49.3 ou comment pisser sur le peuple
Par Dr. Sarcasme — Comédie
Imaginez la scène. Vous êtes posé dans votre canapé, un seau de popcorn tiède sur les genoux, prêt à attaquer la saison 5 de votre série préférée : « République Française : Le Grand Cirque ». Le générique commence. C’est long. C’est pompeux. On voit des bustes en marbre, des drapeaux qui flottent et...
Le 49.3 : Le 'Skip Intro' de la Démocratie
Imaginez la scène. Vous êtes posé dans votre canapé, un seau de popcorn tiède sur les genoux, prêt à attaquer la saison 5 de votre série préférée : « République Française : Le Grand Cirque ». Le générique commence. C’est long. C’est pompeux. On voit des bustes en marbre, des drapeaux qui flottent et des types en costume trois-pièces qui font semblant de réfléchir en regardant l’horizon. Normalement, vous devriez vous farcir les soixante-douze épisodes de débats parlementaires, les amendements sur la virgule à placer après le mot « nonobstant », et les joutes oratoires de députés qui n'ont pas dormi depuis trois jours et qui sentent le café froid et le désespoir constitutionnel.
Mais là, sous votre pouce, il y a ce bouton magique. Ce petit rectangle salvateur qui apparaît en bas à droite de l’écran : « Skip Intro ».
Dans la vraie vie, ce bouton s’appelle le 49.3. Et le gouvernement l’utilise avec la même frénésie compulsive qu’un adolescent de quatorze ans qui découvre un site de streaming gratuit. Sauf que là, l’intro qu’on zappe, c’est juste la démocratie. Un détail technique. Une formalité administrative un peu ringarde, comme de demander l’autorisation à ses parents pour sortir alors qu’on a déjà les clés de la bagnole et qu’on a déjà siphonné le réservoir.
Pourquoi s’emmerder à écouter 577 personnes ? Non, vraiment, posez-vous la question. 577 types qui ont été élus, qui ont fait des marchés le dimanche matin sous la pluie pour serrer des mains poisseuses, qui ont promis monts et merveilles à des retraités en colère… Tout ça pour quoi ? Pour finir comme du mobilier urbain. Les députés, aujourd’hui, c’est comme les plantes vertes dans le hall de la banque : c’est là pour faire joli, ça donne une impression de vie, mais si vous les remplacez par des hologrammes ou des cactus en plastique, l’agios sera prélevé de la même manière à la fin du mois.
Le 49.3, c’est l’expression ultime de la flemme politique élevée au rang d’art d’État. C’est le « TGCM » (Ta Gueule C’est Magique) des rôlistes appliqué à la gestion d’un pays de 67 millions de râleurs professionnels. C’est l’instant où le Premier Ministre — ou la Première Ministre, ne soyons pas sexistes dans le mépris — monte à la tribune avec ce petit sourire en coin, celui qu’on réserve normalement aux gens qui viennent de gagner au Monopoly en trichant sur les loyers de la Rue de la Paix, et déclare : « J’engage ma responsabilité ».
Traduction pour le commun des mortels : « Je pose mes couilles (métaphoriques ou non) sur la table, et si vous n'êtes pas contents, vous n'avez qu'à essayer de me virer, mais spoil : vous n'y arriverez pas parce que vous êtes trop occupés à vous détester entre vous pour vous mettre d'accord sur la couleur des rideaux. »
C’est là que l’image du gosse de cinq ans prend tout son sens. Vous le voyez, le gamin ? Celui qui a invité ses copains à son anniversaire juste pour qu’ils le regardent déballer ses cadeaux. À un moment, un petit camarade suggère de jouer à cache-cache. Mais le gamin, lui, il veut jouer aux Power Rangers. Et il veut être le Ranger Rouge. Et le Ranger Bleu. Et le méchant aussi. Alors il tape du pied, il hurle « C'EST MON ANNIVERSAIRE, C'EST MA MAISON, C'EST MES JOUETS ! », et il range tout dans son coffre à jouets en verrouillant le cadenas. Le 49.3, c’est le cadenas. Et le peuple, c’est le copain qui reste planté au milieu du salon avec son chapeau pointu en carton et son sachet de bonbons vide, en se demandant pourquoi il est venu.
C’est fascinant, cette capacité à traiter l’Assemblée Nationale comme une réunion de copropriété qui aurait un peu trop duré. « Bon, écoutez, on avait prévu de discuter de la réfection de la toiture et de l’isolation des combles, mais comme Monsieur Michu n’arrête pas de parler de son problème d’humidité dans sa cave et que Madame Ledoux veut absolument voter pour changer le code de l’interphone, j’ai décidé que la toiture sera en or massif et que c’est vous qui payez. Allez, bisous, je rentre à l’Élysée commander des sushis. »
Et le plus beau, c’est l’argumentaire qui va avec. Le « faux sérieux académique ». On ne vous dit pas « Je vous emmerde ». Non, on vous dit qu’on « prend ses responsabilités face à l’urgence de la situation ». On vous explique, avec un ton de maître d'école fatigué par une classe de Segpa en plein pic de glycémie, que « le pays ne peut pas attendre », que « la réforme est nécessaire » et que « le dialogue a eu lieu ».
Le dialogue. On adore ce mot. Dans le dictionnaire du gouvernement, « dialogue » signifie : « Je parle tout seul pendant que tu essaies d’en placer une, et à la fin, je fais ce que j’avais prévu de faire avant même d’entrer dans la pièce. » C’est un monologue avec des témoins. C’est comme si vous demandiez l’avis de votre chien sur le menu du soir : il peut aboyer, il peut remuer la queue, il peut même pisser sur le tapis pour montrer son désaccord, à la fin, il mangera des croquettes premier prix parce que c’est ce qu’il y a dans le placard.
Et les 577 ? Ils sont là, coincés dans l’hémicycle. Certains hurlent, d’autres brandissent des pancartes, certains tapent sur leurs pupitres comme si c’étaient des percussions de fête de l’Huma. C’est le « massacre » annoncé. La mort clinique de la délibération. On a transformé le temple de la loi en un ring de catch où l’arbitre est aussi le promoteur du combat et celui qui parie sur le vainqueur.
Le concept de « responsabilité engagée » est d’ailleurs la plus grande blague de l’histoire constitutionnelle. C’est comme si un pilote d’avion disait : « Bon, j’ai décidé de couper les deux moteurs et de tenter un looping pour voir ce que ça fait. J’engage ma responsabilité. Si on s’écrase, vous aurez le droit de m’envoyer une lettre de reproches posthume. » On se sent tout de suite vachement plus en sécurité, non ?
Le 49.3, c’est aussi l’aveu d’une immense flemme intellectuelle. Convaincre, c’est dur. Ça demande des arguments, de la patience, et parfois même de faire des compromis (beurk, le mot sale). Appuyer sur le bouton rouge, c’est facile. C’est le fast-food de la législation. C’est gras, c’est pas terrible pour la santé du corps social, mais ça va vite et on n'a pas besoin de faire la vaisselle après.
On nous dit que c’est pour « protéger les institutions ». Ah bah c’est sûr qu’elles sont protégées ! Elles sont tellement protégées qu’elles ne servent plus à rien. C’est comme protéger sa voiture en la laissant au garage pour l’éternité et en marchant à pied sous la grêle. La voiture est impeccable, pas une rayure, mais vous, vous avez une pneumonie et vous êtes trempé jusqu'aux os.
Et pendant ce temps, dehors, le peuple regarde le spectacle. On nous explique que c’est ça, la « stabilité ». La stabilité d’un cimetière, peut-être. Rien ne bouge, tout est calme, et si quelqu'un essaie de sortir de son trou, on lui remet une pelletée de 49.3 sur la gueule pour bien tasser le sol.
« Mais Monsieur, c’est légal ! C’est dans la Constitution ! »
Oui, et pisser dans la douche aussi c’est légal. C’est même pratique. Mais si vous le faites pendant que toute la famille est dedans en train de se savonner, au bout d’un moment, il ne faudra pas s’étonner que le ton monte et que quelqu’un finisse par vous balancer le porte-savon à la figure.
Le 49.3, c’est le « Skip Intro » qui finit par zapper tout le film. À force de vouloir aller plus vite que la musique, on finit par danser tout seul dans le noir, sur une chanson que plus personne n’entend. Et le pire, c’est que le gouvernement est convaincu d’être un grand DJ, alors qu’il est juste le gosse qui a piqué les piles de la télécommande pour ne pas que les autres changent de chaîne.
Alors, la prochaine fois que vous verrez la Première Ministre s’avancer vers le micro avec cet air de quelqu’un qui s’apprête à nous faire une faveur immense en nous ignorant, souvenez-vous de ceci : la démocratie n’est pas morte, elle est juste en train de se faire « skipper » par un mec qui a trouvé le cheat code pour ne jamais perdre au jeu de la discussion. Sauf qu'à la fin de la partie, il ne reste plus personne pour jouer. Et le bouton rouge, à force d'appuyer dessus, il finit par rester coincé.
Et là, généralement, c'est le moment où la console explose. Mais ça, c'est pour le chapitre suivant. Pour l'instant, profitez bien du silence : c'est le bruit que fait une nation quand on lui a coupé le sifflet avec un article de loi en promo.
Elizabeth Borne, la DJ qui n'a qu'un seul titre
Imaginez la scène. On est au "Palais Bourbon Nightclub". L’ambiance est électrique, mais pas dans le bon sens du terme. C’est plutôt l’ambiance d’un mariage où le tonton bourré vient de renverser son punch sur la console de mixage. La foule est en délire, mais un délire de type "insurrectionnel". Les gens hurlent, ils jettent des chaises, ils demandent un remboursement immédiat de leur existence. Et là, au milieu du chaos, s’avance la star de la soirée.
Elle arrive avec le charisme d’un tableur Excel qui aurait pris vie après un court-circuit. Écharpe de soie rigide, lunettes de prof de physique-chimie prête à vous coller une heure de colle pour « insolence respiratoire », et surtout, son accessoire fétiche : la vapoteuse. Sa machine à fumée personnelle. Elle tire une latte, recrache un petit nuage de framboise-mentholée qui sent la défaite démocratique, et elle s’installe derrière les platines.
Mesdames et Messieurs, accueillez DJ Borne. La seule DJ au monde qui n’a pas de casque audio, parce qu’elle n’en a strictement rien à foutre de ce que le public raconte.
Le problème avec DJ Borne, ce n’est pas qu’elle mixe mal. C’est qu’elle ne mixe pas. Elle a une playlist composée d’un seul et unique fichier MP3 intitulé : *« 49.3_Original_Mix_Hardstyle_Remix_By_Manu.mp3 »*. Et elle le passe en boucle. Depuis dix-huit mois. Sans transition. Sans fondu enchaîné. Juste le gros bouton « Play » enfoncé avec la délicatesse d’un flic de la BAC en fin de manifestation.
Vous connaissez cette sensation, en boîte de nuit, quand le DJ passe un morceau que vous adorez ? Vous dansez, vous êtes bien. Puis il le remet une deuxième fois. On se dit : « Tiens, audacieux ». Une troisième fois ? « Il doit avoir un problème technique ». Une vingt-troisième fois ? Là, vous commencez à regarder les sorties de secours en vous demandant si le suicide collectif n’est pas une option viable.
C’est ça, l’expérience Borne. C’est du harcèlement auditif constitutionnel.
La première fois qu’elle a balancé le son, c’était presque une curiosité. « Tiens, elle utilise l’article 49 alinéa 3, quel vintage ! C’est très années 80, très Rocard, j’aime bien ce côté rétro-dictature ». On était là, un peu surpris, mais on se disait qu’elle allait varier les plaisirs. Qu’elle allait peut-être nous sortir un petit « Dialogue Social (Radio Edit) » ou un « Compromis Parlementaire (Acoustic Version) ».
Mais non. DJ Borne est une puriste du boum-boum législatif. Elle arrive au micro, elle ne regarde personne, elle fixe un point invisible dans le futur (probablement un poste de consultante chez Goldman Sachs) et elle lâche le drop : « Sur le fondement de l’article 49, alinéa 3... »
BOUM. La basse vous tape dans les intestins. C’est pas de la musique, c’est une onde de choc. Les députés de l’opposition se mettent à hurler, à taper sur les pupitres, à chanter la Marseillaise comme si c’était un chant de supporters de foot en plein coma éthylique. Mais DJ Borne, elle, elle s’en fout. Elle est en mode « Noise Cancelling » naturel. Elle a un filtre intégré qui transforme les cris du peuple en un bruit de fond relaxant, façon « sons de la forêt » pour dormir.
Le plus fascinant, c’est la gestuelle. Un vrai DJ, ça bouge, ça lève les mains, ça communique avec la foule. Borne, elle, a la mobilité d’un menhir sous Xanax. Elle lit son texte avec le ton d’une voix GPS qui vous annonce que vous allez tomber dans un ravin : « À la troisième motion de censure, tournez à droite et ignorez la volonté populaire ». C’est de l’art conceptuel à ce niveau. C’est du minimalisme radical.
Et le public ? Le public a les oreilles qui saignent. C’est le stade où la musique est tellement forte et tellement répétitive que le cerveau commence à fondre par les narines. On n’est plus dans la discussion, on est dans le supplice de la goutte d’eau, mais avec des articles de loi. C’est de la torture blanche. On vous enferme dans une pièce et on vous passe le 49.3 jusqu’à ce que vous signiez n’importe quoi, même une réforme qui dit que vous devez donner un rein à Bernard Arnault pour éponger la dette.
« Mais Madame la Première Ministre, le public demande autre chose ! Ils veulent du "Pouvoir d'Achat", ils demandent le "Service Public" ! »
Elle les regarde, tire une bouffée de sa vapoteuse, et relance le disque. *Scratch scratch.* « Engageons-nous, engageons-nous, engageons-nous... »
C’est là qu’on comprend la supercherie. Le gouvernement se prend pour David Guetta à Ibiza, mais il est juste le gamin de 8 ans qui a trouvé comment bloquer la touche « Repeat » sur l’iPad de ses parents. Ils croient qu’ils mettent l’ambiance alors qu’ils sont juste en train de vider la salle. D’ailleurs, regardez bien l’Hémicycle quand elle s’apprête à mixer. C’est le moment où les gens commencent à sortir pour fumer, ou à regarder leur téléphone pour voir si l’apocalypse a enfin commencé, parce que l’apocalypse serait au moins une distraction bienvenue par rapport au set de DJ Borne.
