Sacrilège sous la Soutane : L'Absolution du Désir
Par Eros — Romance
Ma robe en soie noire s’ajuste sur mes hanches avec une précision de scalpel, chaque couture rappelant à mon corps la discipline que l’on attend d’une héritière de mon rang. Devant le miroir doré de ma chambre, je lisse mon visage, effaçant toute trace d’humanité pour n'y laisser que le masque de la piété. Mes lèvres, que je rêve de sentir écrasées, sont closes et neutres. Mes yeux, qui brûlent d’...
Le Masque de la Piété
Ma robe en soie noire s’ajuste sur mes hanches avec une précision de scalpel, chaque couture rappelant à mon corps la discipline que l’on attend d’une héritière de mon rang. Devant le miroir doré de ma chambre, je lisse mon visage, effaçant toute trace d’humanité pour n'y laisser que le masque de la piété. Mes lèvres, que je rêve de sentir écrasées, sont closes et neutres. Mes yeux, qui brûlent d’une soif que personne ici ne peut étancher, sont baissés dans une feinte humilité.
Le nom des de La Roche n’est pas seulement un patronyme ; c’est une cage de fer forgé, dorée à la feuille, où l’on m’apprend depuis vingt-quatre ans que le désir est une maladie et que le silence est la plus haute des vertus. Mais ils ne savent pas que mon silence est peuplé de cris. Ils ignorent que sous cette soie de deux mille euros, ma peau appelle la morsure du froid, la souillure de la pierre, et la voix d’un homme qui possède le pouvoir de me damner.
Je quitte le manoir familial sans un mot. Le trajet jusqu’à la Cathédrale Saint-Jude est une agonie de dévotion factice. Dehors, la ville s’agite, bruyante et superficielle, mais à mesure que les flèches gothiques de l’édifice déchirent le ciel gris, l’air s’épaissit.
Saint-Jude. Ce n’est pas une église, c’est un prédateur de pierre. Ses arcs-boutants ressemblent à des côtes géantes prêtes à se refermer sur les égarés. En franchissant le portail de chêne massif, l’odeur m’assaille, me gifle presque : un mélange écœurant et exaltant d’encens rance, de cire fondue et de bois froid, imprégné par des siècles de remords.
Le silence de la nef n’est jamais vraiment vide. Il vibre.
Je marche lentement sur le marbre poli. Le claquement de mes talons aiguilles résonne contre les voûtes, un son sec, insolent, qui profane la quiétude sacrée. C’est ma première jouissance de la journée. Savoir que ce bruit – le bruit d'une femme impudique – remonte le long des colonnes sculptées, s'insinue dans les narines des saints de pierre et vient mourir dans l’ombre des chapelles latérales.
Je veux qu’on m’entende. Je veux que chaque battement de mon cœur, amplifié par l’acoustique monstrueuse de ce lieu, soit une confession en soi. Ma vulve se contracte, déjà humide, à la seule pensée de ce que ce son provoque dans l’obscurité des confessionnaux. Est-ce qu’il écoute ? Est-ce qu’il reconnaît la cadence de mes pas ?
Je m’arrête devant une statue de la Vierge, les mains jointes, mais mes yeux ne voient que les ombres. Mon regard glisse sur l'architecture. Tout ici est fait pour écraser l’individu, pour rappeler la petitesse de la chair face à l’immensité du divin. Et pourtant, cette immensité me fait bander les seins. Le froid de la cathédrale s'insinue sous ma robe, lèche mes cuisses nues au-dessus de mes bas de dentelle. Je frissonne, un tremblement qui n'a rien à voir avec la température.
C’est le bois que je cherche. Ce bois sombre, presque noir, poli par les mains de milliers de pécheurs avant moi. Le confessionnal.
Il se dresse au fond de l’aile droite, une petite forteresse de bois sculpté où les secrets viennent mourir. Ou naître. C’est là qu’il m’attend. Je le sais. Je sens sa présence comme on sent l’approche d’un orage : un picotement électrique dans la nuque, une lourdeur dans le bas-ventre.
Le Père Julian.
L’homme qui a troqué le barreau pour l’autel, la rhétorique pour l’absolution. On dit que sa voix est un velours noir qui pourrait convaincre un ange de sauter dans l’abîme. Moi, je n’ai pas eu besoin d’être convaincue. J’ai sauté la première fois que je l’ai entendu murmurer mon nom de l’autre côté de la grille.
Je m’approche de la cabine. Chaque pas est une torture délicieuse. Je sens l’humidité entre mes jambes s’intensifier, imbibant la fine soie de ma lingerie. L’odeur de mon propre désir se mêle à celle de la poussière sacrée. C’est un sacrilège, et ce sacrilège est mon seul oxygène.
Ma main gantée frôle le rideau de velours pourpre qui cache l’entrée. Le tissu est lourd, poussiéreux, chargé d’une électricité statique qui me fait tressaillir. Je respire un grand coup, emplissant mes poumons de cette atmosphère oppressante. Ici, sous ces voûtes qui ont vu tant de douleurs, je me sens enfin vivante.
Parce que je suis sur le point de me soumettre à l’homme qui, je le sais, veut me briser sous prétexte de me sauver.
Je m’engouffre dans la pénombre étroite de la cellule de bois. L’espace est minuscule, étouffant. Je m’agenouille sur le prie-Dieu, le bois dur s’enfonçant dans mes genoux, me forçant à une cambrure qui tend le tissu de ma robe sur mes fesses. La grille de métal froid est là, à quelques centimètres de mon visage.
De l’autre côté, je n’entends rien. Pas encore. Mais je sens la chaleur de son corps à travers la cloison. Je sens son attention braquée sur moi, invisible et totale.
— Bénissez-moi, mon Père, murmuré-je, ma voix tremblante d’une excitation que je ne cherche même plus à cacher. Car j’ai péché.
Le silence qui suit est une main qui s'égare sur ma gorge. Puis, sa voix s'élève, basse, vibrante, une onde de choc qui descend directement dans mon clitoris.
— Encore, Elena ? Votre âme semble avoir un penchant insatiable pour l’obscurité.
Je ferme les yeux, ma tête bascule contre la paroi froide. Le jeu a commencé. Et aujourd'hui, je n'ai aucune intention de demander pardon.
Le silence qui s'installe est une chape de plomb, lourde et électrisée. À travers les petits trous de la grille en laiton, je ne distingue que l’ombre de son profil, une ligne dure, anguleuse, qui semble sculptée dans la même pierre froide que les piliers de la nef. Mais l'odeur qui traverse le métal n'a rien de sacré. C’est un parfum d’homme, de tabac froid, de savon boisé et cette pointe de musc brut qui émane d'un corps qui bout sous l'étoffe.
Je déglutis avec difficulté, sentant ma salive glisser le long de ma gorge serrée. Le bois du prie-Dieu me mutile les genoux, mais cette douleur est un ancrage nécessaire. Sans elle, je m'envolerais, je me dissoudrais dans l'attente.
— L’obscurité n’est pas un penchant, mon Père, murmuré-je en collant mes lèvres contre la grille. C’est mon élément. C’est là que je respire le mieux.
Je l’entends bouger. Le froissement de l’aube contre le bois, un craquement sec. Il se rapproche. Je devine son souffle, une exhalation lente qui vient mourir sur ma joue, filtrée par le treillis. L'air entre nous est devenu si dense qu'on pourrait le découper au scalpel.
— Et qu'avez-vous fait dans cette obscurité, Elena ? Sa voix est plus basse encore, un grondement de tonnerre lointain qui fait vibrer les os de mon bassin. Dites-moi tout. Ne m’épargnez aucune souillure.
— J’ai pensé à la pierre, commencé-je, mes doigts se crispant sur le velours de ma jupe. À la manière dont elle s'élève, arrogante, pour défier le ciel. J'ai imaginé vos mains sur les reliefs des chapiteaux... et puis j'ai imaginé ces mains sur moi.
Je glisse une main entre mes cuisses, là où le tissu de ma culotte de soie est déjà sombre, alourdi par ma propre sève. Je sens la chaleur qui irradie de mon sexe, une pulsation sourde qui répond au rythme de mon cœur.
— Je me suis touchée, Père. Dans l'ombre des piliers, alors que les cierges mouraient. J’ai imaginé que c’était vous qui me regardiez, caché derrière un confessionnal, votre regard comme une brûlure sur ma nuque.
Un grognement étouffé franchit la paroi. Un son animal, viscéral, qui me fait frissonner de la tête aux pieds.
— Vous êtes une impudente, crache-t-il, mais le ton n'est pas celui d'une réprimande. C'est le cri d'un homme qui se noie. Décrivez-moi cela. Comment vos doigts ont-ils souillé ce lieu saint ?
— Ils étaient lents, au début, soufflé-je, commençant à masser mon mont de Vénus à travers l'étoffe, mes yeux se révulsant à demi. Je suivais la courbe de mes hanches, remontant jusqu’à mes seins qui me faisaient mal de désir. Je sentais mes tétons pointer, durs, frottant contre la dentelle de mon corset. Et puis... j'ai plongé deux doigts sous la soie. C'était chaud. Trempé. Comme si mon corps entier pleurait de besoin.
Je ferme les yeux et je commence à bouger ma main avec plus d'insistance. Le frottement du tissu contre mon clitoris gorgé de sang est une torture exquise. Je m’arc-boute, mes fesses se soulevant légèrement du prie-Dieu, offrant ma cambrure à l'invisible spectateur.
— Je peux sentir votre chaleur d'ici, Elena, dit-il, sa respiration devenant saccadée. Vous êtes une plaie ouverte, une tentation que le diable a vomie pour me perdre.
— Alors perdez-vous, Père. Regardez-moi.
D'un geste brusque, je remonte le bas de ma robe jusqu'à mes hanches. Le froid de la cellule frappe ma peau nue, créant un contraste violent avec le feu qui me dévore l'entrejambe. Je n’ai pas mis de bas, seulement une jarretière noire qui enserre ma cuisse. Je me caresse ouvertement maintenant, mes doigts glissant dans mes propres fluides, lubrifiant mes lèvres avec une impudeur totale.
Je l’entends se coller contre la grille. Je devine son œil, de l'autre côté, dévorant le spectacle de mes doigts qui s'enfoncent et ressortent de moi avec un bruit de succion humide qui emplit l'espace exigu du confessionnal.
— Vous êtes si mouillée... murmure-t-il, et je sens une tension brutale dans sa voix. Je parie que vous coulez comme une source de péché. Que vous êtes d'un rose indécent.
— Je suis à vous, Père. Je suis votre autel. Venez me profaner.
Je glisse un troisième doigt, étirant ma chair, sentant la plénitude insupportable de mon propre plaisir qui monte. Ma respiration n'est plus qu'un sifflement court. La sueur perle sur mon front, sur ma lèvre supérieure. Je sens l’odeur de mon excitation, une odeur forte, organique, qui se mélange à l'encens rance du bois.
Soudain, je vois ses doigts à lui passer à travers les larges mailles de la grille. De longs doigts agiles, aux ongles nets, qui cherchent à m'atteindre. Il ne peut pas me toucher, pas encore, mais la vue de cette main tendue vers mon sexe exposé me fait perdre pied.
— Plus vite, Elena, ordonne-t-il, sa voix vibrant d'un besoin sauvage. Montrez-moi à quel point vous êtes déchaînée. Montrez-moi comment vous vous donnez à ce vide.
Je n'obéis pas simplement, je m'exécute avec une fureur animale. Ma main devient un flou de mouvement, mes doigts martelant mon clitoris, s'enfonçant dans ma moiteur avec une violence qui me tire des gémissements rauques que j'étouffe contre mon épaule.
— Je... je n'en peux plus... Père...
— Ne vous arrêtez pas ! rugit-il presque, et j’entends le bruit d’une fermeture éclair qu’on descend, un son métallique qui déchire le silence sacré de l'église.
Le jeu change de dimension. Il n'est plus seulement spectateur. Il est avec moi dans cet enfer de bois. Je sens la vibration de sa propre main s'activant de l'autre côté de la cloison, le rythme de son plaisir qui s'accorde au mien. L'air est devenu irrespirable, chargé de nos fluides virtuels, de notre haine de nous-mêmes et de ce désir qui nous dévore comme un acide.
— Regardez la grille, Elena, ordonne-t-il, sa voix n'étant plus qu'un râle de bête blessée. Regardez-la et imaginez que c'est ma bouche qui vous dévore. Imaginez ma langue là où vos doigts se perdent.
Je plante mes yeux dans les ombres de la grille, mon corps secoué de spasmes, la jouissance n'étant plus qu'à une seconde, une fraction de seconde de m'emporter. Je vois le mouvement de son bras à travers les trous, rapide, frénétique.
— Père... s’il vous plaît...
— Donnez-moi tout, Elena. Salissez ce bois. Salissez mon âme. Maintenant !
L’ordre claque dans l’étroitesse de la boîte de chêne, et il n'y a plus de retour en arrière possible. Le bois entre nous n'est plus une protection, c'est un conducteur de péché, un amplificateur de nos souffles courts et de l'odeur de nos corps qui saturent l'air confiné. Ses mots s’impriment dans ma chair, plus brûlants que le fer rouge. *Sa bouche.* J'imagine cette bouche que je n'ai jamais vue, ses lèvres s'écrasant contre l'acier froid de la grille, cherchant le goût de ma peau à travers les interstices.
Mes doigts, déjà noyés par mon propre désir, redoublent de frénésie. Je ne sens plus la raideur de mon dos contre la cloison froide, je ne sens plus que la pulsation sauvage entre mes jambes, un battement de cœur autonome, violent, qui exige son dû. Je baisse les yeux, voyant l’éclat de mes propres fluides briller sur mes phalanges dans la pénombre, une traînée de sacrilège qui luit comme de l’or fondu.
— Je vous imagine, Père… murmuré-je, la voix étranglée par une décharge de plaisir qui remonte le long de ma colonne. Je sens votre souffle… je sens…
Je m’interromps dans un gémissement aigu alors que mon pouce écrase le sommet de ma propre tension. De l’autre côté, le bruit est terrifiant d’animalité. Un frottement de tissu lourd, le cuir d’une ceinture qui claque, et ce râle, ce râle d’un homme qui se déchire de l’intérieur. Je plaque ma main libre contre la grille, mes ongles griffant le métal comme si je pouvais le déchirer pour l'atteindre. Je veux qu’il voie. Je veux qu’il sente l’humidité de ma dévotion perverse.
— Elena… Elena, regardez ! hurle-t-il presque, un murmure forcé qui résonne comme un tonnerre dans le silence de la nef vide. Regardez ce que vous faites de moi !
À travers les trous de la grille, je vois le mouvement d’un bras, le rythme saccadé d’un poignet qui s’active avec une rage destructrice. On ne se touche pas, et pourtant, je sens chaque coup qu'il s'inflige, chaque tension de ses muscles. L'odeur change. Ce n'est plus seulement l'encens et la cire froide. C'est l'odeur du sexe masculin, âcre, puissante, une intrusion brutale dans l'espace sacré.
Mes muscles se cabrent. Mon bassin se soulève, cherchant un appui que le bois dur m'offre sans pitié. Je suis en train de me perdre. Ma vision se trouble, les motifs de la grille dansent devant mes yeux comme des étoiles noires. Je sens la foudre s'accumuler, le barrage qui s'apprête à céder.
— Je vais… je vais… Père !
— Oui ! Allez-y ! Donnez-le moi ! Criez pour Dieu, Elena, criez pour votre démon !
Le plaisir explose. Ce n'est pas une libération, c'est une exécution. Mon corps se crispe, se brise littéralement contre la cloison. Un cri rauque, que je ne reconnais pas, s'échappe de ma gorge et va mourir contre les voûtes lointaines de l'église. Mes doigts s'enfoncent en moi, ne trouvant plus de limite, portés par la déferlante qui me vide de toute volonté. Je sens les vagues me submerger, le feu qui lèche mes entrailles, la sueur qui perle sur mon front et coule dans mon cou.
Au même instant, un rugissement sourd me répond de l'autre côté. La cloison tremble sous un choc violent, comme s’il s’était jeté contre elle. J’entends le son liquide, le jet de sa propre semence s’écraser contre le bois, là, juste à quelques millimètres de mon épaule. Il s'effondre contre la paroi, son front heurtant le chêne dans un bruit sourd.
Le silence qui suit est plus assourdissant que nos cris. Il est lourd, épais, chargé d’une culpabilité si dense qu’elle semble palpable.
Je reste là, pantelante, mes doigts toujours nichés dans la chaleur de mon entrejambe, mes poumons brûlant pour une once d'oxygène. Ma robe est relevée, dévoilant ma défaite totale. Je sens une traînée d'humidité chaude glisser le long de ma cuisse. De l'autre côté, sa respiration est un sifflement laborieux, celui d'un homme qui vient de mourir à lui-même.
— Regardez la souillure, Elena, souffle-t-il après une éternité, sa voix brisée, presque méconnaissable. Regardez ce que nous avons fait de ce lieu.
Je lève des yeux embrumés vers la grille. Quelques gouttes sombres, épaisses, perlent à travers les trous du grillage, venant tacher le velours du prie-Dieu de mon côté. Son offrande. Son péché matérialisé.
Je tends un doigt tremblant et je cueille une de ces gouttes. Elle est chaude. Elle est la preuve irréfutable de notre chute. Je porte ce doigt à mes lèvres, le goût du sel et de la transgression envahissant mes sens une dernière fois.
— C’est magnifique, Père, murmuré-je, un sourire cruel et extatique étirant mes lèvres.
Je l’entends se redresser, le froissement de sa soutane qu'il réajuste, le masque de la piété qu'il tente désespérément de remettre en place. Mais c'est trop tard. Le bois est marqué. L'air est marqué. Nos âmes sont soudées dans cette fange que nous venons de créer.
— Partez, Elena, dit-il, la voix redevenue soudainement glaciale, dénuée d'émotion. Partez avant que je ne vous tue, ou que je ne me damne davantage en vous suppliant de rester.
Je me lève, mes jambes flageolantes, mes vêtements en désordre. Je sors du confessionnal, la lumière de la nef me frappant comme une insulte. Je ne me retourne pas. Je traverse l'allée centrale, chaque pas résonnant sur le marbre froid, sentant encore la chaleur de sa semence sur mon doigt et l'incendie de mon propre sexe entre mes hanches.
Le Masque de la Piété est tombé. Sous la pierre et l'encens, il n'y a plus que nous. Et nous sommes l'enfer.
FIN DU CHAPITRE.
L'Ombre dans le Bois
La pluie fouette les vitraux de Saint-Jude, un martèlement sourd qui étouffe les derniers bruits de la ville. Ici, à l’intérieur, le silence n’est pas une absence de son, c’est une présence. Une masse lourde, chargée de siècles de prières désespérées et de secrets croupis. L'odeur est toujours la même : un mélange écœurant d’encens froid, de cire fondue et de cette humidité de pierre qui vous colle aux poumons.
Je marche lentement dans l'allée centrale. Mes talons ne claquent pas ; je glisse, presque évanescente, comme une ombre qui reprend possession de son territoire. Mes cuisses se frôlent sous ma jupe de laine étroite, et chaque mouvement ravive le souvenir de la brûlure. Julian n'est pas là. Pas physiquement. Mais sa voix, ce velours sombre qui m'a ordonné de partir la dernière fois, résonne encore contre les voûtes.
*« Partez avant que je ne vous tue. »*
Ses menaces sont mes oraisons. Je ne suis pas revenue pour chercher le pardon. Je suis revenue pour m’imbiber de la souillure que nous avons laissée derrière nous.
Je m'arrête devant le confessionnal. Ce monument de chêne sombre, sculpté de ronces et de visages de saints agonisants, me regarde. Il ressemble à une gueule ouverte, prête à m'engloutir. Je sens une décharge électrique parcourir mon échine, une vibration qui prend naissance à la base de mon crâne et meurt entre mes jambes, là où l'humidité commence déjà à tremper la soie de ma lingerie.
Je pousse la porte de bois lourd. Le grincement est un gémissement. Je m’y glisse, m’enfermant dans ce placard de deux mètres carrés. L’obscurité y est totale, presque solide. Je m’assois sur la banquette étroite, le dos droit, les mains à plat sur mes genoux. Le bois est glacé, mais sous mes paumes, je l'imagine encore vibrant de sa présence à lui, de l'autre côté de la grille.
Je ferme les yeux. Je respire l’odeur de la boîte : la sueur ancienne, le vieux vernis, et ce parfum de tabac froid et de sainteté corrompue que Julian dégage. Je suis seule. Et pourtant, je me sens observée par chaque interstice de ce bois séculaire. C’est ce qui me rend folle. Cette certitude que les murs m’écoutent, que le sacré m’épie pendant que je sombre.
Ma main remonte lentement le long de ma cuisse. Le tissu de mes bas de soie est une caresse rugueuse contre la pulpe de mes doigts. Je dégrafe lentement ma jarretière. Le petit clic métallique résonne comme un coup de feu dans le silence de la nef déserte. Je soulève ma jupe, révélant ma peau pâle dans la pénombre, et je sens l'air frais du confessionnal mordre ma chair.
Je cherche la grille. Je l’effleure du bout des doigts. Le métal est froid, tranchant presque. C’est le seul rempart entre la petite héritière dévote et la bête noire qui porte la soutane. Je plaque mon visage contre le treillis, inhalant l’air raréfié de l’autre compartiment. Il est vide, mais mon imagination y dessine sa silhouette massive, son souffle court, ses yeux qui ne demandent qu'à me briser.
— Tu me regardes, n’est-ce pas ? murmuré-je, ma voix n'étant qu'un souffle éraillé.
Je sais qu'il n'est pas là, mais l'exhibitionnisme qui me ronge se moque de la réalité. Pour moi, il est là. Derrière le bois. Il voit tout. Il entend tout.
Je descends ma main plus bas, là où la chaleur est devenue insupportable. Je ne porte rien sous mes bas. Rien qu'une attente sauvage. Mes doigts rencontrent les lèvres de mon sexe, déjà gonflées, déjà glissantes de mon propre désir. Je lâche un petit gémissement que je n'essaie même pas d'étouffer. Je veux que ce bois s'imprègne de mon plaisir comme il s'est imprégné de nos péchés.
Je commence à me caresser, lentement, avec une application presque religieuse. Le contraste entre le froid de la grille contre mon front et le feu qui dévore mon entrejambe me donne le vertige. Je frotte mon clitoris du bout de l'index, décrivant de petits cercles lents, sadiques. Je sens mon propre jus couler sur mes doigts, chaud, visqueux, une offrande impie sur cet autel de chêne.
— Est-ce que tu m'entends, Julian ? est-ce que tu entends comme je suis mouillée pour toi ?
Je force ma respiration à s'accélérer. Je veux que le son de mon excitation traverse la cloison, qu'il hante les recoins de l'église. Je m'enfonce deux doigts d'un coup, brusquement, et je cambre les reins. Le bois du dossier craque sous ma violence. La douleur sourde dans mes muscles ne fait qu'attiser l'incendie. Je me pénètre avec un rythme saccadé, mes doigts imitant la brutalité que j'espère de lui.
Je lèche mes lèvres sèches, imaginant le goût de sa peau, le goût de sa chute. Chaque va-et-vient de mes doigts dans ma chair trempée est un blasphème. Je ne suis plus Elena l'héritière. Je suis une plaie ouverte dans la maison de Dieu.
Ma main libre saisit le bord de la banquette, mes ongles s'enfonçant dans le bois vieux de cent ans. Je sens les échardes menacer ma peau, mais je m'en moque. Je veux marquer ce lieu de mon agonie érotique. Je ferme les yeux plus fort, et soudain, j'ai l'impression que le bois devient mou, qu'il se transforme en muscles, que la grille s'efface pour laisser place à sa main à lui, saisissant ma gorge pendant que je me donne du plaisir.
Le plaisir monte, brut, animal. Ce n'est pas une vague, c'est un séisme. Je sens mes parois vaginales se contracter violemment autour de mes doigts. Je commence à trembler, mes jambes flageolantes s'ouvrant davantage, offrant mon intimité à l'obscurité béante.
— Julian…
Le nom m'échappe dans un cri étouffé, une prière pervertie. À cet instant précis, un bruit retentit dans la nef. Le choc d'une porte lourde qui se referme. Des pas. Lents. Réguliers. Des pas qui connaissent parfaitement le rythme du sacré et du profane.
Mon cœur s'arrête. Mes doigts restent figés à l'intérieur de moi, baignant dans ma propre chaleur. Le silence revient, plus oppressant que jamais, seulement troublé par le craquement d'une latte de parquet à quelques mètres du confessionnal.
Il est là.
Je suis pétrifiée. Le temps s’est dilaté, transformant chaque seconde en une éternité de terreur et d’extase. Mes doigts sont toujours enfoncés dans ma chair, englués dans mon propre désir, perdus au fond de mon intimité brûlante et palpitante. La sensation est presque insupportable : le contraste entre le froid du bois contre mon dos et le brasier qui dévore mon entrejambe. Je n’ose plus respirer. J’ai l’impression que le moindre souffle, le moindre battement de mon cœur erratique, pourrait trahir l'ignominie de ma position.
Le craquement se répète, juste derrière la fine cloison de chêne. Puis, le bruit d'une étoffe qui se froisse. La porte du compartiment adjacent s’ouvre avec un gémissement de charnières rouillées, puis se referme dans un claquement sourd qui résonne jusque dans mes os.
Le poids d'un corps s'installe sur la banquette, de l’autre côté de la grille. Je sens la vibration du bois sous mes fesses nues, une onde de choc qui remonte le long de ma colonne vertébrale. L’air dans le confessionnal change instantanément. Il se charge d'une odeur de pluie, de tabac froid et de cette fragrance musquée, animale, qui n'appartient qu'à lui.
Julian.
Le silence qui suit est plus violent qu'un cri. Je sens son regard à travers le treillis de bois, même si je ne vois que des ombres mouvantes. Ma main, toujours crispée entre mes cuisses, commence à trembler. Une goutte de sueur glisse entre mes seins, traçant un chemin glacé sur ma peau brûlante. Je suis là, les jambes écartées, offerte à l'obscurité, le sexe inondé par ma propre luxure, à quelques centimètres d'un homme qui pourrait me briser d'un mot.
— Tu t'es arrêtée, murmure-t-il.
Sa voix est un grondement sourd, une caresse de papier de verre sur mes nerfs à vif. Elle vibre contre la cloison, me percutant de plein fouet. Ce n’est pas une question. C’est une constatation. Un reproche.
— Je… je ne savais pas que vous étiez là, balbutiai-je, ma voix n'étant plus qu'un sifflement rauque.
— Mensonge, tranche-t-il. Tu savais. Tu l’espérais. Chaque caresse que tu t’infligeais était une invocation. Tu as appelé le loup dans la bergerie, et maintenant que je suis là, tu prétends être surprise ?
Je ferme les yeux, ma tête basculant en arrière contre la paroi. Ma main, mue par une volonté qui n'est plus la mienne, s'enfonce un peu plus profondément. Le glissement de mes doigts dans ma propre humidité produit un bruit de succion obscène dans l'étroitesse de la cabine. Je gémis malgré moi, un son de détresse et d'abandon.
— C’est ça, continue-t-il, sa voix se faisant plus basse, plus pressante. Laisse-moi entendre ta honte. Dis-moi ce que tu faisais avant que j’entre. Dis-moi comment tu te touchais en pensant à mes mains sur ta gorge.
— Je… je me caressais, Julian. Je voulais… j’avais besoin de sentir quelque chose.
— Quoi ? Le froid du bois ? Ou le souvenir de ma peau ? Réponds-moi !
Il frappe brusquement contre la cloison de bois. Le choc me fait sursauter, mes muscles vaginaux se contractant violemment autour de mes doigts. Une décharge électrique me traverse, me faisant cambrer le dos. Mon clitoris, gonflé et douloureux, frotte contre la base de ma main.
— Je pensais à vous, avouai-je dans un souffle, les larmes aux yeux. Je pensais à ce que vous m'avez fait dans les bois. Je voulais sentir vos mains… partout. Je suis trempée, Julian. Je suis… je suis dégoûtante.
Un rire sombre, dépourvu de toute joie, s'élève de l'autre côté.
— Non, tu n’es pas dégoûtante. Tu es affamée. Tu es une petite bête en chaleur qui cherche son maître dans l’ombre d’une église. Tu sens l’excitation d’ici. L’odeur de ton foutre remplit déjà cet espace, elle se mélange à l’encens. C’est un blasphème délicieux.
Je sens son mouvement à travers la grille. Il approche son visage du treillis. Je devine l’éclat de ses yeux dans le noir. Ma respiration devient erratique, saccadée. Je retire lentement mes doigts, les sortant de mon antre poisseux avec une lenteur calculée, sentant le liquide chaud couler le long de mon poignet.
— Remets ta main là-dedans, ordonne-t-il, sa voix vibrant d'une autorité brutale.
— S’il vous plaît…
— Fais-le. Maintenant. Je veux entendre le bruit de tes doigts qui te labourent. Je veux que tu te donnes du plaisir comme si ta vie en dépendait, pendant que je te regarde. Ouvre tes jambes plus grand. Je veux voir l’éclat de ta peau mouillée dans l’ombre.
Obéissant, comme hypnotisée par la violence de son désir, j'écarte mes cuisses au maximum, mes genoux heurtant les parois latérales du confessionnal. Je suis totalement exposée. Mes doigts, souillés de ma propre essence, retrouvent le chemin de mes lèvres charnues, s’écartant pour laisser passer l’intrusion. Je commence à me masser, de plus en plus vite, mon souffle se transformant en un halètement animal.
— Oui… murmure-t-il, son souffle venant mourir contre la grille, si près que je pourrais presque le lécher. Plus fort. Ne me cache rien. Montre-moi à quel point tu es devenue une traînée pour moi.
Le plaisir recommence à monter, plus sombre, plus aigu encore que tout à l'heure. La peur d'être découverte par un prêtre ou un fidèle errant ajoute une couche de perversion qui me consume. Chaque va-et-vient de ma main est une insulte au sacré, une offrande à l'homme qui me domine à travers une planche de bois.
Soudain, je vois ses longs doigts s'insérer dans les trous de la grille. Il ne peut pas m'atteindre, mais il griffe le bois avec une fureur contenue.
— Si cette grille n'était pas là, murmure-t-il, je te retournerais sur cet autel de fortune et je te prendrais jusqu'à ce que tu oublies ton propre nom. Je te ferais ramper sur le sol de pierre.
Je gémis son nom, ma tête heurtant le bois de gauche à droite. Mes doigts s'activent frénétiquement, cherchant le point de non-retour. Je sens que je suis sur le bord de l'abîme. Mon bassin s'élève, cherchant un contact que le bois ne peut m'offrir.
— Julian… je vais… je vais…
— Ne viens pas encore, ordonne-t-il cruellement. Pas avant que je te le dise. Regarde-moi à travers les trous, petite idiote. Regarde ce que tu me fais.
Je lève les yeux, cherchant son regard dans l’obscurité. Je devine sa silhouette massive, l'énergie prédatrice qui se dégage de lui. Il y a un bruit de cuir, de fermeture éclair que l'on descend avec une lenteur sadique. Mon cœur manque un battement.
Lui aussi. Il va le faire avec moi. Ici. Dans la maison de Dieu.
— Continue, ordonne-t-il dans un souffle rauque, alors que j'entends le bruit d'une main frappant la chair de l'autre côté. Ne t'arrête pas. Je veux te voir jouir contre cette grille, en pensant à ce que je vais te faire quand je sortirai d'ici. Car je vais sortir, et tu ne pourras plus reculer.
Le grincement du cuir et le sifflement métallique de sa braguette déchirent le silence sépulcral de la nef. Le son résonne contre les parois étroites de ma cage de bois, plus fort que les battements erratiques de mon cœur. À travers les petits trous de la grille sculptée, je ne vois que des fragments de lui : l’ombre de sa main large, le mouvement rythmique de son bras, l'éclat sombre de ses yeux qui me clouent sur place.
Je suis trempée. Ma propre odeur, musquée, entêtante, remplit le confessionnal, se mélangeant à la poussière de l'église et à l'odeur du vieux bois ciré. Mes doigts sont enfoncés en moi, deux phalanges perdues dans ma propre chaleur, tandis que mon pouce écrase mon clitoris avec une fureur que je ne me connaissais pas.
— Regarde-moi, répète-t-il, sa voix n’est plus qu’un grognement animal. Regarde ce que tu provoques, petite pécheresse.
Je plaque mon visage contre la grille froide, le bois gravé s'imprime dans ma joue. Je le vois. Je vois la silhouette de son sexe, sombre et massif, que sa main empoigne avec une brutalité qui me fait frissonner d'effroi et de désir. Le bruit est obscène. Le son de sa peau glissant contre la sienne, le claquement sourd de son bassin contre le bois de son côté. Il se branle avec une rage contenue, les yeux fixés sur les miens à travers les interstices.
— Tu es tellement serrée, n'est-ce pas ? murmure-t-il. Tu imagines que c’est moi qui suis là-dedans. Tu imagines ma queue qui te déchire, qui te remplit, alors que tu es seule dans le noir.
— Julian… s’il te plaît…
Je n'en peux plus. Mon bassin tressaute, mes muscles pelviens se contractent violemment autour de mes doigts. Je sens le liquide s'écouler le long de ma main, glisser sur mon poignet, tiède et collant. Je suis une flaque de besoin, une insulte vivante à ce lieu sacré. Je me cambre, le dos plaqué contre la paroi arrière, mes seins frottant contre le tissu de ma robe, les tétons douloureusement érigés.
— Je veux te voir venir, ordonne-t-il soudain, sa voix changeant de ton, plus basse, plus pressante. Je veux que tu jouisses contre ce bois. Je veux que Dieu entende tes cris de putain. Maintenant.
C’est le signal. Le barrage cède.
Je ferme les yeux un instant, mais il frappe violemment contre la cloison de séparation.
— OUVRE LES YEUX ! Regarde-moi !
Je m'exécute, le regard brouillé par les larmes et l'excitation. Mes doigts s'accélèrent dans un mouvement frénétique, presque douloureux. Je ne suis plus qu'un nerf à vif. Je vois sa main bouger plus vite, je vois ses muscles se tendre sous sa chemise. Le plaisir monte, une vague déferlante, noire et brûlante, qui part de mon ventre pour irradier tout mon corps.
Mon souffle se transforme en un gémissement rauque, animal. Ma tête bascule en arrière, heurtant le bois avec un coup sourd.
— Julian !
— Oui, hurle-t-il presque, dans un souffle étranglé. Donne-moi tout.
L’orgasme me percute avec la violence d'un accident frontal. Mes muscles se figent, mon vagin se contracte sur mes doigts dans des spasmes convulsifs qui semblent ne jamais vouloir s'arrêter. Je sens la foudre traverser mon épine dorsale. C’est trop. C’est délicieusement trop. Je jouis avec une telle intensité que ma vision se trouble, des taches blanches dansant derrière mes paupières. Je sens le flot de mon plaisir inonder ma main, s’étaler sur la banquette de bois.
De l’autre côté, j’entends son souffle se rompre. Un râle profond sort de sa gorge, un son de pur prédateur qui vient de capturer sa proie. Le bruit de sa semence frappant le bois, de son côté, est un écho charnel à mon propre abandon. Il se vide, avec une force que je devine dévastatrice, le front appuyé contre la grille.
Le silence retombe brutalement, pesant, chargé d'électricité et de l'odeur du péché consommé.
Je reste là, pantelante, les doigts encore enfouis dans ma chair qui palpite, le visage en sueur. Ma robe est relevée sur mes hanches, mes jambes tremblent si fort que je doute de pouvoir tenir debout. Le froid de l'église commence à mordre ma peau humide, mais le feu de Julian brûle encore en moi.
Je l'entends se rhabiller. Le bruit de la fermeture éclair remonte. Un son définitif.
— Nettoie-toi, dit-il, sa voix ayant retrouvé son calme glacial, bien que l'ombre de l'excitation y rôde encore. Je ne veux pas que tu perdes une goutte de ce que tu as produit en pensant à moi. Garde-le sur ta peau. Que ça te rappelle qui te possède, même quand je ne suis pas là.
Je retire mes doigts lentement, fixant le liquide nacré qui les recouvre. Je suis souillée. Je suis marquée. Et je n'ai jamais rien ressenti d'aussi vivant.
— Sors maintenant, reprend-il. Et ne te retourne pas. Si je vois ton visage avant d'être dehors, je te prendrai ici même, sur l'autel, et je ne serai pas doux.
Le frisson qui me parcourt n'est pas dû au froid. C’est de la terreur pure, mélangée à une addiction naissante.
Je me redresse, réajustant mes vêtements avec des mains malhabiles. Je sens le contact gluant de mon excitation entre mes cuisses à chaque mouvement, une preuve humide de ma déchéance. Je pousse la porte du confessionnal. L'air de la nef me paraît soudain trop vaste, trop pur pour ce que je suis devenue.
Je marche vers la sortie, les jambes flageolantes, le cœur tambourinant contre mes côtes. Je sens son regard dans mon dos, une pression physique, sombre et dévorante. Je ne me retourne pas. Je sais que si je le faisais, je tomberais à genoux et je le supplierais de m'achever.
Je franchis le lourd portail de l'église. Dehors, l'ombre du bois m'attend, noire et insondable. Mais l'ombre la plus dangereuse n'est plus parmi les arbres. Elle est gravée en moi, dans chaque spasme de mon corps qui réclame déjà son retour.
Julian n'est plus seulement une ombre dans le bois. Il est le maître de mon sanctuaire. Et le culte ne fait que commencer.
Le Raclement de Gorge
Le bois de chêne de la cathédrale Saint-Jude ne se contente pas de vieillir ; il pourrit avec une élégance macabre, exhalant une odeur de cire froide, d’encens rance et de poussière séculaire. Ici, dans l’étroitesse de mon confessionnal, l’air est si dense qu’il semble avoir un poids, une texture qui se dépose sur ma peau comme une seconde soutane, plus lourde encore que la première.
Je suis assis dans l’obscurité presque totale. Mes doigts longs, habitués jadis à feuilleter des codes pénaux avant de se refermer sur le goupillon, caressent machinalement le rebord sculpté de la grille en bois. Ce treillage est ma seule fenêtre sur le monde des pécheurs. Une barrière dérisoire qui ne protège rien, ni leur âme, ni ma propre noirceur.
Le silence de la nef est un linceul, jusqu’à ce que le lourd portail de chêne gémisse au loin. Des pas. Légers, saccadés. Le claquement sec de talons aiguilles sur le marbre froid. Une musique familière. Une musique qui fait battre une veine dans ma tempe.
Elena.
Je n'ai pas besoin de la voir pour savoir que c'est elle. Je reconnais son sillage avant même qu’elle n'atteigne le transept. Elle porte ce parfum coûteux, un mélange de lys blanc et de quelque chose de plus musqué, de plus animal, qui jure avec l'austérité des lieux. C'est l'odeur de la provocation. L’odeur d’une héritière qui cherche à brûler son héritage au feu du sacrilège.
Le rideau de cuir de la loge adjacente glisse avec un froissement feutré. Je sens le bois vibrer sous son poids lorsqu’elle s’agenouille. Elle est là, à quelques centimètres de moi, séparée seulement par cette grille de bois dont les trous dessinent des losanges de ténèbres.
Je ne dis rien. Le silence est mon arme la plus tranchante. Je l'entends respirer. Sa respiration est haute, erratique, comme celle d'une bête traquée qui a fini par aimer sa cage. Elle ne commence pas par une prière. Elle ne dit pas "Pardonnez-moi mon Père". Elle sait que je ne suis pas là pour pardonner.
Puis, le son arrive.
Un bruissement de soie. Le frottement de ses cuisses l'une contre l'autre. Elle porte une de ces robes qui ne demandent qu'à être déchirées, je le devine au son glissant de l'étoffe. Je ferme les yeux, visualisant ses mains gantées de dentelle remonter le long de son nylon.
