Compte Ton Or Et Saigne

Par Marcus V.Heist

Rome étouffe sous trente degrés. L'air poisse. Le goudron rejette la chaleur du jour. Matteo attend dans l'ombre d'une ruelle étroite. La Villa Rossi surplombe la colline. Les murs de pierre blanche brillent sous la lune. Des caméras pivotent sur leurs axes. Le balayage est constant. Régulier. La v...

Cible Précise

Rome étouffe sous trente degrés. L'air poisse. Le goudron rejette la chaleur du jour. Matteo attend dans l'ombre d'une ruelle étroite. La Villa Rossi surplombe la colline. Les murs de pierre blanche brillent sous la lune. Des caméras pivotent sur leurs axes. Le balayage est constant. Régulier. La ville gronde au loin. Des sirènes hurlent vers le Trastevere. Un incendie dévore un entrepôt près du Tibre. La fumée noire monte dans le ciel. Elle masque les étoiles. C'est une diversion. Matteo a payé les types pour ça. Le chaos occupe la police. La zone autour de la villa reste calme. Trop calme. Matteo pose le Beretta sur ses genoux. Le métal est froid contre sa peau. Il retire le chargeur. Quinze cartouches de neuf millimètres. Il vérifie l'amorce de la première balle. Le ressort résiste. Il réinsère le bloc. Un clic sec verrouille l'ensemble. Il tire la culasse. Une cartouche monte en chambre. Le percuteur est armé. Il engage la sûreté. Ses mains ne tremblent pas. La cicatrice sur sa joue gauche tire un peu. Il ne bouge pas. Elena manipule sa tablette. Ses doigts courent sur l'écran tactile. Elle porte un casque noir. Ses cheveux rasés accrochent la lumière résiduelle. Elle observe les flux thermiques. Trois gardes marchent sur la terrasse nord. Ils portent des fusils d'assaut. Des HK MP5. Elle note les intervalles de ronde. Six minutes entre chaque passage. Elle ajuste la fréquence de son émetteur. Le signal sature les capteurs de mouvement. La villa ressemble à un bunker. Les fenêtres ont des vitres blindées. L'acier remplace le bois. Don Rossi dort au premier étage. Son or repose vingt mètres plus bas. Matteo regarde sa montre. Vingt-deux heures. Le timing est la seule règle. Matteo se lève. Il ajuste son gilet pare-balles. Les plaques de céramique pèsent lourd sur ses épaules. Il vérifie ses couteaux. Deux lames fixes à la ceinture. Un cran d'arrêt dans la botte droite. Il prend le sac de sport noir. Les outils de découpe thermique sont à l'intérieur. Elena débranche son matériel. Elle range tout dans son sac à dos. Elle fait un signe de la main. Trois doigts levés. Trois minutes avant l'extinction des projecteurs extérieurs. Ils traversent la route. Leurs semelles de gomme ne font aucun bruit sur l'asphalte. Ils escaladent le mur d'enceinte. Le fil barbelé est sectionné proprement. Matteo retombe souplement de l'autre côté. Il se plaque contre une haie de buis. Elena suit. Elle pointe une direction. La porte de service. Le lecteur de badge clignote au rouge. Elle sort un décodeur. Les fils se touchent. Le voyant passe au vert. Le loquet se libère. L'air intérieur est filtré. Il sent la cire et le vieux papier. Le marbre du hall est froid sous les chaussures. Matteo progresse en tête. Il tient son arme à deux mains. Les coudes sont verrouillés. Il balaie les angles. Une ombre bouge au bout du couloir. Un garde. Matteo ne ralentit pas. Il vise le centre de la masse. Le silencieux étouffe la détonation. Un bruit de toux sèche. La balle perfore le sternum. Le garde bascule en arrière. Son crâne heurte le sol. Pas de cri. Matteo s'approche. Il vérifie le pouls carotidien. Rien. Il traîne le corps derrière une statue de marbre. Le sang tache la pierre blanche. Une flaque sombre s'étend. Elena ne regarde pas le mort. Elle se concentre sur le clavier de l'ascenseur. Elle entre le code de maintenance. La cabine monte. Ils entrent. Elle appuie sur le bouton du sous-sol. Les portes se ferment. Le miroir de l'ascenseur renvoie leurs reflets. Matteo a le regard fixe. Elena vérifie l'heure. Ils ont deux minutes d'avance sur le planning. Le moteur de l'ascenseur ronronne. Les chiffres défilent sur l'écran. -1. -2. -3. La pression change dans les oreilles. L'air devient plus dense. L'odeur d'huile de moteur domine. Ils arrivent au niveau de la chambre forte. Les portes s'ouvrent sur un couloir d'acier. Matteo change de chargeur par précaution. Le plein pour le vide. Il range le chargeur entamé dans sa poche. Elena sort ses capteurs acoustiques. Le coffre est là. Une masse circulaire de trois tonnes. Les verrous sont hydrauliques. Le plan entre dans sa phase critique. Elena pose les ventouses sur la paroi d'acier. Elle branche les câbles à son ordinateur. L'écran affiche des ondes sinusoïdales. Elle tourne lentement la molette de fréquence. Matteo surveille le couloir. Il écoute les bruits de la structure. Le béton craque sous la pression du sol. "Trente secondes", chuchote Elena. Elle n'attend pas de réponse. Elle ajuste son casque. Le premier disque de la serrure tombe. Un clic métallique résonne dans le couloir. Puis un deuxième. Le mécanisme est complexe. Rossi a payé cher pour cette sécurité. Elena transpire. Une goutte coule le long de sa tempe. Elle ne l'essuie pas. Le troisième disque s'aligne. Un grognement hydraulique s'échappe de la porte. Les pênes d'acier se rétractent. La porte s'entrouvre de quelques centimètres. L'air pressurisé s'échappe avec un sifflement. Matteo saisit la poignée. Il tire. La masse de trois tonnes pivote sur ses charnières. L'intérieur est plongé dans le noir. Il allume sa lampe torche. Le faisceau balaie les étagères. Les lingots d'or brillent. Ils sont empilés avec précision. Des briques de métal jaune. Deux cents millions. "On charge", dit Matteo. Il ouvre les sacs. Il attrape le premier lingot. Douze kilos. Le métal est lourd. Il le dépose au fond du sac. Elena l'aide. Ils travaillent en silence. Le rythme est soutenu. Leurs muscles brûlent. Ils ignorent la douleur. Chaque lingot est une étape vers la sortie. Soudain, une lumière rouge s'allume au plafond. Une sirène stridente déchire le silence du sous-sol. Le son est physique. Il frappe les tympans. "L'alarme silencieuse a sauté", crie Elena. Matteo ne s'arrête pas. Il jette un dernier lingot dans le sac. Il ferme la fermeture éclair. Il attrape son arme. "Par l'escalier de service", ordonne-t-il. Ils courent vers la sortie. Leurs pas résonnent sur le métal. En haut, les gardes crient. Des ordres sont hurlés. Des chiens aboient. La villa se réveille. Le piège se referme. Matteo vérifie son chargeur une dernière fois. Le premier impact est proche. Il sent l'adrénaline dans sa gorge. Le goût est métallique. Il pousse la porte de l'escalier. Un garde apparaît en haut des marches. Matteo lève son bras. Il presse la détente deux fois. Le garde s'effondre. Il dévale les marches. Matteo l'enjambe. Elena suit de près. Elle tient son sac contre sa poitrine. Ils arrivent au rez-de-chaussée. Le hall est inondé de lumière. Quatre gardes sont en position derrière les colonnes de marbre. Les fusils HK sont braqués sur la sortie de l'escalier. Matteo lance une grenade fumigène. Le gaz blanc envahit l'espace en trois secondes. Les tirs éclatent. Les balles ricochent sur les murs. Les statues volent en éclats. Matteo tire au jugé. Il avance dans le brouillard. Il sent la chaleur des projectiles qui passent près de lui. Il atteint la première colonne. Il contourne l'obstacle. Un garde recharge son arme. Matteo lui loge une balle dans la gorge. Le sang asperge le marbre. Il récupère le fusil d'assaut du mort. Il change de calibre. La puissance de feu augmente. "Elena, à gauche !" Elle plonge derrière un canapé en cuir. Les balles déchirent le rembourrage. Les plumes volent comme de la neige. Matteo arrose la zone. Il vide le chargeur du HK. Les gardes reculent. Ils ne s'attendaient pas à cette violence. Ils atteignent la grande baie vitrée. Matteo utilise la crosse de son fusil pour briser le verre. Les éclats tombent comme des diamants. Ils sautent sur la pelouse. Les projecteurs de la villa les balaient. "La voiture est à cent mètres", souffle Elena. Ils courent sur l'herbe rase. Les chiens sont lâchés. Deux bergers allemands foncent vers eux. Matteo s'arrête. Il vise. Deux coups. Les bêtes s'écroulent dans leur élan. Il reprend sa course. La clôture est devant eux. Matteo aide Elena à passer. Il jette les sacs par-dessus le mur. Il grimpe à son tour. Une balle lui érafle l'épaule. Il ne sent rien. Il bascule de l'autre côté. La voiture attend dans le fossé. Un moteur V8 qui tourne au ralenti. Ils jettent l'or dans le coffre. Matteo prend le volant. Il écrase l'accélérateur. Les pneus hurlent sur l'asphalte. La Villa Rossi s'éloigne dans le rétroviseur. Rome brûle toujours à l'horizon. Le métal est à l'arrière. Le sang est sur leurs mains. Le plan a fonctionné. Pour l'instant.

Zone d'Ombre

Le mur de la Villa Rossi mesure quatre mètres de haut. Le béton est brut. Des morceaux de verre pilé protègent le sommet. Matteo pose son sac au pied de l'obstacle. Il sort un grappin en alliage de titane. La corde est en nylon tressé noir. Il lance l'objet vers la crête. Le métal mord la pierre avec un choc sourd. Matteo tire deux fois pour tester la prise. La corde reste tendue. Il fait un signe de tête à Elena. Elena porte une combinaison en fibre synthétique. Elle ne reflète pas la lumière. Elle grimpe la première. Ses mouvements sont fluides. Elle atteint le sommet en dix secondes. Elle s'allonge sur le plat du mur. Elle observe l'intérieur du domaine. Le parc est vaste. Des projecteurs balayent les allées de gravier. Matteo monte à son tour. Ses bottes trouvent des appuis dans les fissures. Il se hisse à côté d'Elena. Son souffle est régulier. Il ne transpire pas. Il sort une paire de jumelles thermiques. Trois silhouettes bougent près de l'entrée principale. Ce sont des gardes. Ils portent des gilets pare-balles lourds. Une caméra de surveillance pivote sur un mât. Elle se trouve à cinq mètres. Elena sort un boîtier électronique de sa poche. Elle connecte un câble à l'antenne de réception. L'écran affiche des flux de données binaires. Elle intercepte le signal vidéo. Elle injecte une image fixe dans le système. La caméra continue de tourner. Le centre de sécurité ne voit qu'une pelouse vide. Matteo descend le long de la paroi intérieure. Il touche le sol sans faire de bruit. Il s'accroupit derrière un buisson de lauriers. L'odeur de la terre humide est forte. Il attend le signal. Elena descend à son tour. Elle range son matériel dans une sacoche latérale. Une sentinelle approche par l'allée ouest. L'homme marche d'un pas lourd. Il tient une lampe torche éteinte. Un pistolet mitrailleur pend à son épaule. Matteo observe la trajectoire du garde. L'homme s'arrête pour uriner contre un arbre. C'est l'opportunité. Matteo se déplace dans l'ombre des cyprès. Ses pieds ne font aucun bruit sur l'herbe. Il arrive dans le dos de la cible. Il sort son couteau de combat. La lame mesure quinze centimètres. Elle est traitée au carbone noir. Matteo plaque sa main gauche sur la bouche du garde. Il tire la tête en arrière. La lame pénètre la gorge sous l'oreille droite. Matteo tranche la carotide d'un geste sec. Le sang gicle sur sa manche. Il maintient la pression sur la bouche. Le garde se débat pendant trois secondes. Ses jambes s'agitent dans le vide. Puis ses muscles se relâchent. Matteo dépose le cadavre au pied de l'arbre. Il récupère l'arme du mort. C'est un MP5. Il vérifie le chargeur. Il est plein. Elena rejoint Matteo. Elle regarde le corps sans ciller. Elle pointe le bâtiment principal du doigt. La villa ressemble à un mausolée de marbre. Les fenêtres sont fermées par des volets en acier. Le système d'alarme est actif. Ils progressent vers la façade nord. Matteo marche en tête. Il scanne les angles morts. Une deuxième caméra est fixée sous une corniche. Elena utilise un pointeur laser haute fréquence. Le capteur optique de la caméra sature. Le circuit grille en silence. Ils passent dessous. Le mur de la villa est froid. Matteo pose sa main sur la pierre. Il sent les vibrations d'un moteur. C'est le système de ventilation du sous-sol. Le coffre-fort est juste en dessous. Ils doivent trouver l'accès technique. Elena repère une trappe de service au niveau du sol. Elle est verrouillée par un code magnétique. Elle sort son terminal de piratage. Elle connecte les sondes aux bornes de cuivre. Les chiffres défilent sur son écran. Le processeur cherche la combinaison. Matteo surveille les alentours. Il voit une lueur au bout de l'allée. Une patrouille avec un chien approche. Le berger allemand renifle l'air. Il grogne. Matteo épaule son fusil. Il ajuste le viseur laser sur la tête de l'animal. Il attend. Le chien tire sur sa laisse. Le garde jure en italien. Il ne voit rien dans l'obscurité. Il tire sur le collier pour calmer la bête. Ils s'éloignent vers le garage. Matteo baisse son arme. Son doigt quitte la détente. Un déclic sonore provient de la trappe. Le voyant passe au vert. Elena soulève le panneau d'acier. Une échelle métallique descend dans le noir. L'air qui remonte sent l'huile chaude et le lubrifiant. C'est le conduit de maintenance. Matteo entre le premier. Il descend les échelons avec précaution. Ses gants adhèrent au métal froid. Il touche le fond après trois mètres. Le couloir est étroit. Des tuyaux de vapeur courent le long du plafond. Elena descend derrière lui. Elle referme la trappe. L'obscurité est totale. Matteo allume une lampe tactique fixée sous son arme. Le faisceau est étroit. Il balaie le couloir. Les murs sont en béton armé. Des câbles haute tension sont fixés dans des goulottes. Ils suivent le chemin vers le centre de la structure. Ils arrivent devant une porte blindée. Elle porte l'inscription "Zone 4". C'est l'antichambre de la salle des coffres. Deux capteurs de mouvement sont installés au-dessus du linteau. Elena sort une bombe aérosol. Elle pulvérise un gaz fin dans l'air. Les rayons infrarouges deviennent visibles. Ils forment une grille serrée. Matteo observe le motif. Il y a un espace de trente centimètres près du sol. Il s'allonge sur le ventre. Il rampe sous les faisceaux. Chaque mouvement est millimétré. Sa veste frôle un rayon. Il s'arrête. Il attend que son rythme cardiaque redescende. Il reprend sa progression. Il passe de l'autre côté. Il cherche le boîtier de commande manuel. Il se trouve derrière un panneau de plexiglas. Matteo brise le plastique avec la pointe de son couteau. Il bascule l'interrupteur d'urgence. Les rayons s'éteignent. Elena traverse la zone en marchant. La porte blindée nécessite une empreinte biométrique. Elena sort une plaque de silicone de son sac. Elle a récupéré l'empreinte de Rossi sur un verre de cristal deux jours plus tôt. Elle applique la membrane sur le lecteur. Le système analyse les crêtes papillaires. Le mécanisme de verrouillage tourne. Les pênes d'acier se rétractent. La porte s'ouvre sur un escalier en colimaçon. Les marches sont en grille métallique. Le bruit de leurs pas résonne dans la cage d'escalier. Ils descendent vers le niveau moins deux. La pression atmosphérique change. L'air est plus sec. Au bas des marches, un garde est assis derrière un bureau vitré. Il lit un journal. Un écran affiche les caméras de la villa. Il ne remarque pas l'image fixe sur le moniteur sud. Matteo s'approche de la vitre. Le verre est pare-balles. Il doit attendre que le garde sorte. Le garde se lève pour prendre un café. Il ouvre la porte latérale. Matteo bondit. Il frappe l'homme à la tempe avec la crosse de son arme. L'os craque. Le garde s'effondre sans un cri. Matteo le traîne à l'intérieur du bureau. Il utilise des liens en plastique pour lui attacher les mains et les chevilles. Il place un morceau d'adhésif sur sa bouche. Elena s'installe devant l'ordinateur central. Elle insère une clé USB. Le programme de décryptage se lance. Elle doit neutraliser les capteurs sismiques de la chambre forte. Le logiciel attaque le pare-feu du système Rossi. Des barres de progression se remplissent lentement. Matteo vérifie ses chargeurs. Il a trois chargeurs de rechange pour son fusil. Deux pour son pistolet. Il vérifie la tension de ses lacets. Il ajuste ses gants. Le silence est pesant. On entend seulement le ronronnement des ventilateurs. "C'est fait", dit Elena. Elle déverrouille l'accès final. Une immense porte circulaire se dresse devant eux. C'est de l'acier poli. Le volant de manœuvre brille sous les plafonniers. Elena entre la séquence de codes. Les moteurs électriques s'activent. Le disque de métal commence à tourner. L'odeur de l'or arrive jusqu'à eux. C'est une odeur métallique et froide. La porte s'écarte de dix centimètres. Un souffle d'air pressurisé s'échappe. Matteo place son épaule contre le bord. Il pousse. Le vantail de plusieurs tonnes pivote lentement. L'intérieur de la chambre forte est plongé dans la pénombre. Elena allume les lumières. Les lingots sont empilés sur des palettes en bois. Ils brillent d'un éclat terne. Il y en a pour deux cents millions. Matteo sort les sacs de transport en toile renforcée. Ils commencent le chargement. Chaque lingot pèse douze kilos. Le travail est physique. Matteo porte quatre lingots à la fois. Elena en porte deux. Ils font des allers-retours entre les palettes et les sacs. Le métal s'entrechoque avec un bruit sourd. Soudain, une lumière rouge clignote sur le panneau de contrôle. Un signal d'alarme silencieux a été déclenché au niveau supérieur. Elena consulte sa tablette. "On a un problème", dit-elle. "La patrouille extérieure n'a pas répondu à l'appel radio." Matteo s'arrête. Il ferme le dernier sac. Il le jette sur son épaule. "On sort par où ?", demande-t-il. "Le conduit de ventilation principal", répond Elena. "C'est direct vers le jardin." Ils quittent la chambre forte. Matteo porte soixante kilos d'or. Ses muscles brûlent. Ils remontent vers le bureau du garde. Des bruits de pas rapides résonnent au-dessus d'eux. La sécurité de la villa est en alerte. Matteo dégaine son pistolet. Il garde son fusil en bandoulière. Ils s'engagent dans le conduit de ventilation. Les parois sont étroites. Le métal vibre sous leur poids. Ils rampent vers la sortie. La lumière de la lune apparaît au bout du tunnel. Ils sortent dans un massif de fleurs. Les projecteurs balayent la zone. Des cris retentissent près de la trappe de service. Les gardes ont trouvé le cadavre. "Cours", dit Matteo. Ils traversent la pelouse en direction du mur d'enceinte. Les balles commencent à siffler autour d'eux. Le métal de l'or pèse sur leurs dos. Ils atteignent la base du mur. Matteo aide Elena à monter. Il lance les sacs par-dessus la crête. Une balle frappe le béton à quelques centimètres de sa tête. Il riposte avec trois tirs rapides. Un garde tombe près de la fontaine. Matteo saute et attrape le rebord du mur. Il se hisse avec force. Il bascule de l'autre côté. Ils courent vers la forêt. La voiture est cachée sous des filets de camouflage. Matteo jette les sacs dans le coffre. Il démarre le moteur. Les pneus mordent la terre. Ils rejoignent la route goudronnée. La Villa Rossi disparaît dans le rétroviseur. Le silence revient dans l'habitacle. Matteo regarde ses mains. Elles sont couvertes de poussière de béton et de sang séché. Il serre le volant. La mission est accomplie.

