Seul contre tous avec la CB de papa
Par Dr. Sarcasme — Comédie
Regardez-moi bien dans les yeux. Non, pas l’œil gauche, celui-là a subi une légère blépharoplastie suite au stress intense de mon premier tour de table, regardez l’autre. Ce que vous voyez là, ce n’est pas un héritier. Ce n’est pas un « fils de ». C’est un survivant. Un homme qui s’est forgé dans l’...
Je suis parti de rien (enfin, de Neuilly)
Regardez-moi bien dans les yeux. Non, pas l’œil gauche, celui-là a subi une légère blépharoplastie suite au stress intense de mon premier tour de table, regardez l’autre. Ce que vous voyez là, ce n’est pas un héritier. Ce n’est pas un « fils de ». C’est un survivant. Un homme qui s’est forgé dans l’adversité des avenues bordées de platanes et qui a dû ramper vers le succès sur la moquette de 14 millimètres d’épaisseur des bureaux de son oncle.
On me dit souvent : « Mais enfin, Jean-Eudes, tu es né à Neuilly. » Et je réponds invariablement : « Et alors ? Est-ce que vous savez ce que c’est que de grandir dans une ville où la moindre faute de goût peut vous rayer de la carte sociale avant le goûter ? »
Ma story Instagram dit « Self-made ». Ma conscience dit « Self-made ». Mon expert-comptable dit « Montage fiscal en commandite par actions », mais c’est un homme de chiffres, il n’a pas d’âme. La vérité, c’est que je suis parti de rien. Absolument rien. Si l’on omet, bien sûr, le capital de départ de 500 000 euros que mon père m’a « prêté » (entre nous, on ne rembourse pas son père, on l’honore, c’est biblique), et le carnet d’adresses qui ressemble étrangement à l’annuaire du CAC 40.
Comprenez bien la psychologie du héros : naître avec une cuillère d’argent dans la bouche n’est pas un privilège, c’est un handicap logistique. Essayez de manger un kebab avec une cuillère en argent, vous verrez. C’est instable, c’est froid, ça manque de street-crédibilité. J’ai dû passer vingt ans à essayer de cacher mon accent du 16e pour avoir l’air d’un mec qui a « galéré ». J'ai même acheté un sweat-shirt à capuche à 800 euros pour faire « urbain ». Si ce n’est pas un effort de guerre, je ne sais pas ce qu’il vous faut.
Réécrire sa biographie est un art martial. C’est la capoeira du paraître. Dans ma bio officielle, disponible sur mon site de coaching « Grind & Caviar », j'écris : *« Issu d'un environnement ultra-compétitif où chaque erreur se paie au prix fort... »* Traduction : Ma mère me privait de dessert si je ne finissais pas mon cours de mandarine appliquée.
J'écris aussi : *« J’ai dû apprendre très tôt à gérer des actifs complexes et à naviguer dans des eaux troubles. »* Traduction : J’ai dû choisir entre l’appartement de Megève et la villa de Saint-Tropez pour mes 18 ans parce que les deux en même temps, « ça ferait mauvais genre », disait maman. Vous vous rendez compte du dilemme ? C’est un choix cornélien. C’est le choix d’Aragon, mais avec plus de chlore dans la piscine.
Le plus dur, dans cette ascension fulgurante vers le sommet de la montagne que j'habitais déjà, c’est le regard des autres. Ces « gens » qui pensent que la réussite est une question d’argent. Quelle vulgarité. La réussite est une question de *mindset*. Quand j’ai lancé ma première startup de livraison de croquettes bio pour lévriers afghans par drones, j’étais seul. Seul contre tous. Enfin, j'avais mon CTO (un génie indien que je payais en visibilité et en tickets restaurant), ma directrice marketing (mon ex, stagiaire non rémunérée mais avec accès au bar) et mon avocat (le partenaire de bridge de mon vieux). Mais dans mon cœur, j'étais un loup solitaire dans la toundra de l’entrepreneuriat.
Il m'est arrivé, une fois, de ne plus avoir de batterie sur mon iPhone 15 Pro Max alors que j'étais en plein milieu du boulevard Haussmann. Pas de chauffeur à l'horizon. Pas d'Uber Berline disponible avant quatre minutes. J'ai dû... j'ai dû marcher. Sur le trottoir. Avec des gens qui portaient des sacs Decathlon. C’est dans ces moments de dénuement total que l'on comprend qui on est vraiment. J'ai regardé le ciel et j'ai dit : « Papa, si tu m'entends, vire-moi 20k sur mon compte courant, je ne tiendrai pas jusqu'au dîner chez Fouquet's. » C'est ça, la résilience. C'est ça, partir de zéro.
Le secret pour bien réécrire son passé, c'est d'utiliser le vocabulaire de la souffrance pour décrire le confort.
Ne dites pas : « Mon père m'a offert une Porsche. »
Dites : « J'ai dû dompter une bête mécanique allemande pour apprendre la discipline du mouvement. »
Ne dites pas : « J'ai fait une école de commerce à 15 000 euros l'année. »
Dites : « Je me suis immergé dans un incubateur d'élite pour catalyser mon potentiel disruptif. »
C'est tout de suite plus héroïque, non ? On dirait presque que j'ai dormi dans un carton, alors que c'était juste un canapé Togo de chez Ligne Roset (qui, je vous l'accorde, est très bas, donc techniquement proche du sol, donc proche de la rue).
D'ailleurs, parlons-en de la rue. La rue, je la connais. Je la traverse tous les jours pour aller de ma Maserati au lobby de ma tour de bureaux. Je vois ces gens. Ces entrepreneurs du quotidien qui vendent des journaux ou qui nettoient les vitres. Je me sens proche d'eux. On a le même feu sacré. Eux, ils essaient de survivre à la journée ; moi, j'essaie de survivre à l'impôt sur la fortune immobilière. C’est le même combat, c’est juste une question d'échelle. Eux, ils risquent l'expulsion ; moi, je risque de passer sous la barre des 10 % de croissance annuelle. On est tous le prolétaire de quelqu'un d'autre. Bernard Arnault me regarde sûrement avec la même pitié que je regarde le mec qui me livre mes sushis. C’est ça, la fraternité.
Dans ma conférence TEDx intitulée « Du caviar aux croûtons : mon chemin de croix », j'explique comment j'ai transformé mon héritage en « fardeau motivationnel ». Parce qu'il faut un courage dingue pour réussir quand on n'a aucune raison de se lever le matin. Vous, vous vous levez parce que vous avez faim. Facile. Moi, je me lève parce que je dois prouver au monde que je peux transformer 10 millions en 12 millions. C'est une pression que vous ne pouvez pas concevoir. C’est le poids de l’histoire. C’est le poids du nom. C’est le poids de la CB Gold qui pèse dans mon portefeuille en cuir d'autruche.
On me demande souvent : « Jean-Eudes, quel conseil donnerais-tu à un jeune qui part de rien, mais vraiment de rien, genre d'une chambre de bonne à Limoges ? »
Je lui réponds toujours avec la même sincérité désarmante : « Mon ami, commence par changer de parents. C’est la base du personal branding. Si tes parents ne peuvent pas t’offrir un stage chez Goldman Sachs, c’est qu’ils ne croient pas en ton projet. Et si tu n’as pas de réseau, utilise celui de ta nourrice. Elle doit bien connaître des gens qui nettoient les bureaux de gens importants, non ? Voilà, tu as ton premier contact. Sois disruptif, bordel ! »
Le chapitre de ma vie qui s'intitule « Le Désert » correspond à l'été 2019, où j'ai dû passer deux semaines sans yacht à cause d'une avarie moteur aux Baléares. J'ai dû rester dans une villa de 400 mètres carrés, sur la terre ferme. Sans stabilisateurs. J'ai vu ce que c'était que l'immobilité. J'ai vu ce que c'était que de ne pas pouvoir s'enfuir vers le large quand le rosé n'est plus assez frais. C'est là que j'ai écrit mon manifeste : *« Seul contre tous (avec la 4G de secours) »*.
Alors, quand vous lirez ma bio sur LinkedIn, ne vous attardez pas sur les détails techniques comme mon nom de famille à rallonge ou le fait que ma boîte ne survit que grâce aux subventions de la holding familiale. Regardez plutôt l'histoire que je vous vends. Celle d'un gamin de Neuilly qui, contre vents et marées, malgré les dîners mondains épuisants et les vacances au ski obligatoires, a décidé de devenir quelqu'un.
Je suis parti de rien. Enfin, de Neuilly. Mais entre Neuilly et le reste du monde, il y a le périphérique. Et croyez-moi, traverser le périph à 18h dans une voiture avec chauffeur, c’est une épreuve que je ne souhaiterais même pas à mon pire ennemi (qui est actuellement mon cousin Hubert, celui qui a eu la Rolex GMT-Master II alors que je n'ai eu que la Submariner).
La lutte continue. Le combat est noble. Et n'oubliez jamais : peu importe d'où vous venez, l'important, c'est combien vous pouvez emprunter à taux zéro sur un simple coup de fil de votre daron. C’est ça, le vrai mérite.
Le premier million : Une question de volonté (et de don manuel)
Regardez-moi bien. Non, pas ma montre — enfin si, regardez-la, c’est une Audemars Piguet en céramique, elle coûte le prix de votre PEL et de celui de vos trois prochains avatars dans le métavers — mais regardez surtout mes yeux. Qu’y voyez-vous ? Des cernes ? Non, c’est de l’ombre à paupières déposée par la fatigue de l’ambition. On me demande souvent : « Charles-Édouard, comment as-tu fait pour atteindre ce premier million avant tes 24 ans alors que la plupart des gens de ton âge galèrent encore à choisir entre un abonnement Netflix et un repas chaud ? »
La réponse tient en un mot, un mot qui fait peur aux médiocres et vibrer les conquérants : la **Volonté**.
Le succès, c'est 99 % de transpiration mentale et 1 % de chance. Dans mon cas, la transpiration a consisté à choisir le nom de ma start-up ( *Synergy-Global-Deep-Tech-Impact* ) sans l’aide d’une agence de branding pendant au moins soixante-douze heures. C’était épuisant. J’ai dû boire des cafés Starbucks tièdes, faute de pouvoir joindre mon assistant personnel qui était en retraite de yoga à Bali. C’est dans ces moments de dénuement total que l’on forge son caractère.
On me dit : « Oui, mais tu as reçu un don manuel de 500 000 euros de ton père au moment de lancer la boîte. »
Écoutez-moi bien, et écoutez-moi bien une seule fois, car mon temps est facturé 1 200 euros l’heure à des fonds de pension qui n’y comprennent rien : ces 500 000 euros ne sont qu’un détail administratif. Une erreur d’arrondi sur le livret de développement durable de ma mère. On parle ici de « capital d’amorçage », mais la vraie amorce, c’est mon mindset. Est-ce que vous croyez vraiment que c’est l’argent qui fait l’entrepreneur ? Si on donnait un demi-million à un type qui prend le RER D tous les matins, il en ferait quoi ? Il achèterait probablement un pavillon à Melun et des vacances aux Canaries. Pathétique.
Moi, j’ai investi. J’ai pris ce chèque — que j’ai d’ailleurs failli perdre dans le vide-poche de ma décapotable, preuve que je ne suis pas attaché aux biens matériels — et j’en ai fait un empire de papier qui emploie aujourd’hui trois stagiaires non rémunérés et un consultant en feng-shui.
La volonté, c’est se lever à 10h30 tous les matins alors qu’on pourrait rester au lit jusqu’à midi. C’est choisir d’aller au bureau en Uber Green plutôt qu’en Uber Black pour « sentir le pouls de la transition écologique ». C’est ça, le vrai sacrifice. Le premier million, c’est le plus dur. Une fois qu’on l’a, les autres arrivent tout seuls, un peu comme les cousins éloignés à un enterrement quand ils apprennent qu’il y a un château dans l’héritage.
Mais revenons à ce fameux « don manuel ». Pourquoi ce terme est-il si mal perçu ? « Manuel », ça veut dire qu’on met les mains à la pâte, non ? C’est presque un geste d’artisan. Mon père me l’a remis lors d’un déjeuner au Meurice. Il m’a dit : « Charles-Édouard, fais-en quelque chose, sinon je serai obligé de te couper les vivres et tu devras te contenter de l’appartement de 120m² sur l’avenue Foch. » Vous vous rendez compte de la pression ? C’est le couteau sous la gorge que j’ai bâti mon succès. J'étais, pour ainsi dire, à la rue. Enfin, à la rue avec une vue sur l'Arc de Triomphe, ce qui rend la précarité beaucoup plus venteuse.