Je l'entends s'agiter, chercher sa place sur le bois dur du prie-Dieu. Un gémissement étouffé, presque un sifflement, franchit la grille. C'est un son humide, guttural, qui n'a rien à faire dans la maison de Dieu. Elle se croit seule. Ou plutôt, elle joue avec l'idée que je pourrais être là, tapi dans l'ombre comme un spectre lubrique.
Son impudeur est une insulte délicieuse. Elle commence à se caresser.
Le rythme s'accélère. J'entends le clic d'une agrafe, le souffle court qui devient un halètement. C'est une symphonie de déchéance que je dirige par mon absence de réaction. Je sens ma propre érection se raidir contre le tissu rêche de ma soutane, une barre de fer qui me rappelle ma propre nature d'homme, mon propre besoin de contrôle. Ma main se crispe sur l'accoudoir, mes phalanges blanchissent.
Je pourrais l'arrêter. Je pourrais l'humilier par une parole sainte. Mais je préfère me nourrir de son exhibitionnisme. Je l'écoute se perdre. J'entends ses doigts s'enfoncer dans sa propre chair, le bruit de la succion, le glissement de son excitation qui doit déjà tremper ses sous-vêtements. Elle est en train de profaner mon sanctuaire avec une ferveur que même les plus dévots n'atteindront jamais.
Elle devient plus audacieuse. Ses gémissements montent en volume, se répercutant contre les parois étroites de la boîte de bois. Elle veut que je l'entende. Elle veut que je sache qu'elle est en train de se donner du plaisir à quelques millimètres de mon oreille, dans le secret le plus absolu et le plus impur.
Sa main doit bouger frénétiquement maintenant. Je perçois le claquement mouillé de ses doigts contre ses lèvres génitales, un rythme sauvage, animal. Elle est au bord. Je sens la chaleur qui émane de son corps à travers la grille, une vapeur de luxure qui vient chatouiller mes narines. Elle est une plaie ouverte de désir, et je suis le sel qui s'apprête à y être versé.
Elle est sur le point de lâcher prise, ses doigts martyrisent sa propre chair, je l'entends s'arc-bouter, le bois craque sous la tension de son corps en transe. Elle est vulnérable. Elle est mienne.
C’est le moment.
Je m’approche de la grille, si près que je pourrais presque goûter sa sueur. Ma voix est restée coincée au fond de ma gorge, chargée de tout le sadisme de mon silence prolongé. Je ne vais pas lui parler. Pas encore. Je vais briser son illusion de solitude.
Je ramène mon poing devant ma bouche.
Je racle ma gorge.
Un son sec, puissant, autoritaire, qui déchire le silence comme un coup de fouet.
Le bruit de ses caresses s'arrête net. Le temps se fige. J'entends son souffle se couper, le hoquet de terreur qui suit immédiatement l'extase interrompue. Le silence qui retombe est plus lourd qu'une pierre tombale.
Elle sait. Elle sait que j'ai tout entendu. Chaque gémissement, chaque fluide, chaque spasme.
Je sens son effroi à travers la cloison. C'est un parfum bien plus enivrant que son lys blanc. C'est l'odeur de la soumission totale. Elle est prostrée de l'autre côté, tremblante, probablement encore les doigts souillés de son propre péché, réalisant que le prédateur ne dormait pas.
Je laisse passer les secondes, une éternité de honte pour elle. Puis, de ma voix la plus basse, cette voix de velours noir qui me servait à briser les témoins à la barre et qui aujourd'hui brise les âmes, je murmure :
— Continuez, Elena. Je n'ai pas encore fini d'écouter votre confession.
Le silence qui suit mon ordre est une matière solide, épaisse, presque palpable. Je suis là, le front appuyé contre le bois froid de la porte qui nous sépare, et je peux jurer que je sens la chaleur de son corps de l'autre côté. Mon propre sang cogne dans mes tempes, un tambour sauvage, primitif. Ma main, posée à plat sur la cloison, capte les vibrations de ses moindres tressaillements.
— J’ai dit : continuez, Elena.
Ma voix ne tremble pas. Elle est un couperet qui tombe. J’entends un petit bruit étouffé, un sanglot de honte qu’elle tente de ravaler. Elle est nue là-dedans, ou presque. Je l’imagine, les cuisses écartées, la peau rougie par l’effort et la panique, ses doigts fins encore humides d’elle-même, figés dans l’air ou crispés sur les draps.
— Je… Monsieur… murmure-t-elle.
Sa voix est un souffle brisé, une supplique. Mais je n'ai aucune pitié. La pitié n'a jamais fait partie de mon répertoire. Ce que je veux, c'est la voir s'effondrer sous le poids de son propre désir, ce désir qu'elle essaie de cacher derrière ses robes sages et ses yeux baissés.
— Je vous ai entendue, Elena. Chaque glissement de votre peau contre votre chair. Le bruit mouillé de vos doigts quand vous avez trouvé ce point qui vous fait gémir comme une petite chienne en chaleur. Ne vous arrêtez pas maintenant. Ce serait un péché de laisser une telle ferveur s'éteindre.
Je ferme les yeux. Mon imagination est mon pire ennemi et mon meilleur outil de torture. Je vois ses seins se soulever au rythme de sa respiration saccadée, les pointes durcies par le froid ou l'effroi. Je sens l'odeur de son excitation traverser les jointures du bois. C’est une odeur de musc, de fleur écrasée, de luxure brute.
— Est-ce que vous me touchez en ce moment ? Est-ce que vous sentez comme vous êtes trempée ?
Un nouveau silence. Puis, le miracle. Un froissement de tissu. Lent. Très lent. Elle a bougé.
— Je… je ne peux pas, halète-t-elle, au bord des larmes.
— Vous le devez. Parce que si je dois ouvrir cette porte et venir finir le travail moi-même, je vous promets que vous regretterez la douceur de vos propres doigts. Je n'aurai pas la même patience, Elena. Je vous briserai avant de vous faire jouir. Alors, reprenez. Maintenant.
Je colle mon oreille contre la paroi. Je veux tout. Le moindre frottement de ses cuisses l’une contre l’autre, le clapotis de son intimité qui s'ouvre. Et puis, ça recommence. Un son ténu. Le frottement de la pulpe d'un doigt contre une membrane sensible. *Squelch.* Un bruit humide, obscène dans le calme de la nuit.
Mon sexe, tendu à en avoir mal dans mon pantalon de costume, bat contre le tissu. Je ne me touche pas. Pas encore. Je veux que cette agonie dure. Je veux qu'elle sache que je l'écoute, que je la dévore par l'oreille.
— Voilà… C’est bien, Elena. Encore. Plus vite.
— Oh mon Dieu… gémit-elle, et cette fois, ce n'est plus seulement de la peur.
C’est le son de la reddition. Elle a commencé à s'obéir à elle-même, ou plutôt, à m'obéir à travers son propre corps. Le rythme s'accélère. Je l'entends haleter, de plus en plus fort. Sa respiration devient un râle. Elle n’essaie même plus de se cacher.
— Dites-le, ordonné-je en frappant doucement du poing contre la porte, un coup sourd qui rythme ses caresses. Dites-moi ce que vous faites. Je veux l'entendre de votre bouche.
— Je… je me touche… gémit-elle dans un souffle saccadé.
— Où ça ? Soyez précise. Ne me faites pas deviner.
— Ici… sur… sur mon bouton… il est si dur… je… je glisse mes doigts à l'intérieur… je suis si mouillée, Monsieur… c’est… c’est plein de moi partout…
Le vocabulaire cru sort de sa bouche comme un blasphème délicieux. Elle est en train de se souiller pour moi, de salir sa propre image de jeune femme rangée. J'entends le bruit de deux doigts, peut-être trois, qui entrent et sortent d'elle avec une frénésie croissante. Elle ne se retient plus. Elle est en train de se perdre.
— Est-ce que c'est bon, Elena ? Est-ce que vous imaginez que c'est moi qui vous fais ça ? Est-ce que vous imaginez ma langue à la place de vos doigts ? Ma main qui vous écarte les fesses pour mieux vous pénétrer ?
Un cri aigu lui échappe, étouffé par son oreiller, j'imagine. La tension dans la pièce est devenue électrique, une corde prête à rompre. Je sens ma propre sueur perler sur mon front. Je suis le prédateur, mais le piège est en train de se refermer sur nous deux.
— Je vous entends devenir folle, Elena. Je sens l’humidité de votre sexe d’ici. Continuez… forcez-vous. Je veux que vous soyez à l'agonie. Je veux que chaque spasme soit une punition.
Le bruit de ses caresses devient sauvage, presque animal. Elle ne pleure plus, elle griffe les draps, elle lutte contre une vague qui menace de l'emporter. Et moi, de l'autre côté de cette maudite porte, je me demande combien de temps encore je vais pouvoir rester un simple spectateur de son naufrage.
Mon érection me fait souffrir, une barre de fer qui exige sa part de chair. Je pose ma main sur la poignée. Je ne la tourne pas. Pas encore. Je savoure le pouvoir absolu de la savoir là, à ma merci, se donnant du plaisir sous mes ordres, réduite à l'état de pur instrument de ma volonté.
— Monsieur… je… je vais… je ne peux plus… maman… hoquette-t-elle dans une détresse orgasmique imminente.
— Ne venez pas encore, Elena ! Je ne vous ai pas donné la permission de finir !
Je crie presque ces derniers mots, ma voix vibrant de toute la violence de mon propre désir contenu. Elle se fige net, j'entends son corps se cambrer, suspendu au bord du précipice, le souffle coupé, le cœur battant la chamade. Elle est là, en suspens, tremblante, torturée par son propre plaisir retenu au dernier moment.
— Restez comme ça, murmuré-je, le souffle court. Ne bougez plus. Gardez cette envie en vous. Laissez-la brûler.
Le silence revient, mais il est chargé d'un érotisme si violent qu'il en est presque insupportable. J'entends son petit gémissement de frustration, un son si pathétique et si excitant que je sens mon propre contrôle s'effriter.
Je n'ai pas encore fini avec elle. Ce n'était que le début de sa leçon.
— Maintenant, Elena… approchez-vous de la porte.
Je lâche la poignée et je recule d'un pas, mes yeux fixés sur le bois sombre, attendant de voir si elle aura le courage de se rapprocher du loup.
— Venez coller votre corps contre cette porte. Je veux sentir votre chaleur. Je veux que vous sentiez la mienne.
J'entends ses pieds nus sur le parquet. Le froissement d'un drap qu'elle a peut-être enroulé autour d'elle, ou peut-être est-elle totalement exposée, offerte au vide. Et puis, le son doux et sourd de sa chair qui entre en contact avec le bois, juste de l'autre côté de moi. Elle est là. À quelques centimètres. Séparée de moi par rien d'autre qu'une planche de chêne et des siècles de morale dont je n'ai absolument rien à foutre.
— Je suis là… murmure-t-elle.
Sa voix est si proche que j'ai l'impression qu'elle me caresse l'oreille.
— Bien, dis-je, ma voix n'étant plus qu'un grognement sourd. Maintenant, écoutez-moi bien…
Je plaque ma paume à plat contre le bois froid, à la hauteur exacte où je devine son cœur battre. Je peux presque sentir les pulsations erratiques à travers la cloison, cette panique délicieuse mêlée à une envie qui la consume autant que moi. L’air dans le couloir est chargé d’une électricité poisseuse. Je ferme les yeux, visualisant chaque centimètre de sa peau de l’autre côté. Je l'imagine frissonnante, les tétons durcis par le froid de la pièce et la chaleur de ma voix.
— Écartez les jambes, Elena. Plus large. Je veux entendre le frottement de vos cuisses.
Un silence de deux secondes, puis le son. Le glissement léger, humide, de sa chair qui s'ouvre. Mon sexe cogne contre mon pantalon, une douleur sourde et exigeante qui me rappelle que je suis à la limite de la rupture. Mais le contrôle est ma drogue, et sa soumission est le fix dont j'ai besoin.
— Posez votre main là où vous êtes la plus mouillée, ordonné-je d'un ton monocorde, presque clinique, pour mieux la briser. Ne me mentez pas. Je sens l’odeur de votre désir d'ici. Vous êtes trempée, n’est-ce pas ?
Un petit gémissement étouffé me répond, une plainte de bête acculée.
— Oui… murmure-t-elle, le souffle court.
— Alors, faites-le. Touchez-vous. Je veux entendre vos doigts travailler. Je veux entendre le bruit de votre propre sexe qui vous trahit.
Le silence qui suit est torturant, puis, enfin, le son arrive. Un clapotis rythmé, obscène, magnifique. Le bruit de ses doigts s'enfonçant dans sa propre intimité, glissant sur ses lèvres gorgées de sang. J’appuie mon front contre la porte, les dents serrées. Je peux imaginer ses doigts s'agiter, cherchant le petit bouton de chair qui la rend folle, tandis qu'elle s'appuie de tout son poids contre le chêne pour ne pas s'effondrer.
— Plus vite, grondé-je. Je ne vous ai pas permis de prendre votre temps. Donnez-moi ce que je veux. Je veux que vous soyez si bruyante que les murs s’en souviennent.
Le rythme s'accélère. Ses respirations deviennent des saccades erratiques. Elle ne se retient plus. Je l'entends gémir mon nom entre deux souffles brisés, une prière impie que je bois comme un nectar. Le son de ses doigts devient plus gras, plus intense. Elle est en train de se perdre, de s'abandonner totalement à l'image de l'homme qui la tient captive par la simple force de sa volonté.
— Julian… ah… Julian, s’il vous plaît…
— Ne me suppliez pas. Prenez-le. Mourez pour moi, Elena.
Je commence à déboutonner mon pantalon d'une main, mes yeux fixés sur la fente de la porte, là où la lumière de sa chambre filtre. Je m'extrais, ma virilité pulsante et brûlante, et je commence à me masser avec une brutalité qui reflète ma rage contenue. Nous sommes deux animaux séparés par une cage, s'offrant l'un à l'autre dans une agonie de frustration.
Le bruit de l'autre côté de la porte devient frénétique. Elle griffe le bois de ses ongles courts. Je l'imagine la tête renversée, les yeux révulsés, son corps secoué par les prémices de l'explosion.
— Maintenant ! lâché-je dans un souffle sauvage. Lâchez tout ! Donnez-moi tout !
Le cri qu'elle pousse est déchirant de pureté. Un hurlement étouffé contre le bois, tandis que j'entends son corps s'agiter violemment. Le spasme est si fort que la porte tremble contre mon épaule. Au même instant, je serre mon sexe à l'arracher, quelques mouvements brusques et rageurs suffisent pour que je vienne, ma semence s'écrasant contre le bas de la porte, marquant mon territoire sur le seuil de son sanctuaire.
Le silence retombe brutalement, lourd et oppressant comme une chape de plomb. On n'entend plus que nos deux souffles qui luttent pour retrouver un semblant de calme. Je reste là, le front contre le bois, savourant la moiteur qui imprègne l'air.
— Vous sentez ça, Elena ? dis-je d'une voix qui a retrouvé sa froideur tranchante, malgré le feu qui coule encore dans mes veines.
— Quoi… ? répond-elle dans un souffle quasi inaudible, la voix brisée.
— L'odeur de votre défaite. Vous m'appartenez maintenant. Pas parce que je vous tiens enfermée, mais parce que vous ne pourrez plus jamais atteindre ce sommet sans penser à ma voix.
Je remonte mon pantalon, ajustant mes vêtements avec une précision méticuleuse, effaçant toute trace de mon propre égarement. Je suis à nouveau le maître de ce domaine. Le loup s'est nourri, mais il a encore faim.
— Dormez, Elena. Et essayez d'oublier le goût de ce que vous venez de faire. Mais nous savons tous les deux que vous en rêverez toute la nuit.
Je me détourne et m'éloigne dans le couloir sombre, le bruit de mes pas résonnant comme un glas. Derrière moi, je sais qu'elle glisse lentement au sol, brisée, vide, et désespérément mienne.
Le chapitre se ferme sur le clic sec de ma porte de bureau, laissant le manoir sombrer dans un silence de mort, seulement troublé par le souvenir de son plaisir. Et le mien.
Ma Première Vérité
Le silence de la Cathédrale Saint-Jude n’est jamais vraiment absolu. C’est un monstre de pierre qui respire, qui gémit sous le poids des siècles et des péchés qu’on vient y déposer. L’air y est saturé de cette odeur entêtante d’encens froid, de cire fondue et de bois de chêne centenaire qui commence à pourrir très lentement par les bords.
Je suis assis dans l’ombre étroite du confessionnal. Ma cellule. Mon trône.
Le tissu noir de ma soutane pèse sur mes épaules, une armure de soie et de laine qui dissimule l’homme pour ne laisser paraître que la fonction. Mais sous l’étoffe, ma peau est brûlante. Je sens chaque battement de mon cœur, lourd, cadencé par une impatience que je m'efforce de brider. Dans l’obscurité de cette boîte de bois sculpté, mes sens sont décuplés. J’entends le craquement d'un banc à l'autre bout de la nef. J'entends le sifflement du vent contre les vitraux médiévaux.
Et puis, je l'entends, elle.
Le clic sec de ses talons sur le marbre. Un rythme irrégulier, presque hésitant, mais porté par une urgence que je reconnais entre mille. Elena. Elle avance dans l’allée centrale, profanant le silence sacré de sa présence impie. Je ferme les yeux, visualisant sa silhouette frêle et pourtant si pleine de cette rébellion silencieuse qui me fascine autant qu’elle m’irrite.
Le rideau de velours épais glisse sur son rail dans un bruissement feutré. L’odeur de la pluie sur son manteau et ce parfum de lys musqué, si étranger à cet endroit, s’insinuent à travers la grille de bois. Elle s'agenouille. Le bois gémit sous son poids. Je l’entends respirer. C’est un souffle court, haché, qui trahit l'agitation de son sang.
Je reste immobile, une statue de chair dans le noir. Je ne dis rien. Je la laisse macérer dans le silence, dans l'oppression de ce lieu qui la juge, alors que mes yeux cherchent à percer les petits trous de la grille pour apercevoir la courbe de son cou, l’ombre de sa bouche.
— Ma fille, murmuré-je enfin.
Ma voix sort plus basse que je ne l’aurais voulu, un grondement de velours qui semble faire vibrer les parois du confessionnal. Je sais l’effet qu’elle a sur elle. C’est un instrument que j’ai appris à accorder, un scalpel qui ouvre les chairs sans effort.
— Mon père… souffle-t-elle.
Rien que ce mot. Une supplique. Un aveu de défaite avant même que le combat n’ait commencé. Je sens son excitation monter, une onde de chaleur qui traverse la barrière de bois. Elle frotte ses genoux contre le cuir du prie-Dieu, un mouvement inconscient, une recherche de friction.
— Vous tremblez, Elena, repris-je d’un ton froid, presque clinique. Est-ce la crainte de Dieu qui vous anime, ou la conscience de l’obscénité qui vous habite à cet instant précis ?
Elle ne répond pas immédiatement. Je devine sa main qui monte à sa gorge, ses doigts qui triturent le tissu de son chemisier de soie. Je veux qu’elle parle. Je veux qu’elle mette des mots sur l’ordure qui noircit son âme, car c’est là, dans cette mise à nu verbale, que commence ma véritable domination.
— Je… je ne devrais pas être ici, articule-t-elle. Pas comme ça.
— « Comme ça » ? Soyez précise. Le Seigneur n’aime pas les demi-vérités, et moi encore moins. Décrivez-moi l’état de votre corps dans cette maison de prière.
Je me penche légèrement vers la grille. Je peux presque sentir la chaleur de son souffle. Le bois entre nous n'est plus une barrière, c'est un conducteur de tension. Mon propre corps réagit, une raideur douloureuse s’installant dans mon entrejambe, mais je reste de marbre. Mon contrôle est ma plus grande jouissance.
— Il fait si froid ici, murmure-t-elle, la voix brisée par un début de sanglot qui n’a rien de triste. Et pourtant, j’ai l’impression de brûler. Ma peau… ma peau me gratte, mon père. Partout.
— Est-ce le contact de vos vêtements que vous ne supportez plus ? Ou l’idée que je puisse, à travers ces quelques centimètres de chêne, deviner la moiteur qui s’installe entre vos cuisses ?
Le silence qui suit est lourd de conséquences. Elle lâche un petit gémissement étouffé, un son animal qu’elle plaque derrière sa main. Je l'imagine, les yeux clos, la tête renversée contre la paroi, se laissant pénétrer par la violence de mes mots.
— Dites-le, Elena. Avouez-moi votre première vérité. Qu’est-ce qui vous excite le plus en ce moment ? Est-ce l’idée du péché, ou l’idée que ce lieu saint soit le témoin de votre déchéance ?
Je passe un doigt ganté de soie sur les sculptures de la grille, juste en face de l’endroit où je devine son oreille. Le bruit du frottement est amplifié dans la petite cabine, un son rauque, suggestif.
— L’odeur… finit-elle par lâcher dans un souffle de luxure pure. L’odeur de l’encens. Elle se mélange à… à la mienne. Je me sens sale. Et j’aime ça. J'aime l'idée que vous sachiez que je suis trempée sous ma jupe, juste là, à quelques centimètres de vos mains consacrées.
Je sens un tressaillement dans ma mâchoire. Elle joue avec le feu, provoquant le loup sous la soutane. Elle veut être châtiée, elle veut que ma voix devienne la main qui la brise.
— Vous venez dans ma cathédrale pour vous offrir en spectacle à mon ouïe, Elena. Vous utilisez le sacré comme un lubrifiant pour vos fantasmes de pécheresse. Approchez-vous de la grille. Plus près.
Je l’entends obéir, le froissement de son vêtement contre le bois est une caresse indirecte qui me fait serrer les dents.
— Encore plus près. Je veux entendre le battement de votre cœur contre le bois. Je veux sentir l'humidité de vos mots sur ma peau.
Elle s'exécute, son front touchant presque la grille. Je peux voir l’éclat de ses yeux dans la pénombre, dilatés par le plaisir et la peur. C’est ici que tout commence. Dans ce sanctuaire de la vérité, où le masque de l’héritière de bonne famille va voler en éclats sous la pression de mes questions.
— Maintenant, dites-moi… quand vous avez franchi le seuil de cette église, quelle était la première pensée impure qui a traversé votre esprit en me voyant ?
Je sais déjà la réponse. Mais je veux l'entendre ramper. Je veux qu'elle se soumette par la parole avant que je ne la soumette par le reste. Sa libération passera par ma cruauté. Et je ne compte pas l'épargner.
Le silence qui suit ma question est si dense qu’il semble palpiter entre nous, chargé de l’électricité statique de ses péchés inavoués. À travers le treillis de bois, je perçois le chaos de son souffle. C’est un bruit délicieux, saccadé, celui d’une bête prise au piège qui commence à comprendre que la cage ne s’ouvrira que si elle s’arrache la peau.
Je m’avance encore, mes lèvres frôlant presque les losanges de bois noirci. L’odeur de l’encens froid se mêle à un parfum plus organique, plus entêtant : celui de sa peur mélangée à son excitation. Une effluve musquée, sucrée, qui s’échappe d’entre ses cuisses et monte jusqu’à moi. Elle est déjà trempée, je le sens.
— J’attends, murmurai-je, ma voix n’étant plus qu’un grognement sourd qui fait vibrer la cloison. Ne me faites pas perdre mon temps. La patience est une vertu que je n’ai jamais vraiment acquise.
Je vois l’ombre de sa main s’élever, hésitante, avant de venir se plaquer contre la grille, juste à côté de mon visage. Ses doigts tremblent violemment.
— J’ai... j’ai regardé vos mains, finit-elle par lâcher dans un souffle étranglé.
— Mes mains ? Répétez. Plus fort.
— Vos mains, Julian. Quand vous avez refermé la porte derrière moi... J’ai vu la force dans vos doigts. J’ai imaginé...
Elle se tait, comme si le simple fait d’articuler la suite allait la damner instantanément. Je sens un rictus cruel étirer mes lèvres. Je pose ma propre main sur le bois, pile en face de la sienne. Si la grille n’était pas là, nos paumes se toucheraient, nos doigts s’entrelaceraient dans un pacte de débauche.
— Qu’avez-vous imaginé que ces mains fassent à votre petit corps de sainte nitouche ? Est-ce que vous les avez vues vous étrangler juste assez pour vous faire voir des étoiles ? Ou est-ce que vous les avez imaginées en train de déchirer cette robe coûteuse pour atteindre ce qui se cache dessous ?
Un gémissement étouffé lui échappe. Un son de défaite.
— Les deux, gémit-elle. Je voulais... je voulais que vous me plaquiez contre le bois froid de l’autel. Que vous me traitiez comme la traînée que je suis à l’intérieur. J’ai eu envie que vous me fassiez mal, Julian. Que vous me marquiez.
La franchise brutale de ses mots fait affluer le sang dans mon sexe, dur et douloureux contre le tissu de mon pantalon. Je ferme les yeux un instant, savourant l’image. Elle, étalée sur le marbre sacré, les jambes écartées, tandis que je l’envahis sans aucune forme de pitié.
— Vous êtes une créature dégoûtante, susurrai-je avec une tendresse venimeuse. Désirer une telle profanation dans la maison de Dieu... Est-ce que vous sentez comme votre sexe réagit à vos propres paroles ? Est-ce que vous sentez cette humidité honteuse qui glisse le long de vos cuisses ?
— Oui... souffle-t-elle, et je devine qu’elle a la tête renversée en arrière, le cou offert.
— Dites-le-moi avec précision. Je veux la vérité crue. Pas de métaphores, pas de pudeur. Que se passe-t-il dans votre culotte en ce moment même, pendant que je vous parle ?
Je l’entends déglutir. Le frottement de ses vêtements s’intensifie. Elle se tortille sur le petit banc de bois, cherchant désespérément un soulagement que je suis le seul à pouvoir lui offrir.
— C’est... c’est chaud. Je suis... je suis inondée. Ça coule. Chaque fois que vous élevez la voix, je sens une décharge... j’ai le clitoris qui bat la chamade, il est si gonflé que le simple contact de ma lingerie me brûle.
— Montrez-moi.
Le mot tombe comme un couperet. Le silence revient, plus lourd encore.
— Quoi ? balbutie-t-elle.
— Vous m’avez bien entendu. Relevez cette robe. Je veux entendre le bruit de votre chair contre le bois. Je veux que vous me prouviez l’étendue de votre luxure. Si vous voulez votre absolution, si vous voulez que j’aille plus loin, vous allez devoir me montrer que vous n'avez plus aucune dignité.
Je plaque mon oreille contre la grille. J’écoute. Un froissement de soie. Puis le son caractéristique de la peau nue qui se frotte contre le chêne verni du siège. Elle a obéi. Elle est là, de l’autre côté de cette mince paroi, les fesses posées sur le bois dur, sa robe relevée jusqu'à la taille.
— Est-ce que vous portez quelque chose dessous ? demandai-je d’une voix devenue rauque, presque méconnaissable.
— Rien, répond-elle dans un souffle. Je savais que je venais vous voir... Je n'ai rien mis.
L’audace de cette gamine me rend fou. Elle est venue ici, dans ce sanctuaire, sans sous-vêtements, prête à se laisser consumer par le feu que j’ai allumé en elle.
— Écartez les jambes, ordonnai-je, ma main se crispant sur le rebord du confessionnal. Plus largement. Je veux entendre vos lèvres se décoller. Je veux que vous vous ouvriez pour moi, même si je ne peux pas encore vous voir. Touchez-vous.
— Julian... s'il vous plaît...
— C’est un ordre. Touchez cette fente impure. Enfoncez vos doigts là où vous rêvez que j’enfonce ma queue. Et décrivez-moi chaque sensation, chaque goutte de votre plaisir corrompu. Maintenant !
Le premier son qui me parvient est un glissement humide, le bruit de doigts plongeant dans une chair gorgée de désir. Son souffle devient un râle animal, et je sens que je perds le contrôle, ma propre main glissant vers ma braguette, tandis que la tension dans la petite cabine devient insoutenable. Elle est en train de s'offrir à moi par le verbe et le geste, séparée seulement par quelques centimètres de bois et des siècles de morale dont je n’ai absolument rien à foutre.
Le bruit de sa chair contre la sienne est une symphonie de débauche qui résonne contre les parois étroites du confessionnal. C’est un son gras, humide, presque obscène dans ce silence sacré. Je ferme les yeux, ma main broyant mon sexe qui pulse douloureusement contre le tissu de mon pantalon. Je libère ma virilité d'un geste brusque, la sentant bondir, ivre de liberté et de sang.
— Continue, grognai-je, la voix étranglée par une pulsion meurtrière. Enfonce tes doigts plus profondément. Je veux entendre le clapotis de ta mouille. Je veux imaginer tes lèvres gonflées, violacées par le sang, s’écarter sous tes propres assauts.
— Je... je le fais... Julian... c’est tellement...
Son gémissement se brise. À travers la grille, l’odeur de son excitation me parvient, une effluve musquée, sucrée, entêtante, qui vient se mêler à l’odeur rance de l’encens et du bois vieux de plusieurs siècles. Je me saisis fermement, ma main glissant sur mon gland déjà trempé de liquide pré-séminal. Le contraste entre la fraîcheur de l'air de la nef et la chaleur étouffante de notre alcôve me rend fou.
— Décris-moi tes doigts, ordonnai-je en imprimant un mouvement de va-et-vient lent et impitoyable à ma main. Sont-ils couverts de ta luxure ? Est-ce que tu sens ton clitoris durcir sous ta pulpe ? Est-ce que tu imagines que c'est ma langue qui te laboure ?
— Oui... oh Dieu, oui ! Je sens... je sens tout. Je suis... je suis inondée. Mes doigts glissent... ils s'enfoncent... je sens mon propre rythme me posséder...
Elle halète, ses mots entrecoupés par de petits cris de gorge qui me font l’effet d’une décharge électrique. Je n’écoute plus seulement, je vois. Je vois son corps cambré de l'autre côté du bois, sa tête rejetée en arrière, ses yeux révulsés. Ma main s'accélère, sauvage. Le cuir de mes chaussures grince sur le sol tandis que je cherche un ancrage, mes muscles bandés à rompre.
— Ne t'arrête pas, salope. Ne t'avise pas de ralentir. Je veux que tu te déchires pour moi. Je veux que tu t'offres à ce bois comme si c'était mon corps. Frotte-toi plus fort. Trouve ce point qui te fait hurler et écrase-le.
Le rythme de ses respirations devient erratique. Le son de ses doigts s'intensifie, une succion rythmique, frénétique. Je sens le point de non-retour approcher, cette pression insoutenable à la base de mon sexe qui demande à exploser, à souiller ce lieu, à marquer cette femme de mon empreinte invisible.
— Julian ! Je vais... je vais... !
— Garde les yeux ouverts ! rugis-je, ma propre jouissance me montant à la gorge. Regarde la croix devant toi et sache que c'est moi qui te fais ça ! C'est mon autorité qui te brise ! Viens pour moi ! MAINTENANT !
Le cri qu'elle pousse est pur, viscéral, dépourvu de toute grâce. C'est le cri d'une bête qu'on achève. De mon côté, je perds toute retenue. Ma main s’accélère dans un flou de mouvement, chaque va-et-vient m’arrachant un grognement de fauve. Je sens les parois de mon urètre se contracter, et soudain, le barrage cède.
Je jouis avec une violence qui me vide les poumons, mon foutre jaillissant en jets brûlants et épais, frappant le bois sombre du confessionnal, s’écoulant entre mes doigts, tachant le sol béni. C’est une profanation totale, un sacrilège dont chaque goutte est un blasphème délicieux. Mon corps tremble, parcouru de spasmes qui refusent de s'éteindre, tandis que de l'autre côté, je l'entends sangloter doucement, le souffle court, au milieu du fracas de son propre orgasme.
L'air devient soudainement plus lourd, saturé de l'odeur de nos fluides mêlés, un parfum de péché qui rend l’atmosphère irrespirable. Ma main, couverte de ma propre semence, repose sur mes genoux. Je respire bruyamment, le front appuyé contre la cloison qui nous sépare encore, sentant la chaleur de son corps irradier à travers le bois.
Le silence retombe sur l'église, lourd comme un linceul, brisé seulement par le crépitement lointain d'un cierge qui s'achève. Je reprends peu à peu mes esprits, mais la noirceur en moi n'est pas apaisée ; elle est simplement nourrie.
— Vous avez entendu, Julian ? murmure-t-elle, sa voix n'étant plus qu'un souffle brisé, dénué de toute honte. Vous avez entendu ma vérité ?
Je me redresse lentement, rajustant mes vêtements avec une précision glaciale, malgré mes doigts encore souillés. Je fixe la grille de bois, imaginant son visage dévasté par le plaisir et la soumission de l'autre côté.
— J’ai entendu bien plus que cela, répondis-je d’une voix redevenue dure, dénuée de toute émotion. J’ai entendu l’aveu de votre perdition.
Je me lève, le bruit de mes pas résonnant avec une autorité nouvelle sur le marbre. Avant de sortir, je me penche une dernière fois vers la grille, mes lèvres effleurant presque le bois là où son oreille doit se trouver.
— Ce n'était pas une confession, ma petite. C'était un contrat. Vous m'appartenez maintenant, jusque dans la moindre goutte de votre plaisir. Et Dieu n'a rien à voir là-dedans.
Je sors de la cabine sans un regard en arrière, laissant l'obscurité du confessionnal dévorer ses derniers frissons. La vérité était dite : elle était ma proie, et elle aimait la morsure.
FIN DU CHAPITRE
Le Rituel du Vendredi
Le vendredi n'est plus, pour moi, le jour de la Passion du Christ. C’est le jour de ma propre liturgie, une célébration de la chute que j’orchestre dans le secret de Saint-Jude.
La cathédrale est plongée dans une pénombre sépulcrale, seulement troublée par le vacillement moribond de quelques cierges qui luttent contre les courants d'air froids s’engouffrant sous les portails massifs. L'odeur est immuable : un mélange entêtant d'encens rassis, de poussière séculaire et de cire fondue. Pour n'importe qui d'autre, c'est l'odeur de la sainteté. Pour moi, c'est l'odeur du confinement, celle d'une cage dorée où les instincts les plus vils macèrent sous le vernis de la piété.
Je suis assis dans le confessionnal depuis vingt minutes. L'obscurité y est presque totale, protectrice. Ma soutane en laine noire, rèche et lourde, me rappelle à chaque mouvement ma fonction, mais la raideur de mon col romain me semble aujourd'hui être un carcan délicieux. Je sens le froid du bois de chêne contre mon dos, et pourtant, une chaleur sourde irradie de mon bas-ventre, une pulsation lente, rythmée par l'attente.
Puis, le son arrive.
C’est un écho métallique, sec, qui déchire le silence sacré. Le clic-clac de talons aiguilles sur le marbre de la nef. Un rythme irrégulier, presque hésitant, mais déterminé. Elena. Je ferme les yeux, visualisant sa progression dans l'immensité de la nef. Je l’imagine petite, frêle sous les voûtes gothiques qui semblent vouloir l'écraser, portant sans doute une de ses tenues de "jeune fille de bonne famille" qui ne parviennent plus à dissimuler la puanteur de son désir.
Le bruit s’arrête juste devant ma porte. Un silence de mort s'installe, seulement troublé par le sifflement du vent dans les hauteurs de la cathédrale. Je ne bouge pas. Je ne respire presque plus. Je savoure son indécision, cette seconde où elle hésite encore entre le salut et la perdition.
La porte de la loge latérale grince. Elle entre.
L'espace est exigu, et l'air se sature instantanément de son parfum — une fragrance de lys, trop pure, qui s'affronte violemment avec l'odeur de moisi du confessionnal. J'entends le froufrou de son manteau qu'elle retire, le glissement du tissu contre sa peau, le craquement discret de la soie. Elle s'agenouille sur le prie-Dieu de cuir élimé. Je perçois son souffle court, saccadé, de l'autre côté de la grille en bois sculpté.
Je ne dis rien. Le silence est ma première arme. Je veux qu'elle se sente nue sous mon absence de mots. Je veux qu'elle sente le poids de mon regard que, pourtant, elle ne peut pas voir à travers le treillis de bois noirci.
— Mon Père… murmure-t-elle enfin.
Sa voix est un frisson, une note brisée qui vibre jusque dans mes os. Elle est chargée d'une humidité que je devine sans peine.
— Vous êtes en retard, Elena, répondis-je, ma voix de velours découpant l'obscurité avec la précision d'un scalpel.
Je me penche légèrement vers la grille. Je peux presque sentir la chaleur de son visage à travers les trous du bois. Mon érection, déjà présente, se durcit, pressée contre le tissu de ma soutane. La douleur est exquise.
— Je… j’ai eu du mal à venir. J’avais peur.
— La peur est le commencement de la sagesse, citai-je avec une ironie cruelle. Ou le début de l'abandon. Qu'est-ce qui vous fait peur, Elena ? Est-ce Dieu ? Ou est-ce le fait que vous sachiez exactement pourquoi vous êtes ici ?
J'entends un petit gémissement étouffé, le frottement de ses genoux sur le cuir. Elle s'agite. Elle a besoin de cette tension, elle en a soif.
— Je suis ici pour… pour le contrat. Pour vous obéir.
— Pour me décrire votre souillure, rectifiai-je froidement. Pour m'offrir les recoins les plus sombres de votre imagination, là où même la lumière de votre éducation n'ose pas s'aventurer.
Je marque une pause, laissant mes paroles s'insinuer en elle comme un poison lent. Je pose ma main sur la grille de bois, mes doigts effleurant les sculptures.
— Vous m'avez dit, la dernière fois, que vous cherchiez la libération. Mais la libération n'existe pas sans une chute totale. Je veux entendre ce que vous avez fait cette semaine, Elena. Pas vos prières, pas vos bonnes œuvres. Je veux entendre les images qui vous ont hantée la nuit, celles qui vous ont obligée à glisser vos mains entre vos cuisses alors que vous pensiez à moi dans ce confessionnal.
Le silence qui suit est lourd de ses aveux non-dits. Je sens son excitation traverser la cloison. Elle est une proie magnifique, piégée dans le filet de sa propre perversion.
— Parlez-moi, Elena. Et ne me cachez rien. Chaque détail, chaque fluide, chaque frisson. Si vous voulez mon absolution, vous devrez d'abord me donner votre honte. Entièrement.
De l'autre côté, je l'entends déglutir avec difficulté. Puis, le bruit d'une fermeture éclair qu'on descend lentement, très lentement, résonne dans la cabine close. Un son métallique, obscène, qui me fait serrer les dents.
— J’ai fait un rêve, commence-t-elle, sa voix se faisant plus basse, plus rauque. J'étais ici, à genoux… mais la grille n'était plus là. Et vous… vous n'étiez pas en train de m'écouter.
Je ferme les yeux, le sang cognant dans mes tempes. Le rituel vient de commencer.
Je m'adosse contre la paroi en bois sombre, sentant la morsure du chêne froid contre mes omoplates, tandis que la chaleur de mon propre corps commence à saturer l'espace confiné du confessionnal. L'odeur de l'encens rassis se mêle à quelque chose de beaucoup plus primitif, de beaucoup plus troublant : le parfum d'Elena, un mélange de musc et de cette humidité sucrée qui trahit son excitation.
— Dites-moi tout, Elena, murmuré-je, ma voix n'étant plus qu'un grognement sourd, vibrant dans la carcasse de bois qui nous sépare. Ne vous arrêtez pas à la grille. Si je n'étais pas là pour vous écouter, que faisais-je ?
Le silence qui suit est ponctué par le frottement saccadé d'un tissu contre de la peau. Elle respire vite, par petits coups erratiques. Je l’imagine, de l’autre côté, les doigts tremblants, les joues brûlantes de honte et de désir.
— Vous sortiez de l’ombre…, souffle-t-elle enfin. Le bruit de vos bottes sur le marbre de l’église… c’était comme un glas. Je savais que j’étais perdue. Vous ne portiez pas votre étole. Juste votre chemise noire, déboutonnée au col. Vous vous êtes arrêté devant moi, et sans un mot, vous avez enroulé votre main dans mes cheveux. Vous avez tiré ma tête en arrière pour m'obliger à vous regarder.
