Qui était vraiment William Shakespeare ? Les théories les plus folles
Depuis plus de quatre cents ans, le nom de William Shakespeare résonne comme le sommet absolu de la littérature mondiale. Pourtant, derrière les chefs-d'œuvre comme Hamlet, Roméo et Juliette ou Macbeth, se cache une énigme qui passionne les historiens et les amateurs de complots : qui était réellement l'homme derrière la plume ? Pour certains, le modeste acteur de Stratford-upon-Avon n'aurait jamais pu posséder la culture encyclopédique nécessaire pour écrire une telle œuvre. Cette remise en question a donné naissance à la fameuse Question de la paternité des œuvres de Shakespeare.
Dans cet article, nous allons explorer les théories les plus fascinantes, et parfois les plus folles, qui tentent de percer le mystère de l'identité du "Barde".
Le problème de Stratford : pourquoi douter ?
Le doute repose sur un décalage flagrant entre la vie documentée de William Shakespeare et l'immensité de son œuvre. Les archives de l'époque nous dépeignent un homme d'affaires avisé, un acteur et un propriétaire foncier, mais aucune trace de son éducation supérieure n'a survécu. Comment le fils d'un gantier, n'ayant jamais quitté l'Angleterre, a-t-il pu décrire avec autant de précision les cours royales d'Europe, les subtilités du droit, de la navigation, ou encore la géographie détaillée de l'Italie ?
De plus, son testament ne mentionne aucun livre, aucun manuscrit, aucune bibliothèque, ce qui paraît impensable pour le plus grand écrivain de son temps. Ces zones d'ombre ont ouvert la porte à plusieurs candidats prestigieux.
Le favori des sceptiques : Edward de Vere, 17e comte d'Oxford
La théorie "oxfordienne" est sans doute la plus populaire aujourd'hui. Edward de Vere était un courtisan brillant, un voyageur et un mécène des arts. Ses partisans avancent plusieurs arguments frappants :
- L'éducation : De Vere possédait une culture classique immense et connaissait parfaitement la vie à la cour.
- Les parallèles biographiques : De nombreux événements de sa vie privée semblent se refléter dans les pièces de Shakespeare. Par exemple, il a voyagé dans les villes italiennes qui servent de décor à Le Marchand de Venise.
- Le pseudonyme : En tant que noble, il aurait été mal vu, voire dangereux, de publier des pièces de théâtre populaires. Il aurait donc utilisé l'acteur Shakespeare comme homme de paille.
Le candidat scientifique : Sir Francis Bacon
Pour certains, le véritable auteur ne peut être qu'une intelligence supérieure, un polymathe capable de synthétiser toutes les connaissances de l'époque. Sir Francis Bacon, philosophe, homme d'État et pionnier de la méthode scientifique, est le candidat idéal pour les partisans de cette thèse. Les "baconniens" affirment avoir trouvé des codes secrets et des cryptogrammes cachés dans le texte des pièces, révélant la véritable identité de l'auteur.
La théorie du complot ultime : Christopher Marlowe
Voici l'une des théories les plus cinématographiques. Christopher Marlowe était le grand rival de Shakespeare, un dramaturge de génie et... un espion au service de la Reine. Officiellement, Marlowe est mort lors d'une bagarre de taverne à Deptford en 1593. Mais selon la théorie "marlovienne", sa mort aurait été mise en scène pour lui permettre d'échapper à une accusation d'athéisme (passible de mort).
Exilé sur le continent, il aurait continué d'écrire et aurait envoyé ses manuscrits à Londres, utilisant le nom de Shakespeare pour rester dans l'ombre. Cette théorie s'appuie sur les similitudes stylistiques troublantes entre les premières œuvres de Marlowe et celles de Shakespeare.
Une femme derrière le rideau : Mary Sidney
Et si Shakespeare était une femme ? Mary Sidney, comtesse de Pembroke, était l'une des femmes les plus instruites de l'époque élisabéthaine. Elle dirigeait un cercle littéraire influent et possédait toutes les compétences intellectuelles requises. Étant donné qu'une femme ne pouvait décemment pas écrire pour le théâtre public à cette époque, elle aurait pu choisir un prête-nom masculin pour voir ses œuvres portées sur scène.
L'hypothèse du groupe : une œuvre collective
Certains chercheurs suggèrent que "Shakespeare" n'était pas une personne unique, mais une marque ou un collectif. Dans cette optique, les pièces seraient le fruit d'une collaboration entre plusieurs grands esprits (Bacon, de Vere, Mary Sidney, etc.) qui auraient utilisé l'acteur de Stratford comme interface avec le monde du théâtre.
Conclusion : l'importance de l'œuvre sur l'homme
Bien que ces théories soient séduisantes, la majorité des historiens actuels (les "stratfordiens") maintiennent que William Shakespeare est bien l'auteur de ses œuvres. Ils rappellent que le génie ne nécessite pas forcément un titre de noblesse et que le monde du théâtre élisabéthain était un milieu d'apprentissage intense par la pratique.
Quoi qu'il en soit, ces mystères ne font que renforcer la fascination que nous éprouvons pour ces textes. Que William Shakespeare ait été un noble caché, un espion en fuite ou simplement un fils de gantier doué d'une imagination sans limite, son héritage reste le plus beau témoignage de la complexité humaine. Après tout, comme il l'écrivait lui-même dans Le songe d'une nuit d'été : "L'imagination donne un corps aux choses inconnues".