Sous le Béton

La grille de l'ascenseur claque. Le métal frotte contre le métal. Matteo appuie sur le bouton unique. La cabine tressaute. Elle entame sa descente vers les fondations. Le moteur hydraulique gémit dans la cage. L'air devient lourd. Il sent l'huile chaude et la poussière ancienne. Elena ajuste son casque sur ses tempes. Ses doigts tapotent une cadence invisible sur ses cuisses. Elle ne regarde pas Matteo. Elle fixe les chiffres rouges du cadran. Le premier sous-sol défile. Le béton est brut. Matteo vérifie la culasse de son arme. Le ressort claque sèchement. Il engage une cartouche dans la chambre. Le cran de sûreté reste sur "feu". Ses paumes sont sèches. Il respire par le nez. Le rythme est lent. Régulier. Il compte les secondes. La descente dure depuis quarante secondes. La Villa Rossi s'efface au-dessus d'eux. Les jardins et les sentinelles n'existent plus. Seul compte le cube d'acier en bas. Le deuxième sous-sol passe. La température chute de cinq degrés. L'humidité colle aux parois de la cabine. Matteo observe la cicatrice sur sa main gauche. Elle blanchit sous la lumière crue du plafonnier. Il serre le poing. Les tendons saillent sous la peau. Elena sort un boîtier de sa sacoche. Elle connecte un câble à son interface portable. L'écran affiche des lignes de code vertes. Le défilement est rapide. Elle cherche la faille dans le système de surveillance. L'ascenseur s'arrête. Le choc fait vibrer les genoux. Les portes coulissent avec un sifflement pneumatique. Le couloir s'ouvre devant eux. Il mesure trente mètres de long. Les murs sont recouverts de panneaux acoustiques gris. Ils absorbent le moindre bruit. Matteo sort le premier. Il pointe son canon vers l'obscurité. Ses bottes ne produisent aucun son sur le sol en époxy. Elena suit à deux mètres derrière lui. Elle garde les yeux sur son écran. Le silence est total. Il pèse sur les tympans. C'est le silence des tombes de luxe. Matteo avance pas à pas. Il scanne les angles morts. Les plafonniers s'allument par détection de mouvement. La lumière est blanche. Chirurgicale. Elle ne laisse aucune place à l'ombre. Au bout du couloir, la porte du coffre attend. Elle est massive. Un disque d'acier de deux mètres de diamètre. Le logo de la firme Krupp est gravé au centre. Elena s'arrête devant le panneau de contrôle. Elle pose son boîtier sur une tablette escamotable. Ses doigts longs manipulent les connecteurs. Elle insère une sonde dans le lecteur de carte. Matteo se place en retrait. Il couvre le couloir. Ses yeux gris balaient l'espace. Il ne cligne pas des paupières. Il écoute le bourdonnement des serveurs derrière les cloisons. C'est le seul signe de vie dans ce bunker. Le premier verrou électronique cède. Un déclic métallique résonne dans le couloir. Le son est amplifié par les parois. Elena ne sourit pas. Elle ajuste une fréquence sur son cadran rotatif. Elle cherche le point de rupture du système sismique. Matteo sent une goutte de sueur couler le long de sa colonne vertébrale. Il ne bouge pas. Il reste une statue de muscle et de kevlar. Son doigt caresse la détente. Le deuxième verrou s'enclenche. Une série de pênes massifs se rétractent dans la paroi. Le sol vibre légèrement. Elena change de câble. Elle attaque maintenant le scanner biométrique. Elle utilise un émulateur de rétine. L'appareil projette un faisceau laser sur la lentille du coffre. Le système analyse les données. Le temps s'étire. Chaque seconde pèse une tonne. Matteo surveille l'ascenseur. Les câbles de la cage ne bougent pas. Personne ne descend. Pour l'instant. Un signal sonore retentit. Grave. Monocorde. La porte du coffre pivote sur ses gonds hydrauliques. Elle s'ouvre avec une lenteur calculée. L'air pressurisé s'échappe dans un souffle froid. L'odeur change. C'est l'odeur du métal froid et de l'encre fiduciaire. Matteo entre le premier. La pièce est carrée. Six mètres sur six. Les étagères en acier montent jusqu'au plafond. Elles supportent des lingots d'or. Le métal brille sous les spots. Matteo ne regarde pas l'or. Il cherche les caméras internes. Il en repère deux dans les coins supérieurs. Il sort un aérosol de sa poche. Il pulvérise un vernis opaque sur les optiques. Elena entre à son tour. Elle ignore les lingots. Elle se dirige vers le fond de la pièce. Elle cherche le compartiment privé de Rossi. C'est un coffre dans le coffre. Un bloc de titane scellé dans la roche vive. Elle pose un stéthoscope électronique sur la paroi. Elle tourne la molette de combinaison. Matteo surveille le chronomètre de sa montre. Ils ont sept minutes avant la prochaine ronde automatique. Il recharge son arme par réflexe. Le métal claque. Elena tourne la molette vers la gauche. Puis vers la droite. Elle écoute les chutes des disques internes. Le mécanisme est complexe. Il date de la guerre froide. Le dernier disque tombe. Elena actionne le levier. Le compartiment s'ouvre. À l'intérieur, des dossiers noirs et une clé USB. Elle saisit les documents. Elle les glisse dans son sac étanche. Matteo prend deux sacs de sport. Il commence à charger les lingots. Le poids est considérable. Chaque barre pèse douze kilos. Il en empile dix par sac. Ses muscles se tendent. Les sangles scient ses épaules. Il ne montre aucune douleur. L'alarme silencieuse se déclenche à la surface. Ils ne l'entendent pas. Mais le voyant rouge au-dessus de la porte se met à clignoter. Elena débranche ses appareils. Elle range tout en vingt secondes. Matteo porte un sac dans chaque main. Cent vingt kilos de métal. Il marche vers la sortie. Son pas est lourd. Le sol en époxy gémit sous la charge. Elena passe devant lui. Elle tient son pistolet-mitrailleur à deux mains. Ils atteignent l'ascenseur. Elena appuie sur le bouton d'appel. Rien ne se passe. Les commandes sont verrouillées depuis le poste de garde. Matteo pose les sacs. Il sort un pain de plastic de sa veste. Il le plaque contre le panneau de commande de l'ascenseur. Il insère un détonateur. Il fait signe à Elena de s'écarter. Ils se plaquent contre le mur du couloir. Matteo presse l'allumeur. L'explosion est brève. Sourde. La fumée envahit le couloir. Matteo arrache la plaque de métal tordue. Il court-circuite les câbles de commande. Les portes s'ouvrent manuellement. La cabine est toujours là. Ils montent à l'intérieur. Matteo relie deux fils dénudés. L'ascenseur tressaute. Il commence sa remontée. Le moteur peine sous le poids supplémentaire. La structure tremble. Elena vérifie son chargeur. Elle insère une balle traçante en tête de pile. Matteo reprend les sacs. Il se prépare à l'impact. Il sait ce qui attend en haut. Les gardes seront devant les portes. Le marbre de la villa va se transformer en champ de tir. Il regarde Elena. Elle vérifie la tension de ses lacets. Elle est prête. Le cadran affiche le rez-de-chaussée. Les portes s'ouvrent sur le grand hall. La lumière du jour est aveuglante. Les premiers tirs claquent immédiatement. Les balles ricochent sur le cadre en acier de l'ascenseur. Matteo bascule un sac pour s'en servir de bouclier. Il riposte. Trois tirs. Un garde s'effondre derrière une statue de marbre. Elena sort en roulant sur le côté. Elle arrose le balcon au-dessus d'eux. Les douilles chaudes tintent sur le sol. Le hall est un piège. Les colonnes offrent peu d'abri. Matteo avance en tirant par rafales courtes. Il vise les centres de masse. Il ne gaspille pas ses munitions. Un deuxième garde tombe près de la fontaine. Le sang tache l'eau claire. Elena change de chargeur en courant. Elle se dirige vers la sortie de service. Matteo la couvre. Il sent le vent d'une balle frôler son oreille. Il ne bronche pas. Ils atteignent la porte en bois massif. Matteo donne un coup de botte dans le verrou. La porte vole en éclats. Ils débouchent sur la terrasse. L'air extérieur est chaud. Il sent le pin et la poudre. Les voitures de patrouille arrivent par l'allée principale. Les sirènes hurlent au loin. Matteo jette les sacs par-dessus la balustrade. Ils tombent dans les buissons en contrebas. Elena saute la première. Elle atterrit avec souplesse. Elle récupère les sacs. Matteo descend par l'escalier de service. Il tire sur les pneus de la première voiture qui approche. Le véhicule fait une embardée. Il percute un chêne centenaire. Le réservoir explose. Une boule de feu monte dans le ciel de Rome. La chaleur frappe le visage de Matteo. Il ne détourne pas le regard. Ils courent vers la forêt. Les branches griffent leurs vêtements. Le poids de l'or ralentit leur progression. Matteo respire bruyamment. Ses poumons brûlent. Il voit la bâche de camouflage entre les arbres. La voiture est là. Une berline noire au moteur préparé. Elena ouvre le coffre. Ils balancent les sacs à l'intérieur. Les suspensions s'écrasent. Matteo prend le volant. Il tourne la clé. Le moteur V8 rugit. Il engage la première. Les pneus labourent l'humus. La voiture bondit sur le chemin forestier. Elena recharge ses armes sur le siège passager. Elle regarde la villa s'éloigner à travers la lunette arrière. Des silhouettes s'agitent sur la terrasse. Elles sont trop loin pour tirer. La route goudronnée apparaît. Matteo braque violemment. La voiture dérape puis accroche le bitume. Il écrase l'accélérateur. Le compteur grimpe. Cent. Cent quarante. Cent quatre-vingts. Les arbres deviennent des lignes floues. Matteo regarde le rétroviseur. La poussière retombe sur le chemin. Personne ne les suit. Il desserre sa prise sur le volant. Ses mains tremblent légèrement. C'est l'adrénaline qui quitte ses muscles. Elena range son matériel. Elle sort une cigarette. Elle l'allume avec un briquet en métal. La fumée remplit l'habitacle. Elle regarde ses mains. Elles sont couvertes de poussière de béton et de sang séché. Elle ne dit rien. Elle fixe la route devant eux. Le soleil commence à décliner sur l'horizon. Les lingots sont dans le coffre. Les secrets de Rossi sont dans le sac. La mission est accomplie.