Je ferme les yeux, et l'image s'imprime avec une violence obscène derrière mes paupières. Ma main se crispe sur mon propre genou, mes doigts s'enfonçant dans le tissu de mon pantalon. Je sens ma propre érection me faire mal, pressée contre la couture de mon boxeur, battant au rythme de ses aveux.
— Et qu'avez-vous vu dans mes yeux, Elena ? Est-ce que vous y avez vu de la pitié ?
— Non, gémit-elle. De la faim. Une faim noire, absolue. Vous m'avez forcée à rester à genoux, vos doigts serrés si fort contre mon cuir chevelu que j'en avais les larmes aux yeux. Et puis… vous avez posé votre autre main sur mon cou. Vous avez commencé à me serrer la gorge, juste assez pour que je sente votre puissance, pour que je comprenne que ma vie, mon souffle, tout vous appartenait.
Un son humide me parvient. Le bruit de deux doigts qui glissent, explorent, s'enfoncent. Elena ne se cache plus. Elle est en train de s'offrir à moi par la parole tout en se profanant elle-même dans la Maison de Dieu. Cette pensée provoque en moi une décharge d'adrénaline pure.
— Continuez, ordonné-je, ma voix se faisant plus dure, plus cruelle. Ne m'épargnez rien. Où était cette main ? Que sentiez-vous ?
— Elle descendait…, hoquète-t-elle, et je devine le mouvement de son corps qui se cambre de l’autre côté de la cloison. Vous avez déchiré le haut de ma robe. Le bruit de la soie qui craque… c’était si excitant. Vous avez pris mon sein dans votre paume, vos doigts étaient rugueux, froids. Vous avez pincé mon téton jusqu'à ce que je crie, et vous avez étouffé mon cri en plaquant votre bouche contre la mienne. Vous aviez le goût du vin de messe et de la luxure.
Je m'imagine briser cette maudite grille, passer à travers le bois pour écraser ses lèvres sous les miennes, pour sentir sa langue s'enrouler désespérément autour de la mienne. Ma main glisse maintenant vers ma braguette, libérant ma virilité tendue à rompre dans l'obscurité de ma cabine. Je commence à me caresser lentement, avec une brutalité contenue, suivant le rythme de son récit.
— Vous parlez de fluides, Elena, repris-je d'un ton rauque, la gorge sèche. Je veux savoir ce qui se passait plus bas. Je veux entendre comment vous étiez pour moi.
— J’étais… j’étais trempée, Père. Je sentais mon propre désir couler le long de mes cuisses, une souillure chaude qui m'humiliait autant qu'elle me ravissait. Dans mon rêve, vous avez relevé ma jupe. Vous avez vu que je ne portais rien en dessous. Vous avez glissé vos doigts en moi… deux, puis trois… vous me ramoniez avec une force sauvage, sans aucune douceur. Je me balançais contre votre main, cherchant plus, cherchant à me rompre contre vous.
Le bruit de sa propre masturbation s'intensifie. C'est un son visqueux, rythmé, qui emplit l'espace exigu du confessionnal. Je peux presque voir l'éclat de son suc entre ses doigts, la manière dont elle doit s'écarter les lèvres pour laisser le passage à son propre plaisir solitaire.
— Est-ce que vous le faites en ce moment, Elena ? Est-ce que vous enfoncez vos doigts en pensant aux miens ? Est-ce que vous imaginez ma main vous saisir les hanches pour vous empaler sur moi ?
— Oui…, crie-t-elle presque dans un souffle étranglé. Oui, je vous sens… je veux vous sentir partout. Je veux que vous me traitiez comme la chienne que je suis quand je pense à vous la nuit. Je veux que vous me preniez ici, sur ce bois froid, devant l'autel, devant Lui…
— Vous n'avez aucune honte, sussuré-je en accélérant le mouvement de ma main sur mon membre palpitant. Vous êtes une pécheresse magnifique. Dites-moi… que feriez-vous si je sortais maintenant ? Si j'ouvrais cette porte et que je vous prenais par les cheveux pour vous traîner au sol ?
Elle émet un petit gémissement aigu, un son de pure agonie extatique.
— Je ramperais vers vous. Je déferais votre ceinture avec mes dents. Je… je voudrais sentir votre sexe contre mon visage, sentir votre odeur d'homme et de sainteté corrompue. Je voudrais que vous me remplissiez jusqu'à l'étouffement, que vous marquiez l'intérieur de mon corps avec votre semence chaude… je veux être votre calice, Père. Souillez-moi. Allez jusqu'au bout.
La tension est devenue insoutenable. Je sens le moment de la bascule approcher. Ma respiration est un sifflement entre mes dents serrées. Je ne suis plus un prêtre, je ne suis plus un homme de foi. Je suis un prédateur aux aguets, séparé de sa proie par quelques centimètres de chêne qui ne demandent qu'à voler en éclats.
— Vos doigts, Elena…, grogné-je, la sueur perlant sur mon front. Ne les retirez pas. Enfoncez-les plus profondément. Imaginez que c’est mon sexe qui vous déchire. Sentez-moi… sentez comme je suis dur pour vous derrière cette grille. Sentez la chaleur qui émane de moi.
Je donne un coup de rein dans le vide, imaginant sa chair tendre m'accueillir, m'étouffer. De l'autre côté, le bruit de ses doigts devient frénétique, une symphonie de luxure et de désespoir. Elle est au bord du gouffre, et je suis celui qui s'apprête à la pousser.
— Encore, Elena. Donnez-moi encore un peu de votre noirceur. Dites-moi comment vous voulez que je vous possède avant que je ne perde tout contrôle…
Sa voix me parvient, brisée, hachée par des sanglots de plaisir qui me labourent les entrailles. Elle ne parle plus, elle siffle ses péchés comme un venin que j’avale avec une avidité démoniaque.
— Je veux… je veux que vous arrachiez cette soutane, halète-t-elle, le bruit de ses doigts dans sa propre mouillure devenant un supplice liquide pour mes oreilles. Je veux vous sentir me plaquer contre le marbre froid de l’autel. Je veux que vos mains de prêtre me marquent les hanches, qu'elles m'étouffent… Je veux que vous me preniez par derrière, comme une bête, pendant que je regarde la croix… pour que Dieu voie exactement ce que vous me faites.
Un grognement sourd s’échappe de ma gorge, un son que je ne reconnais pas, celui d’un animal affamé. Ma main droite se rive à la grille sculptée, mes ongles s’enfonçant dans le chêne au point de menacer de rompre le bois. De l’autre main, je ne cherche plus à feindre la retenue. Je déchire presque le tissu de mon pantalon pour libérer ma propre turgescence, brûlante, pulsante, une colonne de chair saturée de sang qui ne demande qu'à déverser son poison.
Je me masturbe avec une violence sauvage, mon poing serré glissant sur ma peau tendue, moite de cette sueur qui me brûle les yeux. Chaque va-et-vient est une prière blasphématoire. Je ferme les yeux et je la vois. Je vois ses doigts s'enfoncer dans sa fente trempée, je vois l'arc de ses reins, la cambrure de son dos alors qu'elle s'offre à l'invisible.
— Continuez, Elena… murmure-je, ma voix n'étant plus qu'un râle d'outre-tombe. Dites-moi encore. Dites-moi comment ma semence va souiller votre pureté. Dites-moi comment vous allez l’avaler, chaque goutte de mon péché, pour qu’il n’en reste rien sur votre peau.
— Je la veux… murmure-t-elle, et j’entends le cliquetis de son chapelet qu’elle doit serrer dans sa main libre, les perles s’entrechoquant dans une frénésie sacrilège. Je veux que vous me remplissiez jusqu’à ce que j’en étouffe, que vous me baisiez jusqu’à ce que je ne sache plus mon nom, seulement le vôtre… Père… Mon Dieu…
Le titre de « Père » qu’elle lâche dans un gémissement aigu achève de briser mes dernières digues. La chaleur dans le confessionnal devient insupportable, une étuve saturée d'encens et d'odeurs de sexe. Je sens le spasme arriver, une décharge électrique qui remonte de mes couilles jusque dans ma colonne vertébrale. Ma main s'accélère, un rythme de marteau-piqueur, ma respiration n'est plus qu'un sifflement erratique.
— Regardez-moi à travers la grille, Elena ! ordonné-je d'un ton impérieux, le visage collé contre le bois froid. Regardez le monstre que vous avez réveillé !
Je la devine qui se rapproche, son ombre masquant les petits trous de la grille. Je sens son souffle chaud, l'odeur de son excitation qui traverse la barrière. À cet instant, il n'y a plus d'église, plus de vœux, plus de ciel ni d'enfer. Il n'y a que cette cloison de bois qui nous sépare et la tension insoutenable qui va nous pulvériser.
C’est elle qui lâche la première. Un cri étouffé, long, déchirant, qui semble durer une éternité. J’entends ses muscles se crisper, le bruit de son corps qui tressaute contre la paroi. Elle jouit avec une force qui me fait l’imaginer les yeux révulsés, la bouche ouverte sur une extase muette.
L’image déclenche mon propre abîme. Mon dos se cambre, ma tête bascule en arrière contre la paroi du confessionnal. Un grognement de douleur et de triomphe m'échappe alors que mon foutre jaillit violemment, s'écrasant contre le bois sombre, maculant mes propres doigts, la soutane que je porte, le sol sacré. Je vide mes reins dans une série de spasmes brutaux, chaque jet me laissant un peu plus vide, un peu plus damné.
Le silence qui suit est plus lourd que le tonnerre. On n'entend plus que nos deux souffles, erratiques, luttant pour retrouver un semblant de rythme. L'odeur de ma semence se mélange à celle de son orgasme dans l'étroitesse de la cabine.
Je reste là, le front appuyé contre la grille, ma virilité encore palpitante et poisseuse entre mes doigts. Je sens une goutte de sueur rouler le long de ma tempe. De l'autre côté, je l'entends se rasseoir lourdement sur le banc de bois, le froissement de ses vêtements qu'elle remet en place.
— Votre pénitence est accomplie, Elena, dis-je enfin d'une voix sourde, dépourvue de toute émotion humaine.
Je range mon sexe, ignorant la sensation collante du liquide contre ma peau sous le tissu noir. Je me redresse, réajustant ma soutane avec une lenteur cérémonieuse. Le prédateur est repu, pour l'instant, mais l'obscurité en moi ne fait que commencer à s'étendre.
— Rentrez chez vous. Lavez-vous de moi. Mais n'oubliez jamais… ce goût de soufre sur votre langue. C'est votre seule vérité maintenant.
Je me lève et sors du confessionnal sans attendre de réponse. L'air frais de la nef me frappe le visage comme une insulte. Je marche vers l'autel, les mains jointes, cachant les traces de mon crime sous mes manches larges. Je ne regarde pas derrière moi. Je sais qu’elle est là, brisée et renaissante dans sa propre honte.
Le rituel du vendredi est terminé. Le nôtre vient de sceller un pacte que même le Diable n'oserait rompre.
L'Encens et la Peau
La vasque en pierre de la sacristie est une gueule béante, froide, remplie d’une eau que je voudrais sanctifiée mais qui ne sert qu'à rincer la souillure. Je plonge mes mains dedans, les jointures blanchies par la morsure du froid. Le liquide clapote contre les parois de marbre, un son cristallin qui résonne dans le silence oppressant de Saint-Jude. Je frotte. Je frotte jusqu'à ce que ma peau soit rouge, jusqu’à ce que l’odeur de son sexe, ce musc sucré et entêtant qui s'accroche à mes doigts comme une malédiction, s’estompe sous le parfum stérile du savon noir.
Mais l’odeur reste là, nichée dans les replis de mon esprit, plus tenace que l’encens qui imprègne les murs.
Je me regarde dans le miroir piqué de rouille. Mon visage est une masque de marbre. Mes yeux, deux puits sombres où l'avocat que j'étais autrefois a noyé ses derniers scrupules. La soutane est ajustée, le col romain serre ma gorge comme un rappel constant de ma prison et de mon trône. Je ne suis pas un serviteur de Dieu ce soir. Je suis le maître d’une cérémonie dont la liturgie s’écrit dans la chair.
J’entends le grincement de la porte de la nef latérale. Un son lourd, métallique, qui meurt dans l'immensité des voûtes gothiques. Elle est là.
Je quitte la sacristie d’un pas lent, mes talons claquant sur les dalles froides avec une régularité de métronome. L’église est plongée dans une pénombre épaisse, seulement trouée par la lueur vacillante des cierges qui projettent des ombres déformées sur les statues de saints décapités par l'obscurité. Elena attend près du deuxième pilier. Elle ressemble à une ombre parmi les ombres, emmitouflée dans son grand manteau de laine noire, le col relevé.
Elle tremble. Je le sens avant même d'être à sa hauteur. C'est une vibration fine, un frisson de proie qui sait que le prédateur a faim.
— Vous êtes en retard, Elena, dis-je.
Ma voix de velours s’engouffre dans ses oreilles, je vois le tressaillement de ses épaules. Elle ne lève pas les yeux. Elle sait qu'elle n'en a pas le droit.
— Pardonnez-moi, mon Père… murmure-t-elle.
— Le pardon est un luxe que vous ne méritez pas encore. Suivez-moi.
Je ne l’emmène pas vers le confessionnal cette fois. Je me dirige vers la petite chapelle latérale, celle dédiée aux martyrs, là où le bois des bancs est si vieux qu'il semble gémir sous le poids des péchés. L’air y est plus dense, chargé d'une humidité qui vous colle aux poumons. Je m'arrête dans l'ombre portée d'une vierge à l'enfant au regard triste.
Je me tourne vers elle. Elle est à deux pas. Je respire son parfum : un mélange de pluie, de laine froide et cette peur délicieuse qui émane de ses pores.
— Avez-vous suivi mes instructions à la lettre ? demandé-je, ma voix descendant d'un octave, devenant une caresse menaçante.
Elle hoche la tête, ses doigts crispés sur le revers de son manteau.
— Répondez-moi. Avec des mots.
— Oui… Oui, Julian.
— "Mon Père", Elena. N'oubliez pas où nous sommes. N'oubliez pas qui je suis pour vous.
Je fais un pas vers elle, envahissant son espace vital. Je suis si près que je peux voir la pulsation rapide de sa jugulaire.
— Répétez-moi ce que je vous ai ordonné de faire avant de quitter votre chambre.
Elle déglutit péniblement. Sa voix est un souffle brisé, une confession arrachée à une âme en peine.
— Vous m’avez dit de… de retirer tout ce qui me séparait de l'air. De ne rien porter sous mon manteau. Pas de soie, pas de dentelle. Rien.
Un sourire imperceptible étire mes lèvres. L'idée de sa peau nue, de cette héritière si propre, si parfaite, s'offrant à la froideur de la pierre et à la rudesse de la laine me procure une décharge de satisfaction pure. C’est la profanation que je recherche. L’abaissement de sa lignée dans la poussière de mon sanctuaire.
— Et ? continué-je, le regard fixé sur ses lèvres entrouvertes.
— Et d'étaler l'huile que vous m'avez donnée… sur mes cuisses. Jusqu'à l'aine.
— L'avez-vous fait ?
— Oui.
— Je veux voir. Je veux vérifier que votre obéissance n'est pas qu'une façade de dévote.
Je m'assois sur le banc de bois sombre, écartant légèrement les jambes, mes mains posées sur mes genoux couverts de tissu noir. La domination est une question de posture, de silence.
— Ouvrez votre manteau, Elena. Lentement. Chaque bouton doit être un aveu.
Ses mains tremblent tellement qu'elle peine à saisir le premier bouton, juste sous son menton. Elle finit par le libérer. Puis le deuxième. Le tissu s'écarte progressivement, révélant la blancheur laiteuse de sa gorge, puis la naissance de ses clavicules. L'air frais de la cathédrale s'engouffre dans l'ouverture, et je vois ses mamelons pointer sous l'effet du froid — ou de l'excitation — à travers la fine couche de chair qu'elle dévoile.
Elle continue. Trois, quatre. Le manteau s'ouvre sur son torse, son ventre plat. Elle est intégralement nue, une offrande de nacre dans un écrin de laine noire. La lumière des cierges fait briller l'huile sur ses cuisses, une pellicule grasse et luisante qui capture les reflets ambrés de la chapelle. L'odeur de l'huile — santal et musc — se mélange à l'encens, créant une atmosphère écœurante de sensualité sacrilège.
— Plus large, ordonné-je d'un ton sec. Je veux voir si l'huile a coulé là où je l'avais prévu.
Elle écarte les pans de son manteau, ses bras tremblants, s'exposant totalement à mon regard impitoyable. Ses jambes sont légèrement entrouvertes. L'huile brille sur l'intérieur de ses cuisses, descendant en fines traînées dorées vers ses genoux. Mais c'est plus haut que mon regard se fixe. Là où l'huile a saturé les poils fins de son pubis, les rendant sombres, collants, invitant au toucher.
— Approchez, dis-je en avançant ma main vers l'obscurité entre ses jambes. Voyons si vous avez été assez généreuse avec l'onction.
Elle avance d'un pas, ses genoux frôlant les miens. Je lève les yeux vers elle. Son visage est décomposé par la honte, mais ses yeux… ses yeux brillent d'une ferveur qui n'a rien de religieux. Elle est à moi. Chaque fibre de son être hurle son besoin d'être souillée par l'homme en noir.
Je tends deux doigts, les enfonçant lentement dans la chaleur huileuse de son entrejambe. Elle pousse un petit cri étouffé, un son qui se perd dans les hauteurs de la nef, et ses hanches basculent vers l'avant, cherchant désespérément le contact.
— C’est chaud… murmuré-je en jouant avec les lèvres humides, déjà gonflées de désir. Bien plus chaud que la pierre de cet autel. Vous brûlez, Elena. Vous brûlez d'un feu que Dieu ne peut éteindre.
Je sens son humidité naturelle se mêler à l'huile de santal, créant une texture visqueuse, presque animale. Je fais glisser mes doigts plus profondément, massant le bouton de sa sensibilité avec une lenteur sadique, observant ses yeux se révulser alors qu'elle perd pied.
— Est-ce ainsi que vous priez quand vous êtes seule ? En pensant à mes mains sous votre robe de communiante ?
Je ne lui laisse pas le temps de répondre. Je retire mes doigts, maintenant luisants de ses fluides, et je les porte à mes lèvres sous ses yeux écarquillés. Je goûte son péché. Le goût est métallique, salé, divin.
— À genoux, Elena. Le rituel ne fait que commencer.
Le son de ses genoux heurtant le marbre froid de l’abside résonne comme un blasphème sous les voûtes séculaires. Elena tremble si fort que je peux voir le tressaillement de ses épaules sous le tissu léger de sa robe. Elle est là, à mes pieds, brisée par son propre désir, réduite à une posture de suppliante devant un dieu qui lui a tourné le dos il y a bien longtemps.
Je reste debout, surplombant sa petite forme fragile. Mes mains, encore poisseuses de son intimité et de l’huile de santal, caressent les boucles de ses cheveux avec une douceur qui n'est qu'une promesse de violence. L'odeur est entêtante : le musc de sa peau excitée, l’encens qui flotte dans l'air, et ce parfum boisé qui sature mes sens.
— Regarde-moi, Elena, ordonné-je d’une voix sourde, vibrant de cette impatience qui me tord les entrailles.
Elle lève les yeux. Son visage est une fresque de dévotion corrompue. Ses joues sont rouges, ses lèvres entrouvertes et luisantes, et ses yeux… ses yeux sont noyés de larmes qu’elle refuse de laisser couler. Elle a peur, oui, mais elle a faim. Une faim que seule ma noirceur peut combler.
Je saisis le haut de sa robe et je tire. Le tissu gémit avant de céder, dévoilant la courbe de ses seins que le froid de l'église fait pointer instantanément. Elle essaie de se couvrir, un réflexe de pudeur inutile, mais je lui saisis les poignets, les ramenant fermement dans son dos. Sa poitrine est maintenant offerte, offerte au froid, offerte à mes yeux, offerte au péché.
— Vous êtes si belle dans cette lumière de vitraux, murmuré-je en m'approchant si près que mon souffle brûle son oreille. On dirait une martyre prête à être consumée. Mais ce n’est pas le feu des cieux qui va vous dévorer ce soir.
Je lâche ses mains et je porte la mienne à ma ceinture. Le cuir craque dans le silence oppressant de la nef. Le bruit de ma braguette que je descends est comme un coup de tonnerre. Je sens mon sexe, lourd et pulsant, se libérer de l'entrave de mon pantalon. Il est tendu à en avoir mal, gorgé de tout le sang de mon corps, réclamant son dû.
Elena laisse échapper un petit gémissement étouffé lorsqu'elle voit l'ampleur de ma turpitude. Elle veut reculer, mais j'enroule mes doigts dans sa chevelure, serrant le poing pour rejeter sa tête en arrière, m'offrant la ligne vulnérable de son cou.
— Ouvre la bouche, Elena. Pour une fois dans ta vie, sois utile à quelqu'un d'autre qu'à ton Créateur.
Elle obéit. Elle n'a pas le choix. Je vois sa langue trembler, l'humidité de sa gorge. Sans aucune pitié, je saisis à nouveau le flacon d'huile de santal et j'en verse une généreuse rasade directement sur mon gland pourpré, laissant le liquide visqueux couler le long de ma verge, luisant sous la lueur des cierges. L'odeur est désormais insupportable de puissance.
Je m'avance, pressant ma virilité contre ses lèvres. La chaleur de sa peau contre la mienne est un choc électrique. Je ne cherche pas la tendresse. Je cherche la possession.
— Goûte-moi, ordonné-je.
Je force le passage, enfonçant lentement mon sexe entre ses lèvres. Elle émet un son étranglé au fond de sa gorge alors que je remplis sa bouche, l'envahissant avec une brutalité contenue. Le goût de l'huile, le goût de ma propre excitation, tout se mélange. Je sens ses mains s'agripper à mes cuisses, ses ongles s'enfonçant dans le tissu de mon pantalon.
Je commence un mouvement de va-et-vient lent, méthodique, cruel. À chaque poussée, je sens ses muscles faciaux se contracter, sa salive couler au coin de ses lèvres, lubrifiant encore davantage notre union impie. Je me penche sur elle, mon visage à quelques centimètres du sien, observant ses pupilles se dilater jusqu'à l'effroi.
— C’est ça, petite sainte… Bois chaque goutte de mon arrogance. Sens comme je suis dur, comme je suis réel par rapport à tes prières vides.
Je me retire brusquement, la laissant haletante, un filet de salive et d’huile reliant sa lèvre inférieure à mon sexe. Je ne lui laisse pas le temps de reprendre son souffle. Je la saisis par les hanches et, d'un geste brusque, je la retourne pour qu'elle soit face à l'autel, ses fesses relevées, sa robe relevée jusqu'à sa taille.
La vue est insoutenable. Sa fente est grande ouverte, encore luisante des fluides que j'ai extraits d'elle quelques minutes plus tôt. La peau de ses fesses est d’une pâleur de porcelaine dans cette pénombre, contrastant violemment avec la rougeur de son intimité.
Je verse le reste du flacon d'huile directement entre ses fesses. Le liquide chaud coule, se frayant un chemin dans son sillon, inondant son entrée. Elle sursaute, un cri de surprise s’échappant de ses lèvres alors que le santal brûle délicieusement ses tissus sensibles.
— Tu sens ça, Elena ? C'est le poids de ton péché qui coule en toi.
Je positionne ma pointe à l'entrée de son antre. Elle est si serrée, si petite, mais l'huile la rend glissante, traîtresse. Je ne rentre pas. Pas encore. Je joue avec elle, frottant mon gland contre son clitoris gonflé, massant son entrée avec une lenteur de prédateur qui savoure l'agonie de sa proie.
— Dis-le, murmuré-je en appuyant un peu plus fort, sentant déjà le pourtour de son sexe s'écarter pour m'accueillir. Dis-moi que tu veux que je te souille ici même, sur cette pierre sacrée.
Elle appuie son front contre le marbre froid de l'autel, ses doigts griffant la nappe brodée d'or.
— S'il vous plaît… Julian… faites-le… je vous en supplie…
Sa voix n'est plus qu'un râle, une prière pervertie. Je sens ses parois pulser contre moi, m'appelant, me suppliant de mettre fin à ce supplice. Je saisis ses hanches avec une telle force que je sais que mes doigts laisseront des marques bleutées sur sa peau d'albâtre.
— Regarde la croix, Elena. Regarde-la bien pendant que je t'emmène en enfer.
Je pousse. Pas d'un coup, mais avec une force constante, irrésistible. Je sens sa résistance céder millimètre par millimètre. La sensation est indescriptible : la chaleur de son corps qui m'enveloppe, le glissement huileux qui facilite ma progression, et ses cris qui se perdent dans l'immensité de l'église, montant vers les saints de pierre qui nous observent en silence.
Je m'enfonce en elle jusqu'à la garde, l'épinglant contre l'autel. Elle hurle, un son de pure extase et de pure douleur mêlées. Je reste là, immobile une seconde, savourant le fait d'être entièrement en elle, de sentir son cœur battre contre mon bassin, de sentir son sexe se contracter frénétiquement autour du mien, tentant de digérer cette intrusion brutale.
— Tu es à moi, Elena. Dans cette église, dans cette vie, et dans celle d'après.
Je commence à bouger. Un coup. Puis deux. Le bruit de nos corps qui s'entrechoquent, un son humide et charnel, se répercute sur les murs de pierre. Chaque coup de rein me plonge plus profondément dans sa chair, chaque retrait est une torture qu'elle me demande de faire cesser en se cambrant davantage.
L'odeur de l'huile chauffée par nos corps devient étouffante. Je perds le contrôle. La bête en moi a pris les commandes. Je ne vois plus la femme, je ne vois plus l'église. Je ne sens que la friction divine, le goût du soufre sur ma langue et le gorgement insensé de mon sexe qui menace d'exploser en elle.
Je lui attrape la gorge d'une main, l'obligeant à lever la tête vers la nef obscure, tandis que de l'autre je continue de la marteler avec une cadence de plus en plus sauvage, de plus en plus animale.
— Tu n'as jamais été aussi proche de Dieu, Elena, grogné-je entre mes dents serrées. Tu sens sa colère ? Tu sens ma puissance ?
Elle ne répond que par des gémissements incohérents, sa tête balançant de gauche à droite, ses yeux révulsés. Elle est sur le point de basculer, je le sens aux spasmes qui secouent ses cuisses. Mais je ne m'arrêterai pas. Pas tant que je n'aurai pas arraché jusqu'à la dernière trace de sa pureté.
Je retire presque entièrement mon sexe avant de le réenfoncer d'un coup sec, profond, visant son col, la faisant tressaillir de tout son long. La sueur perle sur mon front, se mélangeant à l'huile qui nous recouvre tous les deux. Nous sommes deux démons se dévorant dans un sanctuaire.
Et ce n'est que le début. Elle n'a encore rien vu de ce que l'obscurité peut lui offrir.
Je sens son corps se liquéfier sous moi, mais je ne lui accorde aucun répit. Mes doigts se resserrent sur sa trachée, juste assez pour qu'elle sente le souffle lui manquer, juste assez pour que son instinct de survie se confonde avec son plaisir dévastateur. Le craquement du banc de bois sous nos assauts répétés résonne dans le silence sépulcral de la nef, un blasphème rythmique qui m’excite plus que n'importe quelle prière.
— Regarde-moi, Elena. Regarde le monstre que tu as laissé entrer, ordonné-je d'une voix rauque, brisée par l'effort.
Ses yeux s’ouvrent, vitreux, perdus dans les ombres des voûtes. Elle est à bout. Ses cuisses, marbrées par la pression de mes mains, tremblent violemment. L’huile qu’elle a appliquée selon mes ordres rend chaque mouvement plus fluide, plus obscène. Ma verge glisse contre ses parois saturées d'humidité, créant un bruit de succion spongieux qui emplit l'espace entre nous. Je sens son clitoris gonflé frotter contre mon pubis à chaque va-et-vient, une friction électrique qui me brûle le sang.
Je change brusquement d'angle. Je soulève ses hanches, les calant contre le rebord dur du bois, et je plonge en elle avec une force qui lui arrache un cri étranglé. Je ne suis plus un homme, je suis une bête cherchant à marquer son territoire au cœur même de la maison de son ennemi.
— Tu es à moi, Elena. Dans la lumière comme dans cette crasse. Dis-le.
Elle essaie de parler, mais seul un gémissement aigu s'échappe de ses lèvres rougies, mordues jusqu'au sang. Je lâche sa gorge pour saisir sa nuque, forçant son visage contre l'épaule de ma veste coûteuse, et je recommence à la pilonner. Je cherche le fond, je cherche à la briser. L'odeur de l'encens froid se mêle à l'odeur musquée de notre sexe, une fragrance de péché pur qui me monte à la tête comme un poison.
Ma main libre descend, cherchant le point de rupture. Je trouve son bouton de chair, déjà dévoré par le frottement, et j'y écrase mon pouce avec une cruauté calculée tout en continuant mes assauts à l'intérieur.
L'effet est immédiat. Elena se cambre, sa colonne vertébrale se tordant comme si elle recevait une décharge. Ses muscles vaginaux se contractent autour de moi dans une série de spasmes si violents que j'en ai le souffle coupé. Elle est en train de basculer. Son orgasme arrive, sauvage, incontrôlable.
— Oui... encaisse-le, murmuré-je contre son oreille, mes dents frôlant son lobe. Prends tout, petite sainte.
Ses cris sont étouffés contre mon épaule, des sanglots de plaisir pur qui se transforment en une plainte animale. Elle se vide de ses forces, ses doigts griffant désespérément le tissu de mon manteau, cherchant une ancre dans l'abîme où je l'ai jetée. Je sens son liquide chaud inonder la base de mon sexe, se mélangeant à la sueur qui dégouline de mon torse.
Cette vue, cette sensation de la posséder totalement alors qu'elle s'effondre, achève de briser mes dernières barrières.
Je grogne, un son sourd qui vient du plus profond de mes entrailles. Je ne me retire pas. Je m'enfonce une dernière fois, le plus profondément possible, mon gland heurtant son col avec une brutalité assumée, et je me libère. Je sens mon propre sperme jaillir en elle, des vagues brûlantes qui la font tressaillir de nouveaux spasmes. Je déverse ma rage, ma possession, mon désir sombre au creux de ses entrailles, la remplissant jusqu'à la lie.
Le silence retombe brutalement, seulement troublé par nos respirations erratiques. Je reste ainsi, lourd sur elle, mon sexe battant encore à l'intérieur de son corps dévasté. Elena a la tête renversée en arrière, les yeux clos, une larme solitaire traçant un sillon dans l'huile sur sa joue. Elle est magnifique ainsi : profanée, marquée, soumise.
Je me retire lentement, savourant le bruit de ma semence qui s'écoule d'elle pour tacher le bois sacré du banc. C’est une offrande d'un genre nouveau.
Je me rhabille avec une lenteur méthodique, sans quitter des yeux son corps brisé qui tente de retrouver un semblant de dignité. Elle tremble de tous ses membres, incapable de bouger. Je me penche vers elle, ramassant son manteau pour le jeter sur ses épaules nues, mais je m'arrête un instant pour humer sa peau, là où mon odeur est maintenant incrustée.
— Relève-toi, Elena, dis-je, ma voix ayant retrouvé son calme glacial, bien que mes yeux brûlent encore d'une lueur sombre. Essuie-toi. On ne voudrait pas que le prêtre trouve des traces de notre passage demain matin.
Elle me regarde, ses pupilles encore dilatées par le choc. Elle comprend enfin que ce qui vient de se passer n'était pas une libération, mais le début d'un emprisonnement bien plus profond.
— Tu pensais que Dieu te protégerait de moi ? ajouté-je en lui caressant la joue d'un geste presque tendre, avant de serrer brusquement ma main sur sa mâchoire. Ce soir, j'ai pris ta place dans tes prières. Et tu ne m'oublieras jamais.
Je me détourne et marche vers la sortie, mes pas résonnant avec une autorité retrouvée sur les dalles de pierre. Derrière moi, dans l'ombre de la nef, je l'entends sangloter doucement.
Le chapitre de sa pureté est définitivement clos. L'encens s'est dissipé, il ne reste plus que l'odeur de ma peau sur la sienne. Et cela ne fait que commencer.
La Vue du Prédateur
L’étoffe noire de la soutane glisse contre mes hanches avec une fluidité presque obscène. Dans la pénombre de la sacristie de Saint-Jude, chaque geste est un rituel, une lente métamorphose. Je boutonne le col romain, sentant la pression familière contre ma trachée, cette petite strangulation volontaire qui me rappelle que je suis ici pour contenir le chaos, le mien comme celui des autres.
Je lisse le tissu sur mon torse, ajustant la ceinture de soie. Le miroir piqué d'humidité me renvoie l'image d'un homme qui n’existe plus tout à fait, ou peut-être de celui que j'ai toujours été sous le vernis des prétoires. Julian, l'avocat cynique, s'est effacé derrière le masque de l'officiant, mais le prédateur, lui, n'a jamais quitté le navire. Il s'est juste paré de sacré pour mieux chasser dans l'ombre.
L’odeur de l’encens sature l’air, un mélange lourd de résine brûlée et de vieux bois moisi qui me monte à la tête comme un vin âpre. C’est l’odeur de la culpabilité. C’est l’odeur de mon pouvoir.
Je saisis le calice d'argent. Le métal est froid, mordant, une sensation qui se propage dans mes doigts jusqu’à mon avant-bras. J'inspire longuement, savourant le silence oppressant de la cathédrale qui palpite derrière la lourde porte de chêne. On m'attend. Ils attendent tous que je leur lave l'âme de leurs petites souillures quotidiennes avec ma voix de velours et mes sermons acérés.
Le grand battant s'ouvre.
Je pénètre dans la nef. Le froid de la pierre me percute le visage. L’architecture gothique de Saint-Jude s’élève au-dessus de moi comme les côtes d'un immense animal pétrifié, nous enfermant tous dans son ventre sombre. Mes pas sur les dalles de granit résonnent avec une autorité de métronome. *Clac. Clac. Clac.* Chaque impact est une sommation.
Je ne regarde pas les fidèles. Pas tout de suite. Je laisse mon aura s'étendre, je sens leurs regards se coller à ma silhouette noire, cette tache d’obscurité qui avance vers l'autel baigné d'une lumière blafarde. Je sens la dévotion mêlée de crainte, ce frisson qui parcourt les bancs de bois à mon passage.
Puis, je la vois.
Elle est assise au troisième rang, à gauche. Une place stratégique. Ni trop près pour ne pas paraître impudente, ni trop loin pour ne pas rater une seule de mes respirations. Elena. Je n'ai pas besoin de connaître son nom pour savoir qui elle est. Elle détonne dans cette assemblée de vieilles peaux et de bourgeois rassis. Elle est jeune, trop jeune, avec cette raideur dans les épaules qui trahit une éducation où l'on brise la volonté avant même que l'enfant apprenne à dire non.
Je sens mon sang battre un peu plus fort dans mes tempes.
Elle porte une robe d'un bleu si sombre qu'il en paraît noir, boutonnée jusqu'au menton. Une tenue de sainte nitouche, de petite héritière soumise à la lignée, mais ses yeux... ses yeux me dévorent. Ils ne sont pas baissés en signe d'humilité. Non, ils sont fixés sur moi avec une intensité qui confine au blasphème. Je perçois sa détresse, cette soif de destruction qui émane d'elle comme une sueur invisible. Elle ne cherche pas Dieu. Elle cherche un maître. Elle cherche l'impact.
Je monte les marches de l'autel, lentement, mes yeux ne quittant les siens qu'au dernier moment, pour un bref instant de domination silencieuse. Je sens son souffle s'étrangler à travers la distance qui nous sépare.
Je me tourne face à la congrégation. La lumière des cierges fait danser des ombres grotesques sur les murs. Le silence est tel qu'on pourrait entendre le cœur d'une mouche battre. Je pose mes mains à plat sur le marbre froid de l'autel. Je me penche légèrement en avant, envahissant l'espace, marquant mon territoire.
— Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, commencé-je.
Ma voix descend d'un octave, une basse profonde qui vibre dans la charpente de l'édifice et, je le sais, jusque dans le bas-ventre de la petite héritière. Je la vois tressaillir. Elle se crispe sur le bord du banc, ses jointures blanchissant sous l'effort. Elle boit mes paroles, elle se noie dans le timbre de ma voix. Je peux presque sentir l'humidité qui commence à perler entre ses cuisses sous l'effet de cette autorité brute que je lui projette au visage.
Je poursuis la liturgie, mais mon esprit est déjà ailleurs. Je dissèque sa posture. Je vois la manière dont elle mord l'intérieur de sa joue, le rythme saccadé de sa poitrine sous le tissu rigide de sa robe. Elle est à l’étroit dans sa vie, dans sa peau, dans cette église. Elle veut qu'on la brise. Elle veut que je la brise.
Pendant que je psalmodie les paroles sacrées, mes yeux reviennent vers elle, inquisiteurs, cruels. Je ne lui offre aucune douceur, aucune compassion pastorale. Je lui offre le regard d'un juge qui connaît déjà ses péchés les plus intimes, ceux qu'elle n'a pas encore osé commettre.
Le sermon approche. Je m'appuie sur le pupitre de bois sculpté, surplombant la foule. Je cherche son regard de nouveau, le capturant, l'emprisonnant dans le mien. Elle ne peut plus détourner les yeux. Elle est ma proie, et elle le sait. Elle l'espère.
— Le péché, dis-je en laissant un silence pesant s'installer, n'est pas une chute accidentelle. C'est un choix. Une faim.
Je baisse la voix, la rendant presque confidentielle, uniquement pour elle, malgré les centaines de personnes présentes.
— C'est le désir de sentir la main du créateur se refermer sur notre gorge pour nous rappeler que nous sommes vivants.
Elena ferme les yeux un instant, sa tête basculant imperceptiblement en arrière, exposant la ligne fragile de son cou. Un gémissement silencieux semble mourir sur ses lèvres. À ce moment précis, dans cette cathédrale de pierre et de secrets, je sais que je l'ai déjà corrompue. Sans même l'avoir touchée, je l'ai mise à genoux.
Et la messe ne fait que commencer.
Je descends les marches de la chaire, une à une, avec une lenteur calculée. Le craquement du bois sous mes bottes de cuir résonne dans le silence de plomb que j’ai instauré. Mes yeux ne la lâchent pas. Jamais. Je vois le tressaillement de ses épaules sous le tissu léger de sa robe, le rythme erratique de sa cage thoracique qui soulève sa poitrine. Elle a peur. Elle a faim. C’est la même chose.
L’encensoir balance au bout de sa chaîne, une cadence hypnotique. La fumée lourde, entêtante, de la myrrhe et de l’oliban sature l’air, créant un voile entre nous et le reste de ces brebis stupides qui boivent mes paroles comme si c'était de l'eau bénite alors que c'est du poison. Pour eux, je suis le berger. Pour elle, je suis le loup qui va lui briser l'échine.
Je m’arrête à sa hauteur, dans l’allée centrale. L’odeur d’Elena me frappe, perçant le rideau d’encens. C’est un parfum de peau chauffée, de musc floral et de cette humidité secrète qui trahit l’excitation d’une femme. Je sens ma propre chair se durcir, s’étirer contre la soie de mes sous-vêtements de prêtre, un rappel brutal de ma virilité sous cette soutane qui ne me sert que de déguisement.
Je tends la main vers elle. Pas pour la toucher, pas encore. Je saisis le goupillon et je projette l’eau sur les premiers rangs. Les gouttes l’atteignent. Je vois une perle d'eau s'écraser sur sa lèvre inférieure, puis rouler lentement sur son menton avant de disparaître dans le creux de son décolleté. Je veux suivre cette goutte avec ma langue. Je veux goûter le mélange de l'eau sacrée et de sa sueur païenne.
— Repentez-vous de vos pensées les plus sombres, murmuré-je, en me penchant légèrement vers elle.
Ma voix n'est qu'un souffle rauque, une vibration qui semble faire frissonner chaque pore de sa peau. Je vois ses pupilles se dilater, noyant l’iris dans une mer d'obsidienne. Elle ne respire plus. Elle est suspendue à mes lèvres, à la menace que je représente.
— Car Dieu voit tout, Elena. Mais moi… moi, je sens tout.
