sa maison n’était plus un poids lourd à porter, c’était son petit palais personnel, rempli de souvenirs de sa journée : le goût sucré de la fraise, la fraîcheur de l'ombre, le rire de ses amis.
Avant de fermer les yeux pour de bon, il murmura une dernière fois, comme une chansonnette :
— Pas besoin de courir pour toucher le ciel. Il suffit de regarder le chemin sous ses pieds. Doucement… c’est vraiment géant.
Et ce soir-là, dans le jardin endormi, toutes les petites bêtes qui passaient près de la montagne de terre ralentissaient un peu. Elles aussi voulaient voir la magie. Elles aussi voulaient voir le monde en grand.
Titou l’Escargot Pressé n’existait plus. Il y avait désormais Titou l’Escargot Heureux, celui qui savait que le bonheur, c’est de prendre tout son temps pour aimer chaque petit instant.
**C’est ainsi que se termine le merveilleux voyage de Titou, le petit escargot qui découvrit que la vie est une fête magnifique, quand on accepte de marcher au rythme de son cœur.**