Fréquences Mortelles

La porte pèse douze tonnes. L’acier allié résiste aux forets au diamant. Elena pose son sac au pied de la paroi. Le métal est froid. Elle sort un boîtier en polymère noir. Ses doigts manipulent des câbles plats. Elle insère une sonde dans le port de maintenance. L’écran à cristaux liquides s’allume. Des lignes de code défilent en vert. Matteo se tient à cinq mètres. Il épaule son pistolet-mitrailleur. Le silencieux allonge la silhouette de l’arme. Ses yeux balayent le couloir de service. Le marbre reflète la lueur de l’écran. Le boîtier émet un signal sonore bref. Elena ajuste la fréquence. Le système de Rossi utilise un cryptage tournant. Les chiffres changent toutes les trois secondes. Elle doit synchroniser l’horloge interne du processeur. La sueur perle sur sa tempe. Elle ne l’essuie pas. Ses mains restent stables. Elle tape une commande sur le clavier compact. Le processeur calcule les probabilités de la clé. Le ventilateur du boîtier tourne à plein régime. L’air de la pièce est sec. Matteo entend un bruit de pas à l’étage. Le son traverse le plafond de béton. Il compte les impacts. Un homme seul. Marche lourde. Probablement un garde de soixante-dix kilos. Matteo ne bouge pas d’un millimètre. Il respire par le nez. Lentement. Son index effleure la queue de détente. La sécurité est effacée. Il connaît la trajectoire de sa balle. Elle passera par la gorge. Le garde ne pourra pas donner l’alerte. Le silence est leur seule armure. L’écran affiche un échec. Elena serre les dents. Le verrouillage magnétique reste actif. Elle débranche le premier câble. Elle utilise une pince de précision. Elle court-circuite le relais de secours. Une étincelle bleue saute entre les bornes. L’odeur du cuivre brûlé remplit l’espace. Elle relance la séquence de décodage. Les chiffres défilent à nouveau. La machine cherche la faille dans le silicium. Le métal de la porte vibre imperceptiblement. Les servomoteurs internes forcent contre les pênes. Une ombre s'étire sur le mur du fond. Le garde descend l'escalier en colimaçon. Matteo pivote sur ses talons. Il se plaque contre une colonne de soutien. Le garde apparaît dans l'encadrement de la porte. Il porte un uniforme bleu marine. Une radio grésille à sa ceinture. Il ne regarde pas au bon endroit. Matteo surgit derrière lui. Il plaque une main sur la bouche de l'homme. La lame de son couteau glisse entre la deuxième et la troisième vertèbre. Le garde s'effondre. Matteo accompagne la chute pour éviter le choc. Elena ne se retourne pas. Elle fixe le compteur de progression. Quatre-vingt-huit pour cent. Le boîtier chauffe contre ses genoux. Elle injecte un virus dans le bus de données. Le système de sécurité de la villa Rossi est une forteresse logique. Elle cherche la porte dérobée laissée par le constructeur. Les fréquences s'alignent enfin. Un clic métallique résonne dans la chambre forte. Le premier verrou saute. Le son est sec comme une rupture d'os. Matteo fouille le cadavre. Il récupère une carte magnétique et un talkie-walkie. Il éteint l'appareil radio. Il traîne le corps dans l'ombre d'une alcôve. Le sang tache le sol blanc. Matteo utilise un chiffon pour essuyer la trace. Il jette le tissu souillé sur le corps. Il reprend sa position de tir. Son regard croise celui d'Elena. Elle hoche la tête une seule fois. Le travail avance. Le temps presse. La patrouille suivante passera dans six minutes. Le deuxième verrou cède à son tour. La porte s'entrouvre de quelques millimètres. La pression pneumatique s'équilibre avec un sifflement sourd. Elena range son matériel avec méthode. Elle ne laisse rien derrière elle. Elle pousse le battant d'acier. Les gonds huilés ne font aucun bruit. L'intérieur de la chambre forte est plongé dans le noir. Elle allume sa lampe frontale. Le faisceau balaie les étagères de métal. Les lingots sont là. Ils sont empilés par colonnes de dix. L'or a une couleur mate sous la lumière artificielle. Chaque barre pèse douze kilos et demi. Elena sort un sac en toile renforcée. Elle commence le transfert. Le métal cogne contre le tissu. Matteo entre dans la pièce. Il surveille l'entrée tout en aidant Elena. Ils ne parlent pas. Les gestes sont répétés. Ils ont pratiqué cette scène des dizaines de fois dans un entrepôt de banlieue. Le sac est plein. Matteo le soulève. Les sangles scient ses épaules. Il pèse soixante kilos. Il en faut encore quatre pour atteindre l'objectif. Elena remplit le deuxième contenant. Elle vérifie les numéros de série sur les bordereaux. Elle cherche les documents de Rossi. Ils sont rangés dans un coffret en bois de rose. Elle l'ouvre. Des dossiers papier. Des clés USB. Elle glisse le tout dans sa veste. C'est le véritable héritage. L'or n'est que le carburant. Un voyant rouge s'allume au-dessus de la porte. L'alarme silencieuse vient de s'activer au centre de commandement. Les capteurs de poids ont détecté la différence de charge sur le sol. Elena ferme son sac. Elle regarde Matteo. Il remet son arme en batterie. Le plan change. La discrétion est terminée. Ils doivent sortir par la force. Matteo vérifie son chargeur. Trente balles de neuf millimètres. Il en a trois de rechange. Ils sortent de la chambre forte. Le couloir semble plus long qu'à l'arrivée. Au bout, une sirène commence à hurler. Le son est strident. Il rebondit sur les murs de marbre. Les lumières de secours clignotent en rythme. Matteo prend la tête. Il court avec le sac sur l'épaule gauche. Son bras droit maintient l'arme à hauteur d'homme. Elena suit de près. Elle tient son pistolet à deux mains. Deux gardes débouchent du hall principal. Ils ont des fusils à pompe. Matteo ne s'arrête pas. Il tire trois rafales courtes. Les impacts de balles soulèvent la poussière de plâtre. Un garde tombe. L'autre se jette derrière une statue. Matteo continue de progresser. Il utilise le feu de couverture. Elena tire à son tour. Elle vise les jambes. Le garde hurle et lâche son arme. Ils passent devant lui sans s'arrêter. L'escalier menant au rez-de-chaussée est bloqué par une grille en fer forgé. Elena sort une petite charge explosive de sa poche. Elle la plaque contre la serrure. Elle tire Matteo en arrière. L'explosion est brève. Une boule de feu orange déchire l'obscurité. La grille bascule. Ils montent les marches quatre à quatre. Leurs poumons brûlent. L'air est chargé de fumée et de poudre. Ils débouchent dans le grand hall. Les rideaux de soie brûlent. Les statues de la Renaissance ont perdu des morceaux. Rossi est en haut de l'escalier d'honneur. Il tient un revolver de gros calibre. Ses bagues brillent sous les projecteurs. Il hurle des ordres à ses hommes. Matteo s'abrite derrière un pilier. Les balles de Rossi creusent le marbre. Les éclats volent comme des rasoirs. Elena repère une sortie latérale. Elle fait signe à Matteo. Ils doivent traverser l'espace découvert. Matteo vide son chargeur vers le haut de l'escalier. Rossi se baisse. C'est leur chance. Ils courent sur le sol glissant. Le sang des sentinelles se mélange à l'eau des extincteurs automatiques. Ils atteignent la porte vitrée. Matteo la brise avec la crosse de son arme. Le jardin est sombre. La pluie commence à tomber. Elle lave la poussière sur leurs visages. La voiture est garée à cent mètres, derrière les cyprès. Ils entendent les moteurs des renforts qui arrivent par l'allée principale. Matteo jette le sac dans le coffre de la berline noire. Elena saute sur le siège passager. Elle branche son ordinateur sur le tableau de bord. Elle pirate le portail automatique de la propriété. Les battants de fer s'ouvrent lentement. Matteo fait hurler le moteur. Les pneus mordent le gravier. Il passe la première. La voiture bondit en avant. Des impacts de balles criblent la carrosserie. La lunette arrière explose en mille morceaux. Matteo ne regarde pas derrière. Il se concentre sur la route. Le compteur grimpe. La villa Rossi disparaît dans le rétroviseur. La mission entre dans sa phase finale. L'or est lourd. Le sang est frais. Le compte est bon.

Le Poids de l'Or

Matteo pose son dos contre le mur de béton. La surface est froide. L’air est sec dans le sous-sol. Il tient son fusil d’assaut à deux mains. Le canon pointe vers l’unique couloir d’accès. Ses yeux balayent la zone d’ombre. Il ne cligne pas des paupières. Elena est à genoux devant la porte. Le bloc d’acier mesure deux mètres de haut. Six tonnes de blindage passif. Elle sort un boîtier de sa sacoche en cuir. Ses doigts longs manipulent les connecteurs. Elle branche les câbles sur le cadran numérique. L’écran à cristaux liquides s’allume. Des colonnes de chiffres défilent rapidement. Le silence est total. On entend la respiration lente de Matteo. Elena ajuste son casque sur ses oreilles. Elle tourne la molette de précision. Le mécanisme interne est complexe. Les goupilles flottent dans un bain d’huile. Elle cherche la fréquence de résonance du métal. Matteo vérifie sa montre. Trois minutes se sont écoulées. Il change de position. Ses muscles sont contractés. Il ne ressent pas la fatigue. Il observe les caméras de surveillance neutralisées. Les lentilles de verre sont mortes. Elena murmure des coordonnées techniques. Elle utilise un logiciel de force brute. Le processeur chauffe sous la coque en plastique. Le premier verrou magnétique lâche. Le son est sourd. Un choc sourd vibre dans le sol. Matteo resserre sa prise sur la poignée. Il inspecte le couloir une nouvelle fois. Rien ne bouge. Les ombres restent immobiles. Elena transpire. Une goutte de sueur coule sur sa tempe. Elle ne l’essuie pas. Ses yeux sont fixés sur les courbes de fréquence. Le deuxième verrou est purement mécanique. Elle insère une tige de titane dans la fente. Elle applique une pression constante vers la droite. Le métal résiste. Elle utilise un spray cryogénique. Le givre blanc recouvre la serrure. La température chute localement. Elle frappe un coup sec avec un pointeau. L’acier fragilisé par le froid se fissure. Les disques internes s'alignent. Un déclic métallique résonne dans la pièce. C’est un bruit net. Précis. Définitif. Elena retire ses outils avec calme. Elle pose ses mains à plat sur la roue de manœuvre. Elle tourne le volant dans le sens horaire. Les pênes de quarante millimètres se rétractent. Matteo se rapproche d'elle. Il couvre l'ouverture avec son arme. La porte pivote lentement sur ses charnières hydrauliques. L’air pressurisé s’échappe avec un sifflement. L’intérieur de la chambre forte est sombre. Elena allume sa lampe torche. Le faisceau traverse l’obscurité. La lumière frappe les étagères métalliques. L’or est là. Des lingots de douze kilos chacun. Ils sont empilés avec une rigueur militaire. Le métal jaune absorbe la lumière artificielle. Il ne brille pas comme dans les films. Il a un éclat mat et lourd. Deux cents millions de dollars en barres standardisées. Elena retire son casque. Elle esquisse un mouvement des lèvres. Ses dents blanches apparaissent. C’est un rictus nerveux. Matteo reste immobile. Son visage est une plaque de marbre. Il entre dans la pièce. Ses bottes crissent sur le sol technique. Il saisit un lingot. Le poids surprend ses tendons. Il le dépose dans un sac en toile renforcée. Le tissu craque sous la charge. Il en prend un deuxième. Puis un troisième. Le sac pèse maintenant trente-six kilos. Il ferme la fermeture éclair en nylon. Elena commence à remplir le deuxième sac. Elle travaille avec méthode. Elle ne regarde pas la valeur marchande. Elle compte les unités. Un lingot. Deux lingots. Dix lingots. La sueur trempe son débardeur noir. Ses muscles saillants dessinent des cordes sous sa peau. Matteo transporte les deux premiers sacs vers le chariot. Les roues en caoutchouc gémissent. Le poids total écrase les roulements à billes. Il revient vers le fond du coffre. Il remarque des boîtes en bois scellées. Elles portent le sceau de la banque du Vatican. Il ne les ouvre pas. Ce n’est pas le contrat. Il se concentre sur le métal. L’or est la seule priorité. Le volume de la pièce est réduit. Les murs sont tapissés de coffres de sûreté plus petits. Elena ignore les bijoux. Elle ignore les liasses de billets. Elle veut le poids. Le poids est la vérité. Soudain, un voyant rouge s’allume au plafond. Il n'y a pas de son. C’est une alerte silencieuse. Le système a détecté une chute de pression atmosphérique. Matteo plaque son dos contre le montant de la porte. Il arme son fusil. Le bruit de la culasse est sec. Elena accélère ses mouvements. Elle jette les dernières barres dans le sac. Elle tire sur la sangle. Ses doigts saignent à cause du frottement. Elle ne dit rien. Elle attrape son pistolet-mitrailleur posé au sol. Ils ont soixante secondes avant l'arrivée des premiers gardes. Matteo saisit la poignée du chariot. Il pousse la charge vers la sortie. L’inertie est énorme. Il doit peser de tout son corps pour avancer. Elena marche à reculons. Elle surveille leurs arrières. Ils quittent la zone du coffre. La porte blindée reste béante. Ils s'engagent dans le tunnel de service. Les lampes de secours clignotent. Le rythme est régulier. Matteo respire par le nez. Il économise son oxygène. Il sent l'odeur de l'huile et de la poussière. Le chariot heurte un joint de dilatation. L'or entrechoqué produit un son cristallin. Ils atteignent l'ascenseur de charge. Matteo appuie sur le bouton d'appel. Les câbles grincent dans la gaine. L'attente dure dix secondes. C'est trop long. Il vérifie le couloir derrière Elena. Il voit une silhouette au bout du passage. C'est une sentinelle en uniforme bleu. Le garde lève son arme. Matteo ne réfléchit pas. Il aligne son viseur point rouge sur le torse. Il presse la détente deux fois. Les détonations sont assourdissantes dans l'espace clos. Les douilles brûlantes rebondissent sur le sol. Le garde s'effondre. Son corps glisse contre le mur. Une tache sombre s'élargit sur le crépi. Les portes de l'ascenseur s'ouvrent. Matteo tire le chariot à l'intérieur. Elena entre et frappe le bouton du rez-de-chaussée. La cabine monte avec une lenteur exaspérante. Ils entendent des cris dans les étages supérieurs. Les radios crépitent. Les ordres fusent. Matteo change le chargeur de son arme. Il range le plein dans sa veste tactique. Il vérifie l'état d'Elena. Elle a le regard fixe. Elle vérifie le verrouillage de sa culasse. Elle est prête. L'ascenseur s'arrête. Un signal sonore retentit. Les portes s'écartent sur le grand hall. Le marbre est poli. Les statues de marbre observent la scène. Trois gardes attendent devant l'ascenseur. Ils ont des fusils à pompe. Matteo sort de la cabine en tirant. Il vise bas. Les balles brisent les genoux. Les hommes tombent. Elena termine le travail avec des tirs précis à la tête. Le sang gicle sur les socles des statues. La soie des rideaux est arrachée par les impacts. Matteo pousse le chariot sur le tapis de luxe. Les roues s'enfoncent dans la laine. L'effort est violent. Ils atteignent la porte vitrée. Matteo la brise avec la crosse de son arme. Le verre sécurit explose en cubes translucides. Le jardin est sombre. La pluie commence à tomber. Elle lave la poussière sur leurs visages. La voiture est garée à cent mètres. Elle est derrière les cyprès. Ils entendent les moteurs des renforts. Les phares balayent l'allée principale. Matteo jette le premier sac dans le coffre de la berline. Le châssis de la voiture s'affaisse. Il jette le deuxième. Puis le troisième. Elena saute sur le siège passager. Elle branche son ordinateur sur le tableau de bord. Ses doigts volent sur les touches. Elle pirate le portail automatique. Les battants de fer s'ouvrent lentement. Matteo fait hurler le moteur. Les pneus mordent le gravier. Il passe la première. La voiture bondit en avant. Des impacts de balles criblent la carrosserie. La lunette arrière explose en mille morceaux. Matteo ne regarde pas derrière. Il se concentre sur la route. Le compteur grimpe. La villa Rossi disparaît dans le rétroviseur. La mission entre dans sa phase finale. L'or est lourd. Le sang est frais. Le compte est bon.