Le pire, c’est le déni. Le lendemain, dans les matinales radio, les lieutenants du DJ viennent vous expliquer que « c’était une performance nécessaire », que « le public n’a pas compris la subtilité de la rythmique » et que, de toute façon, « il n’y avait pas d’autre playlist possible ». L’argument du TINA : *There Is No Alternative*. C’est le slogan préféré des mauvais DJ. « Je passe de la merde parce que le silence serait pire ». Bah non, Olivier, en fait on aimerait bien essayer le silence, ou peut-être un morceau de flûte à bec joué par un unijambiste, n’importe quoi d’autre que ton disque rayé.
Et DJ Borne continue. Elle a transformé la Constitution en un sampler de garage. Elle appuie sur le pad 4, puis le pad 9, puis le pad 3. *Kick. Snare. 49.3. Kick. Snare. 49.3.* C’est de la techno industrielle pour technocrates en fin de cycle. C’est une musique qui ne cherche pas à vous plaire, elle cherche à vous briser. Elle veut que vous arrêtiez de danser, que vous arrêtiez de bouger, que vous vous asseyiez par terre en pleurant jusqu’à ce que la lumière s’allume et que les vigiles vous dégagent vers la sortie.
Ce qui est merveilleux dans cette métaphore, c’est que DJ Borne est persuadée d’être une artiste incomprise. Elle pense qu’elle fait de la "musique de structure". Elle ne se rend pas compte que pour le reste du monde, elle est juste la personne qui empêche tout le monde de dormir avec son unique disque de merde. Elle a un côté "DJ de croisière" qui continue de jouer pendant que le Titanic se prend l'iceberg dans les gencives. « Ne vous inquiétez pas pour l’eau dans les compartiments, on va tout de suite enchaîner avec un petit 49.3 sur le budget de la Sécu, ça va vous réchauffer les pieds ».
Mais attention. Parce qu’en musique, il y a un concept qu’on appelle la « fatigue auditive ». C’est le moment où l’oreille n’entend plus rien à force d’être agressée. Le moment où le cerveau débranche. Et quand le cerveau débranche, c’est là que l’instinct prend le relais. Et l’instinct d’une foule à qui on a imposé le même morceau de merde pendant des heures, c’est généralement de monter sur scène et de péter les platines.
Pour l’instant, elle vapote. Elle ajuste ses potards invisibles. Elle se prépare pour son prochain "live" à l’Assemblée. Elle a déjà son doigt posé sur le bouton "Play". Elle nous regarde avec cet air de dire : « Préparez vos tympans, les gueux, maman va encore nous faire sauter le caisson ».
C’est ça, le génie français. On n’a plus de pétrole, on n’a plus d’idées, mais on a une Première Ministre qui peut vous faire un set de 48 heures avec un seul sample. C’est du harcèlement musical élevé au rang d’art d’État. Et si vous n’aimez pas la musique, ne vous inquiétez pas : les bouncers à l’entrée sont équipés de LBD pour vous apprendre à garder le rythme.
Alors, on remet le son, Elizabeth ? Allez, fais-nous plaisir. Un petit dernier pour la route. Le public est déjà sourd, de toute façon. On n'entend plus la musique, on sent juste les vibrations dans le sol. Et quand le sol commence à vibrer trop fort, c’est rarement parce que les gens dansent. C’est parce que les murs sont en train de se fissurer.
Mais ça, DJ Borne ne peut pas l'entendre. Elle a oublié d'enlever le mode "Silent Disco" de son cerveau. Elle danse toute seule dans sa tête, sur une chanson que plus personne ne supporte, pendant que dans la salle, les clients commencent à ramasser les bouteilles vides pour en faire des cocktails qui n'ont rien de musical.
Bonne soirée au club, surtout ne changez rien. Le silence qui va suivre sera assourdissant.
Le Dialogue de Sourd-Muet (Option Doigt d'Honneur)
Mesdames et Messieurs, bienvenue dans le plus grand spectacle de mime de l’histoire de la Ve République. Prenez place, ne vous inquiétez pas pour le confort, le gouvernement a déjà prévu de vous retirer votre chaise d’ici la fin de la séance, mais restez souples sur vos appuis. On va parler de la « concertation ». Un mot magnifique, n’est-ce pas ? Ça sonne comme un concert, sauf que vous n’êtes pas le public, vous êtes l’instrument, et le chef d’orchestre a décidé de jouer de la batterie sur vos dents.
La concertation, version Macronie, c’est un concept qui ferait passer un pervers narcissique pour un médiateur familial certifié par l'ONU. Le pitch est simple : on vous invite à table, on vous sert des petits fours payés avec votre propre argent, on vous demande votre avis sur la couleur de la nappe, et pendant que vous discutez du liseré doré, le type d’en face est déjà en train de noter votre adresse pour envoyer les huissiers saisir votre salon.
C’est le « Dialogue de Sourd-Muet », mais avec une option exclusive : le doigt d’honneur en 4K, option relief.
Tout commence par la phase dite de « l’Écoute Active ». Si vous ne savez pas ce que c’est, regardez le visage d’Elizabeth Borne quand un syndicaliste lui explique que les gens vont mourir au travail. Vous voyez cette expression ? Ce mélange subtil entre une porte de frigo en fin de vie et un robot ménager qui essaie de comprendre le concept de mélancolie. C’est fascinant. Elle ne vous interrompt pas. Jamais. C’est la politesse des grands fauves. Elle vous laisse parler, elle hoche la tête avec une inclinaison précise de 12 degrés, elle prend des notes sur un carnet qui, si on y regardait de plus près, ne contient probablement que des dessins de petits pendus ou la liste de ses courses pour le week-end à Deauville.
Pendant trois mois, le pays devient un immense atelier de poterie thérapeutique. On réunit tout le monde. Les syndicats, les « partenaires sociaux » (quel terme charmant, on dirait un club d'échangistes pour bureaucrates), les experts en tout et surtout en rien. On ouvre des « chantiers ». Le gouvernement adore les chantiers. C’est pratique, un chantier : on peut y mettre des barrières, porter un casque pour ne pas entendre les cris, et surtout, ça ne se termine jamais comme prévu.
L’objectif de ces trois mois n’est pas de construire un projet. Non, l’objectif, c’est l’usure. C’est de la guerre psychologique appliquée à la gestion de l’État. On vous sature d’informations contradictoires, on lance des ballons d’essai le lundi pour les crever le mardi, et le mercredi, on vous explique que si vous n’avez pas compris, c’est que vous êtes trop cons. C’est la pédagogie de la fessée : « Je t’explique pourquoi je vais te frapper, et si tu pleures, c’est que tu n’as pas bien intégré la logique systémique de mon geste. »
Le summum de l’art, c’est la fameuse « ligne rouge ». Chaque syndicat arrive avec sa petite ligne rouge, bien propre, bien nette. « Ah, si vous touchez à l’âge légal, on sort ! » disent-ils en bombant le torse. Et le gouvernement, avec un sourire de steward de compagnie low-cost qui sait que l’avion n’a pas de train d’atterrissage, répond : « Nous vous avons entendus. Votre ligne rouge est très jolie. D’ailleurs, on va s’en servir pour repeindre la bordure du trottoir sur lequel on va vous jeter. »
Et les semaines passent. Les plateaux télé s’enflamment. Les éditorialistes en costume trois-pièces, payés au mot pour nous expliquer que la souffrance est une variable d’ajustement nécessaire, s’extasient sur la « qualité du dialogue ». « Regardez comme ils se parlent ! C’est ça, la démocratie apaisée ! »
Apaisée ? C’est l’apaisement d’un cimetière avant l’orage, ouais.
Pendant que les représentants du peuple s’époumonent dans des salles de réunion mal aérées, à l’Élysée, le stylo est déjà sorti. C’est là que réside la magie noire du 49.3. La concertation n’est qu’un écran de fumée pour masquer le bruit de l’imprimante laser qui crache déjà les décrets. On appelle ça le « Grand Malentendu Volontaire ».
Imaginez la scène : au bout de trois mois de « négociations intenses », les syndicats sortent de Matignon, un peu fatigués mais avec l’impression d’avoir sauvé un demi-centime sur une cotisation quelconque. Ils appellent la presse : « Nous avons été écoutés ! »
Et là, Elizabeth sort par la porte de derrière, monte sur une estrade, ajuste ses lunettes avec le doigt du milieu (subliminal, mais efficace), et lâche la bombe :
— « Merci pour ces trois mois de discussions. C’était super sympa. J’ai adoré les croissants. Bon, par contre, on va passer la réforme exactement comme on l’avait écrite en septembre dernier, avant même de vous connaître. Bisous, les pauvres. »
C’est le moment du Doigt d’Honneur Institutionnel. C’est sublime de pureté. On ne vous dit pas juste « je t’emmerde ». On vous dit : « Je t’ai fait croire que ton avis comptait pour que tu te sentes investi dans ta propre exécution. » C’est du sadisme de niveau olympique. C’est comme si un chirurgien vous demandait quelle musique vous voulez entendre pendant l’opération, vous discutiez pendant deux heures de Mozart versus David Guetta, pour finalement vous rendre compte qu’il vous a opéré sans anesthésie et qu’il vous a volé un rein pour le revendre sur eBay pendant que vous parliez de la flûte enchantée.
Et quand le peuple commence à gueuler, quand les poubelles s’entassent et que le bitume commence à avoir des envies de liberté, le gouvernement adopte sa posture préférée : l’Incompréhension Blessée.
« Mais enfin, nous avons concerté pendant trois mois ! Nous avons fait 175 réunions ! Nous avons consommé 4000 litres de café ! Comment pouvez-vous dire que nous ne vous avons pas écoutés ? »
C’est là toute l’astuce. Ils ont écouté. Ils ont tout enregistré. Ils ont même les relevés biométriques de votre colère. Mais écouter ne signifie pas prendre en compte. Dans le dictionnaire du pouvoir, « écouter » est un verbe intransitif. C’est un bruit de fond, comme le vent dans les arbres ou le cri d’une mouette qui se fait bouffer par un drone de surveillance.
Le « Dialogue de Sourd-Muet », c’est cette performance où les deux acteurs ne parlent pas la même langue. Le peuple parle « vie quotidienne », « fin de mois », « fatigue », « dignité ». Le gouvernement répond « trajectoire budgétaire », « notation Moody’s », « ratio de dépendance » et « flexibilité ». C’est une discussion entre un boulanger qui demande pourquoi son four explose et un banquier qui lui explique que thermodynamiquement, l’explosion est une forme d’expansion positive de l’énergie.
Et l’Option Doigt d’Honneur, c’est la signature finale. C’est ce petit sourire en coin quand ils dégainent l’article 49.3 à l’Assemblée. C’est le « J’assume » présidentiel. Ah, le « J’assume » ! Le mot préféré de Manu. Dans la vie normale, quand on « assume », on en tire les conséquences. Si j’assume avoir renversé le vase de ma grand-mère, je le rembourse. Si le gouvernement « assume » pisser sur le peuple, il devrait au moins lui offrir un parapluie. Mais non. Assumer, pour eux, c’est juste une manière de dire : « Je sais que tu sais que je te baise, et je vais continuer à te regarder dans les yeux pendant que je le fais. »
On en est là. À ce stade de la démocratie où le dialogue n’est plus qu’une formalité administrative pour remplir les cases du dossier de presse. On simule la concertation comme on simule l’orgasme dans un couple qui ne s’aime plus : pour en finir plus vite et pouvoir enfin aller dormir (ou envoyer les CRS).
Alors, ne vous y trompez pas. La prochaine fois qu’on vous proposera un « grand débat », une « convention citoyenne » ou un « Grenelle de je-ne-sais-quoi », vérifiez si le décret n’est pas déjà en train de sécher sur le bureau du Premier ministre. Parce que dans cette salle de jeu, les dés sont pipés, les cartes sont marquées, et le croupier a un LBD sous la table.
Le silence qui suit la concertation n'est pas un oubli. C’est le calme avant que le 49.3 ne tombe, tel un couperet sur une nuque qui a eu le malheur de croire qu’on lui demandait son avis. Le dialogue est rompu, mais ne vous inquiétez pas : la communication, elle, bat son plein. Et si vous n’êtes pas d’accord avec le message, on vous l’enverra en format grenade de désencerclement. C’est plus percutant, et ça, au moins, tout le monde l’entend.
Allez, circulez, y'a rien à voir. Sauf peut-être ce petit doigt qui se dresse à l'horizon, bien droit, bien fier, sur le perron de l'Élysée. C’est le nouveau phare de la République. Il n'éclaire pas, il indique juste la direction du gouffre.
Bonne chute à tous. Et surtout, n'oubliez pas de remercier pour la concertation. C'était un beau moment de partage. On en a presque eu les larmes aux yeux. Ou alors c'était les gaz. On ne sait plus trop. Avec eux, c'est tout comme.
La Motion de Censure : Le Suspense à la Scooby-Doo
Messieurs-dames, approchez ! Bienvenue au Palais-Bourbon, la seule salle de spectacle au monde où l’on paie l’entrée avec nos impôts pour voir une pièce dont la fin a été spoilée sur Twitter trois semaines avant la première. Bienvenue dans l’épisode 452 de la saison 12 de « Macronie-Doo », une série produite par McKinsey avec le budget d’une kermesse de fin d’année dans une école primaire de zone C.
Le décor est planté. C’est un vieux manoir hanté qu’on appelle l’Assemblée Nationale. L’ambiance est électrique, mais c’est juste un court-circuit dans la machine à café de la buvette. Le 49.3 vient de tomber comme une enclume sur un orteil, et là, soudain, c’est le branle-bas de combat. On sort l’arme ultime, le graal du parlementarisme, le bouton rouge qui fait « pouet » : la Motion de Censure.