Le secret, que je vous livre gratuitement (profitez-en, après ça passe en mode abonnement Premium sur mon site), c'est l'invisibilité des privilèges. Pour réussir, il faut oublier que le filet de sécurité existe. Quand je prenais des décisions risquées, comme investir 200 000 euros dans une application qui traduit le miaulement des chats en citations de Paulo Coelho, je ne me disais pas : « Papa couvrira la perte ». Non. Je me disais : « Si ça rate, je devrai peut-être annuler ma semaine à Courchevel en février ». C’est cette peur viscérale de la déchéance sociale qui m’a poussé à me surpasser.
Le travail acharné, c’est aussi savoir déléguer. Un vrai leader ne travaille pas *dans* son entreprise, il travaille *sur* son entreprise depuis le pont d’un yacht en Méditerranée. Pourquoi ? Parce que la hauteur de vue, mes amis, ne se prend pas dans un open-space qui sent le micro-ondes et la tristesse. Elle se prend là où l’air est pur et le champagne est frappé.
J'ai passé des nuits blanches. Vraiment. Une fois, la climatisation de mon penthouse est tombée en panne en plein mois de juillet. J'ai dû dormir avec une simple feuille de soie d'un grammage indigne d'un être humain. J’aurais pu appeler mon père en pleurant, mais non. J’ai pris mon téléphone, j’ai ouvert l’application de conciergerie et j’ai exigé un réparateur dans l’heure. C’est ça, l’esprit d’entreprise : trouver des solutions là où les autres ne voient que des problèmes.
Parlons de la méritocratie. La France adore ce mot. Moi aussi. Je mérite ce million parce que j’ai eu l’audace de le demander. Combien d’entre vous ont osé demander un don manuel de 500 000 euros à leurs parents ? Personne. Vous manquez de couilles, c’est tout. Vous préférez remplir des dossiers de prêt à la BNP et attendre qu’un conseiller en costume Tergal vous explique que votre projet de « bar à céréales bios pour hamsters » n’est pas viable.
Moi, mon conseiller bancaire, c’est mon parrain. On règle les questions de taux d’intérêt entre le fromage et le dessert. C’est ça, le réseau. Et le réseau, c’est du travail ! Vous avez idée du nombre de petits fours tièdes que j’ai dû ingurgiter dans des vernissages pour entretenir mes relations ? Du nombre de mains moites que j’ai dû serrer ? Parfois, j'ai même dû faire semblant de m'intéresser à l'art contemporain alors que tout ce que je voyais, c'était une défiscalisation potentielle à 12 %. Si ça, ce n'est pas du labeur, je ne sais pas ce qu'il vous faut.
Alors, quand vous me voyez passer dans ma Porsche (achetée avec mes propres deniers, enfin, avec les dividendes de la holding qui ont été générés par le don initial, donc c'est *techniquement* mon argent), ne dites pas « Quel chanceux ». Dites-vous : « Quel travailleur ».
Parce qu'au final, le million, ce n'est pas un chiffre sur un écran. C'est une récompense pour avoir survécu à l'adversité. L'adversité, c'est ce moment terrible où, lors d'une levée de fonds, un investisseur m'a demandé quel était mon « business model ». J'ai dû improviser pendant dix minutes en utilisant les mots « disruption », « scalabilité » et « écosystème holistique ». J'ai tenu bon. J'ai eu le financement. Pourquoi ? Parce que j'avais la volonté de ne pas passer pour un con devant des gens qui portent des pulls en cachemire moins chers que le mien.
Tout est possible. Absolument tout. Si vous travaillez dur, si vous visualisez votre réussite, et si vous avez un compte joint avec une lignée aristocratique qui remonte aux Croisades, vous aussi, vous pouvez devenir un self-made man.
Le prochain chapitre traitera de la gestion humaine, ou comment expliquer à vos employés que « la passion » est une rémunération bien plus gratifiante qu’un treizième mois. Mais pour l’instant, méditez là-dessus : la volonté déplace des montagnes, mais un chèque de 500k permet d’acheter la montagne, d’y construire un complexe hôtelier de luxe et de faire raser les marmottes qui font trop de bruit le matin.
C’est ça, la vraie liberté. Allez, je vous laisse, j'ai rendez-vous pour un padel avec le fils du ministre de l'Économie. On va discuter de « l'effort national ». Je vais probablement lui proposer de défiscaliser les dons manuels au-delà d'un million. Pour aider les jeunes qui en ont vraiment besoin. Pour la France. Pour le mérite.
Le coaching mindset : Oser quitter sa zone de confort
Regardez-vous. Non, vraiment, regardez-vous dans le miroir dépoli de votre salle de bain de 4 mètres carrés, entre le tube de dentifrice premier prix et votre dignité qui part en lambeaux. Vous voyez ce reflet fatigué ? C’est le visage de la stagnation. C’est le visage de quelqu’un qui n’a pas encore compris que la vie est un casino où les jetons sont gratuits, pourvu qu’on ait le bon nom de famille.
Aujourd’hui, nous allons parler de votre plus grand ennemi : votre zone de confort. Cette petite bulle tiède où vous vous complaisez sous prétexte que vous avez « des factures à payer » ou « un loyer à honorer ». Quel manque d'audace. Quelle absence totale de vision. Vous savez ce qui m’empêche de dormir la nuit ? Ce n'est pas l’idée de me retrouver à la rue — le concierge de l’immeuble familial me laisserait dormir dans le hall par simple respect pour mon grand-père — non, c’est l’idée que quelqu’un, quelque part, puisse penser que le risque est une notion relative.
Laissez-moi vous expliquer le concept de risque. L'autre jour, j'ai pris une décision folle. J'ai décidé d'investir l'intégralité du capital de ma troisième holding dans une start-up qui fabrique des brosses à dents connectées pour chevaux de course. Mes conseillers financiers étaient en sueur. Mon père m'a envoyé un SMS : « Jean-Eudes, sois raisonnable, c'est l'argent de ta future villa à Gstaad ». J’ai cligné des yeux, j’ai senti l’adrénaline monter, et j’ai cliqué sur « Envoyer ».
C’est ça, le frisson du vide. Si le projet coule, je devrai peut-être attendre six mois de plus pour mon yacht de 40 mètres et me contenter de celui de 30 mètres de mon cousin. Vous vous rendez compte de la pression psychologique ? C'est ça, quitter sa zone de confort. C'est accepter de vivre avec l'ombre d'une légère déception matérielle pendant quelques semaines.
Alors, quand je vous entends pleurnicher parce que vous hésitez à quitter votre CDI chez Groupama pour lancer une application de livraison de quinoa à domicile, je ris. Je ris d'un rire cristallin, le genre de rire qu'on n'apprend qu'en pensionnat suisse.
« Mais Jean-Eudes, si je rate, je ne peux plus payer mon studio à Aubervilliers ! »
Et alors ? C’est précisément là que réside la magie du mindset. L’univers déteste le vide, mais il déteste encore plus les gens qui n'ont pas de plan B impliquant une fiducie au Luxembourg. Si vous finissez à la rue, voyez-le comme une « expérience immersive de survie urbaine ». C’est très tendance. Ça vous donnera du *storytelling* pour votre futur TEDx intitulé : « De la bouche de métro au Board : Comment j'ai manifesté mon premier million grâce à la faim ».
Le problème, c’est que vous voyez votre loyer comme une contrainte. Je le vois comme un manque de foi. Personnellement, je n'ai jamais payé de loyer. Ce serait une perte de temps administrative. Ma famille possède l'immeuble, donc je verse techniquement une somme à une SCI qui appartient à ma mère, qui me la reverse ensuite sous forme de « don manuel » pour Noël. C’est un circuit fermé, une écologie de la richesse. C’est ça, être en phase avec l’énergie de l’argent.
Pour oser, il faut brûler ses vaisseaux. Enfin, les vaisseaux des autres. Quand je vous dis de prendre des risques, je vous demande d'avoir la même sérénité que moi quand je saute en parachute. Bien sûr, c'est impressionnant. On a le souffle coupé. Mais j'ai trois parachutes de secours, une équipe au sol qui m'attend avec du champagne millésimé, et si par malheur les trois parachutes ne s'ouvrent pas, la loi de la gravité hésitera probablement à m'écraser au sol par peur d'un procès en diffamation intenté par nos avocats.
C’est ça, avoir un mindset d’acier. C'est savoir que, quoi qu'il arrive, le sol sera toujours recouvert d'un tapis de velours épais.
Vous devez comprendre que la peur est une construction sociale inventée par les gens qui n'ont pas de compte joint avec leur lignée aristocratique. La peur de l’échec ? Quelle drôle d’idée. L’échec n’existe pas quand on peut simplement appeler son oncle, qui est par hasard au conseil d’administration de la banque qui vous a prêté l’argent, pour lui dire que « c’était une phase d’apprentissage nécessaire ». On efface l’ardoise, on change le nom de la boîte, et on repart sur une levée de fonds avec la même arrogance. C’est la résilience, mes amis.
Si vous jouez votre loyer ce mois-ci sur un coup de tête entrepreneurial, ne le faites pas avec angoisse. Faites-le avec la conviction d’un homme qui sait qu’au pire, il y a toujours la chambre d’amis de 80 mètres carrés dans l'appartement du 16ème de maman. Comment ça, vous n'avez pas de chambre d'amis dans le 16ème ? Mais que font vos parents de leur vie ? Quel manque de prévoyance. C’est presque de la négligence criminelle à ce niveau-là.
Le coaching mindset, c’est vous apprendre à regarder l’abîme et à lui faire un clin d’œil. Parce que l’abîme, quand il voit mes chaussures en cuir de poulain sur mesure, il baisse les yeux en premier.
Je vais vous donner un exercice pratique pour sortir de votre zone de confort. Demain, en allant au travail, au lieu de prendre le métro, prenez un Uber Black. Oui, je sais, ça va vous coûter votre budget nourriture de la semaine. Mais ressentez cette sensation. Le cuir, le silence, la petite bouteille d'eau gratuite. C'est ça, votre vraie vie. En faisant cela, vous envoyez un signal fort à l'Univers : « Je mérite le luxe, même si mon compte en banque crie à l'aide ». L'Univers vous répondra. Peut-être pas par un virement bancaire immédiat, mais au moins, vous aurez eu un trajet décent sans l'odeur de transpiration de vos semblables.
Et si l'huissier vient frapper à votre porte la semaine suivante ? Accueillez-le avec un sourire. Offrez-lui un expresso (de qualité, ne soyez pas un rat). Dites-lui que vous êtes en train de « pivoter ». Expliquez-lui que votre situation actuelle est un « glitch dans la matrice de votre succès ». S’il insiste pour saisir votre télé, laissez-le faire. Une télé, c'est un écran de moins entre vous et votre vision. C’est du minimalisme stratégique.
Moi, j’ai dû sortir de ma zone de confort l’été dernier. Mon père voulait que je passe l'été à superviser l'un de nos domaines viticoles dans le Bordelais. Il n'y avait même pas la fibre dans le château principal, j'ai dû utiliser la 5G comme un sauvage. J'ai failli craquer. J'ai failli appeler l'ONU pour violation des droits de l'homme. Mais j'ai tenu bon. J'ai médité au bord de la piscine à débordement et j'ai réalisé que cette épreuve faisait de moi un leader plus fort. J'ai appris à apprécier les choses simples, comme un Petrus 1982 bu à même le goulot parce que le majordome avait pris son après-midi.
C’est cette force de caractère que je veux vous transmettre. Oser quitter sa zone de confort, c’est accepter que la sécurité est une illusion. Pour vous, c’est une illusion parce que vous êtes pauvres. Pour moi, c’est une illusion parce que j’ai tellement de filets de sécurité que je ne sens même plus le sol. Nous sommes les mêmes, au fond. Deux aventuriers. L’un saute sans élastique, l’autre saute avec un élastique en titane relié à la Banque Centrale Européenne. Mais le saut, mes amis, le saut est le même.
Alors, ce soir, au lieu de mettre cet argent de côté pour votre « fonds d’urgence » — quel nom déprimant, on dirait un titre d’album de variété française — investissez-le. Achetez des cryptomonnaies basées sur des mèmes de chats, ou financez ce projet de café-poussette pour chiens dans le Berry. Si vous perdez tout, n'oubliez pas : ce n'est pas une perte, c'est une « leçon de vie » que vous pourrez facturer 2000 euros l'heure lors de vos futurs coachings.
Parce que c’est ça, le vrai secret du business : la seule chose qui sépare un génie d’un fou, c’est la taille du chèque que ses parents peuvent signer pour étouffer le scandale.
Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je dois aller tester ma nouvelle Tesla dans les rues piétonnes. Mon coach en « disruption urbaine » m'a dit que c'était un excellent moyen de travailler ma gestion du conflit avec les forces de l'ordre. C'est ça, le courage. C'est ça, le mindset. Allez, foncez. L'abîme vous attend, et n'oubliez pas de mettre votre plus beau costume, c'est plus élégant pour la chute.
L'ascension fulgurante dans la boîte de Papa
Imaginez la scène : on est lundi matin, il est 11h42, et je franchis les portes battantes du siège social de « Global Solutions & Partners Group » — un nom que mon père a choisi parce que ça ne veut absolument rien dire, ce qui est la définition même du génie entrepreneurial. Je porte un costume en laine de vigogne qui coûte le PIB annuel de la Creuse, et j’ai ce petit sourire en coin, celui qu’on réserve normalement aux gens qui viennent de gagner au Loto, sauf que moi, mon ticket gagnant, c’est mon acte de naissance.
Le vigile me salue avec une déférence qui frise la génuflexion. Il sait que s’il oublie le « Monsieur » devant mon prénom, sa carrière de surveillant de hall d’entrée se terminera plus vite qu’un investissement dans les NFT de sandales pour poissons. Je monte au 42e étage. C’est là que se trouve mon bureau. Sur la plaque dorée, on peut lire : *Directeur de la Stratégie Globale et de l'Innovation Intuitive*.
J'ai vingt-trois ans. Mon CV est plus court qu'un tweet d'Elon Musk après une prise de kétamine. J'ai passé quatre ans dans une école de commerce dont le seul critère d'admission était d'être capable de prononcer « networking » sans s’étouffer avec une olive de cocktail. Et pourtant, me voilà, l’architecte du futur de l’entreprise.
Est-ce que c’est du népotisme ? Oh, s’il vous plaît, ne soyez pas vulgaires. Le népotisme, c’est quand on donne un job à son neveu idiot pour qu’il arrête de demander de l’argent pour ses cours de ukulélé. Moi, je suis ici par pure *méritocratie cosmique*. Si mon père possède 60 % des parts de la boîte, c’est simplement un détail logistique, un alignement des planètes financier qui a permis à mon génie de trouver son réceptacle naturel.
Le premier défi quand on devient Directeur de la Stratégie à l’âge où vos contemporains se demandent encore si on peut cuire des pâtes dans une bouilloire, c’est de justifier son salaire à six chiffres auprès des « dinosaures ». Vous savez, ces cadres de cinquante ans qui ont des « masters », de « l’expérience » et des « ulcères ». Ils vous regardent avec des yeux injectés de sang pendant les réunions de comité de direction, tout ça parce qu’ils ont mis vingt-cinq ans à obtenir un bureau avec une plante verte, alors que vous avez obtenu le penthouse de la tour en demandant simplement « c’est quoi le code du Wi-Fi ? » à la DRH.
Pour les calmer, j’utilise l’arme absolue : **L'Intuition Hors Norme**.
L’intuition, c’est le mot magique des gens qui n’ont jamais ouvert un fichier Excel de leur vie. Quand on vous demande : « Alexandre, quels sont les leviers de croissance pour le segment B2B au troisième trimestre ? », ne répondez surtout pas avec des chiffres. Les chiffres, c’est pour les comptables, ces gens tristes qui portent des chemises à manches courtes. Répondez : « Je sens une vibration. Le marché ne veut plus de data, il veut de l'organique. Nous devons pivoter vers une approche holistique de la disruption émotionnelle. »
Généralement, à ce moment-là, le directeur financier fait un début d’AVC, mais personne n'ose rien dire parce que, techniquement, c'est mon père qui signe ses chèques de fin de mois.
Le secret pour asseoir sa légitimité de génie précoce, c’est le mépris du savoir académique. Lors de ma première réunion de direction, j’ai fait jeter tous les rapports de 200 pages. J’ai dit : « Si ça ne tient pas sur un post-it, c’est que c’est trop complexe pour être intelligent. » C’est une phrase que j’ai lue dans une biographie de Steve Jobs que j’ai parcourue en diagonale dans la salle d’attente de mon orthodontiste. Ça a un effet de dingue. Les gens pensent que vous avez une vision tellement pure qu’elle ne s’encombre pas de la réalité.
Ma grande force stratégique ? La « disruption par l'absurde ».
Le mois dernier, j’ai suggéré qu’on remplace les chaises de bureau par des ballons de yoga en peau d’autruche et qu’on n’embauche plus que des gens dont le signe astrologique est compatible avec celui du logo de la boîte (on est Verseau, très important pour la liquidité des actifs). Quand le chef de la production a osé suggérer que ça pourrait nuire à la productivité, je l’ai regardé avec une pitié infinie : « Jean-Pierre, tu raisonnes encore en termes de rendement. Moi, je raisonne en termes d'aura. Ton département dégage une énergie de stagiaire dépressif, c'est ça qui plombe nos marges. »
Il a été licencié deux jours plus tard. Pas par moi, bien sûr. Par mon père, qui m’a dit : « Fils, je ne comprends rien à ce que tu racontes, mais ton assurance me rappelle moi quand j’ai racheté cette usine de textile en Pologne pour le prix d'un kebab. T’as du cran. »
C’est ça, la clé. L'ascension fulgurante dans la boîte de Papa ne demande pas de compétences, elle demande du *storytelling*. Vous ne travaillez pas dans une entreprise, vous êtes le protagoniste d'une épopée.
Quand je déambule dans les couloirs, je ne vois pas des employés, je vois des figurants dans le film de ma réussite. Parfois, je m’arrête devant un open-space et je fixe un point invisible au loin pendant trois minutes. Les gens s’arrêtent de taper sur leurs claviers, ils chuchotent : « Regardez, il a une intuition. Il est en train de réinventer le business model. » En réalité, je suis juste en train de me demander si je vais prendre le jet pour aller dîner à Mykonos ou si j’ai la flemme. Mais le silence crée le respect.
Si vous voulez vraiment réussir votre entrée en scène, vous devez aussi maîtriser l’art de la réunion « flash ». Je déboule dans une salle, je ne m’assois pas — s’asseoir, c’est pour les gens qui ont besoin de repos, moi je suis une pile nucléaire de disruption. Je lance une phrase cryptique du style : « Et si le client n’était pas l’acheteur, mais le produit de sa propre attente ? » Puis, je sors de la salle avant que quiconque puisse poser une question. Je laisse derrière moi un parfum de Tom Ford et une confusion totale. C’est ce qu’on appelle le leadership charismatique.
Un jour, ma mère m’a demandé : « Alexandre, tu ne te sens pas un peu coupable de prendre la place de gens qui ont bossé dur toute leur vie ? » J’ai ri. J’ai ri avec cette insouciance que seuls les comptes en banque à sept chiffres peuvent offrir. Je lui ai répondu : « Maman, le monde est une jungle. Certains sont des lions, d’autres sont des gazelles. Et puis il y a ceux qui sont nés avec le zoo tout entier. Pourquoi je m’excuserais d’être le propriétaire du zoo ? »
Elle a trouvé ça très profond. Elle l’a posté sur son groupe Facebook de bridge et a reçu 40 likes de femmes qui portent toutes des colliers de perles plus gros que des œufs de pigeon.
Le plus beau dans tout ça, c’est que mon « intuition » finit par devenir une prophétie autoréalisatrice. Si je décide que le nouveau produit de la boîte doit être un grille-pain connecté qui tweete tes calories à ton assurance maladie, et que ça coûte dix millions en R&D, personne ne dira que c’est une idée de merde. Au contraire, les consultants de McKinsey vont pondre des slides pour expliquer que c’est le « prochain grand saut technologique ». Pourquoi ? Parce que l’argent a raison. L’argent a toujours raison. Et comme mon nom est sur le chèque de la boîte de consulting, ils vont me dire que je suis le nouveau messie de la Silicon Valley, même si ma seule contribution technique a été de choisir la couleur « champagne mat » pour le cordon d'alimentation.
Alors, à vous tous qui trimez dans des bureaux gris, qui passez des certifications de gestion de projet et qui espérez une augmentation de 3 % à la fin de l’année : ne soyez pas jaloux. Ma vie est épuisante. Porter le poids de mon génie à seulement 23 ans, tout en gérant mes rendez-vous chez le coiffeur et mes essais de voitures de sport, c'est un sacerdoce.
Je suis le Directeur de la Stratégie. Ma stratégie, c’est d’exister. Et jusqu’ici, les résultats sont excellents. Papa est fier, mon compte Instagram est en feu, et l’entreprise… eh bien, l’entreprise appartient à mon père, donc techniquement, elle ne peut pas couler. Et si elle coule, on appellera ça une « faillite stratégique visionnaire » et on rachetera les décombres avec l’argent de l’assurance pour monter une start-up de coaching en résilience.
C'est ça, le vrai business. C'est transformer le privilège en destin, et le népotisme en légende. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai une séance de méditation transcendantale dans mon bureau. Mon intuition me dit que le marché de l'eau déshydratée est sur le point d'exploser, et je dois être le premier sur le coup. C’est ça, la vision. C’est ça, être le fils de son père.
Allez, remettez-vous au travail, ces ballons de yoga en autruche ne vont pas se payer tout seuls.
Minimalisme de luxe : Vivre avec l'essentiel
La possession, mes chers amis, est une pathologie mentale. C’est une tumeur maligne qui ronge votre aura et encombre vos chakras. J’ai eu ce déclic hier, en contemplant mon troisième dressing de montres : à quoi bon posséder douze Rolex quand on n’a que deux poignets ? C’est mathématique. C’est vulgaire. C’est surtout très fatigant à dépoussiérer pour le personnel.
J’ai donc décidé d’embrasser la « sobriété heureuse ». Ne me regardez pas avec cet air dubitatif, je vous vois d’ici, dans vos appartements de soixante mètres carrés encombrés de souvenirs de vacances en Creuse et de boîtes de pâtes premier prix. Ma sobriété à moi est une discipline de fer, une quête mystique qui se déroule dans mon nouveau loft de 200 mètres carrés sous verrière, dans le Marais. Un espace si épuré qu’on pourrait y tourner un film sur le vide intersidéral sans aucun effet spécial.
Pour atteindre ce niveau de détachement, j’ai dû me séparer du superflu. J’ai vendu ma collection de sneakers en édition limitée (enfin, j’ai demandé à mon assistant de les mettre sur Vinted, mais le pauvre a fait un burn-out au bout de la troisième paire de Jordan parce qu’il ne supportait pas de parler à des gens qui disent « c quoi ton dernier prix frer »). J’ai aussi viré les meubles. Tous. Sauf une table basse en pierre de lune compressée qui a coûté le prix d’un hôpital de campagne au Soudan, et un canapé si minimaliste qu’il ressemble à une brique de tofu géante. On ne peut pas s’y asseoir, on y « lévite de manière ergonomique ». C’est très inconfortable, ce qui prouve que c’est très spirituel.
Le minimalisme de luxe, c’est l’art d’avoir l’air pauvre pour des gens qui sont infiniment plus riches que vous. C’est posséder un frigo totalement vide, mais un frigo de la marque Sub-Zero à 15 000 euros qui émet un son de forêt tropicale quand on l'ouvre pour y prendre une seule bouteille d’eau de source collectée à la main dans les larmes d’un moine tibétain.
« Mais Monsieur le Directeur de la Stratégie, comment vivez-vous sans objets ? » me demanderez-vous, les larmes aux yeux devant tant d’abnégation.
C’est simple : je ne possède plus rien, je « loue l’usage ». Ma stratégie, c’est l’externalisation de l’encombrement. Pourquoi posséder une machine à laver quand on peut envoyer son linge par jet privé à une blanchisserie éco-responsable à Genève qui traite les fibres de cachemire avec la tendresse d’une mère louve ? Pourquoi stocker des livres quand on peut payer un étudiant en khâgne pour nous résumer l’œuvre complète de Proust en trois tweets pendant qu’on fait notre yoga ?
Vivre avec l’essentiel, c’est une question de vibration. Et ma vibration actuelle coûte environ 45 000 euros de charges de copropriété par an. Il faut comprendre que le vide coûte cher. Très cher. Chauffer 600 mètres cubes d’air pour qu’une seule personne puisse y méditer en slip en lin bio, c’est un défi écologique que je relève chaque jour avec un courage qui frise l’héroïsme. Je suis le Greta Thunberg du 1er arrondissement, l’empreinte carbone en plus, mais avec une bien meilleure coupe de cheveux.