La Cage d'Acier

Rossi observe les moniteurs. Ses doigts boudinés frôlent la console de commande. Le cuir de son fauteuil craque sous son poids. Sur l’écran central, la berline noire fonce vers la sortie. Elle soulève des gerbes de gravier. Rossi sourit. Ses dents sont jaunes. Il soulève le capot de protection du commutateur rouge. Le plastique transparent est froid. Il appuie. À un kilomètre de la villa, les vérins hydrauliques s'activent. L’huile circule dans les tuyaux haute pression. Une plaque d’acier de dix centimètres d’épaisseur émerge du goudron. Elle monte à une vitesse de deux mètres par seconde. Les projecteurs de la clôture s’allument. La lumière blanche frappe la pluie. Une sirène déchire le silence de la campagne romaine. Le son est strident. Il s'engouffre dans les conduits auditifs. Matteo voit l’obstacle. Ses pupilles se rétractent. Il écrase la pédale de frein. L’ABS cogne sous sa semelle droite. La voiture glisse sur le bitume mouillé. Le nez de la berline plonge. Elena se cramponne à la poignée de maintien. Les sacs d’or sur la banquette arrière glissent vers l’avant. Ils percutent les dossiers des sièges. Le choc est sourd. La voiture s’arrête à deux mètres du métal. Le moteur cale. La fumée des pneus monte devant le pare-brise. Derrière eux, le portail massif se referme. Les battants de fer se rejoignent. Le verrou automatique s’enclenche. Un bruit de guillotine. Ils sont coincés dans un rectangle de cinquante mètres. Les murs de pierre font quatre mètres de haut. Des barbelés couronnent le sommet. Matteo regarde le rétroviseur. Des phares apparaissent au loin. Rossi envoie la meute. Matteo sort son Beretta 92FS. Il vérifie la chambre. Une cartouche est engagée. Il pose l’arme sur ses genoux. Elena tape sur son clavier. Ses doigts bougent vite. Elle cherche une faille dans le système de la clôture. L’écran affiche "Accès Refusé". Elle recommence. Matteo ouvre la portière. La pluie mouille son épaule gauche. Il sent l’odeur du caoutchouc brûlé. Trois SUV noirs arrivent par l’allée. Ils s’arrêtent à cinquante mètres. Les portières s’ouvrent en synchronisation. Des hommes en kevlar sortent. Ils portent des HK MP5. Le premier coup de feu claque. La balle traverse le montant de la portière. Matteo se baisse. Il rampe hors de la voiture. Il utilise le bloc moteur comme bouclier. Elena reste à l’intérieur. Elle baisse le dossier de son siège. Matteo tire trois fois. Un garde s’effondre. La balle a frappé le genou. Le sang gicle sur le gravier gris. Les autres gardes se déploient en éventail. Ils tirent par rafales courtes. Le métal de la berline gémit. Les vitres latérales volent en éclats. Matteo change de chargeur. Le clic du métal est sec. Il vise les réservoirs des SUV. Rossi regarde la scène sur l’écran 4. Il boit une gorgée de vin rouge. Le liquide tache ses lèvres. Il prend le micro de la console. Sa voix sort par les haut-parleurs de la clôture. Elle est amplifiée. Elle résonne contre les murs de pierre. — Rendez l’or, Matteo. Elena, reviens à la maison. Matteo ne répond pas. Il tire une nouvelle fois. La balle ricoche sur un bouclier balistique. Elena trouve une ligne de code. Elle court-circuite le module de la herse. Les vérins grognent. La plaque d’acier redescend de trois centimètres. Puis elle s’arrête. Le système de secours de Rossi prend le relais. Elena frappe le tableau de bord. Elle sort un fusil à pompe du plancher. Un Benelli M4. Elle arme la culasse. Le bruit est lourd. Les gardes avancent. Ils utilisent des boucliers. Matteo voit les ombres approcher. Il sort une grenade de sa veste. Il tire la goupille. Il attend deux secondes. Il lance l’engin sous le premier SUV. L’explosion soulève le véhicule. La carrosserie se déchire. Le feu illumine la pluie. Matteo profite de la fumée. Il court vers le muret de droite. Elena sort de la voiture par le côté opposé. Elle tire au Benelli. Le recul secoue son épaule. Un garde recule sous l’impact des chevrotines. Le sang macule le marbre d'une statue décorative. Ils sont dos au mur. Les munitions diminuent. Matteo vérifie son dernier chargeur. Quinze balles. Rossi rit dans son bureau. Il appuie sur un deuxième bouton. Des buses de gaz s’ouvrent le long de la clôture. Une vapeur grise s’échappe. Matteo plaque un morceau de tissu sur son visage. Elena fait de même. Le gaz pique les yeux. La visibilité chute à deux mètres. Un garde surgit de la brume. Matteo lui saisit le poignet. Il brise l'os d'un coup sec. Il récupère le MP5 du garde. Il tire une rafale dans le brouillard. Des cris répondent. Matteo attrape Elena par la ceinture. Il la tire vers l'arrière du véhicule. — Le réservoir, dit Matteo. Il pointe le fusil vers la berline. L'or est à l'intérieur. Le carburant coule sur le sol. Matteo tire une balle incendiaire. Le réservoir explose. La déflagration souffle les gardes les plus proches. La chaleur dessèche la pluie. Le métal de la voiture fond. L'or reste intact dans le brasier. Rossi frappe son bureau. Il ne voit plus rien sur les écrans. La fumée noire occulte les optiques. Il hurle dans le micro. Les ordres sont confus. Les gardes reculent devant l'incendie. Matteo et Elena s'adossent au portail de fer. Le métal est brûlant. Matteo place une charge de C4 sur le gond supérieur du portail. Il branche le détonateur. Elena couvre ses arrières. Elle vide le chargeur du Benelli. Les douilles rouges jonchent le sol. Matteo presse le bouton. L'explosion sectionne l'acier. Le portail de trois tonnes bascule. Il s'écrase dans un fracas de séisme. La voie est libre. Matteo ramasse un sac d'or épargné par les flammes. Il pèse trente kilos. Il le jette sur son épaule. Il saisit la main d'Elena. Ils courent dans l'obscurité de la forêt. Derrière eux, la villa Rossi brûle. Le piège est ouvert. La cage est brisée. Matteo ne se retourne pas. Il sent le sang couler dans sa manche. Elena court à son rythme. Leurs pas frappent la terre meuble. La traque commence.

Pluie de Plomb

Matteo franchit le seuil du Grand Hall. Ses bottes crissent sur les débris de verre. Le sac d'or pèse trente kilos sur son épaule gauche. La sangle s'enfonce dans le muscle trapèze. Elena marche deux mètres derrière lui. Elle tient son Sig Sauer à deux mains. Ses yeux balaient les balustrades du premier étage. L'air sent la poudre brûlée et la cire d'abeille. Le Grand Hall mesure quarante mètres de long. Le sol est un damier de marbre blanc et noir. Des statues romaines bordent les murs. Matteo s'arrête derrière une colonne de travertin. Il dépose le sac. Le métal heurte la pierre avec un bruit sourd. Il ajuste la crosse de son HK416. Le canon est chaud. Six gardes apparaissent au bout de la galerie. Ils portent des uniformes gris anthracite. Leurs gilets pare-balles sont lourds. Ils déploient une ligne de tir. Le chef de groupe lève sa main droite. Il donne un signal visuel. Les culasses claquent en synchronisation. Matteo épaule son fusil. Il vise le centre de la masse. Il presse la détente. Une rafale de trois coups part. Le recul frappe son épaule. La première balle percute le plexus du garde de tête. Le kevlar absorbe l'impact mais le choc brise le sternum. L'homme bascule. Les deux autres balles déchirent la gorge. Le sang gicle sur une statue de Vénus. Le marbre blanc devient rouge sombre. Les gardes ripostent. Le hall sature de détonations. Les balles de 9mm ricochent sur les colonnes. Des éclats de pierre volent. Matteo rentre la tête. Un projectile siffle à dix centimètres de son crâne. Il sent le souffle de l'air déplacé. Elena s'accroupit derrière un socle en granit. Elle tire deux fois. Un garde s'effondre. Il lâche son arme. Ses mains cherchent son ventre ouvert. Matteo change de chargeur. Son pouce presse le loquet de retenue. Le boîtier vide tombe sur le marbre. Le métal sonne comme une cloche. Il insère un chargeur neuf. Il tire le levier d'armement. Le ressort claque. Il pivote sur sa droite. Deux gardes tentent un contournement par l'aile est. Matteo aligne le premier. Il tire une balle unique. Le projectile traverse l'œil droit. La boîte crânienne explose contre le mur tapissé de soie. Le second garde plonge derrière un canapé en cuir. Matteo vide la moitié de son chargeur dans le meuble. La mousse de rembourrage vole dans l'air. Le garde hurle. Une balle a sectionné l'artère fémorale. Le sang inonde le tapis persan. L'odeur de ferraille se mélange à celle de la fumée. Elena change de position. Elle court vers une alcôve. Ses mouvements sont fluides. Elle ne regarde pas les corps. Elle surveille les angles morts. Un tireur isolé apparaît sur la mezzanine. Il braque un MP5. Elena lève son Sig Sauer. Elle tire trois coups rapides. Le tireur bascule par-dessus la rambarde en fer forgé. Il chute de six mètres. Son corps percute le sol avec un bruit d'os brisés. Le marbre se fissure sous l'impact. Matteo avance en mode pas de chasseur. Il garde son arme à l'épaule. Il vérifie chaque recoin. Un garde blessé rampe sur le sol. Il essaie de saisir un pistolet tombé. Matteo ne ralentit pas. Il tire une balle dans la nuque. Le corps se fige. Les doigts se crispent une dernière fois sur le marbre froid. Le silence revient brièvement. La fumée stagne sous le plafond à caissons. Matteo récupère le sac d'or. Il sent la sueur couler dans son dos. Son t-shirt colle à sa peau. Il regarde Elena. Elle recharge son arme. Ses mains ne tremblent pas. Elle désigne la porte monumentale en chêne. Quatre gardes supplémentaires sortent par la porte. Ils portent des boucliers tactiques en polycarbonate. Ils avancent en formation serrée. Matteo lâche le sac. Il saisit une grenade offensive à sa ceinture. Il arrache la goupille avec les dents. Il compte deux secondes. Il lance l'engin. La grenade roule sur le damier de marbre. L'explosion soulève la poussière. Les boucliers volent en éclats. Les vitraux des fenêtres hautes explosent vers l'extérieur. Un garde est projeté contre un pilier. Son dos se brise. Les trois autres sont au sol. Ils sont sonnés. Matteo s'approche. Il tire une balle dans chaque tête. L'exécution est mécanique. Le sang s'étale en larges flaques circulaires. Les rigoles rejoignent les joints du carrelage. Matteo vérifie son dernier chargeur. Il reste douze cartouches. Il regarde le hall. Douze cadavres jonchent la pièce. Le marbre blanc a disparu sous une couche de débris et de fluides. Les statues sont décapitées par les impacts. L'or est toujours là. Elena s'approche de la porte de chêne. Elle examine les gonds. Elle fait un signe de tête. La voie est libre. Matteo ramasse le sac. Le poids semble avoir doublé. Il marche sur les douilles de cuivre. Le bruit de ses pas est le seul son dans la pièce. Il ne regarde pas les visages des morts. Il cherche la sortie. Le duo traverse le seuil. Ils laissent derrière eux le Grand Hall. Le sang continue de couler sur le marbre. Les taches s'élargissent lentement. Le silence s'installe à nouveau dans la Villa Rossi. Matteo pousse la porte extérieure. L'air frais de la nuit frappe son visage. Il inspire profondément. Ses poumons brûlent. Il serre la poignée du sac. Il avance vers la forêt. Le métal jaune pèse. Le sang sur ses mains commence à sécher. Il ne s'arrête pas. La traque reprend. Ses muscles se tendent. Il regarde devant lui. Le noir de la forêt avale leurs silhouettes.