C’est là que le suspense à la Scooby-Doo commence. On sait tous que le fantôme, c’est le promoteur immobilier qui veut raser le parc, mais on va quand même passer 48 heures à faire semblant de chercher des indices dans les couloirs en faisant « Oh ! » et « Ah ! ».
Le casting est rodé.
On a Fred, le leader de l’opposition de droite, qui essaie de conduire le van « Mystery Machine » sans avoir le permis de conduire. Il passe son temps à réajuster sa cravate en disant : « Nous ne resterons pas sans réaction ! », tout en vérifiant discrètement si son chèque de fin de mois est bien arrivé. Fred, c’est celui qui pose des pièges élaborés pour attraper le gouvernement, mais qui finit toujours par se prendre les pieds dans sa propre dignité avant que le filet ne tombe.
Il y a Véra, la députée de gauche qui a lu tout le dossier, qui a les preuves, les chiffres, les courbes, et qui essaie d’expliquer que le monstre est en train de manger les retraites. Personne ne l’écoute parce qu’elle parle trop vite et que ses lunettes sont de travers.
Et puis il y a Sammy et Scooby. Ça, c’est nous. Le peuple. On est cachés dans un baril de bière, on tremble comme des feuilles, et on se demande si on va finir mangés tout crus ou si on aura au moins droit à un biscuit avant de se faire expulser de notre propre salon. On regarde la télé en se demandant : « Est-ce qu’ils vont oser ? Est-ce que cette fois, le monstre va enfin finir derrière les barreaux ? »
Spoiler : Non.
Le moment de la Motion de Censure, c’est l’acmé du nanar politique. C’est le moment où le budget « effets spéciaux » tombe à zéro. On nous vend un thriller haletant, mais on se retrouve avec un épisode de *Derrick* sous amphétamines. Les journalistes de BFM s’excitent sur les plateaux : « Oh mon Dieu, il manque seulement 9 voix ! Est-ce que les Républicains vont voter ? Est-ce que l’aile gauche de la majorité va faire défection ? Le suspense est insoutenable ! »
C’est insoutenable, oui, comme une coloscopie sans anesthésie. On regarde le décompte des voix défiler comme si c’était le tirage du Loto, sauf qu’ici, même si tu as les bons numéros, c’est la Française des Jeux qui gagne à la fin.
Le suspense repose sur ce qu’on appelle « les indécis ». Les députés LR, ces personnages fascinants qui ont le charisme d’un flan laissé trop longtemps au soleil. Ils jouent les divas. Ils disent : « Mon cœur balance… Je suis déchiré entre mon amour pour les institutions et ma haine pour les gens qui mangent du quinoa. » En réalité, ils attendent juste de savoir si le gouvernement va leur promettre une bretelle d’autoroute dans leur circonscription ou un poste de sous-secrétaire d’État à la protection des hérissons.
C’est là que la mise en scène atteint des sommets d’absurdité. On entend des discours vibrants à la tribune. Le Premier ministre (ou la Première, changez le skin selon la saison, le logiciel reste le même) monte au perchoir avec l’arrogance d’un type qui sait qu’il a un code de triche activé. Il nous regarde droit dans les yeux et nous explique que s’il n’utilise pas le 49.3, la France va instantanément s’auto-combuster et que des chatons vont mourir de faim. C’est la technique du « Si vous ne me laissez pas pisser sur votre tapis, c’est que vous n’aimez pas la propreté ».
Et le vote arrive. C’est le dénouement. La bande à Scooby-Doo entoure le monstre. Ils tirent sur le masque ! Et là, surprise ! Sous le masque du Premier ministre… se cache… le Premier ministre ! « Oh mon Dieu ! » s’écrie l’opposition. « Et j’aurais réussi mon coup s’il n’y avait pas eu ces sales gosses d’électeurs et leur chien de peuple ! »
Sauf qu’en fait, il réussit son coup. À chaque fois.
La Motion de Censure échoue à 9 voix près. Pourquoi 9 ? Parce que c’est le chiffre magique du théâtre de boulevard. C’est assez peu pour que les gens se disent « Oh, c’était presque ! » et assez pour que le gouvernement puisse continuer à saccager le pays en toute tranquillité. C’est le suspense de la kermesse : on sait que le gros lot, c’est un grille-pain cassé, mais on achète quand même des tickets pour le frisson.
Les députés de la majorité sortent de l’hémicycle en s’essuyant le front, l’air de dire : « Pfou, on a eu chaud ! ». Non, les gars, vous n’avez pas eu chaud. Vous aviez le chauffage à fond, les portes verrouillées et la police qui gazait les gens dehors pour être sûrs qu’on n’entende pas vos rires gras.
C’est ça, la Motion de Censure moderne : une parodie de démocratie où l’on fait semblant de pouvoir virer le patron, alors qu’il possède non seulement l’entreprise, mais aussi le syndicat, l’inspection du travail et la machine à café.
Après le vote, les journalistes courent après les députés qui n’ont pas voté la censure. « Pourquoi ne l’avez-vous pas fait ? » Et là, on a droit aux meilleures excuses de l’histoire de l’humanité. C’est le niveau « Mon chien a mangé mon bulletin de vote ».
« Je voulais voter contre, mais j’ai eu une crampe au pouce. »
« J’ai pensé que c’était plus responsable de laisser le gouvernement nous piétiner plutôt que de risquer une élection où les gens pourraient mal voter. »
« Ma grand-mère m’a dit que si je faisais tomber le gouvernement, j’aurais pas de dessert. »
Pendant ce temps, à l’Élysée, le Grand Architecte du chaos regarde le spectacle sur un écran géant en mangeant des macarons. Il sait que la pièce est finie. Le rideau tombe. Le public est furieux, il jette des tomates, mais le directeur du théâtre a déjà encaissé les billets et il est en train de vendre les sièges pour la prochaine représentation.
Le pire, c’est qu’on nous demande d’y croire la prochaine fois. « Attention, cette fois c’est la bonne ! La Motion de Censure transpartisane ! L’alliance de la carpe et du lapin avec une touche de sauce samouraï ! » Et Sammy et Scooby, c’est-à-dire nous, on se remet devant la télé, avec nos petits biscuits de l’espoir, en espérant que cette fois, le monstre va vraiment tomber dans la trappe.
Mais il n’y a pas de trappe. Il n’y a que nous qui tombons.
Le 49.3, c’est le moment où le croupier de la République en a marre de vous voir essayer de gagner. Il ramasse tout, vous met une gifle, et vous explique que c’est pour votre bien parce que vous ne savez pas gérer votre argent de toute façon. Et la Motion de Censure, c’est le vigile à l’entrée du casino qui vous demande si vous avez passé une bonne soirée avant de vous jeter dans le caniveau.
Alors, on fait quoi ? On attend l’épisode suivant ? Le titre est déjà connu : « Le 49.3 contre-attaque : Le retour de la matraque ». C’est une saga sans fin, une boucle temporelle où l’on revit le même naufrage avec des acteurs de plus en plus mauvais.
Mais ne vous inquiétez pas. À la fin de chaque épisode de Scooby-Doo, le monstre finit par être emmené par la police. Dans notre version, la police fait partie du monstre, et le manoir hanté nous appartient toujours légalement, même si on n’a plus le droit d’y entrer sans se prendre un tir de LBD dans les gencives.
Allez, reprenez un biscuit. Le prochain vote est dans deux mois. On va encore bien trembler. Ou alors on va enfin arrêter de regarder ce dessin animé pourri et on va aller démonter le manoir planche par planche. Mais bon, il paraît qu’il va pleuvoir, alors on va peut-être juste rester devant la télé et attendre que Véra nous réexplique pourquoi on est en train de crever.
C’est ça, la magie du suspense à la française : on sait qu’on va se faire avoir, on sait comment, on sait par qui, mais on reste quand même pour voir si le méchant va au moins avoir la décence de nous dire « merci » avant de nous faire les poches.
Spoiler : Il ne dit jamais merci. Il dit que c’est une « grande victoire pour la démocratie ». Et ça, c’est la meilleure vanne de tout l’épisode.
L'Hémicycle ou la Garderie de Luxe
Entrez, installez-vous. Pas besoin de retirer vos chaussures, de toute façon, le tapis a été payé avec vos impôts, autant finir de le déglinguer. Bienvenue au Palais Bourbon. Un nom qui claque, n’est-ce pas ? On s’attend à voir passer Louis XIV en perruque de soie, et on se retrouve face à un mélange entre une foire à la saucisse sous haute tension et la section « petits moyens » d’une école maternelle privée de Neuilly.
Si vous n’avez jamais regardé une séance à l’Assemblée Nationale sur LCP, je vous envie. C’est comme être vierge de toute connaissance sur la reproduction des acariens : on vit mieux dans l’ignorance. Mais pour vous, parce que je suis un masochiste de la citoyenneté, j’ai plongé dans le formol. Ce que j’y ai vu ? Un spectacle à 7 000 euros net par mois (hors frais de bouche et de blanchisserie pour les costumes froissés par l’indignation).
L’Hémicycle, c’est cet endroit merveilleux où l’on a réuni 577 personnes censées représenter « le peuple ». On a donc pris 577 individus, on les a habillés comme s’ils allaient tous à un enterrement de première classe, et on les a enfermés dans une pièce en forme de demi-camembert pour qu’ils s’insultent sur la couleur des rideaux pendant que le reste du pays se demande s’il va pouvoir s’acheter du beurre.
Le premier truc qui frappe, c’est le bruit. On nous vend la « délibération démocratique », le « choc des idées », le « débat parlementaire ». En réalité, c’est un concours de décibels entre des supporters de foot qui auraient troqué la bière tiède pour du Sancerre au buffet de la buvette. Ça hurle, ça siffle, ça tape sur les pupitres comme si le bois allait finir par avouer où est caché l’argent des retraites.
À gauche, vous avez les champions de la glotte. Ils crient tellement fort qu'on dirait qu'ils essaient d'invoquer l'esprit de Jean Jaurès pour qu’il vienne distribuer des tartes. À droite, ça soupire avec un mépris si épais qu'on pourrait le découper à la trancheuse à jambon. Et au milieu ? Au milieu, vous avez les Playmobil du pouvoir. Ils sont là, bien peignés, le regard vide de ceux qui savent que, peu importe ce qui se dit, le script est déjà écrit sur le prompteur du château. Ils hochent la tête en cadence, comme ces petits chiens à ressort qu’on mettait sur les plages arrière des bagnoles dans les années 80. C’est la chorégraphie du vide.
Le spectacle est fascinant d’absurdité. Vous avez un député qui monte à la tribune pour expliquer, avec des trémolos dans la voix, que la France souffre. Il cite Victor Hugo, il parle de la dignité, il mouille sa chemise. Et pendant ce temps-là, sur les bancs d’en face, ses collègues font quoi ? Ils sont sur Candy Crush. Je ne déconne pas. On a des mecs payés le prix d’un rein au marché noir pour légiférer, et ils sont en train d’aligner trois bonbons virtuels pour débloquer le niveau 412. D’autres scrollent sur Twitter pour voir si leur dernier clash a fait assez de « likes ». C’est ça, la Garderie de Luxe : on leur donne des jouets technologiques pour qu’ils ne s’ennuient pas trop pendant qu’on décide de leur avenir.
Et puis, il y a la Présidente de séance. Ah, la maîtresse d’école ! Elle est perchée tout en haut de son perchoir, avec son petit marteau en bois. « S’il vous plaît, Monsieur le Député ! Un peu de respect pour l’orateur ! Silence sur les bancs ! » Elle a l’air d'une nounou anglaise qui essaie de calmer une portée de pitbulls sous amphétamines. Elle menace, elle distribue des bons points ou des rappels à l’ordre, mais tout le monde s’en fout. Pourquoi ? Parce que dans cette garderie, les enfants savent que les règles ne s’appliquent qu’aux autres.
Le moment le plus grandiose, c’est quand la tension monte. On sent que le drame arrive. Les députés se lèvent, ils gesticulent, ils brandissent des pancartes (ce qui est interdit, mais bon, la loi ici, c’est comme la suggestion de présentation sur les boîtes de lasagnes surgelées : purement indicatif). On se croirait dans une émission de télé-réalité de seconde zone, sauf que les enjeux ne sont pas de savoir qui va coucher avec qui dans la piscine, mais de savoir combien de mois de vie on va vous piquer pour équilibrer un tableur Excel.
C’est là que le Premier Ministre — ou la Première, ne soyons pas sexistes dans la tyrannie — fait son entrée. Là, l’ambiance change. C’est le silence des agneaux, ou plutôt le silence des gens qui savent que le loup vient de sortir le fusil. Le PM avance vers le micro. Il a ce petit sourire en coin, celui du gamin qui sait qu’il a un joker dans sa poche et que vous allez tous perdre votre slip à la fin de la partie.
Il ne vient pas pour débattre. Débattre, c’est pour les gens qui n’ont pas le bras long. Lui, il vient pour « siffler la fin de la récré ». C’est l’expression consacrée. On utilise des métaphores enfantines parce qu’au fond, le gouvernement nous considère comme des gosses de cinq ans qui ne comprennent pas pourquoi on ne peut pas manger des glaces à tous les repas.
Le 49.3, c’est le sifflet de force. C’est le moment où la maîtresse en a marre que vous fassiez des dessins sur les murs avec votre propre caca et qu’elle décide de vous enfermer dans le placard à balais jusqu’à nouvel ordre. « Mesdames et Messieurs, j’engage la responsabilité de mon gouvernement. » Traduction : « Vos gueules, j’ai décidé, on rentre à la maison et vous me signez ce papier sans regarder les petites lignes. »
C’est un spectacle de magie inversée. D’habitude, le magicien fait apparaître un lapin. Là, il fait disparaître la démocratie en plein jour, sous les projecteurs, devant 577 témoins et 67 millions de spectateurs, et il attend qu’on l’applaudisse.
Le plus insultant, c’est la sortie de scène. Une fois que le missile 49.3 est lancé, les ministres ramassent leurs dossiers avec un air de supériorité insupportable. Ils quittent l’Hémicycle en se tapotant l’épaule, genre « On leur a bien mis profond, hein, Didier ? ». Les députés de l’opposition, eux, continuent de hurler pour la forme, pour la caméra de BFM qui traîne dans le couloir, mais le cœur n’y est plus. Ils savent que le match était truqué depuis le début. Le ballon était déjà au fond des filets avant même le coup d’envoi.
