Foxyy et le Gardien des Énigmes de Cristal
Par Studio Wonder — Jeunesse
**CHAPITRE 1 : FOXYY ET LA FORÊT DE VELOURS**
Il était une fois, nichée au creux d’une vallée que les nuages ne survolaient qu’en faisant des pointes de pieds, un endroit merveilleux appelé la Forêt de Velours. Ici, l’herbe n’était pas simplement verte ; elle était d’un émeraude si tendre qu’on aur...
Foxyy et la Forêt de Velours
**CHAPITRE 1 : FOXYY ET LA FORÊT DE VELOURS**
Il était une fois, nichée au creux d’une vallée que les nuages ne survolaient qu’en faisant des pointes de pieds, un endroit merveilleux appelé la Forêt de Velours. Ici, l’herbe n’était pas simplement verte ; elle était d’un émeraude si tendre qu’on aurait dit un immense tapis de mousse à raser, et les arbres possédaient des feuilles aussi douces que les oreilles d’un lapereau.
C’est dans ce décor enchanté que vivait Foxyy. Foxyy était un petit renard pas plus haut qu’un pot de confiture, avec un pelage de la couleur d’une tartine grillée et une queue si rousse et si touffue qu’elle ressemblait à un panache de feu de joie. Ses yeux, sombres et brillants comme deux grains de café, pétillaient toujours d’une curiosité insatiable.
Chaque matin, dans la Forêt de Velours, le réveil ne sonnait pas avec un « Dring ! » bruyant, mais avec une chanson. Dès que le premier rayon de soleil chatouillait la rosée, les Mélodi-Fleurs — de grandes clochettes aux pétales de satin — ouvraient leur corolle en baillant.
— *Do-ré-mi-fa-soleil !* chantonnaient les fleurs en harmonie.
Foxyy sortit de son terrier en s’étirant si fort que ses petites pattes tremblaient.
« Bonjour les fleurs ! » lança-t-il en faisant un bond de côté. « Vous chantez encore mieux qu’hier, je parie que vous avez mangé trop de gouttes de miel cette nuit ! »
Les fleurs agitèrent leurs tiges en riant, libérant un parfum de barbe à papa et de pluie d’été. Foxyy aimait ce moment de la journée. C’était le moment où la forêt s’éveillait, où chaque buisson semblait vouloir lui raconter un secret.
Il trottina le long du Sentier des Chatouilles, un chemin recouvert de plumes de fées tombées lors de leur dernière danse. À chaque pas, le sol faisait un petit bruit de ressort : *Pouf ! Flip ! Ploc !*
Soudain, Foxyy s’arrêta net. Ses oreilles pointues pivotèrent vers la gauche, puis vers la droite, comme de petits radars. Un bruit étrange venait de troubler la symphonie des fleurs. Ce n’était pas le bruissement d’un écureuil ni le chant d’un oiseau-lyre. C’était un tintement... un son cristallin, comme si quelqu’un jouait avec des glaçons dans un verre en cristal.
« Tiens, tiens... » murmura Foxyy, le bout de son nez humide frémissant d’excitation. « Voilà quelque chose que je n’ai jamais entendu. »
Il s’enfonça dans un fourré de Fougères-Dentelles, des plantes qui essayaient de lui faire des tresses avec sa propre queue.
« Pas aujourd'hui, les filles ! » rigola-t-il en se dégageant. « J’ai une énigme à résoudre ! »
En avançant vers le cœur de la forêt, là où les arbres sont si vieux qu’ils portent des barbes de lichen argenté, Foxyy remarqua que la lumière changeait. Au lieu du jaune chaud du soleil, de petits éclats de lumière bleutée dansaient sur le sol de velours.
C’est alors qu’il le vit. Au pied du Grand Chêne-Miroir, un objet étrange scintillait. C’était une petite pierre, transparente comme de l’eau gelée, taillée avec des milliers de facettes. À l’intérieur, une lueur dorée semblait prisonnière, tourbillonnant comme une luciole en cage.
Foxyy s’approcha prudemment. Il savait que dans la Forêt de Velours, la magie était partout, mais cette pierre-là dégageait une énergie particulière. Elle ne chantait pas comme les fleurs, elle murmurait.
« On dirait... un morceau d'étoile tombé du ciel, » chuchota-t-il pour lui-même.
Alors qu’il s’apprêtait à poser sa patte sur le cristal, une voix profonde et vibrante, comme le grondement d’un orage lointain mais très doux, s’éleva du sol :
— *Prends garde, petit renard à la queue de flamme. Ce cristal n’est pas un jouet, c’est une clef. Et chaque clef attend une question...*
Foxyy fit un bond en arrière, les poils de son dos hérissés, mais son regard restait fixé sur le cristal. Sa curiosité était bien plus forte que sa peur.
« Une clef ? » demanda-t-il, la voix un peu tremblante mais pleine d'intérêt. « Et quelle porte ouvre-t-elle ? »
Un rire léger, comme le froissement d’un vieux parchemin, lui répondit. La forêt sembla soudain devenir plus dense, plus mystérieuse. Foxyy ne le savait pas encore, mais sa vie paisible venait de basculer. Le Gardien des Énigmes de Cristal l’observait, caché dans l’ombre des feuilles de velours, et l’aventure ne faisait que commencer.
— *Tu le sauras bien assez tôt,* reprit la voix mystérieuse. *Mais pour l'instant, dis-moi, Foxyy... sais-tu ce qui est plus léger qu'une plume, mais que même l'animal le plus fort de la forêt ne peut tenir plus de quelques minutes ?*
Le petit renard s’assit sur son derrière, rangea sa queue soigneusement autour de ses pattes, et fronça les sourcils. L’énigme était posée. La Forêt de Velours retint son souffle, attendant la réponse de son habitant le plus curieux.
Le Mystérieux Brouillard de Diamant
**CHAPITRE : Le Mystérieux Brouillard de Diamant**
Le lendemain matin, Foxyy ne fut pas réveillé par les rayons dorés du soleil, mais par un silence étrange, presque trop lourd. D’ordinaire, la Forêt de Velours chantait dès l’aube : le clapotis du ruisseau, le craquement des brindilles et le papotage incessant des oiseaux.
Mais ce matin-là, tout était muet.