Le Grand Hall

Matteo pousse les doubles portes en chêne. Le Grand Hall s'ouvre sur cinquante mètres de vide. Le marbre blanc de Carrare brille sous les projecteurs halogènes. L'air est froid. Elena marche dans son ombre. Elle porte le premier sac de lingots. La sangle en nylon s'enfonce dans son épaule gauche. Son bras droit maintient le canon de son MP5 vers le sol. Matteo balaie la mezzanine du regard. Ses yeux gris ne fixent aucun point précis. Il cherche le mouvement. Le premier tir vient de la balustrade Est. Une balle de 5.56 percute le sol à dix centimètres de la botte de Matteo. Le marbre éclate en fragments coupants. Matteo bascule sur le côté. Il s'abrite derrière le socle d'une statue d'Apollon. Elena plonge derrière un canapé en cuir pleine fleur. Elle ne crie pas. Elle vérifie son sélecteur de tir. Deux gardes apparaissent en haut de l'escalier monumental. Ils portent des vestes tactiques noires. Matteo épaule son fusil d'assaut. Il ajuste sa respiration. Son index presse la détente de manière rectiligne. Trois douilles de cuivre sautent de la culasse. Elles tintent sur le sol. Le premier garde reçoit deux impacts dans le sternum. Il bascule par-dessus la rampe. Son corps chute de six mètres. Il s'écrase sur une table en verre. Le fracas résonne contre les murs hauts. Le second tireur se plaque contre une colonne. Il arrose le hall à l'aveugle. Les balles déchirent les rideaux de soie lourde. Des lambeaux de tissu rouge flottent dans l'air comme des confettis. Une statue de Vénus perd son bras gauche sous un impact. La poussière de pierre sature l'atmosphère. Matteo change de chargeur. Le mouvement est fluide. Sa main gauche saisit un chargeur plein à sa ceinture. Le vide tombe. Le plein s'enclenche. Le verrou claque. Elena sort de son abri. Elle tire par rafales courtes de deux coups. Elle vise les angles morts. Un tireur embusqué derrière un buste de César s'effondre. Le buste bascule et explose au sol. Elena progresse en canard. Elle gagne trois mètres. Elle s'adosse à une pile de caisses de transport. Le métal des caisses est froid. L'or à l'intérieur ne fait aucun bruit. Le chrome des appliques murales reflète les éclairs des détonations. Chaque tir illumine brièvement les visages. Matteo voit la sueur perler sur la tempe d'Elena. Il ne dit rien. Il n'y a rien à dire. Il lance une grenade fumigène vers le centre de la pièce. Le cylindre métallique roule sur le marbre avec un bruit de ferraille. Un sifflement aigu commence. Une fumée grise et épaisse envahit l'espace. Les gardes de Rossi cessent de tirer. Le silence dure quatre secondes. Matteo se lève. Il court vers le centre du hall. Ses bottes martèlent le sol. Il utilise la fumée comme un mur. Il entend des ordres criés en italien depuis la mezzanine. Les voix sont hautes. La peur est là. Matteo ne ressent pas la peur. Il ressent le poids de son arme. Il ressent la tension dans ses trapèzes. Une silhouette se découpe dans le brouillard gris. Matteo ne ralentit pas. Il frappe le garde avec la crosse de son fusil. Le nez explose. Le cartilage craque. Le garde tombe en arrière. Matteo lui loge une balle dans la gorge pour finir le travail. Le sang gicle sur le chrome d'un guéridon. Le rouge est sombre. Presque noir. Elena le rejoint. Elle respire par la bouche. Son torse monte et descend de manière saccadée. Elle pointe la sortie Nord. La porte est massive. Elle est protégée par une grille électronique. Elena pose le sac d'or. Elle sort un boîtier de sa poche. Ses doigts longs manipulent les fils. Elle branche le décodeur sur le clavier mural. L'écran LCD clignote. Matteo se met en position de tir, un genou à terre. Il couvre les 360 degrés. Un nouveau groupe de gardes entre par les cuisines. Ils sont quatre. Ils ont des lampes tactiques. Les faisceaux blancs déchirent la fumée. Matteo ferme un œil. Il tire dans la première lampe. L'ampoule explose. Le garde hurle. Matteo déplace son tir de dix centimètres à droite. Le deuxième homme tombe. Les deux autres gardes se couchent et ripostent. Les balles sifflent aux oreilles de Matteo. Une balle ricoche sur le sac d'or. Le son est mat. Le plomb a rencontré le métal précieux. Matteo ne bouge pas. Il est une machine de tir. Il aligne les organes de visée sur une masse sombre. Il presse la détente. Le recul tape dans son épaule. C'est une sensation familière. Une sensation de contrôle. Le boîtier d'Elena émet un bip long. Le voyant passe au vert. Le mécanisme de la grille s'enclenche. Les pignons d'acier grincent. La grille remonte lentement. Le bruit est insupportable dans le vacarme de la fusillade. Elena ramasse le sac. Elle glisse sous la grille avant qu'elle ne soit totalement levée. Elle fait signe à Matteo. Matteo lance sa dernière grenade offensive vers les cuisines. Il ne regarde pas l'explosion. Il court vers la grille. Il se glisse dessous. Il se relève et plaque son dos contre le mur extérieur du hall. L'explosion souffle les vitres intérieures. Des milliers de fragments de cristal tombent comme de la pluie. L'odeur de la poudre est partout. Elle pique la gorge. Elle colle à la peau. Ils sont dans le couloir de service. Les murs sont en béton brut. Le luxe de la villa s'arrête ici. Matteo vérifie son arme. Il lui reste un demi-chargeur. Il enclenche son dernier chargeur neuf. Il jette le précédent au sol. Le plastique frappe le béton. Elena vérifie la sangle de son sac. Elle a une coupure sur la joue. Le sang coule le long de sa mâchoire. Elle l'essuie d'un revers de main. Ses doigts laissent une trace rouge sur sa peau pâle. Matteo regarde l'heure sur sa montre tactique. Ils ont deux minutes d'avance sur le plan. Il fait un signe de tête vers l'obscurité du couloir. Ils reprennent la marche. Leurs pas sont synchronisés. Le bruit des tirs dans le hall s'estompe. Il ne reste que le bourdonnement des oreilles. Le métal jaune pèse dans les sacs. C'est le poids de leur survie. Le couloir débouche sur une porte de secours en acier. Matteo pose sa main sur la poignée. Elle est froide. Il appuie doucement. La porte s'ouvre sur la nuit romaine. L'air extérieur est humide. Il sent la terre et la pluie proche. Matteo sort le premier. Il balaie le périmètre. Les pins parasols se découpent en noir sur le ciel sombre. Rien ne bouge. Elena sort à son tour. Elle ajuste son sac. Le sang sur sa joue a déjà séché. Elle regarde vers la villa. Les lumières du Grand Hall clignotent encore à travers les fenêtres brisées. Des silhouettes s'agitent à l'intérieur. Matteo siffle doucement. C'est le signal. Ils s'enfoncent dans les sous-bois. Les branches de lauriers-roses fouettent leurs visages. Ils ne sentent rien. Ils avancent vers le point de chute. Le sol est meuble sous leurs pieds. Matteo surveille ses arrières. Il voit les reflets des gyrophares au loin, sur la route privée. Rossi a appelé ses renforts. Le temps presse. Matteo accélère le pas. Ses muscles brûlent. L'acide lactique envahit ses cuisses. Il ignore la douleur. La douleur est une information. Elle n'est pas un obstacle. Ils atteignent la clôture de la propriété. Matteo sort une pince coupante. Le grillage cède avec un claquement sec. Ils passent de l'autre côté. La forêt est plus dense ici. L'obscurité est totale. Matteo sort une lampe à filtre rouge. Il l'allume brièvement. Le sentier est là. Ils courent maintenant. Le rythme est soutenu. Le sac d'or bat contre les côtes d'Elena. Elle ne ralentit pas. Ils arrivent à la voiture. Une berline noire garée sous un pont. Matteo ouvre le coffre. Elena y jette le sac. Le bruit du métal contre le tapis de coffre est le plus beau son de la nuit. Matteo range son fusil. Il retire sa veste tactique. Il est en sueur. Sa chemise colle à son dos. Il monte au volant. Elena s'assoit à côté de lui. Elle pose sa tête contre le siège. Ses yeux sont fermés. Matteo tourne la clé. Le moteur vrombit. Il n'allume pas les phares. Il engage la première vitesse. La voiture s'élance sur le chemin de terre. Les pneus crissent sur les graviers. Matteo regarde dans le rétroviseur. La villa Rossi n'est plus qu'une tache de lumière lointaine dans la forêt. Le Grand Hall est un cimetière de marbre et de chrome. Le sang de Matteo est calme. Son pouls redescend. La mission est accomplie. Le reste n'est que de la logistique.

L'Impact

La berline noire dévore le bitume de la SP49. Les phares restent éteints. Matteo utilise les lunettes de vision nocturne. Le monde est une étendue verte et granuleuse. Le moteur ronronne à bas régime. Elena vérifie le sac d'or entre ses pieds. Les lingots s'entrechoquent avec un bruit sourd. Le poids est rassurant. La villa Rossi disparaît derrière la colline. Le silence s'installe dans l'habitacle. L'air est frais. La sueur sèche sur le front de Matteo. Ses mains serrent le cuir du volant. Ses phalanges sont blanches. Un éclair déchire l'obscurité sur le bas-côté droit. Le flash est bref. Le bruit suit immédiatement. Un claquement sec. La vitre latérale explose en mille morceaux de cristal. Le verre crible le visage de Matteo. Une balle de 7.62 traverse la portière conducteur. Le métal hurle. Le projectile perd de sa course dans le rembourrage du siège. Il finit sa trajectoire dans le deltoïde de Matteo. L'impact le projette contre la portière opposée. Le volant lui échappe. La voiture chasse vers le fossé. Matteo grogne. Le son sort de ses poumons comme un râle animal. Il ne lâche pas un cri. Il plaque sa main droite sur le volant. Il redresse la trajectoire. Ses dents sont serrées. Le sang commence à imbiber sa chemise. La tache s'étend rapidement. Elle est noire sous la lumière verte des lunettes. Elena plonge la main dans son sac tactique. Elle sort un Glock 17. Elle ne regarde pas Matteo. Elle surveille les rétroviseurs. Une deuxième détonation retentit. La balle ricoche sur le coffre. Le métal gémit. Matteo écrase l'accélérateur. Le moteur monte dans les tours. Les pneus hurlent sur l'asphalte. Il change de vitesse avec un geste brusque. Son bras gauche pend inutilement le long de son corps. Le sang coule sur ses doigts. Il goutte sur le tapis de sol. L'odeur de fer envahit l'habitacle. Elena baisse sa vitre. Elle sort le buste. Elle tire trois fois vers la source du flash. Le recul secoue son épaule. Elle rentre dans la voiture. — Continue de rouler, dit-elle. Sa voix est un rasoir. Matteo hoche la tête. Sa respiration est courte. Il lutte contre le voile noir qui borde sa vision. Le choc de la balle engourdit son système nerveux. La douleur viendra plus tard. Pour l'instant, il n'y a que le froid. La voiture prend de la vitesse. Cent vingt. Cent quarante. Les arbres ne sont plus que des traînées floues. Ils parcourent trois kilomètres en silence. Les poursuivants ne tirent plus. Matteo ralentit. Il engage la berline dans un chemin forestier. Les branches griffent la carrosserie. Il coupe le contact. Le silence retombe. Il est lourd. Matteo lâche le volant. Sa tête bascule en arrière. Son visage est livide. La sueur perle sur sa lèvre supérieure. Elena range son arme. Elle sort une lampe torche. Elle allume le faisceau. La lumière crue révèle le désastre. La portière est déchiquetée. Le siège est saturé de rouge. Matteo a les yeux clos. Ses paupières tremblent. Elena attrape le sac de soie récupéré dans la villa. C'était un rideau de prix. De la soie sauvage. Épaisse. Résistante. Elle déchire le tissu. Le bruit de la soie qui cède est net. Elle fabrique des bandes de vingt centimètres de large. Elle ne tremble pas. Ses doigts longs manipulent le textile avec précision. Elle ouvre la chemise de Matteo. Les boutons sautent. La plaie d'entrée est un trou sombre sous la clavicule. Le sang bouillonne à chaque battement de cœur. Il n'y a pas de plaie de sortie. La balle est logée contre l'omoplate. Elena prend une première bande de soie. Elle la roule en boule. Elle l'enfonce directement dans le trou. Matteo sursaute. Son corps se cambre. Un grognement sourd s'échappe de sa gorge. Ses doigts labourent le cuir du siège passager. Il ne demande pas de pause. Elena ignore les spasmes de son partenaire. Elle appuie fort. Le tissu s'imbibe instantanément. Le rouge gagne les fibres claires. Elle place une deuxième épaisseur. — Serre les dents, ordonne-t-elle. Elle passe une longue bande de soie derrière le dos de Matteo. Elle ramène le tissu sur l'épaule. Elle croise les pans sur la poitrine. Elle tire de toutes ses forces. Le nœud doit être compressif. Matteo expire un filet d'air sifflant. Ses muscles se contractent. Les veines de son cou saillent. Elena fait un double nœud. Elle vérifie la tension. Le saignement ralentit. La soie agit comme un tampon efficace. Elle essuie ses mains pleines de sang sur son propre pantalon. Matteo ouvre les yeux. Ses pupilles sont dilatées. Il regarde Elena. Il ne sourit pas. Il ne la remercie pas. Il vérifie la mobilité de ses doigts droits. Ils répondent. Il attrape le levier de vitesse. Son bras gauche est immobilisé contre son torse par le bandage de fortune. La soie forme une écharpe improvisée. Le luxe du tissu contraste avec la crasse de la voiture. — On bouge, dit Matteo. Sa voix est un murmure de gravier. Il rallume le moteur. Le démarreur peine une seconde, puis le bloc s'ébroue. Elena recharge son chargeur. Elle insère les cartouches une à une. Le ressort résiste. Elle claque le talon du chargeur. Elle regarde la route devant eux. La poussière retombe dans le faisceau des veilleuses. Matteo engage la marche arrière. Il manoeuvre avec une seule main. Ses gestes sont lents mais précis. Il évite les souches. La voiture retrouve le bitume de la départementale. Il ne regarde pas sa blessure. Il ne regarde pas la soie qui devient sombre. Il fixe l'horizon. Le ciel commence à virer au gris sale. L'aube approche. Le moteur monte en régime. La berline file vers le sud. Le vent s'engouffre par la vitre brisée. Il siffle dans l'habitacle. Elena pose sa main sur le sac d'or. Le métal est froid. Elle regarde Matteo. Le profil de l'homme est une statue de pierre. La cicatrice sur sa joue semble plus profonde sous la lumière de l'aube. Il ne montre aucune faiblesse. La douleur est une information technique. Il la traite. Il l'isole. Ils traversent un village endormi. Les volets sont clos. Une église en pierre grise domine la place. Matteo ne ralentit pas. Il brûle le stop. Il n'y a personne pour le voir. La route s'élève vers les collines. Le bitume est dégradé. Les secousses font vibrer la carrosserie. À chaque choc, Matteo serre un peu plus le volant. Son visage se fige. La soie tient bon. Le nœud ne glisse pas. Elena sort une carte papier. Elle n'utilise pas de GPS. Les ondes laissent des traces. Elle trace un itinéraire du doigt. Elle pointe une zone boisée près de la côte. Matteo hoche la tête. Il connaît l'endroit. Une planque de la vieille époque. Un hangar à bateaux abandonné. La chaux y est stockée en quantité. Le soleil pointe ses premiers rayons. La lumière est crue. Elle frappe le pare-brise fissuré. Matteo baisse le pare-soleil. Son bras gauche est désormais une masse inerte. La soie est totalement saturée. Quelques gouttes tombent sur son genou. Il ne cille pas. Il maintient la vitesse à cent dix kilomètres par heure. L'aiguille du réservoir descend. — On a de l'essence pour cinquante bornes, dit Elena. — Ça suffira, répond Matteo. Il change de main pour soulager son épaule droite. L'effort est visible. Ses muscles du cou sont tendus comme des câbles. Il respire par le nez. Régulièrement. Il gère son énergie. Il gère son sang. Le sac d'or est toujours là. Rossi a perdu. Le prix est payé en liquide rouge et en fibres de soie. La voiture s'enfonce dans un tunnel de pins. L'ombre revient. Matteo accélère encore. La mission n'est pas finie. Le métal doit être fondu. Les traces doivent disparaître. La douleur n'est qu'un paramètre de plus dans l'équation. Le moteur hurle dans la montée. La berline noire disparaît dans les virages de la côte.