Mon appartement est devenu un temple du Rien. Les murs sont peints en « Blanc Névrose », une nuance subtile développée par un artiste berlinois qui ne mange que des cailloux. Il n’y a aucune décoration. Les tableaux ? C’est pour les gens qui n’ont pas d’imagination. Moi, je regarde le mur et je projette mes propres succès financiers dessus. C’est interactif, c’est immersif, et ça ne prend pas la poussière.
L'autre jour, mon père est passé. Il a regardé mon salon — qui, je le rappelle, contient uniquement une branche de bois flotté à 8 000 euros posée sur un socle en titane — et il a dit : « On dirait que tu t’es fait cambrioler par des gens qui ont du goût. »
J’ai souri. Il ne peut pas comprendre. Il appartient à l’ancienne génération, celle qui accumule les usines et les comptes aux Bahamas. Moi, je suis dans l’immatériel. Je suis dans le flux. Je suis dans le cloud. D’ailleurs, j’ai tout mis sur le compte de la boîte : la branche en bois flotté est enregistrée comme « mobilier de bureau stratégique stimulant l’innovation organique ». Ça passe crème.
Le vrai secret du minimalisme, c'est le personnel invisible. Pour que mon loft reste « pur », il faut une armée de gens qui nettoient, rangent et cachent le moindre signe de vie humaine dès que je tourne le dos. Si je laisse traîner une miette de biscotte sans gluten, une brigade d’intervention arrive en chaussettes de soie pour l'éliminer avant qu'elle ne pollue mon champ visuel. C’est ça, la vraie sobriété : ne pas voir le travail que nécessite votre oisiveté.
Je prône la déconnexion. J’ai jeté mon iPhone 15 Pro Max. Enfin, je l’ai donné à mon chauffeur. Maintenant, j’utilise un téléphone en brique de terre cuite qui ne sert qu’à recevoir les appels de ma banque. C’est très puriste. Bon, j’ai aussi un iPad Pro caché sous un tapis de yoga pour checker mes cryptos, mais c’est uniquement pour surveiller la chute du système capitaliste, dont je compte bien racheter les morceaux avec une remise de 80 %.
Parfois, je me sens comme un ascète des temps modernes. Un genre de Saint François d’Assise, mais qui porterait du Loro Piana. Je me promène dans mon loft vide, j’écoute le silence (interrompu seulement par le bruit du purificateur d’air à 4 000 euros qui élimine les particules de pauvreté ambiante) et je me dis que je suis arrivé au sommet de l’évolution humaine. Je n’ai plus besoin de rien. Juste de ma CB, de la ligne de crédit illimitée de papa, et d’un bon avocat fiscaliste.
Le minimalisme, c’est le summum de l’arrogance. C’est dire au monde : « Je suis si riche que je peux me permettre de ne rien avoir. » C’est l’esthétique de la privation pour ceux qui n'ont jamais eu faim. C’est un concept génial. J’ai d’ailleurs prévu de lancer une masterclass sur Instagram : « Comment devenir pauvre sans perdre d'argent ». Inscription : 5 000 euros la séance de 15 minutes. On travaillera sur l’abandon des biens matériels, en commençant par votre chèque de caution.
Hier, j’ai poussé le concept encore plus loin. J’ai invité une fille, une « influenceuse lifestyle éthique » qui ne porte que des vêtements en fibre d’ananas. Elle est entrée, elle a regardé le vide, elle a regardé la branche de bois flotté, et elle a murmuré : « C’est si... authentique. »
On a passé la soirée à boire de l’eau tiède en discutant de la vacuité de l’existence. À un moment, elle m’a demandé où était la salle de bain. Je lui ai répondu que dans une optique de dépouillement total, j’avais supprimé les cloisons et que les toilettes étaient désormais une « zone de transition organique » intégrée au salon.
Elle est partie.
Le minimalisme, ça demande des sacrifices. Tout le monde n’est pas prêt pour la vérité brute.
Mais je m’en fiche. Je reste seul avec mon essentiel. Mon essentiel, c’est moi. Et un peu de marbre de Carrare. Et la certitude que même si le monde s'effondre sous le poids de sa propre surconsommation, je serai là, assis sur mon canapé-tofu, à regarder le néant avec une élégance que vous ne pourrez jamais vous payer.
Allez, je vous laisse. Je dois aller choisir quelle voiture je vais ne pas utiliser aujourd’hui pour rester cohérent avec ma démarche de décroissance sélective. La Porsche ou la Ferrari ? Le choix est un fardeau, mais c’est ma croix, et je la porte avec un stoïcisme qui force l'admiration. Namasté, les gueux. N’oubliez pas de jeter tout ce que vous possédez, ça fera de la place pour vos regrets.
L'inflation ? Une simple construction mentale
J’ai allumé la télévision ce matin — une erreur tactique, je sais, les pixels polluent mon aura et le rétroéclairage LED agresse mon troisième œil — et je suis tombé sur un spectacle d’une vulgarité sans nom. Des gens. Dans la rue. Avec des pancartes. Apparemment, le prix des pâtes aurait augmenté de quelques centimes, et la plèbe a décidé que c’était une raison suffisante pour bloquer le périphérique et porter des gilets de couleurs criardes qui jurent terriblement avec le teint.
Je suis resté là, debout dans mon salon-sanctuaire, une tasse de matcha à 80 euros à la main, à fixer l’écran avec une incompréhension pure, presque enfantine.
Sérieusement, les gars ? On manifeste pour de la semoule de blé dur ? On hurle à l’injustice parce que le paquet de coquillettes coûte le prix d’un demi-ticket de parking à Monaco ? C’est là que j’ai compris : l’inflation n’est pas un phénomène économique. C’est une maladie mentale. Une construction de l’esprit pour ceux qui refusent de s’élever. L'inflation, c'est le signal d'alarme que l'univers envoie aux médiocres pour leur dire : « Hé, ton mindset est périmé, change de logiciel. »
Moi, personnellement, je ne sens pas l’inflation. Pas parce que je suis riche — enfin, si, techniquement, le compte que Papa alimente par virement automatique chaque premier du mois ressemble à un score de flipper en fin de partie — mais parce que j’ai décidé de ne pas y adhérer. C’est une question de vibrations. Si vous vibrez « pauvreté », le kilo de tomates vous paraîtra cher. Si vous vibrez « abondance cosmique et dividendes », le prix devient une notion abstraite, presque poétique.
J’ai vu une femme à la télé, elle pleurait devant un rayon de supermarché parce qu’elle ne pouvait plus s’offrir d’huile de tournesol. J’avais envie de traverser l’écran pour lui secouer les épaules (avec des gants en soie, bien sûr) et lui dire : « Mais ma pauvre chérie, pourquoi t’obstines-tu à vouloir frire des trucs ? La friture, c’est d’un vulgaire ! C’est saturé en énergies négatives. Passe au cru, passe au néant, passe à l’extraction de sève de bouleau sauvage cueillie à la pleine lune. C’est gratuit si tu as ta propre forêt, ou à peine 45 euros le flacon en épicerie fine. C’est une question de choix ! »
C’est ça que les gens ne comprennent pas : le pouvoir de l'arbitrage.
Ils se plaignent du prix de l’essence. Mais pourquoi avez-vous besoin d’essence ? Pour aller travailler ? Mais pourquoi travaillez-vous ? Pour payer l’essence ? C’est un cercle vicieux de classe moyenne, un ouroboros de la loose. Moi, j’ai réglé le problème de l’essence de manière radicale : je ne conduis pas mes voitures. Ma Ferrari reste au garage, elle prend de la valeur en me regardant méditer. C’est ce qu’on appelle de la décroissance sélective. Je ne pollue pas, je spécule. C’est mon geste pour la planète. Je suis pratiquement un activiste écolo, mais avec de plus belles chaussures que les types qui se collent les mains sur le bitume.
Le problème de la France, c’est le manque d’imagination financière. Les gens voient un prix qui monte, et ils paniquent. Ils ne voient pas l’opportunité de « mieux investir leur capital ».
L’autre jour, mon majordome (que j’appelle désormais mon « facilitateur de flux de vie » pour rester dans une optique de respect horizontal, même si je le paie toujours au lance-pierres via une structure aux îles Caïmans) m’a dit que le prix du gaz allait doubler. Ma réaction ? J’ai ri. Un rire cristallin, pur, le rire de celui qui sait. J’ai simplement décidé de ne plus chauffer mon appartement. Je porte désormais un poncho en vigogne d’une valeur équivalente à trois ans de SMIC. C’est ça, la résilience. Je ne subis pas la crise énergétique, je la transcende. Je suis en osmose avec le froid. Le froid, c’est juste une absence de mouvement moléculaire, c’est très minimaliste, c’est très « moi ».
Et ces gens qui râlent pour le prix de l'électricité... Éteignez vos lumières, ouvrez vos chakras ! Si vous étiez vraiment alignés, vous verriez dans le noir. Mais non, ils veulent regarder des jeux télévisés en mangeant des pizzas surgelées. Forcément, ça coûte un bras. La médiocrité a un prix, et l’inflation n’est que la taxe sur le manque de goût.
Je me suis approché de mon miroir de salle de bain (qui est maintenant dans ma cuisine, pour créer une « synergie de l’image et de la nutrition ») et je me suis regardé longuement. J’étais beau. J’étais mince. J’étais cher. J’ai pensé à tous ces gens qui font la queue devant les banques alimentaires. Pourquoi ne font-ils pas plutôt la queue devant une galerie d’art contemporain ? L’art ne se mange pas, mais il nourrit l’ego, et honnêtement, une fois que l’ego est bien gras, on ne sent plus la faim. C'est mathématique.
L'inflation, c'est comme les impôts ou les limitations de vitesse : ce ne sont pas des règles, ce sont des suggestions pour ceux qui n'ont pas de bras de levier.
Prenez mon exemple. Papa m’a appelé hier, un peu inquiet :
— Fils, les marchés sont instables, l’inflation galope, on va peut-être devoir réduire ton train de vie.
— Papa, lui ai-je répondu avec le calme d’un moine bouddhiste sous Xanax, l’inflation n’est qu’un nuage qui passe dans le ciel de ma prospérité. Si tu réduis mon virement, tu réduis ma capacité à irradier du bonheur sur le monde. Est-ce que tu veux vraiment être responsable de l’extinction d’une lumière pareille ?
Il a soupiré. Il a doublé le virement. Voilà comment on gère l’inflation. On négocie avec l’univers (ou avec le patriarche, c’est la même chose dans ma théologie personnelle). Il suffit d'avoir les bons arguments et une absence totale de scrupules.
Ce qui m’exaspère le plus, c’est cette obsession pour le "pouvoir d’achat". Quel terme affreux. "Acheter". C’est tellement 20ème siècle. Moi, je ne possède rien, je suis possédé par les objets, et c'est une relation de BDSM financier consentie. Acheter des pâtes, c’est un aveu d’échec. Si vous devez acheter votre nourriture, c’est que vous n’avez pas réussi à convaincre le monde de vous nourrir gratuitement par simple respect pour votre existence.
J’ai décidé d’écrire un guide pour ces gueux. Un manifeste pour leur apprendre la survie de luxe en milieu hostile.
Règle n°1 : Si c’est trop cher, c’est que vous n’en avez pas besoin. (Sauf si c’est du marbre, le marbre est un besoin primaire).
Règle n°2 : Ne regardez jamais le prix. Le prix est une barrière mentale placée là par des comptables tristes pour vous empêcher de briller.
Règle n°3 : En cas de crise, vendez un rein. On en a deux, c’est une redondance de stockage totalement inutile et pas du tout minimaliste.
Je me sens investi d’une mission. Je suis le prophète de la vacuité dorée. Pendant que vous comptez vos centimes à la caisse d'un Lidl, je compte les grains de sable dans mon sablier en or massif. Nous ne vivons pas dans le même monde. Le mien est une bulle de savon irisée qui flotte au-dessus de votre mer de purée de pommes de terre à bas prix.
Et si vraiment, vraiment, le prix de la baguette monte encore de dix centimes, j’ai la solution ultime, celle que j’ai apprise dans mes cours de macro-économie à 50 000 l’année : il suffit de ne plus manger de pain. Mangez du caviar. Le prix du caviar est d'une stabilité exemplaire. C'est la valeur refuge par excellence. On ne voit jamais de pêcheurs d'esturgeons manifester en bloquant les raffineries, eux. Ce sont des gens dignes.
Bon, je vous laisse. Mon livreur vient d'arriver avec mon nouveau purificateur d'air à ions négatifs dorés à l'or fin. Il a essayé de me dire que le tarif de la livraison avait augmenté à cause du prix du carburant. Je l'ai regardé droit dans les yeux, avec toute la compassion dont je suis capable, et je lui ai dit : « L'essence est une illusion, mon ami. Votre problème n'est pas le pétrole, c'est votre chakra racine qui est bouché. Allez en paix, et oubliez le pourboire, c'est mauvais pour votre karma de recevoir de l'argent non mérité par la méditation. »
Il est reparti avec un regard bizarre. Sûrement l'illumination qui commençait à poindre.