Je marque une pause, laissant le poids de son prénom — que je n'étais pas censé connaître — s'abattre sur elle. Elle tressaille violemment. Ses doigts se crispent sur le rebord du banc de bois, les articulations blanchies. Je devine le tremblement de ses cuisses, la tension insoutenable qui doit irradier entre ses jambes. Je sais qu'elle est trempée. Je le sais à la façon dont elle serre les genoux, comme pour retenir l'aveu de son désir.
Je poursuis mon chemin vers l’autel, mais je sens son regard collé à mon dos, à mes reins, imaginant ce qui se cache sous la lourde étoffe noire. Je remonte vers le sanctuaire, le cœur battant d'une cadence prédatrice. Chaque mouvement de mes jambes est une promesse de violence érotique.
Arrivé devant l'autel, je me tourne face à la foule, mais mes yeux reviennent sur elle, l'épinglant à son siège. La lumière des vitraux projette des reflets rouge sang sur son visage pâle. Elle est magnifique dans sa détresse.
— Le sacrifice, repris-je, la voix reprenant de l'ampleur pour l'assemblée tout en restant ancrée dans son regard à elle, n'est rien sans la douleur. On ne s'offre pas à la divinité sans être brisé au préalable. Sans être ouvert. Exposé.
Je prends l'hostie entre mes doigts. Je l'élève. Mais dans mon esprit, ce n'est pas le corps du Christ que je manipule. C'est elle. Je l'imagine sur cet autel de pierre froide, le dos arqué, les jambes écartées de force, sa peau contrastant avec le marbre. Je vois ses mains liées par mon propre chapelet, ses cris étouffés par mes baisers brutaux.
Je vois le moment où je plongerai en elle, sans douceur, pour lui arracher ce cri qu'elle retient depuis qu'elle a franchi le seuil de cette église.
Je repose l'hostie. Mes mains tremblent imperceptiblement, une rage de possession me brûlant les veines. Le rite continue, mécanique, mais l'air est devenu irrespirable. La chaleur dans la cathédrale a grimpé de plusieurs degrés. Les fidèles s'éventent, ignorants du brasier qui ravage l'espace entre Elena et moi.
Elle porte soudainement sa main à sa gorge, déboutonnant d'un geste nerveux le haut de sa robe. Un millimètre de peau supplémentaire. Une invitation. Elle me défie, ou elle m’implore. Peu importe. Elle vient de sceller son sort.
Je descends à nouveau de l'autel pour la communion. C'est le moment de la vérité. Le moment où je vais pouvoir sentir son souffle, où je vais pouvoir voir, de près, la ruine que j'ai causée dans ses yeux.
La file s'organise. Les gens avancent, têtes baissées, mains jointes. Des ombres sans importance. Et au milieu d'eux, elle. Elle avance, les jambes flageolantes, le regard fixé sur mes mains qui distribuent le pain azyme.
Lorsqu'elle arrive enfin devant moi, le temps se fige. Le bruit de la foule s'efface. Il n'y a plus que le battement sourd de mon sang dans mes oreilles. Elle lève les yeux vers moi, et je vois une larme de pur désir perler au coin de sa paupière.
Je tiens l'hostie au-dessus de sa bouche entrouverte. Mes doigts frôlent ses lèvres. Elles sont brûlantes. Humides.
— Le corps du Christ, dis-je d'une voix si basse que c'en est une caresse obscène.
Je ne lâche pas l'hostie tout de suite. Je la force à rester là, offerte, la langue pointant à peine pour accueillir le sacrement. Mes yeux plongent dans les siens, lui ordonnant de comprendre ce qui va suivre. Je sens l'odeur de son excitation, plus forte que jamais, une effluve de péché qui me monte à la tête comme un vin fort.
Elle ferme les yeux et je laisse mes doigts s'attarder un instant de trop sur sa lèvre inférieure, un contact électrique, avant de me retirer. Elle avale, un mouvement de déglutition lent, érotique, ses yeux s'ouvrant pour me jeter un regard de pure perdition.
Elle s'éloigne, mais je sais qu'elle ne va pas sortir. Elle m'attendra. Dans l'ombre des confessionnaux. Là où les péchés ne sont pas seulement avoués, mais commis.
La messe se termine, mais pour nous, le véritable culte est sur le point de commencer. Et il n'aura rien de sacré.
Le silence qui retombe sur la nef après le départ des derniers fidèles est une chape de plomb, lourde et étouffante. Je retire ma chasuble d'un geste sec, la laissant s'écrouler sur le sol de la sacristie comme une peau morte. Sous la soie et le lin, ma peau brûle. Je suis en nage, mon sang bat un rythme sauvage contre mes tempes. Je ne suis plus un serviteur de Dieu ; je suis un animal traquant sa proie dans les ruines d'un temple qui ne m'appartient plus.
Je traverse le chœur, mes pas résonnant sur le marbre froid. L'odeur de l'encens se mêle à celle, plus ténue mais bien plus obsédante, de son excitation. Elle est là. Je le sens. Dans l'ombre des confessionnaux en chêne sombre, là où l'obscurité est assez épaisse pour étouffer les cris.
Je pousse la porte du compartiment central. Elle est là, agenouillée, non pas pour prier, mais parce que ses jambes ne la portent plus. Ses mains agrippent la grille de bois. Quand elle lève les yeux vers moi, je vois la dévastation. Elle est perdue, et elle en redemande.
— Tu n’as pas fui, Elena, murmuré-je. Ma voix est rauque, méconnaissable.
Je referme la porte derrière moi, nous plongeant dans une semi-obscurité seulement percée par les fentes de lumière des cierges au loin. L'espace est étroit, oppressant. Je sens la chaleur qui émane de son corps, une fournaise qui m'appelle. Sans un mot, je saisis son menton, forçant son visage vers le mien. Ses lèvres sont entrouvertes, son souffle court vient s'écraser contre ma bouche.
— J’attendais ma pénitence, hoquette-t-elle.
— Ta pénitence ?
Je lâche un rire sombre, dépourvu de toute pitié. Ma main descend le long de son cou, s'attardant sur la pulsation frénétique de sa carotide, avant de s'engouffrer dans l'échancrure de sa robe. Je n'y vais pas avec délicatesse. Je veux sentir la résistance du tissu avant de sentir la souplesse de sa chair. Je saisis un sein, l'écrasant dans ma paume, mon pouce broyant son téton déjà dur. Elle lâche un gémissement étouffé, un son de pure agonie érotique qui me fait bander à en avoir mal sous ma soutane.
Je soulève sa jupe d'un mouvement brutal. Elle ne porte rien en dessous. L'impudeur de cette vision, ici, dans ce lieu sacré, finit de consumer ce qu'il me reste de raison. Ses cuisses sont déjà trempées. Le jus de son péché brille sur ses doigts alors qu’elle tente de se cacher, mais je lui écarte les jambes avec une force qui la fait basculer contre la paroi en bois.
— Regarde-moi, Elena. Regarde celui que tu as corrompu.
Je déboucle ma ceinture, libérant ma virilité qui palpite, furieuse, prête à déchirer. Je ne perds pas de temps en préliminaires. Je veux la marquer, l’envahir, lui montrer que son Dieu n'a aucun pouvoir ici. Je plonge deux doigts en elle, profondément, sans douceur. Elle se cambre, le dos claquant contre le chêne, un cri de surprise et de plaisir se perdant dans ma gorge alors que je l'embrasse avec une violence sauvage. Je goûte son sel, sa peur, son besoin. Elle est si serrée, si chaude, un étau de chair qui m'aspire.
— Tu es à moi, grondé-je contre ses lèvres. Dans cette ombre, il n'y a plus de croix, plus de salut. Il n'y a que nous.
Je la soulève par les hanches, ses jambes s'enroulant instinctivement autour de ma taille. Ses talons s'enfoncent dans mes fesses. Je m'aligne, la pointe de mon sexe cherchant l'entrée de son sanctuaire profané. Je m'enfonce d'un coup sec, total, dévastateur.
Le choc lui arrache un hurlement que j'étouffe de ma main. Son visage se décompose, ses yeux se révulsent. Je la baise avec une rage animale, des coups de boutoir sourds qui font trembler toute la structure du confessionnal. Le bois grince, rythme obscène de notre chute commune. À chaque va-et-vient, je sens son plaisir monter, cette tension électrique qui la fige avant de la faire fondre.
Je suis possédé. Je ne vois que la sueur qui perle sur son front, je n'entends que le bruit de nos corps qui s'entrechoquent, ce claquement de viande humide qui est la seule prière que je sois encore capable de formuler. Je la prends jusqu'à la garde, cherchant à atteindre son col, à m'imprimer en elle pour l'éternité. Ses ongles me labourent le dos à travers ma chemise fine, mais la douleur n'est qu'un combustible supplémentaire.
— Plus fort... Julian... s'il te plaît... supplie-t-elle dans un souffle saccadé.
Je réponds à sa demande par une accélération brutale. Je ne suis plus qu'un piston de chair et de muscles. Ma vue se brouille. L'odeur de son sexe, mêlée à la mienne et à la poussière séculaire de l'église, m'enivre. Je sens l'orgasme monter, une vague de fond noire et dévastatrice. Elle explose la première, ses muscles vaginaux se contractant autour de moi dans des spasmes délicieux qui m'arrachent un grognement de fauve.
Je lâche tout. Mon foutre jaillit en elle, brûlant, une semence maudite qui vient sceller son destin. Je m'effondre contre elle, mon front contre le sien, nos souffles se mêlant dans la pénombre. Mes fluides coulent le long de ses cuisses, souillant le bois sacré.
Je me retire lentement, la regardant s'effondrer sur le banc, brisée, offerte, le regard vide de tout sauf de moi. Je réajuste mes vêtements avec une froideur chirurgicale, l'homme de foi reprenant son masque, même si mon cœur bat encore comme celui d'un assassin.
Je sors du confessionnal sans un regard en arrière. La messe est dite. Les ténèbres m'ont accueilli, et pour la première fois de ma vie, je me sens enfin chez moi. Elena ne sera jamais plus la même. Je l'ai vidée de sa grâce pour la remplir de mon ombre.
Le chapitre de la soumission vient de s'ouvrir. Et il sera écrit avec son sang et mes péchés.
Pénitence Orale
L’air de la cathédrale Saint-Jude est une insulte à mes poumons. Il est saturé d’encens rance, de cire fondue et de cette odeur de poussière séculaire qui colle à la gorge comme un rappel constant de la putréfaction de l’âme. Ici, sous ces voûtes gothiques qui semblent vouloir écraser les impies, le silence n’est jamais vraiment vide. Il vibre. Il murmure les secrets de milliers de pécheurs, des confessions murmurées derrière le bois vermoulu des box qui empestent la sueur froide et le regret.
Je suis assis dans l’obscurité de mon confessionnal, le dos droit, la colonne vertébrale soudée au bois rigide. Ma soutane noire est une armure autant qu’une prison. Sous le tissu, ma peau est encore brûlante du souvenir de notre dernière étreinte, de cette souillure que nous avons gravée dans la chair même de ce lieu sacré. Je sens encore l’humidité de son sexe sur mes doigts, une empreinte invisible que l’eau bénite ne pourra jamais effacer. Et je ne veux pas qu’elle l’efface.
Le cliquetis familier des talons d’Elena sur le marbre de la nef déchire le silence. Un son sec, rythmé, provocant. Elle ne marche pas comme une pénitente ; elle marche comme une femme qui vient réclamer son dû au diable. Chaque pas résonne dans le vide de l’église, une onde de choc qui remonte le long de mes jambes jusqu’à mon entrejambe, où une tension sourde commence déjà à pulser.
La porte du box adjacent grince. Un gémissement de bois sec qui me fait bander instantanément. Elle s’installe. Je devine le froissement de sa robe de soie, le mouvement fluide de son corps qui s’agenouille sur le prie-Dieu rigide. À travers la grille de bois sculpté, je perçois son ombre, une silhouette floue, fragmentée par les losanges de la cloison. Mais je n’ai pas besoin de la voir. Je la sens. Elle dégage cette odeur de péché imminent, un mélange de jasmin coûteux et de cette chaleur animale que seule la peur — ou l’excitation la plus crue — peut produire.
— Mon Père, murmure-t-elle.
Sa voix est un souffle chaud qui traverse la grille et vient lécher mon oreille. Elle tremble à peine, juste assez pour trahir l’abîme qui s’ouvre sous ses pieds. Ma main se crispe sur l'accoudoir de mon siège.
— Ma fille, je réponds, ma voix plus basse, plus sombre que d’ordinaire. Celle du prédateur qui a troqué sa croix pour un scalpel psychologique. Confessez-vous. Le Seigneur attend vos paroles.
— Ce ne sont pas des paroles que j’ai pour Lui, Julian.
Le nom claque entre nous, une profanation délibérée. Elle sait que j’aime ça. Elle sait que briser le protocole est le premier pas vers la chute. Je me penche vers la grille, mon visage à quelques centimètres du sien, séparés seulement par ces quelques millimètres de bois qui ne protègent plus rien.
— Alors dites-les moi, Elena. Dites-moi ce qui brûle votre langue. Ne retenez rien. Je veux entendre la noirceur de vos pensées. Je veux que vous utilisiez les mots les plus vils, ceux que vous n’osez même pas penser dans la lumière du jour.
Je l’entends déglutir. Le son est amplifié dans l’étroitesse du box. Je ferme les yeux, visualisant sa gorge longue et fine, la tension de ses muscles.
— J’ai envie de... de profaner ce que vous représentez, expire-t-elle, plus hardie. Je veux que votre Dieu me regarde quand je vous prends votre dignité. Je veux sentir votre sainte autorité s'effondrer sous mes lèvres.
Un sourire cruel étire mes lèvres dans l’ombre. Elle joue le jeu avec une perfection qui me donne envie de la briser sur-le-champ. Mon sexe durcit douloureusement sous ma soutane, cognant contre le tissu. Je sens la sueur perler à la racine de mes cheveux. L’excitation est une drogue chirurgicale, elle affine mes sens, elle me rend lucide au point de percevoir le moindre tressaillement de ses lèvres derrière la grille.
— Vos lèvres, Elena ? Est-ce là que réside votre pénitence ? Je veux que vous décriviez ce que vous voulez en faire. Soyez précise. Utilisez les mots que votre éducation vous a interdits. Salissez cette bouche qui a été élevée dans le mensonge de la pureté.
— Je veux... je veux le sentir, souffle-t-elle, sa voix se muant en un râle rauque. Je veux sentir votre sexe contre mon palais. Je veux que vous m'étouffiez avec votre puissance, que vous me rappeliez que je ne suis rien d'autre qu'un réceptacle pour votre mépris. Je veux goûter votre foutre comme s'il était le sang du Christ, et m'en gorger jusqu'à la nausée.
Le blasphème est si pur, si net, qu’il provoque une décharge électrique dans tout mon corps. C’est une symphonie de déchéance. Je glisse ma main sous ma soutane, délaçant la ceinture de mon pantalon avec une lenteur méthodique, mes doigts tremblants d'une rage contenue.
— Approchez-vous de la grille, Elena. Encore. Je veux sentir votre souffle sur ma peau. Je veux que vous léchiez le bois comme si c'était ma chair. Montrez-moi à quel point vous êtes assoiffée de votre propre damnation.
Elle s’exécute. J’entends ses genoux glisser sur le bois, le frottement de ses mains contre la cloison. Et puis, ce son. Le bruit humide, obscène, de sa langue qui vient caresser les interstices de la grille. Un petit gémissement de frustration s’échappe de sa gorge. Elle est à bout, tendue comme un arc, cherchant le contact direct que je lui refuse encore.
Je libère mon sexe, lourd et gorgé de sang, qui jaillit dans la pénombre du box. La fraîcheur de l'air sur ma peau me fait tressaillir, mais c'est l'odeur de son désir, de l'autre côté du bois, qui me rend sauvage. Je me place face à l'ouverture, là où ses lèvres s'acharnent sur le bois froid.
— C’est bien, ma fille. Votre soumission est une offrande exquise. Mais la parole ne suffit plus. Ouvrez la trappe. Maintenant.
Le petit loquet de bois coulisse avec un claquement sec. La barrière s'efface. La lumière mourante de la cathédrale s’engouffre dans l’étroite ouverture, éclairant ses yeux dilatés, ses lèvres entrouvertes et luisantes de salive. Elle a l’air d’une sainte en proie à une convulsion démoniaque.
Je n'attends pas. Je saisis ses cheveux à travers l'étroit orifice, mes doigts s'enroulant fermement dans ses boucles, la forçant à basculer la tête en arrière pour m'offrir l'angle parfait. Elle lâche un cri étouffé, un mélange de douleur et d'extase pure.
— Regardez-moi, Elena. Regardez l'homme qui va vous vider de votre dernière once de vertu.
Ses yeux se plantent dans les miens, sombres, perdus, totalement soumis. Je guide mon sexe vers sa bouche, la pointe frôlant ses lèvres qui tremblent d'une impatience animale. Je sens la chaleur qui émane d'elle, cette faim insatiable que j'ai moi-même réveillée.
— Buvez mon péché, murmure-je, la voix étranglée par une pulsion de domination sans limite. Buvez-le jusqu'à la dernière goutte.
Ma main est un étau dans sa nuque. Je sens chaque frisson qui remonte le long de sa colonne vertébrale, chaque sursaut de son corps frêle derrière la paroi de bois sculpté qui nous sépare encore. Elle est à genoux, dans la position de la suppliante, mais ce n'est pas le pardon qu'elle cherche. C'est l'invasion. C'est la souillure.
Je pousse lentement. La pointe de mon sexe vient s'écraser contre ses lèvres closes, forçant le passage. Elle hésite une fraction de seconde, ses cils battant furieusement contre ses joues empourprées, avant d'ouvrir grand la bouche. La chaleur qui s'en échappe est un brasier.
— Voilà, Elena... soupé-je, le souffle court. Prenez-le. Tout entier.
Elle m’obéit. Sa langue, agile et brûlante, vient d'abord cueillir la goutte de désir qui perle déjà à l'extrémité, l'étalant avec une dévotion qui me fait serrer les dents. Puis, elle l'accueille. Je sens l'humidité visqueuse de sa cavité buccale m'envelopper, la pression de ses joues qui se creusent sous l'effort. C'est étroit, presque douloureux de plaisir. Le contraste entre la fraîcheur de la pierre de la cathédrale et la fournaise de sa gorge me donne le vertige.
Je ne la laisse pas mener le jeu. J'empoigne ses cheveux plus fermement, enroulant les mèches sombres autour de mes doigts pour guider son mouvement. Je cadence l’assaut. Un va-et-vient lent, méthodique, cruel. À chaque poussée, je sens ses dents frôler ma peau, un danger délicieux qui électrise mon sang.
— Plus profond, ordonné-je d'un ton sec. Je veux sentir votre gorge se serrer autour de moi. Je veux que vous étouffiez de votre propre dévotion.
Elle émet un son guttural, un râle de protestation qui se noie instantanément dans une succion goulue. Ses yeux, levés vers les miens à travers l'ouverture, sont injectés de sang, brillants de larmes involontaires causées par le réflexe de sa gorge qui se révulse. Mais elle ne recule pas. Au contraire, elle s'accroche au rebord de bois, ses doigts griffant le chêne centenaire, cherchant un point d'appui pour s'enfoncer davantage.
Le bruit est obscène dans le silence sacré de la nef. Le claquement humide de sa salive, le sifflement de son souffle court par le nez, le frottement de ma chair contre ses lèvres charnues... Tout cela résonne comme un blasphème hurlé sous les voûtes gothiques.
Je lâche une main de sa chevelure pour venir caresser son visage, mes doigts traçant le contour de sa mâchoire contractée. Je sens les muscles de son cou travailler, tendus à rompre. Elle est magnifique ainsi : dégradée, réduite à cet acte de soumission pure, alors que l'odeur de l'encens se mélange à celle, plus âcre et sauvage, de notre luxure.
— Vous sentez ça, Elena ? Ce goût de perdition ? C’est le seul paradis que vous méritez.
Je brusque le rythme. Mes hanches frappent contre la cloison avec une violence sourde. Je n'ai plus aucune patience. La bête en moi a pris les rênes. Je la force à reculer, puis à revenir, encore et encore, l'obligeant à m'avaler jusqu'à la garde. Sa salive commence à couler le long de mon sexe, brillant sous la lueur mourante des cierges, venant tacher la dentelle de son corsage. Elle est en train de se perdre, je le vois à la dérive de son regard, à la manière dont ses pupilles se dilatent jusqu'à dévorer l'iris.
Je retire brusquement mon sexe de sa bouche, la laissant haletante, un fil de salive argenté reliant encore mes chairs à ses lèvres rouges et gonflées. Elle me regarde, dévastée, le visage luisant de sueur et de désir.
— Ne vous arrêtez pas... implore-t-elle dans un souffle rauque, ses mains tremblantes remontant vers l'ouverture.
Je ris doucement, un son sombre qui n'a rien de bienveillant.
— Je ne fais que commencer votre éducation, ma petite sainte. Sortez votre langue. Montrez-moi à quel point vous êtes assoiffée.
Elle s'exécute, offrant son muscle rose à ma vue, palpitant d'impatience. Je repousse les pans de ma chemise, sentant l'air frais sur ma peau brûlante, et je me prépare à la briser tout à fait. Je sais qu'à cet instant, elle accepterait n'importe quoi. Je pourrais lui demander de renier son Dieu qu'elle le ferait en souriant, pourvu que je lui rende ce que je viens de lui retirer.
Je saisis son menton, l'obligeant à garder la bouche grande ouverte, et je me penche vers l'étroit orifice, mon visage si proche du sien que je peux sentir la chaleur de son haleine saccadée.
— Maintenant, Elena... murmure-je contre ses lèvres sans les toucher. Utilisez vos mains. Je veux vous voir vous souiller pendant que vous me servez. Je veux voir la sainte se toucher sous l'œil de ses idoles.
Ses yeux s'écarquillent, une lueur de terreur délicieuse y dansant, mais ses mains descendent déjà vers le bas de sa robe, obéissant à la force gravitationnelle de ma volonté. Le tissu frissonne, le bois craque sous la pression de nos corps enfiévrés, et l'atmosphère devient si lourde qu'on pourrait la couper au couteau.
Le véritable sacrilège commence maintenant.
Je sens le tremblement de ses doigts lorsqu’ils s’enfoncent sous les couches de dentelle et de soie. Le bruissement du tissu est une insulte au silence sacré de la chapelle, un blasphème qui me fait bander plus fort encore. Ses yeux ne quittent pas les miens ; ils sont hantés, dilatés par une terreur qui se confond avec un désir animal. Elle hésite un instant, sa main figée sur la courbe de son mont de Vénus, mais j’exerce une pression brutale sur sa mâchoire, mes doigts s’ancrant dans sa chair.
— N’hésitez pas, Elena. Montrez-moi comment vous vous caressez le soir en pensant à vos péchés. Faites-le.
Elle gémit, un son étouffé par ma proximité, et finit par obéir. Je vois son épaule bouger rythmiquement sous l’étoffe de sa robe sombre. Le bruit arrive alors : un glissement humide, le frottement de ses doigts contre ses lèvres déjà gorgées de suc. L’odeur de son excitation, musquée et entêtante, remonte vers moi, luttant avec les effluves d’encens froid qui imprègnent le bois du confessionnal.
Je déboutonne mon pantalon avec une lenteur sadique. Mon sexe se libère, dur, battant d'un sang noir, prêt à l'envahir. Je saisis sa nuque de ma main libre, mes doigts s’emmêlant dans ses cheveux parfaitement coiffés que je commence à défaire avec sauvagerie. Je la tire vers l’avant, l’obligeant à basculer, le visage offert à ma virilité.
— Prenez-le, ordonné-je d’une voix rauque. Et n’arrêtez pas de vous toucher. Je veux entendre vos doigts travailler votre fente pendant que je vous remplis la gorge.
Elle ouvre la bouche, un orifice humide et rose, et je m’y enfonce d’un coup sec. Elle étouffe un cri, ses yeux s’écarquillant alors que je force le passage, testant les limites de son endurance. La chaleur de sa salive m’enveloppe instantanément. C’est un étau de velours. Je commence un va-et-vient lent, méthodique, sentant ses dents frôler ma peau, un danger délicieux que je punis en poussant plus profondément encore.
À travers la grille de bois qui nous sépare en partie, j’entends le rythme de sa main s’accélérer. *Slap. Slap. Slap.* Le son de sa propre luxure. Elle se malmène, ses doigts s'enfonçant sans doute avec désespoir dans son sexe inondé, cherchant l'étincelle qui la fera basculer. Je vois ses sourcils se froncer, sa respiration devenir un sifflement nasal saccadé alors qu'elle s'efforce de me gober tout entier.
— Oui, petite sainte... Souillez-vous. Servez-moi comme la chienne que vous mourez d'envie d'être.
Je ne la ménage pas. Mes hanches frappent son visage avec une régularité brutale. Je sens sa langue tenter désespérément de s’enrouler autour de mon gland, cherchant à m’offrir le plaisir qu’elle pense être son salut. Ma main sur sa nuque la maintient en place, l'empêchant de reculer, l'obligeant à boire chaque centimètre de mon arrogance.
La tension dans le box devient insoutenable. La sueur perle sur mon front, coule le long de mes tempes. Je sens le spasme arriver, cette onde de choc qui part du bas de mon échine. Elena est au bord du gouffre elle aussi. Ses doigts bougent avec une frénésie démente sous sa robe, et je devine les mouvements de son bassin qui cherche le contact du bois dur pour compenser l'absence de mon corps contre le sien.
Sa gorge se contracte violemment autour de moi. Elle commence à convulser. Je sens ses muscles vaginaux — même à travers l'espace qui nous sépare — se tendre dans un orgasme solitaire et dévastateur. Ses yeux se révulsent, ne laissant apparaître que le blanc, tandis qu'elle s'étouffe à moitié sur ma chair. C’est le signal.
Je lâche prise.
Je la saisis plus fermement, mes doigts s'enfonçant dans son cuir chevelu, et je décharge ma semence au fond de sa gorge avec une violence qui la fait tressauter. Jet après jet, je la marque de mon mépris et de mon désir. Elle encaisse tout, ses mains agrippant mes cuisses à travers la paroi, ses ongles s'enfonçant dans le tissu de mon pantalon. Elle ne recule pas. Elle avale, dans un réflexe de soumission absolue, acceptant chaque goutte de mon venin.
Le silence retombe brutalement, seulement troublé par nos souffles erratiques. Je me retire lentement, observant le filet de fluide qui s'écoule du coin de ses lèvres rougies. Elle est brisée, défaite, les cheveux en bataille et le regard vide, fixé sur le crucifix accroché au mur en face d'elle.
Je prends un instant pour savourer le spectacle. La sainte est souillée. L'autel de sa pureté est en cendres.
Je remonte ma braguette, rangeant mon arme, alors qu'elle s'effondre sur le banc de bois, les jambes encore tremblantes, sa main glissant lentement hors de son intimité, trempée de ses propres jus et des miens.
— Votre pénitence est terminée pour aujourd'hui, Elena, murmuré-je en me penchant vers l'ouverture du box, ma voix n'étant plus qu'un souffle glacé. Mais n'oubliez jamais le goût que vous avez en bouche en ce moment. C’est le goût de votre vérité.
Je sors du confessionnal sans un regard en arrière, la laissant seule dans l'obscurité, avec son Dieu silencieux et le poids de son plaisir impie pour seule compagnie. Le chapitre se ferme sur le bruit de mes pas résonnant sur les dalles de pierre, tandis qu'un sanglot étouffé, mâtiné d'un gémissement de manque, s'élève derrière moi.
Elle est à moi. Corps et âme. Et ce n'est que le début de sa chute.
Le Frisson de la Découverte
L’air de la nef est une lame de rasoir, glacée et tranchante, qui vient lacérer la moiteur qui colle à ma peau sous ma soutane. Je marque un arrêt, la main encore posée sur le montant de chêne sculpté du confessionnal. Mes doigts caressent les rainures du bois, là où, il y a quelques secondes à peine, la détresse et l'extase d'Elena s'entrechoquaient dans un fracas silencieux.
Je l’entends. Ce n'est pas un cri, pas même un murmure, mais ce petit bruit de succion humide, le glissement de ses doigts qu’elle retire de sa propre chair, lourdement gorgée de nous deux. C’est le son de la déchéance. C’est le son de ma victoire. L’odeur qui émane de la loge est un sacrilège olfactif : un mélange âcre de cyprès, d’encens millénaire et de cette fragrance musquée, primale, qui s’échappe d’une femme qu’on vient de briser sur l’autel de ses propres désirs.
Je m'apprête à faire un pas vers la sacristie, à m'éloigner de cette odeur qui menace de réveiller la bête que j'ai eu tant de mal à rengainer, quand le monde extérieur décide de s'inviter dans notre sanctuaire de vices.
*Vlan.*
Le lourd battant de chêne de l’entrée principale gémit sur ses gonds de fer forgé. Le bruit résonne sous la voûte gothique comme un coup de tonnerre dans un sépulcre. Je me fige. Mes muscles se tendent, chaque fibre de mon être basculant en mode prédateur.
*Clac. Clac. Clac.*
Des pas. Lents, réguliers, pesants. Des chaussures à semelles dures sur les dalles de pierre froide. Quelqu'un entre. Quelqu'un qui n'a rien à faire ici à cette heure où la lumière décline, transformant les vitraux en plaies sanglantes sur les murs de la cathédrale.
Je pivote lentement, sans un bruit, et je me plaque à nouveau contre la paroi extérieure du confessionnal, juste à côté du rideau de velours épais qui cache encore la silhouette brisée d’Elena. Je sens sa présence à travers le bois. Je devine sa terreur. Je l’entends retenir son souffle, un petit hoquet étouffé qui trahit sa panique. Elle sait. Elle a entendu les pas.
— Chut…, murmuré-je, la voix si basse qu'elle se confond avec le frisson de l'air. Ne bougez pas d'un cil, Elena. Restez là, dans votre souillure.
Je glisse ma main derrière le rideau, sans entrer, cherchant à l'aveugle. Mes doigts rencontrent sa cuisse nue, brûlante, encore trempée de la sueur de son orgasme. Elle tressaille violemment. Je remonte plus haut, mes phalanges effleurant ses lèvres génitales gonflées, sentant la viscosité de son excitation qui nappe encore sa peau. Je la saisis fermement, mes doigts s'enfonçant dans sa chair tendre pour lui intimer le silence par la douleur et le plaisir mêlés.
— Pas un son, ordonné-je. Si vous parlez, si vous gémissez, je vous laisse à sa merci. Imaginez son regard s'il ouvrait ce rideau et vous voyait ainsi… les jambes écartées, dégoulinante du péché de votre prêtre.
Les pas se rapprochent. C’est Madame Vaugirard. Je reconnais cette démarche boîteuse, ce rythme saccadé. Une dévote de la première heure, une fouineuse dont la langue est aussi acérée que son chapelet est usé. Elle s'arrête à quelques mètres, sans doute près du premier rang de bancs.
Le silence qui suit est plus lourd que le plomb. Je sens le pouls d’Elena battre contre la paume de ma main, un métronome de pure angoisse. Mon pouce commence à masser lentement son clitoris, un mouvement circulaire, cruel, presque clinique, tandis que mes oreilles guettent le moindre mouvement de l'intruse.
C'est une torture exquise. Elena est prise au piège entre la peur d'être découverte et la vague de plaisir que je lui impose avec une lenteur sadique. Je l'entends avaler sa salive, un bruit de gorge que le silence de la cathédrale amplifie démesurément à mes oreilles.
— Père Julian ?
La voix de la vieille femme est chevrotante, incertaine. Elle flotte dans l'immensité de la nef, cherchant une réponse.
Je ne réponds pas tout de suite. J'augmente la pression de mes doigts sur l'intimité d'Elena, sentant une nouvelle vague de lubrification naturelle inonder ma main. C’est fascinant. Le danger la liquéfie. Son exhibitionnisme auditif est une maladie, et je suis le seul remède, le seul poison. Elle veut être entendue. Elle veut que ce frisson de honte la submerge.
— Père Julian ? Êtes-vous là ? J’ai cru entendre… du bruit.
Je sens Elena se cambrer légèrement contre ma main, ses muscles pelviens se contractant involontairement autour de mes doigts. Elle est à la limite. Un seul mouvement de plus, un seul souffle trop fort, et elle explosera à nouveau, ici, à deux mètres d’une femme qui la croit être un modèle de vertu.
Je me délecte de sa détresse. Je savoure le contraste entre ma position de protecteur — le prêtre qui veille sur son église — et la réalité de mes doigts plongeant dans les profondeurs de sa chair profanée.
— Je suis ici, Madame Vaugirard, finis-je par répondre, ma voix projetée avec une clarté calme, presque céleste.
Tout en parlant, j’enfonce brutalement un doigt à l’intérieur d’Elena. Elle étouffe un cri dans sa propre main, son corps secoué d'un spasme violent. Je sens les parois de son vagin se refermer sur moi, une étreinte désespérée et brûlante.
— Oh, vous m’avez fait peur, mon Père, répond la vieille femme en se rapprochant. Je ne vous voyais pas dans l’ombre. Je venais déposer les cierges pour la veillée de demain.
— C’est fort aimable à vous, dis-je, mon visage restant impassible tandis que, derrière le rideau, je continue mon office de dévotion charnelle. Déposez-les près de l’autel de la Vierge. Je vous rejoins dans un instant… Je termine une confession particulièrement… complexe.
Le mot "complexe" résonne comme une promesse de douleur. Sous ma soutane, mon propre sexe se réveille, dur, exigeant, réclamant sa part du danger. Je retire lentement mon doigt de l'intérieur d'Elena, savourant le bruit de ventouse que cela produit, un son minuscule mais que je sais qu'elle a perçu comme un coup de canon.
Je porte ma main à mon visage, sans quitter des yeux l'ombre de Madame Vaugirard qui s'éloigne vers l'autel. L’odeur d'Elena m'envahit les narines. C’est le parfum de la chute.
— Elle ne partira pas tout de suite, murmuré-je à l'adresse de la paroi. Elle va rester là, à prier. Et vous allez rester là aussi, Elena. Sans bouger. Sans faire un bruit. Si vous versez une seule larme, si vous laissez échapper le moindre soupir pendant qu'elle est là… je vous jure que je ferai en sorte que votre père apprenne exactement ce que sa fille chérie fait dans l’obscurité de ma maison.
Je sens son frisson de terreur. C'est délicieux.
— Maintenant, ouvrez vos jambes plus largement. Je veux entendre le son de votre soumission pendant que cette sainte femme récite ses Pater.
Je glisse à nouveau ma main derrière le rideau, cette fois avec une intention bien plus sombre. La tension dans la cathédrale est devenue électrique, un fil tendu au-dessus d'un abîme de scandale. Le vrai jeu commence maintenant.
Le craquement du bois sous les pas de Madame Vaugirard résonne comme un coup de tonnerre dans le silence sépulcral de la nef. Elle est là, à peine à trois mètres, séparée de nous par une simple cloison de chêne et un rideau de velours élimé qui pue la poussière et le vieux repentir. J’entends le cliquetis métallique de son chapelet, chaque grain heurtant le suivant avec une régularité de métronome.
Je ramène ma main vers Elena. Je ne cherche pas la douceur. Je cherche la marque, l’emprise. Mes doigts s’enfoncent dans la chair tendre de ses cuisses, là où la peau est la plus fine, juste au-dessus du haut de ses bas de soie. Je sens ses muscles tressaillir, une onde de choc qui parcourt tout son corps. Elle tente de resserrer les jambes, un réflexe de pudeur agonisante, mais j’ancre mes pouces dans ses adducteurs, forçant l’ouverture.
— Plus large, Elena, murmuré-je, le souffle effleurant le grillage du confessionnal. Laissez-moi voir ce que vous cachez sous cette robe de communiante.
Elle obéit dans un gémissement étouffé, un petit bruit de gorge qui me fait bander instantanément contre le bois froid. Le tissu de sa culotte est déjà trempé. Je le sens à travers la dentelle fine qui s'accroche à la pulpe de mes doigts. Elle est gorgée de son propre désir, une humidité poisseuse qui trahit sa peur. C’est délicieux : son esprit hurle « non », mais son sexe crie « encore ».
De l’autre côté, la voix chevrotante de la vieille dévote s’élève : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs… »
L’ironie me tire un sourire carnassier. Je glisse deux doigts sous l’élastique de sa lingerie. La chaleur qui s’en échappe est suffocante, un mélange d’odeur de femme, de musc et de cette sueur froide provoquée par l’adrénaline. Je ne perds pas de temps. Je plonge mes doigts dans sa fente, d'un coup sec, sans préliminaires.
Elena cambre le dos, sa tête venant heurter la paroi avec un bruit sourd. Ses mains se cramponnent désespérément aux accoudoirs de bois, ses jointures blanchissant sous l’effort. Elle veut hurler. Je le vois à la façon dont son cou se tend, dont ses cordes vocales vibrent sous sa peau diaphane.
— Chut… si vous parlez, elle se retournera. Imaginez-la, Elena. Imaginez cette vieille femme découvrir la petite sainte de la paroisse, les cuisses écartées, en train de se faire tremper par mes doigts dans la maison du Seigneur. Imaginez la honte de votre père.
Ma main travaille maintenant avec une cruauté méthodique. Je ne cherche pas à la caresser ; je cherche à la posséder, à briser sa résistance. Mes doigts entrent et sortent d'elle, de plus en plus profondément, récoltant ce jus visqueux et chaud qui lubrifie chacun de mes mouvements. Le bruit est obscène. Un *slap* humide, rythmé, qui semble couvrir le murmure des prières de Madame Vaugirard. Chaque fois que je me retire, je sens les parois de son vagin se contracter, essayant de retenir l'intrus, avant que je ne l'enfonce à nouveau, plus brutalement encore.
— Vous êtes si mouillée, Elena… C’est indécent. Est-ce que vous pensez à l'enfer pendant que je vous travaille comme une chienne ? Est-ce que c’est ça qui vous fait jouir ?
Je sens sa résistance faiblir. Ses hanches commencent à suivre le mouvement de ma main, cherchant malgré elle la friction. Je trouve son clitoris, cette petite perle de chair gorgée de sang qui bat sous mes doigts. Je le pince entre mon pouce et mon index, sans aucune pitié.
Elle laisse échapper un sifflement entre ses dents serrées. Ses yeux se révulsent, ne montrant plus que le blanc. Elle est à la limite. Le plaisir et la terreur se mélangent en elle, créant un cocktail explosif qui la consume de l'intérieur.
— « …maintenant et à l’heure de notre mort, Amen », psalmodie la Vaugirard.
Le silence retombe, lourd, oppressant. On entendrait une mouche voler. J’immobilise ma main, mes doigts toujours enfoncés profondément dans ses entrailles brûlantes. Je sens son cœur battre jusque dans son sexe. Elle tremble de tous ses membres, une petite bête prise au piège qui attend le coup de grâce.
Soudain, le bruit d’une chaise que l’on traîne sur la pierre retentit. La vieille se lève. Elle se rapproche. Ses pas se dirigent vers notre confessionnal. Elle ne va pas partir. Elle veut se confesser.
Le visage d’Elena se décompose. Une larme solitaire roule sur sa joue, mais je n'éprouve aucune compassion. Au contraire, le danger décuple mon envie. Je presse mon visage contre la grille, humant l'odeur de péché qui émane d'elle.
— Elle arrive, Elena. Elle va s’agenouiller juste à côté de vous. Si vous bougez, si vous frémissez quand elle sera là… vous êtes perdue.
Je retire lentement mes doigts, les laissant glisser le long de ses lèvres charnues, les étirant pour bien étaler sa propre souillure sur sa peau. Puis, je porte ma main à mon visage et lèche ostensiblement l’index, ne quittant pas ses yeux terrifiés des miens. Son goût est métallique, sauvage.
Le rideau du compartiment voisin s'agite. Madame Vaugirard est là, à quelques centimètres seulement, de l'autre côté de la mince paroi de bois. Je sens l’odeur de son vieux parfum à la lavande et de sa bure poussiéreuse.