Secret Noir

Le garage sent l'huile usagée et le béton froid. Matteo coupe le contact de la berline. Le moteur émet des cliquetis métalliques en refroidissant. Le silence s'installe dans la structure. Elena sort du véhicule. Ses bottes claquent sur le sol poussiéreux. Elle contourne la voiture. Elle ouvre le coffre arrière. Le sac de sport en nylon noir est déformé. Le poids des lingots tire sur les coutures. Elle saisit les anses. Ses tendons se dessinent sous la peau de ses avant-bras. Elle tire le sac vers elle. Le métal frotte contre le tapis de coffre. Le son est sourd. Massif. Elle dépose le sac sur le sol du garage. Le choc fait vibrer la dalle de béton. Matteo descend du côté conducteur. Il utilise sa main droite pour ouvrir la portière. Son bras gauche reste collé à son buste. La soie du pansement est noire de sang séché. Il s'appuie contre le montant de la voiture. Son visage a la couleur de la cendre. Il respire par petites inspirations saccadées. Ses yeux gris fixent le sac. Il ne parle pas. Il observe les environs. Le garage est une boîte de béton de cinquante mètres carrés. Une ampoule nue pend au plafond. Elle n'est pas allumée. La lumière vient d'une lucarne haute. Elena s'accroupit devant le sac. Elle ouvre la fermeture Éclair. Les dents en plastique grincent. L'or apparaît. Les lingots sont empilés de manière irrégulière. Ils captent la faible clarté matinale. Chaque barre pèse douze kilos et demi. La pureté est gravée sur le dessus : 999.9. Elena plonge sa main droite entre deux lingots. Ses doigts cherchent le fond du sac. Elle sent une surface rigide. Elle écarte le métal. Elle sort une chemise cartonnée de couleur noire. Le dossier est maintenu par un élastique plat. Il n'y a aucune inscription sur la couverture. Elle ouvre le dossier. Matteo s'approche lentement. Il traîne les pieds. Il s'arrête à un mètre. Elena feuillette les pages. Le papier est un vélin de haute qualité. Le grain est fin. En haut de la première page, un sceau est frappé à sec. Deux clés croisées sous une tiare. Le symbole du Vatican. En dessous, une mention en latin : *Archivio Segreto*. Elena tourne la page. Des colonnes de chiffres s'alignent. Des dates. Des noms de sociétés écrans basées au Panama et au Luxembourg. Elle pointe une ligne du doigt. Le nom de Rossi apparaît. Il est associé à un virement de huit millions d'euros. La destination est un compte numéroté à l'IOR. L'Institut pour les Œuvres de Religion. Elena continue la lecture. Les pages suivantes contiennent des photos. Des hommes en costume sombre devant des banques privées. Des prélats en soutane violette. Des documents de transfert de propriété immobilière dans le centre de Rome. Le dossier est une cartographie du crime financier. Rossi n'est pas un simple collectionneur. Il est le gestionnaire de fonds occultes pour le compte de la Curie. Matteo crache au sol. Le liquide est rose. Il a une lésion interne. Il regarde Elena. — On garde ça, dit Elena. Elle referme le dossier. Elle le glisse sous sa veste, contre ses côtes. Elle remonte la fermeture de son blouson. Le dossier est rigide. Il gêne ses mouvements. Elle s'en moque. Elle saisit à nouveau les anses du sac d'or. Elle le soulève de quelques centimètres. Son dos se courbe sous l'effort. Elle transporte la charge vers le fond du garage. Un utilitaire gris est garé dans l'ombre. C'est un modèle standard. Plaques d'immatriculation volées deux jours plus tôt. Elle ouvre les portes arrière de l'utilitaire. Le plancher est recouvert d'une plaque d'acier. Elle jette le sac à l'intérieur. Le véhicule s'affaisse sur ses suspensions. Le métal du châssis gémit. Elena retourne vers la berline. Elle prend le deuxième sac. Celui-ci contient les munitions restantes et les trousses de secours. Elle le pose à côté de l'or. Elle revient vers Matteo. Elle passe son bras sous son épaule droite. Elle l'aide à marcher. Matteo est lourd. Sa peau est brûlante. Ils atteignent l'utilitaire. Matteo se hisse sur le siège passager. Il grimace. Ses dents grincent. Il s'attache. La ceinture de sécurité passe sur sa blessure. Il ne bronche pas. Elena ferme les portes arrière. Elle verrouille les battants. Elle monte derrière le volant. Elle insère la clé dans le contact. Le moteur diesel démarre au quart de tour. Le bruit est régulier. Elle vérifie le niveau de carburant. Le réservoir est plein. Elle engage la marche arrière. Les pneus écrasent des débris de verre. Elle sort du garage. Le soleil franchit la ligne d'horizon. La lumière est crue. Elle frappe le pare-brise propre de l'utilitaire. Elena baisse le pare-soleil. Elle roule sur un chemin de terre. La poussière s'élève derrière le véhicule. Elle rejoint une route départementale. Elle maintient une vitesse constante de quatre-vingts kilomètres par heure. Elle ne veut pas attirer l'attention. Matteo a la tête appuyée contre la vitre. Ses yeux sont clos. Sa respiration est un sifflement ténu. Elena surveille le rétroviseur. La route est vide. Les pins défilent de chaque côté. L'odeur de l'or et du vieux papier remplit l'habitacle. Le dossier contre ses côtes lui rappelle le danger. Rossi va envoyer tout ce qu'il possède pour récupérer ces pages. Ce n'est plus une question de métal jaune. C'est une question de survie pour l'institution. Elena serre le volant. Ses phalanges sont blanches. Elle connaît la direction. Une planque dans les Abruzzes. Une ancienne bergerie en pierre. Il n'y a pas d'électricité. Il n'y a pas de réseau. Il n'y a que le froid et le silence. Elle change de rapport. La boîte de vitesses est dure. Elle force le levier. L'utilitaire monte en régime. Ils traversent un village endormi. Les volets sont clos. Une église se dresse sur la place principale. Elena ne regarde pas la croix au sommet du clocher. Elle regarde la route. Elle regarde les angles morts. Elle vérifie l'heure sur le tableau de bord. 05:47. Dans trois heures, le pays sera réveillé. La police trouvera la villa Rossi. Ils trouveront les corps. Ils trouveront les douilles de 9mm. Matteo bouge la main. Il cherche son arme dans le vide. Ses doigts rencontrent le tissu du siège. Il se calme. Elena pose sa main sur son genou. Le tissu du pantalon est rêche. — On y est presque, dit-elle. Matteo ne répond pas. Il n'a plus de force pour les mots. Il économise son oxygène. Elena accélère. L'utilitaire s'engage sur une rampe d'accès à l'autoroute. Elle prend la direction du sud. Elle se fond dans le trafic des premiers camions de livraison. Elle est une ombre parmi les ombres. Le dossier noir est une bombe à retardement. L'or est un boulet de plomb. Ils avancent vers les montagnes. Le ciel devient bleu acier. La température chute. Elena allume le chauffage. L'air chaud sent le plastique brûlé. Elle ne baisse pas sa garde. Le Vatican a les bras longs. Rossi a les dents dures. La route s'étire. Le métal pèse lourd dans le coffre. Le sang continue de couler sous la soie. Le voyage ne fait que commencer.

Force Brute

Matteo vérifie le chargeur de son fusil d’assaut. Le ressort oppose une résistance ferme. Vingt-huit cartouches de 5.56. Il engage le magasin dans le puits. Le clic métallique résonne dans l’habitacle. Elena maintient le volant à deux mains. Ses phalanges sont blanches. La sueur perle sur sa lèvre supérieure. Elle ne cligne pas des yeux. Le compteur affiche cent quarante kilomètres par heure. L’aiguille vibre contre la butée. Devant eux, le barrage bloque la départementale. Deux camions de chantier barrent la route. Des hommes en treillis noir se déploient. Ils épaulent des fusils à pompe. Matteo attrape la sacoche de charges creuses. Il vérifie les aimants. Le néodyme colle à la paroi de la portière. — Accélère, dit Matteo. Elena écrase la pédale de droite. Le turbo siffle. Le moteur diesel monte dans les tours. Le bruit sature l’espace. Les premières balles percutent le pare-brise. Le verre feuilleté se craquelle en étoile. Matteo baisse la tête. Il sent les éclats sur sa nuque. Il ouvre la porte latérale coulissante. Le vent s’engouffre. L’air est chargé de poussière. Il lance la première charge. Le bloc de plastique frappe le flanc du camion. Il presse le bouton de la télécommande. L’acier se déchire. La détonation comprime les poumons de Matteo. Une boule de feu orange dévore le gasoil. Le camion bascule sur le côté. L’utilitaire plonge dans la brèche. Le châssis frotte contre le bitume. Des étincelles jaillissent. Elena braque violemment. Les pneus crissent. La gomme brûlée empeste. Elle redresse la trajectoire. Le rétroviseur droit explose sous un impact. Matteo se repositionne. Il tire de courtes rafales. Trois coups. Pause. Trois coups. Les silhouettes noires tombent dans le fossé. Le sang coule le long de la cuisse de Matteo. Le pantalon boit le liquide sombre. La plaie est nette. Il ne regarde pas la blessure. Il change de chargeur. Le métal chaud brûle ses doigts. Il ignore la douleur. Seule la mission compte. L’or bouge dans le coffre. Les lingots s’entrechoquent. Le son est sourd. C’est le bruit de la survie. Elena passe la cinquième vitesse. La boîte de vitesses hurle. Le moteur est en surchauffe. La jauge de température est dans le rouge. Une berline noire surgit sur la gauche. Elle percute l’utilitaire. Le choc projette Matteo contre la paroi. Son épaule craque. Il serre les dents. Il attrape une grenade offensive. Il dégoupille avec le pouce. Il lâche l’engin par la fenêtre. L’explosion soulève l’arrière de la berline. Elle part en tonneau. Le toit s’écrase sur le goudron. Le réservoir prend feu. Une colonne de fumée noire monte vers le ciel. Elena ne ralentit pas. Elle cherche la sortie d’autoroute. Les panneaux défilent. Le vent siffle à travers les trous de balles. Le froid s’installe dans la cabine. Matteo recharge son arme. Ses mouvements sont lents. La perte de sang engourdit ses muscles. Il regarde Elena. Elle fixe la route. Son visage est un masque de pierre. Elle ne tremble pas. Elle conduit avec précision. Chaque virage est calculé. Chaque accélération est pesée. Le soleil se lève sur l’horizon. La lumière est crue. Elle frappe le marbre des montagnes. Le tunnel de la frontière est en vue. C’est le dernier obstacle. Les gyrophares bleus barrent l’entrée. La police est là. Rossi a passé des appels. Matteo prépare la dernière charge. Il lie deux blocs de C4 avec du ruban adhésif. Il ajoute des billes d’acier. C’est une machine à tuer. Elena rétrograde. Le frein moteur fait hurler le bloc diesel. — Tiens-toi, dit-elle. Elle vise le milieu du barrage. Elle ne freine pas. Les policiers s’écartent. Ils tirent sur les pneus. Le pneu avant gauche éclate. La jante frotte le sol. Le bruit est insupportable. Matteo lance la charge sous une voiture de patrouille. Il déclenche immédiatement. L’onde de choc soulève l’utilitaire. Le véhicule retombe lourdement. Elena maintient la direction. Elle traverse le rideau de flammes. Le feu lèche la carrosserie. La peinture cloque. L’odeur de brûlé devient suffocante. Ils sortent du tunnel. L’air frais frappe leurs visages. La route est libre. Matteo relâche la pression sur la détente. Il pose son fusil sur ses genoux. Ses mains tremblent enfin. Il regarde ses doigts. Ils sont couverts de suie et de sang. Elena diminue la pression sur l’accélérateur. Le moteur claque. Il va lâcher. Ils s’arrêtent dans un chemin de terre. La forêt est dense. Les arbres cachent la carcasse fumante. Elena coupe le contact. Le silence retombe. Il est lourd. Il est physique. Matteo ouvre la portière. Il tombe sur le sol. Ses jambes ne le portent plus. Il rampe vers l’arrière du véhicule. Il ouvre les portes. L’or est là. Les lingots brillent sous la lumière du matin. Ils sont intacts. Chaque barre pèse douze kilogrammes. L’or est pur à 99,9 %. La surface est marquée du poinçon de la fonderie. Matteo en prend un. Le poids est réel. Il est concret. Il range le lingot dans un sac à dos renforcé. Elena descend à son tour. Elle marche avec difficulté. Elle s’assoit contre une roue. Elle sort un paquet de cigarettes. Elle en allume une. La fumée monte droite dans l’air froid. — On a réussi, dit-elle. Matteo ne répond pas. Il regarde le ciel. Il est gris. Il est vide. Il ferme les yeux. Le métal pèse sur sa conscience. Le sang de son frère est sur ses mains. L’or ne lavera rien. Il sort son couteau. Il coupe le tissu de son pantalon. La plaie est profonde. Il verse de l’alcool sur la chair vive. Son corps se cambre. Il ne crie pas. Il range le couteau. Il applique un pansement de fortune. Elena jette son mégot. Elle se lève. Elle regarde la carte. La frontière est derrière eux. Ils sont en sécurité pour l’instant. Mais Rossi n’oublie pas. Le Vatican n’oublie pas. Ils doivent bouger. Ils doivent transformer le métal en papier. Ils doivent disparaître. Matteo se relève. Il s’appuie contre la carrosserie. Il regarde l’horizon. La chasse continue. Le moteur émet un dernier craquement métallique. Le métal se contracte en refroidissant. Matteo observe la fuite de liquide de refroidissement. Le liquide vert coule sur la terre sèche. Il forme une flaque toxique. Elena retire son casque audio. Ses oreilles sont rouges. Elle frotte ses tempes. Matteo inspecte le sac contenant le dossier noir. Le cuir est éraflé. Les documents sont à l’intérieur. Ce sont des feuilles de papier de haute qualité. Elles portent le sceau de la banque du Saint-Siège. Chaque page est une condamnation à mort. Elena ouvre le capot de l’utilitaire. De la vapeur s’échappe. La courroie d’accessoires est déchiquetée. Le radiateur est percé par une balle de gros calibre. Le véhicule est mort. Ils doivent continuer à pied. Ils répartissent la charge. Trente kilos chacun. C’est le maximum pour marcher en forêt. Le reste de l’or restera ici. Matteo dissimule les lingots restants sous des branches. Il utilise de la boue pour casser la brillance du métal. Ils s’enfoncent dans les bois. Le sol est couvert d’aiguilles de pin. Le bruit de leurs pas est étouffé. Matteo marche devant. Il tient son fusil à la main. La sangle scie son épaule. Il ne change pas de position. Le relief s’accentue. Leurs respirations deviennent courtes. L’air froid brûle les bronches. Matteo surveille les crêtes. Il cherche des reflets de lentilles optiques. Il cherche des mouvements anormaux. Elena s’arrête. Elle écoute. Un hélicoptère approche. Le battement des pales déchire le silence. Le son vient du nord. Matteo fait signe de s’accroupir. Ils se cachent sous un buisson de ronces. Les épines griffent leurs visages. Ils ne bougent pas. L’appareil passe au-dessus d’eux. C’est un modèle civil. Un biturbine. Il porte les couleurs d’une société de sécurité privée. Rossi a sorti les grands moyens. L’hélicoptère s’éloigne vers l’ouest. Matteo se relève. Il aide Elena. Ses doigts touchent sa peau. Elle est glacée. Ils reprennent la marche. Le soleil est maintenant haut. Il ne chauffe pas. Ils atteignent une crête. En bas, une petite route serpente. Une voiture est garée près d’un pont. C’est une berline grise. Banale. Elle a été déposée là trois jours plus tôt. C’est le plan de secours. Matteo descend la pente en glissant. Les cailloux roulent sous ses bottes. Il atteint la voiture. Il vérifie le passage de roue. La clé est là. Fixée par un aimant. Il ouvre le coffre. Il y a des vêtements propres. Des faux passeports. Deux pistolets-mitrailleurs MP5. Des chargeurs pleins. Elena s’assoit sur le siège passager. Elle change de chemise. La soie ensanglantée finit dans un sac plastique. Matteo prend le volant. Il démarre le moteur. Le quatre cylindres tourne rond. Il engage la première. La voiture s’élance sur le goudron. Ils roulent vers une ville côtière. Le port est leur destination. Un cargo part pour Tanger à minuit. Le capitaine a déjà reçu la moitié de la somme. Matteo regarde le dossier noir sur ses genoux. Il l’ouvre. Les noms défilent. Des cardinaux. Des politiciens. Des chefs de cartel. C’est une carte du monde souterrain. — On fait quoi de ça ? demande Elena. — On le garde, répond Matteo. C’est notre assurance vie. Il ferme le dossier. Il regarde la route. Le bitume défile sous les roues. Le bruit est régulier. Hypnotique. Matteo ne dort pas. Il ne dormira pas avant d’être sur l’eau. La ville apparaît au loin. Les grues du port se découpent sur le ciel. Le fer et le béton. Matteo serre le volant. Ses mains sont calleuses. Ses yeux sont gris. Il est une machine. Il vérifie son rétroviseur. Personne. Pour l’instant. Il accélère. Le moteur monte en régime. La voiture fend l’air. Le métal pèse lourd. Le sang a séché. La mission continue.