Namasté, les précaires. Essayez de ne pas trop polluer mon paysage avec vos revendications salariales, ça gâche la vue depuis mon rooftop. Et n’oubliez pas : si vous n’avez pas d’argent, c’est juste que vous n’avez pas assez envie d’en avoir. C’est psychologique. Allez, je vais essayer de ne pas utiliser mon jet privé cet après-midi, pour compenser votre bilan carbone de mangeurs de gluten. Je suis vraiment un saint.
La Start-up de chaussettes en bambou : Un combat de tous les jours
Vous ne pouvez pas comprendre ce que c’est que d’être un bâtisseur de cathédrales à l’ère du numérique. Le commun des mortels se lève à sept heures, boit un café lyophilisé dans une cuisine qui sent le lino humide, et part « au boulot ». Moi, je ne vais pas au boulot. Je m’immole sur l’autel de l’innovation. Je suis en guerre, et mon champ de bataille, c’est un open-space de deux cents mètres carrés avec vue sur la tour Eiffel, loué par la holding de mon géniteur sous le couvert d’une « pépinière de talents en transition écologique ».
La nuit tombe sur Paris, et avec elle, le poids écrasant de ma responsabilité historique. Je suis là, seul (enfin, avec Kevin, mon stagiaire de troisième qui dort sur un pouf à 4000 euros), à peaufiner le futur de l’humanité : la chaussette en bambou à indexation calorique.
Vous rigolez ? C’est parce que vous avez une conscience limitée par votre découvert autorisé. La chaussette « Bamboo-Spirit™ » n’est pas un simple vêtement. C’est un capteur de vibrations. Grâce à une fibre de bambou récoltée par des moines aveugles (ou des sous-traitants très discrets, je n’ai pas vérifié les factures de l’intermédiaire, c’est mauvais pour mon aura de manager), cette chaussette change de teinte de vert selon que votre chakra plantaire est ouvert ou fermé. Si vous êtes stressé parce que vous n'arrivez pas à payer votre loyer, la chaussette devient d’un vert « moisi de cave ». C’est un signal. Un appel au secours de votre corps. C’est révolutionnaire.
Il est deux heures du matin. Mes yeux me brûlent. C’est sans doute à cause de l’écran Retina 32 pouces, ou peut-être de la poussière d’or qui s’échappe de mon purificateur d’air. La résilience, mes amis, c’est ça. C’est choisir entre le logo « vert céladon » et le « vert émeraude mystique » pendant six heures d’affilée, alors que ma CB Platinum commence à chauffer à force de commander des remontants.
« Maria ! » ai-je crié dans le vide de l’open-space.
Maria, c’est la dame qui s’occupe du « flux énergétique des surfaces », ce que les prolétaires appellent le ménage. Elle est apparue comme par magie, avec son aspirateur silencieux à filtration HEPA.
— Maria, ne passez pas l’aspirateur dans le secteur Nord-Est. J’ai disposé des cristaux de lithothérapie pour protéger le serveur. Et apportez-moi un Perrier-fines-bulles, j’ai l’impression que mon foie essaie de me dire quelque chose de désagréable.
Elle m’a regardé avec ce vide intersidéral dans les yeux que je prends pour de l’admiration muette. C’est dur d’inspirer les gens à ce point-là. Elle ne se rend pas compte de la chance qu’elle a de passer la serpillère dans le temple de la disruption.
Le vrai combat, le vrai sacrifice, c’est la logistique. Vers trois heures du matin, la dalle m'a pris. Pas une petite faim de fin de mois où l'on gratte le fond d'un paquet de pâtes Leader Price, non. Une faim spirituelle. J’ai ouvert mon application Uber Eats – mon cordon ombilical avec la réalité physique.
J’ai commandé trois menus différents auprès de trois restaurants étoilés. Un tartare de thon rouge à la truffe blanche, des sushis au bœuf de Kobe, et un poke bowl déconstruit à 45 euros parce que j’avais besoin de me sentir proche de la nature. Pourquoi trois ? Parce que le choix est une tyrannie que je refuse de subir à cette heure de la nuit. Un entrepreneur doit être capable de pivoter. Si mon estomac décide à 3h15 qu’il est plutôt « terre » que « mer », je dois pouvoir répondre à cette demande du marché interne.
Le livreur est arrivé, trempé par une petite pluie fine qui donnait à Paris cet air misérable que j’affectionne tant depuis ma baie vitrée. Il avait l’air épuisé. Je l’ai accueilli en peignoir de soie, une flûte de kombucha à la main.
— Vous avez mis douze minutes de plus que prévu, lui ai-je fait remarquer avec une sévérité paternelle.
— Il y avait des travaux, Monsieur, et ma batterie de vélo m’a lâché…
— La batterie, c’est une métaphore de votre manque d’ambition, mon brave. Si vous aviez vraiment visualisé votre arrivée, les électrons se seraient déplacés plus vite. Tenez, gardez la monnaie… Ah non, attendez, c’est déjà payé par la carte de la société. Considérez mon conseil comme un pourboire intellectuel. C’est bien plus précieux que quelques pièces jaunes qui auraient de toute façon fini dans un distributeur de café bas de gamme.
Je suis retourné à mon bureau. J’ai mangé une bouchée de chaque plat, juste pour le principe, et j’ai tout laissé sur la table de réunion en marbre de Carrare. Maria nettoiera demain. C’est ça, l’économie circulaire : je crée du besoin, elle y répond, tout le monde est content.
Vers quatre heures, j’ai eu un coup de mou. Un vrai « burn-out de la création ». J’ai dû appeler mon père sur son satellite personnel. Il était en train de chasser le faisan argenté ou de racheter une île, je ne sais plus.
— Papa, c’est dur. Le marché de la chaussette bio-connectée est saturé de scepticisme. J’ai l’impression que personne ne comprend la dimension holistique de mon projet.
— Combien, fiston ? a-t-il grogné.
— Juste cent mille pour la campagne d’influence avec des chamans sur Instagram. Et peut-être une petite rallonge pour un séminaire de team-building à Mykonos. Tout seul. Pour me retrouver.
— C’est fait. Arrête de pleurer, tu vas tacher ton clavier en titane.
La résilience, je vous dis. J'ai raccroché, revigoré par ce "smart money" que j'ai décroché à la sueur de mon front (ou de mon index, c'est pareil). Les gens pensent que l'argent tombe du ciel. C'est faux. Il tombe de la holding familiale, ce qui demande une gestion psychologique des parents absolument épuisante. Vous n'imaginez pas le nombre de dîners de Noël où j'ai dû faire semblant de m'intéresser à la gestion de patrimoine pour obtenir ces fonds. C'est un travail de lobbyiste à plein temps.
J'ai passé le reste de la nuit à regarder des vidéos de "motivation" sur YouTube, parce qu'un leader doit sans cesse nourrir son esprit. Des types avec des dents trop blanches m'expliquaient que si je dormais, j'étais un lâche. J'ai donc décidé de ne pas dormir. Enfin, j'ai fait une sieste de trois heures dans le caisson d'isolation sensorielle que j'ai fait installer entre la machine à expresso et la table de ping-pong, mais techniquement, dans mon état de conscience modifié, c'était du travail. Je visualisais la croissance.
À huit heures du matin, les premiers employés du co-working d'en face ont commencé à arriver, l'air gris, le sac à dos chargé de frustrations. Je les ai observés depuis mon balcon, en train de fumer un cigare aux herbes de l'Himalaya (sans nicotine, je tiens à mes poumons de licorne).
« Regardez-les, ces fourmis, ai-je murmuré à Kevin, qui venait de se réveiller avec la marque du pouf sur la joue. Ils vont travailler pour un salaire. Ils vendent leur temps. Nous, Kevin, nous vendons de l'espoir tissé en fibre de bambou. Nous sommes les alchimistes du XXIe siècle. »
Kevin m'a demandé s'il pouvait aller prendre une douche. Je lui ai dit que l'eau était une ressource rare et qu'il ferait mieux d'utiliser ses propres larmes de gratitude pour se laver le visage. Il n'a pas compris. C'est le problème avec cette génération de stagiaires, ils manquent de "mindset".
Le soleil est maintenant bien haut. Ma nuit blanche s'achève. Je suis épuisé, mais fier. J'ai envoyé trois emails, posté un selfie avec la légende "L'entrepreneuriat est un marathon solitaire dans le noir", et j'ai réussi à dépenser huit mille euros en publicités ciblées sur des gens qui n'ont même pas de pieds (on ne sait jamais, le marché des amputés spirituels est en pleine extension).
Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je vais aller me coucher dans mon loft du 6e arrondissement. La journée de travail commence pour vous, mais pour moi, le combat ne s'arrête jamais. Même quand je dors, mon compte en banque génère des intérêts. C'est ça, la vraie fatigue. Celle qu'on ne peut pas soigner avec un simple week-end en Lozère.
Namasté, les esclaves du 9h-18h. N'oubliez pas d'acheter mes chaussettes. C'est pour votre bien. Et pour le leasing de ma nouvelle Maserati hybride, qui est, je vous le rappelle, un geste fort pour la planète.
L'écologie en jet privé
Sauver le monde, c'est fatiguant. C’est une charge mentale que vous, qui triez vos pots de yaourt en plastique avec l’application Yuka ouverte sur votre smartphone d'occasion, ne pouvez pas comprendre. Vous voyez l’écologie comme une contrainte, une sorte de punition divine pour avoir mangé trop de Nutella. Pour moi, c’est une esthétique. Une vibration. Un lifestyle que je porte avec la légèreté d’un pull en cachemire bio à deux mille euros.
Ce matin, après avoir dormi trois heures (le sommeil est une perte de temps pour ceux qui ont un empire à bâtir, même si mon empire vend principalement des chaussettes à message « Stay Hungry »), je me suis réveillé avec une mission. Une urgence planétaire. J’avais une envie irrépressible de manger des œufs Bénédicte sur le port de Saint-Tropez. Mais attention, pas n'importe quels œufs. Des œufs de poules élevées en plein air, massées au quartz rose et nourries exclusivement aux graines de chia équitables.
Le problème, c’est que depuis mon loft du 6e, Saint-Tropez, c’est loin. En voiture, il y a des bouchons, du stress, et surtout, il y a vous. Les gens. La plèbe qui roule en Scenic diesel en écoutant la radio. Je ne peux pas infliger ça à mon aura. Et puis, ma Maserati hybride est en révision (le moteur électrique faisait un bruit de aspirateur Dyson, c’était insupportable pour ma concentration).
J’ai donc pris la seule décision responsable, éthique et durable : j'ai appelé Jean-Hubert, mon pilote.
« Jean-Hub, prépare le Falcon. On décolle du Bourget dans vingt minutes. C’est pour la planète. »
Parce que oui, mes petits amis du compost de quartier, prendre un jet privé pour un vol de quinze minutes entre Nice et Saint-Tropez (ou quarante-cinq minutes depuis Paris, je ne compte plus, le temps est une construction sociale quand on a un jet), c’est l’acte écologique ultime. Pourquoi ? Parce que je gagne du temps. Et le temps, c’est de l’énergie. Si je gagne du temps, je peux réfléchir plus vite à des solutions pour sauver l’Amazonie entre deux gorgées de Ruinart. C’est une question d’optimisation des ressources cognitives.
Arrivé au Bourget, le drame se produit. Une catastrophe environnementale sans précédent.
L’hôtesse de l’air — une stagiaire, probablement, elle avait ce regard éteint de celle qui n’a pas encore lu mon eBook sur le "Success Mindset" — m’apporte mon smoothie détox au kale et à la spiruline. Et là, l’horreur. Dans le verre, planté comme un poignard dans le cœur de Gaïa, il y avait… une paille en plastique.
Le monde s'est arrêté. J’ai senti mes chakras se fermer un par un, comme les rideaux d’une boutique en faillite.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? » ai-je murmuré, la voix tremblante d’indignation.
« Un smoothie, Monsieur… »
« Non, pas le smoothie. CETTE CHOSE. Ce cylindre de mort. Ce tube de pétrole qui va finir dans la narine d’une tortue aux Galapagos alors que je suis littéralement en train de financer une application qui permet de parrainer des coraux virtuels ! »
Elle a bafouillé une excuse. Je ne l’écoutais déjà plus. J'étais en train de tweeter : *"Le manque de conscience écologique de la classe ouvrière est le vrai cancer de notre siècle. Je me bats seul pour un avenir vert. #EcoWarrior #JetLife #NoPlastic"*. J’ai envoyé le tweet en utilisant le Wi-Fi satellite de l’avion, qui consomme probablement l’équivalent énergétique d’un petit village en Creuse, mais le message devait passer. Le leadership, c’est savoir faire des sacrifices.