— Mon Père, commence la vieille d’une voix tremblante, pardonnez-moi car j’ai péché…
Je pose à nouveau ma main sur l'intimité d'Elena, mais cette fois, je ne bouge pas. Je laisse juste la pression de ma paume l’écraser, lui rappelant que je tiens sa vie et sa réputation entre mes doigts souillés. Je sens son sexe palpiter contre moi, un appel silencieux au désastre.
— Continuez, murmuré-je à la vieille tout en fixant Elena, je vous écoute.
Le jeu ne fait que commencer. Et je compte bien pousser Elena jusqu’au point de non-retour, là où le cri qu’elle retient finira par déchirer le silence sacré de cette église.
Madame Vaugirard s’épanche sur ses mesquineries de voisinage, sa voix chevrotante égrainant une litanie d’ennui et de rancœur rance. À travers la grille, elle ne voit rien de l’abîme qui s’ouvre ici. Elena, elle, voit tout. Elle voit le reflet de sa propre perdition dans mes yeux.
Ma main, toujours plaquée contre son mont de Vénus, commence à bouger. Lentement. Un mouvement circulaire, lourd, qui écrase son clitoris gonflé sous le tissu fin de sa culotte, déjà saturée de son désir. Je sens la chaleur qui irradie d'elle, une fournaise qui demande à être attisée.
— Dites-moi, ma fille… je murmure à l’adresse de la vieille, tout en enfonçant mon pouce avec une force délibérée contre le bouton de chair d’Elena. Avez-vous ressenti de la haine, ou était-ce seulement de l'orgueil ?
Elena lâche un sifflement étouffé, ses doigts se crispant sur le bois du confessionnal jusqu’à ce que ses jointures blanchissent. Ses hanches donnent un coup involontaire vers l’avant, cherchant davantage de cette pression brutale. Je la punis de cette audace en immobilisant brusquement ma main. Son regard me supplie, un mélange de terreur pure et de besoin animal.
— C’était de l’orgueil, mon Père… bredouille la Vaugirard.
Je ne l’écoute plus. Mon attention est verrouillée sur la réaction physique d’Elena. Je glisse deux doigts sous l’élastique de sa lingerie. C’est une inondation. Elle est trempée, un suc visqueux et chaud qui nappe ma peau. Je pénètre sa fente d’un coup, deux phalanges qui s'enfoncent dans sa chair tendre et battante.
Elle bascule la tête en arrière, ses lèvres s’ouvrant sur un cri muet. Je plaque instantanément mon autre main sur sa bouche, étouffant son souffle erratique. Ses dents mordent la paume de ma main, mais je m'en moque. Je veux sentir sa douleur autant que son plaisir.
— Chut, articulé-je sans un bruit, mes lèvres frôlant son oreille alors que mes doigts entament une danse impitoyable à l'intérieur d'elle. Sois une bonne chrétienne, Elena. Écoute le récit de tes péchés à venir.
Je ramone son intimité avec une cadence barbare, cherchant le point précis où ses nerfs s'enflamment. Je sens ses parois vaginales se contracter autour de moi, des spasmes de plus en plus violents qui trahissent l’imminence du gouffre. Chaque fois que je me retire presque entièrement pour replonger en elle, elle émet un petit bruit de gorge, un gémissement de bête traquée que je bois comme un vin de messe interdit.
De l’autre côté, la vieille continue son inventaire de péchés dérisoires. Ce contraste m’excite au-delà du raisonnable. Ma propre érection est un pieu qui me fait mal, tendu contre l'étoffe de ma soutane. J'ai envie de la retourner contre ce bois séculaire, de souiller cet espace avec la réalité brute de ma semence, mais le danger de la découverte est un aphrodisiaque trop puissant pour être abrégé.
— Je… j’ai aussi manqué la messe de dimanche dernier, confesse la Vaugirard.
Je ris intérieurement, un rire sombre qui fait vibrer ma poitrine contre l’épaule d’Elena. Mes doigts s’accélèrent, devenant un piston frénétique. Je ne suis plus dans la suggestion, je suis dans la conquête. Je sens l’odeur de son sexe, une effluve musquée et sauvage qui sature l’espace exigu, étouffant le parfum de lavande de la paroissienne. C'est l'odeur de la corruption.
Elena est au bord. Ses yeux revulsent, ne laissant paraître que le blanc, tandis que son corps entier commence à trembler, secoué par des décharges électriques. Je sens le liquide s'écouler le long de mes doigts, une fontaine de luxure qui lubrifie chaque mouvement, rendant le bruit de nos chairs qui s'entrechoquent presque audible pour quiconque prêterait l'oreille. *Slap, slap, slap.*
— Je vous donne l'absolution, ma fille, dis-je d’une voix que je force à rester stable, malgré le sang qui cogne dans mes tempes. Pour votre pénitence, récitez trois *Ave Maria*… et priez pour ceux qui succombent à la chair.
Au moment où je prononce le mot « chair », j'enfonce mon pouce sur son clitoris et je cambre mes doigts à l'intérieur d'elle, crochetant son point de jouissance avec une cruauté délicieuse.
Le barrage cède.
Elena explose contre ma main. Ses muscles internes se referment sur mes doigts dans une série de contractions convulsives, presque douloureuses. Elle s'arc-boute, son corps tendu comme une corde de violon prête à rompre. Sous ma paume, ses cris sont des étouffements sourds, des râles de plaisir pur qui se perdent dans ma peau. Elle jouit pendant ce qui semble être une éternité, inondant ma main de sa défaite, les larmes roulant sur ses joues alors que son orgasme la dévaste.
Le rideau voisin coulisse. Les pas de la Vaugirard s’éloignent, le cliquetis de ses talons sur les dalles de pierre résonnant comme un glas.
Nous sommes seuls. Le silence qui retombe est plus lourd que n'importe quelle prière.
Je retire lentement mes doigts de son corps supplicié. Ils sont brillants, couverts de son humidité laiteuse et de filaments de plaisir. Elena s’effondre sur le petit banc de bois, les jambes écartées, la poitrine soulevée par des sanglots de décompression. Elle me regarde, brisée, marquée à jamais par ce que nous venons de commettre.
Je porte mes doigts souillés à ma bouche et je lèche chaque goutte de son extase, sans la quitter des yeux. Le goût est plus doux que le précédent, plus profond. C’est le goût de sa soumission totale.
— La séance est levée, Elena, murmuré-je en me levant, ma voix redevenant celle d'un homme qui n'a plus rien de sacré. Mais n'oublie jamais… Dieu a tout vu. Et il a aimé ça autant que moi.
Je sors du confessionnal sans un regard en arrière, la laissant seule avec son péché et l'odeur persistante de notre sacrilège. Le chapitre se ferme sur le bruit sourd de la porte de l'église, me laissant dans la pénombre des nefs, le prédateur rassasié, mais déjà affamé de la suite.
Le Passé de Julian
Le silence qui suit le départ d'Elena du confessionnal n'est pas un vide ; c'est une pression. L’air de la cathédrale Saint-Jude est devenu épais, saturé de l’odeur de son excitation, de cette fragrance de musc et de peur qui colle aux parois de chêne centenaire. Je reste immobile dans l’obscurité de ma loge, les yeux clos, savourant la trace de son humidité qui sèche lentement sur mes doigts. C’est un sel délicieux, le goût même de sa déchéance.
Je frotte mon pouce contre mon index, sentant la texture poisseuse, presque sirupeuse, de son plaisir. Elle est là, quelque part dans la nef, une ombre brisée sous les voûtes gothiques qui semblent s’abaisser pour l’écraser. Je l’entends. Ce n’est pas un bruit, c’est une vibration dans le sol de pierre froide : le froissement de son tissu contre le banc, le souffle court d’une femme qui vient de réaliser que l’enfer n'est pas un lieu, mais un homme en soutane.
Je sors enfin. Mes pas résonnent, lourds et méthodiques, sur le marbre noir. Le claquement de mes talons est un métronome marquant le décompte de sa résistance. Je ne me dirige pas vers la sacristie. Je me dirige vers elle.
Elle est prostrée au premier rang, les mains jointes dans une parodie de prière, les épaules secouées par des frissons résiduels. Sa jupe est encore froissée, un rappel muet de la manière dont je l'ai forcée à s'ouvrir. Sous la lumière vacillante des cierges, elle ressemble à une sainte de marbre dont on aurait souillé le piédestal.
Je m’arrête juste derrière elle. Je ne la touche pas. Pas encore. L’anticipation est un scalpel qui incise le calme de la nuit.
— Vous ne partez pas, Elena ? Ma voix glisse dans son cou comme une lame huilée. Le temple va fermer. Les démons n'aiment pas être dérangés lorsqu'ils reprennent possession de leur demeure.
Elle sursaute, un petit cri étouffé mourant dans sa gorge. Elle se retourne lentement, ses yeux dilatés cherchant les miens. Elle cherche une trace de remords, une étincelle de la compassion du Christ. Elle ne trouve que l’abîme.
— Je... je n'arrive pas à bouger, murmure-t-elle, sa voix brisée par l'épuisement. Mes jambes... elles tremblent encore. Qu'est-ce que vous m'avez fait, mon Père ?
Je m'assois sur le banc de bois froid, juste à côté d'elle, brisant la distance sacrée. Je laisse ma main glisser sur le dossier, mes doigts frôlant la peau nue de sa nuque. Elle frissonne violemment, mais elle ne recule pas. Elle est accrochée à ma présence comme un naufragé à une épave de plomb.
— Je vous ai montré la vérité, Elena. Cette petite mort que vous venez de goûter... ce n'est pas Dieu qui vous l'a offerte. C'est l'obscurité que vous portez en vous. Je n'ai été que le miroir.
Je rapproche mon visage du sien. Je sens l'odeur de ses larmes, mêlée à celle, plus crue, de son sexe qu'elle porte encore sur elle. C’est une ivresse toxique. J’ai envie de la reprendre ici, sur cet autel de bois, de marquer sa peau blanche de mes empreintes pour que chaque fidèle puisse voir, demain matin, qu’elle m’appartient.
— Vous me regardez avec cet effroi délicieux, continué-je d’un ton presque conversationnel, alors que mon sang bout dans mes veines. Vous vous demandez comment un homme de Dieu peut avoir des mains aussi expertes pour le péché. Vous vous demandez quelle tragédie a pu transformer un avocat brillant en un prédateur dissimulé sous un col romain.
Ses lèvres s'entrouvrent. La curiosité l'emporte sur la peur. C'est le début de la fin pour elle.
— Dites-le-moi, souffle-t-elle. Pourquoi ce besoin de… de nous briser ?
Je ris, un son court et dépourvu de joie qui se perd dans les hauteurs de la nef. Je tends la main et je saisis fermement son menton, l’obligeant à me regarder en face. Mes doigts s'enfoncent dans sa chair tendre, une pression juste assez forte pour flirter avec la douleur.
— Avant de porter cette robe, je portais des costumes à trois pièces qui coûtaient le prix de votre éducation. J'évoluais dans des tribunaux qui n'étaient que des confessionnaux sans pardon. Mon métier n'était pas de défendre la justice, Elena. C'était de manipuler la vérité jusqu'à ce qu'elle saigne.
Je fais glisser ma main de son menton vers sa gorge, sentant les battements erratiques de son pouls sous ma paume. C’est là que réside mon pouvoir : dans ce contrôle absolu sur sa vie et sa mort symbolique.
— J’ai vu le pire de l’humanité. Non pas à travers une grille de bois, mais dans la lumière crue des néons. J’ai libéré des monstres et j’ai condamné des innocents avec le sourire aux lèvres, simplement parce que j'en avais le pouvoir. Les mots étaient mes armes. Le mensonge était mon dieu.
Elle me regarde, fascinée, ses pupilles dévorant son iris. Elle est là, à l'orée de mon propre enfer, et elle demande à y entrer.
— Et puis, il y a eu l'accident, murmuré-je, ma voix descendant d'une octave, devenant un murmure caverneux. Un soir de pluie, une voiture de sport, et trop de certitudes. J'ai vu la vie quitter les yeux de quelqu'un que je devais protéger... alors que j'étais parfaitement sobre, parfaitement lucide. J'ai réalisé à ce moment-là que la loi des hommes était une plaisanterie. Et que la loi de Dieu...
Je marque une pause, mon pouce écrasant lentement sa lèvre inférieure, l'étirant pour révéler l'humidité rose de l'intérieur de sa bouche. Je plonge mon regard dans le sien, y déversant toute ma noirceur.
— ... la loi de Dieu n'était qu'un terrain de jeu plus vaste pour quelqu'un comme moi. Je ne suis pas devenu prêtre pour me racheter, Elena. Je suis devenu prêtre pour avoir accès à vos âmes nues. Pour entendre vos secrets les plus sales et les utiliser pour vous mettre à genoux.
Je sens son souffle s'accélérer contre ma paume. Sa peur se transforme, mute. Elle n'est plus terrifiée par ce que je suis, mais par le désir que cela éveille en elle. Elle est une créature de lumière qui se consume au contact de mon ombre.
— Vous êtes un monstre, dit-elle, mais ses mains viennent se poser sur mes poignets, non pas pour me repousser, mais pour presser ma main plus fort contre sa gorge.
— Je suis votre berger, Elena, corrigé-je avec un sourire cruel. Et je connais exactement le chemin qui mène à votre perte.
Je laisse ma main descendre, quittant son cou pour venir se poser sur sa poitrine, là où son cœur cogne comme un animal en cage. Je sens la chaleur de son corps à travers le tissu fin de sa robe. Elle est brûlante. Prête à être consumée.
— Voulez-vous savoir ce que j'ai ressenti quand j'ai vu ce corps mourir sous mes yeux ? Voulez-vous savoir pourquoi l'obscurité de cette église est la seule chose qui me permet de me sentir vivant ?
Je me penche, mon souffle brûlant son oreille.
— Parce que dans le noir, Elena, il n'y a plus de mensonges. Il n'y a que la chair, la douleur, et la soumission. Et vous allez m'offrir les trois. Maintenant.
Je sens son corps tressaillir sous mes doigts, un frisson long, électrique, qui part de sa poitrine pour mourir dans ses hanches. Elle ne recule pas. Elle ne recule jamais, et c’est ce qui finira par la briser. Ses yeux sont des puits de terreur et de fascination, deux orbes clairs perdus dans la pénombre de cette nef décrépite. L’odeur de l’encens rance et de la pierre humide se mélange à son parfum, une fragrance sucrée, florale, qui m’insupporte autant qu’elle m’enivre. C’est l’odeur de l’innocence qu’on s’apprête à souiller.
— Regardez-moi, Elena, grondé-je, ma voix n’étant plus qu’un murmure caverneux.
Ma main libre saisit sa mâchoire, mes doigts s’enfonçant dans ses joues pour la forcer à maintenir le contact visuel. Je veux voir l'instant précis où elle accepte sa propre damnation. L’autre main glisse plus bas, saisissant le tissu fin de sa robe. Je n'ai aucune patience pour les rituels de séduction. Je veux le contact brut. Je veux la peau.
Dans un craquement sec qui déchire le silence sacré de l’église, je déchire le décolleté de sa robe jusqu’à sa taille. Le tissu cède sans résistance, révélant la nacre de sa peau, ses seins qui se soulèvent au rythme d’une respiration saccadée. Elle laisse échapper un petit cri, un son étouffé, mi-protestation, mi-soupir, tandis que l’air frais de la bâtisse vient lécher sa nudité.
— J’ai vu le sang couler sur ces dalles bien avant que vous ne sachiez ce qu’était la douleur, murmuré-je, approchant mes lèvres des siennes sans les toucher. J’ai vu la vie quitter des yeux qui me suppliaient, tout comme les vôtres maintenant. Mais il n’y a pas de pitié ici. Pas sous mon regard.
Je l’entraîne brutalement vers l’autel de pierre, ce bloc froid et massif qui trône au centre du chœur. Elle trébuche, ses jambes flageolantes, mais je ne la soutiens pas ; je la dirige. Je la plaque contre la pierre froide, le contraste avec la chaleur de sa chair la faisant cambrer le dos. Ses mains cherchent désespérément une prise sur les rebords sculptés, ses ongles griffant le calcaire.
— Julian… pitié… souffle-t-elle, et mon nom dans sa bouche sonne comme une prière impie.
— Il n’y a pas de Julian ici, Elena. Il n’y a que le monstre que vous avez appelé.
Je m’insinue entre ses cuisses, ma main remontant le long de ses jambes galbées, écartant le reste de ses vêtements de soie. Mes doigts effleurent la dentelle de ses sous-vêtements, déjà humide, une preuve irréfutable de sa trahison envers elle-même. Elle me veut. Elle veut que je l’utilise pour oublier la lumière qui l’aveugle.
Je plonge deux doigts sous l'élastique fin, trouvant son intimité brûlante, prête, offerte. Elle lâche un gémissement rauque, sa tête basculant en arrière, exposant la ligne tendue de sa gorge que je m’empresse de mordre. Pas un baiser, une morsure. Je veux marquer mon territoire, laisser l'empreinte de mes dents dans sa chair pour que chaque fois qu'elle se regardera dans un miroir, elle se souvienne à qui elle appartient.
— Vous sentez ça ? Cette humidité ? C’est votre corps qui me donne raison, articulé-je contre sa peau, tandis que mes doigts commencent un va-et-vient lent, cruel, s’enfonçant profondément en elle. Vous êtes une sainte qui ne rêve que de profanation. Et je vais vous offrir le plus beau des sacrilèges.
Ma main à son cou serre un peu plus, juste assez pour qu’elle ressente cette urgence vitale, ce besoin de respirer qui se confond avec le besoin de jouir. Ses hanches se mettent à bouger d'elles-mêmes, cherchant davantage de ce contact, de cette souillure. Elle oublie le décor, elle oublie le passé, elle oublie même qui elle est.
Je sens ses muscles pelviens se contracter autour de mes doigts, son corps devenant une masse de tensions et de désirs bruts. La sueur commence à perler sur son front, collant quelques mèches de ses cheveux blonds à ses tempes. Elle est magnifique dans sa déchéance.
— Dis-le, Elena. Dis-moi ce que tu es, ordonné-je, ma voix vibrant contre son épaule.
Je retire mes doigts brusquement, la laissant vide, haletante, suspendue au-dessus du gouffre. Elle ouvre des yeux embrumés de désir, cherchant ma main, cherchant n'importe quoi pour combler ce manque insupportable que je viens de créer.
— Je suis… à vous, gémit-elle, sa voix se brisant. Faites ce que vous voulez. Détruisez-moi.
Un sourire carnassier étire mes lèvres. C’est le moment. L’instant où la proie cesse de fuir pour se jeter d'elle-même dans la gueule du loup.
Je déboutonne mon pantalon d'un geste sec, mon sexe dur et pulsant se libérant, réclamant son dû. Je ne vais pas être tendre. La tendresse est pour les faibles, pour ceux qui ont encore peur de l'obscurité. Elena et moi, nous sommes bien au-delà de ça.
Je saisis ses hanches avec une force qui lui arrachera sûrement des bleus demain, et je la retourne contre l’autel, face contre la pierre, ses fesses offertes, sa vulnérabilité totale. Je sens l’odeur de son excitation monter, un musc animal qui achève de consumer mon peu de retenue.
— Regarde cette croix, Elena, murmuré-je en plaquant mon torse contre son dos nu, sentant son cœur cogner contre la pierre froide. Regarde-la bien. Parce qu’aucun dieu ne viendra te sauver de ce que je vais te faire.
Je positionne la pointe de mon sexe à l'entrée de son intimité, testant sa résistance, savourant ses tremblements qui secouent tout son être. Elle est trempée, ses fluides coulant le long de ses cuisses, une invitation au désastre.
— Tu voulais connaître l’obscurité ? lâche-je, ma voix n'étant plus qu'un grognement animal. La voilà.
D’un coup de reins violent, je m’enfonce en elle jusqu’à la garde, déchirant son dernier rempart de pudeur. Elle pousse un cri qui se répercute contre les voûtes de l’église, un cri de douleur et de pur extase, tandis que je commence à la posséder avec une fureur que rien ne pourra arrêter. Chaque coup de boutoir est une sentence, chaque va-et-vient un clou de plus dans le cercueil de sa vertu.
Le rythme est sauvage, sans grâce. C’est de la chair contre de la chair, de la sueur contre de la pierre. Je ne suis plus un homme, je suis l'incarnation de ses péchés les plus sombres, et elle m'accueille avec une ferveur qui frise la folie. Ses mains agrippent désespérément les bords de l’autel, ses articulations blanchies par l'effort, alors que je la martèle sans relâche, cherchant à atteindre ce point de non-retour où plus rien n'existe, à part cette agonie délicieuse.
Je sens ses ongles s’enfoncer dans le bois centenaire de l’autel, cherchant un point d’ancrage alors que je la dévaste. Je ne lui laisse aucune chance de reprendre son souffle. Chaque coup de reins est une invasion, une revendication brutale de son territoire le plus intime. Je veux qu’elle sente chaque centimètre de moi, qu’elle comprenne que dans ce sanctuaire profané, il n’y a plus de Dieu, seulement moi.
Sa chair claque contre la mienne dans un bruit sourd, humide, qui résonne sous la nef comme un blasphème rythmique. L’odeur de l’encens froid se mélange à celle, bien plus entêtante, de son excitation qui coule le long de mes cuisses. Elle est trempée, un brasier de luxure qui m’accueille et me broie à chaque mouvement. Je saisis ses hanches, mes doigts s'enfonçant dans sa peau comme des griffes, et je la bascule un peu plus, l'ouvrant totalement à ma fureur.
— Regarde-moi, grogné-je en saisissant violemment sa mâchoire pour l'obliger à croiser mon regard.
Ses yeux sont révulsés, perdus dans les limbes de la douleur et du plaisir. Ses pupilles dilatées ne reflètent plus que mon ombre. Elle essaie d'articuler mon nom, mais seul un râle d’agonie délicieuse s’échappe de ses lèvres gonflées. Elle est à bout, je le sens. Son clitoris frotte contre mon pubis à chaque va-et-vient frénétique, et ses muscles internes se contractent déjà autour de mon sexe, me mordant avec une force désespérée.
Je ralentis brutalement, juste pour la torturer, pour voir le désespoir de l'attente se peindre sur ses traits. Je me retire presque entièrement, laissant juste la pointe de mon gland la narguer à l'entrée de son antre, avant de m'enfoncer à nouveau d'un coup sec, touchant le fond de son utérus. Elle lâche un cri aigu, un son pur, animal, qui me fait bander plus fort encore, si c’est seulement possible.
— Tu aimes ça, n'est-ce pas ? murmure-je contre son oreille, ma langue goûtant le sel de sa sueur. Te faire prendre comme une traînée sur le marbre sacré ? Sentir mon foutre bouillir en toi alors que tu devrais être en train de prier ?
Je reprends un rythme saccadé, sans aucune pitié. Je suis une machine de chair, poussé par un besoin viscéral de la briser. Je sens la tension monter dans mes couilles, cette pression insoutenable qui annonce l'explosion. Elle commence à convulser, son corps se cambrant violemment sous moi. Ses jambes se referment sur ma taille, m’attirant encore plus profondément, comme si elle voulait m'absorber tout entier.
— Julian… Julian, pitié… hoquette-elle, sa voix brisée par les sanglots de plaisir.
Je ne réponds pas. Je n’ai plus de mots, seulement cette rage sourde qui veut sortir. Ses parois vaginales m'oppressent, me traient avec une ferveur sauvage. Je lâche prise. J'accélère encore, mes hanches martelant les siennes dans une cadence inhumaine. La sueur me brûle les yeux, mon cœur cogne contre mes côtes comme s'il voulait s'en extraire.
Le spasme arrive. Violent. Totalitaire.
Je m'enfonce une dernière fois avec une force qui manque de nous faire basculer de l’autel, et je décharge. Je sens mon sperme jaillir en elle en jets brûlants, inondant ses entrailles, la marquant de mon sceau indélébile. C’est une agonie de plaisir qui me déchire les poumons. Je hurle mon triomphe contre son cou, mes dents s'enfonçant dans sa peau tendre, marquant le territoire que je viens de conquérir par la force.
Elle s'effondre en même temps que moi, le corps secoué de tressaillements incontrôlables, son orgasme la laissant exsangue, vide. Nous restons ainsi de longues minutes, soudés l'un à l'autre par la sueur et le sperme, le seul son étant celui de nos respirations hachées qui s'apaisent lentement dans le silence pesant de l'église.
Je me retire lentement, le bruit de succion de nos chairs se séparant étant le dernier acte de cette pièce macabre. Mon sexe retombe, lourd, tandis que je la regarde, étalée sur l’autel, les cheveux en bataille, le regard vide, les cuisses souillées de mon passage. Elle ressemble à une sainte déchue, une relique profanée par un démon qui n'a aucune intention de demander pardon.
Je remonte mon pantalon sans quitter son corps des yeux. L'obscurité semble s'être épaissie autour de nous, comme si les ombres de mon passé s'étaient nourries de cet acte.
— Voilà ce que je suis, murmuré-je d'une voix désormais glaciale, mon masque de prédateur repris en main. Tu voulais savoir ce qu’il y avait dans le noir ? Maintenant, tu ne peux plus dire que tu ne savais pas.
Je me détourne et commence à m'éloigner vers la sortie, mes pas résonnant lourdement sur les dalles de pierre. Je ne me retourne pas. Je sais qu'elle me suivra. On ne revient pas d'une telle chute. Elle appartient désormais aux ombres, tout autant que moi.
La porte de l’église grince en s'ouvrant sur la nuit froide. Le passé de Julian n'est plus un secret, c'est devenu notre présent. Et le futur s'annonce déjà comme un abîme dont aucun de nous ne sortira indemne.
Le Contact Interdit
La pluie martèle les vitraux de Saint-Jude avec une violence qui frise l’insulte. À l’intérieur, l’air est saturé d’une humidité froide, mêlée à l'odeur entêtante de l’encens brûlé et de la cire vieille de plusieurs siècles. C’est un silence de crypte, seulement troublé par le craquement sinistre des charpentes. Je suis assis dans le noir, de mon côté du confessionnal, le dos droit, la soutane pressée contre ma peau. Ce vêtement est une imposture, un déguisement que je porte pour mieux observer les abîmes de l'âme humaine. Ou peut-être pour cacher les miens.
J'attends.
Je sais qu'elle va venir. Elena n'est pas une sainte en quête de pardon, c'est une naufragée qui cherche à se noyer dans mes ténèbres. Elle a besoin de ce bois, de cette grille, de cette barrière qui, au lieu de nous séparer, agit comme un conducteur électrique entre nos deux perversions.
Puis, le déclic de la lourde porte de chêne à l’autre bout de la nef. Ses pas. Des talons fins qui claquent sur la pierre froide avec une assurance provocante. Chaque résonance est un coup de fouet dans le silence de la cathédrale. Je ferme les yeux, visualisant sa silhouette qui remonte l’allée, son corps serré dans une robe qu’elle sait indécente pour ce lieu, ses yeux cherchant l’ombre où je me terre.
Le rideau de son côté glisse. Un froissement de soie, puis le craquement du bois lorsqu’elle s’agenouille.
Son souffle est court, saccadé. Elle ne dit rien, mais l’odeur de son parfum — un jasmin musqué, presque animal — s’infiltre à travers la grille de bois sculpté. Elle est là, à quelques centimètres de moi, séparée uniquement par cette cloison de chêne et ce treillis métallique qui me semble soudain dérisoire.
— Vous êtes là, Julian ? chuchote-t-elle.
Sa voix est un fil de soie qui m'enlace la gorge. Elle ne m'appelle pas "Mon Père". Elle n'en a jamais eu l'intention. Elle veut l'homme, elle veut l'avocat cynique, elle veut le monstre qui se cache sous l'étole.
— Je suis toujours là pour tes péchés, Elena, répondis-je, ma voix vibrant dans l'étroitesse de la cabine.
Je sens sa chaleur irradier à travers la cloison. Je peux entendre le battement frénétique de son cœur. Elle est excitée. L’idée même de se tenir ici, dans la maison de ce Dieu qu’elle méprise, pour se livrer à un homme qui a renoncé à la lumière, la fait frissonner. Je le sais. Je le sens dans l’humidité de son souffle qui vient mourir contre ma joue, à travers les trous de la grille.
— J’ai fait des choses... murmure-t-elle, et je devine son sourire provocateur dans l'ombre. Des choses que vous aimeriez entendre. Des choses qui me salissent les mains et l'esprit.
Je me penche légèrement vers la grille. L’obscurité est presque totale, mais mes yeux sont habitués. Je distingue la courbe de son épaule, l’ombre de sa chevelure. Je peux presque voir ses doigts qui torturent l'ourlet de sa robe, remontant lentement sur ses cuisses. Elle veut que je l'imagine. Elle veut que mon esprit devienne le théâtre de sa débauche.
— Décris-les-moi, ordonnai-je d'un ton sec, sans une once de pitié sacerdotale. Ne résume rien. Je veux chaque détail. Je veux savoir comment tu as laissé ta pureté se faire piétiner.
Un gémissement étouffé s'échappe de ses lèvres. Un son rauque, impur. Le bois du confessionnal entre nous semble gémir lui aussi, sous la pression de notre tension partagée. Ma main, posée sur mon genou, se crispe. Mes jointures blanchissent. Je sens le contrôle m'échapper, cette digue psychologique que j'ai mis des années à construire après le drame qui a brisé ma vie d'avant.
— Je me suis touchée en pensant à vous, Julian... chuchote-t-elle brusquement. Dans le noir de ma chambre. J'imaginais vos mains, ces mains qui tiennent l'hostie, serrées autour de mon cou. Je voulais sentir votre poids m'écraser, me forcer à l'obéissance.
L’air devient irrespirable dans la cabine. La sueur perle à ma tempe. Son exhibitionnisme auditif est une arme de destruction massive. Elle me déshabille de ma dignité, mot après mot. Je sens mon corps réagir avec une violence animale, une érection douloureuse qui tend le tissu de ma soutane. Je suis un prêtre de la douleur, un maître du contrôle, mais face à son impudeur, je ne suis plus qu'un homme affamé.
— Tu es une créature perdue, Elena, grognai-je, ma voix se faisant plus sombre, plus épaisse. Tu cherches la profanation comme d'autres cherchent le salut. Tu veux que je te brise ? Est-ce cela que tu es venue chercher dans cette boîte de bois pourri ?
— Je veux que vous me touchiez, répond-elle avec une audace qui me coupe le souffle. Je veux sentir la réalité de votre péché. Pas seulement vos mots. Votre chair.
Le silence qui suit est lourd, chargé d'une électricité statique qui fait dresser les poils de mes bras. C’est le moment de bascule. La limite invisible. Le sacrilège ultime.
Mes doigts tremblent légèrement alors que je lève la main vers la grille. Je ne devrais pas. Je suis le gardien de ce temple, l'autorité morale de ce sanctuaire de pierre. Mais la noirceur en moi, celle qui a survécu aux tribunaux et aux tragédies, réclame sa part.
Je rapproche ma main du treillis. Je peux voir l'éclat de ses yeux de l'autre côté, deux perles sombres avides de déchéance. Elle n'attend que ça. Elle a cessé de respirer.
Lentement, avec une délibération qui frise la torture, j'étends l'index. Le métal de la grille est froid, piquant contre ma pulpe. Je glisse mon doigt dans l'une des ouvertures losangées.
Et là, le contact.
Ma peau rencontre la sienne. Un choc thermique. Elle est brûlante, presque fiévreuse. Je sens le velouté de sa joue, la courbe de son pommette. Elle laisse échapper un soupir qui est une véritable petite mort. Ce n'est qu'un centimètre carré de peau, mais dans ce lieu, à cette heure, c'est une explosion.
Je n’effleure pas seulement sa peau. Je pénètre son espace sacré. Je brise le seul rempart qui nous restait. Mon doigt s'attarde, appuie fermement, marquant sa chair de mon sceau. Je sens sa tête basculer légèrement vers l'arrière, s'offrant davantage à cette intrusion.
— Tu sens ça, Elena ? murmuré-je, le visage collé au bois, l'odeur de sa peau m'enivrant totalement. C'est le début de ta chute. Et je vais m'assurer que tu tombes jusqu'au fond.
Je rétracte mon doigt, mais seulement pour le glisser plus bas, cherchant le bord de ses lèvres qu’elle garde entrouvertes. Elle est humide, je le devine au son de ses déglutitions. Le contact interdit est établi. Il n'y a plus de retour en arrière. La grille n'est plus une barrière, elle est devenue notre instrument de torture.
Ma phalange force le passage, écrasant la pulpe charnue de sa lèvre inférieure contre ses dents. Je sens la résistance, ce dernier vestige de pudeur qui s’étiole sous la pression de mon doigt. Et puis, le miracle se produit. Elle cède. Ses lèvres s’entrouvrent dans un abandon qui me fait monter le sang aux tempes, une pulsion sauvage qui cogne contre mes côtes comme un animal en cage.
Je glisse mon index dans l’antre humide de sa bouche.
Le choc thermique est instantané. La chaleur de sa salive est une promesse de damnation. Je fouille cette cavité interdite avec une lenteur calculée, sentant le velouté de sa langue venir lécher mon doigt, d’abord par accident, puis avec une sorte de désespoir affamé. Je n’ai jamais rien connu de plus érotique que ce contact fragmenté par le fer et le bois. Je ne vois qu’une fraction de son visage, mais je devine tout : ses yeux qui chavirent, ses narines qui se dilatent, le tremblement de ses épaules de l'autre côté de la cloison.
— Voilà… murmure-je, ma voix n'étant plus qu'un grognement sourd, vibrant contre la grille. Goûte-moi, Elena. Goûte ce que tu n'as pas le droit d'avoir.
Je retire lentement mon doigt, sentant le fil de salive qui s'étire, brillant dans la pénombre de ce confessionnal maudit, avant de le porter à mes propres lèvres. Le goût d'elle est une déflagration. C’est sucré, c'est chaud, c'est le goût de la soumission qui commence à prendre racine.
Je ne m'arrête pas là. Je ne peux plus m'arrêter. Ma main entière se plaque contre la grille, mes doigts cherchant les interstices, se griffant presque contre le métal pour se rapprocher d'elle. Je veux sentir la texture de son cou, l'endroit exact où son pouls s'emballe.
— Approche-toi encore, ordonné-je. Contre le grillage. Je veux sentir ta chaleur à travers le bois.
Elle obéit. Le frottement de ses vêtements contre la paroi est un supplice. Je l'entends gémir, un son étouffé, étranglé, qui trahit l'état de ses nerfs. Quand son corps presse finalement la séparation, je sens l'émanation de sa peau, cette odeur de musc et de peur mêlés qui agit sur moi comme une drogue dure.
Je glisse deux doigts à travers une ouverture plus large, cherchant la peau de sa gorge. Je la trouve. Elle est brûlante. Je remonte le long de son cou, sentant les muscles de sa déglutition se contracter sous mes caresses brutales. Je n'ai aucune douceur. Ce lieu n'est pas fait pour la tendresse, et nous le savons tous les deux. Ici, chaque contact est un vol, chaque souffle est un sacrilège.
— Tu es trempée, n’est-ce pas ? je souffle, ma main se refermant sur sa mâchoire pour la forcer à rester contre la grille. Je parie que tes cuisses me réclament déjà, que tu sens ce vide insupportable entre tes jambes…
— S'il vous plaît… hoquette-elle.
Ce « s'il vous plaît » n'est pas une demande d'arrêt. C’est un appel au naufrage. Je sens ses doigts à elle venir se poser sur les miens, de l'autre côté de la barrière. Elle ne me repousse pas ; elle me guide. Elle appuie ma main plus fermement contre son visage, cherchant ce contact de chair brute, ce lien électrique qui nous réduit à l'état de bêtes.
Je change d'angle, écrasant mon visage contre le grillage pour essayer d'attraper ses lèvres avec les miennes à travers les trous étroits. C’est une torture. Je sens le métal froid me mordre la peau alors que je cherche la chaleur de sa bouche. Nos souffles se mélangent, un air vicié, chargé de désir pur et de culpabilité.
Je parviens à effleurer le coin de sa bouche avec ma langue, un baiser impossible, interrompu par la structure même de notre prison. L'insatisfaction me rend fou. Je veux briser ce bois, arracher ces barreaux, la jeter sur le sol de pierre et la posséder jusqu'à ce qu'elle oublie son propre nom.
— Dis-le, Elena. Dis-moi ce que tu veux que je te fasse à travers cette grille.
Ma main libre descend vers ma propre braguette, ma paume s'écrasant contre ma virilité qui hurle sa frustration sous le tissu de mon pantalon. Je ne la quitte pas des yeux à travers le treillis. Je veux voir la honte et le plaisir se battre sur ses traits.
— Je veux… je veux vous sentir, finit-elle par lâcher dans un souffle brisé. Partout.
Je ris, un son sombre qui n'a rien de joyeux.
— Partout ? C’est ambitieux pour une femme derrière une cage. Mais je vais te donner un aperçu.
Je glisse ma main plus bas, quittant son visage pour chercher l'échancrure de sa robe. Mes doigts tâtonnent, griffant le tissu, cherchant la faille. Je sens la courbe de sa clavicule, puis, en forçant le passage à travers l'ouverture étroite, je sens le haut de sa poitrine. Elle laisse échapper un cri qui meurt dans sa gorge alors que je pince violemment la peau délicate au-dessus de son sein.
Je veux qu'elle marque. Je veux que demain, quand elle se regardera dans un miroir, elle voie les traces de ce que nous sommes en train de commettre. La douleur la fait se cambrer, et ce mouvement la presse encore plus fort contre la grille. Je sens la pointe de son téton durcir contre le bois, juste à quelques millimètres de mes doigts qui ne demandent qu'à l'écraser.
La tension est telle que l'air semble se figer. Le silence de l'église autour de nous rend chaque frottement de peau, chaque gémissement, chaque claquement de fluide, assourdissant. Je suis à la limite. Mon corps est une corde raide prête à rompre.
— Regarde-moi, Elena. Ne ferme pas les yeux. Je veux que tu sois bien consciente de ce qui arrive quand on joue avec le diable.
Je retire ma main brusquement, non pas pour arrêter, mais pour mieux l'attaquer. Je glisse mon bras jusqu'au coude dans l'étroite ouverture latérale de la grille, une manœuvre douloureuse qui me racle la peau, mais qui me permet d'atteindre plus de terrain. Je cherche sa taille, je cherche ses hanches. Je veux la ramener contre moi avec une telle force que la grille s'imprimera dans sa chair pour l'éternité.
Ses mains s'agrippent aux barreaux, ses phalanges blanchissent. Elle est à l'agonie du désir, et je suis le bourreau qui savoure chaque seconde de son supplice.
— Tu sens ça ? je grogne en plaquant ma paume sur son ventre, descendant centimètre par centimètre vers l'abîme. Tu sens comme je suis prêt à tout détruire pour t'atteindre ?
Elle ne répond plus par des mots. Elle répond par un balancement de hanches instinctif, cherchant le contact de ma main, cherchant la délivrance que je suis le seul à pouvoir lui offrir, et que je vais lui faire payer au centuple. Ma main descend encore, frôlant le haut de sa cuisse, là où le tissu s'arrête et où l'intimité commence...
Le fer me laboure le biceps, arrachant des lambeaux de derme en même temps que ma dignité, mais je m'en fous. La douleur n'est qu'un bruit de fond, un parasite insignifiant comparé au brasier qui dévore mes veines. Ma main, prisonnière de l'autre côté de cette maudite grille, continue sa descente impitoyable. Je sens le bord élastique de sa dentelle, une barrière dérisoire que je balaie du bout des doigts.
Elle lâche un gémissement qui se brise contre le métal, un son rauque, presque animal, qui résonne jusque dans mes couilles. Je ne la vois plus, je la devine à travers les vibrations des barreaux qu'elle agrippe comme si sa vie en dépendait. Je plonge mes doigts sous le tissu humide.
— Tu es trempée, murmuré-je, ma voix n'étant plus qu'un grognement caverneux contre son oreille. Tu es une fontaine, et c’est pour moi que tu coules, n’est-ce pas ? Dis-le. Dis-moi que tu crèves d’envie que je t’ouvre en deux.