Le Maître des Lieux

La route se resserre entre deux hangars de béton gris. Une berline noire barre le passage. Les phares coupent l'obscurité. Matteo écrase la pédale de frein. Les pneus hurlent sur le bitume. La voiture s'immobilise à dix mètres de l'obstacle. La poussière retombe lentement. Don Rossi se tient debout devant sa calandre. Il porte un costume de soie grise. Le tissu colle à ses flancs larges. La sueur inonde son visage gras. Ses bagues brillent sous les projecteurs. Il tient un fusil à pompe Benelli. Le canon pointe vers le pare-brise de Matteo. Matteo ne bouge pas. Ses mains restent serrées sur le volant. Ses phalanges sont blanches. Elena baisse la main vers son holster. Elle dégage la sécurité de son Glock. Le clic métallique est net. Rossi avance d'un pas. Ses chaussures vernies craquent sur les graviers. Il hurle. Le vent emporte ses mots. Sa bouche est une fente sombre. Il arme la culasse du fusil. Le bruit sec claque dans le silence du port. Matteo engage la marche arrière. Le moteur monte en régime. Rossi tire. Le plomb percute le capot. Des étincelles jaillissent. Le verre du phare gauche explose. Matteo braque les roues. Il lâche l'embrayage. La voiture recule en dérapage contrôlé. Rossi tire une deuxième fois. La lunette arrière vole en éclats. Les fragments de verre tombent sur le dossier noir. Elena se penche sur le siège. Elle sort son arme. Elle tire trois fois à travers le trou du pare-brise. Les impacts marquent la carrosserie de la berline noire. Rossi plonge derrière sa portière ouverte. Le métal encaisse les balles. Le son est mat. Rossi recharge. Ses doigts boudinés tremblent sur les cartouches. Il glisse le calibre 12 dans le tube. Il transpire abondamment. L'odeur de la poudre imprègne l'air. Il sent le poids de son or s'échapper. Ses yeux injectés de sang fixent la cible. Il se redresse. Il appuie sur la détente. Le recul secoue son épaule massive. Matteo change de vitesse. Il repasse en première. Il fonce vers la berline. Le moteur hurle à six mille tours. Elena vide son chargeur. Les douilles chaudes rebondissent sur le cuir des sièges. Rossi tire dans le bloc moteur. De la vapeur s'échappe instantanément. Le liquide de refroidissement coule sur le sol. Le choc est imminent. Matteo baisse la tête derrière le tableau de bord. Le pare-chocs percute la portière de Rossi. L'acier se tord. Le bruit de la collision déchire la nuit. La berline pivote sur son axe. Rossi est projeté au sol. Il roule dans la poussière. Son fusil glisse à deux mètres. Matteo sort de la voiture. Il marche calmement. Ses bottes de cuir écrasent les débris de verre. Il sort son Beretta de sa ceinture. Rossi rampe vers son arme. Ses mains grattent le sol. Il gémit. La haine déforme ses traits. Il parvient à saisir la crosse du Benelli. Matteo pose son pied sur le canon. Il appuie de tout son poids. Les os de la main de Rossi craquent. Rossi lève les yeux. Sa sueur se mélange à la poussière. Il a une entaille sur le front. Le sang coule dans son œil gauche. Il essaie de parler. Sa gorge est sèche. Il ne sort qu'un râle. Matteo aligne les organes de visée. Le guidon se pose entre les deux yeux du vieil homme. Le doigt de Matteo se contracte sur la détente. Le coup part. Le corps de Rossi sursaute une fois. Il s'immobilise sur le dos. Le sang se répand sur le goudron. Il rejoint la flaque d'huile du moteur. Elena descend du véhicule. Elle ramasse le fusil de Rossi. Elle vérifie le magasin. Elle jette l'arme dans le coffre avec les lingots. Elle regarde le cadavre. Elle ne dit rien. Elle remonte dans la voiture. Matteo s'installe au volant. La température du moteur grimpe. L'aiguille est dans le rouge. Il passe la première. Il contourne l'épave de la berline. La route vers le quai est libre. Les grues du port se rapprochent. L'odeur du sel et du fioul arrive par les fenêtres brisées. La voiture cahote sur les rails des grues. Le moteur siffle. De la fumée blanche sort du capot. Matteo s'arrête devant la passerelle du cargo. Le capitaine attend sur le pont. Il fume une cigarette. Il regarde les impacts de balles sur la carrosserie. Il fait un signe de tête. Matteo coupe le contact. Le silence revient. Seul le bruit du métal qui refroidit ponctue l'instant. Elena sort le dossier noir. Elle vérifie les documents. Tout est là. Matteo descend du véhicule. Il ouvre le coffre. Le métal jaune brille sous les projecteurs du port. Il commence le transfert. Chaque lingot pèse. Ses muscles se tendent. Il ne ressent pas la fatigue. Il dépose les caisses sur le monte-charge. Le capitaine actionne le treuil. L'or monte vers la soute. Elena surveille les environs. Son Glock est prêt. Elle scrute les ombres entre les conteneurs. Rien ne bouge. Le dernier lingot est à bord. Matteo ferme le coffre vide de la voiture. Il regarde ses mains. Elles sont couvertes de graisse et de sang séché. Il les essuie sur son pantalon. Il monte à bord du cargo. Elena le suit. Elle garde le dossier noir contre elle. Le capitaine donne l'ordre de larguer les amarres. Les moteurs du navire vibrent sous leurs pieds. L'eau bouillonne contre la coque. Le quai s'éloigne lentement. Matteo se tient à la poupe. Il regarde la villa Rossi sur la colline. Elle n'est plus qu'un point lumineux. Il sort un paquet de cigarettes. Il en allume une. La fumée est âcre. Il regarde le sillage du bateau. Le sang de Rossi est loin derrière. L'or est dans la cale. Le dossier est en sécurité. Le cargo prend de la vitesse. La mer est noire comme de l'encre. Matteo jette sa cigarette dans l'eau. Il rentre dans la cabine. La mission est terminée.

L'Héritage

Matteo s'arrête devant la porte blindée. L'acier fait quarante centimètres d'épaisseur. Les gonds sont massifs. Elena manipule le clavier numérique. Ses doigts bougent vite. Le code comporte douze chiffres. Un voyant passe au vert. Le mécanisme de verrouillage s'active. Les pênes se retirent avec un grognement métallique. La porte s'entrouvre. L'air à l'intérieur est sec. Il sent la poussière et le métal froid. Ils entrent. La chambre forte est un cube de béton et d'acier. Les étagères sont alignées. Des lingots d'or sont empilés avec précision. Chaque barre pèse douze kilos. La lumière des plafonniers est crue. Elle se reflète sur les surfaces polies. Le métal jaune brille. Matteo ne sourit pas. Il évalue le poids total. Six tonnes. Rossi est là. Il est assis sur une chaise de bureau au fond de la pièce. Ses mains sont attachées aux accoudoirs par des colliers de serrage en plastique. Le plastique mord la chair de ses poignets. L'homme est massif. Son costume en soie est froissé. Sa chemise est ouverte au col. Il transpire. La sueur coule le long de son cou gras. Elle imprègne le tissu coûteux. Matteo s'approche. Ses pas résonnent sur le sol technique. Il s'arrête à un mètre de Rossi. L'homme lève les yeux. Ses paupières sont lourdes. Il a les yeux injectés de sang. Il regarde Matteo. Il regarde Elena. Elena ne lui rend pas son regard. Elle s'occupe des sacs de sport. Elle commence à charger les lingots. Le bruit du métal contre le nylon est régulier. Matteo sort son Beretta. Il vérifie l'indicateur de chambre chargée. Le petit ergot rouge dépasse. L'arme est prête. Il désactive la sûreté avec le pouce. Le clic est audible dans le silence de la pièce. Rossi essaie de parler. Sa langue est sèche. Il émet un sifflement. "L'or ne te sauvera pas", dit Matteo. Sa voix est plate. Il lève le bras. Le mouvement est fluide. Il place le canon contre le front de Rossi. La peau du vieil homme est brûlante. Matteo sent les battements de l'artère temporale de Rossi à travers le métal de l'arme. L'homme tremble. La chaise grince sur le sol. Elena continue son travail. Elle empile les lingots dans les sacs. Elle ne se retourne pas. Elle connaît le protocole. Matteo ajuste sa position. Ses pieds sont bien ancrés au sol. Ses muscles sont détendus. Il respire par le nez. L'air est rare dans la chambre forte. Rossi ferme les yeux. Une larme roule sur sa joue. Elle se perd dans les plis de son visage. Matteo ne ressent rien. Il voit une cible. Il voit un obstacle à éliminer. Il pense à la cicatrice sur sa pommette. Il pense au frère qu'il a tué. Le sang appelle le sang. L'index de Matteo se pose sur la détente. Il applique une pression constante. Le mécanisme interne se met en mouvement. La gâchette libère le chien. Le chien frappe le percuteur. Le percuteur percute l'amorce de la cartouche. La détonation est contenue par le silencieux. Un bruit de piston pneumatique. La balle de neuf millimètres pénètre le crâne. Elle fragmente l'os. Elle traverse le cerveau. Elle ressort par l'arrière de la tête. Un jet de sang et de matière cérébrale repeint le mur en acier derrière la chaise. La tête de Rossi bascule violemment vers l'arrière. Puis elle retombe sur sa poitrine. Le corps se raidit. Les jambes s'étendent. Les talons cognent le sol. Puis tout s'arrête. Rossi est mort. Le sang coule sur son costume. Il goutte sur le sol. Une flaque sombre se forme sous la chaise. L'odeur de la poudre et du fer remplit l'espace. Matteo baisse son arme. Il regarde le cadavre. Il n'y a plus de haine. Il n'y a plus rien. Juste un sac de viande inutile. Il range le Beretta dans son holster. Il se tourne vers Elena. Elle a fini de remplir le premier sac. Elle le ferme. La fermeture éclair siffle. "Aide-moi", dit-elle. Matteo saisit les poignées d'un sac. Le poids tire sur ses tendons. Il soulève la charge. Ils sortent de la chambre forte. Ils laissent la porte ouverte. La lumière reste allumée. Rossi est seul avec son or restant. Ils remontent vers le rez-de-chaussée. L'ascenseur de service est lent. Les câbles gémissent. Ils atteignent le grand hall. Les corps des sentinelles jonchent le sol. Matteo enjambe un garde. L'homme tient encore son fusil d'assaut. Le sang a séché sur le marbre. Ils traversent la villa. Les statues de la Renaissance les observent. Leurs visages de pierre sont impassibles. La lumière de la lune entre par les grandes fenêtres. Elle dessine des rectangles blancs sur le sol. Ils atteignent la sortie de service. Le véhicule utilitaire attend dans l'ombre des cyprès. Matteo ouvre les portes arrière. Ils déposent les sacs. Le métal s'entrechoque. Le son est lourd. C'est le son de la victoire. C'est le son de la fin. Matteo monte au volant. Elena s'assoit à côté de lui. Elle tient le dossier noir sur ses genoux. Ses mains ne tremblent pas. Matteo démarre le moteur. Les phares percent l'obscurité. Il engage la marche arrière. Les pneus broient les graviers de l'allée. Ils quittent la propriété. Le portail automatique se referme derrière eux. Matteo conduit avec prudence. Il respecte les limitations de vitesse. Il ne veut pas attirer l'attention. La route descend vers la côte. Ils arrivent au port. Le cargo est à quai. Le capitaine fait un signe de la main. Le chargement commence. Matteo transporte les sacs sur le pont. Ses muscles brûlent. La sueur pique ses yeux. Il ne s'arrête pas. Le dernier lingot est à bord. Matteo ferme le coffre vide de la voiture. Il regarde ses mains. Elles sont couvertes de graisse et de sang séché. Il les essuie sur son pantalon. Il monte à bord du cargo. Elena le suit. Elle garde le dossier noir contre elle. Le capitaine donne l'ordre de larguer les amarres. Les moteurs du navire vibrent sous leurs pieds. L'eau bouillonne contre la coque. Le quai s'éloigne lentement. Matteo se tient à la poupe. Il regarde la villa Rossi sur la colline. Elle n'est plus qu'un point lumineux. Il sort un paquet de cigarettes. Il en allume une. La fumée est âcre. Il regarde le sillage du bateau. Le sang de Rossi est loin derrière. L'or est dans la cale. Le dossier est en sécurité. Le cargo prend de la vitesse. La mer est noire comme de l'encre. Matteo jette sa cigarette dans l'eau. Il rentre dans la cabine. La mission est terminée.