Foxyy sortit le museau de son terrier et resta pétrifié. Sa belle forêt, d’habitude si vibrante de couleurs, avait disparu. Un voile épais, d’un blanc opale et scintillant, recouvrait absolument tout. Ce n’était pas une brume ordinaire, grise et humide. Non, c’était un brouillard composé de milliards de minuscules paillettes de lumière qui flottaient dans l’air comme de la poussière de diamant.
— Oh... murmura Foxyy, ses yeux ambre écarquillés par l'étonnement. C’est comme si le ciel était tombé par terre.
Il fit un pas dehors et sentit ses pattes s'enfoncer dans une douceur cotonneuse. En agitant la queue, il créa un tourbillon de poussière d'argent. Mais bientôt, l’émerveillement laissa place à une petite inquiétude. Le vert émeraude des mousses, le rouge rubis des baies et le bleu saphir des fleurs avaient été gommés. Tout était devenu pâle, argenté, presque invisible.
— Foxyy ? Est-ce que c’est toi ? couina une petite voix tremblante.
Un buisson de givre s'agita et Gribouille, l’écureuil aux oreilles en pointe, apparut. Il tenait une noisette avec tant de force que ses petites pattes en tremblaient.
— Gribouille ! Ne t’inquiète pas, c’est juste... du brouillard ?
— Ce n’est pas du brouillard, Foxyy ! C’est un sortilège ! s’exclama l’écureuil en pointant son nez vers le haut. Regarde, je ne retrouve même plus mon chêne. Les couleurs sont parties ! Si je ne vois plus le marron de mes noisettes, comment vais-je savoir si elles sont bonnes à manger ?
Foxyy ferma les yeux un instant. Il se souvint des paroles du Gardien la veille. *« Sais-tu ce qui est plus léger qu'une plume, mais que même l'animal le plus fort de la forêt ne peut tenir plus de quelques minutes ? »*
Le petit renard prit une grande inspiration, puis expira lentement. Un nuage de buée blanche sortit de son museau et vint se mêler au brouillard de diamant.
— Le souffle ! s’écria Foxyy. La réponse, c’est le souffle !
Soudain, le brouillard sembla réagir à sa voix. Les paillettes de diamant se mirent à danser frénétiquement, formant un tourbillon scintillant qui indiquait une direction précise : le Cœur de la Forêt, là où les arbres étaient les plus vieux et les secrets les plus profonds.
— Le Gardien m’appelle, comprit Foxyy. Ce brouillard n’est pas là pour nous faire peur, Gribouille. C’est un chemin. Quelque chose a déréglé la magie de la forêt, et je parie que ce cristal que j'ai trouvé hier en est la cause.
Foxyy sentit un frisson parcourir sa fourrure rousse. Ce n'était plus une simple promenade pour trouver des baies sucrées. C'était une mission.
— Tu viens avec moi ? demanda-t-il à l'écureuil.
— Moi ? Dans le brouillard qui mange les couleurs ? Tu es fou ! Je vais rester ici et compter mes noisettes... enfin, si j'arrive à les voir !
Foxyy sourit courageusement. Il s’enfonça seul dans la blancheur étincelante. Autour de lui, les formes des arbres étaient floues, comme des fantômes de bois. Le brouillard de diamant avait un parfum sucré, une odeur de menthe et d'étoiles froides.
Plus il avançait, plus le silence devenait dense. Parfois, il croyait apercevoir une silhouette immense et majestueuse se faufiler entre les troncs, mais dès qu’il tournait la tête, il n’y avait que des paillettes argentées qui retombaient lentement.
— Monsieur le Gardien ? appela-t-il, la voix un peu plus assurée. J’ai trouvé la réponse ! C’est le souffle ! Est-ce pour cela que la forêt a perdu ses couleurs ? Est-ce qu’elle a arrêté de respirer ?
Un murmure passa entre les branches, comme une caresse sur ses oreilles.
*« Un bon début, petit renard... mais le souffle n'est que la vie qui circule. Sans la lumière du prisme, le monde reste blanc. Trouve la Cascade des Reflets, Foxyy. Là-bas, le brouillard naît d'une larme de cristal... »*
Foxyy accéléra le pas. Ses petites pattes laissaient des empreintes lumineuses sur le sol. Il ne savait pas encore quels dangers l’attendaient, ni comment ramener les couleurs, mais une chose était sûre : le Mystérieux Brouillard de Diamant n'était que le premier chapitre d'une aventure qui allait changer la Forêt de Velours à tout jamais.
Le Vieux Hibou aux Lunettes d'Or
**CHAPITRE 2 : Le Vieux Hibou aux Lunettes d'Or**
La Forêt de Velours semblait s’être endormie sous une épaisse couverture de sucre glace. Chaque pas de Foxyy provoquait un petit *criss-criss* cristallin, tandis que les arbres, dépouillés de leur vert émeraude, ressemblaient à des statues de verre silencieuses. Le petit renard trottinait, le museau en l'air, suivant le murmure du vent qui l'orientait vers la Cascade des Reflets.
Soudain, au détour d’un chêne centenaire dont les branches semblaient pétrifiées dans l’argent, une lueur dorée attira son regard. Là, perché sur une racine noueuse qui dépassait du brouillard, se tenait un oiseau imposant. C’était le Professeur Hoot.
Le vieux hibou ne ressemblait à aucun autre habitant de la forêt. Ses plumes étaient d’un gris de tempête, douces comme du duvet de nuage, mais ce qui frappait le plus, c’était l’énorme paire de lunettes d’or posée sur son bec crochu. Elles brillaient d’un éclat si vif qu'elles semblaient percer le mystérieux brouillard de diamant.
— *Hou-hou...* Qui ose troubler le silence de la Grande Blancheur avec des pattes si agitées ? demanda le hibou d’une voix profonde, qui résonna comme un violoncelle.
Foxyy s’arrêta net, remuant nerveusement sa queue rousse qui faisait une tache de couleur vive dans ce monde décoloré.
— C’est moi, Monsieur le Professeur ! C’est Foxyy ! J’ai parlé au vent, et il m’a dit que le souffle était la clé. Mais... je ne comprends pas pourquoi tout est devenu si triste et si blanc.
Le Professeur Hoot ajusta ses lunettes d'or d'un coup de patte savant. Ses grands yeux jaunes, pareils à deux soleils miniatures, scrutèrent le petit renard avec une curiosité bienveillante.