Pendant que le jet vrombissait au-dessus des nuages, j'ai pris une photo de mes pieds (avec mes chaussettes de la nouvelle collection « Ocean Breath ») posés sur le cuir de l'accoudoir. La légende était déjà prête : *"Prendre de la hauteur pour mieux soigner la Terre."*
C’est là que j’ai eu une révélation. Les gens vous critiquent parce que vous prenez un avion privé. Ils disent : « Mais enfin, Kevin-Charles (oui, c'est mon prénom, mais appelez-moi KC, c'est plus disruptif), ton jet émet trois tonnes de CO2 pour aller chercher un brunch ! ».
Pauvres fous. Ils ne comprennent pas la compensation carbone.
Moi, à chaque fois que je décolle, j’ouvre mon application de "Green Banking" et je clique sur "Compenser". Ça me coûte quarante euros. Quarante euros ! C’est le prix d’une bougie parfumée au chanvre. En un clic, j’efface ma dette envers la nature. C’est magique. C’est comme si le CO2 disparaissait instantanément dans une dimension parallèle où il devient de l’oxygène pur pour des licornes en cristal. Si tout le monde avait ma CB, le réchauffement climatique serait réglé depuis le premier confinement.
Le vol a duré dix-huit minutes. Le temps de regarder une vidéo YouTube sur « Comment devenir millionnaire en vendant de l’eau de pluie filtrée par des moines tibétains ».
À l’arrivée, l’hélicoptère m’attendait pour m’emmener directement sur le port. Parce que le taxi, c’est polluant. Ça reste coincé dans les bouchons, ça tourne au ralenti, ça rejette des particules fines sur les passants. Alors que l’hélico, hop, c’est fluide. C’est aérien. C’est l’écologie de la verticalité.
Je me suis assis à la terrasse d'un café célèbre. Le serveur s'approche.
« Un café, s’il vous plaît. Mais avec du lait d’avoine. Le lait de vache, c’est une agression contre le vivant. Et je voudrais que vous vérifiez si votre avocat vient bien d’une culture durable. »
Le serveur m’a regardé avec un mépris que j’ai confondu avec de l’admiration. C’est souvent le cas avec les gens qui n’ont pas de leasing.
J’ai alors vu une dame à la table d’à côté jeter un ticket de caisse par terre. Un petit bout de papier thermique. Pas plus grand qu’une carte de visite.
Je me suis levé, drapé dans ma dignité de sauveur de l’humanité.
« Madame, savez-vous que ce papier contient du bisphénol A ? Savez-vous que vous êtes en train de souiller le sol de cette planète que j'essaie désespérément de maintenir en vie depuis mon vol en classe affaire ? »
Elle m’a ignoré. Quelle arrogance. C’est exactement le problème de ce pays. Les gens ne veulent pas changer. Ils ne veulent pas faire d’efforts. Ils préfèrent polluer au sol plutôt que de prendre de la hauteur comme moi.
J’ai fini mon brunch (cent quarante euros, mais l’avocat était "conscient", il me l'a murmuré au moment de la première bouchée). J’ai repris l’hélico, puis le jet. En rentrant, j’ai demandé à Jean-Hubert de faire un petit détour au-dessus des Alpes pour voir si la neige fondait vraiment. Je n’ai rien vu, il y avait trop de nuages, ce qui prouve bien que les médias exagèrent tout.
Maintenant, je suis de retour dans mon loft. Je vais commander un poke bowl en livraison (livré par un mec en vélo, donc c’est neutre en carbone, même si le pauvre garçon a failli faire une crise cardiaque dans la montée de la rue Mouffetard, mais hey, c’est du cardio gratuit, je lui rends service).
Demain, j’ai prévu d’aller à New York pour une conférence de trois heures sur « Le minimalisme au quotidien ». J'y vais en jet, évidemment. On ne peut pas parler de minimalisme en voyageant avec des inconnus dans un Airbus de ligne, c’est une contradiction énergétique majeure.
Allez, je vous laisse. Allez trier vos déchets, les esclaves. N’oubliez pas de débrancher votre chargeur de téléphone cette nuit, chaque petit geste compte. Moi, je vais laisser toutes mes lumières allumées pour simuler une présence et décourager les cambrioleurs qui n'auraient pas compris que la vraie richesse est spirituelle.
Namasté, et n'oubliez pas d'acheter mes chaussettes en bambou recyclé. Elles sont livrées dans un coffret en bois exotique (très chic, très durable) avec un certificat d'authenticité signé de ma main avec un stylo en or 18 carats. Parce que le plastique, c’est vraiment dégueulasse.
L'argent ne fait pas le bonheur (mais la pauvreté a l'air vulgaire)
Regardez-vous. Non, sérieusement, regardez-vous deux secondes. Je vous vois d'ici, au troisième rang, avec votre pull en acrylique qui bouloche et ce regard vitreux de quelqu’un qui calcule si l’achat d’un ticket de métro est un investissement raisonnable ou une folie dépensière. C’est fascinant. On dirait une nature morte, mais sans le côté « nature » et avec beaucoup trop de « mort ».
Je suis actuellement sur la scène de l'auditorium « Satori & Cash », à deux pas de Wall Street. La salle est comble. Ils sont venus m’écouter parler de mon nouveau concept : l’Ascèse Diamantaire. L'idée est simple : se dépouiller de tout ce qui n'est pas essentiel, à condition que ce qui reste coûte le prix d'un rein sur le marché noir.
Je réajuste ma Patek Philippe à 40 000 euros. Elle pèse un peu sur mon poignet gauche, une sorte de rappel constant de la gravité terrestre. C’est mon fardeau. Mon crucifix à moi. Porter autant de technologie horlogère pour simplement savoir qu'il est l'heure d'être brillant, c'est une forme de sacerdoce. Je sens le regard de la foule converger vers l'éclat de l'or rose. Je vois une femme au premier rang qui vient de perdre l'usage de sa rétine gauche à cause du reflet de mon cadran. De rien, madame. C’est de la luminothérapie gratuite.
« Mes amis », commencé-je en prenant ma voix de velours, celle que j’utilise pour annoncer à mes stagiaires que leur mutuelle ne couvrira pas leur burn-out, « l’argent est une illusion. Une construction sociale. Une prison dorée qui nous empêche d’accéder à notre véritable Moi. »
Un murmure parcourt l'assistance. Je sens qu'ils ont envie d'y croire. C’est beau, la naïveté des gens qui ont un découvert autorisé de cinquante euros.
« Vous savez », poursuivi-je en déambulant sur scène avec la grâce d'un héritier qui n'a jamais eu à courir pour attraper un bus de sa vie, « j’ai traversé une crise existentielle terrible la semaine dernière. Mon jet privé a dû faire escale à Gander, à Terre-Neuve, pour un problème technique sur le distributeur de caviar. J'ai dû attendre trois heures dans un salon VIP qui ne proposait que du Dom Pérignon 2012. Pas de 2008. Juste du 2012. À ce moment-là, j’ai compris. J’ai compris que la possession matérielle ne comblait pas le vide de l’âme. J’étais là, seul avec mon champagne médiocre, face à la vacuité de l'existence. »
Un étudiant au fond de la salle lève la main, l'air hagard.
— « Monsieur, comment peut-on dire que l'argent ne fait pas le bonheur quand on ne peut pas payer son loyer ? »
Je soupire. C’est le problème avec les pauvres, ils ramènent toujours tout à la logistique. C'est d'une vulgarité sans nom. C’est comme interrompre une symphonie de Mozart pour demander où sont les toilettes.
« Écoutez, mon petit… comment vous appelez-vous ? Kevin ? On va dire Kevin. Écoutez, Kevin. La pauvreté n'est pas un manque de moyens, c'est un manque de vision. C’est un état vibratoire. Si vous galérez à finir le mois, c’est parce que vous êtes trop attaché à la notion de "mois". Pourquoi segmenter le temps de façon si comptable ? Vivez dans l'instant ! Le présent n'a pas de facture d'électricité. »
Je marque une pause dramatique. Je regarde ma montre. Toujours 40k. Toujours là. Solide. Fidèle. Elle ne me juge pas, elle.
« L'argent ne fait pas le bonheur, c'est une certitude. Je connais des milliardaires qui sont profondément malheureux parce que leur yacht ne fait que 110 mètres alors que celui de leur voisin en fait 120. C'est une souffrance réelle, Kevin. C'est une amputation de l'ego. Mais la pauvreté… ah, la pauvreté. C’est là que le bât blesse. La pauvreté a ce côté… comment dire… visuellement agressif. C’est l’absence de style élevée au rang de destin. C’est le polyester. C'est le café soluble. C'est cette odeur de friture qui colle aux vêtements le mardi soir. »
Je me rapproche du bord de la scène, mon visage baigné par un projecteur qui coûte probablement le budget annuel de la ville de Limoges.
« Soyons honnêtes : être triste dans une Bentley, c'est une mélancolie cinématographique. On dirait du Godard. On pleure, mais on pleure sur du cuir Connolly. C’est esthétique. C'est noble. Être triste dans un RER D en direction de Corbeil-Essonnes, c'est juste un fait divers sordide. Il n'y a aucune poésie dans le fait de ne pas pouvoir s'offrir un abonnement à un club de gym privé qui propose des serviettes parfumées à l'eucalyptus. La pauvreté est vulgaire parce qu'elle nous oblige à nous soucier du réel. Et le réel, c'est dégueulasse. C'est sale. Ça demande de faire la queue. »
Je vois une jeune femme qui prend des notes frénétiquement. Elle doit boire mes paroles comme si c'était de l'eau de source des Alpes (livrée par drone, évidemment).
« On me dit souvent : "Mais vous, avec la carte de crédit de votre père, c'est facile de philosopher". Je réponds : "Au contraire !" C'est un fardeau psychologique immense. Vous n'avez aucune idée de la pression que représente la gestion d'un patrimoine dont on n'est pas l'artisan. Je suis le gardien d'un temple que je n'ai pas construit. Je suis un conservateur de musée vivant. Chaque fois que je swipe la CB de Papa pour m'acheter une île éphémère ou une veste en peau de fesse de licorne, je ressens une déconnexion spirituelle intense. Je me demande : "Est-ce que cet achat définit qui je suis ?" Et la réponse est toujours oui, car la veste me va à ravir. »
Je réajuste ma montre une nouvelle fois. Le tic-tac est imperceptible, mais je sens les engrenages suisses travailler avec plus de rigueur que n'importe lequel d'entre vous ici présent.
« Le minimalisme, ce n'est pas ne rien posséder. C'est posséder si peu de choses qu'elles en deviennent inestimables. Par exemple, ma chambre à coucher ne contient qu'un lit en crin de cheval bio à 50 000 dollars et une œuvre d'art conceptuelle qui consiste en un point noir sur un fond blanc. C’est tout. C’est épuré. Bien sûr, j'ai une pièce de 200 mètres carrés à côté pour ranger mes 400 paires de chaussures, mais visuellement, dans ma chambre, je suis un moine. Un moine qui dort sur du crin de luxe, mais un moine quand même. »
Le silence dans la salle est religieux. Ou alors c’est de la sidération. Les gens ont souvent du mal à distinguer la sagesse profonde de l'insolence terminale. C’est un spectre très étroit.
« Pour conclure cette première partie, je voudrais que vous fassiez un exercice. Fermez les yeux. Imaginez que vous n'avez plus rien. Plus de voiture, plus d'appart, plus de smartphone. Vous êtes nu, sur une plage. C’est le bonheur, non ? L’épure totale. »
J'attends trois secondes.
« Maintenant, imaginez que cette plage se trouve à Saint-Barth, que vous êtes nu mais avec une couche de crème solaire à 200 euros l'indice, et qu'un serveur s'approche pour vous demander si vous voulez un cocktail à base de litchis cueillis à la main. Vous voyez la différence ? Le premier scénario, c'est être un clochard. Le deuxième, c'est du lifestyle. Tout est dans la nuance. L'argent ne fait pas le bonheur, certes, mais il permet d'acheter la distance nécessaire entre vous et les gens qui sentent la sueur. Et cette distance, mes chers amis, c'est ce qu'on appelle la paix intérieure. »
Je descends de scène sous quelques applaudissements épars et beaucoup de regards qui hésitent entre m'assassiner ou me demander un prêt sans intérêt. Mon assistant m'attend en coulisses avec un gel hydroalcoolique infusé à la feuille d'or. Je m'en frotte les mains vigoureusement. Toucher le micro après que tant de gens aient respiré dans la salle, c'est prendre un risque biologique majeur.