Elle ne répond pas, mais son bassin percute ma main avec une violence désespérée. Je trouve enfin ce que je cherche : le bouton de chair brûlant, tendu, qui palpite sous ma pulpe. Le contact est électrique. Un choc qui me parcourt le bras et me fait cogner l'épaule contre la paroi froide de la cellule. Je ne recule pas. Au contraire, je m'enfonce davantage, ignorant le craquement de mes os compressés.
Je commence un mouvement circulaire, lent, vicieux. Je veux qu'elle sente chaque strie de ma peau, chaque calorie de ma colère transformée en désir pur. Sous mes doigts, elle est de la lave. Sa chaleur m'imprègne, l'odeur de son excitation — ce mélange de sel, de musc et de sucre — emplit l'espace confiné entre nous. C’est l’odeur de ma défaite et de sa soumission.
— Regarde-moi, ordonné-je.
Elle bascule la tête en arrière, ses cheveux balayant mes phalanges ensanglantées qui dépassent de la grille. Ses yeux sont révulsés, embrumés de cette agonie exquise que je lui inflige. Je double la cadence. Mes doigts glissent maintenant sans effort, lubrifiés par son propre désir, s'enfonçant dans les replis de sa chair impatiente. Je sens les parois de son intimité se contracter, chercher à happer mes doigts, à les aspirer à l'intérieur d'elle.
— C’est ça que tu voulais ? Que je te traite comme la petite chienne affamée que tu es ?
Je ne suis plus un homme, je suis un prédateur qui se nourrit de son souffle court. J'ajoute un deuxième doigt, les écartant pour mieux sentir sa résistance céder. Elle arque le dos, sa poitrine écrasée contre les barreaux, les mamelons pointant à travers le tissu fin, cherchant une morsure, un contact, n'importe quoi pour apaiser le feu. Je frotte son clitoris avec une force qui frise la cruauté, mes articulations blanchies par l'effort de maintenir cet angle impossible à travers la fente de la grille.
Le rythme devient frénétique. Le son de ma main travaillant son sexe, ce clapotis humide et obscène, est le seul bruit dans la pièce, entrecoupé par ses spasmes de plus en plus violents. Elle commence à sangloter, des petits cris étouffés qui se transforment en une longue plainte déchirante quand je trouve le point exact, cette zone de nerfs à vif qui la fait basculer.
— Là… grogné-je, sentant son corps se tendre comme un arc. Ne te retiens pas. Explose pour moi. Donne-moi tout ce que tu caches derrière tes grands airs.
Son orgasme arrive comme une déferlante. Elle se fige, les doigts crispés sur le métal avec une telle force que je crois entendre les barreaux gémir. Puis, c’est le séisme. Son sexe se contracte frénétiquement autour de mes doigts, des vagues de chaleur m’inondant la main. Elle crie mon nom — pour la première fois — dans un râle de pur naufrage. Elle s'effondre contre la grille, son corps secoué de tremblements incontrôlables, glissant lentement vers le sol tandis que mes doigts restent fichés en elle, prolongeant son supplice jusqu'à la dernière goutte de plaisir.
Je retire mon bras avec lenteur, le frottement de l'acier sur ma peau à vif me faisant grimacer de satisfaction. Quand ma main réapparaît enfin de mon côté de la barrière, elle est luisante, couverte de son essence et de mon sang. Je porte mes doigts à mes lèvres, savourant le goût de sa reddition. C’est amer, métallique et terriblement addictif.
Elle est au sol, en tas, sa respiration sifflante étant la seule preuve qu’elle est encore consciente. La grille nous sépare toujours, mais quelque chose a définitivement été brisé. Ce n'était pas de l'amour, ce n'était même pas du sexe. C'était une déclaration de guerre.
Je m'appuie contre la paroi, le souffle court, mon érection me faisant souffrir dans mon pantalon trop serré. Je la regarde à travers les barreaux, cette créature brisée que je viens de posséder sans même l'avoir embrassée.
— Ce n'est que le début, murmuré-je dans l'obscurité. La prochaine fois, il n'y aura pas de grille pour te protéger de ce que je vais te faire.
Je tourne les talons, laissant derrière moi le silence pesant de la cellule et l'odeur de notre péché, emportant sur ma peau la marque indélébile de sa soumission. Le contact interdit est devenu une promesse de destruction totale. Et je sais, au fond de mes entrailles, que je ne m'arrêterai que lorsque nous serons tous les deux réduits en cendres.
La Révolte du Sang
Le silence de la cathédrale Saint-Jude n’est jamais vraiment habité par Dieu. C’est un silence de pierre froide, de poussière séculaire et de secrets que l’on étouffe sous le velours des agenouilloirs. Ce soir, il est plus lourd que d’habitude, chargé d’une électricité qui me picote la nuque. Je suis assis dans l’ombre de la sacristie, mes doigts crispés sur le bord de ma table en chêne, les jointures blanchies par la force de ma propre retenue.
Le souvenir de la séance précédente est une brûlure constante dans mon bas-ventre. Je sens encore l'odeur d'Elena — ce mélange de parfum de luxe, de sueur froide et de cette humidité de femme qui a renoncé à toute dignité. Elle est partie en morceaux, mais c’est moi qui me sens brisé. Ma soutane me serre la gorge, le col romain est une main de fer qui tente de contenir l’animal qui hurle en moi. J’ai troqué les prétoires pour les confessionnaux, la loi des hommes pour celle de l'esprit, mais le sang qui cogne dans mes tempes est celui d'un prédateur, pas d'un berger.
Je ferme les yeux, et je la vois. Je vois cette petite héritière au sang bleu, dont l’éducation rigide a été le terreau fertile de ses perversions les plus sombres. Elle cherche la lumière, mais elle ne s'épanouit que dans ma noirceur. Elle veut être profanée. Elle veut que ma voix — cette voix dont je sais qu’elle la fait trembler — déchire le voile de sa bienséance.
Un bruit sourd résonne dans la nef. Une porte qui grince. Le battement d'un cœur contre des côtes trop étroites. Je n'ai pas besoin de regarder pour savoir que c'est elle. Je sens son hésitation dans l'air, cette lutte pathétique entre sa volonté de fuir et son besoin viscéral de se soumettre à nouveau. Elle a essayé de ne pas venir, je le sais. Elle a dû passer la journée à se promettre qu'elle resterait loin de ce lieu maudit, loin de moi. Mais le sang n'obéit pas à la morale. Le sang se révolte.
Je me lève lentement. Mes mouvements sont mécaniques, précis. Je lisse ma soutane, sentant le tissu frotter contre mon érection persistante, une douleur sourde et délicieuse que je cultive comme une pénitence. Je marche vers le confessionnal. Chaque pas sur le marbre froid est un glas qui sonne pour sa vertu.
L'odeur de l'encens froid me monte au nez, un mélange âcre qui me rappelle mon rôle, et l'ironie sauvage de ma situation. Je suis le confesseur. Je suis celui qui doit absoudre les péchés, mais je suis celui qui les crée dans son esprit, mot après mot, murmure après murmure.
J'entre dans ma cellule de bois sombre. L'espace est exigu, oppressant. Je m'assieds sur le banc dur, le dos droit. À travers la grille, je n'aperçois qu'une ombre floue de l'autre côté. Mais je l'entends.
Sa respiration est un désastre. Rapide, superficielle, sifflante. Elle est là, de l'autre côté du bois, à quelques centimètres seulement, et je peux presque sentir la chaleur qui émane de sa peau terrifiée. Elle ne dit rien. Elle attend que je l'achève.
— Vous êtes en retard, Elena, murmuré-je.
Ma voix sort comme une caresse de cuir, basse, rauque, chargée d'une autorité qui ne souffre aucune réplique. Je l'entends hoqueter. Le son de mon propre nom dans ma bouche semble la frapper physiquement.
— Je... je ne devais pas venir, souffle-t-elle. Sa voix est un fil ténu, brisée par les sanglots qu'elle retient. Mon père... ma mère... ils croient que je suis chez une amie. Je ne peux plus faire ça, Julian. S'il vous plaît.
Je souris dans l'obscurité, un sourire sans aucune pitié. Le "S'il vous plaît" est le signal. C’est la fissure par laquelle je vais m'engouffrer pour tout dévaster. Elle croit qu’elle me demande d’arrêter, mais son corps, dont j'entends les frottements impatients contre le bois de l'agenouillouir, réclame exactement le contraire.
— "S'il vous plaît" quoi, Elena ? Que je vous renvoie ? Que je vous laisse repartir dans votre monde de faux-semblants et de robes de soie, alors que vous êtes trempée entre vos jambes à l'idée même de ce que je pourrais vous dire ?
Le silence qui suit est lourd de honte et de désir. Je l'entends se crisper. Elle sait que j'ai raison. Je déshabille son âme avant de toucher à son corps.
— Approchez-vous de la grille, ordonné-je. Plus près. Je veux entendre vos poumons se battre pour l'air. Je veux sentir l'odeur de votre peur.
Elle obéit. Je sens le souffle chaud de sa panique traverser les petits trous du treillis en bois. Elle est si près que si j'avançais les lèvres, je pourrais presque goûter sa détresse.
— Vous avez essayé de lutter, n’est-ce pas ? repris-je, ma voix descendant encore d’un octave, devenant un grondement hypnotique. Vous avez passé la journée à imaginer mes mains sur vous, à imaginer le son de ma voix vous ordonnant de vous salir. Et plus vous luttiez, plus votre sang bouillait. Plus vous aviez besoin de cette souillure.
— Arrêtez... gémit-elle, mais elle plaque son front contre la grille.
— Non. Nous n'allons pas arrêter. Nous allons aller au bout de cette révolte, Elena. Vous n’êtes plus une héritière ici. Vous n’êtes plus rien qu'une créature en manque de son maître. Mettez vos mains sur le bois, là où je peux les deviner. Montrez-moi à quel point vous tremblez pour moi.
À travers le bois, je perçois le frémissement de ses doigts. Le jeu commence vraiment maintenant. La tension psychologique est à son comble, et je sens mes propres barrières s'effondrer. La grille n'est plus une protection, c'est une invitation au massacre. Chaque battement de mon cœur est une insulte à Dieu, et je savoure chaque seconde de ma damnation.
— Dites-le, Elena. Dites-moi ce que votre sang vous crie de faire depuis que vous avez franchi ce portail. Dites-le avec vos mots de petite fille riche, ou utilisez les miens. Je veux la vérité brute.
Je l’entends fondre en larmes, des larmes de soulagement et de luxure mêlées. Elle est à moi. Complètement. Et ce que je vais exiger d'elle ce soir fera passer notre dernière rencontre pour une simple prière.
Le bois de chêne sombre entre nous n’est plus une cloison, c’est une membrane vivante, vibrante de sa détresse et de mon désir carnassier. Je l’entends suffoquer. Ce ne sont pas les pleurs d'une pénitente qui cherche le pardon, ce sont les râles d'une femme qui se noie dans l'abîme que j'ai creusé pour elle.
— Je ne peux pas... murmure-t-elle, sa voix se brisant contre la grille. C’est mal... Je devrais être ailleurs, je devrais...
— Tu devrais être à genoux, Elena, et tu l’es déjà, je crache avec une douceur venimeuse. Mais pas pour Dieu. Pour moi. Oublie les bals, les alliances politiques, le nom que ton père t'a donné. Ici, dans cette ombre, tu n'es que de la chair et du besoin. Dis-moi ce que tu sens. Dis-moi comment le vide entre tes jambes te brûle à chaque fois que tu penses à mes mains.
J’approche mon visage de la grille. L’odeur de l’encens froid se mêle à quelque chose de bien plus puissant, de bien plus primitif : le musc de sa peur et l’arôme sucré, entêtant, de son excitation qui sature l’espace confiné du confessionnal. Je ferme les yeux un instant, inhalant son agonie. C’est une drogue pure.
— Je... je suis trempée, finit-elle par lâcher dans un souffle honteux.
Un sourire cruel étire mes lèvres.
— Plus fort. Je veux l'entendre sans le filtre de ta bonne éducation.
— Je suis... je coule pour vous, maître. Ça me fait mal. Je veux que ça s'arrête... et je veux que vous me détruisiez.
Le craquement du bois sous mes propres doigts m'avertit que ma maîtrise de soi s'effiloche. Ma main descend, longeant la paroi, jusqu'à l'endroit où je devine sa hanche de l'autre côté. Je glisse deux doigts à travers les losanges étroits de la grille métallique. Le métal froid me griffe la peau, mais je m'en moque. Je veux le contact.
— Approche-toi, Elena. Colle-toi contre la grille. Je veux sentir la chaleur de ta peau contre le fer.
Elle s'exécute avec une précipitation animale. J'entends le froissement de la soie de sa robe coûteuse — une étoffe qu'elle a sûrement choisie pour plaire à son monde, et que je vais réduire en lambeaux dans mon esprit. Lorsqu’elle se presse contre la paroi, un petit cri étouffé lui échappe. Mes doigts effleurent l'arrondi de son épaule, puis remontent vers son cou, là où son pouls bat comme un oiseau pris au piège.
— Tu sens ça ? Ma main est à quelques centimètres de ton secret, et pourtant, tu n'as jamais été aussi exposée. Relève ta robe, Elena. Maintenant.
— Ici ? Mais... quelqu'un pourrait entrer... l'église...
— L’église est mon terrain de chasse, et tu es ma proie. Personne ne viendra te sauver de toi-même. Obéis. Fais monter cette soie jusqu’à ta taille. Je veux entendre le bruit de tes doigts sur tes propres cuisses.
Le silence qui suit est lourd, chargé d'une électricité statique qui me hérisse les poils des bras. Puis, le son. Le glissement lent, érotique, du tissu qu'on soulève. Je peux l'imaginer : ses mains tremblantes remontant le long de ses bas de dentelle, dévoilant la pâleur de sa peau dans l'obscurité. Je sens l'air frais s'engouffrer dans sa cabine, et je sais qu'elle est maintenant offerte, dévêtue sous ma surveillance invisible.
— C’est fait... expire-t-elle.
— Écarte les jambes. Plus large. Je veux entendre tes genoux frapper les parois.
Elle obéit, ses mouvements sont saccadés, guidés par une faim qu'elle ne peut plus nier. Le bruit de sa chair contre le bois est un coup de fouet pour mes sens. Mon propre sexe est une barre d'acier qui me fait souffrir contre le tissu de mon pantalon, mais je savoure cette torture. Je veux qu'elle soit à l'agonie avant de lui accorder la moindre miette de plaisir.
— Maintenant, Elena... touche-toi. Montre-moi à quel point tu es sale. Je veux entendre le bruit de tes doigts dans ton propre jus. Imagine que c’est ma langue. Imagine que je suis en train de goûter chaque goutte de ta déchéance à travers cette grille.
Un gémissement rauque, presque un sanglot, déchire l'air. Je l'entends s'exécuter. Le rythme est d'abord hésitant, puis il s'accélère. Le clapotis mouillé, obscène, résonne dans le silence sacré du sanctuaire. C’est le son de sa chute.
— Oh mon Dieu... gémit-elle, la tête renversée contre le bois.
— Ne l'appelle pas, lui. Il ne t'écoute plus. C'est moi que tu supplies. C'est mon nom que tu dois ancrer dans ta gorge. Dis-le. Dis qui te possède alors que tu te vides devant l'autel.
— C’est vous... C’est vous... Arès... S’il vous plaît... Je ne tiens plus...
Je plaque ma paume contre la grille, là où sa bouche doit se trouver. Je sens son souffle brûlant, humide, contre ma peau. Mes doigts s'enfoncent à nouveau dans les interstices, cherchant à la blesser autant qu'à la caresser. L'animalité de la scène me submerge. Je n'ai plus envie de parler. J'ai envie de briser ce bois, de la jeter sur le sol poussiéreux et de marquer son corps de mes dents jusqu'à ce qu'elle oublie jusqu'à son propre nom.
— Tu n'es qu'une fontaine de luxure, Elena. Et je vais te noyer dedans.
Ma main libre descend vers ma braguette, libérant ma propre tension, tandis que de l'autre côté, elle commence à convulser, ses doigts travaillant frénétiquement dans son intimité inondée. La tension est si forte que les murs semblent se rapprocher. Nous sommes deux damnés dans une boîte de nuit, et le diable lui-même retient son souffle pour nous voir succomber.
— Regarde-moi à travers les trous, Elena. Regarde mes yeux. Je veux voir la lumière s'éteindre dans les tiens quand tu vas jouir pour moi.
Elle se penche, ses yeux cherchant les miens dans la pénombre des croisillons. Je vois l'éclat de ses larmes, la dilatation de ses pupilles. Elle est à bout. Son bassin ondule, frappant la paroi avec une violence désespérée. Je sens l'orgasme monter en elle, une vague déferlante qui va tout emporter, et je n'ai pas l'intention de la laisser le vivre seule.
— Ne viens pas encore, ordonné-je d'une voix qui n'est plus qu'un grognement. Attends. Je veux que tu sentes chaque seconde de ta honte.
Je retire brusquement mes doigts de la grille, la laissant dans un vide atroce alors qu'elle était sur le point de basculer. Son cri de protestation est la plus belle musique que j'aie jamais entendue.
— S'il vous plaît ! Ne vous arrêtez pas ! Je vous en supplie !
— Alors mérite-le. Sortez de là, Elena. Allez derrière l'autel, dans l'ombre de la sacristie. Si vous voulez que je finisse ce que j'ai commencé, vous allez devoir me montrer cette souillure de plus près.
Je me lève, le sang bourdonnant dans mes oreilles, prêt à transformer cette maison de prière en un lupanar pour mon usage exclusif. Elle ne sait pas encore que le pire — ou le meilleur — est sur le point de commencer. Elle pense avoir atteint le fond, mais je vais lui montrer qu'il n'y a pas de limite à la chute quand c'est moi qui tiens la corde.
Le craquement de mes bottes sur le marbre de la nef résonne comme des coups de feu dans le silence sépulcral de l'église. Ma soutane, cette armure de soie noire, me semble soudain trop étroite, étranglant le monstre qui griffe ma cage thoracique. Je n'attends pas. Je ne prie plus.
Je la trouve dans l'ombre lourde de la sacristie, là où l'odeur de l'encens froid se mêle à celle, bien plus entêtante, de son désir et de sa peur. Elena est là, appuyée contre un vieux meuble en chêne massif qui renferme les vases sacrés. Elle tremble si fort que ses dents claquent. Ses cheveux sont en bataille, ses yeux dilatés par l'obscurité et l'attente. Elle est la définition même du sacrilège.
Je m'arrête à quelques centimètres d'elle. Je sens sa chaleur rayonner, une onde de choc qui frappe mon ventre.
— À genoux, ordonné-je.
Elle s'exécute instantanément, ses genoux heurtant le bois dans un bruit sourd. Elle lève les yeux vers moi, ses lèvres entrouvertes, cherchant l'air. Elle veut que je l'absolve, mais je ne suis là que pour la damner davantage.
Je saisis violemment sa mâchoire, forçant son visage vers le mien. Mes doigts s'enfoncent dans sa chair tendre.
— Regardez-moi, Elena. Regardez l'homme que vous avez transformé en démon. Vous vouliez voir ce qu'il y a derrière la grille ? Voici la vérité.
D'une main brutale, je relève sa jupe. Le tissu glisse, révélant la pâleur de ses cuisses, puis l'humidité sombre qui macule sa lingerie fine. L'odeur m'assaille de plein fouet : un mélange de musc, de sueur sucrée et de cette sécrétion primitive qui marque sa défaite. C’est une gifle sensorielle. Je lâche son visage pour plonger mes doigts là où elle brûle.
Elle lâche un cri étouffé, cambrant le dos, ses mains s'agrippant désespérément à mes poignets.
— C’est poisseux, murmuré-je à son oreille, ma voix n'étant plus qu'un râle animal. Vous êtes trempée de votre propre honte. Est-ce que c'est ça que vous veniez chercher au confessionnal ? Le contact d'un homme de Dieu pour vous sentir exister ?
Je ne lui laisse pas le temps de répondre. Je déchire la soie de sa culotte d'un geste sec. Le bruit du tissu qui cède est le signal de la fin de tout contrôle. Je libère ma propre virilité, tendue à en rompre, battante, réclamant son dû. Je ne suis plus un prêtre, je ne suis plus un homme de raison. Je suis le prédateur et elle est l'offrande sanglante.
Je la retourne brusquement, l'écrasant contre le bois froid du meuble de sacristie. Ses mains cherchent une prise sur les sculptures des saints alors que je m'écrase contre elle. Le contraste entre le froid du bois et la chaleur incandescente de nos corps me fait rager de besoin.
— Dites-le, grogné-je en plongeant deux doigts profondément en elle, explorant sa chaleur glissante, la préparant au désastre. Dites que vous voulez être souillée.
— Je... je vous en supplie... baisez-moi, hoquette-t-elle, son front contre le bois. Détruisez-moi.
L'invitation est le coup de grâce. Je saisis ses hanches, mes phalanges blanchissant sous la pression, et je m'enfonce en elle d'un coup de rein sauvage. Un cri de douleur et de plaisir pur déchire le silence de la sacristie. Elle est étroite, brûlante, m'enserrant comme si elle voulait me consumer.
Le rythme est brutal, sans aucune finesse. Chaque coup de boutoir me fait cogner contre elle avec un bruit de chair contre chair qui résonne jusqu'aux voûtes. Je veux marquer ses entrailles, je veux qu'elle sente chaque centimètre de mon intrusion. Ma main remonte dans son cou, tirant ses cheveux en arrière pour exposer sa gorge, tandis que je la laboure avec une fureur que je ne soupçonnais pas.
— Regardez la croix, Elena ! haleté-je, voyant le crucifix d'argent accroché au mur devant nous. Regardez-la pendant que je vous prends comme une chienne dans Sa maison !
Elle gémit, ses ongles creusant des sillons dans le chêne. Je sens ses muscles vaginaux se contracter, des spasmes violents qui me compriment, m'appelant vers le précipice. Sa jouissance commence à la submerger, je sens son corps se tendre comme une corde prête à rompre. Ses fluides coulent le long de mes cuisses, un mélange de sueur et de lubrification naturelle qui rend chaque va-et-vient plus sonore, plus obscène.
Je n'en peux plus. La pression dans mes couilles est une agonie délicieuse. Je lâche ses cheveux pour lui plaquer les mains sur le bois, la clouant littéralement sous mon poids.
— Maintenant ! hurlé-je presque.
Son orgasme explose dans un cri déchirant qui se perd dans les replis des rideaux de velours. Elle s'effondre vers l'avant, ses parois internes se refermant sur moi dans une série de décharges électriques. Je perds pied. Je m'abandonne à la chute. Dans un dernier coup de rein qui me soulève de terre, je décharge mon foutre en elle, des jets brûlants et profonds qui semblent vouloir remplir son vide jusqu'au cœur.
Je reste là, suspendu, mon front contre son dos trempé, haletant comme un damné qui vient de goûter au paradis pour mieux retourner en enfer. Mon sperme redescend le long de ses cuisses, une trace blanche et impure sur sa peau de porcelaine.
Le silence revient, plus lourd qu'avant. Un silence de mort. Je me retire lentement, le bruit du succion étant l'ultime insulte à ce lieu sacré. Elle s'écroule au sol, en tas, ses jambes ne la portant plus, ses yeux fixés sur le néant.
Je réajuste mes vêtements d'une main tremblante, mon souffle redevenant peu à peu régulier, bien que mon sang bouillonne encore. Je la regarde, là, à mes pieds, brisée et magnifique dans sa déchéance.
— Relevez-vous, Elena, dis-je d'une voix redevenue glaciale, bien que hachée. La confession est terminée. Mais ne croyez pas que c'est la fin. Le sang a parlé, et il ne se taira plus jamais.
Je sors de la sacristie sans un regard en arrière, la laissant seule dans l'obscurité avec l'odeur de notre péché pour seule compagne. Dehors, la nuit est fraîche, mais je sais que, peu importe où j'irai, je porterai désormais l'odeur de sa peau et le goût de sa perte sur moi. La révolte du sang n'était pas un incident. C'était une déclaration de guerre contre mon âme.
Et j'ai déjà hâte de perdre la prochaine bataille.
L'Invitation à la Sacristie
Minuit. Le douzième coup du clocher de Saint-Jude a fini de s’éteindre, laissant derrière lui une vibration sourde qui semble encore faire trembler les pierres séculaires de la nef. Je suis debout dans l’ombre du narthex, une silhouette noire parmi les ténèbres, mon étole serrée autour du cou comme un nœud coulant que j'aurais moi-même tressé. L’air de la cathédrale est saturé de cette odeur de cire froide, de poussière millénaire et d'encens rassis qui imprègne ma peau jusque dans mes cauchemars.
D’ordinaire, ce silence est mon refuge. Ce soir, il est mon bourreau.
Mes doigts, longs et fins, autrefois habitués à feuilleter des dossiers juridiques pour sceller des destins, froissent nerveusement le tissu de ma soutane. Je sens la morsure du froid sur mon visage, mais à l’intérieur, sous le plastron empesé, mon sang cogne contre mes artères avec une violence profane. Chaque battement est un blasphème. Chaque inspiration est un vol.
J'entends alors le bruit. Le clic métallique de la petite porte latérale, celle dont j'ai laissé le verrou libre. Un son sec, minuscule dans l’immensité de la voûte gothique, mais qui résonne en moi comme un coup de tonnerre.
Elle est là.
Le battant de chêne gémit sur ses gonds, laissant entrer un filet d'air nocturne, humide et chargé de l'odeur de la pluie qui menace. Puis, le bruit de ses pas. *Clac. Clac. Clac.* Le talon de ses bottines sur le marbre froid. Un rythme lent, délibéré, qui trahit l'hésitation mêlée à une impatience fiévreuse. Elena. Ma pécheresse. Mon calice empoisonné.
Je ne bouge pas. Je reste immobile, tapi dans l'obscurité d'un pilier, la regardant avancer dans l'allée centrale. Elle n'est qu'une ombre frêle sous la lumière déclinante des veilleuses rouges qui brûlent devant le tabernacle. Elle porte un manteau sombre, mais je sais, j'imagine avec une précision chirurgicale, la peau qu'il dissimule. Je me souviens de la texture de ses cuisses, de la manière dont sa chair tressaillait sous mes doigts la dernière fois.
Lorsqu’elle arrive à ma hauteur, elle s’arrête. Elle ne me voit pas encore, mais elle me sent. Je vois sa poitrine se soulever sous l'effet d'une respiration saccadée. Ses yeux cherchent dans le noir, dilatés par la peur et l'excitation. Elle aime ça. Elle aime être observée sans voir, être la proie d'un prédateur qu'elle a elle-même convoqué.
— Vous êtes en retard, Elena, murmurai-je.
Ma voix de velours, celle que j'utilise pour absoudre les mourants ou condamner les faibles, déchire le silence. Je vois un frisson parcourir tout son corps, de ses épaules jusqu'à ses hanches. Elle pivote vers moi, ses mains gantées de cuir se serrant sur son sac.
— Mon Père… souffle-t-elle.
Ce titre. Dans sa bouche, c’est une souillure. Elle le prononce avec une dévotion qui n'a rien de religieux. C’est une caresse auditive qui me brûle les tympans. Elle sait l’effet que le son de sa propre voix, brisée par le désir, produit dans l’acoustique parfaite de ce lieu sacré. Elle joue de l'écho, de la résonance de nos souffles qui s'entremêlent dans le vide.
Je sors de l'ombre, le visage impassible, mon masque de prêtre solidement vissé, bien que mes entrailles se tordent. Je m'approche d'elle, réduisant l'espace jusqu'à ce que je puisse sentir l'effluve de son parfum — quelque chose de floral et de capiteux qui n'a pas sa place ici, au milieu de l'odeur du sacré.
— Suivez-moi, ordonné-je d'un ton sec, sans lui laisser le temps de répondre.
Je fais demi-tour et m'enfonce vers le déambulatoire, mes pas étouffés par la semelle de mes chaussures de ville. Derrière moi, le bruit de ses talons reprend. C'est une symphonie de profanation. *Clac. Clac.* Chaque pas est une insulte à la sainteté du lieu, une invitation à la chute. Je sens son regard fixé sur ma nuque, sur le mouvement de mes épaules sous la soutane.
Nous passons devant les chapelles latérales, où les statues des saints semblent détourner les yeux de notre passage. L'obscurité se fait plus dense à mesure que nous approchons de la sacristie. L'air y est plus lourd, plus confiné. Je sors la clé de ma poche, le métal est glacé contre ma paume.
Je déverrouille la lourde porte de bois sculpté. Le mécanisme tourne avec un grognement satisfaisant. Je m'efface pour la laisser entrer. Lorsqu'elle passe devant moi, l'étroit passage force son bras à frôler mon torse. Ce simple contact, à travers les couches de tissu, électrise l'atmosphère.
Je referme la porte derrière nous. Le verrou claque. Un son définitif. Le monde extérieur n'existe plus. Dieu Lui-même semble avoir été laissé sur le parvis. Ici, dans cette pièce exiguë où s'entassent les chasubles de soie, les ciboires d'or et l'odeur entêtante de l'encens pur, il n'y a plus que nous.
La seule lumière provient d'une unique bougie que j'avais allumée plus tôt, dont la flamme vacille, projetant des ombres monstrueuses sur les murs lambrissés de chêne sombre. Elena se tient au centre de la pièce, haletante, les joues empourprées par le froid ou l'anticipation.
Je m'approche d'elle avec une lenteur prédatrice. La tension est si épaisse qu'on pourrait la découper au scalpel. Mon regard descend sur ses lèvres, entrouvertes, laissant passer un souffle humide.
— Vous saviez ce qui vous attendait en venant ici après l'heure des matines, n'est-ce pas ? dis-je, ma voix descendant d'une octave, devenant rugueuse, dépouillée de toute pitié.
Je lève la main et, du bout de l'index, je remonte lentement le long de sa mâchoire, sentant le duvet fin de sa peau, le tremblement incontrôlable de ses muscles. Je m'arrête juste en dessous de son oreille, là où son pouls bat la chamade, une cadence sauvage qui répond à la mienne.
— Vous ne cherchez pas le pardon, Elena. Vous cherchez le châtiment. Et je vais vous l'offrir, ici même, sur l'autel de vos obsessions.
Elle ferme les yeux, un gémissement étouffé mourant dans sa gorge, alors que ma main se referme fermement sur sa nuque pour la forcer à basculer la tête en arrière, exposant la courbe vulnérable de son cou à la lueur vacillante de la bougie.
Le jeu commence. Et cette fois, il n'y aura pas de confessionnal pour nous protéger de nous-mêmes.
Je sens le sang qui cogne contre la pulpe de mes doigts, un rythme saccadé, terrifié, délicieux. Elena ne bouge plus, suspendue à mon emprise comme une martyre à sa croix, mais ses yeux, d’un bleu troublé sous les paupières mi-closes, trahissent la tempête qui la ravage. L'odeur de l'encens froid et de la cire fondue se mélange à celle, plus entêtante, de son parfum floral et de la moiteur qui commence à perler à la racine de ses cheveux.
— Regardez-moi, Elena, ordonné-je d'un ton qui n'admet aucune désobéissance.
Ses cils papillonnent, puis ses yeux s'ancrent dans les miens. J'y vois le gouffre. J'y vois l'aveu qu'elle n'ose pas prononcer. Ma main libre descend lentement, quittant son visage pour venir se poser sur sa poitrine, là où le tissu de sa robe de coton fin fait barrage. Je sens la pointe dure de ses ergots à travers l'étoffe, le soulèvement rapide de ses poumons qui cherchent un air devenu trop rare, trop lourd.
— Vous tremblez, murmuré-je en penchant ma tête vers la sienne, mes lèvres frôlant presque son oreille. Est-ce la peur du courroux divin ? Ou est-ce l'impatience de sentir ma main s'égarer là où personne ne l'a jamais autorisée ?
Ma main se crispe sur le corsage. Dans un craquement sec qui résonne sous les voûtes séculaires, un premier bouton saute et roule sur le sol de pierre. Elle sursaute, un petit cri étouffé s'échappant de ses lèvres entrouvertes, mais elle ne recule pas. Au contraire, ses hanches semblent vouloir chercher le contact de ma soutane, un mouvement instinctif, animal, qu'elle ne peut plus réprimer.
— Julian... souffle-t-elle, et mon nom dans sa bouche sonne comme un blasphème exquis.
— « Père » Julian, la corrigé-je avec une cruauté feinte, tout en glissant mes doigts à l'intérieur de l'encolure maintenant béante.
Ma peau brûlante entre en contact avec la sienne, d’une douceur de soie. Je descends, centimètre par centimètre, sentant la chaleur qui irradie de son corps. Mes doigts s'insinuent sous la dentelle de son soutien-gorge, libérant un sein dont le mamelon se dresse, déjà sombre et tendu sous l'effet du froid de la sacristie et de l'incendie que j'allume en elle. Je le saisis, fermement, sans aucune délicatesse, et j'entends son souffle se briser en un gémissement rauque.
Je la pousse brutalement contre la lourde table en chêne de la sacristie, celle-là même où je prépare d'ordinaire les vases sacrés. Les bouteilles de vin de messe et les burettes en argent tintent sous le choc. Je m'insinue entre ses cuisses, sentant la raideur de mon propre désir contre son ventre.
— Vous vouliez savoir ce qu'il y a derrière le voile, Elena ? Vous vouliez goûter au fruit que vous convoitez chaque dimanche, quand vous me regardez élever l'hostie avec ces yeux de pécheresse ?
Je ne lui laisse pas le temps de répondre. Je plaque ma bouche contre la sienne, un baiser qui n'a rien de tendre, une invasion sauvage où ma langue impose son rythme, cherchant la sienne avec une faim dévorante. Elle répond avec une urgence désespérée, ses mains grimpant dans mes cheveux, tirant sur les racines, tandis que ses jambes s'ouvrent pour m'accueillir, s'enroulant autour de ma taille.
Ma main descend plus bas, impitoyable. Je relève le jupon de sa robe, le tissu froissé remontant le long de ses cuisses nues et frissonnantes. Je remonte jusqu'à la limite de ses bas, puis plus haut, là où la peau devient brûlante, presque fiévreuse. Mes doigts rencontrent la soie fine de sa culotte, déjà trempée, collée à son intimité.
— Regardez ce que vous avez fait, Elena, grogné-je contre son cou, mes dents mordant la peau tendre juste au-dessus de sa clavicule. Vous êtes déjà en train de vous perdre. Vous êtes une fontaine de péché.
Je glisse deux doigts sous l'élastique, pénétrant la chaleur humide de son pli. Elle se cambre violemment, sa tête basculant en arrière, ses ongles s'enfonçant dans mes épaules à travers le tissu épais de ma robe noire. Elle est inondée, ses fluides lubrifiant mes doigts alors que je commence un va-et-vient lent, tortueux, profond.
— C'est ça que vous cherchiez ? murmure-je, ma voix n'étant plus qu'un grondement guttural. Le poids de ma main sur vous ? La sensation de me sentir vous profaner dans la maison de celui que vous prétendez servir ?
Je sens ses muscles vaginaux se contracter autour de mes doigts, un spasme de besoin pur. Elle gémit mon nom encore et encore, ses hanches s'agitant contre ma main, cherchant une friction plus forte, un soulagement que je ne suis pas encore prêt à lui accorder totalement. Je veux qu'elle rampe. Je veux qu'elle implore.
— S'il vous plaît... hoquette-t-elle, son visage inondé d'une sueur fine qui luit sous la bougie. Julian... je n'en peux plus... faites quelque chose...
Je retire mes doigts brusquement, la laissant vide, haletante sur le bois froid de la table. Elle me regarde avec des yeux de bête traquée, la bouche rouge et gonflée par mes baisers, ses seins lourds s'agitant au rythme de sa respiration saccadée.
— Vous n'avez encore rien vu de ce que le châtiment signifie, Elena, dis-je en portant mes doigts mouillés à mes lèvres pour les goûter sous son regard pétrifié. Agenouillez-vous.
La suite ne sera pas une confession. Ce sera une exécution.
Le bruit de ses genoux heurtant le parquet de chêne centenaire résonne dans le silence de la sacristie comme un coup de fusil. Elle ne discute pas. Elle n'hésite plus. Elle est brisée, offerte, une pécheresse cherchant désespérément sa dose d'absolu entre les murs froids de ce sanctuaire.
Je reste debout devant elle, dominant sa silhouette frêle. L'odeur de l'encens froid se mêle à celle, beaucoup plus entêtante, de son excitation qui imprègne l'air. Je sens l’humidité de son désir sur mes doigts que je lèche lentement, sans quitter ses yeux du regard. Son souffle se bloque. Ses pupilles sont tellement dilatées qu’elles dévorent l’iris clair.
— Vous avez soif, Elena ? maussai-je d'une voix qui n'est plus qu'un grognement sourd.
Ma main descend vers ma ceinture. Le cuir craque, un son sec, autoritaire. Je défais le métal, puis le bouton de mon pantalon. Le tissu glisse, libérant ma virilité déjà pulsante, raide à en avoir mal. Elle est là, dressée, sombre et impitoyable, juste à quelques centimètres de son visage baigné par la lueur vacillante des cierges.
Elena laisse échapper un petit cri étouffé, un mélange de terreur et de dévotion. Elle avance son visage, ses lèvres tremblantes frôlant presque ma peau brûlante. Je plonge mes doigts dans ses cheveux, empoignant les mèches à la racine pour rejeter sa tête en arrière. Sa gorge s’expose, longue, blanche, vulnérable sous ma poigne.
— Prenez-le, ordonné-je. Montrez-moi à quel point vous êtes prête à vous damner.
Elle ouvre la bouche. Elle me prend avec une ferveur qui me tire un juron entre les dents. La chaleur de sa langue, la succion goulue, la pression de ses lèvres… tout en elle hurle le besoin de me satisfaire. Je pousse mon bassin en avant, envahissant son espace, m’enfonçant au plus profond de sa gorge tandis qu’elle s’étouffe presque de plaisir. Sa salive coule le long de ma peau, brillante sous la lumière dorée. C'est obscène. C'est parfait.
Mais ce n'est pas assez. Je veux la sentir se fendre sous moi.
Je la relève brutalement par les cheveux. Elle gémit, ses mains cherchant mes bras pour ne pas tomber. Je la retourne d'un geste brusque et la plaque ventre contre la table de la sacristie, là où, d'ordinaire, reposent les étoles de soie et les calices d'or. Je relève violemment ses jupes, dévoilant son fessier rebondi, ses cuisses tremblantes, et cette fente déjà trempée, béante de désir, qui m'appelle.
— Regardez la croix, Elena, murmuré-je à son oreille, ma voix vibrant de menace. Regardez ce que nous faisons sous Ses yeux.
Je n'utilise aucun préliminaire. J'écarte ses fesses d'une main ferme et je m'enfonce en elle d'un coup de rein sauvage, total, sans retenue.
Elle pousse un hurlement qui se perd dans les boiseries, un cri de douleur pure qui se transmute instantanément en un orgasme déchirant. Je la sens se contracter autour de moi, ses muscles vaginaux me broyant alors que je commence mes va-et-vient. C’est brutal. C’est animal. Le bruit de nos chairs qui s'entrechoquent rythme le silence sacré. À chaque assaut, la table gémit, les tiroirs vibrent.
Je la prends comme un possédé. Je n’ai aucune pitié pour la délicatesse de sa peau. Mes mains marquent ses hanches de rouge, je laboure son dos de mes baisers qui ressemblent à des morsures. La sueur nous colle l'un à l'autre, un mélange de fluides, de chaleur et de péché. Je sens mon propre contrôle s'effriter. Le plaisir monte, noir, épais, inévitable.
— Julian… Julian, je vous en supplie… allez-y… encore…
Ses supplications sont l'huile sur mon feu. J'accélère la cadence, mes coups de boutoir devenant erratiques, violents. Je veux la remplir, je veux qu'elle porte le poids de mon foutre comme elle porte celui de ses fautes. Je la sens basculer, ses jambes ne la portent plus, elle ne tient que par ma poigne sur ses hanches.