— Ah, le petit Foxyy... Tu as l’étincelle de la curiosité dans les yeux, c’est bien. Le souffle est en effet le moteur de la vie, petit renard. Mais vois-tu, la Forêt de Velours n’est pas seulement vivante, elle est lumineuse. Ou plutôt... elle l'était.
Le hibou poussa un long soupir qui fit s'envoler quelques paillettes argentées autour de lui.
— Le Brouillard de Diamant n’est pas une météo ordinaire, expliqua-t-il en ouvrant ses grandes ailes. C’est un voile de doute. Le Prisme de Lumière, qui distribue les couleurs à chaque feuille et à chaque fleur, s’est brisé. Et sais-tu pourquoi ? Parce que le monde a oublié de répondre aux questions essentielles.
Foxyy pencha la tête sur le côté, les oreilles dressées.
— Des questions ? Comme des devoirs d'école ?
Le Professeur Hoot laissa échapper un petit rire qui fit trembler ses plumes.
— Bien plus difficile que cela ! Seul le **Gardien des Énigmes** possède le pouvoir de recréer le Prisme. Il vit tout là-haut, au sommet du **Pic de Glace**, là où les nuages touchent le ciel et où le froid pétrifie même les pensées.
Foxyy leva les yeux vers l'horizon. Au loin, à travers les voiles de brume, on devinait la silhouette menaçante d'une montagne pointue et étincelante. Elle semblait si haute qu'elle paraissait appartenir à un autre monde.
— Le Pic de Glace ? murmura Foxyy avec une petite pointe d'inquiétude dans la voix. Mais c'est très loin, et il paraît que le chemin est rempli de pièges de cristal !
— C’est vrai, admit Hoot en fixant Foxyy de son regard perçant. Le Gardien ne reçoit que ceux qui ont le courage d’affronter le silence et l’esprit assez vif pour dénouer les mystères. Si tu veux ramener le rouge de tes joues sur les pétales des roses et le bleu du ciel sur les ailes des papillons, tu n'as pas le choix. Tu dois grimper.
Le vieux hibou s'approcha de Foxyy et, d'un geste solennel, effleura le front du renard avec le bout d'une plume argentée.
— Va, Foxyy. Suis la Cascade des Reflets. Elle te mènera au pied de la montagne. Mais attention : dans le brouillard, tes yeux peuvent te tromper, seul ton cœur connaît le chemin des vraies couleurs.
Le petit renard sentit une nouvelle chaleur l'envahir. Il n'était plus seulement un habitant de la forêt ; il était devenu un explorateur.
— Merci, Professeur Hoot ! Je reviendrai avec toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, je vous le promets !
Et sans attendre, Foxyy s'élança de nouveau dans la blancheur étincelante. Derrière lui, le vieux hibou aux lunettes d'or le regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'un petit point orange dans l'immensité de diamant.
— Bonne chance, petit gardien, chuchota Hoot. Car la plus grande énigme n'est pas celle que l'on entend, mais celle que l'on porte en soi.
Le voyage vers le Pic de Glace venait de véritablement commencer.
Le Pont qui Chante des Devinettes
**Chapitre : Le Pont qui Chante des Devinettes**
Foxyy trottinait d'un pas léger, sa queue rousse s'agitant comme un plumeau d'automne contre la blancheur immaculée du paysage. Il suivait le murmure cristallin de la Cascade des Reflets. Ici, l’eau ne se contentait pas de couler ; elle dansait en cascades de diamants liquides, projetant des arcs-en-ciel miniatures sur les parois de glace.
Soudain, le décor changea. Un brouillard épais, doux et sucré comme de la barbe à papa, enveloppa le petit renard. Foxyy s’arrêta, les oreilles dressées. Il se souvint des paroles du Professeur Hoot : *« Dans le brouillard, tes yeux peuvent te tromper... »*
Il ferma les paupières et prit une grande inspiration. L'air sentait la menthe fraîche et la poussière d'étoiles. C’est alors qu’il l’entendit : une mélodie céleste, un mélange de harpe et de flûte, qui semblait sortir de la terre elle-même.
En ouvrant les yeux, Foxyy vit une structure incroyable se dessiner devant lui. C’était le Pont des Accords. Ce n’était pas un pont de bois ou de pierre, mais un pont tissé de cordes de lumière dorée, tendues au-dessus d’un gouffre sans fond où tourbillonnaient des nuages mauves.
Alors que Foxyy posait une patte prudente sur le premier barreau de lumière, le pont vibra. Une note grave et profonde résonna, faisant frémir ses moustaches.
— Halte-là, petit voyageur aux pattes de feu ! chanta une voix qui semblait être portée par mille clochettes.
Le pont se mit à scintiller de mille feux, et les cordes de lumière s'animèrent pour former le visage transparent d'un esprit rieur.
— Je suis le Pont qui Chante, l'unique passage vers le Pic de Glace. Pour poser tes pattes sur mon dos de musique, tu dois prouver que ton esprit est aussi agile que tes bonds dans la neige.
Foxyy, bien que le cœur battant un peu vite, se redressa fièrement.
— Je suis prêt, Monsieur le Pont ! Le Professeur Hoot m'a dit que mon cœur connaîtrait le chemin.
Le pont émit un petit rire harmonieux.
— Très bien ! Écoute bien ma mélodie, car les mots s'envolent, mais la vérité reste. Voici mon énigme :
*« Je siffle sans avoir de bouche, je cours sans avoir de pieds.*
*Je fais danser les feuilles d'or et pleurer les vieux peupliers.*
*Je ne peux être vu, seulement ressenti.*
*Je porte les oiseaux et j'efface les traces des petits amis.*
*Si tu m'arrêtes, le monde s'endort,*
*Car je suis celui qui fait tourner les aiguilles du sort.*
*Qui suis-je, dans ce double mystère ? »*
Foxyy s'assit sur son derrière, la tête penchée sur le côté. Le vent... Oui, la première partie parlait forcément du vent ! Il le sentait en ce moment même, caressant ses oreilles et faisant tourbillonner les flocons. Le vent siffle, il court, il fait danser les feuilles.
Mais la fin ? *« Celui qui fait tourner les aiguilles du sort »*... et s'il s'arrête, le monde s'endort ?
Le petit renard ferma les yeux à nouveau. Il repensa au vieux hibou, à la patience nécessaire pour apprendre, et au temps qui passe, imperturbable, comme une rivière invisible.
— Le vent... chuchota-t-il d'abord.
Le pont vibra d'une note incertaine, un peu triste.