« C’était comment ? » me demande-t-il.
« Un peu trop plébéien à mon goût », je réponds en consultant mon application bancaire. « Mais hey, il faut bien que quelqu'un leur dise la vérité. La spiritualité sans un compte en banque à sept chiffres, c'est juste du jardinage pour chômeurs. »
Je remonte dans ma limousine. Le cuir est froid, impeccable. Je me demande si je ne devrais pas racheter l'auditorium juste pour le faire démolir. L'énergie y était vraiment trop… abordable. C’est ça, le vrai luxe : détruire quelque chose juste parce que la vibration n'était pas assez « premium ».
Allez, direction l'aéroport. Mon jet m'attend. On m'a dit que le pilote avait une nouvelle montre. J'espère qu'elle est moins chère que la mienne. Il n'y a rien de plus vulgaire qu'un employé qui a du goût. C'est une faute de goût en soi.
Namasté, les gueux. N'oubliez pas : restez authentiques, restez pauvres si vous n'avez pas le choix, mais faites-le en silence. Le bruit des pièces de monnaie qui s'entrechoquent, ça me donne une migraine épouvantable. Quel manque de tact, ce métal qui tinte. Préférez les billets de 500. C’est plus doux pour les oreilles. C'est plus… spirituel.
Le mérite : Pourquoi je travaille plus que les autres
Le concept de « mérite » est une notion délicieuse, souvent galvaudée par des gens qui portent du Decathlon et qui pensent que la sueur a une valeur marchande. C’est mignon, vraiment. On dirait un épisode de *C’est pas sorcier* sur l’économie, mais tourné dans un entrepôt Amazon avec des gens qui ont des problèmes de lombaires.
Écoutez-moi bien, les enfants de la République et du SMIC : la fatigue n'est pas un indicateur de performance. Si travailler dur rendait riche, les ânes porteraient des Rolex et les ouvriers du bâtiment posséderaient Monaco. Le mérite, le vrai, celui qui s’écrit avec une particule ou au moins trois prénoms, c’est une question de densité spirituelle et de charge mentale.
Laissez-moi vous raconter ma journée d'hier. Une journée d'une violence inouïe. J'étais au club de golf de Terre Blanche. Un green impeccable, une herbe tellement soyeuse qu’on a envie de l’épouser. Le genre d'endroit où l'on ne croise pas un seul syndicaliste, car l'odeur de la lutte des classes y est neutralisée par des diffuseurs de parfum à la figue de Barbarie.
Vers 11 heures, alors que j'attendais que mon caddy nettoie mon putter — il y avait une micro-trace de rosée, un scandale, j’ai failli appeler l’ONU — j’ai senti une décharge d'adrénaline. Le monde reposait sur mes épaules. J’ai sorti mon iPhone 15 Pro Max (le modèle en titane, parce que je suis un aventurier du quotidien). J'avais un mail de mon gestionnaire de fortune. Un truc barbare sur des rendements obligataires en zone euro.
J'ai dû répondre.
Vous ne vous rendez pas compte de l'effort. Taper « OK, on fonce » avec le soleil qui tape sur l'écran, c'est une épreuve physique que vos petits corps habitués aux néons de l'open-space ne pourraient pas supporter. J'ai ressenti ce que les gens appellent un « burnout ». J'ai dû m'asseoir dans la voiturette et boire un jus de baies de Goji pressées à froid pour ne pas m'évanouir. C’est ça, le vrai travail : prendre des décisions qui impactent le PIB d’un petit pays d’Afrique tout en gérant un vent de travers sur le trou numéro 4.
Et pourtant, je vous entends d'ici, dans vos usines et vos bureaux gris, avec vos badges autour du cou comme des colliers pour chiens dociles. « Oh, mais moi je travaille 35 heures par semaine ! ».
Trente-cinq heures. C’est adorable. C’est le temps que je passe chaque mois à choisir la couleur du cuir de ma prochaine voiture. Vous confondez l'agitation et l'efficacité. Vous, vous pointez. Vous obéissez. Vous êtes des exécutants. Votre cerveau est au repos, bercé par le doux ronronnement de la machine à café et de la hiérarchie. Moi ? Mon cerveau est une centrale nucléaire en fusion permanente. Je dois constamment me demander si je préfère racheter une start-up de cryptomonnaies gérée par des adolescents boutonneux ou investir dans l'art contemporain qui ressemble à des taches de ketchup sur du lin.
C'est une torture psychologique. Choisir, c'est renoncer. Et renoncer, c'est mourir un peu. Donc, techniquement, je meurs environ quarante-douze fois par jour pour maintenir l'économie mondiale à flot avec la carte Gold de mon géniteur. C’est un sacrifice christique, mais avec un meilleur coiffeur.
Regardons la vérité en face : le mérite est proportionnel à la rareté. N'importe quel quidam peut empiler des briques ou remplir des tableaux Excel jusqu'à ce que ses yeux saignent. C’est une ressource infinie, comme le sable ou les mauvaises chansons de l'Eurovision. Par contre, être capable de rester calme quand le Wi-Fi du jet privé chute à une barre alors qu'on est en train de valider un virement de six millions ? Ça, c'est de l'héroïsme. C’est de la résilience pure.
L'autre jour, mon chauffeur m'a regardé dans le rétro avec un air de chien battu. Il m'a dit : « Monsieur, ça fait douze heures que je conduis. » Je l'ai foudroyé du regard. « Et moi, Jean-Pierre ? Est-ce que tu penses à moi ? Ça fait deux heures que je réfléchis à si je dois, oui ou non, porter des mocassins sans chaussettes pour le gala de ce soir. Tu as une idée de la pression sociale ? Si je me plante, je suis la risée d'Instagram pendant au moins quarante-huit heures. Mon image de marque, c'est mon gagne-pain. Ton volant, c’est juste un cercle en plastique. »
Il s'est tu. Ils se taisent toujours quand on leur oppose la logique froide de l'élite.
Travailler à la chaîne, c'est facile. On vous dit quoi faire. « Mets la vis A dans le trou B ». C'est du Lego pour adultes déprimés. Moi, personne ne me dit rien. Je suis seul face à l'immensité de ma propre liberté. Je dois inventer mon propre effort. Envoyer trois mails depuis un bunker de sable au golf de Saint-Cloud demande une force de volonté que vous n'imaginez même pas. Il faut combattre l'envie de simplement profiter du paysage pour se concentrer sur l'optimisation fiscale. C’est de l'ascétisme moderne. Je suis le moine shaolin de la finance de papa.
D’ailleurs, parlons-en, de la CB de papa. Les rageux disent que c’est de la chance. Quelle étroitesse d'esprit. C’est un héritage vibratoire. Si mon père a réussi, c’est parce que l’univers a reconnu en lui une capacité supérieure à dépenser l’argent de manière esthétique. Je ne fais que perpétuer une tradition d’excellence. Gérer un patrimoine de cette taille, c’est un job à plein temps. Il faut surveiller les cours de la bourse, les cours du caviar, et les cours de yoga des ex-mannequins qu'on fréquente. On ne décompresse jamais.
Vous avez vos week-ends. Vous avez vos congés payés. Moi ? Je suis en service commandé 24h/24. Même quand je dors, je rêve en dollars. Mon inconscient travaille sur des fusions-acquisitions. Je me réveille avec des crampes d'estomac parce que j'ai réalisé en plein sommeil que mon yacht n'avait pas assez de porte-gobelets en plaqué or. C’est ça, la vraie pénibilité du travail.
Alors, la prochaine fois que vous passerez devant une villa de luxe en vous disant « Quel chanceux, il ne fout rien de ses journées », ayez une petite pensée pour nous. Pendant que vous profitez de l'insouciance d'un salaire fixe et d'une vie prévisible, nous, les bâtisseurs de vide, nous luttons contre le vent, les taxes et les serveurs de restaurants qui ne savent plus décanter un Petrus sans trembler.
Le mérite n'est pas dans le mouvement, il est dans le style. Et honnêtement, envoyer un mail de rupture à sa boîte de gestion depuis un green de golf, c'est plus de travail que n'importe quelle semaine de 35 heures. Pourquoi ? Parce que c'est plus élégant. Et l'élégance, c'est la seule forme de labeur qui mérite d'être rémunérée.
Allez, je vous laisse, je dois aller bosser. J'ai une séance de cryothérapie pour récupérer de mon stress matinal. Le froid à -110 degrés, c'est un peu comme votre vie de salarié, sauf que moi, je peux sortir de la cabine au bout de trois minutes. C'est ça, la définition du succès : avoir la porte qui s'ouvre.
Namasté, et n'oubliez pas de pointer demain matin. Le monde a besoin de vos petites mains pour fabriquer les gadgets que je n'achèterai jamais. C’est ça, l’équilibre. C’est ça, la justice. C’est ça, mon mérite.
Le voyage initiatique à Bali (Option surclassement)
On ne se rend pas compte de la charge mentale que représente une valise Rimowa qu’on doit soulever soi-même parce que le voiturier de l’aéroport est occupé avec une Bentley plus récente que la nôtre. C’est une agression. Un micro-traumatisme qui vous rappelle que, même au sommet de la pyramide alimentaire, on n’est jamais à l’abri d’un effort physique non consenti. C’est précisément pour soigner cette déchirure de l’âme que j’ai décidé de partir en « voyage initiatique ».
Attention, ne confondez pas. Je n’ai pas pris un sac à dos Quechua pour aller dormir dans des draps qui grattent en écoutant un type nommé Jean-Eudes m’expliquer que le gluten est un complot de la CIA. Non. Mon initiation à moi s’est faite en Business Class sur Emirates. Parce que, soyons honnêtes, on ne peut pas ouvrir son troisième œil si ses deux autres yeux sont confrontés à la promiscuité de la classe éco. L’illumination ne survient pas entre un plateau-repas en plastique et un voisin qui retire ses chaussures ; elle survient dans le calme ouaté d’une cabine où le champagne est servi à température de rosée matinale.
Bali. L’île des Dieux. Ou plutôt, l’île des gens qui ont assez de capital pour faire semblant d’avoir une âme.
Le taxi m’attendait à Denpasar avec un panneau à mon nom. Enfin, pas exactement mon nom, mais « Mr. Golden Son ». Papa a un sens de l’humour très spécifique quand il configure les services de conciergerie de sa carte Centurion. Direction Ubud, le cœur spirituel de l’île, là où la jungle est suffisamment domptée pour ne pas abîmer mes mocassins en daim, mais assez dense pour que je puisse poster une photo avec le hashtag #IntoTheWild.
Ma retraite s’appelait « The Quantum Soul Detox & Infinity Pool Experience ». Tout un programme. Le concept était simple : se dépouiller de l’ego tout en conservant un accès Wi-Fi haut débit pour surveiller mes actions Tesla. À mon arrivée, on m’a remis un paréo en soie sauvage et on m’a confisqué mon téléphone. Enfin, on a essayé. J’ai tendu un vieux Nokia 3310 que je garde pour ce genre de rituels barbares, tout en gardant mon iPhone 15 Pro Max glissé dans la doublure de ma tunique de lin. On ne se déconnecte pas de l’univers, on gère ses notifications avec discernement. C’est ça, la vraie maîtrise de soi.
Mon guide spirituel s’appelait Wayan. À Bali, tout le monde s’appelle Wayan, ce qui est très pratique pour ne pas s’encombrer la mémoire avec des détails inutiles. Wayan m’a regardé dans les yeux avec une intensité qui aurait pu me faire peur si je n’avais pas su que son salaire dépendait de ma satisfaction sur TripAdvisor.
— « Tu es ici pour trouver la vacuité », m’a-t-il dit.
— « Écoute, Wayan, la vacuité, je la pratique déjà tous les jours devant mon compte en banque quand les dividendes tardent à tomber. Je veux du concret. Je veux la Vérité. »
La Vérité, à 1200 dollars la nuit, a un goût de jus de chou kale pressé à froid par des mains vierges de toute exploitation syndicale. Le deuxième jour, nous avons fait une séance de « méditation transcendantale sous cascade privée ». C’est là que le déclic s’est produit. J’étais assis sur un rocher lissé par des siècles d’érosion (ou par une équipe de maintenance très efficace, je soupçonne la deuxième option), l’eau s’écoulait sur mes épaules, et soudain, j’ai compris.
La vie n'est qu'une question de flux.