On regarde ces gens en costume italien se comporter comme des hooligans de stade de banlieue, et on réalise que l’Hémicycle n’est qu’une scène de théâtre subventionnée. C’est le plus gros budget « divertissement » de la République. On paie pour voir des gens faire semblant de se battre pour nous, alors qu’ils se battent juste pour savoir qui aura le plus gros bureau ou la voiture de fonction avec le gyrophare le plus brillant.
C’est ça, la Garderie de Luxe. Une pièce remplie d’adultes qui refusent de grandir, qui jouent avec des concepts comme « l’intérêt général » comme s’il s’agissait de figurines de super-héros, mais qui, à la fin, obéissent tous à la même consigne : celle de celui qui tient le chéquier et le sifflet.
Alors, la prochaine fois que vous voyez une séance à l’Assemblée, ne vous énervez pas. Ne jetez pas votre télécommande sur l’écran. Regardez-les comme on regarde un documentaire animalier sur les macaques en rut : c’est bruyant, c’est vulgaire, c’est un peu dégoûtant, mais au moins, on comprend mieux pourquoi la jungle est dans cet état.
Et n’oubliez pas : pendant qu’ils hurlent, la maîtresse est déjà en train de préparer la prochaine punition collective. Et spoiler : ce n’est pas eux qui seront privés de dessert. C’est vous. Mais avec le sourire, s’il vous plaît. C’est pour le bien du manoir. C’est pour la « vitalité de nos institutions ». Et si vous n’êtes pas d’accord, il reste encore de la place dans le placard à balais.
C’est pas beau, la vie de château ? On se croirait presque chez les grands, si seulement on n'avait pas l'impression d'être les seuls à payer la facture de la garderie.
Le 49.3 appliqué à la Vraie Vie
Vous avez remarqué ? Dans la bouche d’un ministre, le 49.3 sonne toujours comme une espèce de mélodie héroïque, un truc sacrificiel, presque christique. « J’engage ma responsabilité », disent-ils, le menton levé, l’œil humide, comme s’ils partaient à Verdun avec un cure-dent pour seule arme. On dirait qu’ils vont monter sur l’échafaud pour sauver la veuve, l’orphelin et le taux de croissance du CAC 40. Mais redescendons un peu sur Terre, dans la vraie vie, celle où on sent l’odeur du graillon et où le découvert bancaire n’est pas une « option budgétaire » mais une angoisse rectale.
Imaginez une seconde que ce super-pouvoir sorte de l'hémicycle pour s'inviter dans votre quotidien de gueux. Juste pour voir. Parce que, si c’est un outil « démocratique » et « indispensable à la stabilité des institutions », il n’y a aucune raison que vous ne puissiez pas vous en servir pour stabiliser votre propre bordel, non ?
Prenons le loyer. On est le 5 du mois. Votre propriétaire, appelons-le Monsieur Legrand (un nom de rapace, forcément), attend ses 800 balles pour son 22 mètres carrés moisi où le seul truc qui fonctionne, c’est l’humidité. Au lieu de faire un virement discret avec les larmes aux yeux, vous décidez d’adopter la posture jupitérienne. Vous convoquez Legrand sur le palier. Vous mettez une cravate, vous gonflez le torse et vous sortez votre plus belle voix de baryton de préfecture :
« Monsieur Legrand, après d'infructueuses consultations avec mon compte en banque et considérant l'urgence de préserver mon pouvoir d'achat pour acheter du saucisson, j'ai décidé d'engager ma responsabilité sur le non-paiement du terme de décembre. En vertu de l'article 49 alinéa 3 de ma propre constitution personnelle, je décrète que ce loyer est considéré comme payé. Sans vote. Sans discussion. C’est pour le bien de la stabilité du foyer. »
Là, dans le monde merveilleux du Palais-Bourbon, Legrand devrait s'incliner, bredouiller une protestation et repartir en attendant une éventuelle motion de censure. Dans la vraie vie, Legrand vous regarde comme si vous veniez de lui chier dans les bottes. La motion de censure, chez lui, ça ne s’appelle pas un vote des oppositions, ça s’appelle un huissier de justice et deux déménageurs de 110 kilos qui vont transformer votre « engagement de responsabilité » en une expulsion manu militari sur le trottoir, avec votre brosse à dents et votre dignité dans un sac poubelle. Le 49.3 social, c’est bizarre, ça finit toujours par un mec en uniforme qui vous demande de circuler.
Mais ne nous arrêtons pas en si bon chemin. Le 49.3, c’est avant tout l’outil ultime du mec qui a tort mais qui veut avoir raison tout de suite. Le couple, c’est le terrain de jeu idéal.
Imaginez la scène. Samedi soir. 20h50. C’est le conflit de civilisation majeur : le match de Ligue 1 contre la comédie romantique de 1h45 avec un titre de merde genre « L’Amour au coin du feu à Seattle ». Votre femme veut voir des gens qui se regardent dans le blanc des yeux en buvant des chocolats chauds ; vous voulez voir des millionnaires en short se rouler par terre en simulant une fracture du tibia. La tension monte. La diplomatie échoue. C'est l'obstruction parlementaire : elle cache la télécommande, vous menacez de ne pas faire la vaisselle pendant une semaine.
D’ordinaire, vous négociez. Vous rampez. Vous proposez un compromis foireux : « On regarde ton truc ce soir et demain je fais le ménage à poil ». C’est ça, la démocratie de proximité. Mais là, non. Vous avez lu le manuel du petit dictateur en herbe. Vous vous levez, vous vous placez devant l’écran, et vous déclarez solennellement :
« Chérie, le pays – enfin, le salon – est bloqué. Trop d’amendements ont été déposés sur le choix du programme. Je ne peux pas laisser cette instabilité régner plus longtemps. En conséquence, j'engage la responsabilité de mon couple sur la diffusion de Marseille-PSG. Le texte est considéré comme adopté, sauf si tu déposes une motion de censure dans les 24 heures. »
À l’Assemblée, les députés hurlent, tapent sur les pupitres et finissent par aller boire un coup à la buvette. Dans la cuisine de votre T3, la motion de censure arrive instantanément. Elle n’est pas déposée par écrit au bureau de la présidence, elle est déposée directement sur votre joue droite sous la forme d’une baffe monumentale, suivie d’un discours de politique générale très court : « Tu dors sur le canapé. Et le match, tu le regarderas sur ton téléphone aux chiottes. »
Voilà le problème fondamental du 49.3 : il nécessite un déséquilibre de force total. Pour l’utiliser, il faut que celui d’en face n’ait aucun recours réel à part chialer dans un micro. Dans la vraie vie, quand vous forcez le passage, les gens divorcent, les patrons vous virent, et les amis arrêtent de vous inviter aux barbecues. Le 49.3 appliqué aux relations humaines, c’est le manuel de l’isolement social. C’est l’outil du mec qui finit seul avec son chat, à expliquer à la litière que « l’intérêt supérieur de la nation exigeait une réduction de la portion de croquettes ».
Pourquoi ça marche pour eux et pas pour nous ? C’est simple. Le gouvernement, quand il engage sa responsabilité, il engage en fait la vôtre. C’est votre pognon, votre retraite, votre avenir qu’il jette dans la balance. S’il perd, il change de ministre. Si vous perdez, vous changez de domicile ou de famille. Eux, ils jouent avec des jetons de Monopoly ; vous, vous jouez avec vos organes.
Et le plus beau dans le sarcasme de la chose, c’est le fameux « dialogue » qui précède le passage en force. À l'Assemblée, ils appellent ça la « co-construction ». Dans la vraie vie, ce serait comme si vous demandiez à votre gamin ce qu’il veut manger, qu’il réponde « des frites », et que vous lui serviez des brocolis à la vapeur en disant : « J’ai entendu ta demande de frites, je l’ai intégrée à ma réflexion, et j’en ai conclu que le brocoli était la solution la plus courageuse et la plus responsable. Allez, mange, ou j'utilise l'article 49.3 pour te priver de console jusqu'en 2032. » C'est du sadisme enrobé dans de la soie républicaine.
Le 49.3, c’est l’aveu de faiblesse qui se déguise en démonstration de force. C’est le mec qui, ne sachant pas convaincre sa meuf de rester, change les serrures et lui dit : « Tu m’aimes par décret, c’est pour ton bien, tu verras dans dix ans tu me remercieras pour la stabilité de notre union. » Spoiler : elle ne vous remerciera pas. Elle va appeler un serrurier, un avocat, et peut-être un mec avec une batte de baseball pour vous expliquer les nuances subtiles de la séparation des pouvoirs.
Au fond, si nos dirigeants tiennent tant à cet article, c'est parce qu'ils savent que sans lui, ils seraient comme nous : obligés de discuter, de convaincre, de céder, de s'excuser. Bref, obligés d'être humains. Mais pourquoi s'emmerder avec l'humanité quand on peut avoir la verticalité ? Pourquoi s'embêter avec le peuple quand on peut simplement lui pisser dessus en expliquant que c'est une pluie bienfaisante pour l'arrosage des institutions ?
Alors la prochaine fois que vous entendrez la Première ministre (ou le suivant, la valse des pions continue) annoncer un 49.3 avec cet air de vierge offensée, essayez d'imaginer la scène au supermarché. Imaginez-la arriver à la caisse avec un caddie plein de champagne et de caviar, et dire à la caissière : « J’engage ma responsabilité sur ce passage en caisse sans payer. C'est une réforme nécessaire pour la vitalité de mon apéro. » La caissière, elle, n'aura pas besoin d'une motion de censure transpartisane pour appeler la sécurité. Elle sait, elle, que dans le monde des gens qui bossent, quand on n'a pas les moyens ou l'accord des autres, on ne force pas le passage : on repose le caviar et on repart avec des pâtes premier prix.
Mais bon, on ne va pas se fâcher. C’est la vie de château. Eux ils ont le 49.3, nous on a le droit de fermer notre gueule et de payer pour le champagne qu’ils n’ont pas payé. C’est ça, le contrat social moderne : ils choisissent le menu, ils mangent le plat, et nous, on a le privilège immense de faire la plonge en chantant la Marseillaise. Et si vous n’êtes pas contents, rappelez-vous : la prochaine fois que vous voulez imposer votre série préférée à votre conjoint, essayez le 49.3. On se retrouvera au tribunal des divorces, je serai celui qui rigole au fond de la salle en lisant le Journal Officiel.
Le Thermomètre de la Colère et les Poubelles de Paris
Vous avez remarqué comme l’odeur du mépris ressemble étrangement à celle d’un camembert oublié trois semaines dans le coffre d’une Twingo en plein mois d’août ? C’est ce mélange subtil de fermentation, d’arrogance et de « cause toujours, tu m’intéresses ». Quand le gouvernement a décidé de dégainer le 49.3 comme on sort un Opinel dans une kermesse de village, Paris s’est transformée. On nous promettait la « Start-up Nation », on a eu la « Décharge-up Nation ».
Bienvenue dans l’étude thermique de la France qui bout. Parce que, voyez-vous, la colère est une science exacte. Elle possède son propre coefficient de dilatation, son point d’ébullition et, surtout, son combustible préféré : la poubelle verte à roulettes.
Il faut comprendre la physique des fluides politiques. Quand un ministre vous explique, avec le sourire de celui qui vient de s’injecter du Botox de supériorité, que votre avis compte autant que le manuel d’utilisation d’un grille-pain, il se produit un phénomène de friction. Et la friction, mesdames et messieurs, ça crée de la chaleur. Le peuple n’est pas un bloc de glace qu’on peut sculpter à sa guise pour en faire un cygne décoratif sur une table de buffet à l’Élysée ; c’est un réacteur nucléaire dont on vient de boucher les conduits d’aération avec des décrets non votés.
À Paris, en ce mois de mars mémorable, le thermomètre de la colère a brisé le mercure. On a dépassé le stade de la simple « grogne » — ce mot que les éditorialistes de plateau télé utilisent pour décrire le peuple, comme s’il s’agissait d’un caniche mal brossé qui réclame sa pâtée. Non, là, on était dans la phase « thermite ».
Dix mille tonnes. C’était le poids du mépris accumulé sur les trottoirs. Dix mille tonnes de restes de sushis, de cartons Amazon et de rêves brisés, s’entassant fièrement devant les boutiques de luxe de la rue du Faubourg Saint-Honoré. C’était magnifique. C’était une installation d’art contemporain géante intitulée : *« Puisque vous nous traitez comme des ordures, on va vous montrer le décor qui va avec. »*
Et c’est là que le barbecue géant a commencé.
Soyons honnêtes : le Français a un rapport charnel au feu. On a inventé la cuisine au feu de bois, la crème brûlée et Jeanne d’Arc. Alors, quand la tension monte et que le dialogue social est aussi fluide qu’un tube de colle séché, le réflexe pavlovien revient. On ne manifeste plus, on fait une étude thermique de proximité.
Une poubelle qui brûle, c’est le signal Wi-Fi de la démocratie en panne. Plus la flamme est haute, moins le signal passe. Et là, le signal était en 5G, option « enfer de Dante ». Les poubelles de Paris sont devenues des totems. On s'est mis à griller des merguez sur des feux de joie alimentés par les prospectus de la réforme. C’est ça, le circuit court ! On recycle le papier inutile en énergie calorifique pour cuire de la bidoche syndicale. C’est pratiquement de l’écologie de combat. Greta Thunberg aurait adoré, si elle n'était pas occupée à essayer de comprendre pourquoi on travaille deux ans de plus pour payer des yachts à des gens qui ne savent pas ce qu'est un Pass Navigo.
Le gouvernement, lui, regardait ça de haut. « C’est fâcheux, cette odeur », devaient-ils se dire entre deux coupes de champagne. Ils ont essayé la méthode classique : l’aromathérapie à base de gaz lacrymogène. C’est une technique très particulière. On vous sature les poumons avec un produit qui pique pour vous rappeler que la liberté d'expression s'arrête là où commence le confort narinaire d'un préfet. Le problème, c’est que mélanger l’odeur de la poubelle brûlée avec celle du gaz CS, ça donne un cocktail qui ressemble à une fin de soirée dans une boîte de nuit en RDA sous l'occupation. Ça n'éteint pas la colère, ça la poivre.