— Ce n'est qu'une moitié de la réponse, petit explorateur, murmura l'esprit de lumière.
Foxyy réfléchit encore plus fort. Il sentit la chaleur dans sa poitrine, cette petite étincelle de courage. Le vent bouge l'espace, mais qu'est-ce qui bouge la vie ? Qu'est-ce qui change les saisons et transforme un renardeau en un grand gardien ?
— C'est le Vent et le Temps ! s'écria Foxyy en sautant de joie. Le Vent pour la chanson dans les arbres, et le Temps pour les aiguilles de l'horloge et la vie qui avance !
Un accord magnifique, puissant et joyeux, éclata dans tout le canyon. Les nuages mauves en dessous se dissipèrent, révélant un spectacle féerique de cristaux géants brillant de mille couleurs.
— Bien répondu, petit Foxyy ! chanta le pont. Le vent porte tes pas et le temps forge ton courage. Tu es digne de traverser.
Les cordes de lumière devinrent solides sous ses pattes, douces comme du velours. À chaque pas du renard, une note de musique s'élevait, créant une mélodie unique, la chanson de son propre voyage. Foxyy traversa le gouffre en dansant, émerveillé de voir que ses empreintes sur le pont restaient gravées en étoiles scintillantes avant de s'évanouir.
Arrivé de l'autre côté, il se retourna pour saluer le Pont qui Chante.
— Merci !
— Va, petit gardien, répondit le pont dans un dernier murmure de harpe. Le Pic de Glace t'attend, et le Gardien des Énigmes observe déjà ton ombre sur la neige.
Foxyy reprit sa route. Devant lui, la montagne de cristal s'élançait maintenant vers le ciel, plus majestueuse que jamais. Il ne craignait plus le brouillard, car il savait maintenant que même l'invisible — comme le vent et le temps — était un guide pour celui qui savait écouter avec son cœur.
La Grotte des Reflets Rigolos
### Chapitre : La Grotte des Reflets Rigolos
Le chemin montait désormais en lacets d’argent, serpentant entre des sapins dont les aiguilles semblaient saupoudrées de sucre glace. Foxyy trottinait, la queue haute et le museau frémissant. L’air sentait la menthe fraîche et l’aventure. Soudain, une immense arche de cristal givré se dressa devant lui. C’était l’entrée d’une grotte majestueuse qui scintillait de mille feux sous les rayons d'un soleil timide.
— C’est ici, murmura Foxyy, ses yeux s'écarquillant de surprise.
Dès qu’il franchit le seuil, un concert de petits tintements l’accueillit, comme si des milliers de clochettes de verre dansaient dans le vent. Mais ce n’était pas le plus étrange. La grotte n’avait pas de murs de pierre sombre. Elle était tapissée de parois de cristal pur, lisses comme la surface d’un lac gelé, agissant comme des centaines de miroirs magiques.
Foxyy fit un pas, et il s’arrêta net. À sa gauche, un reflet le regardait. Mais ce n’était pas son reflet habituel ! Dans ce miroir-là, Foxyy avait des pattes aussi longues que des échasses et un cou de girafe qui touchait presque le plafond.
— Oh ! s’exclama le renardeau en éclatant de rire. On dirait que je peux manger les nuages !
Il se tourna vers la droite, et un autre miroir lui renvoya une image encore plus loufoque. Il était devenu tout rond, comme une grosse pelote de laine orange, avec des petites oreilles minuscules et des moustaches qui frisaient comme des ressorts.
— Et là, je ressemble à une citrouille de l’espace ! s’amusa-t-il en faisant une petite danse.
Foxyy s'élança dans la grotte, s'amusant à passer d’un reflet à l’autre. Dans l'un, il était bleu comme le ciel d’été ; dans un autre, il avait des ailes de libellule qui battaient joyeusement. La grotte résonnait de ses éclats de rire. C’était la "Grotte des Reflets Rigolos", et elle portait bien son nom.
Mais plus il s’enfonçait dans le labyrinthe de cristal, plus les miroirs devenaient nombreux. Les images se multipliaient, tourbillonnaient, se mélangeaient. Foxyy vit des dizaines, puis des centaines de versions de lui-même : un Foxyy géant, un Foxyy minuscule comme une fourmi, un Foxyy avec trois queues en panache...
Soudain, le rire du petit renard s'éteignit. Il ne savait plus quel chemin prendre. Chaque fois qu’il essayait de sortir, un nouveau reflet l'appelait, plus brillant et plus étrange que le précédent.
— Viens voir ! semblait dire le Foxyy aux poils de arc-en-ciel.
— Non, viens par ici ! chuchotait le Foxyy couronné d’étoiles.
Le petit renard commença à tourner en rond. Sa tête lui tournait. Les couleurs étaient si vives qu’elles piquaient ses yeux. Les éclats de rire des parois se transformèrent en un brouhaha confus. Il se sentait perdu dans cette forêt d'illusions.
— Mais... où est le vrai Foxyy ? demanda-t-il d'une petite voix tremblante.
Il s'assit au milieu de la salle des miroirs, fermant les yeux pour échapper au vertige. Il se souvint alors des paroles du Pont qui Chante : *"Même l'invisible est un guide pour celui qui sait écouter avec son cœur."*
Foxyy prit une grande inspiration. L’air frais remplit ses poumons. Il ne chercha plus à regarder avec ses yeux, qui se laissaient tromper par les paillettes et les formes bizarres. Il posa une patte sur son poitrail et sentit le battement régulier de son petit cœur de renard.
*Qui suis-je vraiment ?* se demanda-t-il.
*Je suis Foxyy. Je suis courageux, j'aime mes amis, et j'ai traversé le Pont qui Chante parce que je n'ai pas abandonné.*
Lorsqu'il rouvrit les yeux, il ne regarda plus les reflets distordus qui dansaient sur les côtés. Il chercha quelque chose de simple, de vrai. Tout au fond de la grotte, dans un recoin baigné d'une lumière douce et naturelle, se trouvait un petit miroir d'eau claire niché dans une vasque de pierre brute.
Foxyy s'en approcha lentement. En se penchant sur l'eau, il ne vit pas de pattes de géant, ni de fourrure arc-en-ciel. Il vit un petit renard orange avec des pointes de pattes noires, des yeux pétillants de malice et de sagesse, et une petite truffe humide qui remuait. C'était lui. Simplement lui.