Le flux de l’eau, le flux de l’argent, le flux des serveurs qui m’apportaient mon brunch à 14h. Tout est lié. Si l’argent ne circule pas de la Gold Card de mon père vers ce resort éco-responsable, alors l’univers s’arrête de respirer. Mon existence n'est pas un privilège, c'est une mission humanitaire. En payant ce séjour le prix d’une petite citadine, je maintiens l’équilibre cosmique de Bali. Je suis, au sens littéral, un pilier de l’économie métaphysique.
Wayan m’a ensuite emmené voir un guérisseur local, un « Balian ». Le type vivait dans une cabane qui coûterait trois millions d’euros si elle était située à Ibiza. Il a examiné ma main, a froncé les sourcils, et m’a dit :
— « Tu as un blocage énergétique au niveau du chakra de la générosité. »
J’ai tout de suite compris le message. J’ai sorti un billet de 100 dollars de ma poche secrète. Miraculeusement, son visage s'est illuminé. Mon chakra s'est ouvert instantanément. C’est ça que les pauvres ne comprennent pas avec la spiritualité : ils pensent que c’est gratuit. Mais rien de ce qui a de la valeur n’est gratuit. Si le salut de ton âme ne te coûte pas au moins le prix d'un sac Birkin, c’est que ton âme ne vaut pas grand-chose.
Le soir, j’ai assisté à une cérémonie de purification par le feu. C’était magnifique. On brûlait des offrandes pour apaiser les esprits. J’ai profité du spectacle pour brûler symboliquement ma facture de frais de gestion du dernier trimestre. Un moment d’une intensité rare. En regardant les cendres s’envoler, je me suis senti léger, pur, prêt à affronter de nouveau le monde réel (c’est-à-dire les salons VIP des aéroports).
Mais le vrai sommet de mon initiation fut le « Silence sacré ». Pendant vingt-quatre heures, je ne devais pas prononcer un mot. Une épreuve terrible. Imaginez : j'avais des envies de homard thermidor et je ne pouvais même pas engueuler le room-service parce que le Chardonnay n'était pas assez frappé. J'ai dû l'écrire sur un petit carnet en papier recyclé. C'est là que j'ai réalisé la souffrance des grands de ce monde. On nous impose des silences, des protocoles, des retenues, alors que notre nature profonde est de hurler nos ordres à la face du monde.
Pourtant, dans ce silence, j’ai eu une vision. J’ai vu mon père. Non pas l’homme qui râle parce que j’ai « encore » explosé le plafond de la carte de crédit pour un jet privé vers Mykonos, mais le Géniteur Cosmique. La Source. Le Grand Dispensateur de Liquidités. Et j’ai compris que mon voyage initiatique n'était pas de devenir « meilleur », mais de devenir « plus ». Plus riche de sens, plus dense de certitudes, plus imperméable aux critiques des gens qui utilisent encore des transports en commun.
La « vraie valeur de la vie », mes amis, c’est de ne jamais avoir à demander le prix.
C’est la grande leçon de Bali. Quand vous voyez un coucher de soleil sur une rizière, le pauvre voit de la nourriture, le touriste voit une photo, mais l’initié, lui, voit un actif immobilier avec un potentiel de rendement de 12% s’il parvient à y installer un complexe de yoga-detox pour influenceurs en burn-out. Reconnecter avec la nature, c’est bien, mais reconnecter avec le cadastre, c’est mieux.
Je suis revenu de cette retraite transformé. J’ai ramené un bracelet en perles de bois de santal qui m’a coûté 450 euros (artisanat local, vous comprenez) et une nouvelle philosophie de vie. Désormais, quand je vois quelqu'un souffrir, je ne ressens plus de pitié. Je ressens de la gratitude. Car sans leur souffrance, sans leur labeur ingrat, sans leurs petites vies étriquées, mon voyage à Bali n’aurait aucune saveur. Pour qu’un surclassement existe, il faut que des gens restent en classe éco. C’est la loi de la physique. C’est la loi de Dieu.
Namasté, bande de moins-que-rien. Je vous laisse, j'ai une séance de méditation prévue dans mon jacuzzi de 400 litres. Il paraît que l'eau chauffée au gaz de schiste aide à l'alignement des planètes. Et si papa râle pour la facture, je lui expliquerai que c’est un investissement dans mon capital spirituel. Il comprendra. On ne refuse rien à un homme qui a vu la Vérité entre deux massages aux pierres chaudes.
Seul contre tous (mais avec un avocat à 600€ de l'heure)
L’enveloppe était d’un brun administratif absolument dégueulasse. Une couleur de papier recyclé qui sent la tristesse, le jambon-beurre sous vide et la fin des espoirs de croissance. Quand je l’ai ouverte, j’ai cru à une erreur de la Poste, ou peut-être à une blague de mauvais goût de mon cousin Hubert qui n'a toujours pas digéré que je lui aie piqué sa Rolex pendant son coma éthylique au mariage de Constance. Mais non. C’était bien réel. Le fisc.
Imaginez l’insulte. On m’envoie une lettre de relance pour une "incohérence entre mon train de vie et mes revenus déclarés". Mais quelle audace ! C’est comme si on demandait à un coucher de soleil de justifier ses couleurs, ou à un volcan de fournir ses reçus de lave. Je suis un artiste de l’existence, un sculpteur de capital, et on vient me demander pourquoi j'ai déduit l'achat d'un jet-ski en "frais de bureau". Écoutez, si je ne peux pas me déplacer rapidement sur l'eau pour aller signer des contrats imaginaires avec des influenceurs dubaïotes, comment voulez-vous que la France rayonne ?
J’ai immédiatement ressenti ce que les grands martyrs de l’histoire ont dû éprouver. Jeanne d’Arc sur son bûcher, Galilée devant l’Inquisition, ou Nabilla sans son shampoing. C’est la même persécution systémique. La France déteste ses lions. Elle préfère les agneaux dociles qui bêlent en cœur en attendant leur chèque énergie de cent balles. Nous vivons dans un pays où la réussite est un délit, où le champagne est considéré comme une provocation et où avoir un majordome qui s'appelle vraiment Jean est passible de la guillotine sociale.
J’ai tout de suite appelé Papa.
— Papa, c’est l’Inquisition. Les sans-culottes sont à ma porte. Ils veulent me prendre mes étriers en or.
— Calme-toi, fils, a-t-il soupiré entre deux gorgées de Cognac à l'autre bout du monde. Je t’envoie Baudouin.
Baudouin de la Roche-Nullepart. Mon avocat. Un homme dont la simple respiration coûte 10 euros de TVA. Quand Baudouin entre dans une pièce, le silence se fait, non pas par respect, mais parce que tout le monde sait que chaque mot qu'il prononcera sera facturé au prix d'un rein au marché noir. Il prend 600 euros de l’heure. À ce prix-là, il ne plaide pas, il réécrit la réalité. Il pourrait convaincre un juge que j’ai sauvé des orphelins en m’achetant une Porsche, parce que "les émissions de CO2 réchauffent les petits cœurs solitaires".
On s’est vus dans son cabinet, un endroit tellement chic qu’on y respire de l’air filtré par des billets de 500.
— C’est grave, Baudouin ? je lui ai demandé, la main tremblante sur mon iPhone 15 Pro Max Titanium (déduit en frais de santé mentale).
Il a ajusté ses lunettes en écailles de tortue véritable (chassée à la main par des orphelins, sans doute).
— C’est une chasse aux sorcières, m’a-t-il dit d’une voix onctueuse comme un foie gras mi-cuit. La jalousie française dans toute sa splendeur. Ces gens du Trésor Public n’ont jamais vu un yacht de leur vie autrement qu’en fond d’écran. Ils veulent vous punir d’être ce qu’ils ne seront jamais : libre, beau, et détenteur d’un compte aux îles Caïmans au nom d’une société de gestion de lamas.
Vous ne vous rendez pas compte de la violence de l'interrogatoire avec l'inspecteur des finances. Un petit homme gris, avec des manches de chemise trop courtes et une odeur de café de machine. Il me regardait avec ce mépris typique du fonctionnaire qui n'a jamais pris un hélicoptère pour aller chercher son pain.
— Monsieur, pourquoi avez-vous déclaré votre abonnement à ce club de strip-tease comme "séminaire de team-building", alors que vous êtes le seul employé de votre entreprise ?
J’ai regardé Baudouin. Baudouin a souri, ce sourire carnassier qui dit : "Je vais te manger, toi, ta retraite et tes RTT."
— Mon client souffre de schizophrénie managériale, a lâché Baudouin avec un sérieux olympien. Il doit organiser des réunions avec ses différentes personnalités pour maintenir une cohésion d'équipe. Le lieu choisi permet de désinhiber les tensions internes entre son "Moi Entrepreneur" et son "Surmoi Investisseur". C’est médical.
L'inspecteur a buggé. On aurait dit un Windows 95 essayant de faire tourner Cyberpunk 2077. J’en ai profité pour en rajouter une couche, parce que l’attaque est la meilleure des défenses, surtout quand on a un bouclier en or massif.
— Vous vous rendez compte de ce que vous me faites ? Je suis un créateur de valeur ! Pendant que vous comptez mes centimes, je crée du rêve ! J’injecte de l'esthétisme dans ce pays morne ! Mes dépenses de luxe soutiennent l’artisanat ! Quand je commande une caisse de Cristal Roederer à 4h du matin, je fais travailler des livreurs, des vignerons, des verriers ! Je suis un philanthrope de l'excès !
C’est ça, le drame français. On ne comprend pas que mon égoïsme est le moteur de votre survie. Si je n'étalais pas ma richesse de manière aussi indécente, sur quoi les pauvres pourraient-ils fantasmer en regardant Instagram dans le métro ? Je suis un service public à moi tout seul. Je suis le divertissement des masses. Et au lieu de me remercier, on m’envoie des formulaires Cerfa.
Baudouin a passé deux heures à expliquer que mes vacances aux Maldives étaient en fait une mission d’étude sur la montée des eaux pour une obscure fondation écologique (que Papa a créée la veille sur un coin de nappe). À 600 euros de l’heure, Baudouin a le don de transformer un cocktail au bord d'une piscine en "colloque géopolitique sur la résilience des atolls".
À la fin du rendez-vous, l’inspecteur avait l’air d’avoir vieilli de dix ans. Il a refermé son dossier avec la lenteur d’un homme qui réalise que la justice n'est qu'une question de ponctuation placée au bon endroit par un mec en costume sur mesure.
— On vous tiendra au courant, a-t-il murmuré, vaincu.
En sortant, j’ai tapé dans l’épaule de Baudouin.
— Bien joué, mon vieux. On va fêter ça ?
— Avec plaisir, a-t-il répondu. Mais n'oubliez pas, le trajet en taxi jusqu'au restaurant est facturé en "temps de consultation mobile".
Voyez-vous, c’est ça être "seul contre tous". C’est une lutte épique, un corps-à-corps avec le Léviathan étatique. Mais c’est beaucoup plus facile quand on a un gladiateur juridique payé par le compte offshore de son géniteur. Les gens disent que l’argent ne fait pas le bonheur, mais ils oublient de préciser qu’il fait une excellente armure contre la réalité.
Je suis rentré chez moi, épuisé par tant de combativité. J’ai dû appeler ma masseuse (que j’ai passée en "maintenance de matériel de bureau" sur la comptabilité du trimestre prochain). Il faut que je me remette de mes émotions. Être un paria de la République, un exilé fiscal de l'intérieur, c'est un sacerdoce.
Parfois, je regarde par la fenêtre de mon duplex et je vois les gens en bas, dans la rue, avec leurs parapluies et leurs soucis de fin de mois. Je ne les déteste pas. Je les plains d’être aussi peu créatifs avec leurs impôts. S’ils avaient un peu de panache, ils comprendraient que la loi est comme une suggestion de présentation sur un paquet de lasagnes : c'est joli à regarder, mais ça ne correspond jamais à ce qu'il y a à l'intérieur.
Allez, je vous laisse. Baudouin vient de m'envoyer sa facture pour la séance d'aujourd'hui : 1200 euros pour les deux heures, plus 300 euros de "frais de dossier" (il a probablement dû acheter un nouveau trombone en platine). Je vais envoyer ça à Papa en lui disant que c’est un don pour une œuvre caritative luttant contre l'analphabétisme fiscal.
Techniquement, ce n'est pas un mensonge. Je suis en train d'éduquer l'État. Et l'éducation, ça n'a pas de prix. Sauf quand c'est moi qui paye, là, c'est hors de question. Merci Papa, merci Baudouin, et surtout, merci à vous, les contribuables, de continuer à payer pour les routes que j'emprunte avec ma Ferrari. Votre sacrifice me touche presque autant qu'une remise de 5% chez Hermès.
Bisous fiscaux.