L'explosion arrive, dévastatrice. Je me cambre, le visage tourné vers le plafond sombre de l'église, et je me vide en elle avec une violence qui me laisse chancelant. C'est un torrent, une décharge électrique qui me parcourt des pieds à la tête. Elena s'effondre contre le bois, le corps secoué de spasmes, alors que je continue de pulser à l'intérieur d'elle, la marquant de mon sceau.
Je reste ainsi quelques instants, le front appuyé contre ses omoplates trempées, nos respirations saccadées étant le seul son dans la sacristie. L'odeur du sexe et de la sueur l'emporte enfin sur l'encens.
Je me retire lentement, le bruit de la succion me faisant grimacer de satisfaction sombre. Elle glisse au sol, une poupée de chiffon dont on a coupé les fils, les cuisses tachées de mon passage.
Je remonte mon pantalon, referme ma ceinture, et reprends mon masque de marbre. Elle me regarde d'en bas, les yeux rouges, la bouche entrouverte, le visage marqué par une dévotion qui n'a plus rien de religieux.
— Sortez maintenant, Elena, dis-je d'une voix froide, dénuée d'émotion. Allez prier pour votre âme. La mienne est déjà perdue.
Je n'attends pas qu'elle se lève. Je quitte la sacristie, la laissant seule avec ses démons et mon odeur sur sa peau. Les portes de l'église grincent derrière moi, enfermant le sacrilège dans l'ombre des pierres.
Demain, le soleil se lèvera. Mais pour nous, il n'y aura plus jamais de lumière.
FIN DU CHAPITRE.
L'Autel de la Chair
L’ombre de la sacristie n’est pas celle d’un refuge, c’est un linceul. Ici, l’air est saturé d’une mélasse invisible, un mélange écœurant d’encens rance, de cire fondue et de bois centenaire qui a absorbé les péchés de générations de lâches. Mais aujourd’hui, une autre odeur s'insinue, plus acide, plus primitive. C'est l'odeur de la peur d'Elena. Et c'est, plus encore, l'odeur de son désir qui fermente sous sa robe de soie.
Je la regarde. Elle est là, debout au milieu de cette pièce exiguë, baignée par la lumière mourante qui filtre à travers un vitrail représentant un martyr dont je ne me rappelle même plus le nom. Je me moque des martyrs. Je me moque de la sainteté. En cet instant, sous ma soutane, je sens le battement lourd et sourd de mon propre sang, une cadence sauvage qui n'a rien à voir avec les psaumes que je suis censé réciter.
Elle tremble. Un frisson qui parcourt ses épaules nues, faisant onduler le tissu coûteux contre sa peau. Ses yeux sont de grandes flaques sombres, dilatées par l'adrénaline et l'interdit. Elle attend le verdict. Elle attend la chute.
— Approchez, Elena, dis-je.
Ma voix est basse, un râle de velours qui semble faire vibrer les murs de pierre. Ce n’est pas une invitation. C’est un ordre de prédateur déguisé en berger.
Elle fait un pas, puis deux. Le froissement de sa soie contre ses bas est un blasphème délicieux dans ce silence oppressant. Elle s'arrête à quelques centimètres de moi. Je suis plus grand, plus massif. Je projette sur elle une ombre qui l'engloutit tout entière. Je peux sentir la chaleur qui émane de son corps, une fournaise qui demande à être attisée.
Je lève une main, lentement, savourant sa crispation. Mes doigts effleurent la ligne de sa mâchoire, la peau est brûlante, moite de cette sueur fine qui précède le naufrage. Je glisse ma main dans son cou, refermant mes doigts sur sa nuque avec une pression juste assez forte pour lui faire comprendre qu'elle ne m'appartient plus, qu'elle est à la merci de l'homme sous la robe.
— Vous tremblez, mon enfant, murmuré-je à son oreille, sentant le parfum de son shampoing se mêler à l'odeur métallique de l'excitation. Est-ce la crainte du Seigneur... ou la réalisation de ce que je vais vous faire ?
Elle laisse échapper un petit gémissement étouffé, un son qui se brise contre mon torse. Elle ne répond pas, mais sa tête bascule en arrière, offrant la courbe de sa gorge à mon jugement. Je vois battre son pouls, rapide, erratique, comme un oiseau piégé dans une cage d'os.
Je ne suis plus l'avocat brillant qui maniait les mots comme des lames, ni le prêtre qui feint la compassion. Je suis le vide qui l'appelle.
Ma main libre descend le long de son dos, suivant la cambrure de sa colonne vertébrale. Je sens chaque vertèbre, chaque tressaillement de ses muscles. La fermeture éclair de sa robe me nargue sous la pulpe de mes doigts. C'est une barrière dérisoire. Un dernier rempart entre la vertu qu'on lui a imposée et la dépravation qu'elle appelle de tous ses vœux.
Je saisis le curseur de métal froid. Le bruit de la crémaillère qui descend est comme un coup de tonnerre dans la sacristie. La soie s'écarte, révélant la nacre de ses omoplates, puis la courbe de ses reins. L'air frais de la pièce frappe sa peau, et je la vois se cambrer, ses tétons pointant sans doute déjà sous le tissu qui ne tient plus que par miracle.
— Regardez-moi, Elena.
Elle lève les yeux. Ils sont brillants de larmes non versées, de cette dévotion perverse que seule la douleur ou le plaisir absolu peuvent engendrer. Je plonge mon regard dans le sien, y cherchant la trace d'un regret. Je n'y trouve qu'un gouffre.
— Vous êtes venue ici pour être purifiée, n'est-ce pas ? dis-je en laissant la robe glisser sur ses bras, l'étoffe s'effondrant à ses pieds dans un soupir de satin. Mais il n'y a pas d'eau bénite pour ce que vous voulez. Il n'y a que ma chair. Il n'y a que le poids de mon corps pour écraser vos péchés.
Je ramène mes mains vers l'avant, mes paumes larges venant encadrer sa taille fine. Elle est si petite entre mes mains de géant. Je sens la dentelle de son sous-vêtement, un contraste obscène avec la rudesse de mes paumes calleuses. Je rapproche mon visage du sien, assez près pour que mon souffle vienne hanter ses lèvres.
— Dites-le, ordonné-je. Dites ce que vous voulez que je vous fasse. Profanez ce lieu avec vos mots, Elena. Donnez-moi une raison de vous détruire.
Ses lèvres tremblent. Elle entrouvre la bouche, et le son qui en sort est une supplique rauque, dénuée de toute dignité.
— Père... s'il vous plaît... ne vous arrêtez pas. Souillez-moi.
Un sourire cruel étire mes lèvres. Le piège est refermé. Les anges peuvent bien détourner le regard, la cathédrale appartient désormais à nos souffles courts et à la sueur qui commence à perler sur mon front.
Je saisis le bord de ma propre soutane. Les boutons de bois, un à un, quittent leurs boutonnières avec une lenteur sadique. Chaque bouton libéré est une chaîne qui rompt. Je me déshabille devant elle, non pas comme un amant, mais comme un exécuteur qui prépare son office.
La laine noire tombe. Je reste en chemise blanche, le col romain jeté avec mépris sur un prie-Dieu. Je vois ses yeux descendre, dévorer la largeur de mes épaules, le muscle de mes bras que des années de discipline n'ont pas réussi à ramollir. Je vois ses narines se dilater. Elle sent l'homme. Elle sent le mâle.
Je fais un pas de plus, la collant contre la table massive de la sacristie, là où je prépare habituellement les hosties. Le bois froid contre ses fesses, ma chaleur contre son ventre. Le contraste la fait hoqueter.
— Ici, Elena. Sur cet autel improvisé, je vais vous montrer ce que signifie réellement la soumission.
Je passe mes bras sous ses cuisses et la soulève d'un coup sec pour l'asseoir sur le bois verni. Elle s'accroche à mes épaules, ses ongles s'enfonçant dans le tissu de ma chemise. Je sépare ses jambes avec brutalité, m'installant dans l'espace qu'elle m'offre, mon érection pressant douloureusement contre la braguette de mon pantalon noir, juste au niveau de son intimité déjà trempée.
L'odeur de son sexe monte vers moi, sauvage, irrésistible. C’est le parfum de ma chute. Et je compte bien l’entraîner avec moi, jusqu'au fond de l'abîme.
Mes doigts se crispent sur ses cuisses, pétrissant la chair ferme avec une brutalité que je ne cherche plus à dissimuler. Le contraste est une insulte à Dieu : mes mains de prêtre, censées bénir et absoudre, sont en train de marquer cette femme comme une bête de somme. Sous mes paumes, la soie de sa robe n’est plus qu’un obstacle dérisoire.
— Vous tremblez, Elena. Est-ce le froid de ce bois sacré, ou l’attente du sacrilège qui vous liquéfie ?
Je ne lui laisse pas le temps de répondre. Je saisis l'encolure de sa robe et je tire. Le bruit du tissu qui craque déchire le silence pesant de la sacristie comme un blasphème hurlé en plein sermon. L’étoffe glisse, dévoilant la rondeur de ses épaules, puis la courbe de ses seins qui s’élèvent et retombent au rythme de sa respiration erratique. Elle est magnifique. Elle est ma damnation, sculptée dans l'ivoire et le désir.
Ses tétons sont déjà pointés, durcis par l'effroi et l'excitation. Je m'approche, mon visage à quelques millimètres du sien. Je peux sentir l’haleine chaude de ses soupirs, l’odeur de la peur qui se mêle à celle de son excitation. Je descends mes mains plus bas, là où la soie s'est accumulée autour de sa taille, et je plonge mes doigts sous la dentelle fine de son sous-vêtement.
C’est un brasier. Elle est inondée.
— Regardez-moi, ordonné-je d’une voix sourde, presque méconnaissable.
Elle obéit, ses yeux sombres noyés de larmes et de luxure. Je glisse deux doigts à l’intérieur de son antre, m’enfonçant sans douceur dans sa moiteur brûlante. Elle lâche un cri étouffé, cambrant les reins, ses fesses frappant le bois verni de la table dans un claquement sourd qui résonne jusque dans la nef déserte.
— Vous sentez ça ? Vous sentez comme vous êtes avide de ce que je représente ? Ce n’est pas un homme que vous voulez, Elena. C’est le Diable qui porte le col romain.
Je commence un va-et-vient cruel, mes doigts cherchant le point le plus sensible de sa chair tandis que mon pouce écrase son bouton de rose, déjà gorgé de sang. Elle gémit, un son animal, viscéral, qui me fait bander à en avoir mal dans mon pantalon noir. L’étoffe de ma braguette me scie le sexe, chaque mouvement de mon bassin contre elle est un supplice que je savoure.
Je retire brusquement mes doigts, les portant à mes lèvres sous son regard effaré. Je les lèche lentement, savourant son goût de sel et de musc. C’est le goût de ma chute, et c’est plus doux que le vin de messe.
— Délicieux, murmuré-je. Un don du ciel, n’est-ce pas ?
Je me penche alors entre ses jambes écartées. Ma soutane me gêne, je la remonte avec impatience, dévoilant mes genoux qui s'appuient contre les montants de la table. Je plonge ma tête entre ses cuisses, respirant à pleins poumons l'odeur sauvage qui s'échappe d'elle. Ses mains viennent s'enfouir dans mes cheveux, hésitant entre me repousser et me plaquer contre elle.
— Thomas… non… pas là… c’est…
— C’est quoi, Elena ? Un péché ? Nous avons déjà franchi le seuil.
Je plaque ma bouche contre son sexe. Ma langue trouve immédiatement la fente humide et s’y engouffre avec une faim que je ne soupçonnais pas. Je la lèche de bas en haut, de son périnée jusqu’à sa petite perle pulsante, recueillant chaque goutte de son jus qui coule désormais sur mes lèvres et mon menton.
Elle pousse un cri plus long, plus déchirant, ses ongles s'enfonçant dans mon cuir chevelu. Je me fous de la douleur. Je ne veux que ce fluide, ce nectar corrompu. J'aspire sa chair, je la mordille avec une férocité qui la fait convulser. Le goût du fer se mêle à celui de son excitation alors que je la dévore littéralement.
— Oh mon Dieu… s’exclame-t-elle, la tête renversée en arrière, ses cheveux balayant les objets liturgiques posés sur le bord de la table.
— Ne l’appelez pas, Elena. Il n’est pas ici. Il n’y a que moi. Et je vais vous vider de votre âme avant que la nuit ne s’achève.
Je redouble d’ardeur, mes mains saisissant ses fesses pour la soulever légèrement et l’offrir davantage à ma langue déchaînée. Je sens ses muscles se crisper, ses cuisses se mettre à trembler violemment contre mes oreilles. Elle est proche. Je le sens à la façon dont son sexe se contracte autour de ma langue, à la façon dont elle expire mon nom comme une prière désespérée.
Mais je m’arrête. Juste avant qu’elle ne bascule.
Je me redresse, le souffle court, mon visage luisant de son désir. Elle me regarde, les yeux révulsés, la bouche ouverte, cherchant l’oxygène. Elle est à l’agonie, suspendue au bord du précipice.
— Vous le voulez, n’est-ce pas ? Vous voulez que je vous remplisse ? Que je souille ce lieu avec ce que j’ai de plus impur ?
Je saisis ma ceinture d’une main tremblante, le regard fixé dans le sien, prêt à libérer ce monstre qui hurle en moi depuis trop d'années. L'heure de la véritable communion approche, et elle ne se fera pas avec du pain et du vin.
Ma ceinture claque sur le marbre froid de l’autel avec un bruit de condamnation. Le cuir glisse entre mes doigts, et je sens enfin l’air frais caresser ma peau brûlante alors que je libère ma virilité, tendue à en rompre, une lame de chair pulsante qui n'a plus rien de sacré. Elle est là, offerte, ses cuisses écartées comme les battants d'une porte de cathédrale qu'on aurait forcée. Le contraste de sa peau diaphane contre le bois sombre et la soie de mes vêtements est un blasphème visuel qui m'arrache un grognement sourd.
— Regardez-moi, murmuré-je d’une voix que je ne reconnais plus, une voix qui vient des tréfonds de mes entrailles. Regardez le prix de votre salut.
Je saisis ses hanches. Mes doigts s’enfoncent dans sa chair tendre, y laissant déjà des marques rougeâtres, des sceaux de propriété. Je m'aligne contre elle. L'humidité de son désir, que j'ai moi-même excitée quelques secondes plus tôt, lubrifie le point de contact. Je sens la pointe de mon sexe heurter son entrée, ce seuil étroit et dévorant. Elle émet un petit cri, un mélange de peur et d'attente insoutenable.
Je ne demande plus. Je prends.
Je m’enfonce d’un coup sec, une intrusion brutale qui nous arrache à tous deux un cri étranglé. Le choc est sismique. Elle est si serrée, si brûlante, que j'ai l'impression de plonger dans de la lave. Les parois de son sexe se referment sur moi comme des mains avides, aspirant chaque centimètre de mon membre qui s'immole en elle. Mon souffle se bloque. Le monde s'arrête. Il n'y a plus de voûtes, plus de vitraux, plus de Dieu. Il n'y a que ce point de jonction où le péché devient liquide.
— Oh... mon Dieu... articule-t-elle dans un sanglot, la tête renversée en arrière.
— Dieu n'est pas ici, susurré-je contre son oreille, mords-y le lobe jusqu'au sang. Il n'y a que moi. Sentez-moi. Sentez comme je vous déchire.
Je commence à bouger. Un mouvement lent, cruel, pour savourer chaque fibre de sa résistance qui lâche. À chaque va-et-vient, le bruit de nos chairs qui s'entrechoquent résonne dans le silence de la nef, un rythme de tambour barbare. La sueur commence à perler sur mon front, tombant sur sa poitrine, mélangeant nos fluides, nos essences, nos déchéances. Je me retire presque entièrement, la laissant vide un court instant pour mieux la percuter à nouveau, plus fort, plus profondément, cherchant à atteindre son âme par le bas de son ventre.
L'animalité prend le dessus. Je saisis ses mains et les plaque au-dessus de sa tête, les clouant au bois de l'autel. Mes hanches frappent les siennes avec une violence cadencée, sans pitié. Je suis un forgeron battant le fer rouge. Je vois ses yeux se révulser, je sens ses muscles vaginaux se contracter par spasmes, me broyant dans une étreinte interne délicieuse et douloureuse. Elle griffe le bois, ses ongles crissant sur la surface sacrée, cherchant un appui dans ce chaos de sensations.
— Plus fort... s’il vous plaît... dévastez-moi... supplie-t-elle, ses hanches se soulevant pour rencontrer mes coups.
Son impudeur redouble ma rage. Je l’attrape par la nuque, forçant son visage à rester face au mien pour qu'elle lise ma perdition dans mes pupilles dilatées. L'odeur de l'encens se mêle à l'odeur musquée de notre sexe, une fragrance de messe noire qui me monte au cerveau. Je n'ai plus de limites. Je suis le prédateur, elle est l'hostie, et je vais la consommer jusqu'à ce qu'il ne reste rien.
Le rythme s'accélère. Je ne suis plus qu'un piston de chair et de muscles. Mes coups de boutoir se font plus courts, plus sauvages. Je sens la chaleur monter en moi, une marée de feu qui part de mes reins et menace de tout emporter. Son corps tremble de la tête aux pieds, ses cuisses s'enroulent autour de ma taille, m'attirant encore plus loin dans son abîme. Elle commence à hurler, un son pur, guttural, qui s'élève vers les cintres de l'église, un orgasme qui ressemble à une agonie.
— Je viens... je... !
Elle se cambre violemment, son sexe se contractant dans une série de spasmes électriques qui menacent de me faire basculer. Je serre les dents, les muscles de mon dos bandés comme des câbles d'acier. Je la regarde sombrer, je la regarde se perdre, et dans cet instant de grâce absolue et de damnation totale, je lâche prise.
Je m'enfonce une dernière fois, le plus loin possible, comme si je voulais m'enraciner dans ses entrailles. Un cri de bête s'échappe de ma gorge alors que ma semence jaillit en elle, des jets brûlants et saccadés qui la remplissent, la souillent, la marquent du sceau de mon infamie. Je vide tout mon être en elle, chaque année de silence, chaque prière refoulée, chaque désir maudit s'écoulant dans son calice de chair.
Nous restons ainsi de longues minutes, soudés l'un à l'autre, nos respirations heurtées étant les seuls sons dans l'immensité de la nef. Je sens son cœur battre contre le mien, un métronome affolé. Je suis lourd sur elle, mon front appuyé contre le sien, nos sueurs mêlées refroidissant sur nos peaux.
Je me retire lentement, le bruit de succion de nos corps se séparant sonnant comme un dernier blasphème. Je la regarde, échevelée, les lèvres gonflées, le regard vide de celle qui a vu l'enfer et l'a trouvé beau. Sur le bois de l'autel, une traînée de nos fluides brille sous la lueur des cierges mourants.
Je ne dis rien. Je n'ai plus de mots pour Dieu, et encore moins pour les hommes. Je remonte ma soutane, mes mains tremblant encore légèrement. Le silence qui retombe est plus lourd que toutes les cathédrales du monde.
L'Autel de la Chair a reçu son sacrifice. Et il n'y aura pas de rédemption.
— Amen, murmuré-je dans un souffle glacial, avant de me détourner vers l'ombre.
Le Poids du Col Romain
L’aube n’est pas une délivrance, c’est un acte d’accusation.
La lumière qui filtre à travers les vitraux de Saint-Jude ce matin est d’un gris sale, une teinte de cendre qui vient s’écraser sur le marbre froid de la nef. Je suis debout dans la sacristie, seul. Le silence ici n’est plus celui, sacré, qui précède la prière. C’est un silence de tombeau, un vide oppressant qui bourdonne à mes oreilles comme le cri étouffé de ma propre damnation.
Mes doigts, encore hantés par la texture de sa peau, tremblent imperceptiblement alors que je saisis le morceau de plastique blanc. Le col romain. Cet insert de pureté factice. Je le fixe, ce cercle étroit qui devrait être le symbole de mon union avec le divin, mais qui ne ressemble aujourd'hui qu'à un carcan. Une laisse que je m’apprête à resserrer autour de ma propre gorge.
Je le glisse dans les encoches de ma chemise noire. Le petit *clic* du plastique contre le tissu sonne dans la pièce comme le verrouillage d'une cellule de prison.
Je lève les yeux vers le miroir piqué d'humidité. Le reflet qui me fait face n'est plus celui du Père Julian, le berger protecteur de Saint-Jude. C’est celui d’un imposteur. Mes traits sont tirés, mes yeux cernés d'une ombre violacée, mon regard... mon regard a gardé cette lueur fauve, cette faim animale que j'ai laissée se déchaîner sur l'autel quelques heures plus tôt.
Je peux encore sentir l’odeur d’Elena. Malgré la douche brûlante, malgré le savon décapant avec lequel j'ai frotté mon corps jusqu'au sang, son parfum de lys fané et de sueur sucrée semble incrusté dans mes pores. Elle est là, une présence fantôme qui rampe sous ma peau, un parasite délicieux qui dévore ma volonté.
Je me revois, penché sur elle, brisant chaque vœu, chaque barrière, avec une fureur qui n'avait rien de spirituel. Je revois la cambrure de ses reins, l'éclat de ses yeux alors qu'elle cherchait dans ma noirceur de quoi brûler sa propre éducation. Nous ne nous sommes pas aimés ; nous nous sommes profanés l'un l'autre. Et le pire, le véritable péché qui me ronge les entrailles, c'est que j'en redemande.
Je sors de la sacristie. Mes pas résonnent lourdement sur les dalles. Chaque écho me semble être un reproche. Je traverse le chœur et m'arrête devant l'autel.
Il est propre. J'ai passé une partie de la nuit à le récurer avec une dévotion maniaque, effaçant les traînées de nos fluides, les traces de nos corps mêlés. Le bois sombre brille sous la lueur des cierges que je viens d'allumer. Mais sous la surface vernie, je sais. Je vois encore l'empreinte de ses mains agrippées au bord, je sens encore la vibration de ses cris étouffés contre le bois sacré.
C'est là que je l'entends.
Le grincement de la lourde porte en chêne au fond de la cathédrale. Ce n'est pas le pas hésitant d'un fidèle venant chercher la paix matinale. C'est un pas léger, rythmé, presque insolent.
Je ne me retourne pas tout de suite. Je ferme les yeux, inspirant l'air froid chargé d'encens. Et là, au milieu du parfum de la résine, elle arrive. Cette note de musc et de peau chaude.
— Vous êtes déjà au travail, mon Père ?
Sa voix. Un murmure de velours qui vient gratter la base de mon crâne. Elle est basse, éraillée, encore marquée par les excès de la nuit. Elle n'a aucune honte. Elle porte sa déchéance comme une parure de soie.
Je me retourne lentement. Elena est là, debout dans l'allée centrale. Elle est vêtue d'une robe de laine sombre, trop sage pour elle, qui moule ses hanches d'une manière qui me donne envie de déchirer le tissu sur-le-champ. Ses cheveux sont attachés en un chignon strict, mais quelques mèches rebelles s'échappent, encadrant son visage pâle. Ses lèvres, encore un peu gonflées par mes baisers brutaux, sont la seule touche de couleur dans ce décor de pierre.
Elle s'approche, ne s'arrêtant qu'à quelques centimètres de moi. Elle est assez près pour que je voie la dilatation de ses pupilles, assez près pour que la chaleur qui émane d'elle vienne me narguer à travers les couches de ma soutane.
— Elena, dis-je, et mon propre nom sonne comme un avertissement que je ne suis pas prêt à écouter. Vous ne devriez pas être ici. Pas maintenant.
— Et où devrais-je être ? demande-t-elle en ancrant son regard dans le mien. À genoux dans ma chambre, à demander un pardon que je ne désire pas ?
Elle fait un pas de plus, envahissant mon espace vital. Elle lève une main gantée et, d'un geste d'une audace folle, vient effleurer le bord de mon col romain. Le contact du cuir froid contre ma gorge me fait tressaillir.
— Ce col vous va si bien, Julian, murmure-t-elle, son regard descendant vers ma bouche. Il souligne la tension de votre mâchoire. On dirait que vous allez exploser.
Je saisis son poignet d'un geste brusque, serrant un peu trop fort. Je devrais la repousser. Je devrais la chasser de cette église avant que les premiers paroissiens n'arrivent. Mais la sensation de ses os fins sous mes doigts, la pulsation rapide de son sang sous sa peau, tout cela réveille la bête que j'ai cru dompter dans la prière.
— Jouez-vous avec le feu, Elena ? Ma voix est devenue ce grognement sourd, celui de l'avocat qui accule sa proie, celui de l'homme qui ne connaît plus de limites.
Elle sourit, un sourire lent, cruel, qui dévoile ses dents blanches. Elle se penche vers mon oreille, son souffle chaud venant lécher mon lobe.
— Le feu ne me fait pas peur, mon Père. J'ai découvert hier soir que vous étiez l'enfer. Et j'ai bien l'intention d'y brûler jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de moi.
Elle se dégage de ma prise avec une souplesse féline et contourne l'autel, passant ses doigts sur le bois là où, quelques heures plus tôt, ses cuisses étaient largement ouvertes pour moi. Elle me regarde par-dessus son épaule, un défi brillant dans ses yeux sombres.
— Le poids de ce col ne vous empêchera pas de recommencer, n'est-ce pas ? Il vous rappelle simplement ce que vous sacrifiez à chaque fois que vous me touchez. Et c'est ce qui vous excite le plus.
Je sens la sueur perler à la racine de mes cheveux. Elle a raison. La vérité est une lame de rasoir qui me tranche la gorge. Ce n'est pas seulement elle que je désire, c'est la chute. C'est le bruit du sacré qui se brise sous le poids de la chair.
Je fais un pas vers elle, mes mains se crispant le long de mon corps. La nef est vide, mais les statues des saints semblent nous observer de leurs yeux de pierre, témoins muets d'une tension qui s'épaissit comme une fumée toxique.
— Vous ne savez pas ce que vous demandez, Elena.
— Si, je le sais, répond-elle en déboutonnant lentement le premier bouton de son manteau, révélant la naissance de sa gorge où je sais que j'ai laissé une marque de mes dents. Je demande que vous soyez l'homme derrière le prêtre. Je demande que vous me montriez encore une fois que Dieu n'est rien face à ce que nous avons créé ici.
Elle s'assoit sur le premier banc, juste devant l'autel, croisant ses jambes avec une lenteur calculée. Le frottement de ses bas de soie est un coup de tonnerre dans le silence de la cathédrale. Elle me regarde, son menton levé, m'invitant à la suite, m'invitant à perdre, une fois de plus, la bataille contre mon propre démon.
Le poids du col romain devient soudain insupportable. Il m'étouffe. Il me brûle.
Je m'approche d'elle, l'ombre de ma silhouette de prêtre s'allongeant sur son corps comme une promesse de ténèbres.
— Restez là, ordonné-je d'un ton qui ne souffre aucune réplique. Ne bougez pas.
Je vais fermer les portes de la cathédrale. Dieu peut bien attendre un moment. Nous avons encore des comptes à régler avec le diable.
Le bruit des verrous qui s'enclenchent résonne dans la nef comme le couperet d'une guillotine. C’est fini. Le monde extérieur, avec ses lois et sa morale de pacotille, est resté de l’autre côté de ces portes de chêne massif. Ici, sous les voûtes séculaires qui ont entendu des siècles de prières hypocrites, il n’y a plus que nous. Et le silence. Un silence lourd, poisseux, qui semble attendre que je commette l'irréparable.
Je me retourne. Elle est toujours là, assise sur le bois dur du premier rang. Une tache de péché au milieu de la sainteté de pierre. La lumière déclinante traverse les vitraux, projetant des éclats de sang et de bleu nuit sur son visage de madone déchue.
Je marche vers elle. Mes pas sur le marbre sont lents, délibérés. Chaque battement de mon cœur est une insulte à mon serment. Je sens la sueur perler à la racine de mes cheveux, couler dans mon dos, sous cette chemise noire qui me colle à la peau comme une seconde peau de serpent. Le col romain me serre la gorge, une main invisible qui tente de m'étrangler pour m'empêcher de hurler ma faim.
Quand j'arrive à sa hauteur, je ne m'arrête pas devant elle. Je me place derrière le banc, dominant sa nuque, ses épaules. De là, je vois tout. Le sommet de sa tête, le parfum de jasmin et de chair chaude qui monte jusqu’à mes narines, et surtout, cette marque. Le stigmate de ma possession. Une ecchymose violacée, encore fraîche, qui fleurit sur la blancheur laiteuse de son cou. Mes dents y ont laissé leur empreinte hier soir, et la voir ici, à quelques mètres de l'autel, me donne une érection si brutale qu'elle m'arrache un grognement sourd.
— Vous tremblez, mon père, murmure-t-elle sans se retourner.
Sa voix est un venin délicieux. Elle sait exactement ce qu'elle fait. Elle n'a pas bougé, mais je devine la tension dans ses épaules, l'attente animale qui la dévore autant que moi.
— Ce n'est pas de la peur, Elena, dis-je, ma voix n'étant plus qu'un râle rocailleux.
Je pose mes mains sur ses épaules. Le contact de mes paumes contre le tissu fin de son manteau, puis la chaleur de sa peau en dessous, m'électrise. Mes doigts se crispent, s'enfonçant dans sa chair. Je veux la broyer et la protéger en même temps. Je me penche, approchant mes lèvres de son oreille. Je sens le souffle de sa respiration qui s'accélère.
— Vous parliez de l'homme derrière le prêtre... dis-je en laissant ma main glisser lentement vers sa gorge, encerclant la marque que j'ai laissée. Cet homme n'est pas un saint. Il n'a aucune pitié. Il n'a que des besoins que vous ne soupçonnez même pas.
Elle renverse la tête en arrière, son crâne venant reposer contre mon plexus. Elle me regarde à l'envers, ses yeux sombres brûlant d'une lueur de défi et de soumission mêlés. Ses lèvres sont entrouvertes, laissant passer une plainte étouffée.
— Alors montrez-moi, Julian. Arrêtez de parler de Dieu et montrez-moi ce que le diable vous murmure à l'oreille quand vous me regardez.
C’en est trop. Ce nom. Mon nom d'homme, craché dans ce lieu sacré.
Je lâche sa gorge pour porter mes mains à mon col. Mes doigts tremblent légèrement, non pas d'hésitation, mais d'une rage contenue. Je détache le bouton, j'arrache ce morceau de plastique blanc, ce symbole de ma prison, et je le jette au sol. Il rebondit sur le marbre avec un bruit dérisoire. J'ouvre les premiers boutons de ma chemise, libérant ma poitrine, cherchant l'air frais de la cathédrale qui ne suffit plus à calmer l'incendie dans mes veines.
Je contourne le banc d'un pas prédateur et je me plante entre ses jambes écartées. Elle ne les referme pas. Au contraire, elle les ouvre davantage, le froissement de ses bas de soie entre ses cuisses étant le son le plus érotique que j'aie jamais entendu. Je saisis son menton, forçant son regard à rencontrer le mien. Je veux qu'elle voie le monstre. Je veux qu'elle voie qu'il n'y a plus de prêtre ici, juste un mâle affamé.
— Vous avez voulu l'homme, Elena ? Je le regarde droit dans les yeux, mon pouce écrasant sa lèvre inférieure pour dévoiler ses dents. Vous allez avoir bien plus que ça. Vous allez avoir ma damnation toute entière.
Ma main libre descend, glissant le long de son torse, ignorant les boutons de son manteau pour s'engouffrer directement dans l'échancrure de sa robe. Je trouve son sein, lourd, chaud, le mamelon déjà dur sous la dentelle fine. Je le presse avec une rudesse qui lui tire un gémissement aigu, un son qui se perd dans les hauteurs de la nef, montant vers un ciel qui nous a déjà abandonnés.
— Est-ce que vous sentez ça ? murmurai-je en pressant mon bassin contre le sien, lui faisant sentir la barre d'acier qui me déchire l'aine à travers le tissu de mon pantalon. C'est ça, votre réalité maintenant. Pas de prières. Pas de pardon. Juste ma main sur vous, et ma chair qui réclame la vôtre jusqu'à ce que nous ne soyons plus que de la sueur et de la honte.
Elle agrippe mes poignets, ses ongles s'enfonçant dans ma peau, m'incitant à aller plus loin, plus fort. Son regard s'embrume, sa tête retombe en arrière.
— Plus... Julian... Ne vous arrêtez pas... Je veux sentir chaque péché...
Je ne me fais pas prier. Je fais glisser ma main plus bas, encore plus bas, le long de son ventre plat, jusqu'à rencontrer la barrière de sa culotte en dentelle. Elle est déjà trempée. L'humidité traverse le tissu, chaude, visqueuse, m'indiquant qu'elle est prête à être profanée sur ce bois de chêne qui a vu tant de repentirs. Mon doigt glisse sur la fente, explorant la nacre brûlante de son intimité, et elle sursaute, son corps entier se cambrant sous mon toucher.
Je me penche et j'écrase mes lèvres contre les siennes, non pas pour un baiser, mais pour une conquête. Ma langue force le passage, s'invitant dans sa bouche avec la même violence que mes doigts qui commencent maintenant à pénétrer sa chair humide. Je veux goûter son souffle, je veux boire ses cris.
Le silence de l'église est maintenant rempli par le bruit de nos respirations hachées, par le claquement mouillé de mes doigts qui entrent et sortent d'elle, et par le frottement frénétique de nos corps l'un contre l'autre. Chaque mouvement est un blasphème. Chaque gémissement est un clou supplémentaire dans ma croix. Et je m'en fous. Je donnerais mon âme mille fois pour cette seconde précise, pour l'odeur de son excitation qui commence à saturer l'air autour de l'autel.
— Regardez-moi, Elena, ordonné-je entre deux baisers voraces, retirant mes doigts pour saisir ses hanches et la soulever légèrement pour l'amener plus près de mon visage. Regardez l'homme que vous avez réveillé.
Elle ouvre des yeux vitreux, sa poitrine se soulevant de manière erratique. Elle est à moi. Totalement.
— Je ne vois... qu'un maître, parvient-elle à articuler dans un souffle.
Un sourire cruel étire mes lèvres. La tension est à son comble, une corde prête à rompre. Je sens que je vais perdre tout contrôle, que la bête en moi demande à être libérée pour de bon, loin de toute retenue. Je défais ma ceinture, le cuir claquant contre le bois du banc, un son sec qui la fait frissonner de la tête aux pieds.
Le véritable sacrilège ne fait que commencer.
Le claquement du cuir de ma ceinture contre le chêne centenaire du banc résonne comme un coup de fouet dans le silence oppressant de la nef. Ce n’est plus de la piété qui coule dans mes veines, c’est du poison, un nectar noir et brûlant qui réclame sa part de chair.
Je baisse ma fermeture éclair avec une lenteur calculée, mes yeux rivés dans les siens, cherchant à y lire la terreur délicieuse de sa propre chute. Elena a le souffle court, ses lèvres entrouvertes laissent échapper des gémissements qui sont autant d’insultes à mes vœux. Je dégage mon sexe, dur à en rompre, une lame de chair impatiente de fendre son innocence de façade.
— Regardez bien, Elena, grogné-je, ma voix n’étant plus qu’un râle caverneux. Voici votre salut. Voici le seul Dieu qui répondra à vos prières ce soir.
Je saisis violemment ses cuisses, ses bas de soie glissant sous mes paumes moites de sueur, et je l’attire d’un coup sec vers le bord du banc. Ses fesses heurtent le bois, elle pousse un cri étouffé, les mains agrippées à mes épaules de prêtre, ses ongles s’enfonçant dans le tissu noir de ma chemise, cherchant à atteindre ma peau, à me marquer comme je m’apprête à le faire.
Je ne prends pas de gants. Je ne suis pas là pour la courtiser, mais pour l’exorciser de sa propre envie. J’écarte ses jambes au maximum, exposant son intimité trempée, cette fente de corail qui palpite et qui semble m'appeler. L’odeur de son excitation, musquée, entêtante, se mélange à celle de l’encens froid. C’est écœurant de beauté.
D’un coup de rein brutal, je m’enfonce en elle.
Le choc nous arrache un cri simultané. Elle rejette la tête en arrière, sa gorge exposée, une ligne de nacre sous la lumière vacillante des cierges. Je sens les parois de son sexe se refermer sur moi, m’aspirer, me broyer. C’est trop étroit, trop parfait, une agonie de plaisir. Je reste immobile un instant, le souffle court, savourant le sacrilège absolu d’être niché au plus profond d’elle, ici, devant l’autel.
— Mon Dieu... murmure-t-elle dans un sanglot de plaisir.
— Ne l’appelez pas, Elena, tranché-je en commençant mes va-et-vient. Il nous a quittés au moment où j’ai défait ce col.
Je commence à pilonner son corps avec une rage animale. Chaque coup de boutoir fait grincer le banc de bois, un rythme obscène qui cadence notre chute. Ma main s’abat sur sa fesse, le bruit du claquement sur sa peau nue détonnant dans l'église comme un blasphème final. Je veux qu’elle ait mal autant qu’elle jouit. Je veux qu’elle sente chaque millimètre de ma possession.
Ses jambes s'enroulent autour de ma taille, m’ancrant en elle. Elle est une tempête de chaleur et de frottements. Je sens la sueur perler sur mon front, tomber en gouttes lourdes sur sa poitrine qui tressaute. Ma chemise cléricale, déboutonnée, bat contre ses flancs. Je saisis ses cheveux, tirant sa tête en arrière pour la forcer à me regarder. Ses yeux sont révulsés, ne montrant que le blanc, perdue dans une extase qu'aucune prière n'aurait pu lui offrir.
— Dites-le, ordonné-je, mes hanches frappant les siennes avec une violence sourde. Dites que vous voulez être souillée par votre prêtre.
— Souillez-moi... Julian... s’il vous plaît... détruisez-moi !
Le son de mon prénom dans sa bouche, associé à cet appel à la déchéance, brise mes dernières digues. J’augmente la cadence, mes mouvements deviennent erratiques, frénétiques. Je perds le contrôle. Je ne suis plus un homme d’Église, je suis une bête en rut, cherchant à s’oublier dans le creuset de ses reins. Le glissement des fluides, le bruit de nos peaux qui s'entrechoquent, l'humidité qui sature l'air entre nous... tout n'est qu'animalité.
Je sens ses muscles internes se contracter violemment autour de moi, des spasmes électriques qui annoncent sa fin. Elle se cambre, ses ongles lacèrent mon dos à travers ma chemise, et elle hurle mon nom, un cri qui va se perdre dans les voûtes sombres de la cathédrale. Son orgasme me frappe de plein fouet, une vague de chaleur liquide qui m'enveloppe, m'aspirant vers le vide.
Je ne recule pas. Je m'enfonce encore plus loin, jusqu’à la garde, cherchant à atteindre son âme par son sexe. Mon propre plaisir explose, une décharge de foudre qui me vide les reins. Je gémis contre son cou, une plainte sourde, presque douloureuse, tandis que je déverse ma semence au fond d’elle, brûlante, épaisse, marquant son ventre de ma trahison.
Le silence retombe brutalement, seulement troublé par nos respirations saccadées. Je reste là, pesant de tout mon poids sur elle, mon front contre le sien, nos sueurs se mélangeant. La chaleur se dissipe lentement, remplacée par le froid mordant de la pierre.
Je me retire d'elle avec un bruit de succion qui me fait tressaillir de dégoût et de désir résiduel. Mes jambes tremblent. Je remonte mon pantalon, mes doigts malhabiles luttant avec la boucle de ma ceinture. Elena reste allongée sur le banc, les jambes pendantes, sa robe relevée, une image de dévotion profanée. Ses yeux sont vides, fixés sur le Christ en croix au-dessus de nous, qui semble nous juger de son regard de bois mort.
Je rajuste mon col romain. Le tissu blanc me brûle le cou comme s'il était fait de fil barbelé. Le poids de ma fonction retombe sur mes épaules, plus lourd qu'une chape de plomb.
— Allez-vous-en, Elena, dis-je, ma voix redevenue glaciale, dénuée de toute émotion.