— C’est moi, murmura-t-il avec un sourire radieux.
À cet instant, les murs de cristal de la grotte cessèrent de tourbillonner. Les reflets rigolos s'évaporèrent dans une pluie de confettis de lumière, laissant place à un tunnel large et paisible qui menait vers la sortie.
Le Gardien des Énigmes avait testé son esprit, et Foxyy avait compris la leçon : la plus belle des images est celle que l'on porte à l'intérieur de soi.
En sortant de la grotte, Foxyy plissa les yeux. Le Pic de Glace se dressait juste là, étincelant sous la lune qui venait de se lever. Le sommet n'était plus très loin, et le renardeau sentait que le Gardien l'attendait, prêt à lui poser l'ultime question.
Le Gardien de Lumière
# Chapitre : Le Gardien de Lumière
Le vent ne soufflait plus. Là-haut, au sommet du Pic de Glace, l’air était aussi pur et immobile qu’une bulle de savon. Foxyy grimpa les dernières marches naturelles taillées dans la roche gelée. Ses petites pattes laissaient des empreintes légères dans la neige qui scintillait comme de la poudre de diamant sous la lune d’argent.
Lorsqu’il atteignit enfin le plateau sommital, le renardeau s’arrêta net, le souffle coupé. Ce n’était pas seulement la vue des nuages, qui flottaient en dessous de lui comme des moutons de coton, qui l’émerveillait. C’était ce qui se tenait juste là, au centre d’un cercle de piliers translucides.
Au début, Foxyy crut voir une montagne de verre. Puis, la montagne s’étira. Elle se déplia avec un bruit cristallin, un tintement mélodieux semblable à des milliers de clochettes agitées par une brise légère.
C’était lui. Le Gardien.
Le géant se redressa de toute sa hauteur. Son corps n’était fait ni de chair ni de fourrure, mais de cristal pur et transparent. À travers lui, on pouvait voir les étoiles briller, ce qui lui donnait l’air d’une constellation tombée du ciel et sculptée en forme d’homme. Ses yeux étaient deux grandes opales bleues qui tournaient lentement, captant chaque reflet de la lune.
Le géant laissa échapper un long soupir. Ce n'était pas un soupir de tristesse, mais un soupir d'ennui, un son qui résonna comme une note de harpe dans toute la montagne.
— Encore un oiseau ? grogna le géant d'une voix profonde qui faisait vibrer la glace sous les pattes de Foxyy. Ou peut-être un nuage qui s'est trompé de chemin ? Cela fait trois cents ans, deux mois et quatre jours que je n'ai pas entendu une voix qui ne soit pas la mienne.
Foxyy s’avança d’un pas courageux, sa queue rousse contrastant vivement avec le blanc immaculé du sommet.
— Je ne suis pas un oiseau, messire le Gardien, dit-il d'une voix claire. Et je ne pense pas être un nuage non plus, car je n'ai pas très envie de pleuvoir. Je m’appelle Foxyy.
Le géant de cristal se pencha. Le mouvement fut d’une élégance incroyable, chaque articulation de verre glissant l’une sur l’autre sans un seul craquement. Il posa ses mains immenses sur ses genoux transparents et fixa le petit renard.
— Un renard ? Un tout petit renardeau orange avec des chaussettes noires ? fit le Gardien en écarquillant ses yeux d’opale. Comment as-tu fait pour traverser la Forêt des Murmures et, surtout, la Grotte des Miroirs ? D’ordinaire, les visiteurs s’enfuient en criant ou restent coincés à admirer leur propre reflet pendant des décennies !
Foxyy pointa fièrement son museau vers le ciel.
— Les miroirs m'ont montré ce que je pourrais être, mais j'ai préféré ce que je suis. Et pour ce qui est de la forêt, elle n'est effrayante que si on oublie de l'écouter.
Le Gardien se redressa brusquement, et pour la première fois, une lueur de curiosité anima son visage de cristal. Il fit un pas vers Foxyy, et le bruit de son pied sur la glace sonna comme un accord de piano parfait.
— Oh ! Un malin ! Enfin ! s'exclama-t-il, et son ennui sembla s'évaporer comme de la brume au soleil. Tu sais, Foxyy, garder le secret du Pic de Glace est une tâche magnifique, mais c’est terriblement monotone. Les montagnes ne sont pas très bavardes, et les étoiles passent leur temps à cligner des yeux sans jamais répondre aux devinettes.
Il s'assit en tailleur, créant un petit séisme de lumière autour de lui.
— Je m’ennuie à mourir, petit renard. Je rêve d'un esprit capable de jongler avec les mots et de danser avec les mystères. Si tu es arrivé jusqu'ici, c'est que tu cherches la Lumière Éternelle pour ton village, n'est-ce pas ?
— Oui, répondit Foxyy avec sérieux. Les nuits sont devenues froides et sombres chez nous. Nous avons besoin de votre aide.
Le Gardien sourit, et son sourire envoya des arcs-en-ciel danser sur les parois de glace environnantes.
— Je ne donne pas la Lumière, Foxyy. On doit la mériter par l'esprit. Je t'attendais. J'attendais quelqu'un dont l'intelligence brille plus fort que sa fourrure. Mais attention...
Le géant leva un doigt translucide.
— L'ultime énigme est la plus complexe de toutes. Si tu échoues, tu devras rester ici pour me tenir compagnie et me raconter des histoires jusqu'à ce que la prochaine lune bleue se lève... dans mille ans. Es-tu prêt, petit renard ?
Foxyy sentit un petit frisson lui parcourir l'échine, mais il se souvint du courage qu'il avait trouvé dans la grotte. Il s'assit, cala sa queue contre lui pour se réchauffer, et fixa les yeux du géant.
— Je suis prêt, dit-il d'un ton décidé. Posez-moi votre question.
Le Gardien de Lumière prit une grande inspiration, et tout le sommet du Pic sembla s'illuminer d'une lueur intérieure dorée. Le défi allait commencer.
Le Défi du Cœur d'Émeraude
### Chapitre : Le Défi du Cœur d’Émeraude
Le silence qui suivit les paroles de Foxyy était si profond qu’on aurait pu entendre un flocon de neige se poser sur un rocher. Le Gardien des Énigmes de Cristal se redressa de toute sa hauteur. Ses membres, sculptés dans une glace plus transparente que l’eau de source, semblaient contenir des galaxies entières. Il leva ses mains vers le ciel sombre, et soudain, des milliers de petites étincelles vertes commencèrent à tourbillonner autour de lui, comme une danse de lucioles d’hiver.