La Planque

Le camion vibre. Matteo serre le volant en bakélite. Ses phalanges blanchissent sous la pression. La pluie s'écrase contre le pare-brise. Les essuie-glaces grincent sur le verre rayé. Le moteur diesel grogne dans la cabine étroite. L'odeur du gasoil imprègne les tissus des sièges. Elena est assise à sa droite. Elle ne regarde pas la route. Ses yeux fixent le rétroviseur latéral. Elle tient un fusil à pompe sur ses genoux. Le canon est froid. L'acier brille sous les lumières des lampadaires. Le convoi est invisible dans la nuit romaine. Les pneus labourent les flaques d'eau. Le châssis gémit sous le poids de l'or. Six tonnes de métal jaune pèsent sur l'essieu arrière. Matteo change de vitesse. L'embrayage résiste. Il force le levier. Le camion ralentit à l'approche d'un virage serré. La cargaison glisse légèrement dans la remorque. Le bruit du métal contre le bois est sourd. Matteo compense avec le volant. Il connaît ce trajet par cœur. La route côtière est déserte. Les vagues frappent les rochers en contrebas. Le sel ronge la carrosserie du véhicule. Elena vérifie la chambre de son arme. Un clic sec résonne dans l'habitacle. Elle ne dit rien. Son visage est une plaque de marbre. Une mèche de cheveux courts colle à sa tempe. La sueur n'est pas encore sèche. Le sang sur sa veste a bruni. Il forme une croûte rigide. Elle l'ignore. Matteo consulte sa montre. Il est trois heures du matin. Le timing est précis. Ils quittent l'asphalte pour un chemin de terre. Les secousses deviennent violentes. La boue gicle sur les portières. Les phares balayent des buissons épineux. La végétation griffe les flancs du camion. Le moteur peine dans la pente. Matteo rétrograde en deuxième. La fumée noire s'échappe du pot d'échappement. Elle se mélange à la brume épaisse. L'entrepôt apparaît au bout du chemin. C'est une carcasse de béton et de tôle ondulée. Les vitres sont brisées. Des planches de bois obstruent les ouvertures. Matteo éteint les phares. Il roule au pas. L'obscurité avale le camion. Il s'arrête devant le rideau métallique. Le moteur tourne encore au ralenti. Les vibrations font trembler les vitres. Matteo tire le frein à main. Le cran d'arrêt claque. Il descend de la cabine. Ses bottes s'enfoncent dans la boue liquide. La pluie traverse sa chemise en quelques secondes. Le froid saisit ses muscles. Il ne frissonne pas. Il marche vers l'arrière du camion. Il vérifie les scellés de la porte. Tout est intact. Il sort une clé massive de sa poche. La serrure du rideau métallique est rouillée. Il injecte de l'huile dans le mécanisme. Il tourne la clé. Le métal hurle. Il soulève la grille à bout de bras. L'intérieur sent la poussière et l'huile de vidange. C'est un grand vide noir. Matteo remonte dans le camion. Il engage la marche arrière. Le bip de recul est débranché. Il guide le véhicule à l'aveugle. Les pneus écrasent des débris de verre. Le camion entre dans le bâtiment. Le toit en tôle amplifie le bruit de la pluie. Matteo coupe le contact. Le silence retombe. Il est lourd. Elena descend à son tour. Elle garde son arme à l'épaule. Elle inspecte les coins sombres. Elle marche le long des murs. Ses pas ne font aucun bruit sur le béton. Elle trouve le boîtier électrique. Elle bascule le levier principal. Une ampoule nue s'allume au plafond. Elle oscille au bout d'un fil. La lumière est jaune et faible. Les ombres s'étirent sur le sol. Matteo ouvre les portes arrière du camion. Les lingots sont empilés dans des caisses en bois. Le reflet de l'or est terne sous cette lumière. Il prend une caisse. Ses muscles se tendent. Les veines de son cou saillent. Il dépose la charge sur un transpalette manuel. Il répète le geste. Vingt fois. Trente fois. La sueur coule dans ses yeux. Il ne s'essuie pas. Il travaille comme une machine. Le rythme est régulier. Elena s'approche d'une table en métal au centre de la pièce. Elle pose le dossier noir de Rossi. Elle l'ouvre. Les documents sont secs. Elle examine les listes de noms. Des comptes bancaires. Des numéros de série. Elle sort un ordinateur portable d'un sac étanche. Elle branche un modem satellite. L'écran illumine son visage. Ses doigts tapent sur le clavier. Le bruit des touches est rapide. C'est une mitrailleuse légère. Matteo termine le déchargement. Il pousse le transpalette vers le fond de l'entrepôt. Il y a une trappe dissimulée sous des palettes vides. Il dégage l'accès. La trappe mène à une cave renforcée. Il commence à descendre les caisses une par une. Le travail est long. Son dos brûle. Il ignore la douleur. La douleur est une information inutile. Seul le poids compte. Seul l'emplacement compte. Une heure passe. L'or est à l'abri. Matteo remonte. Il referme la trappe. Il replace les palettes. Il recouvre le tout avec une bâche sale. Il marche vers Elena. Elle n'a pas bougé. Elle regarde l'écran. — Les transferts sont lancés, dit-elle. Sa voix est rauque. Elle n'a pas bu depuis six heures. Matteo prend une bouteille d'eau dans le camion. Il boit la moitié. Il lui tend le reste. Elle boit de longues gorgées. Sa gorge se contracte. Elle rend la bouteille. Matteo examine ses mains. La peau est arrachée sur les jointures. Il prend une trousse de secours dans la boîte à gants. Il sort de l'alcool iodé. Il en verse sur les plaies. Il ne grimace pas. Il enroule une bande de gaze autour de sa main gauche. Il serre le nœud avec ses dents. Il fait de même pour la main droite. Les pansements deviennent rouges instantanément. Il sort un pistolet de sa ceinture. Un Beretta 92. Il retire le chargeur. Il vérifie chaque cartouche. Le cuivre brille. Il remet le chargeur en place. Il arme la culasse. Le son est métallique et définitif. Il pose l'arme sur la table, à côté du dossier. Elena fait de même avec son fusil. Elle retire sa veste tachée de sang. Elle porte un débardeur noir dessous. Ses bras sont fins mais musclés. La pluie redouble d'intensité sur le toit. C'est un tambour permanent. Matteo s'assoit sur une caisse de munitions. Il regarde la porte de l'entrepôt. Il attend. Elena ferme l'ordinateur. Elle s'adosse au mur de béton. Elle ferme les yeux. Son souffle est calme. Elle ne dort pas. Elle écoute. Le vent siffle à travers les vitres brisées. Une porte bat quelque part dans le fond du bâtiment. Matteo se lève. Il marche vers le bruit. Il trouve une porte de service mal fermée. Il la verrouille avec une barre de fer. Il revient vers le centre de la pièce. Il ramasse un morceau de chiffon gras. Il commence à nettoyer les traces de boue laissées par les pneus du camion. Il efface les preuves de leur arrivée. Il s'arrête devant le camion. Il regarde la calandre défoncée. Il y a des restes de tissu et de chair sur le pare-chocs. Il prend un seau d'eau et une brosse dure. Il frotte le métal. Le sang se dilue. Il coule sur le béton et rejoint les rigoles d'évacuation. Matteo frotte jusqu'à ce que l'acier soit nu. Il jette l'eau sale dehors. Il revient s'asseoir. Il sort un couteau de poche. Il commence à curer ses ongles. Il retire la graisse et la terre. Elena ouvre les yeux. Elle regarde le plafond. — Rossi va envoyer les chiens, dit-elle. Matteo ne lève pas les yeux de ses mains. — Les chiens meurent comme les hommes, répond-il. Il replie son couteau. Il le range dans sa poche. Il se lève et va vers un petit réchaud à gaz dans un coin. Il allume la flamme. Il pose une cafetière en métal dessus. L'odeur du café fort commence à remplir l'espace. Elle masque l'odeur du gasoil. Il sert deux tasses en fer-blanc. Il pose une tasse devant Elena. Elle la prend à deux mains. La chaleur se transmet à ses doigts. Elle boit une gorgée. Le jour commence à poindre. Une lumière grise filtre par les ouvertures. Elle n'apporte aucune chaleur. Matteo regarde la montre de bord du camion. Quatre heures trente. Le premier contact devrait avoir lieu dans trente minutes. Il vérifie à nouveau son arme. Il vérifie la position des chargeurs de rechange sur la table. Tout est en ordre. Il marche vers la fenêtre qui donne sur le chemin de terre. Il écarte légèrement une planche. Le paysage est noyé dans le brouillard. On ne voit pas à plus de dix mètres. C'est une bonne protection. C'est aussi un piège. Les ennemis peuvent approcher sans être vus. Matteo reste à la fenêtre. Il observe le mouvement des branches sous le vent. Elena se lève. Elle range l'ordinateur dans le sac. Elle brûle les documents inutiles dans un baril en métal. Les flammes lèchent les bords du bidon. La fumée monte vers les poutres du toit. Elle regarde les cendres noires s'envoler. Son héritage est là, sous ses pieds. L'or de son père. Le prix de son silence. Le prix de sa vie. Matteo entend un bruit. Ce n'est pas le vent. Ce n'est pas la pluie. C'est un craquement de branche. Loin. Sur la gauche du chemin. Il ne bouge pas. Il retient sa respiration. Il écoute le moteur d'un véhicule qu'on a coupé trop tard. Le son a voyagé dans la brume. Il se tourne vers Elena. Il lève un doigt devant ses lèvres. Elle comprend immédiatement. Elle saisit son fusil à pompe. Elle s'accroupit derrière une pile de caisses. Matteo récupère son Beretta. Il efface la lumière du réchaud. Il se plaque contre le mur, près de la porte principale. L'entrepôt redevient un tombeau. Le silence est total. Seul le crépitement des cendres dans le baril persiste. Matteo arme son chien. Le clic est imperceptible. Il attend le premier impact. Il attend que la porte cède. Il sait que la négociation est terminée. Maintenant, le métal va parler.

Chaux Vive

La porte vole en éclats. Le bois sec explose sous l'impact d'une masse. Deux hommes entrent. Ils portent des vestes tactiques noires. Matteo ne réfléchit pas. Il presse la détente. Son Beretta crache deux fois. Les balles percutent le premier homme au centre du torse. Le choc le projette contre le chambranle. Le second intrus lève son arme. Matteo décale sur la droite. Il tire à nouveau. La tête de l'homme bascule en arrière. Un nuage rouge macule le mur gris. Les corps s'affaissent. Les semelles de caoutchouc crissent sur les débris. Elena ne bouge pas de son poste. Elle alimente le baril. Les documents du Vatican se tordent sous la chaleur. L'encre bouillonne. Les secrets de Rossi deviennent des cendres volatiles. Elle utilise un tisonnier en acier pour brasser la masse noire. La fumée pique ses yeux. Elle ne cligne pas. Elle surveille le fond de la pièce. Son fusil à pompe repose contre sa cuisse. Le canon est tiède. Matteo recharge. Il éjecte le chargeur vide. Le métal tinte sur le béton. Il insère un nouveau bloc de quinze cartouches. Le clic est sec. Il se dirige vers les caisses de bois. Il soulève un couvercle avec le plat de sa lame. L'or est là. Des lingots de douze kilos. Ils portent le sceau de la banque centrale. Matteo les saisit par deux. Ses muscles se tendent sous sa chemise. Il les dépose dans des sacs de sport en toile renforcée. Chaque sac contient dix barres. Cent vingt kilos. Il tire la fermeture. Le plastique grince. Un moteur hurle à l'extérieur. Des pneus labourent le gravier. Matteo compte les sacs. Il en reste quatre. Il attrape les poignées. Il traîne les fardeaux vers la sortie de secours. Le poids laboure le sol. Elena jette les dernières chemises cartonnées dans le brasier. Elle verse un bidon d'essence sur les restes. Les flammes montent jusqu'au plafond. La chaleur dilate l'air. L'odeur de pétrole remplace celle de la poudre. Une grenade fumigène roule par l'entrée principale. Elle siffle. Un gaz blanc sature l'espace. Matteo met son masque à gaz. Le caoutchouc colle à sa peau. Sa respiration devient sonore. Il voit Elena ajuster son propre masque. Elle saisit son fusil. Elle tire une cartouche de chevrotine vers le nuage blanc. Le fracas est assourdissant. Un cri retentit dans la brume. Quelqu'un tombe. Matteo attrape le dernier sac. Il le jette dans le coffre de la camionnette garée dans l'ombre. Le châssis s'affaisse sous le poids. Deux cents millions d'euros en métal pur. Il retourne dans l'entrepôt. Le feu dévore maintenant les poutres. Le toit craque. Elena recule vers lui. Elle tient un sac de chaux vive sous le bras. Elle l'éventre au-dessus des deux cadavres près de la porte. La poudre blanche recouvre les visages. Elle vide un seau d'eau sur le mélange. La réaction chimique commence. La chair siffle. La chaux ronge les tissus. Les empreintes disparaissent. Les traits s'effacent. De nouveaux tirs traversent la fumée. Les balles percutent les caisses vides. Le bois vole en éclats. Matteo riposte à l'aveugle. Il maintient une cadence régulière. Un tir toutes les deux secondes. Il économise ses munitions. Il recule vers le véhicule. Elena monte côté passager. Elle pose le fusil sur ses genoux. Ses mains sont noires de suie. Elle ne tremble pas. Matteo s'installe au volant. Il tourne la clé. Le moteur diesel s'ébroue. Il engage la marche arrière. La camionnette percute une pile de palettes. Il change de rapport. Les pneus mordent le sol. Le véhicule bondit vers la route forestière. Derrière eux, l'entrepôt est une torche orange. La structure s'effondre dans un fracas de métal et de pierre. La chaux finit son travail dans les décombres. Il roule sans phares. Il utilise ses lunettes de vision nocturne. Le monde est vert et granuleux. Il évite les nids-de-poule. Le poids de l'or stabilise la trajectoire. Elena regarde le rétroviseur. Aucune lumière ne les suit. La forêt avale le bruit du moteur. Elle retire son masque. Sa peau est pâle. Elle passe une main dans ses cheveux rasés. Matteo vérifie sa montre. Quatre heures du matin. Le timing est respecté. Il sent le sang sécher sur sa pommette. C'est une éraflure causée par un éclat de bois. Il ne la nettoie pas. Il se concentre sur la direction. Le volant vibre sous ses paumes calleuses. Chaque virage est une lutte contre l'inertie du métal précieux. Ils atteignent la zone de transfert. Un hangar désaffecté près du canal. Une barge attend sous une bâche grise. Matteo immobilise la camionnette. Il descend. Le silence de la campagne est lourd. Il ouvre les portes arrière. L'or brille faiblement sous la lune. Il commence le déchargement. Un sac après l'autre. Son dos proteste. Il ignore le signal. Il dépose les sacs sur le pont de bois de la barge. Elena surveille le périmètre. Elle scanne l'horizon avec des jumelles thermiques. Rien ne bouge. Les oiseaux ne chantent pas encore. Elle rejoint Matteo. Elle l'aide pour le dernier sac. Leurs mains se frôlent sur la toile. Le contact est froid. Ils ne se regardent pas. Ils n'ont pas de mots pour ça. Matteo pousse la camionnette dans le canal. Le véhicule glisse sur la rampe de mise à l'eau. Il s'enfonce avec un gargouillis sourd. Les bulles remontent à la surface. Puis plus rien. L'eau redevient un miroir sombre. Il monte sur la barge. Il libère les amarres. Le courant saisit l'embarcation. Elena s'assoit sur les sacs d'or. Elle sort un couteau de combat. Elle gratte la suie sous ses ongles. Matteo prend la barre. Il dirige la barge vers le sud. Le Vatican a perdu ses preuves. Rossi a perdu son héritage. Les morts n'ont plus de noms sous la chaux. Le soleil pointe à l'est. Une ligne rouge déchire le ciel. Matteo ajuste sa casquette. Il regarde l'eau couler. Le métal est en sécurité. Le sang est sec. Ils n'existent plus.
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Rome étouffe sous trente degrés. L'air poisse. Le goudron rejette la chaleur du jour. Matteo attend dans l'ombre d'une ruelle étroite. La Villa Rossi surplombe la colline. Les murs de pierre blanche brillent sous la lune. Des caméras pivotent sur leurs axes. Le balayage est constant. Régulier. La v...

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