Elle se redresse lentement, chancelante, réajustant ses vêtements sans me quitter des yeux. Elle n'a pas l'air d'avoir honte. Elle a l'air... d'avoir gagné.
Elle se dirige vers la sortie, le bruit de ses talons claquant sur les dalles de pierre. Juste avant de franchir le portail, elle s'arrête et se retourne.
— À dimanche, mon Père.
La porte se referme lourdement. Je reste seul dans l'obscurité, l'odeur de notre péché flottant encore dans l'air sacré. Je tombe à genoux, non pas pour prier, mais parce que mes jambes ne me portent plus. Je touche le bois du banc où elle était. C’est encore chaud.
Je suis un homme de Dieu. Et je viens de brûler ma place au paradis pour une femme qui ne m'offrira que l'enfer.
Le pire, c'est que je recommencerais dès demain.
Excommunication Charnelle
La sacristie pue le remords que je n’éprouve pas. C’est une odeur de vieux papier, d'encens rance et de cire froide qui me colle à la peau comme une seconde soutane. Je suis debout devant le grand miroir à cadre doré, les mains agrippées au rebord du meuble en chêne massif où reposent les calices. Mes phalanges sont blanches. Mes paumes sont encore moites de la sueur d'Elena, de cette trace invisible qu'elle a laissée sur moi, une marque infâme que l'eau bénite ne pourra jamais rincer.
Je ferme les yeux, mais l’obscurité derrière mes paupières est pire. Je la vois. Je vois la cambrure de son dos dans l’ombre du confessionnal, j'entends le froissement de sa soie contre le bois séculaire. Je sens encore cette pulsion sauvage, cette envie de lui briser la nuque ou de la dévorer, de l'étouffer sous le poids de mes péchés pour qu'elle cesse de me hanter.
Un bruit. Le grincement d’une porte lourde.
Je me fige. Mon érection, que je pensais avoir domptée par la prière forcée, cogne de nouveau contre l’étoffe noire de mon pantalon. Je ne devrais pas être surpris. Elle est revenue. Elle ne peut pas s’empêcher de revenir brûler ses ailes à mon feu, et je ne peux pas m'empêcher de lui ouvrir la porte de mon enfer.
— Vous avez oublié de verrouiller, mon Père, murmure une voix de velours derrière moi.
Je ne me retourne pas. Dans le reflet du miroir, elle n’est qu’une ombre portée, une silhouette floue dans l'embrasure de la porte qui mène au transept. L'air froid de la cathédrale s'engouffre dans la pièce, faisant vaciller les flammes des cierges.
— Sortez, Elena, dis-je, ma voix n'étant plus qu'un grognement sourd, vibrant de la menace que je représente pour elle... et pour moi-même.
— Non.
Le cliquetis de ses talons sur le marbre est une torture. Elle s'approche, lente, délibérée. Chaque pas résonne sous les voûtes comme un compte à rebours. Elle s'arrête juste derrière moi. Je sens sa chaleur, cette fragrance de lys et de sexe qui émane de sa peau jeune. Elle pose une main sur mon épaule, une profanation délibérée de mon habit sacerdotal. Ses doigts sont fins, mais ils pèsent une tonne.
— Je vous ai entendu respirer tout à l'heure, continue-t-elle, sa voix se faisant plus basse, plus rauque. Dans l'ombre. Vous aviez envie de me prendre contre la grille. Vous aviez envie que tout le monde sache ce que le saint homme cache sous ses draps de lit.
Je me retourne brusquement, l’attrapant par les poignets. Je la plaque violemment contre le meuble des calices. Le métal précieux tinte dans un fracas blasphématoire. Je surplombe son visage, mes yeux brûlant d'une rage qui n'a plus rien de spirituel. Elle me défie du regard, ses pupilles dilatées par l'excitation de la transgression. Elle veut que je perde le contrôle. Elle se nourrit de ma chute.
— Tu n'as aucune idée de ce dont j'ai envie, Elena, je siffle, mon visage à quelques millimètres du sien. J'ai envie de t'ouvrir, de te vider de cette insolence, de te marquer au fer rouge pour que tu ne puisses plus jamais regarder un autre homme sans sentir ma morsure.
Ma main lâche ses poignets pour descendre le long de sa gorge. Je serre. Juste assez pour qu'elle sente la fragilité de sa vie entre mes doigts de prédateur. Son souffle s'accélère, un petit gémissement s'échappe de ses lèvres entrouvertes. Ce son est ma drogue. Elle aime être dominée, elle aime que je sois le monstre que ma soutane tente de dissimuler.
Ma main libre s’aventure plus bas, déchirant presque la dentelle de son décolleté. Ma paume rencontre la fermeté de son sein, le téton déjà dressé, dur comme une perle sous mes doigts rugueux. Je le pince sans ménagement, cherchant la douleur autant que le plaisir. Elle rejette la tête en arrière, son cou s'offrant à mes dents.
— Fais-le... murmure-t-elle dans un souffle saccadé. Prends-moi ici. Que Dieu regarde. Que les saints nous jugent.
L'audace de ses paroles me rend fou. Je remonte violemment sa jupe, mes doigts s'enfonçant dans la chair de ses cuisses. Elle ne porte rien dessous. Rien d'autre que sa peau brûlante et son désir liquide qui poisse déjà mes doigts. Je sens son humidité, une preuve flagrante de sa déchéance. Elle est trempée, prête à être dévastée.
Je déboutonne ma braguette avec une urgence animale, libérant mon sexe pulsant qui ne demande qu'à percer son arrogance. Je saisis ses hanches, les soulevant pour l'asseoir sur le bord du meuble, au milieu des objets liturgiques. Ses jambes s'enroulent immédiatement autour de ma taille, ses talons s'ancrant dans mes reins.
— Tu vas payer pour chaque prière que tu m'as fait oublier, je grogne contre sa bouche avant de l'embrasser avec une violence dévastatrice.
Ma langue envahit sa bouche, réclamant chaque recoin, tandis que je me positionne à son entrée. Elle est serrée, brûlante, un sanctuaire de chair que je m'apprête à profaner. Je m'apprête à donner un coup de rein, à la déchirer, à m'oublier en elle...
C’est alors qu’un bruit sec retentit dans le couloir adjacent. Un froissement d'étoffe lourde, le raclement d'une canne sur la pierre.
Le sang se glace dans mes veines. Ce n'est pas un touriste égaré. Ce n'est pas le sacristain. Cette démarche lente et autoritaire, je la reconnaîtrais entre mille.
— Monseigneur... soufflé-je, le corps tendu comme un arc, mon sexe toujours pressé contre l'intimité d'Elena.
L'Évêque est là. À moins de dix mètres, de l'autre côté de la porte en chêne que nous n'avons pas fermée à clé. S'il entre, c'est la fin. Pas seulement ma carrière, pas seulement mon honneur. C'est l'excommunication. Le bannissement définitif dans les ténèbres.
Elena le sait. Je le vois dans ses yeux qui brillent d'une lueur démente. Elle ne bouge pas. Elle ne tente pas de se rhabiller. Au contraire, elle serre ses cuisses plus fort autour de moi, m'attirant vers l'abîme. Elle veut qu'il nous voie. Elle veut que le scandale éclate comme une plaie ouverte.
— Julian ? Vous êtes là ? retentit la voix chevrotante mais puissante de l'Évêque.
Le silence qui suit est plus lourd que le dôme de la cathédrale. Mon cœur cogne si fort contre mes côtes que j'ai l'impression qu'il va briser le bois de la sacristie. Je sens une goutte de sueur couler le long de ma tempe. Elena sourit, une expression de triomphe cruel sur son visage d'ange déchu. Elle écarte légèrement les lèvres, prête à crier, à gémir, à précipiter notre perte d'un seul son.
Je plaque ma main sur sa bouche, étouffant son souffle, alors que la poignée de la porte commence lentement à tourner.
Le cliquetis métallique de la poignée qui tourne contre la serrure résonne dans mon crâne comme un coup de glas. C’est le son de ma condamnation. Derrière ce panneau de chêne massif, l’Évêque attend, l’autorité de Dieu incarnée dans un vieillard en soutane, tandis qu’ici, dans l’ombre étouffante de la sacristie, je commets le plus irrémédiable des sacrilèges.
Ma main écrase les lèvres d’Elena. Je sens son souffle chaud, erratique, venir mourir contre ma paume. Elle ne cherche pas à se dégager. Au contraire, elle appuie sa tête contre le bois froid du meuble de rangement des calices, son regard planté dans le mien avec une insolence qui me donne envie de la briser. Elle défie le ciel, elle me défie moi. Ses yeux disent : *« Laisse-le entrer. Regarde-moi me faire prendre par un saint homme devant les yeux de ton maître. »*
— Julian ? Je sais que vous êtes là. J’ai entendu du mouvement. Ouvrez cette porte sur-le-champ.
Sa voix est plus proche maintenant. Il a collé son oreille contre le battant. Je suis pétrifié. Je suis toujours en elle, mon sexe dur comme la pierre, noyé dans sa chaleur humide et glissante. Chaque battement de mon cœur, chaque spasme de terreur qui secoue mes membres, me fait tressaillir à l'intérieur de son corps. C’est une torture exquise. La sensation de son étroitesse qui se resserre autour de ma verge à chaque fois que l'Évêque frappe contre le bois est une incitation au crime.
Elena lèche ma paume. Sa langue, lente, humide, trace un sillage brûlant sur ma peau. C’est un geste d’une vulgarité sublime. Elle me nargue. Elle sait que le danger décuple mon désir, que l’odeur de l’encens mêlée à celle, plus âcre et fétide, de notre rut, est en train de me rendre fou. Ses cuisses, toujours solidement ancrées autour de mes hanches, me tirent vers elle dans un mouvement de va-et-vient imperceptible mais dévastateur.
Je sens le jus de son plaisir couler le long de mes testicules, une traînée de poisse chaude qui me rappelle ma chute.
— Julian ! Je vais chercher le double des clés à la chancellerie si vous ne répondez pas !
Le vieux fou ne partira pas. La sueur me brûle les yeux. Elle perle sur mon front, s'écrase sur le sein nu d’Elena, juste au-dessus de son cœur qui bat la chamade. Je rapproche mon visage du sien, mes lèvres effleurant son oreille. Mon souffle est court, haché par l'adrénaline.
— Tais-toi, chienne... je murmure dans un souffle si bas qu'il se perd dans le froissement de ma propre aube. Si tu émets un seul son, je te jure que je t'étouffe ici même.
Elle répond par un gémissement étouffé contre ma main, un son de gorge, animal, qui vibre jusque dans mon bas-ventre. Elle ne me craint pas. Elle jouit de ma panique. Elle enfonce ses ongles dans mon dos, griffant la peau sous le tissu fin, m’intimant l’ordre de continuer, de finir ce que nous avons commencé sous le nez de l'Église.
Ma résistance s'effrite. Le risque est un aphrodisiaque trop puissant. Je commence à bouger, très lentement, un millimètre à la fois. Le glissement de ma verge dans son antre saturé de fluides produit un bruit de succion discret, mais qui me paraît hurler dans le silence de la pièce. Chaque va-et-vient est une décharge électrique. Je sens sa chair mordre la mienne, l'humidité de son sexe qui lubrifie chacun de mes mouvements avec une générosité obscène.
Je suis le prêtre, elle est l'autel, et ce que nous faisons est une messe noire.
— Je reviens dans cinq minutes, Julian. J’espère pour votre âme que vous avez une explication valable.
Les pas de l'Évêque s'éloignent enfin, mais je sais que ce n'est qu'un sursis. Le compte à rebours est lancé. Cinq minutes avant que la porte ne s'ouvre sur l'infamie.
Au lieu de me retirer, au lieu de fuir, la rage et le désir explosent en moi. Puisqu'il nous reste cinq minutes avant l'enfer, je vais m'assurer que nous le méritions vraiment. Je retire brutalement ma main de sa bouche. Elle aspire une grande bouffée d'air, ses narines palpitantes, ses pupilles dilatées par l'excitation pure.
— Baise-moi, Julian, siffle-t-elle, sa voix rauque de luxure. Fais-le avant qu'il ne revienne. Fais-moi crier si fort qu'il nous entendra depuis le transept.
Je la saisis par la nuque, forçant son visage vers le mien. L'odeur de son excitation est partout, une fragrance de musc et de péché qui emplit mes poumons. Je n'essaie plus d'être silencieux. Je m'enfonce en elle d'un coup sec, brutal, jusqu'à la garde. Elle arque le dos, sa poitrine se soulevant violemment, un cri de plaisir pur mourant dans sa gorge alors que je commence à la pilonner avec une fureur sauvage.
Le bois de l'armoire grince contre le mur à chaque choc de nos bassins. C’est un rythme sourd, obscène, qui marque le temps qu'il nous reste. Je vois la sueur briller sur sa peau diaphane, je sens l'odeur de nos corps qui s'entrechoquent, le mélange de ma semence latente et de son plaisir qui commence à maculer ses cuisses.
Je ne suis plus un homme de Dieu. Je ne suis qu’un mâle en proie à une bête qui réclame son dû. Je la regarde se décomposer sous moi, ses yeux se révulsant alors que je cogne contre son col, cherchant à marquer son corps de mon empreinte avant que le monde ne s'écroule.
Le bruit des pas revient déjà dans le couloir. Plus rapides. Plus nombreux. Il n'est pas seul.
— Julian ? J'ai les clés.
Le métal froid glisse dans la serrure. Je sens le spasme arriver, cette montée incontrôlable qui me tord les entrailles, alors que le pêne s'apprête à reculer. Elena sourit, les lèvres rouges, prête à recevoir le jugement dernier en plein orgasme. Elle resserre ses jambes autour de ma taille, me verrouillant en elle, m'empêchant toute retraite.
— Reste en moi, ordonne-t-elle dans un souffle démoniaque. Ne sors pas. Laisse-les voir.
La porte commence à s'entrouvrir, laissant filtrer un rai de lumière crue du couloir sur le désordre de nos corps enlacés.
Le cliquetis du métal contre le pêne résonne dans mon crâne comme un coup de glas. C’est la fin. La fin du secret, la fin de la soutane, la fin de l’homme que j’ai prétendu être. Mais alors que la panique devrait me paralyser, c’est une fureur animale qui prend le dessus. Elena me défie du regard, ses pupilles dilatées par l’adrénaline et le plaisir, ses jambes croisées derrière mes reins comme des chaînes d'acier. Elle ne veut pas que je me cache. Elle veut que je l'achève devant les yeux de Dieu et de ses serviteurs.
La porte pivote lentement. Un centimètre. Deux. Le rai de lumière crue du couloir déchire l’obscurité de la sacristie, balayant le sol jonché de nos vêtements de lin et de soie.
— Julian ? répète la voix de l'évêque, plus proche, plus suspicieuse.
Je ne réponds pas. Je ne peux pas. Mon souffle est un râle étouffé contre l'épaule d'Elena. Je sens son humidité brûlante m'engloutir, ses muscles vaginaux me broyer dans une série de spasmes électriques. Je suis à la limite, au bord du gouffre, et sa provocation est le dernier coup de pouce nécessaire.
Je plonge.
Je cesse de lutter contre l'inévitable. Je saisis ses hanches avec une violence qui laissera des marques mauves sur sa peau laiteuse, et je cogne. Je ne suis plus dans la caresse, je suis dans la destruction. À chaque coup de boutoir, le bruit de nos chairs qui s'entrechoquent — ce claquement humide et obscène — semble hurler notre péché à travers la pièce.
— Oh... mon Dieu... murmure-t-elle, mais ce n'est pas une prière.
La porte s'ouvre en grand. La silhouette massive de l'évêque se découpe en contre-jour. Je le vois, du coin de l’œil, se figer. Je vois l’ombre de son chapelet osciller alors qu’il réalise l’horreur de la scène. Mais je ne m’arrête pas. Au contraire, je redouble de férocité. Je veux qu’il voie tout. La sueur qui perle sur mon dos cambré, le balancement rythmique de mes couilles contre son périnée, et le visage d'Elena, transfiguré par une extase qui frôle l'agonie.
Je suis au plus profond d'elle, là où la chaleur devient insupportable. Je sens le col de son utérus heurter le gland de mon sexe à chaque poussée, un choc sourd qui résonne jusque dans ma colonne vertébrale. Elena rejette la tête en arrière, sa gorge offerte, ses mains s'enfonçant dans mes fesses pour me coller encore plus étroitement contre sa vulve béante. Elle est inondée, nous sommes trempés de nos fluides mêlés, une mélasse poisseuse qui lubrifie notre chute finale.
— Julian... qu'as-tu fait ? la voix de l'évêque tremble, chargée de dégoût et d'un effroi sacré.
Je tourne la tête vers lui, juste une seconde, mes yeux injectés de sang rencontrant les siens. Je ne lâche pas le regard alors que je donne les trois derniers coups, les plus profonds, les plus dévastateurs. Je sens le barrage céder.
— Je prends ce qui est à moi, grogné-je entre mes dents serrées.
C’est l’explosion.
Mon sperme jaillit en jets brûlants, une lave blanche qui vient frapper le fond de ses entrailles. Je me cambre, le ventre collé au sien, alors que mon sexe tressaille violemment à l'intérieur d'elle, se vidant jusqu'à la dernière goutte de ma piété. Elena hurle, un cri long, rauque, qui déchire le silence de la cathédrale. Ses parois internes se contractent sur moi dans un rythme erratique, aspirant mon foutre, le gardant prisonnier de son corps comme un trophée.
Je reste là, suspendu au-dessus d'elle, le sexe encore enfoncé jusqu'à la garde dans sa chair palpitante. Le silence qui suit est plus lourd que toutes les sermons que j'ai jamais prononcés. L'odeur est écrasante : l'encens froid mêlé à l'odeur métallique du sexe, de la sueur et de la semence qui commence déjà à glisser sur les cuisses d'Elena pour tacher le tapis de l'autel.
L'évêque recule d'un pas, sa main couvrant sa bouche. Il vacille, comme si le sol sacré se dérobait sous ses pieds.
— Sortez, murmure-t-il d'une voix brisée. Sortez de cette maison. Vous êtes excommuniés. Tous les deux.
Elena laisse échapper un rire étouffé, un son cristallin et maléfique. Elle porte ses mains à mon visage, m'attirant pour un baiser qui goûte le sel et le triomphe. Elle se moque du salut. Elle se moque de l'excommunication. Elle sait qu'elle m'a possédé bien plus profondément que n'importe quelle foi ne le pourra jamais.
Je me retire lentement d'elle. Le bruit de succion lorsque mon membre quitte son corps est la signature finale de notre pacte. Je vois mon foutre s'écouler librement d'elle, une traînée laiteuse sur ses draps de peau. Je ne ressens aucune honte. Juste une clarté brutale.
Je me redresse, nu et magnifique dans ma déchéance, face à l'homme qui représentait autrefois mon père spirituel. Je ramasse ma chemise, ignorant les tremblements de mes mains.
— La maison de Dieu était vide bien avant que j'y entre, Monseigneur, dis-je d'une voix basse, dénuée de tout remords. Ce soir, elle est enfin vivante.
Je tends la main à Elena. Elle la saisit, ses doigts s'entrelaçant aux miens avec une possession féroce. Nous passons devant l'évêque sans un regard de plus, laissant derrière nous les restes de ma vie de sainteté.
Dehors, la nuit est noire et l'air est froid, mais sous ma peau, le feu d'Elena brûle encore. Nous marchons vers l'obscurité, non pas comme des bannis, mais comme des conquérants. L'église est derrière nous. L'enfer nous attend, et pour la première fois de ma vie, j'ai hâte d'y brûler.
FIN DU CHAPITRE.
Notre Propre Religion
L’air nocturne est un rasoir qui tranche le reste de ma ferveur. Dehors, devant les marches de Saint-Jude, la ville semble morte, étouffée par une brume poisseuse qui rampe sur l’asphalte comme un reproche. Mais sous ma chemise froissée, contre ma peau encore moite du sexe d'Elena, je ne ressens que l'incandescence. Le froid ne m'atteint pas ; il ne fait qu'attiser le brasier que cette femme a allumé dans mes entrailles.
Je serre sa main. Mes doigts s’enfoncent dans sa chair avec une rudesse que je ne cherche plus à masquer. Je ne suis plus le Père Julian, ce berger de pacotille aux paroles de miel et au cœur de cendre. Je suis l'homme qui a goûté au fruit, qui l’a broyé entre ses dents, et qui en redemande jusqu’à l’asphyxie.
Nous marchons dans l'ombre portée de la cathédrale, longeant les murs de pierre froide jusqu'à la petite porte dérobée de mon presbytère. Le silence est total, seulement rompu par le claquement de nos pas et le froissement de la robe d'Elena. Elle ne dit rien. Elle n'a pas besoin de parler. Je sens son regard brûler mon profil, je sens son besoin de soumission vibrer dans l'air, une fréquence que moi seul peux capter. Elle cherche la main qui va l'écraser, et je cherche l'autel sur lequel je vais finir de la sacrifier.
Je pousse la lourde porte en chêne. Elle grince, une plainte sourde qui résonne dans le vestibule sombre. L'odeur ici est différente : c'est un mélange de cire d'abeille, de vieux papier, de poussière séculaire et, désormais, de l'odeur musquée de notre péché. Je referme le verrou derrière nous. Le déclic métallique sonne comme le point final de ma vie passée.
— Julian… souffle-t-elle.
Son nom dans sa bouche est une profanation. Sa voix est éraillée, encore chargée des cris qu’elle a poussés sous moi. Je ne me retourne pas tout de suite. Je savoure le pouvoir de sa présence dans mon espace privé, cet endroit qui devait être consacré à la méditation et qui va devenir le théâtre de notre déchéance finale.
Je me tourne lentement. La faible lueur d’un lampadaire extérieur filtre à travers les vitraux étroits, jetant des reflets bleutés et violacés sur son visage. Elle est magnifique de désordre. Ses cheveux blonds sont un nid de nœuds, ses lèvres sont gonflées, mordues jusqu'au sang, et ses yeux… ses yeux sont deux puits d'ombre où ne subsiste qu'une faim dévorante.
Je m'approche d'elle. Chaque pas est pesant, délibéré. Je réduis l'espace jusqu'à ce que je puisse sentir la chaleur qui émane de son corps, ce rayonnement sauvage qui me nargue. Je lève la main et saisis sa mâchoire. Mes doigts se logent sous l’os, l’obligeant à lever la tête, à m'offrir cette gorge qu'elle rêve de me voir serrer.
— Tu as entendu ce que j'ai dit à l'Évêque, Elena ? ma voix est un grondement sourd, vibrant de cette autorité sombre que j'utilisais pour plaider des causes perdues avant de porter la soutane.
Elle frémit. Ses cils battent contre ses joues pâles.
— Oui, murmure-t-elle, son souffle venant mourir sur mes lèvres.
— L'église est vide. Dieu est parti. Il ne reste que nous. Et ce que je vais te faire n'aura rien d'une bénédiction.
Je fais glisser ma main de sa mâchoire à sa nuque, enroulant mes doigts dans ses cheveux pour tirer sa tête en arrière. La tension est immédiate. Je vois ses narines se dilater, j'entends son cœur s'emballer contre sa poitrine, un tambour de guerre qui appelle l'assaut.
Je l’entraîne vers mon bureau, une pièce exiguë encombrée de rayonnages croulant sous les écrits théologiques. Je balance d’un revers de main un tas de manuscrits et un crucifix en bois qui traînaient sur la table massive. Le bruit des objets tombant au sol est un sacrilège nécessaire. Je la soulève par la taille et l'assois brutalement sur le bois froid et dur.
Elle lâche un petit cri, un mélange de surprise et d’excitation pure. Ses jambes s'écartent d'instinct, sa robe remontant haut sur ses cuisses. Je vois encore les traces rouges de mes doigts sur sa peau diaphane, les stigmates de notre précédente union dans la nef. Mon sang cogne contre mes tempes. L'envie de la posséder ici, au milieu de mes livres, de souiller chaque centimètre de ce bureau de mes fluides et des siens, est une pulsion animale que je ne cherche plus à contenir.
Je m'insinue entre ses cuisses, sentant le contact du bois contre mon bassin. Je penche mon visage vers le sien, mes lèvres effleurant son oreille.
— Tu voulais la libération, Elena ? Tu voulais voir ce qu'il y a derrière le voile ?
Je descends ma main le long de son ventre, sentant les muscles se contracter sous mon passage. Je plonge mes doigts sous le tissu fin de ses sous-vêtements, trouvant immédiatement l’humidité brûlante qui témoigne de son impatience. Elle est déjà prête. Elle est une plaie ouverte qui ne demande qu'à être explorée.
— Je vais te donner une nouvelle religion, dis-je d’une voix que je ne reconnais même plus, tant elle est chargée de luxure. Une religion où ton seul Dieu sera le plaisir que je t’arracherai, et ta seule prière sera ton propre nom hurlé dans cette chambre.
Je sors mes doigts, luisants de son désir, et je les porte à ses lèvres.
— Goûte, ordonné-je. Goûte à ce que nous sommes devenus.
Elle obéit sans hésiter, ses yeux ancrés dans les miens, aspirant mes doigts avec une dévotion qui me donne envie de la briser. Le jeu de pouvoir vient de changer de niveau. Nous ne sommes plus dans la séduction. Nous sommes dans la consommation totale.
Je commence à déboutonner ma chemise avec une lenteur calculée, ne la quittant pas du regard. Chaque bouton qui saute est un rempart qui s’effondre. Je veux qu'elle voie l'homme sous le prêtre. Je veux qu'elle voie la bête que son éducation et ma foi avaient tenté d'enchaîner.
— Regarde-moi, Elena. Regarde bien ce que tu as libéré.
La lumière des vitraux souligne les muscles de mon torse, la cicatrice que je porte au flanc, vestige de ma vie d'avant. Je vois son regard dévorer ma peau, je vois ses mains trembler d'envie de me toucher. Mais je ne la laisse pas faire. Pas encore. Le contrôle est ma drogue, et elle est ma proie consentante.
Je saisis le bord de sa robe et je la déchire d'un coup sec, du col jusqu'à la taille. Le bruit du tissu qui cède est le signal. L'air frais de la pièce frappe sa peau nue, faisant pointer ses mamelons sous mes yeux avides. Elle a un sursaut, ses seins se soulevant au rythme de sa respiration saccadée.
— Julian… pitié…
— Il n’y a pas de pitié ici, Elena. Juste la vérité.
Je me penche et je capture un de ses tétons entre mes dents, mordant juste assez pour lui arracher un gémissement de douleur exquise. Ma main libre descend entre ses jambes, explorant sa moiteur avec une ferveur brutale, cherchant le petit bouton de chair qui commande ses sens. Je le trouve, je le presse, je le tourmente, pendant que ma langue trace des cercles de feu sur sa poitrine.
Elle rejette la tête en arrière, son dos se cambrant sur le bureau. Le bois gémit sous son poids. Elle est à moi. Corps, âme et péché. Et nous ne faisons que commencer.
Le gémissement qu'elle lâche n'est pas un appel à l'aide, c'est une reddition. Un son guttural qui vibre contre ma mâchoire alors que je continue de malmener son téton avec une précision chirurgicale. Je sens son cœur battre contre ma joue, un tambour affolé qui réclame davantage de violence, davantage de moi.
Je retire mes doigts de sa dentelle pour saisir ses hanches. Le tissu de sa culotte est déjà une insulte, une barrière inutile que je réduis à néant d'un geste sec. Le bruit du craquement de la soie se mêle au sifflement de sa respiration. Je la soulève légèrement pour l'asseoir plus fermement sur le bord du bureau, ses jambes s'ouvrant instinctivement pour m'accueillir.
— Regarde-moi, Elena.
Ma voix est un grondement sourd, chargé d'une promesse de dévastation. Elle rouvre les yeux, ses pupilles sont tellement dilatées que l'iris sombre n'est plus qu'un mince liseré de désespoir et d'envie. Elle tremble. Ses mains cherchent mes épaules, ses ongles s'enfonçant dans le cuir de ma veste, cherchant un ancrage dans la tempête que je déchaîne.
Je baisse les yeux sur elle. Elle est magnifique ainsi, offerte sur cet autel de bois sombre, les restes de sa robe déchirée encadrant son corps comme les lambeaux d'une innocence qu'elle a abandonnée il y a bien longtemps. Entre ses cuisses, la chair est rose, gonflée, luisante. Je peux sentir l'odeur de son excitation, un parfum musqué et sucré qui emplit mes narines et embrase mon sang.
— Tu es tellement trempée, murmuré-je en glissant un doigt le long de sa fente. Tu m'attendais, n'est-ce pas ? Tu mouillais déjà pour moi alors que je te parlais de péché tout à l'heure.
Elle ne répond que par un hoquet, sa tête retombant en arrière alors que j'enfonce deux doigts en elle d'un coup. Elle est serrée, brûlante, m'aspirant comme si elle voulait me dévorer de l'intérieur. Je commence un mouvement de va-et-vient lent, cruellement lent, sentant chaque pli de sa chair se contracter autour de mes phalanges.
— Dis-le, ordonné-je. Dis-moi ce que tu veux que je te fasse sur ce bureau.
— Je… Julian… s’il te plaît… je veux que tu me brises.
Un rire sombre m’échappe. Je retire mes doigts, laissant un fil de salive et de cyprine relier sa peau à ma main. Je ne lui donne pas ce qu'elle veut. Pas encore. Je veux qu'elle rampe. Je veux qu'elle sente chaque seconde de cette attente.
Je déboutonne mon pantalon avec une lenteur calculée. Le cuir de ma ceinture claque, un son sec qui la fait tressaillir. Mes yeux ne quittent pas les siens alors que je me libère, mon sexe pulsant d'une rage contenue, dur comme la pierre, réclamant son dû. Je vois son regard descendre, ses lèvres s'entrouvrir sur une inspiration brisée. Elle est fascinée par l'instrument de sa propre chute.
Je saisis ses chevilles et je les ramène vers moi, forçant ses genoux à monter jusqu'à ses épaules. Elle est maintenant totalement exposée, vulnérable, le centre de son plaisir offert à ma vue sous la lumière crue de la pièce. Je me penche, mes mains s'appuyant de chaque côté de son corps, l'enfermant dans ma cage de muscles et d'acier.
— Tu penses mériter le paradis, Elena ? soufflé-je contre son oreille, sentant son souffle chaud sur mon cou.
Je descends ma tête, ma langue venant lécher la commissure de ses lèvres avant de descendre, lentement, le long de sa gorge, traçant un chemin de feu sur son sternum, entre ses seins qui pointent avec arrogance. Je m'arrête juste au-dessus de son nombril, sentant les muscles de son ventre se contracter sous l'effet de l'anticipation.
— Le paradis est une prison pour les gens comme nous, continué-je. Ici, dans cette ombre, nous sommes les seuls dieux.
Je saisis ses fesses à pleines mains, enfonçant mes doigts dans la chair rebondie, et je la tire vers le bord extrême du bureau. Ses pieds ne touchent plus rien, elle n'est maintenue que par ma poigne et par le désir qui la consume. Je me place entre ses jambes, ma virilité frottant contre sa moiteur sans encore pénétrer. Le contact du gland contre son clitoris lui arrache un cri aigu, un appel au secours qui meurt dans sa gorge alors que je commence à me frotter contre elle avec une force animale.
— Julian… maintenant… je t'en supplie…
Sa voix n'est plus qu'un souffle éraillé. Elle se griffe les cuisses, ses hanches s'agitant désespérément pour combler le vide, pour me forcer à entrer. Je sens sa chaleur m'envahir, la succion de sa peau contre la mienne. La sueur commence à perler sur mon front, se mélangeant à la sienne.
— Pas encore, décrété-je en reculant d'un pouce, juste assez pour la torturer. Je veux d'abord goûter à ton offrande.
Je m'abaisse, plongeant mon visage entre ses cuisses ouvertes. L'odeur m'étourdit. Je saisis ses hanches plus fermement, mes pouces écartant ses lèvres charnues pour révéler le bouton de chair rougeoyante qui palpite de besoin. Ma langue jaillit, plate et rugueuse, et je donne un grand coup de bas en haut, recueillant tout son jus d'un trait.
Elle hurle, son dos se cambrant si violemment que j'entends le bois du bureau craquer sous la pression. Ses mains se perdent dans mes cheveux, tirant, griffant, alors que je m'acharne sur elle. Je ne lui laisse aucun répit. J'aspire son clitoris entre mes lèvres, le malaxant avec une ferveur blasphématoire, tandis que j'enfonce de nouveau mes doigts en elle, simulant l'acte que son corps réclame à cor et à cri.
L'air dans la pièce est devenu lourd, saturé d'électricité et d'hormones. Le son de mes succions et de ses gémissements saccadés compose la seule musique de notre messe privée. Elle est au bord du précipice, je le sens aux spasmes qui commencent à secouer ses jambes, à la manière dont ses doigts se crispent sur mon crâne.
— Donne-le-moi, Elena. Verse ton sang sur mon autel.
Je force le rythme, mes doigts s'enfonçant plus profondément, ma langue devenant un fouet implacable. Elle se liquéfie littéralement sous moi, ses fluides coulant sur mes mains, sur mes lèvres, marquant mon visage de son sceau. Elle est en train de se briser, de perdre toute notion d'identité, de temps et d'espace. Il n'y a plus que cette douleur exquise, ce feu qui la dévore.
Et alors qu'elle commence à convulser, je me redresse brusquement, lui refusant l'orgasme complet au dernier moment. Je la regarde, haletante, les yeux révulsés, ses membres tremblant d'un besoin inassouvi qui confine à l'agonie.
— Tu n'as pas encore ma permission de finir, murmuré-je en saisissant mon sexe pour le positionner à l'entrée de son antre brûlante. On n'en est qu'au début de ta pénitence.
Je sens la pointe de mon gland forcer le passage, l'étirant, la conquérant pouce après pouce, et je savoure la grimace de plaisir douloureux qui déforme son beau visage. Elle est si serrée que c'en est une agonie pour moi aussi, mais je ne recule pas. Je veux tout prendre. Je veux qu'elle se souvienne de ce moment comme de la seconde où elle a cessé d'appartenir à ce monde pour devenir une extension de mon propre désir.
Je m'enfonce d'un coup sec, défonçant ses dernières barrières, et le cri qu'elle pousse alors n'est plus humain. C'est le cri d'une âme qui vient de trouver sa véritable religion.
Je reste là, immobile, niché au plus profond de son sanctuaire de chair. Je sens chaque fibre de son sexe se contracter autour du mien, un étau de velours brûlant qui tente de digérer l'intrus que je suis. Elle tremble sous moi, une vibration sismique qui part de son bassin pour électriser chacun de ses nerfs. Ses doigts s'enfoncent dans mes trapèzes, ses ongles cherchant la prise dans ma peau, marquant son territoire dans la douleur.
— Regarde-moi, ordonné-je d'une voix qui n'est plus qu'un grognement caverneux.
Ses paupières papillonnent, luttant contre l'extase qui menace de la noyer. Quand ses iris trouvent les miens, j'y vois un abîme de dévotion et de souffrance exquise. Elle est à moi. Totalement. Irréparablement.
Je commence à me retirer, avec une lenteur calculée, une torture délibérée. Je sens le vide que je crée, l'aspiration de sa muqueuse contre mon gland, le glissement poisseux et sonore de nos sucs mêlés. Je recule jusqu'à ce que seule la pointe de mon sexe demeure à l'entrée de son antre, la laissant béante, affamée, pantelante. Ses hanches se soulèvent instinctivement, cherchant à combler le manque, mais je la plaque contre le matelas de tout mon poids.
— Pas encore, soufflé-je contre ses lèvres ensanglantées par ses propres dents.
Puis, je frappe. Un coup de boutoir sauvage, total, qui nous fait gémir à l'unisson. Le bruit de l'impact, ce claquement de peau contre peau, résonne dans la pièce comme un coup de tonnerre. Je n'attends pas qu'elle reprenne son souffle. Je repars, plus vite, plus fort. Je ne cherche plus la finesse, je cherche l'annihilation.
Chaque va-et-vient est une profanation. Je sens l'humidité s'intensifier, le lubrifiant naturel de son désir qui gicle à chaque assaut, inondant mes couilles, poissant nos cuisses. C'est un carnage de plaisirs. Ma queue frappe son col, ce point sensible qui la fait basculer dans la folie, et à chaque choc, son corps se cambre comme si elle recevait une décharge électrique.
Ses cris ne sont plus des mots, ce sont des sons primaux, des râles de bête blessée qui demande grâce tout en en réclamant davantage. Sa sueur perle sur son front, coule entre ses seins écrasés contre mon torse, et j'en lèche le sel sur son cou, mordant la peau tendre de son épaule pour y ancrer mon empreinte. L'odeur de notre sexe, musquée, métallique, entêtante, remplit mes poumons, m'enivrant plus que n'importe quelle drogue.
— Je vais te briser, murmuré-je, le souffle court, les muscles de mes bras bandés à rompre sous l'effort. Je vais te démolir pour mieux te reconstruire à mon image.
Je saisis ses jambes et les rabats sur mes épaules, m'ouvrant un accès total, indécent. Je vois tout : le va-et-vient frénétique de ma chair sombre s'engouffrant dans la sienne, rosie, gonflée par l'afflux de sang. Ses lèvres génitales sont totalement retournées, embrassant ma base à chaque poussée. C'est graphique, c'est obscène, c'est la plus belle chose que j'aie jamais vue.
La cadence s'accélère. Je suis une machine de guerre, un dieu colérique exigeant son sacrifice. Je ne sens plus la fatigue, seulement cette pression insoutenable à la base de mon échine, ce feu liquide qui sature mes couilles. Elle, elle est en transe. Ses yeux se révulsent, ne laissant paraître que le blanc, tandis que sa tête bascule de gauche à droite, ses cheveux s'étalant comme une traînée de poudre sur l'oreiller.
— S'il te plaît... murmure-t-elle dans un souffle agonisant. S'il te plaît... prends-moi... détruis-moi...
C'est le signal. Le moment où la prière devient un cri.
Je m'enfonce une dernière fois, jusqu'à la garde, avec une violence qui nous arrache à la réalité. Je bloque mes hanches contre les siennes, la clouant au lit. Le spasme arrive, violent, dévastateur. Son sexe se contracte par vagues spasmodiques, des morsures internes qui me tirent des larmes de plaisir. Elle explose, son corps entier se raidissant dans une convulsion finale, un cri silencieux figé sur ses lèvres.
Et alors, je lâche tout.
Je sens mon propre foutre jaillir en jets brûlants, une inondation qui remplit ses profondeurs, un baptême de semence et de feu. Je vide tout ce que j'ai en moi, chaque goutte de mon obsession, chaque fragment de ma noirceur. C'est une agonie blanche, un effondrement des sens qui me laisse vide, exsangue, mais enfin complet.
Pendant de longues minutes, le seul bruit dans la chambre est celui de nos respirations hachées, de nos cœurs qui battent la chamade contre nos côtes respectives. Je reste en elle, refusant de rompre le contact, sentant les derniers soubresauts de son orgasme mourir lentement autour de moi. La sueur nous colle l'un à l'autre, nos fluides s'écoulant lentement sur les draps froissés, témoignages silencieux de notre débauche.
Je me redresse sur mes coudes pour plonger mon regard dans le sien. Elle est dévastée, magnifique de ruine. Ses yeux retrouvent peu à peu leur focus, et je vois l'éclat de notre pacte secret briller au fond de ses pupilles.
Il n'y a plus de pardon possible. Plus de retour en arrière. Nous avons brûlé les ponts avec le monde des hommes pour nous enfermer dans ce temple de chair.
— Amen, murmuré-je en déposant un baiser de propriétaire sur son front trempé.
Elle esquisse un sourire faible, presque imperceptible, le sourire d'une martyre qui a trouvé son paradis en enfer. Nous ne sommes plus des amants. Nous sommes une religion. Et ce soir, nous avons célébré notre première messe noire.
Je me laisse retomber contre elle, l'enveloppant de mes bras comme on protège un trésor volé, alors que le silence de la nuit reprend ses droits, lourd d'une promesse d'éternité et de damnation partagée.