— Écoute bien, petit voyageur à la fourrure de feu, commença le Gardien d’une voix qui résonnait comme le tintement de mille clochettes d’argent. Voici l’énigme qui ouvrira le chemin, ou qui te gardera ici à jamais :
**« Qu’est-ce qui est plus brillant que le diamant, plus précieux que l’or le plus pur, mais qu’aucune main ne peut toucher et qu’aucun coffre ne peut enfermer ? »**
Foxyy ferma les yeux pour mieux réfléchir. Autour de lui, le vent soufflait une mélodie glacée, mais il ne sentait plus le froid. Il visualisa tout ce qu'il connaissait.
*Le soleil ?* pensa-t-il d'abord. Il est brillant, certes, mais il brûle si on s’en approche trop. *Les étoiles ?* Elles scintillent comme des bijoux sur le velours de la nuit, mais elles sont trop lointaines. *Le rire d'un ruisseau ?* C’est beau, mais ce n'est pas "brillant" comme un diamant.
Le petit renard se rappela alors son long voyage. Il repensa à l’oiseau bleu qui l’avait guidé quand il était perdu dans la forêt des Murmures. Il se souvint de l’écureuil qui avait partagé ses noisettes avec lui sous la pluie. En pensant à eux, une chaleur douce, comme un petit feu de cheminée, commença à crépiter dans son propre cœur.
Il comprit alors. Ce n'était pas quelque chose que l'on pouvait voir avec les yeux, mais quelque chose que l'on ressentait tout au fond de soi.
Foxyy rouvrit les yeux. Ses prunelles dorées brillaient d'une certitude nouvelle. Il fit un pas en avant, sa petite patte s'enfonçant légèrement dans la poudreuse scintillante.
— C’est l’amitié, répondit-il d’une voix claire et assurée. L'amitié brille plus fort que n'importe quelle pierre précieuse. Elle éclaire les jours les plus sombres, mais personne ne peut l'attraper avec ses mains ou la mettre dans sa poche. Elle vit dans le cœur.
Pendant un instant, le temps sembla s'arrêter. Le Gardien resta immobile, son visage de cristal penché vers le petit renard. Puis, un craquement mélodieux retentit. Ce n'était pas la glace qui se brisait, mais le Gardien qui riait de joie.
— Bien répondu, Foxyy ! Ton cœur est aussi vif que ton esprit.
Soudain, le sol sous les pattes de Foxyy se mit à vibrer. Au centre de la plate-forme de glace, une lumière verte, intense et apaisante, jaillit des profondeurs du sommet. Un immense cristal en forme de cœur, d’un vert émeraude éblouissant, émergea lentement de la neige. Il ne diffusait pas de froid, mais une chaleur printanière qui sentait la mousse fraîche et les fleurs des bois.
C’était le Cœur d’Émeraude.
— Regarde, petit renard, murmura le Gardien en désignant le cristal. Tu as trouvé la réponse, et en faisant cela, tu as réveillé la Lumière.
La pierre géante se mit à pulser comme un véritable cœur. À chaque battement, une onde de lumière émeraude traversait les parois de cristal de la montagne, transformant le pic en un phare magique visible à des lieues à la ronde. Les reflets dansaient sur la fourrure rousse de Foxyy, le faisant ressembler à un petit esprit de la forêt.
— Ce n'est pas seulement ma victoire, dit Foxyy en admirant la beauté de la scène. C'est pour tous ceux qui m'attendent en bas.
Le Gardien tendit alors une main diaphane. Dans sa paume, une petite étincelle verte se détacha du grand cristal pour venir se loger dans une lanterne de glace que Foxyy portait à son cou.
— Emporte cette lueur, conclut le géant. Elle ne s'éteindra jamais, car elle est alimentée par ton courage et tes souvenirs. Tu es désormais le Porteur de la Lumière.
Foxyy sentit une immense fierté gonfler son poitrail. Il avait réussi. Il n'était plus seulement un petit renard perdu dans la montagne, il était celui qui ramenait l'espoir. Le Cœur d'Émeraude continuait de battre, illuminant la nuit d'une promesse de printemps éternel. Le voyage n'était pas fini, mais Foxyy savait maintenant que tant qu'il porterait cette lueur en lui, aucune obscurité ne pourrait l'arrêter.
Le Retour du Soleil Vert
Voici le nouveau chapitre de l'histoire de Foxyy, écrit dans le style merveilleux et sensoriel du "Wonder Engine".
***
### Chapitre : Le Retour du Soleil Vert
Le Gardien des Énigmes, dont la silhouette de cristal semblait maintenant faite d’aurores boréales, esquissa un sourire qui fit tinter l’air comme des milliers de clochettes d’argent. Il leva ses mains immenses vers le ciel laiteux, là où le brouillard épais et gris étouffait la montagne depuis si longtemps.
— Regarde bien, Petit Porteur, murmura le géant d’une voix qui ressemblait au murmure du vent dans les pins. La peur n'est qu'un nuage qui attend que l'on souffle dessus.
Soudain, le Gardien frappa dans ses mains. Le choc ne produisit pas un bruit de tonnerre, mais un éclat de rire cristallin qui fit vibrer la montagne tout entière. Sous l'impact, le brouillard ne s’évapora pas simplement : il explosa ! En un battement de cils, la grisaille se transforma en un milliard de confettis de lumière. C’était une pluie de diamants multicolores, de paillettes d'or et d'étincelles de saphir qui retombaient doucement sur la forêt en tourbillonnant.
Foxyy, les yeux écarquillés, se mit à sauter pour attraper ces flocons de joie. Sa fourrure rousse s’illuminait à chaque fois qu’un confetti touchait ses poils.
— C’est magique ! s’écria-t-il en riant. On dirait que le ciel fait la fête !
Mais le clou du spectacle ne faisait que commencer. La petite étincelle verte, bien à l’abri dans la lanterne de glace au cou de Foxyy, se mit à pulser au rythme de son petit cœur de renard. Partout où la lumière verte passait, la vie reprenait ses droits avec une énergie joyeuse.