Il y a une hiérarchie dans le feu de poubelle, une graduation académique du mécontentement.
À 100 degrés, c’est la poubelle isolée, un acte de désespoir romantique.
À 400 degrés, on attaque le conteneur collectif, c’est un message de groupe, une sorte de SMS groupé envoyé au ministère de l’Intérieur.
À 800 degrés, le plastique fond, coule sur le bitume et crée une nappe de lave urbaine. Là, on est dans la poésie politique. C’est le moment où le manifestant regarde le CRS et lui dit, sans un mot : « Tu vois ce plastique qui fond ? C’est l’article 2 de ta réforme. On peut en discuter ou on attend que ça atteigne le réservoir de ta camionnette ? »
Ce qui est fascinant, c’est l’incompréhension totale des élites face à ce thermomètre. Ils voyaient du vandalisme là où il y avait une lecture de température. Ils disaient : « Ils brûlent leurs propres rues ! » Mais mon petit chéri, quand on n'a plus les clés de la maison et que les proprios ont changé les serrures sans prévenir en passant par la fenêtre du 49.3, on finit par faire un feu de camp dans le jardin pour ne pas crever de froid.
Le 49.3, c’est le thermostat bloqué sur « Maximum » par un proprio sadique qui a gardé la télécommande. Et quand le peuple n’a plus accès au réglage de la température, il finit par démonter le radiateur pour s'en servir comme bélier. C’est de la thermodynamique sociale de base. Si tu compresses un gaz dans un espace réduit (disons, l’Assemblée nationale) et que tu fermes toutes les soupapes de sécurité (le vote), ça finit par péter. Et ça pète rarement en faisant des bulles de savon. Ça pète avec des flammes de trois mètres de haut qui sentent le polystyrène cramé.
Et les rats ! Parlons des rats de Paris. Pendant cette étude thermique, ils étaient les seuls heureux. Pour eux, c'était le festival de Cannes, le buffet à volonté, la croisière s'amuse. Ils étaient les seuls à trouver que le gouvernement faisait du bon boulot. « Merci pour la réforme ! » disaient-ils en grignotant un reste de quiche lorraine sur un tas de détritus fumants. C'est peut-être ça, la base électorale qui reste au pouvoir : les rongeurs. Ils ne votent pas, mais ils apprécient le chaos, ça leur rappelle l'époque de la peste noire, leur âge d'or.
Le plus drôle — si l'on possède un humour noir de catégorie 5 — c'est de voir le contraste entre le discours officiel et la réalité thermique du pavé.
D’un côté : « Nous devons garder notre sang-froid, la pédagogie finira par payer. »
De l’autre : « Gégé, remets un carton de pizza sur le feu, on voit plus la gueule du cordon de flics ! »
C’est une rupture de fréquence. C’est comme si le gouvernement parlait en morse alors que le peuple répond en signaux de fumée. Sauf que les signaux de fumée, ils font fondre le mobilier urbain Decaux à 5000 balles l'unité.
Au final, qu'est-ce qu'on retient de cette étude ? Que la démocratie a besoin d'un système de refroidissement. Le vote, c'est le ventilateur. Le débat, c'est l'échangeur thermique. Mais quand vous débranchez tout pour forcer le passage, vous transformez le pays en un immense barbecue où la seule chose qui finit grillée, c'est votre légitimité.
Alors, la prochaine fois qu’un ministre s'étonnera de voir des flammes lécher les murs des préfectures, on pourra lui suggérer de consulter un thermomètre. Pas celui qui mesure la température rectale des sondages de popularité bidonnés, non. Celui qui se trouve dans la rue, celui qui mesure la chaleur humaine quand elle est poussée à bout. Parce que quand on pisse sur le peuple, il ne faut pas s'étonner qu'il utilise le jet pour essayer d'éteindre l'incendie que vous avez allumé. Ou pire : qu'il décide que, quitte à être trempé, autant que ce soit par la pluie de cendres de votre propre arrogance.
Et n'oubliez pas : une merguez cuite sur une poubelle en feu a toujours un petit goût de victoire. C'est le goût de la résistance. C’est un peu acide, ça reste sur l’estomac, mais c’est toujours plus digeste que soixante-quatre ans de servitude imposés par un mec qui n’a jamais tenu une fourchette à barbecue de sa vie.
L'Arrogance en Tailleur-Pantalon
Observez la démarche. C’est tout un art, une chorégraphie millimétrée qui s’apprend sans doute dans des écoles dont l’entrée coûte le PIB du tiers-monde et où l’on vous enseigne, dès le premier semestre, comment regarder votre prochain comme s’il s’agissait d’une déjection canine sur un trottoir de l’avenue Montaigne. Elle s’avance. Le bruit des talons sur le marbre de l’Hémicycle ne fait pas « clic-clac », il fait « mé-pris, mé-pris ». C’est sec, c’est net, c’est le bruit d’une guillotine administrative qui tombe sur vos acquis sociaux avec la régularité d’une horloge suisse.
Et puis, il y a le tailleur-pantalon. Attention, on ne parle pas ici du vêtement que votre cousine porte pour un entretien d’embauche chez Groupama. Non, on parle de l’armure en laine froide, infroissable, d’un bleu si sombre qu’il semble absorber la lumière et l’espoir aux alentours. C’est un costume qui dit : « Je n’ai jamais eu besoin de courir pour attraper un bus, et si je devais le faire, le bus s’arrêterait de lui-même par simple terreur hiérarchique. » C’est une coupe tellement rigide qu’on soupçonne la personne à l’intérieur d’être maintenue debout par un exosquelette de certitudes néolibérales.
Mais le chef-d’œuvre, la pièce de résistance, c’est le visage. Ce visage qui monte à la tribune.
Avez-vous déjà remarqué cette expression précise ? Ce n’est pas de la colère. La colère, c’est humain, c’est chaud, c’est vivant. Non, là, c’est ce petit sourire en coin, imperceptible, ce plissement de narines qui trahit une satisfaction intérieure intense. C’est exactement, au millimètre près, l’expression de quelqu’un qui vient de lâcher une caisse monumentale dans un ascenseur bondé et qui, au lieu de baisser les yeux de honte, vous regarde fixement en attendant que l'odeur vous atteigne. C’est un mélange de « Je sais ce que j’ai fait » et de « Vous allez le sentir passer, et vous allez même me remercier pour le parfum ».
Elle arrive au micro. Elle ajuste ses feuilles comme si elle manipulait les parchemins originaux de la mer Morte, alors que ce n’est qu’un énième texte de loi rédigé par un stagiaire de chez McKinsey qui a confondu « justice sociale » avec « optimisation fiscale ». Elle ne vous regarde pas, vous, le peuple, derrière votre écran. Elle regarde un point invisible situé environ trois mètres au-dessus de la plèbe, là où flottent les dividendes du CAC 40 et les promesses de postes au FMI.
Le silence se fait. C’est le silence de l’ascenseur juste après le gaz toxique. Tout le monde sait. Tout le monde sent que quelque chose ne va pas. Mais elle, elle reste là, droite dans ses bottines à trois Smic, savourant l’instant. C’est le moment où elle s’apprête à prononcer les mots magiques, le « 49.3 », cette incantation qui permet de transformer une démocratie en monarchie élective le temps d’un goûter.
« Engager la responsabilité du gouvernement. » Quelle formule magnifique ! C’est le langage des gens qui n’ont jamais été responsables de rien, pas même de la cuisson d’une pâte à tarte. Engager sa responsabilité quand on est protégé par trois cordons de CRS et une immunité parlementaire, c’est un peu comme si je disais que « j’engage ma vie » en jouant au Monopoly avec des billets de 10 euros. C’est du courage en carton-pâte, de l’héroïsme de salon de thé.
Et pendant qu’elle parle, avec ce ton monocorde de GPS en phase terminale, vous voyez ses narines frémir. C’est là que le métaphore de l’ascenseur prend tout son sens. Elle voit les députés s’agiter, elle entend les hurlements de l’opposition, elle devine les pneus qui commencent à brûler sur le périphérique, et elle adore ça. Pourquoi ? Parce que pour ces gens-là, votre indignation est la preuve de leur succès. Si vous avez mal, c’est que la réforme « mord ». Si vous pleurez, c’est que la « pédagogie » commence à rentrer.
Ils appellent ça de la « fermeté ». On appelle ça de l’arrogance clinique.
Le tailleur-pantalon ne bronche pas. Pas un pli. C’est la magie de la haute couture politique : on peut chier sur le Code du travail sans jamais tâcher son revers. Elle égrène les chiffres avec une gourmandise de comptable psychopathe. « 64 ans », « équilibre budgétaire », « efforts nécessaires ». Chaque mot est une petite particule fine de son gaz intestinal qu’elle vous force à respirer. Et elle vous regarde. Elle guette la ride de dégoût sur votre front. Elle attend que vous réalisiez que l’odeur de soufre ne vient pas de l’enfer, mais de son propre sentiment de supériorité.
C’est là le génie du truc : vous faire passer pour le grossier personnage parce que vous osez dire que ça pue. Si vous protestez, vous êtes un « populiste ». Si vous vous bouchez le nez, vous êtes un « réfractaire au changement ». Si vous demandez à sortir de l’ascenseur, on vous répond que les portes sont bloquées pour votre propre sécurité et que, de toute façon, il n’y a pas d’alternative à l’air ambiant, aussi méphitique soit-il.
Et le pire, c’est qu’ils pensent vraiment qu’ils sentent la rose. Dans leur tête, le tailleur-pantalon est une traîne de lys. Ils sont convaincus que le reste du pays souffre d’une anosmie collective. « Les Français n’ont pas compris », disent-ils le lendemain sur les plateaux télé, avec ce même air de supériorité. Traduction : « On a pété, mais ils sont trop cons pour apprécier le bouquet boisé de notre mépris. »
Ils appellent ça « l’exercice du pouvoir ». C’est en réalité l’exercice du vide. Un vide habillé en Prada, certes, mais un vide sidéral. Car sous le tailleur, sous la posture, sous l’expression de l’ascenseur, il n’y a rien. Juste la conviction profonde que le monde se divise en deux catégories : ceux qui portent le tailleur et ceux qui ramassent les factures. Ceux qui lâchent le 49.3 et ceux qui doivent le digérer sans bicarbonate.
Quand elle redescend de la tribune, après avoir balancé son truc, elle a ce petit mouvement d’épaule. Un geste de satisfaction technique. Le travail est fait. La démocratie a été pliée en quatre, rangée dans un sac à main de luxe, et le pays est en train de s’étouffer dans la cabine exigüe de l'actualité sociale. Elle s’assoit, croise les jambes, et reprend son téléphone. Probablement pour commander un nouveau tailleur, d’un bleu encore plus froid, pour la prochaine fois qu’elle aura besoin de nous expliquer que la liberté, c’est l’obéissance, et que le progrès, c’est de bosser jusqu’à ce que le cercueil serve de bureau de télétravail.
On finit par se demander si, à force de vivre dans ces sphères où l’air est filtré par des conseillers en communication, ils n’ont pas fini par perdre tout odorat. Ils ne sentent plus la fumée des manifs. Ils ne sentent plus la sueur des fins de mois. Ils ne sentent même plus leur propre arrogance qui s’échappe par tous les pores de leur peau botoxée.
Mais qu’ils fassent attention. Les ascenseurs ont une fâcheuse tendance à tomber en panne. Et quand les portes finissent par s’ouvrir de force, sous la pression de ceux qui sont restés trop longtemps enfermés avec l’odeur, le tailleur-pantalon a beau être infroissable, il ne protège pas du courant d’air. Un courant d’air qui risque de souffler bien plus fort que leurs petites certitudes de technocrates de salon.
En attendant, elle reste là, à la tribune, les mains posées sur le bois verni, nous regardant avec cette pitié glacée. On a compris, Madame. On a senti. Et croyez-le bien : on n'oubliera pas de vous rendre la monnaie de votre pièce au prochain étage. Car si pisser sur le peuple est un sport national pour vous, sachez que le peuple, lui, a une vessie bien plus grande que la vôtre. Et quand il décidera de se soulager à son tour, ce ne sera pas un tailleur-pantalon qu’il vous faudra, mais un scaphandre. Et pas sûr qu'il soit disponible chez Chanel.
La Constitution de 1958 : Le Grimoire des Cheat Codes
Imaginez Charles de Gaulle en 1958. Le Grand Charles, deux mètres de carcasse rigide, un képi vissé sur un cerveau qui ne concevait l’existence que sous forme de tragédie grecque ou de défilé militaire. Le pays est en train de se désintégrer façon puzzle à cause de l’Algérie, l’armée fait des siennes, et les députés de la IVe République se chamaillent pour savoir si la buvette doit servir du Ricard ou du Suze pendant que le pays brûle. Le général, qui n’avait pas franchement la patience d’un moniteur de colonie de vacances, s’est assis à son bureau et a dit : « Très bien, vous voulez jouer aux cons ? On va coder un jeu où je suis le seul à avoir la manette. »
C’est ainsi qu’est née la Constitution de 1958. Ce n’est pas un texte juridique, c’est un Grimoire de Cheat Codes. C’est le "Konami Code" de la démocratie, mais gravé dans le marbre. De Gaulle l’a conçue comme une armure de combat pour temps d’apocalypse. C’était l’époque où l’on craignait des coups d’État tous les mardis matin. Il nous fallait un truc solide, un bunker institutionnel capable de résister à une charge de chars d’assaut.
Sauf qu’en 2024, on n’utilise plus le bunker pour se protéger des Panzer. On l’utilise pour forcer les gens à bosser deux ans de plus alors qu’ils ont déjà les genoux qui font "clac-clac" à chaque marche d’escalier. On est passé du sauveur de la nation au petit manager toxique qui utilise un protocole d’urgence nucléaire pour valider une note de frais de chez Starbucks.
Mesdames et Messieurs, bienvenue dans l’ère du bazooka pour tuer une mouche.
L’article 49 alinéa 3, c’est le bouton "God Mode" du Premier ministre. Dans un jeu vidéo, le God Mode vous permet de traverser les murs et d’être insensible aux balles. Dans la vie réelle, sous la Ve République, ça permet de traverser l’Assemblée nationale sans écouter les cris, les amendements ou même les insultes, tout en étant totalement insensible au bon sens. C’est le "Parce que c’est mon PROJET !" transformé en "Parce que j’ai les clés du camion, et que si tu n’es pas content, je t’écrase".
Le problème, ce n’est pas l’outil. Le problème, c’est l’utilisateur. De Gaulle, quand il utilisait ses pouvoirs exceptionnels, c’était pour éviter une guerre civile. C’était pour redresser la France. C’était, certes, un peu autoritaire, mais il y avait une certaine gueule, une sorte de panache de monarque républicain qui te fait dire : « Bon, le type est chiant, mais il a libéré Paris. »
Aujourd’hui, on a des technocrates qui n’ont jamais libéré rien d’autre que des dividendes pour leurs potes de promo, et qui manipulent le 49.3 avec la dextérité d’un gosse de cinq ans qui a trouvé un lance-flammes dans le garage. Ils nous regardent, droits dans leurs bottes en cuir d’autruche, et nous expliquent que c’est pour notre bien. « On utilise un outil de crise de guerre pour une réforme comptable ? Oui, et alors ? C’est dans le grimoire ! »
C’est exactement comme si vous aviez une mouche – appelons-la "le déficit de la caisse des retraites" – posée sur un vase en cristal d’une valeur inestimable – appelons-le "le contrat social". Un gouvernement normal, un gouvernement qui a encore un peu d’estime pour ses citoyens, prendrait une tapette à mouches, ou peut-être un verre et un carton pour la mettre dehors. Bref, il négocierait. Il ferait de la politique.
Mais nos génies de la Startup Nation, eux, trouvent ça trop lent. Trop "vieux monde". Alors ils sortent le bazooka. Ils visent la mouche. Ils ferment les yeux. Et *BOUM*.
Résultat : la mouche est morte (peut-être). Mais le vase en cristal est pulvérisé. Les murs de la pièce sont recouverts de suie. Le chien est traumatisé. Et le Premier ministre se tourne vers nous avec un sourire robotique en disant : « Vous voyez ? Le problème de la mouche est réglé. Merci de circuler, il n’y a plus rien à voir, à part les débris de votre démocratie que je vais vous facturer au prix fort. »
Le 49.3, c’est l’aveu de faiblesse le plus bruyant de l’histoire. C’est le cri de celui qui n’a plus d’arguments, plus de majorité, plus de charisme, et plus de respect. C’est le moment où le débat s’arrête et où la force brute commence. Mais attention, ce n’est pas la force brute des guerriers, c’est la force brute de la procédure. C’est le harcèlement textuel. C’est l’utilisation vicieuse de la loi pour contourner l’esprit de la loi.
Et le pire, c’est qu’ils se pensent intelligents. Ils se pensent tacticiens. Ils se disent : « Oh, regardez comme je maîtrise le grimoire ! J’ai invoqué l’alinéa 47.1 pour accélérer le temps, puis j’ai lancé un 44.3 pour bloquer les attaques magiques de l’opposition, et j’ai fini par un 49.3 critique pour achever le boss de fin : le Peuple. »
Sauf qu’on n’est pas dans un RPG, les gars. Dans la vraie vie, quand tu utilises trop de cheat codes, le jeu finit par planter. Le serveur surchauffe. Et quand le peuple se rend compte que les règles ne s’appliquent qu’à lui, il finit par débrancher la console.
La Constitution de 1958 est devenue un buffet à volonté pour des ogres sans appétit politique. Ils piochent dedans selon leurs besoins du moment. Un petit décret par-ci pour interdire les casseroles (parce que le bruit, ça fait mal aux oreilles de la royauté), un petit article par-là pour censurer les amendements gênants. C’est une boîte à outils de dictateur de poche, conçue par un géant pour des nains.
Imaginez Napoléon qui utiliserait la Grande Armée juste pour aller chercher son pain parce qu’il a la flemme de marcher. C’est ce qu’on vit. On mobilise le sacré pour le profane. On mobilise l’exceptionnel pour le médiocre.
Et pendant qu’ils récitent leurs incantations juridiques à la tribune, avec ce ton docte de notaire de province qui essaie de vous arnaquer sur un héritage, ils oublient une chose fondamentale. Le Grimoire des Cheat Codes a été écrit pour protéger la République, pas pour protéger une caste de sa propre impopularité.
Quand on utilise un bazooka pour tuer une mouche, on ne prouve pas qu’on est puissant. On prouve qu’on est terrifié par la mouche. On prouve qu’on ne sait plus comment interagir avec le monde sans tout faire exploser.
Le tailleur-pantalon dont je vous parlais tout à l’heure, il est peut-être infroissable, mais il ne résiste pas aux éclats de cristal. À force de tirer sur tout ce qui bouge au nom de la "nécessité" et de la "responsabilité", ils ont transformé le salon de la République en champ de mines. Ils pensent avoir gagné parce que la loi est passée. Ils pensent que le 49.3 est une baguette magique qui transforme la colère en acceptation.
Spoiler : ça ne marche pas comme ça. Le 49.3 ne transforme pas la colère en acceptation, il la transforme en acide. Il la concentre. Il la stocke dans des réservoirs souterrains que personne ne surveille.
Alors continuez, Messieurs-Dames les ministres. Feuilletez votre grimoire. Abusez des cheat codes. Sautez les niveaux sans gagner d’expérience. Mais n’oubliez pas qu’à la fin du jeu, il y a toujours un générique. Et le nôtre risque d’être écrit en lettres de feu, avec un fond sonore qui ne ressemble pas du tout à une musique de menu, mais plutôt au grondement d’une vessie nationale qui vient d’atteindre son point de rupture.
Parce que si le 49.3 est votre bazooka, n’oubliez pas que le silence du peuple, lui, c’est de la dynamite à retardement. Et vous venez juste d'allumer la mèche avec un sourire de premier de la classe. Félicitations. C'était très "disruptif".
Le Record du Monde : Objectif 100 utilisations
Imaginez la scène à la caisse d’un supermarché de la démocratie. Vous avez vos articles dans le panier : une réforme des retraites un peu rance, une loi immigration qui pique les yeux, et deux ou trois décrets sur le temps de travail qui traînaient en tête de gondole. Arrivée devant la caisse, la Première ministre ne sort pas son carnet de chèques, ni sa carte bleue. Elle sort une petite carte en carton, un peu cornée sur les bords, avec des petits tampons en forme de marteau de président d’assemblée.
« Et voilà, c’est mon dixième passage en force ce mois-ci, lance-t-elle avec le sourire de celle qui vient de gratter un "mots croisés" gagnant à 2 euros. Normalement, avec la promo "Printemps de l’Autoritarisme", le onzième est offert par la maison, non ? »
C’est là qu’on en est. À ce stade de fétichisme constitutionnel où le 49.3 n’est plus une procédure d’exception, mais une application mobile avec un système de "streak" sur Snapchat. Si on ne l’utilise pas une fois par semaine, on perd ses points de charisme auprès de l’Olympe élyséen. On est entrés dans l’ère du *speedrun* législatif. Vous savez, ces joueurs de jeux vidéo qui essaient de finir *Elden Ring* en moins de douze minutes en exploitant tous les bugs de collision ? Le gouvernement, c’est pareil. Pourquoi se faire chier à battre le boss final (le débat parlementaire) alors qu’on peut passer à travers les murs de l’hémicycle en spammant la touche "Article 50-minus-1" ?
L’objectif des 100 utilisations n’est même plus une boutade de pamphlétaire aigri. C’est un business-plan. C’est une vision. À Matignon, ils ont probablement un écran géant avec un compteur de score, façon Nasdaq, et chaque fois qu’un ministre déclenche la foudre sans vote, il y a une pluie de confettis et une musique de *Mario Kart* qui résonne dans les couloirs. « Oh, bravo Bruno, tu as bypassé la commission des finances ! Combo multiplicateur x2 ! »
Mais posons-nous la question : à quoi ressemblerait cette carte de fidélité ?
Au bout de trois 49.3, vous gagnez un set de boules Quies de luxe pour ne plus entendre les cris de l’opposition.
Au bout de cinq, vous avez droit à un "Pack Immunité Réalité" : vous pouvez affirmer que l’inflation est une invention des syndicats sans que votre nez ne s’allonge de plus de deux centimètres.
Au bout de dix, c’est le Graal : la mention "Grand Officier de la Flemme Législative" avec option "Dissolution du bon sens".
Le plus fascinant dans cette course au record, c’est l’argumentaire. Parce qu’ils ont du talent, ces gens-là. Ils ne vous disent pas « on vous écrase parce qu’on a la flemme de discuter avec des gens qui ne portent pas de cravate Hermès ». Non. Ils vous disent que c’est pour « protéger les Français contre l’instabilité ». C’est l’équivalent politique d’un mec qui vous braquerait dans une ruelle en vous disant : « Donne-moi ton portefeuille, c’est pour t’éviter d’avoir mal au dos à cause du poids des pièces de monnaie. C’est une mesure de santé publique, sois disruptif, merde ! »
On est face à un gouvernement qui traite la Constitution comme un compte Netflix partagé : ils changent le mot de passe tous les trois jours pour être sûrs que le peuple ne puisse pas regarder le film, mais ils continuent de nous envoyer la facture.
Et quel record, mesdames et messieurs ! On dépasse les performances des plus grands dictateurs de poche de l’histoire, mais avec la distinction française. C’est l’autoritarisme AOC. C’est du totalitarisme de start-up nation, livré en 30 minutes par un livreur Deliveroo qui n’a pas de protection sociale. Ils visent les 100 utilisations comme s’ils préparaient les Jeux Olympiques. On imagine déjà la cérémonie : le Premier ministre sur le podium, la main sur le cœur, écoutant *La Marseillaise* version techno, pendant qu’on hisse un drapeau représentant un majeur tendu sur fond bleu-blanc-rouge.
Le problème de la carte de fidélité, c’est que dans le monde réel, quand on arrive au bout, on gagne un truc gratuit. Mais ici, c’est l’inverse. Plus ils tamponnent la carte, plus c’est nous qui payons. C’est une carte de fidélité inversée. C’est comme si votre boulanger, après vous avoir vendu dix baguettes trop cuites, décidait pour la onzième de venir directement chier dans votre grille-pain pour « réformer votre petit-déjeuner ».
— « Mais Monsieur le boulanger, je n’ai pas demandé ça ! »
— « Écoutez, le dialogue a eu lieu. J’ai entendu vos inquiétudes sur la confiture de fraise. Mais la France doit avancer. Je déclenche la procédure "Tartine de Merde" au nom de l’intérêt supérieur de la boulangerie. C’est mon 49.3 à moi. Bonne dégustation, et n’oubliez pas de voter pour moi au concours du Meilleur Ouvrier de France. »
Il y a une forme de pathologie dans cette accumulation. Une sorte de syndrome de Diogène législatif. Ils entassent les passages en force dans leur salon constitutionnel jusqu’à ce qu’on ne puisse plus ouvrir la porte de la démocratie. Et ils s’étonnent que ça sente un peu le renfermé. Ils s'étonnent que les gens finissent par vouloir foutre le feu au canapé juste pour aérer la pièce.
Ils nous expliquent que le 49.3 est "l'outil de la responsabilité". J’adore ce mot. "Responsabilité". Dans leur bouche, ça sonne comme "soumission". C’est un peu comme si un chirurgien vous opérait de l’appendicite avec une tronçonneuse de chantier en hurlant : « Je prends mes responsabilités ! Le bistouri, c’est pour les indécis ! La discussion sur l’anesthésie est une perte de temps qui bloque la modernisation de l’hôpital ! » Et pendant que vous perdez trois litres de sang par minute, il vous demande si vous voulez la carte de membre du club "Survie Disruptive".
Le record des 100 utilisations, c’est le moment où la politique bascule officiellement dans le jeu d’arcade. On n’est plus dans la gestion d’une nation, on est dans *Candy Crush*. Il faut aligner trois réformes impopulaires pour faire exploser le mécontentement social et gagner des bonus de "Crédibilité auprès des Marchés".
« Regardez, j’ai fait un combo ! J’ai utilisé le 49.3 sur le budget de la Sécu ET sur la loi travail en un seul mouvement de menton ! J'ai débloqué le succès "Ceaușescu de platine" ! »
Mais ce qu’ils oublient, dans leur ivresse de statistiques, c’est que la carte de fidélité du peuple, elle, se remplit aussi. Et les tampons ne sont pas des petits marteaux mignons. Ce sont des traces de semelles sur le bitume, des slogans gravés au marqueur sur des murs en carton, et cette petite étincelle au fond des yeux de la caissière qui, elle, sait très bien ce que ça coûte, une baguette de pain.
À la centième utilisation, il n'y aura pas de feu d’artifice, pas de remise de trophée par le Conseil Constitutionnel (qui, de toute façon, valide tout avec l’enthousiasme d’un Golden Retriever devant une tranche de jambon). À la centième utilisation, le système va juste faire un "Blue Screen of Death". La machine va s’arrêter. Le peuple va regarder la carte de fidélité, il va regarder le ministre, et il va dire : « En fait, j’ai plus très faim. Par contre, j’ai très envie de savoir si ton 49.3, il protège aussi contre les lancers de tomates bio. »
Parce qu'à force de pisser sur le peuple en lui disant que c'est une pluie de réformes rafraîchissantes, on finit par créer une inondation. Et dans une inondation, les premiers qui flottent, ce ne sont pas les génies qui ont inventé la carte de fidélité. Ce sont les étrons constitutionnels qu'ils ont accumulés pendant cinq ans.
Alors allez-y, visez le record. Tamponnez. Forcez. Abusez. Mais n'oubliez pas qu'au bout de 100 passages en force, le cadeau de bienvenue, ce n'est pas un mandat supplémentaire. C'est juste l'histoire qui se lève, qui vous regarde avec un air de prof fatigué, et qui vous demande de rendre votre copie. Et spoiler : la note ne va pas vous plaire, même avec l'option "mention très bien en mépris de classe".