Foxyy commença sa descente vers la vallée, ses pattes ne semblant plus toucher le sol tant il se sentait léger. À chacun de ses pas, le miracle s’opérait. La neige grise qui recouvrait les sentiers fondait instantanément pour laisser place à une mousse tendre, d’un vert si éclatant qu’on aurait dit de la soie liquide. Les arbres, autrefois squelettiques et sombres, se mirent à frissonner. Dans un craquement mélodieux, des milliers de bourgeons éclatèrent en même temps, libérant des feuilles d’émeraude qui captaient la lumière de la lanterne.
— Réveillez-vous ! chantait Foxyy en courant. Le printemps est de retour !
Soudain, un premier "Cui-cui !" retentit, puis un "Trrrr-rou !" joyeux. Un rouge-gorge, dont les plumes semblaient avoir été brossées par un arc-en-ciel, vint se poser sur l’épaule du petit renard. Puis un deuxième, puis dix, puis cent ! Les oiseaux de la forêt, sortant de leur long sommeil, formaient un cortège multicolore au-dessus de lui.
L’air changea de parfum. Ce n’était plus l’odeur froide et métallique de la brume, mais un mélange délicieux de jasmin sauvage, d’écorce de cannelle et de sève sucrée. Foxyy s’arrêta un instant près de la Grande Cascade. Hier encore, elle n’était qu’un bloc de glace silencieux. Aujourd'hui, elle se brisait dans un fracas joyeux, libérant une eau turquoise qui chantait en dévalant les rochers.
— Regardez ! s'écria Pip le petit écureuil, qui venait de sortir la tête de son tronc d'arbre en se frottant les yeux. Foxyy a volé un morceau de soleil !
— Ce n’est pas le soleil d’en haut, Pip ! répondit Foxyy en montrant sa lanterne qui brillait d'une lueur émeraude magnifique. C’est le Soleil Vert. Il vient du cœur de la montagne, et il ne s’éteindra plus jamais.
Arrivé au centre de la clairière, Foxyy s’arrêta. La lumière de sa lanterne était devenue si puissante qu'elle se reflétait sur chaque feuille, chaque pétale de fleur, chaque goutte de rosée. La forêt entière baignait dans une clarté douce et protectrice, une lumière de menthe et de jade qui réchauffait les cœurs sans brûler la peau.
Les animaux de la forêt sortirent de leurs cachettes, les yeux brillants de gratitude. Il y avait des lapins aux oreilles frémissantes, des biches majestueuses et même le vieux hibou grognon qui, pour une fois, ne râlait pas. Tous entouraient le petit renard à la lanterne.
Foxyy leva la tête. Là-haut, sur le sommet de la montagne, la silhouette de cristal du Gardien fit un dernier signe de la main avant de se fondre dans l’azur du ciel. Le petit renard sentit une chaleur douce se diffuser dans tout son corps. Il n'était plus le petit renard perdu du début de l'aventure. Il était le Gardien de la Lumière, le héros qui avait transformé le gris en vert, et le silence en chanson.
Le Soleil Vert brillait maintenant au cœur de la vallée, et Foxyy savait que tant que les habitants de la forêt garderaient un peu de courage dans leur cœur, cet éclat ne s'effacerait jamais. La grande fête du renouveau pouvait enfin commencer.
La Fête des Étoiles Filantes
**CHAPITRE : La Fête des Étoiles Filantes**
La vallée n’avait jamais été aussi belle. Sous les rayons du Soleil Vert, l’herbe ne se contentait pas de pousser ; elle chantait. Chaque brin de verdure vibrait d’une note cristalline, créant une symphonie douce qui chatouillait les pattes des habitants de la forêt. L’air sentait la menthe fraîche, le miel sauvage et ce petit parfum de mystère que seules les grandes aventures laissent derrière elles.
— Debout, tout le monde ! s’égosilla Noisette, l’écureuil acrobate, en sautant de branche en branche. C’est le jour de la Fête ! La vraie ! Celle qui pétille !
Foxyy, assis sur un tapis de mousse moelleuse, regardait ses amis s’activer. Son cœur battait la chamade, non plus de peur, mais d’une joie immense. Sa lanterne, posée à ses côtés, ne brûlait plus pour chasser les ombres, mais pour ajouter une lueur dorée à la fête.
Les biches avaient tressé des couronnes de fleurs de lune qui brillaient d’un éclat argenté. Les castors, eux, avaient construit une immense estrade en bois flotté sur la rivière de jade, où les grillons accordaient déjà leurs violons. Même le vieux hibou grognon, coiffé d’un chapeau de fête pointu, aidait à disposer des baies sucrées sur des feuilles de nénuphar.
Soudain, un scintillement intense fit lever tous les museaux vers le ciel. Une pluie de paillettes multicolores descendit de la montagne de cristal. Dans un tourbillon de lumière, le Gardien apparut. Il ne ressemblait plus à une statue de glace intimidante. Ses facettes de cristal reflétaient les couleurs de la forêt, et son visage, autrefois sévère, portait désormais un sourire aussi vaste que l’horizon.
— Habitants de la forêt ! tonna sa voix, qui résonnait comme mille clochettes d’argent. Aujourd’hui, nous ne célébrons pas seulement la fin du gris. Nous célébrons le courage d’un petit renard qui a su voir la lumière là où tout semblait éteint.
Le Gardien s’approcha de Foxyy et posa une main de cristal, douce et fraîche, sur sa tête.
— Foxyy, tu as délié les secrets de mon cœur avec ta bonté. Désormais, je ne serai plus le geôlier de la montagne, mais votre protecteur. Et pour que votre esprit reste toujours aussi vif que tes yeux, je veillerai sur vous… avec mes énigmes !
Les animaux poussèrent un cri de joie. Un protecteur qui aimait jouer ? C’était le plus beau des cadeaux.
— Une énigme ! Une énigme ! crièrent les lapereaux en bondissant partout.
Le Gardien rit, un son qui ressemblait à des glaçons dans un verre de sirop.
— Très bien ! Écoutez celle-ci : *« Je tombe sans me blesser, je n’ai pas de jambes mais je peux voyager. Je suis de lumière mais je ne brûle pas. Qui suis-je ? »*
Foxyy réfléchit une seconde, ses oreilles pointées vers le haut. Il leva une patte triomphante.
— Une étoile filante !
À peine eut-il prononcé ces mots que le ciel s’illumina. Comme par magie, des milliers de traînées lumineuses traversèrent le dôme d’azur. C’étaient les Étoiles Filantes de Cristal. Elles ne tombaient pas au sol, mais flottaient entre les arbres, se transformant en petites bulles de lumière que les animaux pouvaient attraper pour faire un vœu.