En attendant, je vais aller me faire tatouer "49.3" sur la fesse gauche. Au moins, si le gouvernement décide de me la botter, il saura exactement où viser pour rester dans la légalité républicaine. C’est ça, la cohésion nationale. C’est ça, le record du monde. C’est beau comme une matraque qui rencontre une arcade sourcilière un soir de manif : c’est sec, c’est précis, et ça ne demande jamais l’avis de la victime.
Félicitations pour vos 100 tampons, Messieurs-Dames. Vous avez gagné une place d'honneur dans le dictionnaire, à l'article "Comment foirer une démocratie en 100 leçons faciles (sans transpirer sous les aisselles)". C'est disruptif. C'est moderne. C'est... comment vous dites déjà ? Ah oui : "En marche". Surtout, ne vous arrêtez pas. Le ravin n'est plus qu'à quelques centimètres, et ce serait dommage de rater le saut de l'ange faute d'un dernier petit coup de force.
Le 'En Même Temps' de la Dictature Polie
Imaginez un mec qui vous braque dans une ruelle sombre. Mais attention, pas le petit voyou de banlieue qui bafouille avec un couteau à cran d’arrêt rouillé. Non, je vous parle d’un type en costume trois-pièces cintré, qui sent bon le santal et l’arrogance de l’ENA, et qui vous pointe un Beretta chromé sur la tempe en disant : « Cher citoyen, j’entends votre réticence à me céder votre portefeuille, et je la respecte profondément. Je dirais même qu’elle honore notre vitalité démocratique. C’est pourquoi, dans un esprit de co-construction, je vais vous faire les poches tout en vous expliquant que c’est pour financer votre future prothèse de hanche. »
C’est ça, le « En Même Temps » de la dictature polie. C’est l’art sublime de vous pisser sur les pompes tout en louant la qualité du cuir et en vous suggérant d’ouvrir un parapluie pour « fluidifier le dialogue ».
Le concept est révolutionnaire, il faut l’avouer. On n’est plus dans la dictature de papa, celle qui portait des lunettes noires et des uniformes à médailles en chocolat. Trop ringard. Trop XXe siècle. Aujourd’hui, l’autoritarisme se porte avec un col roulé et une mine déshydratée par l’excès de travail au service de la Nation. La dictature polie, c’est vous dire « non » avec un tel niveau de sophistication sémantique que vous finissez par vous demander si vous n'avez pas accidentellement dit « oui » pendant que vous étiez en train de hurler.
Prenez le consentement. Dans la vraie vie, quand vous dites « non » à un rapport sexuel, c'est un viol. Quand vous dites « non » à un contrat, c'est une rupture de négociation. Mais en Macronie, le « non » est une invitation à la « pédagogie ». Si le peuple manifeste massivement contre une loi, ce n’est pas parce que la loi est mauvaise, c’est parce que le peuple est un enfant un peu lent qui n’a pas bien compris la beauté du concept. Le gouvernement ne vous impose rien, il vous « explique » jusqu’à ce que vos oreilles saignent. C’est le consentement par épuisement. Si tu dis non, c’est que tu veux dire : « Force-moi, grand fou, j’adore quand tu court-circuites le Parlement avec ton gros 49.3 tout dur. »
C’est une sorte de BDSM politique, sauf qu’on n’a pas de mot de sécurité. Si vous criez « Ananas ! » ou « Démocratie ! », la CRS 8 ne s’arrête pas. Au contraire, elle prend ça pour un encouragement.
Le « En même temps », c’est la lobotomie par le paradoxe. On vous dit : « Nous sommes une démocratie vibrante, MAIS on va décider tout seuls dans un bureau à cinq parce que, comprenez-vous, l’urgence n’attend pas. » C’est comme si votre chirurgien vous disait : « Je respecte énormément votre intégrité physique, c’est pourquoi je vais vous opérer de la rate avec une cuillère à pamplemousse sans anesthésie, mais en vous diffusant du Mozart pour apaiser les tensions sociales. »
Vous avez remarqué l'usage quasi mystique du mot « dialogue » ? Dans leur bouche, « dialoguer » signifie « vous convoquer pour vous dire ce qu’on a déjà décidé il y a trois mois ». Ils appellent ça la « co-construction ». C’est un terme magnifique. C’est comme si un promoteur immobilier rasaît votre maison pendant que vous dormez et vous disait le lendemain : « Regardez ce magnifique parking que nous avons co-construit ! J’ai fourni les bulldozers, vous avez fourni le terrain et les décombres. Quelle synergie ! »
Et puis, il y a la « dictature polie » du visage. Regardez-les, ces ministres, quand ils passent à la télé. Ils ont ce petit sourire triste, cette moue de martyr incompris. Ils n’ont pas l’air de bourreaux, ils ont l’air de parents qui doivent piquer le vieux chien de la famille. Ils sont là : « Ça me fait plus mal qu’à vous, vraiment. Si je pouvais ne pas utiliser le 49.3 pour la vingtième fois, je ne le ferais pas. Mais la France est malade de sa paresse, et je suis le suppositoire de la vérité. » Ils ne vous piétinent pas, ils vous « accompagnent dans la transition ». Ils ne vous matraquent pas, ils « rétablissent l'ordre républicain avec une fermeté bienveillante ».
Le « En même temps » est une machine à laver le cerveau à cycle court. Il permet d’affirmer une chose et son contraire dans la même phrase sans que l’univers n’implose.
« Je vous entends, mais je m'en tape. »
« Je vous protège, mais je vous mutile. »
« Je suis libéral, mais j'utilise les méthodes de l'Union Soviétique pour faire passer mes réformes budgétaires. »
C’est une forme de gaslighting à l’échelle industrielle. Le gaslighting, pour ceux qui ne sont pas familiers avec la psychologie des pervers narcissiques, c’est quand quelqu’un vous fait douter de votre propre réalité. Vous dites : « Mais monsieur le Ministre, il y a deux millions de personnes dans la rue ! » Et il vous répond, avec un calme olympien et un mépris de classe parfaitement hydraté : « Ce que vous appelez la rue, j’appelle ça une consultation informelle qui valide notre besoin de célérité. D’ailleurs, les gens ne manifestaient pas contre la réforme, ils manifestaient leur joie d’être ensemble dans un cadre sécurisé par nos forces de l’ordre. »
À ce niveau-là, ce n’est plus de la politique, c’est de l’art contemporain. C’est du dadaïsme législatif.
Le plus beau, c’est le mépris habillé en sollicitude. Ils nous parlent comme à des CM1 qui auraient renversé leur pot de peinture. « On n'a pas été assez pédagogues », disent-ils après chaque passage en force. Traduction : « On n'a pas trouvé de mots assez simples pour que vos cerveaux de bouseux captent que l'avenir, c'est de bosser jusqu'à l'autopsie. » La pédagogie, dans leur monde, c'est l'art d'utiliser de la vaseline intellectuelle pour faire passer un tronc de chêne. On vous explique que le 49.3 est, au fond, l'outil le plus démocratique de la Constitution parce qu'il permet de « débloquer le débat ». C’est l’équivalent de dire qu’une grenade est un excellent outil de communication parce qu’elle permet d’arrêter les gens de crier.
On est dans une démocratie « disruptive ». Une démocratie où le peuple est un actionnaire minoritaire qu'on ne convoque plus aux AG parce qu'il pose trop de questions sur les dividendes. On nous traite comme les passagers d'un avion dont les pilotes se sont enfermés dans le cockpit en disant : « On va s'écraser sur cette montagne parce que c'est la trajectoire la plus compétitive, mais rassurez-vous, on a mis des petites fleurs sur les masques à oxygène pour rester dans la bienveillance. »
C'est là tout le génie de la dictature polie : elle vous laisse le droit de râler, tant que votre râle ne dépasse pas le niveau sonore d'un pet de lapin dans une tempête. Vous pouvez poster des tweets, vous pouvez faire des pétitions sur Change.org (l'équivalent numérique de pisser dans un violon pour accorder l'orchestre), vous pouvez même faire des cortèges entre République et Nation avec des ballons syndicaux et des merguez trop cuites. Ils vous regardent depuis les fenêtres de l'Élysée avec des jumelles et ils disent : « C'est beau, cette ferveur populaire. Chérie, apporte-moi le tampon 49.3, j'ai une envie soudaine de légiférer. »
Le « En même temps », c'est la fin du réel. C'est le moment où les mots ne veulent plus rien dire. Où « Liberté » signifie « Surveillez-vous », où « Égalité » signifie « Flat tax pour les copains » et où « Fraternité » signifie « On est tous dans le même bateau, mais certains rament et d’autres font du ski nautique derrière ».
Alors, chers amis, ne vous y trompez pas. Si vous avez l’impression d’être dans une relation toxique avec votre gouvernement, c’est parce que c’est le cas. Ils vous aiment, mais ils vous battent. Ils vous respectent, mais ils vous bâillonnent. Ils sont démocrates, mais ils règnent par décret. C’est le mariage forcé de la pommade et du barbelé.
Et si jamais vous n’êtes pas d’accord avec cette analyse, sachez que j’entends votre critique. Je la trouve même très enrichissante. C’est pourquoi, dans un souci d’apaisement et de cohésion nationale, je vais terminer ce chapitre en vous demandant de bien vouloir vous carrer votre avis là où le soleil ne brille jamais, tout en vous souhaitant une excellente journée sous le signe de la sérénité républicaine.
Voyez ? C’est ça, la politesse. Ça ne change rien au résultat, mais au moins, on n’a pas crié. On a juste... « cheminé » ensemble vers l’abîme. En marche, certes, mais avec les mains sur les coutures du pantalon et un petit sourire de circonstance. Parce que c’est ça, la France moderne : on n'a plus de pain, mais on a encore des leçons de maintien.
Le Peuple, ce Figurant de Luxe
Vous avez déjà remarqué la texture du papier des bulletins de vote ? C’est un grammage très précis. Ni trop fin pour ne pas faire « prospectus pour une pizzeria en faillite », ni trop épais pour ne pas qu’on oublie que c’est un truc qu’on va finir par se carrer dans l’urne – cette boîte transparente qui ressemble étrangement à un bac à litière pour les espoirs déçus. Ce papier, c’est votre contrat d’intermittent du spectacle. Car tous les cinq ans, la République lance son grand casting national. On ne cherche pas des acteurs, les rôles principaux sont déjà attribués aux types qui ont fait les mêmes écoles et qui portent les mêmes costumes à 3 000 euros payés par vos impôts. Non, ce qu’on cherche, c’est de la figuration. Et pas de la figuration de bas étage, attention. On cherche du « Figurant de Luxe ».
Le concept est génial : on vous demande de vous habiller correctement un dimanche matin, d’aller faire la queue dans une école primaire qui sent la pâte à modeler et le désespoir pédagogique, et de glisser un petit papier dans une fente. Et là, c’est le miracle. Le rideau se lève. Pendant vingt-quatre heures, vous êtes « le Souverain ». Vous êtes le « Peuple Français ». On vous caresse dans le sens du poil, on vous analyse sur les plateaux de BFM comme si vous étiez une espèce rare de panda en voie d’extinction qui vient de faire un prout significatif. Les éditorialistes, ces grands prêtres de la vacuité, scrutent vos intentions : « Est-ce que le Français est grognon ? Est-ce qu’il est disruptif ? Est-ce qu’il a bien compris qu’on allait lui faire les poches, mais avec pédagogie ? »
Et puis, le lundi matin, le générique de fin défile. Merci d’être venus, la production vous remercie, vous pouvez rendre vos badges. La pièce de théâtre peut enfin commencer, et devinez quoi ? Vous n’êtes plus dans le script.
C’est là que le génie du système éclate dans toute sa splendeur acide. On nous demande de voter pour qu'ils aient assez de spectateurs pour valider leur pièce de mauvais goût. Parce qu’un tyran qui règne tout seul dans sa chambre, c’est juste un fou avec un pyjama en soie. Mais un gouvernement qui vous écrase après vous avoir demandé votre avis, c’est de la « Démocratie Représentative ». Nuance. Ils ne vous ignorent pas, ils vous « représentent ». C’est comme si un mec vous piquait votre voiture et vous envoyait un selfie au volant en disant : « Regarde comme je nous conduis bien vers le ravin ! »
Imaginez la scène. C’est comme si vous étiez invité à un dîner de gala. On vous met une serviette autour du cou, on vous donne des couverts en argent, on vous fait sentir le bouchon du vin. Vous vous dites : « Super, je vais enfin bouffer ! ». Et là, le maître d’hôtel (appelons-le Manu, pour la déconne) arrive et vous explique que, finalement, vous n’allez pas manger. Par contre, vous avez le privilège exceptionnel de regarder les ministres se baffrer de homards en écoutant le bruit de leurs mastications. Et si vous avez le malheur de dire que vous avez faim, on vous traite de « populiste ». Pire, de « réfractaire ». On vous explique que vous ne comprenez rien à la haute gastronomie de la réforme. Le homard, c’est pour votre bien. Ça ruisselle, vous voyez ? Bon, pour l’instant, ça ruisselle surtout sur leurs mentons gras, mais d’ici vingt ou trente ans, une goutte de sauce pourrait éventuellement tomber sur vos chaussures. Soyez patients, merde. La République, c’est une question de patience.
La vérité, c’est que nous sommes les figurants d’un vaudeville sinistre où les portes claquent toujours sur nos doigts. Le 49.3, c’est le moment où l’acteur principal s’arrête de jouer, se tourne vers le public et dit : « Bon, j’en ai marre de vos gueules de mécontents. Le scénario est nul, mais j’ai décidé que la pièce finissait par un triomphe. Applaudissez maintenant, ou j’appelle la sécurité. »
Et la sécurité arrive. Elle a des boucliers, des gaz lacrymogènes et une vision très personnelle de la « proximité avec le citoyen ».