— À table ! lança Noisette. Le banquet des étoiles est servi !
Le festin était merveilleux. Il y avait des noisettes caramélisées au nectar de fleur, des jus de fruits des bois qui changeaient de couleur selon l’humeur de celui qui les buvait, et des gâteaux de pollen si légers qu’ils s’envolaient presque de l’assiette. Foxyy croqua dans une baie de givre qui fondit sur sa langue avec un goût de framboise et d’aventure.
Le Gardien s’assit parmi eux, racontant des histoires sur la naissance du monde et sur les étoiles qui, autrefois, parlaient aux fleurs. Il promit que chaque soir, il poserait une nouvelle énigme aux lisières de la forêt. Celui qui trouverait la réponse découvrirait un chemin secret vers une source cachée, un champ de trèfles géants ou une grotte aux échos rigolos.
— Ainsi, dit le Gardien en regardant Foxyy, votre forêt restera toujours un lieu de curiosité et d'émerveillement. Car l'ombre ne revient jamais là où l'esprit reste éveillé.
La musique reprit de plus belle. Les biches dansèrent avec les loups, les renards firent la course avec les papillons de nuit. Foxyy, épuisé mais comblé, sentit ses paupières devenir lourdes. Il se roula en boule contre le flanc frais du Gardien de Cristal.
Le Soleil Vert baissa doucement son intensité, laissant place à une nuit douce de velours émeraude. Le petit renard s’endormit au son des rires et du frisson des feuilles, sachant que demain, une nouvelle énigme l’attendait. Et il savait aussi qu’il n’aurait plus jamais besoin de chercher son chemin, car la lumière la plus brillante était celle qu’il portait désormais en lui.
La Morale du Petit Renard
**CHAPITRE : La Morale du Petit Renard**
Le silence s’installa peu à peu sur la forêt du Soleil Vert, un silence doux comme une couverture de laine tricotée par les fées. Les derniers éclats de rire des écureuils s’étaient envolés vers la cime des arbres, et même les cascades de cristal semblaient couler avec plus de retenue pour ne pas réveiller les habitants des bois.
Foxyy, blotti contre le flanc du Gardien de Cristal, sentait une chaleur apaisante envahir son petit corps de renard. Le flanc du géant de pierre précieuse n’était pas froid, comme on pourrait le croire, mais il vibrait d’une énergie tendre, un peu comme le ronronnement d’un chat géant.
— Dis-moi, Grand Gardien… murmura Foxyy, la voix déjà embrumée par le sommeil. Pourquoi les énigmes étaient-elles si difficiles ? J’ai cru, plusieurs fois, que nous n’y arriverions jamais.
Le Gardien baissa sa tête monumentale. Ses yeux, deux saphirs profonds, brillèrent d’une lueur malicieuse.
— Petit Foxyy, les énigmes de la vie ne sont jamais là pour nous arrêter, mais pour nous apprendre à regarder autrement. Dis-moi, qu’as-tu utilisé pour ouvrir la Porte des Murmures ? Était-ce tes dents ? Tes griffes ?
Foxyy secoua son petit museau noir.
— Oh non ! J’ai simplement écouté le vent et j’ai posé des questions. J’ai voulu comprendre pourquoi les pierres pleuraient.
— Exactement, dit le Gardien dans un souffle qui sentait la menthe fraîche et le sucre d’orge. Tu as utilisé la première clé : la **Curiosité**. Sans elle, le monde reste gris et les portes restent closes. Celui qui ne se demande pas « Pourquoi ? » ou « Comment ? » passe à côté des trésors cachés sous ses pattes. La curiosité est une petite flamme qui danse dans l’obscurité ; elle transforme les problèmes en aventures.
Foxyy ferma les yeux, imaginant cette petite flamme dorée gambadant devant lui sur les sentiers. Il repensa aussi au moment où il avait aidé la vieille araignée d’argent à démêler sa toile, alors qu’il était pourtant très pressé.
— Et pour le Labyrinthe des Échos ? ajouta Foxyy. Je n'aurais jamais trouvé la sortie sans l’aide des oiseaux que j'avais libérés du buisson d'épines.
— C’est là ta deuxième clé, petit renard : la **Gentillesse**, répondit le Gardien d’une voix grave et mélodieuse. Dans cette forêt, et dans toutes les forêts du monde, la gentillesse est un pont que l’on construit. Quand tu tends la patte à plus petit ou plus malheureux que toi, tu crées une magie que même mon cristal ne peut égaler. La gentillesse rend les cœurs plus légers, et les cœurs légers volent par-dessus les obstacles.
Foxyy soupira de bien-être. Tout lui semblait soudain si clair. Il avait affronté des ombres, des mystères tordus et des chemins perdus, mais il n'avait jamais eu besoin d'être le plus fort ou le plus rapide. Il avait juste eu besoin d'être ouvert au monde et doux avec les autres.
— Curiosité et Gentillesse… répéta-t-il comme une formule magique. Ce sont des outils un peu bizarres, mais ils fonctionnent mieux que n'importe quel sortilège.
— Ce sont les seules clés dont tu auras jamais besoin, conclut le Gardien en l’enveloppant de son ombre protectrice. Elles transforment les ennemis en amis et les murs en passages secrets. Dors maintenant, Foxyy. Demain, la forêt aura de nouveaux secrets à te raconter.
Le petit renard s’enfonça un peu plus dans sa fourrure rousse. Dans son esprit, les souvenirs de la journée se transformaient en rêves colorés. Il voyait des fleurs qui s’ouvraient pour lui confier leurs noms, et des rivières qui lui apprenaient à chanter. Il comprit, juste avant de sombrer tout à fait dans le pays des songes, que même le problème le plus compliqué du monde finit toujours par fondre devant un sourire sincère et un esprit qui refuse de s'ennuyer.
La Lune de Nacre monta dans le ciel, veillant sur le petit renard qui dormait. Foxyy ne craignait plus rien. Il savait désormais que la lumière ne venait pas seulement du Soleil Vert, mais qu'elle pétillait dans sa poitrine, nourrie par son envie d'apprendre et son désir d'aimer.
Et dans le silence de la nuit émeraude, on aurait pu entendre le petit renard ronfler doucement, une patte posée sur son cœur, là où brillaient pour toujours ses deux clés d'or.