On nous dit : « Le vote, c’est un droit, c’est un devoir ». En réalité, c’est surtout un abonnement à un service de streaming que tu ne peux pas résilier. Tu payes chaque mois (ça s’appelle les impôts), mais le catalogue ne contient qu’un seul film : *« Le Retour de la Réforme que Personne n'a Demandée, Partie 12 »*. Et si tu essayes de changer de chaîne, la télé t’envoie une décharge électrique en t’expliquant que c’est pour protéger l’État de droit.
Le luxe du figurant, c’est qu’on lui donne l’illusion de l’importance. On vous appelle « Monsieur le Citoyen », « Madame l'Électrice ». C'est beau. C’est comme appeler le bétail « Monsieur le futur Steak » avant de l’emmener à l’abattoir. Ça ne change pas le goût de la viande, mais ça donne une petite touche de noblesse au processus de transformation industrielle. On vous demande de choisir entre la peste et le choléra, mais on insiste pour que vous le fassiez avec enthousiasme. Il faut que ce soit « un moment de fête démocratique ». C’est une fête, oui. Mais vous êtes la piñata.
Et le plus beau dans tout ça, c’est le service après-vente. Quand le gouvernement décide de passer une loi qui fait l’unanimité contre elle – disons, au hasard, une loi qui vous demande de bosser jusqu’à ce que votre déambulateur soit considéré comme une fourniture de bureau – ils utilisent l’argument ultime : « Mais vous nous avez élus ! ».
C’est l’arnaque du siècle. C’est le type qui te vend une machine à laver qui explose au premier lavage et qui te répond : « Ah bah, vous avez signé le bon de livraison, maintenant assumez votre passion pour les incendies domestiques ! ». On a voté pour éviter le pire, et ils s’en servent comme d’un blanc-seing pour commettre le médiocre. On a voté pour ne pas finir dans le caniveau, et ils nous expliquent que, techniquement, le caniveau fait partie du paysage urbain dont nous sommes désormais les heureux copropriétaires.
On est là, assis dans le noir, à regarder ces types s’agiter sur la scène de l’Assemblée Nationale. Ils crient, ils gesticulent, ils font semblant de s’insulter pour les caméras. C’est du catch, mais avec moins de muscles et plus de mépris. Et nous, on est censés être les « arbitres ». Quel arbitre ? On n'a même pas de sifflet. On a juste le droit de payer le pop-corn (qui est trop salé et coûte un bras) et d’attendre que la séance se termine pour pouvoir rentrer chez nous en espérant que, d’ici la prochaine représentation, ils n’auront pas privatisé le trottoir.
Le peuple, ce figurant de luxe, c’est celui qu’on ne voit que sur les photos de groupe lors de l’inauguration d’un rond-point ou d’une usine qui fermera dans six mois. On est là pour faire « masse ». Pour donner du volume. Pour que les puissants ne se sentent pas trop seuls quand ils se regardent dans le miroir de l'Histoire. On est le décor naturel de leur ambition. Sans nous, ils ne sont que des types bizarres qui parlent tout seuls avec un ton paternaliste. Avec nous, ils sont des « leaders charismatiques ».
Alors, la prochaine fois qu’on vous dira que votre bulletin de vote est une arme, rappelez-vous que c’est une arme de catégorie « pistolet à bouchon ». Ça fait un petit bruit rigolo, ça peut éventuellement surprendre un chat, mais ça n’a jamais arrêté un char d’assaut législatif lancé à pleine balle sur vos acquis sociaux.
Mais restez polis, surtout. Ne gâchez pas le spectacle. La pièce est peut-être atroce, les acteurs sont peut-être ivres de leur propre importance et le script a été écrit par un algorithme de chez McKinsey, mais n’oubliez pas : vous avez payé votre place. Très cher. Alors, asseyez-vous, fermez-la, et admirez la chorégraphie. C’est ça, la magie de la scène. On vous pisse dessus, certes, mais avec des projecteurs de 5000 watts, ça ressemble à une pluie d’or. Et dans le monde du spectacle, c’est tout ce qui compte : l’éclairage.
Rideau. On se revoit dans cinq ans pour le prochain casting. Apportez votre propre vaseline, la production fait des économies de bouts de chandelle. _The show must go on_, mais surtout sans vous.
La Natation en Eaux Troubles
Vous sentez cette petite brise tiède ? Ce crachin printanier qui vous fouette le visage avec une insistance quasi administrative ? C’est rafraîchissant, n’est-ce pas ? C’est ce que le porte-parole du gouvernement appelle, avec un sérieux de croque-mort sous ecstasy, « une ondée de progrès ». Le problème, c’est que vous avez un nez. Un nez qui, contrairement à votre carte d’électeur, fonctionne encore très bien. Et ce nez vous envoie un signal d’alerte rouge écarlate : ça ne sent pas la rose, ça ne sent pas l’humus après l’orage, ça sent le vestiaire de stade de district un dimanche soir après une défaite 4-0. Ça sent l’ammoniaque à plein nez.
Pourtant, à la télévision, le présentateur météo du régime — appelons-le Jean-Michel Pédagogie — vous assure, graphiques à l’appui, que nous traversons une zone de haute pression solidaire. « Il ne pleut pas de l’urine, Monsieur le Citoyen, vous faites simplement une réaction allergique à la bienveillance verticale. C’est de l’eau de source, enrichie en sels minéraux par le ruissellement de la start-up nation. Ouvrez la bouche, c’est offert par la maison. »
C’est là que l’hydrologie du mépris entre en scène. C’est une science complexe, élaborée dans les bureaux feutrés de chez McKinsey, où des types payés trois mille euros la demi-heure ont découvert que si l’on répète assez souvent à un type qui se noie qu’il est en train de prendre un bain de minuit romantique, il finira par arrêter de battre des bras pour essayer de chanter du Barry White.
La natation en eaux troubles, c’est notre nouveau sport national. On nous a inscrits d’office aux JO de la résilience sans nous demander si on savait nager le papillon dans une fosse septique. Le concept est simple : l’État vide la piscine, la remplit avec ce qu’il évacue après un conseil des ministres particulièrement arrosé, et nous jette du haut du plongeoir de dix mètres en nous criant : « Allez-y, c’est pour votre bien, et n’oubliez pas de sourire pour la photo, on a un index de bonheur à remonter ! »
Et si vous avez le malheur de tousser parce qu’une goutte de « progrès liquide » est passée par le mauvais trou, on vous traite de complétiste olfactif. « Comment osez-vous remettre en question la pureté de cette eau ? Regardez, le ministre y a trempé un orteil (en gardant ses bottes de chez Hermès, certes) et il n’a même pas fondu ! » C’est la magie de la communication moderne : transformer une vidange de fosse en thalassothérapie de luxe.
Entrons un instant dans le laboratoire de ces alchimistes du déni. Ils ont inventé un filtre révolutionnaire : le filtre « Pédagogique ». Dans n’importe quelle démocratie saine, si vous essayez de faire passer une loi qui oblige les gens à travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive pour payer les parachutes dorés de trois potes à vous, les gens râlent. Normal. Mais en France, si les gens râlent, ce n’est pas parce que la loi est mauvaise, c’est parce qu’ils n’ont pas *compris*. Ils ont un déficit cognitif de la glotte. Alors, on sort le grand jeu : la pédagogie.
La pédagogie, dans la bouche d’un ministre, c’est l’équivalent de la vaseline dans une scène de film que la morale m’interdit de décrire ici, mais dont vous avez déjà payé l’abonnement avec vos impôts. C’est vous expliquer, avec des mots très simples (parce que vous êtes un peu lents, avouons-le), que si vous avez les yeux qui piquent et la peau qui brûle, c’est parce que vous n’êtes pas encore habitués à la lumière éclatante de la réforme.
« Mes chers compatriotes, il ne s’agit pas d’une pluie de pisse. C’est une micro-aspersion de solutions hydriques post-structurelles destinées à fluidifier le marché du travail. L’odeur ? C’est l’odeur de l’effort. C’est l’odeur de la France qui se lève tôt pour aller vider les vases de nuit de l’Olympe. »
Et nous, on est là, au milieu du bassin, à faire du surplace. On essaie de garder la tête hors de l’eau, mais le niveau monte. C’est là que le 49.3 intervient. Le 49.3, c’est le gros boulet de canon que le gouvernement lâche du haut du plongeoir pour créer un tsunami et vous envoyer boire la tasse une bonne fois pour toutes. SPLASH. « Oh, vous avez avalé un peu de démocratie liquide ? Ne vous inquiétez pas, c’est riche en fer. C’est le fer de la matraque, c’est très bon pour l’anémie démocratique. »
L’absurdité atteint son paroxysme quand on voit les « experts » à la télé analyser la qualité de l’eau. Ils sont là, avec leurs petits thermomètres et leurs éprouvettes, à nous expliquer que le pH de l’urine gouvernementale est en réalité très proche de celui de l’eau d’Évian, à condition d’être très enrhumé et d’avoir perdu l’usage de ses cinq sens.
« On note une légère amertume en fin de bouche, certes, mais c’est le signe d’une réforme de caractère. Une réforme qui a du corps. On sent des notes de cuir, de tabac froid et de mépris de classe millésimé. C’est un grand cru, les Français devraient s’estimer heureux de pouvoir le déguster à même le bitume. »
Imaginez la scène. Un citoyen lambda, appelons-le Gérard (Gérard est un type bien, il trie ses déchets et il croit encore que la Constitution est autre chose qu’un rouleau de papier toilette double épaisseur pour les ministres), se promène dans la rue. Soudain, une pluie jaune et tiède s’abat sur lui.
Gérard : « Eh, mais c’est de la pisse ! »
Un CRS (avec pédagogie) : « Non Monsieur, c’est un épisode cévenol de solidarité forcée. Circulez. »
Un consultant McKinsey (qui passait par là dans une Uber berline payée par vos soins) : « Monsieur, votre ressenti est erroné. Notre étude sur 1500 échantillons de votre propre transpiration prouve que vous êtes en demande de stress hydrique. Cette pluie est une opportunité de croissance pour votre parapluie. »
Gérard : « Mais je n’ai pas de parapluie ! »
Le consultant : « C’est là que nous intervenons. Nous vous proposons un abonnement "Cloud-as-a-Service" pour seulement 49,3 % de votre salaire net. »
C’est ça, la natation en eaux troubles. C’est cet instant suspendu où la réalité et le discours officiel s’écartent tellement qu’ils finissent par créer un trou noir logique dans lequel s’engouffre toute forme de bon sens. On nous dit que le pays est à sec, mais on trouve des milliards pour arroser les copains. On nous dit que la rivière est propre, mais on y voit flotter les cadavres de nos services publics, le ventre gonflé par les gaz de la décomposition libérale.
Le pire, c’est l’argument de la propreté. « On nettoie la Seine ! » nous crie-t-on avec l’enthousiasme d’un vendeur de brosses à dents d’occasion. C’est la métaphore ultime. On veut nous faire croire qu’on peut transformer un cloaque en piscine olympique en y versant trois gouttes de Javel médiatique. On veut nous faire croire que si on met assez de projecteurs et de drapeaux tricolores autour d’une mare de purin, ça devient le lac des Cygnes.
Mais la vérité, c’est qu’on n’est pas dans une piscine. On est dans un bocal à poissons dont personne n’a changé l’eau depuis 1958, et les types qui tiennent l’épuisette sont en train de se demander s’ils ne devraient pas vendre le bocal pour acheter des croquettes à leur chat de luxe.
Alors, que faire ? On pourrait apprendre l’apnée. On pourrait s’équiper de masques et de tubas pour essayer de voir ce qui se passe vraiment au fond, là où les dossiers de corruption s’entassent comme des vieux pneus au fond d’un étang. Mais le problème de l’apnée, c’est qu’au bout d’un moment, on finit par manquer d’air. Et quand on reprend sa respiration, ce qu’on inspire, c’est encore et toujours cet air vicié, chargé de vapeurs d’ammoniaque.
La prochaine fois qu’on vous dira de « faire preuve de pédagogie », ou qu’on vous expliquera qu’il ne pleut pas mais que c’est le ciel qui vous offre une douche gratuite, faites un test simple. Sortez un petit pot, récoltez un échantillon de cette « pluie de réformes », et portez-le à vos lèvres. Non, je plaisante, ne faites pas ça, vous risqueriez d’attraper une hépatite politique foudroyante.
Contentez-vous d’écouter votre nez. Le nez est l’organe de la résistance. Le nez ne ment pas. Le nez sait que quand ça sent la pisse, c’est rarement parce qu’un ange vient de s’oublier au-dessus de votre tête. C’est juste qu’en haut, ils ont décidé que les toilettes étaient en panne et que le balcon ferait l’affaire.
Et le plus drôle dans tout ça ? C’est qu’ils s’étonnent qu’on ne dise pas merci pour l’arrosage. « On vous offre du liquide, on irrigue vos vies, et vous râlez encore ? Quel peuple d’ingrats ! » C’est vrai, on est ingrats. On est tellement mal élevés qu’on préférerait mourir de soif plutôt que de boire leur « cocktail de relance ».
Mais rassurez-vous, la météo prévoit une amélioration. Bientôt, on nous expliquera que si on a de la boue jusqu'aux genoux, c'est parce qu'on participe à un "mud-day" citoyen géant pour renforcer la cohésion nationale. Et si vous vous noyez, n’oubliez pas : ne faites pas de vagues. Ça gâche le reflet des dorures de l’Élysée sur la surface de l’urine. Ce serait dommage, l’éclairage est si beau.
Plouf. Et maintenant, on essaie tous ensemble : un, deux, trois... "Je nage, donc je subis." C'est ça, la magie de l'hydrologie du mépris. On finit tous par devenir des poissons, mais des poissons rouges. On a une mémoire de trois secondes, juste assez pour oublier la dernière humiliation avant que la suivante n’arrive, tiède et odorante, directement sur nos écailles.
Bienvenue dans le grand bain. L'eau est à température de corps humain, 37 degrés de pur foutage de gueule. Plongez, la vue est magnifique. On ne voit rien à travers le trouble, mais c'est pas grave : on nous a dit que c'était de l'art abstrait. Et l'art, ça ne se discute pas, ça se subit. Surtout quand c'est le gouvernement qui tient le pinceau. Ou plutôt, dans ce cas précis, la lance à incendie remplie de... enfin, vous avez compris l'odeur.